T’es bin trop fine, tu t’fais niaiser

C’est ça qu’elle m’a dit alors qu’on partageait notre éni

C’est ça qu’elle m’a dit alors qu’on partageait notre énième coupe de vin.

Je comprends ses mots, mais je ne suis pas d’accord. Je m’explique.

C’était en référence au fait que j’avais pris le temps de jaser avec un SDF dans le coin d’un ancien boulot. Un bout de la ville riche en trucs locaux et underground. Ma personnalité funky y trouve son compte à chaque visite… J’me tannerai jamais. Surtout pas des gens qui tourbillonnent dans cette partie de la Grande Capitale Nationale.

Un gars super sympathique à qui il manquait quelques dents mais aucune lumière. De la conversation et des pantalons sales. Rien qui ne faisait en sorte qu’il mériterait moins de considération de ma part. Je me souviens que cette journée‑là, j’étais partie travailler avec les yeux dans le même trou et des bas de laine pour le chalet. Pas super chic pour une fille en com, mais par chance, on pouvait travailler même en pantoufles.

Je ne suis pas mieux que lui. J’assumais autant mon look que lui. J’avais aussi froid sinon plus. Il était du genre pas dérangeant. Ni déplacé. Il a le statut de quêteux mais moi, j’y vois surtout un humain.

Je donne rarement mon change sans échanger avec la personne qui me le demande.

Il est dans la rue. Il est bien et aime la liberté que ça lui offre. Les gens sont majoritairement sympathiques et les autres trop occupés sur leur iPhone.

« Il voulait juste ton argent », qu’elle me relance en déposant sa coupe de Chardonnay.

Oui. Et c’était clair. J’ai fait le choix de lui en donner. Mais j’ai aussi fait le choix de lui donner de mon temps. De la considération. De l’écoute.

Trop fine ? Non. Si tous prenaient le temps de considérer leur prochain, on n’aurait pas eu de gamin malien de 14 ans qui a cru bon de coudre son bulletin à l’intérieur de sa veste dans l’espoir d’une vie meilleure.

Prenez donc quelques minutes de votre temps pour considérer les gens qui vous entourent.

Kim Boisvert