Archives avril 2019

Burnout ou épuisement, peu importe: on s’en sort!

Burnout, moi? Non! Il y a trois ans, j’étais en épuisem

Burnout, moi? Non! Il y a trois ans, j’étais en épuisement professionnel, pas en burnout. C’est drôle parce que dire burnout, épuisement professionnel ou trouble d’adaptation, c’est pas mal pareil. Par contre, ça n’éveillait pas les mêmes croyances chez moi. Le burnout résonnait comme « être brûlée », comme dans ne plus être bonne à rien, pas à la hauteur. Être en burnout, c’était comme si je n’allais jamais en revenir. L’utilisation de ce terme était remplie de préjugés. Aujourd’hui, je me rends compte que l’usage de l’un ou l’autre de ces termes éveille encore des préjugés et des réactions issues de la méconnaissance de cet état.

Le cœur de mon message, c’est qu’on s’en sort. Oui, on s’en sort en se déposant. Durant mon arrêt, j’étais bien entourée. On m’a sortie, écoutée, accompagnée, tendu les bras et questionnée. La question qui revenait souvent, c’était : « Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu en sois là? » Ça a été long avant de vraiment m’en rendre compte. En fait, ma vie était tout simplement vide de sens.

J’ai trompé mon mari, c’est le premier article que j’ai écrit sur ce moment de ma vie. J’étais impuissante, fatiguée, vidée, stressée, anxieuse et blessée, mais jamais je n’ai parlé de ce que je vivais à mon mari. « J’ai trompé mon mari en essayant d’être quelqu’un d’autre, probablement la Super Woman dont en entend tant parler. J’étais en panne de connexion avec moi-même… Vide et court-circuitée. » Comme plusieurs sont restés avec l’idée que j’avais été infidèle, j’ai senti l’intérêt de préciser ma pensée dans un autre article que j’ai intitulé Si j’ai juste… Est-ce que c’est tromper?

Et si tromper son partenaire de vie, c’était d’abord cesser de lui offrir son authenticité, sa vulnérabilité? Tranquillement, j’ai perdu mon identité en tant que femme et en tant que sa femme. En perdant mon identité, j’ai doucement fini par devenir quelqu’un d’autre sans même m’en rendre compte. Aujourd’hui, je vous confirme que « tromper », c’est aussi cacher ses peurs, ses stress et ses angoisses à la personne qui partage notre vie.

Puisque j’avais commencé à partager mon histoire en lien avec ma vie amoureuse, j’ai conclu ces deux articles par Ton mari a réagi comment? Ce que nous vivons a un impact sur les autres. Mon mari m’a vue m’épuiser et moi, je n’ai jamais entendu ses mots pour me prévenir que trop c’était trop. Cette période a laissé ses marques sur notre relation. Elle nous a aussi permis de nous redéfinir et d’apprendre à nous aimer à travers celui et celle que nous sommes devenus. Nous vivons tous des périodes difficiles qui risquent de marquer, blesser ou séparer notre couple. Pour nous unir dans les épreuves, nous avons choisi de formuler une promesse l’un à l’autre. Cette promesse nous guide et nous aide à sortir des temps plus gris.

Je vous partage une série d’articles autour de cet épisode dans ma vie. Chaque fois que j’en parle, les gens sont surpris et me posent des questions. D’autres fois, ils se reconnaissent et me confient leur histoire d’épuisement professionnel qu’ils ont souvent peu partagée. C’est un sujet qui est encore trop peu discuté ouvertement et qui touche beaucoup de gens.

 

Stéphanie Dionne

 

Mon enfant, ne dis plus jamais « je t’aime »

J’ai pris conscience que d’une certaine manière, quand je disai

J’ai pris conscience que d’une certaine manière, quand je disais « je t’aime » à mes filles, il y avait une sorte d’attente.

Celle qu’elles me répondent « moi aussi, je t’aime ».

On s’entend qu’en vrai, en plus de m’attendre à cette réponse, si elle n’arrive pas, c’est un peu reçu comme un manque de politesse.

J’ai été élevée avec comme bagage que quand on reçoit, on redonne.

Le truc, c’est que cela me chicote, je n’aime pas cela.

Et puis cela m’a frappée!

Ce que je mets sur le compte de la bienséance est en fait une façon bien intégrée depuis des générations de valeur et de respect quand en fait, une des seules raisons pour lesquelles on s’y attend est…

… que cela répond à NOTRE besoin d’affection.

Outch!

Ce sont des mots surutilisés.

Et c’est tout un fardeau à laisser à mes enfants, celui de combler dans mes besoins affectifs.

Je souhaite tellement que mes enfants ne sentent jamais qu’elles ont l’obligation de dire « je t’aime » à quelqu’un, et j’étais celle qui cultivait cela.

J’ai donc demandé à mes filles de ne plus me dire « je t’aime ».

Vous dire le travail sur moi que cela a demandé!

Chaque fois que je sentais monter le besoin de dire « je t’aime » pour en recevoir un, je devais apprendre à me donner cet amour, mais je n’en avais pas toujours en stock.

Je n’ai pas été dans la culpabilité de ce que j’avais peut-être créé en mes enfants par ces insécurités.

Je crois profondément qu’on peut à chaque instant se bonifier émotionnellement.

C’est toute une normalité générationnelle que je suis en train de défaire dans ma famille.

Par contre, j’ai tellement appris à dire « je t’aime » par amour d’offrir ces mots si tendres!

C’est un si beau cadeau que d’aimer et de pouvoir le partager à l’autre.

J’ai même recommencé à le dire à ma mère et aux gens que j’aime.

Parce que maintenant, je le vois comme un cadeau, aussi précieux que cela.

Et si je revenais à mes filles…

Comprends-moi, elles ont le droit de le dire elles aussi, mais uniquement quand monte en elles.

Plus d’obligation ni d’amour conditionnel à une réponse de leur part.

Martine Wilky

 

Youppi! Il ne lit pas encore!

Pour la littéraire en moi, les premières lettres d’alphabet reco

Pour la littéraire en moi, les premières lettres d’alphabet reconnues et les premiers mots lus ont la même signification que les premiers mots dits ou les premiers pas faits. C’est pour moi une toute nouvelle ouverture sur la connaissance de l’univers et de soi. Le début d’une longue aventure incroyable qui évoluera au fil des pages et des livres. Sans compter Google et ses merveilles!

Quand ma fille aînée a lu son premier livre, elle avait cinq ans, allait encore à la garderie. J’étais dans ma chambre à 7 heures du matin. Elle était venue s’asseoir par terre à côté de moi, avec son livre de Disney (vous savez, la collection des grands classiques? Une trentaine de pages bourrées de longs paragraphes et de trop de mots écrits en toutes petites lettres [genre Times 8…]). Et là, elle s’était mise à lire. De la page 1 à la page 30. Pratiquement sans hésitation.

Je m’étais dit : « Elle connaît ce livre par cœur, ça doit être ça. » Si petite, et connaître tant de mots…

Un peu plus tard, elle a choisi un autre livre. Puis un autre. Et elle n’a jamais arrêté. À sept ans, elle lisait des romans de 700 pages. À 14, elle les écrit.

L’histoire s’est répétée avec mon autre fille. Cette même fille qui s’est pointée au club de lecture de 1re secondaire avec l’encyclopédie du cerveau (sa lecture de chevet…) Si je veux lui faire vivre un plaisir intense (du même niveau que le nouveau Chaos de la Ronde), je l’amène à la bibliothèque.

Puis, mon garçon est arrivé. Tout aussi brillant, lui aussi identifié comme doué intellectuellement, avec le bonus hyperactif. Il a aussi appris à lire par lui-même (je le jure, je n’ai même jamais suivi les lignes de texte avec mon doigt!), mais son besoin de bouger était plus grand que son besoin de lire. On parle quand même d’un petit bonhomme qui anéantit une paire de souliers par deux mois et qui fait exploser le podomètre de ma montre intelligente quand il me l’emprunte. Il a dû apprendre à apprécier les moments calmes et les livres l’ont aidé. Avec un livre dans les mains, son besoin d’amis et d’attention diminue. À huit ans, il réclame ses romans de 300 pages plusieurs fois par jour.

Et mon petit dernier? Tout aussi intelligent que les trois autres. J’ai cette chance d’avoir des enfants qui apprennent ultra vite. Qui s’intéressent à tout. Qui sont curieux. Qui veulent apprendre. Mais ça, ça vient avec beaucoup d’ennui à l’école. Les enseignants ont beau stimuler mes enfants, leur proposer des projets enrichis, de la matière approfondie, ils trouvent le temps long en classe. Ils tombent dans la lune, au cas où ils y trouveraient de nouvelles informations à gober.

Alors mon petit dernier qui ne sait pas lire alors qu’il termine sa maternelle me rend très heureuse! Je me dis qu’il se sentira peut-être stimulé par l’école plus longtemps. Qu’il ne décrochera peut-être pas aussi souvent pendant que le prof essaie de le garder accroché à la matière. Qu’il ne sera peut-être pas aussi frustré contre le système scolaire envers lequel il avait tant d’espoir et qui l’a tant déçu. Mes enfants voient l’école comme la source inaltérable de savoir et ils se sont vite rendu compte que cette source fonctionnait au ralenti pour eux.

Que mon petit dernier prenne son temps pour apprendre à lire, ça me fait plaisir, ça me dit qu’il vivra peut-être un peu moins de frustrations par rapport au rythme de l’école.

P.S. Je pensais écrire ce texte depuis quelques jours déjà. Et ce soir, alors que je m’apprêtais à l’écrire, mon petit dernier est venu se coller près de moi avec un roman… et il s’est mis à lire le titre de chaque chapitre.

— Maman, « oi », on prononce « oua », c’est bien ça?

Voilà, la porte de la lecture est toute grande ouverte!

 

Nathalie Courcy

www.4etdemi.ca

Harcèlement

Beaucoup de gens ont vécu différentes formes de harcèlement dans

Beaucoup de gens ont vécu différentes formes de harcèlement dans leur vie. Croyez-le ou non, moi aussi j’en ai vécu beaucoup dans le milieu militaire.

Dans les années 90, j’ai passé plus de huit ans en Ontario sur différentes bases militaires. J’ai souvent eu des supérieurs qui n’aimaient pas les francophones. Sans compter le temps du référendum… C’était difficile pour moi, car j’entendais parfois de mauvais commentaires face à cela. Je faisais partie d’une minorité linguistique.

Mais attendez un peu avant de juger, car j’ai d’excellents amis anglophones. Des amis avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir dans le passé et encore aujourd’hui. Et chez nous, au Québec, ce n’est guère mieux. Je me rappelle lorsque je circulais dans le Vieux-Québec avec mon auto sur laquelle il y avait une plaque d’immatriculation de l’Ontario. Les gens me huaient et j’entendais les commentaires désagréables. Je me mettais à rire. On s’entend-tu que je viens de la Beauce et qu’un jarret noir, c’est pas mal québécois!

Tout ça seulement pour vous dire que lorsque vous êtes une minorité, peu importe le type de minorité, le harcèlement peut très bien prendre sa place et prendre différentes formes.

Je me rappelle très bien lorsque j’étais en Afghanistan en 2004. Je revenais de patrouille sur le camp. J’étais stressé. Les muscles crispés de mes jambes se relâchaient après une conduite en véhicule à travers la ville chaotique de Kabul. J’avais un mal intense à mes genoux. Au lieu de pouvoir décompresser de ce stress, je subissais du harcèlement de la part d’un supérieur. Et ce pendant toute la durée de la mission parce que j’étais une minorité : un commis dans une compagnie de plus de 120 hommes d’infanterie.

Tout le monde était content du service que je donnais et tous me respectaient, sauf un seul. Celui-là avait toujours des commentaires pour me rabaisser face à mon métier ou pour d’autres raisons. À un certain moment donné, je ne voulais plus sortir pour patrouiller, mais mes collègues avaient besoin de moi. Avec ceux qui partaient en congé, nous manquions de personnel sur le terrain. Une patrouille en véhicules nécessitait deux véhicules et au moins quatre hommes. Huit personnes étaient requises pour une patrouille à pied. Donc si je restais à mon bureau seulement pour y faire mon travail, mes collègues ne pouvaient pas sortir. J’ai donc pris mon mal en patience et je l’ai fait pour eux, car c’est ça, des frères d’armes : c’est fait pour s’entraider.

J’ai vécu beaucoup de difficulté face à cette mission, mais je ne suis pas prêt pour l’instant à vous en parler. Ce que je peux vous dire par contre, c’est que tout le harcèlement que j’ai subi ne m’a pas aidé. Au lieu de pouvoir décompresser une fois arrivé sur le camp, je devais subir du harcèlement de la part d’un supérieur.

Ce supérieur est venu me voir deux jours avant de prendre l’avion pour retourner au Canada. Et il m’a dit : « Écoute-moi bien, chef! J’ai deux mots à te dire. Moi dans cette armée-là, j’ai plein de chums. Si j’entends dire que tu parles de moi, je vais le savoir. M’as-tu bien compris? » Je lui ai répondu : « Oui, (grade) » (vous comprenez que je ne veux pas mentionner son grade…)

Je savais bien qu’il n’avait pas beaucoup de chums parce que personne ne l’aimait. Mais quelle satisfaction en moi quand il m’a dit cela. Il venait tout juste de reconnaître ses torts et ses fautes qu’il m’avait fait subir pendant les six mois précédents. Pour moi, c’était comme une joie, car il venait de m’avouer ses fautes en personne. Mais lui croyait m’intimider et me faire peur.

Je crois que ce qui n’a pas aidé pour mon TSPT, c’est d’avoir subi du harcèlement tout au long de ma mission. Il m’aurait été plus facile de décompresser une fois sur le camp si je n’avais pas été harcelé. Mais pour moi, ce n’était pas possible.

Et je me rappelle aussi qu’on nous demandait souvent de compléter des sondages. Puis avant de commencer, on nous disait que ce n’était pas le moment de se vider le cœur. Car nous devions répondre à des questions comme : Faites-vous confiance à votre chaine de commandement? Sinon pourquoi? En cas d’urgence, faites-vous confiance à vos supérieurs? Sinon, pourquoi? Mais tout le monde se vidait le cœur, car nous étions à bout de souffle dans cette mission. Pour moi et pour beaucoup d’autres sans aucun doute, cette mission a été un échec. Beaucoup d’entre nous ont eu des séquelles par la suite.

Je me rappelle avoir parlé à un frère d’armes qui, lui, était homme d’infanterie. Il avait beaucoup de missions à son actif, dont la Somalie, la Bosnie, le Timor, etc., et des missions très difficiles. Il m’a dit : « Carl, cette mission, c’est la pire mission de ma vie. » Pourquoi? Parce que nous n’avions pas de soutien. Tout le monde était stressé. Nous étions les premiers du Québec à aller en Afghanistan. Il y avait beaucoup de facteurs en jeu.

Finalement, je me suis rendu compte que beaucoup d’entre nous sont revenus de cette mission avec une blessure.

Carl Audet