Archives septembre 2020

« For gentleman only »

Quand on a des enfants, chaque petit détail du quotidien devient un prétexte pour avoir une discussion philosophique et essentielle sur le sens de la vie. Dès qu’ils se mettent à poser des questions, on tente de notre mieux de leur apporter des réponses simples. Mais parfois, on comprend qu’on est en train de leur expliquer des concepts super importants aussi…

Un matin, mes filles de 7 et 9 ans étaient assises à côté de leur petit frère et s’amusaient à lui faire des coucous. Sur le cache-couche de mon bébé, il était écrit « For gentlemen only ». Ça a attiré leur attention et elles m’ont demandé ce que ça voulait dire. Sur le coup, j’ai failli leur répondre une mauvaise traduction maison, du genre « Pour les gentils garçons seulement ». Puis, je me suis ravisée et je me suis lancée dans l’explication à plus grande échelle…

Je leur ai expliqué qu’un « gentleman » était une expression utilisée pour décrire un type d’homme en particulier. Un gentil garçon, certes, mais qui répond à plusieurs règles d’un code bien précis. Ça a vite piqué leur curiosité et elles m’ont demandé d’aller chercher les règles pour poursuivre la discussion.

J’ai réalisé qu’il existe réellement des règles écrites, un genre de code de conduite pour les « gentlemen ». Quoique les règles semblent varier un peu d’une source à l’autre, l’essentiel reste sensiblement le même. J’ai donc tenté de mon mieux de vulgariser ces règles pour les expliquer à mes enfants…

Un « gentleman » surveille son intonation, son ton reste raisonnable et il ne fait pas de crises de colère. Il essaie de toujours être à l’écoute des autres quand ils parlent et s’intéresse à ce qu’ils disent. D’ailleurs, il évite les sujets délicats et reste poli. Il regarde les gens dans les yeux quand il leur parle et a une bonne poignée de main. Il se tient droit, toujours. Il marche la tête haute, le dos droit et ne s’évache pas en s’assoyant. Il connaît bien les bonnes manières à table. Il ouvre la porte aux femmes, ne porte jamais de chapeau à l’intérieur et marche toujours à gauche sur le trottoir. Un « gentleman » aime rendre service et respecte les autres. Il s’habille soigneusement et il aime les beaux vêtements chics.

Une fois la liste des règles passée, j’avais deux grandes filles devant moi qui restaient impassibles. Elles me regardaient avec leurs grands yeux ronds. Ma plus vieille m’a dit : « O.K… Faque dans le fond, c’est juste des règles de base de politesse. Comme genre les règles qu’on doit suivre tous les jours. Non ? » J’ai relu les règles et j’ai pris conscience qu’en effet, ce sont des consignes qui sont exigées chez nous, sans égard au sexe ni aux circonstances. Ce ne sont pas des règles particulières… juste la façon dont nous avons éduqué nos enfants, parce que ça allait de soi avec nos valeurs…

Ma grande fille de 9 ans m’a dit : « Moi, je souhaite que mon petit frère devienne un “gentleman”. Parce que je veux qu’il soit bien élevé ». Et ma fille de 7 ans, avec toute la franchise dont elle sait faire preuve, a dit : « Ben moi, j’veux être une “gentlegirl” d’abord ! ». Pis j’ai trouvé ces paroles remplies de sagesse. Parce qu’au fond, être poli et agir avec respect n’a aucun lien avec notre sexe ou notre rang social. C’est juste une question de bon sens et d’éducation.

Oh et en passant. Il y avait aussi une règle concernant l’alcool précisant qu’un « vrai gentleman » préfèrerait toujours siroter et déguster un bon whisky que de caler des bières. Mais bon, je me suis dit qu’on reparlerait de cette règle‑là dans quelques années seulement… Pour l’instant, je me contente d’élever mes « gentlegirls » et mon « mini‑gentleman » de mon mieux.

Joanie Fournier

 

Mon cirque à moi: hilarant!

C’est entouré d’une belle brochette d’acteurs et d’actrices que j’ai eu la chance d’assister à la première du film Mon cirque à moi. Un film que j’ai savouré du début jusqu’à la fin. Entre plusieurs éclats de rire, j’ai été impressionnée par le jeu de Patrick Huard. L’intelligence de son interprétation nous amène à vaciller entre le charme de son personnage et la pitié. Et que dire de la jeune comédienne Jasmine Lemée qui débute assurément une longue carrière ! C’est une comédie délicieuse où plusieurs moments sont hilarants, mais qui nous raconte en même temps une histoire sensible et touchante.

Toutefois, plusieurs minutes du film ont été nécessaires afin de déterminer l’époque à laquelle de l’histoire présentée par le film. Il s’agit d’un léger détail qui n’affecte aucunement la qualité de la présentation.

Bref, j’ai passé une merveilleuse soirée à me faire raconter une histoire qui m’a complètement transportée. J’ai été assurément divertie. Il vaut la peine de se déplacer en salle pour visionner Mon cirque à moi.

Julie De Pessemier

Photo principale : : LAURENT GUERIN

Ma dépression post-partum majeure qui a failli me coûter la vie

En 2002, j’ai été abusée sexuellement par un copain. En 2005, mon père est décédé du cœur à 45 ans et c’est moi qui ai téléphoné au 911, tout s’est déroulé devant moi. En 2013, j’ai fait une fausse couche horriblement traumatisante. En 2014, j’ai accouché de ma fille et ce fut tout aussi traumatisant. Ça s’est terminé en césarienne d’urgence, j’étais endormie. Ma fille et moi avons failli mourir. En 2015, j’ai fait une seconde fausse couche. Je suis tombée enceinte de mon fils plus tard dans l’année. Cette grossesse fut extrêmement difficile, j’ai été malade tout le long et j’ai subi du harcèlement psychologique au travail. J’ai été arrêtée pendant toute ma grossesse, car j’en pouvais plus d’être malade et d’avoir une ambiance toxique au travail. Heureusement, ma césarienne avec mon fils s’est déroulée paisiblement et dans le bonheur.

Les premières semaines après la naissance de mon fils, tout se déroulait merveilleusement bien. Puis, mon fils est tombé malade à un mois et demi (bronchiolite) et il a été hospitalisé 4 jours. Ensuite, ce fut mon tour d’être malade. Les médecins ont découvert des pierres à la vésicule biliaire. Après plusieurs visites à l’urgence, je me suis enfin fait opérer pour la retirer. La convalescence fut difficile, je me remettais tout juste de celle de ma césarienne et je retombais en convalescence, à être incapable de soulever quoi que ce soit. Difficile avec 2 enfants, une de 2 ans et un de 4 mois.

Mon humeur avait commencé à changer après l’hospitalisation de mon fils, j’étais facilement frustrée, mais après ma chirurgie, c’est devenu pire. J’avais de très grosses sautes d’humeur, toujours en colère contre mon conjoint, incapable de rien faire, toujours fatiguée, jamais envie de sortir ou de voir des amis. Les disputes avec mon conjoint étaient intenses. Je n’ai jamais été une personne colérique ni agressive, mais à ce moment, j’aurais pu le devenir. Je ne sais pas pourquoi, mais c’était toujours contre mon conjoint.

Quand mon fils a eu 9 mois, mon conjoint nous a payé un séjour en amoureux à l’Esterel. J’étais tellement heureuse et soulagée. Le séjour s’est déroulé à merveille, je n’avais même pas envie de retourner à la maison. J’avais l’impression de ne pas m’ennuyer de mes enfants et c’est là que j’ai commencé à penser que je faisais peut-être une dépression post-partum. À notre retour à la maison, la situation est revenue comme avant le séjour.

Un soir où nous nous étions disputés vraiment fort, mon amoureux m’a dit : « Sérieusement, tu n’es plus pareille. Tu as changé. Peut-être que tu devrais prendre un rendez-vous avec ton médecin. » Le fait que lui me le dise m’a insulté ; pourtant je le savais que quelque chose clochait. J’ai pris le téléphone et j’ai appelé à la clinique, un soir de semaine à 17 h 45. Quelles étaient les chances que quelqu’un réponde ? Eh bien, une secrétaire a répondu. Je lui ai expliqué la situation et elle m’a dit qu’elle allait en parler avec mon médecin et me rappeler. À 19 h 30, la secrétaire me rappelait pour me donner un rendez-vous le surlendemain. J’étais sous le choc.

Quand je suis arrivée à la clinique, j’étais convaincue que c’était seulement de la fatigue. J’allaitais mon fils de 9 mois et demi aux deux heures jour et nuit. Mais lorsque je suis entrée dans le bureau et qu’elle m’a demandé comment j’allais, j’ai éclaté en sanglots. Elle m’a regardée et m’a dit : « Je n’ai même pas besoin de te passer le questionnaire, tu es en dépression post-partum modérée. » Elle m’a obligée à arrêter l’allaitement, j’ai débuté la médication et je devais trouver une psychologue.

Je suis sortie de la clinique et j’ai téléphoné à mon conjoint pour lui dire la bombe. Il a été rassurant, même si je savais qu’il ne croyait pas tant à la dépression, mais il devait admettre que je n’allais pas bien. Pendant le chemin du retour, je me rappelais que plusieurs personnes m’avaient dit que d’avoir 30 ans les avait affectées énormément. Et là, me voilà à 2 jours de ma fête de 30 ans, nouvellement diagnostiquée avec une dépression post-partum modérée. Je me disais que ça ne pouvait pas me rentrer dedans plus que ça. Hum… j’avais tout faux.

J’ai rapidement trouvé une psychologue en qui j’avais confiance et à qui je me suis livrée comme jamais. Je savais que j’avais une chance en or de pouvoir me payer une psychologue au privé et d’en avoir trouvé une qui fit avec moi. Mais malgré la thérapie, la médication et le repos, je m’enfonçais dans un gouffre sans fin. La noirceur était partout. J’ai donc décidé de me lancer dans mille projets et d’aider n’importe qui dans le besoin. Mais 9 mois après mon diagnostic et avec une thérapie qui avançait très bien, ça n’allait pas du tout. Mes amies s’éloignaient de moi, je me sentais plus seule de jour en jour. Puis, mes idées suicidaires sont devenues de plus en plus convaincantes.

Un matin, je suis allée porter mes enfants à la garderie. J’avais décidé que c’était cette journée-là que ça se passerait. Que j’allais passer à l’acte. J’étais convaincue que mes enfants et mon conjoint seraient mieux sans moi, que je les ferais moins souffrir si je n’étais plus là à traîner ma noirceur. Je ne me sentais pas à la hauteur comme mère, j’avais l’impression d’avoir échoué, car mes enfants voyaient une maman triste, en colère et qui ne jouait pas avec eux, qui n’avait pas d’énergie. J’avais une séance avec ma psychologue en matinée, je n’avais pas envie d’y aller, mais une force ou une petite voix m’a poussée à y aller.

Lorsque je suis entrée dans son bureau, elle m’a regardée et l’expression sur son visage a changé. Je me suis installée sur le divan en face d’elle. Elle me posait des questions et je répondais le minimum. Puis, elle a commencé à me piquer, à me chercher, à me faire sortir de mon état de silence. Et ça marchait, elle me gossait royalement. Elle s’est mise à me répéter une question : « Qu’est‑ce que tu veux ? » Je ne répondais pas. Mais elle répétait sans arrêt, de plus en plus fort, de plus en plus comme un ordre. Et d’un coup, j’ai explosé. « JE VEUX MOURIR, JE VEUX DISPARAÎTRE, JE VEUX PLUS ÊTRE UN FARDEAU, JE VEUX M’OUVRIR LES VEINES AVEC TON OUVRE-ENVELOPPE, JE VEUX SAUTER EN BAS DE TA FENÊTRE, JE VAIS ALLER M’ÉCRASER CONTRE UN MUR DE BÉTON AVEC MON AUTO. » Et là, je tremblais, je me berçais, je criais des sons ou des mots incompréhensibles. Elle m’a demandé si elle pouvait contacter mon conjoint, j’ai dit non, d’appeler ma mère. Puis c’est flou. Ma mère est venue me chercher au bureau de ma psychologue et elle m’a amenée à l’hôpital. Je n’ai aucun souvenir du chemin, je ne faisais que pleurer. Ma mère me parlait, mais aucun souvenir de ce qu’elle m’a dit.

Arrivée à l’hôpital, on m’a prise en charge très rapidement, en moins de 30 minutes, j’étais assise dans le bureau du psychiatre et un plan était établi. Thérapie plus intensive alternée entre ma psychologue et lui. Il ne prenait plus de patients, mais il a décidé de me suivre en externe. Puis, changement dans ma médication et suivi avec une travailleuse sociale. Je ne faisais plus une dépression post-partum modérée, mais une majeure.

Si ma psychologue, en qui j’avais totalement confiance, n’avait pas remarqué mon changement d’attitude, je ne serais probablement pas là à vous écrire. Mes enfants n’auraient plus de maman et mon conjoint n’aurait plus sa petite femme.

Cindy LB

La musique, service essentiel, vital

Habituellement, j’aime aller voir beaucoup de concerts.

Le 10 mars 2020, j’assistais à mon dernier show.

Deux jours plus tard, le gouvernement interdisait les rassemblements.

La semaine suivante, nous étions tous confinés.

Chaque jour, les décès annoncés ; chaque jour, les mesures sanitaires imposées…

Chaque jour de mars 2020 était une épreuve.

Chaque jour, comme de très nombreuses personnes, j’ai écouté mes chansons préférées pour m’aider, pour me motiver, pour ne pas virer folle, pour ne pas figer d’inquiétude quand mon conjoint a perdu son emploi, pour danser avec mes enfants qui n’avaient plus le privilège d’aller à l’école, pour me sentir moins seule, pour affronter ma peur de sortir travailler, pour me défouler quand tout était interdit…

Chaque jour, la musique m’a tenu la main.

Chaque jour, la musique me tient encore.

On nous a enlevé ce droit‑là, qu’on pensait acquis : aller voir des shows. Qui aurait cru que ça pourrait arriver ?

Les artistes, par solidarité, ont commencé à faire des représentations live. J’ai versé tant de larmes, seule dans mon salon, épuisée par ma journée de travail, à les écouter avec attention.

Je salue ce temps qu’ils ont donné, bénévolement, à des milliers de personnes. Une petite tape dans le dos… du temps en cadeau qui apaise tout…

Puis, après des semaines de confinement, petit à petit, la vie a repris. Sauf les concerts… Tout est annulé, reporté encore et encore…

La musique a été la première à être touchée par les mesures sanitaires et elle sera la dernière à se relever… Les artistes et les fans seront marqués à jamais par cette épreuve…

Depuis quelque temps, par passion et par instinct de survie, de petits évènements musicaux naissent ici et là.

J’ai eu l’immense privilège de participer à l’un d’entre eux. Je n’ai pas de mots assez forts pour dire l’émotion qui m’a submergée. C’était comme… reprendre vie… un peu… à distance les uns des autres… avec toutes les mesures sanitaires si présentes que chaque note et chaque lumière féerique m’ont fait oublier… Voir du monde vibrer et chanter… Respirer, enfin…

Je n’ai pas de mots assez forts pour vous dire merci. Merci chers artistes d’avoir écrit des chansons qui changent tout dans nos vies. Des chansons qui nous portent, qui nous font rêver, qui nous font oublier, mais surtout des chansons qui nous rassemblent. Grâce à vous, on est proches, même loin.

Très chers artistes et très chère industrie de la musique. Avec beaucoup d’amour et de compassion, je pense à toi… J’espère que tu tiens bon, j’espère que tu vas passer au travers, j’espère qu’on va se voir en show encore, j’espère que tu seras encore là. Parce que tu es un service essentiel. Vital pour des milliers de gens. N’oublie pas ça.

Et toi ? Quelle musique te tient la main ?

Gwendoline Duchaine

Réécrire son futur

Avec le confinement, j’ai décidé de réaligner mon avenir et de changer de vocation. Avant la pandémie, j’étais éducatrice en service de garde, en congé de maternité. Plus le temps passait et plus je voyais mon retour au travail comme un frein à mon épanouissement. Je sentais que je n’étais plus à ma place dans ce domaine. Malgré mon bon fonds de pension, le syndicat, mon ancienneté et des collègues en or, j’ai choisi de tout miser sur moi et de démissionner pour commencer des études dans un nouveau domaine.

Donc, depuis le mois d’août, je suis des cours à distance. Je peux vous affirmer que ce n’est pas facile avec une petite fille de 14 mois et enceinte de 4 mois. Avec les rendez-vous, le manque d’aide et le manque d’argent, j’ai souvent remis mon choix en question. Malgré tout, je ne regrette rien. Je suis le genre de personne qui fait confiance à la vie et encore une fois, je ne suis pas déçue. Malgré les débuts difficiles, tout a fini par s’arranger. Mes prêts et bourses ont finalement fait apparition dans mon compte en banque. Oui, nous allons devoir nous serrer la ceinture, mais ce n’est que temporaire. Ma plus vieille a fait son entrée dans une garderie en milieu familial gérée par une vraie perle. Ça me donne donc mes journées pour étudier et je peux passer mes soirées avec ma famille.

Ce n’est pas facile tous les jours, mais quand je pense aux portes que ça va m’ouvrir, ça ne fait que me motiver encore plus. J’ai arrêté de faire de ma fille et de ma routine une excuse et j’ai foncé. Je sais que mon parcours ne fait que commencer et je suis prête à affronter tous les défis qui se dresseront devant moi. J’ai la chance d’avoir un conjoint qui m’encourage dans mes projets et je n’aurais clairement pas pu faire ce changement sans son soutien et son amour.

J’espère qu’à l’avenir, vous oserez oser le changement et faire tout en votre pouvoir pour être épanouis dans toutes les sphères de votre vie. Il faut arrêter de se trouver des excuses et commencer à chercher des pistes de solutions à la place. Quand on mise sur notre bonheur, c’est très rare qu’on perde au change. Je suis consciente que certaines situations sont plus difficiles que d’autres, mais avant de renoncer à vos rêves, soyez certains d’avoir fait le tour des possibilités qui s’offrent à vous pour vous aider à les accomplir. Nous n’avons qu’une vie et ce serait plate de la finir avec des regrets.

Anouk Carmel-Pelosse

 

La petite fille perdue

Cet été, on a profité des vacances, comme des milliers de Québécois, pour aller visiter le zoo. On a réservé nos billets en ligne, rempli la glacière, préparé les maillots, les serviettes, la crème solaire, alouette ! Avant de partir de la maison, j’ai collé un pansement sur le bras de mes quatre enfants, en prenant soin d’y écrire à l’encre mon numéro de cellulaire. Un geste qui semble bien anodin, qui prend deux secondes à faire, mais qui permettrait à mes enfants de me retrouver plus facilement s’ils se perdaient. Ils connaissent mon numéro par cœur, mais s’ils devaient se perdre, on ne sait pas comment ils pourraient réagir. Un enfant évanoui ou en panique ne se souviendra pas de la série de chiffres tant répétée à la maison. L’an passé, on a d’ailleurs remarqué que les bracelets donnés à l’admission du zoo ont justement une ligne vierge prévue à cet effet. Mais qui pense à traîner son crayon permanent sur lui à l’admission… ? Bref, c’est ma méthode pour toutes les sorties.

Revenons donc à notre sortie annuelle. Nous avions pris le temps de voir les animaux de tous les continents et le temps était venu d’aller profiter des bassins d’eau pour se rafraîchir. Avec plusieurs enfants, on finit souvent par se séparer les enfants par adulte. Un adulte reste avec les petits à la pataugeoire, pendant que l’autre va profiter des glissades d’eau avec les grands. Bref, vous voyez la scène. Cette année, Mamie est venue avec nous. Avec son masque et la distanciation, pas de panique. Alors on avait un adulte de plus pour surveiller les piscines, ce qui est toujours bienvenu.

Papa part avec les deux grandes pour faire les hautes glissades d’eau. Bébé s’endort sagement sur sa couverture, bien à l’ombre. Mamie propose donc de rester pour le surveiller pour que je puisse profiter de la piscine avec ma fille, moi aussi. Je saute sur l’occasion. Arrivées sur le bord de la piscine à vague, une petite fille attire mon attention.

Les cheveux blonds comme le blé, elle a l’air d’un petit ange. Elle doit avoir deux ou trois ans, tout au plus. Elle se promène sur le bord de l’eau. Mais un détail attire mon œil : elle porte une serviette. Pas de flotteurs. Je regarde aux alentours… Je ne vois pas d’adulte avec elle. On est sur le bord de la grosse piscine… Je me dis qu’un adulte va arriver en courant derrière elle dans quelques secondes… Puis les secondes passent et personne ne vient. Elle marche sur le bord de l’eau, sans flotteurs, et mon cœur de maman fait trois tours.

J’agrippe ma fille par la main et je décide de suivre la petite fille blonde. Ses grands yeux bleus ont l’air paniqués… J’essaie de l’approcher pour lui demander si elle a besoin d’aide, mais je semble lui faire encore plus peur… Alors je la suis, pas trop proche, pas trop loin. Je la surveille sur le bord de l’eau. Elle fait le tour du grand bassin d’eau. Deux fois. Dix minutes sont passées. Toujours pas d’adulte qui court vers elle… Je finis par l’apprivoiser un peu, en approchant tout doucement…

Je lui demande son nom. Pas de réponse. Je lui demande si elle cherche sa maman. Pas de réponse. Je lui demande si elle a besoin d’aide. Pas de réponse. J’essaie en anglais. Pas de réponse. Elle me regarde avec ses grands yeux bleus toujours aussi paniqués. Elle refuse de me tenir la main, refuse de venir dans mes bras, et moi, je refuse de la laisser seule sur le bord de la piscine.

Je fais signe à un sauveteur sur le bord de la piscine, qui comprend vite la situation. Mais le sauveteur en question, du haut de ses 17 ans je dirais, ne peut pas quitter son poste et encore moins quitter la piscine de vue… Il appelle au walkie-talkie, mais m’explique que je devrais la surveiller en attendant que quelqu’un vienne pour elle…

La petite fille, toujours muette, me donne finalement la main. J’explique au sauveteur que je vais refaire un tour du bassin d’eau avec elle, au cas où je trouverais ses parents. Autour du bassin, je questionne chaque famille que je croise. Peut-être que quelqu’un l’a remarquée plus tôt avec sa famille… Peut-être que quelqu’un sait où sa mère la cherche… Peut-être que quelqu’un a vu quelque chose… Et je me fais répondre, plusieurs fois : « Ho ! La petite fille perdue ? Nenon, je sais pas avec qui elle est… Ça fait un bout qu’elle est toute seul sur le bord d’la piscine… »

Mon cœur de maman est rempli de rage… Comment peut‑on voir une enfant de 2-3 ans seule, sans flotteur, sur le bord d’une piscine et ne pas aller l’aider ? Comment une mère peut laisser un autre enfant en danger ? Et si c’était votre enfant… Vous aimeriez que les autres la laissent en danger ? Me, myself and I… Ça m’enrage.

Je termine mon tour de piscine, ma fille qui me tient une main, et la petite fille perdue qui tient l’autre. Puis, je vois au loin un papa paniqué. Un papa aux cheveux blonds comme le blé. Il nous voit au loin et court vers nous. Avant qu’il arrive jusqu’à moi, je me penche vers la petite fille et le pointe du doigt. « C’est ton papa ? Tu le connais ? ». Les grands yeux bleus de la petite fille perdue s’illuminent. « Papà a me !!!! Papà a me !!! » Ouin. J’avais pas testé l’italien…

L’homme arrive à notre hauteur et à voir la petite cocotte s’élancer dans ses bras, il était évident qu’elle le connaissait. Le père essaie très fort de m’expliquer, dans un anglais boiteux, qu’il voulait acheter une crème glacée, mais qu’il avait perdu sa fille dans la file… Il me demande où était sa fille quand je l’ai trouvée. Je lui explique qu’elle était au bord de la piscine et qu’elle a fait trois fois le tour du bassin. Je sens son cœur de papa arrêter de battre. Parce qu’on sait tous les deux ce qui aurait pu se passer…

L’histoire finit bien. Personne ne s’est noyé. Personne ne s’est fait enlever. Le sauveteur était soulagé. Le papa heureux. La petite fille comblée. Ma fille et moi, nous sommes reparties nous baigner dans la grande piscine. Ma fille de 5 ans avait tellement hâte de pouvoir enfin aller dans l’eau. Mais je pense qu’elle aussi, elle a compris qu’une vie avait beaucoup plus de valeur qu’une baignade au zoo…

Joanie Fournier

 

L’intolérance à l’intolérance

Je suis une grande fan du « vivre et laisser vivre ». Pas au point de me mêler de mes affaires si le voisin bat ses enfants. Pas au point de me ficher de ce que vivent mes proches. Mais dans la mesure où il n’y a pas de danger, ça me va. Je peux avoir mon opinion sur ce qui se passe dans les nouvelles ou sur les vêtements dépareillés d’une personne, mais rien ne m’oblige à partager cet avis en public. Entre autres parce que ce que je pense n’est pas nécessairement d’intérêt public, mais aussi parce que mon opinion n’a pas plus ou moins de valeur que celle d’une autre personne sensée. Et qui détermine qui est sensé et qui ne l’est pas ?

C’est peut-être pour ça que je me sens intolérante face aux intolérances.

Ces temps-ci, on parle beaucoup (trop) des couvre-visage, masques et autres bouts de tissu visant à protéger la population contre la multiplication des cas de COVID. Les discussions enflammées ont longtemps porté sur d’autres bouts de tissu qui couvraient les cheveux, le visage ou même le corps entier des femmes musulmanes. Ou encore sur le tissu trop translucide ou trop court ou trop voyant qui couvre (à peine) le corps des célébrités ou des ados. Tant de mots dépensés et de colères exprimées pour des bouts de tissu. Et ça change quoi, au juste ?

Je comprends la montée d’émotions générée par l’abus (ou l’impression d’abus, selon le point de vue). Je suis soumise aux mêmes règles sanitaires que tout le monde depuis le mois de mars. J’ai voyagé en Égypte et j’ai croisé des milliers de visages couverts en me demandant « est-ce que ces femmes sont heureuses ainsi ? ». J’ai fait des faces de « vraiment ?! » à ma fille qui portait un vêtement trop court (« oui mais maman, je porte des shorts en dessous ! »). Mais au bout du compte, de quoi je me mêle… et pourquoi je m’en mêlerais ?

Je choisis de porter le couvre-visage en public et de le faire porter à mes enfants. Je choisis de les encourager à respecter les règles sanitaires comme je les encourage à ne pas voler, à dire merci, à ne pas marcher sur la pelouse du voisin et à faire leurs devoirs. J’encourage aussi mes enfants à respecter leurs valeurs et leurs convictions, et à respecter celles des autres. Mes enfants ont des amis de toutes les couleurs et de toutes les religions, et tout se fait dans le respect. Il y a parfois des questionnements ou des étonnements, mais jamais d’inacceptation ni de rejet. Je choisis d’éduquer mes enfants à propos des choix vestimentaires appropriés en fonction de la température, de l’activité prévue et de l’image qu’ils veulent projeter. Depuis leur naissance, je me garde deux droits de veto par année pour imposer une tenue (pour un événement spécial ou une sortie) ; sinon, ils choisissent comment s’habiller et on adapte au besoin. Le bikini à -30 est rarement de mise, mais le manteau d’automne avec une veste en plein hiver équivaut au manteau d’hiver, tant qu’ils ne se plaignent pas de geler à la récré.

Ce qui est le plus drôle, c’est que dans ma quête de la tolérance, je suis souvent jugée. Jugée parce que je ne donne pas souvent mon opinion sur les réseaux sociaux. Jugée parce que mes enfants portent des pantalons de jogging et des espadrilles usées (« Mais maman, elles sont trop confortables ! »). Jugée parce que mes enfants mangent du porc et des légumes au déjeuner. Jugée parce qu’ils font leurs devoirs sous la table et non assis sagement à leur pupitre. Jugée aussi parce que nous avons certaines particularités de santé. Si j’ose dire que ma fille et moi sommes intolérantes au gluten : « Ben là, si ça ne vous donne pas des maux de ventre, ce n’est pas une vraie intolérance. Encore une affaire de régime à la mode… ». Bon, des tests génétiques ont prouvé l’intolérance et on a des symptômes invisibles aux yeux des personnes que ça ne concerne pas, mais je ne me sens pas l’obligation de me justifier, tant qu’on nous laisse faire attention à notre santé. C’est juste plate de se sentir jugé, surtout quand on fait notre possible pour se montrer tolérant face aux autres.

Mais attention : l’intolérance à l’intolérance va plus loin ces temps‑ci (je vous invite d’ailleurs à regarder le documentaire The Social Dilemma sur Netflix… ça explique bien comment les opinions unilatérales se créent de nos jours…) Qu’on soit pro-Trump ou contre Trump, complotiste ou non, anti-écrans ou accroc aux réseaux sociaux, on a droit à notre opinion et on a le droit de l’exprimer. Et on a aussi un certain droit de réserve. Le droit des uns se termine toujours là où le droit des autres commence. Avec une frontière très fine et mouvante entre les deux.

Nathalie Courcy

T’es ben autiste !

La rentrée scolaire est un temps difficile pour la plupart des gens neurodivergents ou atteints de troubles mentaux ou neurologiques. C’est entre autres le moment où on recommence à entendre des mots liés à nos troubles et à nos particularités utilisés de façon ignorante, comme insultes ou bien comme simples adjectifs à chaque coin de corridor.

Eh oui, ce n’est pas assez de se faire intimider pour nos différences. Il faut aussi que le nom de nos troubles serve à décrire des gens dont le moindre comportement rejoint la définition erronée de nos troubles.

 L’insulte la plus répandue dans mon école secondaire ?

« T’es ben autiste ! »

Moi, je ne suis pas autiste. Toutefois, à cause d’une combinaison d’autres troubles et particularités, j’ai plusieurs traits en commun avec les gens qui ont un trouble du spectre de l’autisme. Donc forcément, entendre ce mot utilisé comme insulte à tout bout de champ est incroyablement insécurisant. Cela nous enseigne à avoir honte de nos différences et à vouloir les cacher. Alors que ça ne devrait pas être le cas…

Lors de ma dernière évaluation neuropsychologique, le TSA a été mentionné au début comme hypothèse diagnostique. Même si je suis éduquée sur le sujet, que je sais en quoi le TSA consiste et que je suis consciente d’avoir plusieurs traits en commun avec le TSA, après avoir passé des années à entendre le mot « autiste » utilisé comme insulte, ce mot a développé une connotation négative dans mon subconscient. Entendre cette hypothèse, alors que je comprenais parfaitement pourquoi c’était une hypothèse, m’a fait peur pendant un moment. Si ça a eu cet effet sur moi qui connais bien les troubles mentaux, imaginez à quel point les insultes semblables contribuent à stigmatiser le trouble du spectre de l’autisme dans la tête de ceux qui sont moins éduqués à ce sujet.

Les troubles mentaux ou neurologiques utilisés comme adjectifs participent aussi énormément à la stigmatisation de troubles déjà stigmatisés. Ça, je ne l’entends pas juste à l’école ; je l’entends au travail, dans l’autobus, quand je vais m’acheter un beigne, et même parfois dans ma propre maison.

Les gens atteints de troubles mentaux ont déjà assez de difficulté à avoir de l’aide et à se faire comprendre parce que la plupart des gens construisent leur image des troubles mentaux d’après ce qu’ils voient dans les médias comme la télévision et le cinéma. Les troubles sont soit démonisés et vus comme quelque chose dont seulement les tueurs et les « fous » sont atteints, soit vus comme vraiment moins graves et handicapants qu’ils le sont vraiment. Tout cela rend très difficile de parler de nos difficultés de santé mentale à notre entourage.

Arrêtez de dire que vous êtes OCD quand vous voulez que quelque chose soit bien placé ou propre. Le trouble obsessionnel compulsif est un trouble complexe qui ne se résume pas au fait d’être perfectionniste ou germophobe. Le principal symptôme de ce trouble est de vivre constamment avec des pensées comme « touche 4 fois cette poignée de porte d’une certaine façon précise, sinon, toute ta famille va mourir ».

Arrêtez de dire que vous avez une attaque de panique pour dire que vous êtes stressés. Une attaque de panique, c’est être sûr qu’on est en train de mourir, c’est être incapable de respirer, c’est avoir de la difficulté à tenir debout, ce sont des pensées catastrophes et terrifiantes qui défilent dans notre tête à la vitesse de la lumière.

Arrêtez de dire que vous êtes en dépression pour dire que vous êtes tristes ou déprimés. Un trouble mental n’est pas une émotion. La plupart du temps, les gens en dépression ne se sentent même pas tristes. Être en dépression ou dans un épisode dépressif, c’est se sentir vide, être incapable de fonctionner, de se motiver à faire quoi que ce soit, même les choses qu’on aime le plus faire. Ce sont aussi des pensées suicidaires terrifiantes.

Arrêtez d’utiliser le mot bipolaire pour décrire une personne qui a changé d’humeur ou d’idée rapidement. Si la température a changé plusieurs fois en une journée, arrêtez de dire « mère Nature est ben bipolaire aujourd’hui ! ». La bipolarité, c’est l’alternance d’épisodes dépressifs et d’épisodes de manie ou d’hypomanie, et un des critères diagnostiques est que les épisodes s’étendent sur une certaine période. Donc non seulement utiliser à la légère un trouble mental comme adjectif est insultant, mais en plus, ça associe « sautes d’humeur et changements d’humeur rapides et fréquents » avec le trouble bipolaire, ce qui est une fausseté.

N’oubliez pas que les maladies mentales sont tout aussi graves que les maladies physiques. On peut mourir d’une maladie mentale tout comme on peut mourir d’une maladie physique. C’est tout aussi sérieux. Au Canada, le suicide est la 2e cause de décès chez les gens de 15 à 24 ans. En 2018, c’était la principale cause de décès chez les jeunes de 10 à 14 ans. Et c’est la 9e cause de décès pour tous les âges confondus. C’est le temps de s’éduquer et de prendre cela au sérieux.

Est-ce que vous diriez « OMG! Je suis tellement asthmatique » quand vous toussez ? Ou alors « J’ai le cancer dans le piton aujourd’hui ! » lorsque vous avez mal quelque part ? Ben non. Alors, pourquoi dire des choses comme ça avec les troubles mentaux ?

Vivre avec un trouble mental ou neurologique, c’est déjà assez difficile comme ça, alors s’il vous plaît, arrêtez d’utiliser ces mots comme insultes ou adjectifs. Renseignez‑vous sur le sujet au lieu de croire tout ce que vous entendez autour de vous. Travaillons ensemble pour arrêter la stigmatisation des troubles mentaux.

Alexane Bellemare

L’impact des médias sur la femme

La première fois que j’ai lu un magazine féminin, c’est aussi la première fois que je me suis dit que je n’étais pas assez pour les autres. Pas assez féminine, pas assez jolie, pas assez intéressante. Après ma lecture, j’ai pensé que mon ventre devait être plus plat, que mes épaules étaient trop carrées et que mon visage n’était pas assez beau sans maquillage. Je ne crois pas qu’à sept ans, ou à n’importe quel âge d’ailleurs, ça devrait être une préoccupation pour une femme. Ce thème n’est pas seulement récurrent dans les magazines, mais dans tous les médias. Partout, je vois des bêtises comme des pubs d’applications qui aident à avoir le parfait beach body, comment éviter ou cacher son acné, quoi mettre selon ton type de corps ou quel régime utiliser pour avoir une silhouette de rêve. 

J’ai déjà lu un article dont le titre était : « Quoi porter pour plaire aux garçons ». On dirait que, selon eux, le seul but d’une femme est d’être appréciée par la gent masculine et que c’est tout ce qui devrait être important. On voit toujours les mêmes types de corps qui nous disent quoi faire pour leur ressembler. C’est insensé de devoir stresser pour correspondre à des critères de beauté inatteignables qui changent tout le temps.

C’est déjà si dur de s’accepter et de s’aimer, moi‑même je travaille sur mes complexes qui, je le sais, ne sont que naturels. Ce serait tellement aidant si les médias nous soutenaient vraiment au lieu de nous rabaisser indirectement. Il faudrait montrer des femmes fortes et brillantes de toutes les formes, couleurs et orientations sexuelles. On pourrait aussi normaliser ce que la société appelle des défauts tels que la cellulite, les vergetures, l’acné, le vitiligo, l’eczéma et les autres conditions de peau répandues et normales. Ce serait vraiment bien de parler de ce qu’est une femme au‑delà d’un corps. 

En plus, toutes les femmes sont magnifiques, peu importe le corps dans lequel elles sont nées. Alors, pourquoi ne pas le leur rappeler une fois de temps en temps pour qu’elles arrêtent de se sentir aussi mal par rapport à elles‑mêmes ? Il faut encourager toutes les femmes à s’aimer, sans exception.

Layla Archambault

Ma Noëlla…

L’odeur des draps du lit des invités, fraîchement lavés. Ils avaient séché sur sa corde à linge. Ils sentaient sa peau, sa maison, son amour. Ma grand-maman Noëlla. Un être d’une bonté infinie, d’une générosité grande comme la terre. Une femme de tête, de cœur, comme plusieurs femmes de notre beau coin de pays.

Ma mémoire ne se souvient pas, mais les photos en témoignent. J’habitais le logement juste au‑dessus du sien. Elle me cajolait, me chatouillait, me faisait rire. Je descendais chercher mon concombre à son jardin tous les matins. Je l’attendais sur le bord de la petite clôture pour qu’elle me donne mon légume favori. Je grandissais à ses côtés, dans ses bras aimants. Mon destin toujours près du sien. Quelques déménagements n’ont pas altéré le lien qui nous unissait. Au primaire, je me revois aller dîner chez elle. La vinaigrette qui a toujours le même goût, les biscuits gaufrettes au chocolat, à la fraise et à la vanille. Ceux qui finissent par ramollir, oui ceux-là, comme ceux de toutes les grands-mamans.

Les soupers de Noël, les dîners du jour de l’An, dans sa maison, on jouait à des jeux en famille. C’était le bonheur. Avec ma douce grand-maman, je partageais des moments d’éternité. Elle m’a appris à jouer au Scrabble, au Boggle, sans oublier le Rummy. Une femme vive d’esprit qui, malgré une scolarité limitée, avait plusieurs connaissances. Elle m’impressionnait toujours.

L’hiver, j’avais toujours des mitaines tricotées par ses mains habiles. Les mitaines avec un motif de losange. Ma sœur en portait des identiques, mais d’une autre couleur… Comme plusieurs enfants de ma génération, je me souviendrai toujours des fins de soirée à me rouler dans les manteaux de fourrure de toute la parenté, déposés sur son lit. Sa chambre où j’entrais toujours à pas de souris, un lieu sacré où ses colliers et son unique bracelet de valeur trônaient sur sa commode. Tout dans cette maison respirait la paix, la santé, la joie et la simplicité. Sa machine à coudre a toujours piqué ma curiosité, un bout de tissus en permanence dans l’attente de son talent. Combien de couvertures, de catalognes avions‑nous à la maison ? Un héritage qui n’a pas de prix, seulement celui du cœur.

Les piqueniques familiaux, au bord du lac, avec la glacière en métal avec le typique motif carreauté de cette époque, les sandwichs avec de la mayonnaise, des tomates tranchées. Tout cela avait un goût, le sien, reconnaissable entre tous.

Je la revois arriver, avec son foulard orangé sur la tête (son fichu comme elle l’appelait), noué sous le menton, bien en selle sur sa bicyclette, arborant un magnifique panier de plastique fixé sur le devant. Elle n’était plus toute jeune, mais se gardait active. Mon grand‑papa restait à la maison, mais elle se donnait le droit de venir nous visiter. Parfois, même, elle revêtait son maillot de bain pour faire trempette avec nous dans notre piscine.

Grand-maman Noëlla n’oubliait jamais de nous apporter des framboises, tout juste cueillies. Je me revois, la serrant très fort, mes bras essayant de faire le tour de sa taille potelée, avec ses gros bourrelets d’amour. Ceux que j’aimais tant : les siens. Si rassurants, si parfaits. Votre grand-maman avait-elle un rire particulier ? Celui qui résonne encore à vos oreilles ? Elle pouffait de rire et pleurait souvent aux larmes tellement elle riait !

Ses appels téléphoniques quotidiens avaient le don de me taper sur les nerfs ! Elle devait absolument dire à ma mère que le bœuf haché était en spécial au Métro ou que la belle‑sœur de Gérard était décédée. Chaque journée de la semaine était synonyme d’une action bien précise. Le samedi à 16 h, elle chantait à la messe. Le dimanche matin, elle s’y rendait encore, à pied. Le lundi, c’était jour de lavage, chez Noëlla. Et il y avait la journée des bigoudis et du casque de plastique pour protéger sa coiffure… Les journées s’écoulaient au rythme d’une routine sécurisante.

J’étais à l’aube de l’âge adulte lorsqu’elle m’a donné un petit ensemble pour mon futur nourrisson. Celui qui comprend un bonnet minuscule, un chandail et des chaussons. Il était vert menthe, tricoté avec une laine fine, soyeuse, douce. Préparé par elle, pour moi. Son amour était infini.

Vers la fin de sa vie, habitant dans une résidence, le dos courbé, une maladie du sang l’empêchant de bien fonctionner, elle courait dans les corridors, perdue, confuse. Arrivée à la fin de la route. Le parcours d’une femme simple, ordinaire, naturelle, battante, forte. Ma grand-maman Noëlla. Je l’aimerai toujours…

Solène Dussault

Mon look Gémeaux

Depuis mars dernier, les événements où on peut se mettre sur son 31 ne sont pas monnaie courante. On n’a pas toujours la chance de pouvoir assister à un gala, surtout en temps de COVID. Alors hier soir, pour les Gémeaux, j’ai décidé d’en profiter et de donner carte blanche à Élise Cabana du salon Espace K pour ma coiffure et pour donner les directives maquillage à Josée Langlois.

Pour moi, lâcher prise, peu importe sur quoi, ce n’est pas facile.

Les gens qui me connaissent le savent, je suis Germaine. En plus d’être Germaine, c’est super difficile de me sortir de ma zone de confort sans me mettre à angoisser haha ! Vous ne pourrez pas dire que je ne suis pas franche hein ! Haha !

Bref, pour ma robe, j’y suis allée comme toujours avec une robe du Château.

Depuis 7 ou même 8 ans, les robes que je porte lors des galas ou des soirées proviennent toutes du Château. C’est une des premières compagnies qui m’a approchée il y a longtemps afin de m’habiller lors d’événements. Depuis, je ne me suis pas séparée d’elle. En plus, c’est important de noter que c’est une compagnie d’ici. Bref… autant leurs vêtements que les robes sont superbes et les fit sont toujours parfaits… et ce, que je pèse 120 livres ou 160 livres !

En arrivant dans la boutique, j’ai tout de suite eu un coup de cœur pour la longue robe noire mi-dentelle, mi-brillante avec des manches… Un essai et c’était fait, je la prenais !

Le jour du gala, je me suis rendue au salon Espace K. J’ai toujours été très casanière et très stressée face au changement. Alors pour moi, le simple fait de changer de salon de coiffure et de risquer de me faire massacrer la tête, c’était impossible.

Élise, la propriétaire, m’a contactée pour savoir si j’aimerais faire faire mon blond là-bas… J’ai gentiment refusé. 🙂 Sauf que chaque fois que je regardais les photos sur leur compte Instagram, je capotais sur les couleurs qu’ils faisaient. J’ai donc… envoyé ma mère en lui disant que les couleurs de blond étaient folles. Ben oui, moi je refusais d’y aller et j’envoie ma mère en tant que cobaye haha !

Bref, quand je l’ai vue, j’ai CAPOTÉ sur sa coupe et sa couleur, et depuis ce temps, je suis une fidèle accroc de ce salon.

Tout ça pour dire que j’ai donné carte blanche à Élise et je n’ai pas été déçue DU TOUT ! Elle a eu l’idée de me faire une tresse très haute, qu’elle a agrémentée de bagues achetées à la Maison Simons.

Pour m’aider avec ma longueur, elle a ajouté une wig. Je ne connaissais pas ça, mais je suis restée surprise par la qualité de la rallonge de cheveux. Les cheveux étaient de la même couleur que les miens et aussi doux que si c’était à moi.

Ça a pris UNE TONNE de spray LAQUE NOIRE de chez Kérastase (pour vrai, si vous voulez un spray qui tient… celui‑là est assez fou ! Le lendemain matin, j’avais encore les cheveux qui tenaient tout seul haha !)

Pour le maquillage, Josée a analysé la forme de mon visage afin d’agrandir mes yeux. L’effet est assez ahurissant. Elle m’analysait et ajustait les traits de mon visage, comme si elle peignait une toile. C’était beau et intrigant de la voir aller.

Elle a donc fait un look tout en douceur, mais avec un punch pour mettre les yeux en valeur.

Après une soirée à me faire chouchouter par deux professionnelles, j’ai compris pourquoi les filles des magazines et les vedettes hollywoodiennes étaient aussi belles et à la mode.

C’est fou ce qu’une coiffeuse et une maquilleuse peuvent faire.

Je suis partie de là‑bas la tête haute et fière d’avoir enfin osé…

Que pensez‑vous du résultat ?