Et si on en parlait, maintenant ? Texte : La collaboratrice mystère

Le 29 septembre 2013, un dimanche soir avant d’aller dormir, j’ai vu passer une photo de toi sur Facebook ; tu posais avec ta cousine Rosalie pour le bal des finissants. Un message bref mais inquiétant était apposé sous la photo. La panique et l’inquiétude m’ont saisie, nerveuse de ne pas savoir ce qui se passait.

J’ai commencé à questionner mes amis(es), à regarder frénétiquement ta page Facebook, puis en y voyant le dernier message que tu avais publié la veille, mon cœur s’est mis à battre à vive allure. « Tout le monde de mon Facebook, je vous aime (sauf certains mais ils sauront se reconnaître) ». En lisant ces derniers mots, j’ai reçu une notification messenger d’un ami :

Il s’est suicidé ce matin…

J’ai échappé mon téléphone. J’ai figé. À cet instant, tout s’est arrêté autour de moi, mais tout se bousculait dans ma tête. Pourquoi ? Quand ? Où ? Que s’est-il passé ? Pourquoi toi, pourquoi maintenant… Pourquoi avec ton dernier message PERSONNE ni même MOI n’avons été capables de le prédire ? Comment avons-nous pu passer à côté de ça…

Pourquoi tu n’as pas parlé à ceux qui t’entouraient, ceux qui t’aimaient… Pourquoi tu ne m’as pas écrit, pourquoi as-tu refusé d’en parler ? As-tu eu peur, as-tu hésité à parler de ce qui n’allait pas ? Pourquoi avoir cru que le suicide était LA solution, à des problèmes qui sont lourds certes, mais qui ne sont que temporaires ? Pourquoi, dis-moi…

Aujourd’hui en 2021, je comprends un peu mieux pourquoi tu n’as rien dit lors cette période sombre de ta vie. Le suicide, c’est un mot qui fait peur, c’est un mot qui inquiète. C’est un mot qui dérange, c’est un mot qu’on ose à peine chuchoter. Pourquoi accorder autant de peur et d’inquiétude à ce mot, mais pas aux problèmes qu’il porte ? Pourquoi ce ne sont pas les problèmes des personnes qui souffrent qui nous inquiètent, qui nous préoccupent ? Pourquoi se soucier du mot, et non pas des individus qui sont confrontés tous les jours à cette détresse ?

J’avoue que cette réalité m’attriste et me fâche à la fois. On a peur de dire ce qui ne va pas, c’est comme si on n’avait pas le droit d’être vulnérables. C’est comme si le fait d’évoquer le mot « suicide » attirait une malédiction sur ceux qui en parlent. Pourtant, on le sait tous qu’en parler c’est LA solution, c’est LA prévention à faire. Mais pourtant, quand vient le temps de se mobiliser, presque tous figent et s’indignent qu’on en parle.

Mon ami, mon petit ange parti trop tôt, j’aurais aimé te dire que j’étais et que je suis là. Que tu pouvais m’en parler, que tu avais le DROIT de te sentir comme ça. Que tu n’étais pas faible pour autant, que c’était normal de vivre des jours gris et de porter des problèmes sur ton dos, mais qu’en choisissant d’en parler, peut-être qu’on aurait pu trouver une solution à deux, à trois, à dix, à plusieurs. Que peu importe ce que tu vivais, je ne t’aurais pas jugé et que j’aurais tout fait pour aider mon ami en détresse…

À tous ceux qui me lisent, tous ceux qui vivent une passe difficile en ce moment, je veux que vous sachiez que vous n’êtes PAS seuls. Que c’est NORMAL de vivre des jours plus gris, plus difficiles. Que c’est normal d’être VULNÉRABLES, que vous avez le DROIT d’en PARLER. J’aimerais dire que je suis là, qu’on se connaisse beaucoup, peu ou pas. Ensemble on peut toujours trouver des solutions à des problèmes qui sont TEMPORAIRES. Je veux vous dire de parler de ce que vous vivez, de ne pas rester isolés avec tout ça au fond de vous. Je veux vous dire d’être forts, de tenir le coup, parce que malgré toutes les embûches et les jours de pluie, la vie en vaut la peine.

À la société, je veux vous dire ARRÊTEZ ! Arrêtez de vous mettre la tête dans le sable, arrêtez d’avoir peur d’en parler, arrêtez de rendre ça tabou. Comprenez que c’est normal de vivre des jours difficiles et qu’au lieu de juger ou de vous fermer les yeux, ouvrez votre cœur et vos oreilles et soyez présents, soyez là pour ceux qui souffrent. Soyez humains, soyez quelqu’un qui fera la différence dans la vie d’une personne qui a besoin qu’on l’aide.

Et si on en parlait, maintenant en 2021, du suicide ?

Parce que c’est le temps là de changer les choses, d’être humains et de sauver plus de vies, parce qu’un jour… ça pourrait être vous. Personne n’en est à l’abri.

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La collaboratrice mystère



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