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Ton veston bleu poudre

Ce matin-là, je t’ai déposée devant le centre d’achats. Il é

Ce matin-là, je t’ai déposée devant le centre d’achats. Il était 9 heures. On était pile à l’heure. Je repartais immédiatement pour visiter une amie. Toi, tu reviendrais à la maison en autobus, à temps pour notre séance de bénévolat.

Ce matin-là, tu portais un veston bleu poudre. Tu l’avais toi-même acheté à la Saint-Vincent pour le modifier. Avec tes talents de couturière et ta créativité, tu en as fait un morceau vraiment cool, stylé, parfait pour ton âge et ton originalité. Parfait pour te démarquer pendant une entrevue.

Ce matin-là, tu es allée porter ton curriculum vitae pour un emploi à temps partiel, parce que tu as le goût de t’acheter du matériel d’art, de te payer des cours de guitare, et parfois une crème glacée. Tu avais fait la même chose avec ton CV qu’avec ton veston : tu as pris la version qu’on avait concoctée ensemble et tu l’as transformée pour que le document te ressemble. Tu as même ajouté un dessin de ton cru, pour te faire remarquer parmi tous les candidats.

Ce matin-là, j’ai ressenti une émotion semblable à celle que j’ai ressentie le jour de ta naissance, le jour de ta première rentrée scolaire. Un mélange de saut dans le vide et d’immense fierté. On a marché ensemble jusqu’à ce point de nos vies et peu à peu, ta main s’éloigne de la mienne. Tu t’élances dans le « vrai » monde, on coupe un peu plus le cordon. Je t’ai regardée t’éloigner et je t’ai trouvée belle. Comme toujours.

Ce matin-là, je me suis dit que la vie était belle avec toi.

Ce matin, tu m’as textée pour me dire « Maman! J’ai eu la job! ».

Wow! Ce n’est pas ton veston bleu poudre qui t’a donné ton emploi. Ce n’est pas ton CV ni ton dessin. C’est toi seule qui as atteint ton but. Tu as convaincu l’employeur que tu étais prête à vivre cette nouvelle étape. Tu m’as convaincue moi aussi.

Nathalie Courcy

Ado, lève-toi et travaille!

Depuis quelques

Depuis quelques années, tu es passé dans le club des grands qui n’ont pas besoin de se lever tôt chaque matin pour aller au camp de jour pendant l’été. Tu passais juillet et août à relaxer avec tes amis, à voyager avec tes parents, à faire des grasses matinées sur le mode « repeat ». Tu lisais, tu jouais sur ta tablette, tu jasais sur Facetime ou tu allais au parc de planche à roulette. Peut-être que tu gardais ton petit frère ou ta petite sœur une fois de temps en temps. Mais en gros, tu te la coulais douce.

J’espère pour toi que tu as profité de tes étés sans responsabilités, parce que maintenant, c’est le temps de lever tes fesses du divan et d’entrer tranquillement sur le marché du travail. « Pourquoi, donc? », t’exclames-tu. Parce que tu es rendu là. Parce que ta tablette, tes applications, ta musique et tes vêtements dernier cri ont un prix. Parce que ce n’est pas à tes parents de tout faire pour toi. Tu n’es pas un oisillon qui se fait fourrer de la bouffe prémâchée dans le bec. Parce que d’ici quelques années, tu passeras des entrevues pendant lesquelles on te demandera de parler de ton expérience de travail. Si tu n’as rien à dire, tu te retrouveras coincé dans une spirale de refus et de manque d’expérience.

Alors, GO! C’est le temps, maintenant (oui, il neige encore, tu es en période d’examens au secondaire ou au cégep, tu es trop occupé pour penser à ce que tu feras cet été. Mais si tu ne le fais pas maintenant, ce sera trop tard! Tous les emplois étudiants seront déjà pris!). Établis un plan de match :

          Quelles sont TES raisons de travailler? Fixe-toi un objectif concret qui te motivera à te rendre au travail. Veux-tu t’acheter quelque chose en particulier ou refaire la décoration de ta chambre? Planifies-tu partir en appartement dans les deux prochaines années? T’acheter une voiture? Veux-tu acquérir de l’expérience dans un domaine spécifique ou rentrer ton gros orteil dans une entreprise?

          Quelle est la période pendant laquelle tu veux ou tu peux travailler? Toute l’année? En juillet et août? Peut-être dès le mois de mai si tu es au cégep?

          Veux-tu travailler le soir ou le jour? La semaine ou la fin de semaine? Des heures fixes ou sur appel? Peux-tu te déplacer en voiture, à vélo, en métro?

          Combien d’heures penses-tu travailler chaque semaine? Pendant l’été, tu peux bien sûr proposer tes services à temps plein, sauf si tu as des cours de rattrapage à compléter. Mais pendant l’année scolaire, entre dix et quinze heures par semaine, c’est suffisant si tu ne veux pas que tes résultats scolaires descendent. Ça dépend aussi de ton âge, de ton rythme d’apprentissage, de ton programme scolaire, de ta personnalité et de tes activités. Et  de tes parents!

Demande des conseils à ton bon ami Google pour t’aider à construire un curriculum du tonnerre. Même avec peu d’expérience et de poils aux aisselles, il y a moyen de structurer ton CV pour démontrer ta personnalité, tes atouts, tes références. Pense à ton entraîneur de soccer, au capitaine des Cadets, à la famille chez qui tu gardes des petits whippets depuis deux ans. Tiens aussi compte de ton implication comme bénévole. Ce n’est pas tout le monde qui se déguiserait en clown féérique pour maquiller des enfants dans un party communautaire! Pense à ce que tu as fait comme tâches, aux responsabilités que tu avais, à ce que tu as apporté dans chaque milieu. Tu as besoin de deux ou trois pages super structurées et concises, d’une lettre de présentation qui donne le goût de te rencontrer, et bien sûr, de personnes qui vont t’aider à éliminer toutes les erreurs de grammaire et d’orthographe de tes phrases.

Ce que tu veux, c’est une entrevue. Alors, inutile d’envoyer des tonnes de CV par courriel. Lave tes cheveux, rase ta barbe et mets-toi un kit propre: tu dois faire aller tes jambes et ton sourire et te rendre sur place, serrer des mains, parler au gérant, montrer ton intérêt. Ta mère peut bien te conduire si tu n’as pas de permis, mais de grâce, vends-toi toi-même. Si elle est du genre à te voler le show (« Vous savez, monsieur, mon fils, c’est le meilleur, il fait la vaisselle tous les soirs chez nous! Il a la même p’tite blonde depuis six mois, c’est de l’engagement, ça, monsieur! Vous devriez l’engager, vous ne le regretterez pas! »), demande-lui poliment de t’attendre ailleurs qu’à deux pieds de toi. Et fonce!

Ça t’écœure probablement d’avoir des exposés oraux à faire quatre fois par année à l’école, mais c’est le temps de t’en servir! Introduction, développement, conclusion. Précision, clarté, concision. Vocabulaire riche, grammaire soignée, débit et ton qui incitent ton futur employeur à t’écouter et à vouloir poursuivre la conversation. C’est le temps de te faire confiance, alors afuuuu afuuuu, tu vas les impressionner!

Et quand tu vas revenir à la maison avec ton premier contrat, attends-toi à ce que ta mère téléphone à toute la parenté pour leur dire jusqu’à quel point elle est fière de toi. Et qu’elle, elle l’a tout le temps su que tu serais capable d’obtenir ton premier emploi!

Nathalie Courcy

Entrevue avec Guillaume Vermette, clown humanitaire

Depuis quelques mois, je suis la page Facebook de Guillaume Vermette

Depuis quelques mois, je suis la page Facebook de Guillaume Vermette, clown humanitaire et je suis touchée par ses actions, mais surtout par les gens qu’il nous présente à travers ses récits. Parce que j’ai eu envie de faire connaitre son travail (qui n’en est pas un puisqu’il est bénévole), mais aussi parce que j’étais curieuse de l’entendre parler de son expérience, j’ai tenté ma chance et je l’ai contacté. Guillaume a gentiment accepté de me partager un petit bout de son quotidien et de ses réflexions.

Nous nous sommes donc donné rendez-vous via skype, lui à Moscou, moi à Rimouski (vive les temps modernes!) Ce n’est pas son premier voyage en Russie; déjà avant de devenir clown humanitaire à temps plein, il avait participé à des missions dans ce coin. De façon progressive, il en est venu à vivre à temps plein selon ce mode de vie. Il a quitté son emploi, ses amis, sa ville, pour se consacrer à répandre de la joie un peu partout sur la planète. Il offre ses services aux plus démunis en s’associant à des organisations communautaire qui sont déjà actives sur place. Voici donc un résumé de la conversation que j’ai eu avec un nomade au grand coeur et à la belle moustache (je lui avais promis de parler de sa moustache, je suis une fille de parole!).

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En quoi consiste le travail de clown humanitaire?

Sur la page Facebook de Guillaume Vermette, on peut lire que de façon bénévole et à temps plein, il va où les besoins sont les plus importants sur la planète, afin de distribuer de l’espoir, du bonheur et de l’amour. Les orphelinats Russes ainsi que les camps de réfugiés syriens sont deux endroits où il commence à se sentir presqu’à la maison, puisque cela fait plusieurs fois qu’il s’y rend et y a développé des relations significatives avec les gens de la place. Plus récemment, il se trouvait en Afrique.  Bref, c’est sans plan précis qu’il parcourt la planète, le voyage et le dépaysement étant un bénéfice secondaire à ses occupations et non l’inverse.

“Ma job, c’est de leur offrir un moment d’enfance normal. Il y a souvent un gros manque de structure dans leur vie, un manque de simplicité. Ce n’est pas une question d’être performant comme artiste, mais plus de saisir leur besoin et d’aller les rejoindre à travers le jeu. Le but, c’est qu’ils s’approprient les jeux et qu’ils puissent jouer aussi quand je repars, seul ou avec leurs parents».

Guillaume poursuit en racontant qu’un ami lui a récemment fait remarquer que faire du clown humanitaire, «c’est exactement le contraire de faire la guerre.guillaume-vermette-4 Quand tu fais la guerre, tu débarques dans un pays, tu fais du mal aux gens, tu reviens chez vous et tu te sens coupable. Faire du clown humanitaire, tu fais du bien aux gens, tu reviens chez vous et tu te sens bien.»

Quand la situation ne permet pas de créer des relations significatives, il lui arrive également d’offrir des performances artistiques pour divertir. «Des fois, le côté cirque, irréel et grandiose est un moment magique qui peut marquer les gens à jamais, surtout quand on n’a pas le temps d’établir de lien ou que les autorités gèrent plus sévèrement notre contact avec eux. Le spectacle devient la meilleur chose à faire.»



Qui peut devenir clown humanitaire?

Tout le monde! En fait, «pas besoin d’être le meilleur artiste pour y arriver, par contre il faut avoir le côté humain». Être en mesure de mettre son égo de côté, d’aller à la rencontre de l’autre, de s’adapter, voilà ce qui ressort du discours de Guillaume par rapport à ce qu’il fait. Il est très conscient que les jeunes qu’il côtoie ont souvent vécu de l’abandon et/ou de multiples traumatismes et ne voudrait surtout pas devenir une personne de plus qui les quitte. Cette sensibilité et cette intelligence émotionnelle semblent en effet surpasser les performances du clown.

 

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Comment fait-il pour ne pas être découragé ou déprimé par toute cette violence humaine?

Guillaume côtoie la misère humaine au quotidien. Par contre, jamais je ne sens dans l’entrevue qu’il prend ces gens en pitié ni qu’il en veut à qui que ce soit pour leur condition. C’est plutôt la beauté de leur rencontre, des échanges de fous rires et des moments de complicité authentique qui ressort de son discours. «C’est quand même touchant d’avoir assisté de près à de la grande violence. De voir que les jeunes sont témoins de ça, mais sont habitués, désensibilisés et qu’ils deviennent parfois violents à leur tour. Ils fuient la violence pour trouver d’autre violence, celle des camps de réfugiée par exemple. (…) Mais je suis là, avec eux, pour les beaux moments, ils me connaissent et m’attendent, ils m’accueillent en criant mon nom. Ce sont tellement de beaux moments que parfois j’en oublie les problèmes derrière. Ce n’est pas pour souligner leur malheur que je suis là.  Je suis là pour les accompagner, les divertir, les faire cheminer, aussi. Leur donner des outils pour affronter la discrimination qu’ils vivent, car parfois ils ne sont pas considérés comme des humains.»

 

Comment s’adapte-t-il à son mode de vie complètement nomade?

Pour comprendre le contexte, je précise ici qu’il vit de façon nomade en transportant sa maison sur son dos. Il est souvent logé chez les personnes qui s’occupent des organismes auxquels il s’associe. Pour ses petites dépenses personnelles (nourriture, réparation de costume, déplacement, etc.) il compte sur les dons qui lui sont acheminés via sa page Facebook. Bref, il est loin de la routine métro-boulot-dodo et il s’y adapte très bien. Il précise par contre qu’il lui arrive évidemment de s’ennuyer de ses proches, de son coin de pays. «C’est important de revenir chez moi de temps en temps, de faire attention à ceux que j’aime, ma famille, mes amis, pour ne pas devenir un cordonnier mal chaussé prônant l’amour et l’entraide en étant lui-même seul».

 

Et pour la suite?

Guillaume se voit très bien continuer dans cette voix toute sa vie. «Peut-être que la forme va changer, évoluer, peut-être même que je vais écrire mes récits ou partager mon expérience avec les autres, mais je vais rester dans la même voie.» Voila qui est rassurant pour la planète!

Je vous invite à aller faire un tour sur sa page Facebook et, si le cœur vous en dit, à contribuer à sa mission par un don. Chaque dollar fait une différence pour lui, mais surtout pour les jeunes qu’il côtoie.

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