Archives mai 2020

Ma première fausse couche

Mon conjoint et moi venions d’acheter et d’emménager dans notre premi

Mon conjoint et moi venions d’acheter et d’emménager dans notre première maison. Ça faisait quatre ans que nous étions ensemble, j’étais impatiente à l’idée de devenir maman. Après un mois dans notre maison, nous avons décidé d’essayer d’avoir un enfant. Après neuf mois, j’étais enceinte, mais la grossesse me semblait off ; une petite voix me disait que quelque chose clochait.
J’ai passé une échographie vers cinq semaines, mais on ne voyait pas bien. Mes hormones n’étaient jamais stables, donc les médecins ne savaient pas ce qui se passait. La journée de mes onze semaines, j’ai commencé à faire du spotting rendue au travail, mais aucune douleur. Je suis allée à l’urgence avec mon conjoint. Nous avons attendu quatre heures avant de passer l’échographie. Sur l’écran, on voyait un petit sac noir. Quand nous sommes sortis de la pièce, mon conjoint semblait rassuré, mais j’ai dû lui expliquer qu’à onze semaines de grossesse, nous serions censés voir un petit bébé. J’ai vu son visage se décomposer devant moi. J’avais le cœur brisé. Le médecin m’a expliqué que je faisais une grossesse chimique (ou œuf vide). C’est un ovule qui a été fécondé sans qu’aucun fœtus ne se développe. Par contre, le placenta grossit. J’avais même commencé à avoir un petit bedon. Le médecin m’a prescrit des médicaments pour déclencher l’évacuation.
De retour à la maison, j’ai dit à mon chum que je voulais prendre 24 heures pour digérer la nouvelle avant de m’insérer ces foutues pilules. Il a accepté et soutenait totalement ma décision. Le lendemain, nous avons décidé d’aller chez mes beaux-parents pour nous changer les idées.
Rendue là-bas, j’ai commencé à me sentir bizarre, je suis donc allée me coucher. Quelques heures plus tard, je me suis réveillée avec des vagues de douleur dans le ventre. Je suis allée à la toilette et j’ai mis une serviette hygiénique par précaution, même si je n’avais aucun saignement. Une heure plus tard, les vagues de douleur devenaient de plus en plus intenses et fréquentes, alors j’ai demandé à retourner à la maison. La route entre Repentigny à St Eustache ne m’a jamais semblé aussi longue. À Mascouche, je ne supportais plus les douleurs, je hurlais dans la voiture. Nous avons décidé d’aller directement à l’hôpital de St Eustache.
Arrivés à l’hôpital, on m’a amené une chaise roulante, mais quand j’ai essayé de me lever, un flux de liquide est sorti de mon vagin. Je me suis assise super vite dans la chaise. Nous sommes allés dans la salle d’attente du triage. Les vagues de douleurs étaient aux minutes, je n’avais pas de pause, je ne pouvais m’empêcher de crier. Quand mon tour est arrivé, mon conjoint a expliqué que nous étions ici la veille et que je faisais une fausse couche. Quand l’infirmière m’a demandé de me lever, je lui ai dit que c’était impossible, dès que je forçais un minimum, ça coulait à flots entre mes jambes. Elle m’a demandé de voir mes pantalons, j’ai ouvert les jambes, un peu de sang était sur mes pantalons. Elle m’a donné un lit à l’urgence.
Quand je suis arrivée, l’infirmière qui finissait son shift m’a demandé brusquement de m’installer dans le lit. Je lui ai répété à plusieurs reprises que je ne pouvais pas forcer sinon ça coulait vraiment beaucoup. Elle a roulé des yeux et a finalement demandé à des préposés de venir m’aider. Les préposés étaient hyper gentils et délicats. J’étais installée juste devant le bureau de l’infirmière, elle racontait sa journée à celui qui allait la remplacer. J’ai vu que c’était un homme. Je vous jure, mon cœur s’est brisé en deux. Si une femme avait du dégoût pour moi sans même m’avoir examinée ou même questionnée, comment cet infirmier allait il pouvoir s’occuper de moi sans éprouver du dédain ? Je voulais rentrer chez moi tellement j’avais honte. L’infirmière a dit à l’infirmier avant de partir : « Bonne chance avec elle, c’est une fausse couche, mais ça semble être exagéré son affaire ! » Elle pensait sûrement que je n’avais rien entendu, mais c’était ses mots s’étaient rendus jusqu’à moi.
Finalement, l’infirmier est venu me voir. Il a fermé le rideau, ce que l’autre infirmière n’avait pas fait. Au contraire, elle l’avait ouvert au complet. Il s’est approché de moi, il m’a pris la main et m’a dit super doucement : « Me permets tu de t’examiner ? Au besoin, je vais te changer. J’ai déjà avisé le médecin de ta douleur, on prépare ta morphine bientôt. » Je me suis mise à pleurer et j’ai dit oui. J’étais stupéfaite de sa gentillesse. Il m’a demandé de soulever mes fesses, je lui ai expliqué que je ne pouvais pas forcer. Il a alors demandé à une préposée de venir l’aider. Ils ont soulevé mon bassin, descendu mes pantalons. J’ai vu le visage de l’infirmier changer. Il a demandé à la préposée d’aller chercher de l’aide, des serviettes chaudes, de nouveaux draps et plusieurs piqués.
Plusieurs infirmières sont arrivées, ils m’ont lavé et ont changé mes draps deux fois de suite. Pendant qu’on me lavait, une infirmière me faisait une prise de sang et un test pour connaître mon groupe sanguin. Le médecin est arrivé très rapidement. J’étais en hémorragie. J’avais du sang du nombril jusqu’au milieu du dos. Chaque fois que je forçais, un flot de sang sortait. Ensuite, ce furent des caillots gros comme des clémentines. Je perdais conscience ou presque chaque fois qu’un caillot sortait.
Ma situation qui avait été jugée exagérée était en fait une situation de vie ou de mort. J’étais littéralement en train de me vider de mon sang. Ils ont été capables d’arrêter l’hémorragie juste avant que j’aie besoin d’une transfusion sanguine. Ce fut un des pires moments de ma vie, mais cet infirmier a été un pilier pour moi. Il a pris soin de moi avec tellement de bienveillance, de douceur. J’avais si honte qu’un homme s’occupe de moi durant cette épreuve, mais finalement, il a été pour mon conjoint et moi un soutien incroyable. Il était à l’écoute et très attentif. Il a fait en sorte que cette épreuve soit un peu plus tolérable.

Cindy LB

J’ai peur de me réveiller

Quand j’y repense, depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai tou

Quand j’y repense, depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours eu les mêmes buts dans la vie. Être enseignante, avoir une grande famille, vivre avec l’homme de ma vie, et par-dessus tout, être heureuse… Et chaque matin, je me réveille dans cette vie. Je comprends maintenant, plus que jamais, l’expression « être sur son X ». Parce je me tiens justement sur le mien, à deux pieds joints.

Je n’ai jamais dit que c’était facile non plus. La vie est faite de montagnes russes… Parfois, j’ai l’impression de me lancer dans le vide pour descendre au plus bas. Et d’autres fois, j’ai l’impression d’être au sommet de l’Everest, le cœur léger et la fierté au ventre. Et ces temps‑ci, c’est comme ça que je me sens…

J’ai l’impression d’avoir coché les points les plus importants sur la liste de ma vie. Et tout à coup, j’ai peur. J’ai vraiment peur. J’ai peur de me réveiller. Mon plus grand cauchemar, c’est de me réveiller dans mon lit d’adolescente, avec la peur au ventre de ne pas y arriver. Je me souviens de ces années, où la jeune femme insécure et ternie tentait de suivre le troupeau, sans faire de vagues… Aujourd’hui, je sais que je ne suis plus cette femme‑là. J’ai confiance en moi, je suis fière de ce que j’accomplis chaque jour et je suis sincèrement heureuse. Mais parfois, au fond de mon lit, j’ai peur de m’endormir et de me réveiller en arrière. Peur que tout ceci ne soit qu’un rêve. Peur que je ne sois en fait que cette adolescente qui a le mal de vivre. Peur de ne jamais vivre ce que je suis déjà en train de vivre…

Je berce mon nouveau-né dans mes bras, mon tout dernier bébé… Et j’ai peur de me réveiller demain matin, avec le sentiment que tout cela n’existait pas en fait. Je m’imagine raconter à mon mari ce rêve, dans lequel nous avions fondé une magnifique et grande famille. Je nous imagine en rire au petit matin, de ce rêve.

Parce que c’est exactement ça en fait, je vis mon propre rêve. Et j’ai peur que tout s’écroule. Peur de tout perdre. Je ne dis pas que je passe ma vie à en avoir peur non plus. Je sais bien rationnellement que tout ceci est réel et je ne vais pas vivre dans la peur chaque jour. Mais aujourd’hui, juste un instant, je vous parle de cette peur. Cette petite voix au fond de moi qui me chuchote de profiter de chaque seconde, parce que personne ne sait quand tout cela va s’arrêter.

Puis, si par malchance, un jour tout doit s’effondrer, je veux me souvenir de cet instant de perfection. L’instant présent. Celui où je suis comblée par la vie. Parce que je sais que bien des gens n’auront même jamais la chance d’effleurer ce bonheur.

Alors, je profite de chaque câlin d’enfant, de chaque berceuse, de chaque éclat de rire, de chaque matin où nous sommes enlacés… Parce qu’un jour, on ne sait pas trop quand, la fragilité de la vie nous ramènera à la réalité. Et peut-être que quand on meurt, on ne s’endort pas. Au contraire, on se réveille. La mort, au fond, ce n’est que le réveil du rêve de sa vie… Alors, aussi bien faire en sorte que ce soit le plus beau des rêves…

Joanie Fournier


On y arrive

La vie est souvent remplie de bien des doutes… Je me rappelle ma premièr

La vie est souvent remplie de bien des doutes… Je me rappelle ma première grossesse. Je flattais mon ventre arrondi en faisant tellement de promesses à ce petit être en moi. Je lui promettais qu’un jour, il/elle grandirait dans une grande maison, avec une piscine et un chien. Je lui disais qu’on prendrait le temps de mettre nos vies sur pause pour jouer et rire ensemble. J’affirmais qu’il/elle aurait la chance de vivre une enfance heureuse, avec des parents présents et aimants. Je lui promettais de toujours lui offrir le nécessaire pour combler ses besoins. À l’époque, nous étions un couple d’étudiants qui vivait dans un minuscule appartement et qui n’avait pas un sou en poche…

Puis, les années ont passé. J’aimerais dire que les diplômes se sont accrochés au mur sans effort, mais ce serait un énorme mensonge. Parce qu’obtenir son diplôme quand on est un jeune parent, c’est comme une immense course à obstacles… sur l’Everest… sans équipement… et sans préparation. On est essoufflés, fatigués, et on se demande si on va arriver au sommet. On fait des pauses souvent, on est découragés. Mais on continue d’avancer, même si on manque de souffle et que les poumons nous brûlent. Mais moi, je continuais de faire de belles promesses d’espoir à ce petit être qui grandissait en moi.

Les années ont encore passé. J’aimerais dire que ça a toujours été le bonheur parfait, mais ce serait un autre mensonge. Parce que pour arriver au bonheur, il faut obligatoirement passer par des zones grises, puis très grises, puis parfois noires. Des disputes, des dépressions, beaucoup de pression, des défaites, des échecs… et beaucoup d’apprentissages. L’avantage, quand on met le genou à terre, c’est que lorsqu’on arrive à se relever, on a les jambes plus fortes après. Et plus les jambes sont fortes, plus elles nous permettent d’aller loin.

Et puis, quand les années ont passé, on prend un moment pour regarder où on en est. Malgré les heures supplémentaires, on a réussi à se trouver des emplois qui nous rendent heureux. Et à la fin de la journée, on prend le temps de jouer et de rire ensemble. On prend le temps de voir que derrière la poussière qui s’accumule et les tas de linge qui ne finissent jamais, on a réussi à l’avoir, notre belle maison. On sait bien que malgré les courtes nuits et les longues marches, on a la chance d’avoir un gros toutou et une piscine pour se rafraîchir. On l’a tenue, cette promesse‑là.

Et puis il y a ces moments où j’entends mes enfants rire ensemble. Où l’une de mes filles vient me faire un câlin et me dit : « Je voulais juste te dire que je t’aime. » Où une autre m’offre un dessin de notre famille, où j’aperçois notre maison, le chien, chaque membre de la famille et des cœurs partout autour. Ces moments qui me confirment que nos enfants sont heureux et qu’ils savent à quel point on les aime. Je me dis que cette promesse-là aussi, on l’a tenue.

Et je sais que même si on ne roule pas sur l’or, nos enfants ne manquent de rien. Parce que même si on refuse de répondre à tous leurs petits caprices, on leur offre toujours l’essentiel. Parce qu’on sait en tant que parents, que pour rendre un enfant heureux, il ne faut pas lui donner ce qu’il demande, mais bien plus ce dont il a réellement besoin. Et pour ça, je pense qu’on y arrive.

Malgré le ménage qui est toujours à recommencer, malgré les conflits entre sœurs, malgré les horaires chargés, malgré le train-train de la vie qui va trop vite… je me dis que les promesses que j’ai faites à ce petit être il y a plus de dix ans, je suis arrivée à les tenir. Et je veux me rappeler que même si on trouve ça dur parfois, même si on manque de patience et de beaucoup de sommeil, au fond, on y arrive. Et c’est tout ce qui compte.

Joanie Fournier


Chers Grands-Parents

Chers Grands-Parents,

Chers Grands-Parents,

Je vous écris cette lettre pour vous remercier, vous démontrer mon admiration et vous exprimez mon amour pour vous. Vous avez vu apparaître des inventions extraordinaires, vu la technologie naître et évoluer à vitesse grand V et vécu des moments historiques. Pour certains, vous avez peut-être même participé à ces grands moments.

  • Fondation des Canadiens de Montréal en 1909
  • Naufrage du Titanic le 14 avril 1912
  • Première guerre mondiale 1914-1918
  • Droit de vote des femmes au Canada
  • Premier vaccin (vaccin antituberculeux) en 1921
  • Joseph-Armand Bombardier invente la première motoneige en 1922
  • Premiers essais des photographies en couleurs entre 1925 et 1935
  • Découverte de la pénicilline, le premier antibiotique
  • Krach boursier en 1929 (suivi de la Grande Dépression)
  • Invention du stylo à bille en 1938, mais fabriqué en usine à partir de 1953
  • Premier ordinateur 1937-1946
  • Deuxième Guerre mondiale 1939-1945 (Débarquement de Normandie entre autres)
  • Droit de vote des femmes au Québec le 25 avril 1940
  • Création de l’ONU (Organisation des Nations Unies) le 24 octobre 1945
  • Invention du micro-ondes en 1946
  • Guerre du Vietnam 1955-1975
  • Guerre froide 1956-1968
  • Construction du mur de Berlin en 1961
  • Conquête spatiale :
    • Premier satellite artificiel en 1957
    • Premier homme dans l’espace en 1961
    • Le premier homme sur la Lune le 21 juillet 1969
  • Première pilule contraceptive en 1961
  • Début des travaux pour le métro de Montréal en 1962
  • Assassinat du président Kennedy le 22 novembre 1963
  • Assassinat de Martin Luther King Jr. le 4 avril 1968
  • Jeux olympiques à Montréal en 1976
  • Création de Apple en 1976
  • Adoption de la Charte de la langue française en 1977
  • L’échec du référendum québécois 1980
  • Sony et Philips lancent les premiers CD comme support numérique de la musique en 1982
  • Apple lance Macintosh qui comporte des icônes et une souris en 1984
  • Catastrophe de Tchernobyl le 26 avril 1986
  • Tragédie de Polytechnique le 6 décembre 1989
  • Chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989

Tous ces événements en si peu de temps ! Vous avez vécu dans un siècle où il y a eu plus d’évolutions que pendant les deux derniers millénaires. De l’apparition de l’électricité dans vos maisons, de la télévision en noir et blanc à celle en couleur, la télévision grosse comme un meuble, tellement lourde qu’il était presque impossible de la bouger, à une télévision aussi grosse, mais d’une minceur à faire peur et d’une légèreté surprenante. Vous avez vu naître le premier ordinateur, les téléphones portables, internet très lent à super-méga-débile rapide. Vous étiez habitués d’aller dans votre caisse pour imprimer votre livret de transaction, de payer vos factures au comptoir de la banque, de recevoir vos factures par la poste. Aujourd’hui, tout se fait par internet et pas besoin d’un ordinateur. Non, non, simplement avec nos téléphones intelligents.

Vous nous avez transmis des valeurs importantes comme la famille, le respect et l’honneur. Vous avez tout fait pour vos familles. Vous avez su évoluer, apprendre et grandir en même temps que l’évolution de tous les domaines (médical, technologique…) Vous êtes les êtres humains qui ont eu le plus d’adaptation à faire au cours de leur vie.

Beaucoup de familles québécoises ont grandi avec beaucoup de rassemblements familiaux. Le rythme de nos vies a augmenté graduellement jusqu’à en devenir maladif. Tout doit être fait vite. Pas le temps de niaiser ; le temps, c’est de l’argent. Dans votre temps, la femme restait à la maison et s’occupait de tout. Maintenant, il est impossible (ou presque) qu’un des deux parents reste à la maison. Les deux doivent travailler, envoyer les enfants à la garderie, à l’école. C’est la course toujours, les repas, les tâches ménagères, les devoirs, les bains, les exercices physiques, etc.

Et vous, vous nous regardez courir à gauche, à droite, ne prenant pas une seule seconde pour nous. Vous avez téléphoné presque tous les jours pour prendre des nouvelles, mais nous étions trop pressés pour prendre le temps de vous parler vraiment. Vous vous êtes sûrement demandé : “mais où est-ce qu’on a manqué notre coup pour être si seuls, abandonnés ? » La réponse est simple : vous n’avez rien fait de mal. La vie est devenue une course, le temps nous manque. Mais le temps, nous en manque-t-il réellement ou ne prenons-nous juste pas le temps ?

Chers grands-parents, vous auriez mérité notre temps comme quand vous preniez le temps de nous apprendre à faire du vélo ou à cuisiner. Vous ne méritiez pas de mourir seuls.

Pour tous ceux dont les parents ou grands-parents sont encore en vie, appelez‑les, allez les voir, même si c’est au travers d’une fenêtre. Ces personnes ne méritent pas de rester seules. Nous devons prendre le temps pour elles. Ne tentez pas de trouver du temps, vous n’en trouverez pas ; prenez-le, tout simplement.

Nous avons une chance unique de prendre une pause, de réorganiser nos priorités, de réfléchir à nos actions. Nous avons la chance de changer les choses, de reprendre un rythme de vie plus sain. Ce foutu virus nous donne une occasion de changer.

Chers grands-parents au ciel, certains d’entre vous ont eu la chance, l’honneur d’être accompagnés dans vos derniers moments par les membres de votre famille. D’autres n’ont pas eu cette chance. Chers grands-parents, désolée que la vie ait changé drastiquement au point où nous avons « dû » vous abandonner. Désolée que nous ayons pris conscience trop tard de l’importance de notre présence près de vous. Désolée que nous n’ayons pas pris aussi souvent le temps pour vous.

Chers grands-parents, reposez en paix, festoyez avec vos proches retrouvés !

Cindy LB

Te retrouver

Dans l’incertitude, te retrouver.

Parfois, ne pas pouvoir te répo

Dans l’incertitude, te retrouver.

Parfois, ne pas pouvoir te répondre. Souvent, ne pas savoir.

T’accueillir dans cette classe transformée. T’enseigner d’une nouvelle façon. Te découvrir sous un autre angle.

Profiter de ce temps précieux où tu m’es prêté, retirer le maximum du fait que nous soyons si peu dans ce grand espace…

Faire de cette épreuve, un tremplin et rebondir, comme tu sais si bien le faire. Devenir meilleur, plus curieux, moins timide ; prendre sa place.

Accepter d’être imparfait et à travers ces imperfections, apprendre comme jamais…

Karine Lamarche

Ma prise de conscience COVID

Il y a certains moments dans la vie où on prend davantage conscience de ce

Il y a certains moments dans la vie où on prend davantage conscience de certains faits de la vie. S’il y a une chose juste avec notre passage sur terre, c’est que l’on naît et que l’on meurt tous. Aujourd’hui, à cause de la COVID, j’ai pris conscience que l’on perd les êtres chers autour de nous ou que nous les quittons. J’ai pris conscience qu’un jour, je vais perdre ma sœur ou qu’elle me perdra, et on se sentira bien seules. J’ai pris conscience que mes parents avaient de grandes familles, qu’ils partent tour à tour, que ce n’est pas plus facile chaque fois, que je ne sais pas vraiment quoi dire. Qu’est-ce qu’on peut dire en fait ?!

La COVID a pris mon oncle, le frère de mon père. Je sais que mon père est triste. Avouons‑le, être huit frères et sœurs et se retrouver à quatre n’a rien d’un décompte amusant. On n’y peut rien, c’est le cycle de la vie ; on ne choisit pas.

J’ai découvert que peut‑être que moi, je sais bien être. Je ne peux ramener frères, sœurs, parents, conjoints, grands-parents, amis. Croyez‑moi, j’aimerais sincèrement avoir ce super pouvoir, mais je peux aider à continuer le plus doucement possible.

Une autre occasion de se rappeler l’importance du moment présent, toute l’importance d’aimer ceux qui nous entourent pour ce qu’ils sont, avec bonté, comme s’ils allaient nous quitter le moment suivant. Autrement dit, aimons-nous les uns les autres ! N’attendez pas des moments pour en reprendre conscience, pas de 11 septembre, pas de COVID, pas d’attentats. Soyez dans l’urgence d’aimer.

Papa, maman, amis, beau-frère, cousins, cousines, je ne peux enlever la douleur de la tristesse. Je n’ai pas beaucoup de mots, mais soyez assurés que je suis de tout cœur avec vous et je saisis tout à fait ce qui se passe.

Marie-Josée Gauthier

Quand mon plancher brille…

Remettre les pieds dans sa classe et la retrouver si propre ! Avoir telle

Remettre les pieds dans sa classe et la retrouver si propre ! Avoir tellement peur de salir ce plancher tout frais ciré…

Vraiment, en ce matin particulier et riche en émotions, cette sensation de propreté était bienvenue ! Ce sentiment qu’une partie du boulot était déjà accomplie m’a donné la petite tape dans le dos qu’il me fallait pour démarrer.

Voir toutes ces chaussures d’enfants bien cordées dans les casiers, comprendre combien on a de la chance d’avoir un monsieur Benoît dans notre école. Un concierge dans une école primaire, c’est précieux. Je me souviens de monsieur Marcel, à l’école qui a bercé mon enfance. 

On a tous un monsieur Marcel, un monsieur Benoît… Celui qui fait un petit plus auprès des élèves et même, auprès des adultes, celui qui arrose les plantes de votre classe pendant le confinement. 😉

Ces gens qui travaillent dans l’ombre, particulièrement en cette période de pandémie, méritent qu’on prenne un moment pour souligner l’importance de leur travail. Évoluer dans un environnement propre et organisé influence notre humeur, notre journée. 

Quand mon plancher brille, mon cœur scintille. ⭐️ 

Merci monsieur Benoît !

Karine Lamarche

Souvenirs d’orpheline

Je cherchais une photo de lui,

Je cherchais une photo de lui, une photo de nous. Impossible à trouver. L’album hommage que j’ai fait il y a dix ans pour faire passer le motton ? Disparu ! Mystère… Alors je dois me contenter de vous parler de lui, disparu il y a 35 ans, aux griffes d’un long cancer du cerveau. Devenu introuvable comme ses photos, sauf dans nos mémoires.

Lui, c’est mon papa. C’est le mari de ma mère, le père de mes frères. C’est le petit frère de ses frères et sœurs, le grand frère de sa petite sœur qu’il a vue naître. Le fils de ses parents, aussi partis. C’est le grand-père de mes enfants. Ils ne l’ont pas connu, n’ont jamais entendu sa voix, mais l’appellent quand même Grand-Papa André. Et ils l’aiment. Ce qu’il aurait donné pour entendre leurs rires…

Lui, c’est l’ami de plusieurs, l’ennemi de personne. C’est un gars de bois et de pêche. Je soupçonne qu’il partait plus à la chasse au ressourcement et aux bons moments entre chums qu’à la pêche aux poissons. C’est l’entraîneur et l’arbitre de hockey qui m’amenait dans la chambre des joueurs, comme si j’avais été one of the boys. C’est l’instructeur de l’Institut de police et le policier qui se donnait un air sérieux avec sa moustache parfaitement taillée, mais qui était un blagueur doux comme une écharpe en mohair. C’est d’ailleurs lui qui m’a ramenée de l’hôpital il y a presque 43 ans, dans son auto de patrouille pour me garder en sécurité. La légende dit qu’il avait même allumé ses gyrophares pour annoncer mon arrivée sur terre. Un papa fier…

Lui, c’est le gars qui prenait sa marche dans le village chaque jour où sa santé et son niveau d’énergie le lui permettaient. Tout le monde reconnaissait sa tuque noire qui protégeait les traces laissées par les scalpels et son crâne chauve. Tout le monde le saluait, s’arrêtait pour lui jaser, pour prendre de ses nouvelles. Lui, c’est l’humain-ange qui apaisait ceux qui le voyaient passer.

Lui, c’est un grand amoureux de la nature et des papillons. Un croyant qui priait sans essayer de convaincre et qui prenait sa petite 50 en famille le samedi soir en riant. Bref, un être équilibré.

Lui, c’est celui qui m’a fait assez confiance pour me permettre d’utiliser ses outils avant que j’entre en maternelle. Celui qui m’a enseigné à prendre mon bain, à reconnaître les rouge-gorge et à cueillir le thé des bois. C’est aussi celui qui nous servait nos repas dans les casseroles quand c’était son tour de nous faire manger.

Lui, c’est un auteur qui a écrit un livre malgré la douleur, mais qui est décédé avant de pouvoir le publier. C’est sa mort qui m’a convaincue d’écrire plus tôt que trop tard.

Imaginez ce qu’il aurait pu nous transmettre s’il avait vécu aussi longtemps que les parents devraient vivre !

Mais je suis chanceuse, parce que ma maman a choisi de revêtir le double rôle de papa-maman. Depuis 35 ans.

Nathalie Courcy

Le pays des Calinours

Je suis cette mère qui a choisi de ne pas parler de la pandémie à ses pl

Je suis cette mère qui a choisi de ne pas parler de la pandémie à ses plus jeunes enfants…

Je suis cette mère qui a choisi de ne pas parler de la situation à ses jumeaux de quatre ans…

Je suis cette mère qui a choisi de ne pas leur parler de la COVID et de les laisser sur leurs petits nuages au pays des Calinours…

Nous avons fait ce choix le 13 mars soit à la fermeture des écoles… Nous revenions de voyage pour la relâche et nous étions tous à la maison depuis quelques jours… Pourquoi vous expliquer la situation, mes amours, alors que vous étiez avec maman depuis décembre, car nous avons déménagé et aucune garderie n’avait de place pour vous ? Pourquoi changer notre routine et vous alarmer ? On est bien ensemble non ?

Oh je sais, on ne comprend pas toujours notre choix… On juge un peu les parents de faire ça… « Ben voyons, comment vous pouvez cacher ça à vos enfants ? »

Je dirais : « Ben voyons, pourquoi je leur donnerais de l’anxiété avec une situation qu’ils ne comprendraient pas ? »

Ma plus vieille est bien entendu au courant. Elle respecte l’omerta. Parce qu’elle connaît sa sœur, elle sait très bien que c’est mieux ainsi. Je crois qu’elle apprécie ses grasses matinées sans réveil nocturne… Elle respecte notre choix et comprend qu’à quatre ans, ce n’est pas évident de cesser les câlins et respecter le deux mètres avec TOUT le monde sauf sa famille immédiate.

Pour toi, ma plus jeune, celle qui vit toute son anxiété dans son « j’ai mal au ventre maman… », je sais que si on te rend nerveuse, tu auras mal au ventre. Tu voudras te coller sur papa ou maman, tu vas te rouler en boule avec ta doudou sur le divan… Aussi, tu projetteras ton anxiété sur ton frère jumeau qui ne comprendra pas pourquoi il est anxieux, tu nous poseras 1 000 questions auxquelles il nous sera difficile de te répondre… Tu te réveilleras la nuit pour nous les poser une autre fois… t’sais, des fois que la réponse serait différente quand il fait noir…

Pour toi aussi, mon garçon, qui me posera des questions, mais ne comprendra pas ce virus, cette distance de deux mètres, cette inquiétude chez les adultes… Les réponses de papa et maman ne seront pas à ton goût et il y aura beaucoup de pourquoi… Je pense à toi aussi qui vivras l’anxiété de ta sœur par symbiose… sans l’avoir demandé !

Nous avons fait ce choix de façon consciente et après six semaines, j’y crois encore. Les jumeaux s’ennuient de leurs amis de notre ancienne ville, mais nous ne sommes plus là… Ça va bien aller ! Ils aimeraient voir mamie, mais comme on dit que ce n’est pas possible et qu’ils viennent tout juste de passer une semaine complète avec elle à la relâche… Ça va bien aller ! Ils voudraient souper avec grand-papa et grand-maman, mais ils pensent qu’ils habitent encore loin comme avant… Ça va bien aller !

Toi qui nous connais, sache que je ne veux pas ton avis ; je te demande seulement de respecter notre choix. Nous sommes leurs parents, donc nous sommes les meilleures personnes pour choisir ce qui est le mieux pour eux ! J’aimerais que tu respectes mon choix, mais je ne te demande pas d’être d’accord. 😉

Je suis persuadée que je fais le meilleur choix pour EUX, MES amours.

Mes enfants commencent l’école en septembre, il me reste encore du temps, non ?

Stéphanie Poitras

Papi

Papi pensait que le Bon Dieu l’avait oublié.

Papi pensait que le Bon Dieu l’avait oublié.

Ma mère m’a dit qu’il y a tout juste quelques semaines, il Lui avait demandé de se rendre jusqu’à son anniversaire et qu’après, Il pouvait venir le chercher. Il faut dire qu’à 102 ans le temps semblait sûrement s’étirer indéfiniment.

1224 mois et 20 jours exactement entre le samedi où il est arrivé et celui où il est parti.

Ceux et celles qui ont eu le privilège de le connaître savent que c’était un homme bon, généreux et qui ne demandait jamais rien pour lui. Toujours en tenue impeccable, sa plus grande joie était de passer du temps en famille. De voir grandir ses petits-enfants (Véronique, Étienne, Marianne, Julie, Mathilde et moi) et ensuite ses arrière-petits-enfants (Jean-Olivier, François-Étienne, Hayden, Luca, Anna, Livia, Nathan et Finley).

Je ne suis pas religieuse, mais je crois aux anges. Ces êtres nous rendent visite et nous inspirent par leur bonté. Parfois on a la chance d’en connaître un. En leur présence, l’humanité s’anoblit.

Moi j’en ai connu un.

Papi a gagné ses ailes hier.

Il est donc parti accompagné d’une pluie d’étoiles filantes, les Eta Aquarides, et la dernière Super Lune de l’année parce que, évidemment, il méritait un étincelant cortège de départ.Mais il était modeste, Papi, et il voudrait que j’arrête ça là. Il voudrait aussi que nous nous remémorions des bons moments.

Grand-papa, j’espère que tu te trouves maintenant dans les bras de ta belle Judith. Sur une plage d’Espagne à l’image des nombreuses belles vacances que vous y avez passées. Transmet mon amour à Mamie, François, Françoise, Jacques et tous ceux et celles qui t’ont accueilli là-haut.

Ce n’est pas un adieu, Papi. Nous nous reverrons dans les étoiles.

À la mémoire de Philéas Boulay (1918-2020)

Geneviève Brown

Pour toi, le finissant du secondaire 2020

C’était ta dernière année. Tu savais déjà ce que tu allais faire plu

C’était ta dernière année. Tu savais déjà ce que tu allais faire plus tard dans la vie ou tu hésitais encore. Tu venais de faire ton inscription au cégep quelques semaines plus tôt et tu te croisais les doigts pour être accepté au premier tour dans ton premier choix. Ton secondaire allait se terminer dans trois mois. Tu rêvais du bal des finissants. Tu avais hâte de regarder ton album et de le faire signer par tout le monde. Ce que tu ne savais pas, c’est que la COVID allait frapper et qu’elle changerait tout cela pour toi.

Tu as toujours rêvé qu’une catastrophe survienne pour qu’il n’y ait subitement plus d’école du jour au lendemain. Je le sais, moi aussi à ton âge, je le souhaitais. Sauf que là, c’est arrivé pour vrai. Une semaine c’est le fun, deux aussi. Mais là, le temps a commencé à être long. Ce que tu n’avais pas prévu dans ton scénario est que la catastrophe qui t’empêcherait d’aller à l’école t’empêcherait aussi de voir tes amis, de sortir et de vivre ta vie normalement.

Semaine 3… 4… 5, tu t’ennuies de l’école, chose que tu ne pensais jamais vivre dans ta vie. Tu t’ennuies des corridors pleins de gens, du son de la cloche, de courir pour changer de local entre les périodes. Tu te demandes si tu te souviens de la combinaison de ton cadenas. Tu t’ennuies de tes collègues de classe et même de tes professeurs !

Semaine 6, la décision est prise : les cours sont annulés pour le reste de l’année pour les élèves du secondaire. Tu seras convoqué pour aller chercher tes effets personnels à l’école, et c’est comme ça que l’aventure va se terminer. Les corridors seront vides, les professeurs absents et tes amis aussi. Toi qui avais si hâte à ton dernier examen en juin pour dire au revoir à cet endroit et aller de l’avant vers une nouvelle aventure, tu vas quitter autrement. Tu n’auras pas la chance de dire au revoir à tes professeurs, de les remercier pour l’aide qu’ils t’ont apportée au cours des dernières années.

Je ne sais pas si le montage de ton album de finissants était terminé. Je ne sais pas si tu pourras en avoir un. Pour le bal, j’ai de la peine pour toi, car je me rappelle à quel point je rêvais de ma robe de bal depuis le début de ma cinquième secondaire. Peut‑être l’avais‑tu déjà trouvée ou peut‑être que tu allais bientôt commencer le magasinage pour la trouver. Savais‑tu déjà avec qui tu irais au bal ? C’est un rite de passage important qui marque la fin d’une étape et un premier pas vers ta vie d’adulte, ça méritait d’être souligné ! Le virus en a décidé autrement.

Pour tous les finissants du secondaire 2020 et plus particulièrement pour ma cousine Rébecca, soyez fiers de vous, de ce que vous avez accompli au fils des dernières années. Vous aurez quelque chose d’unique à raconter à vos enfants lorsqu’ils arriveront eux aussi en cinquième secondaire et qu’ils vous demanderont comment ça s’est passé pour vous.

Annie St-Onge