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La charge mentale — Texte : Jessica Thériault

Je vous entends déjà dire : « Encore un autre texte là-dessus ? » Bien, je vous expli

Je vous entends déjà dire : « Encore un autre texte là-dessus ? »

Bien, je vous explique aujourd’hui la charge mentale à ma façon.

Pour moi la charge mentale, c’est de m’assurer que mes trois mousses ne manquent de rien, en aucun temps, aucun moment.

Je suis monoparentale une semaine sur deux, avec le travail 40 h/semaine, ma grande fille de 12 ans au PEI (programme d’études internationales), un garçon de 11 ans qui finit sa dernière année au primaire et qui joue au hockey deux à trois fois par semaine, d’un petit-grand bonhomme issu d’une autre relation qui va à l’école anglophone. Donc vous comprendrez, trois enfants, trois écoles différentes. Ça implique : voyagement matin et soir d’un côté à l’autre de la ville (environ 45 min.) matin et soir. (Je profite de cette tribune d’ailleurs pour remercier mon voisin fantastique qui amène mon « milieu » tous les matins, merci Alex pour l’entraide). Mais comprenez, chaque jour, un parent mono n’a pas qu’à se soucier de ses 40 heures au travail… je vous fais le topo.

6:00 Levée du corps

6:05 Douche

6:15 Lunchs

6:25 Réveil des enfants (pas toujours heureux de se lever, soit dit en passant)

6:25 @ 7 h Gérer les habillements, la grande qui n’est pas satisfaite de son linge, le grand et le p’tit qui se cherchent mutuellement.

7:10 Dépôt du premier à l’école

7:20 Dépôt du deuxième à l’école

7:45 Dépôt de la grande au secondaire

8:00 Arriver ENFIN au travail et faire sa journée.

12:00 Ben coudonc, tout le monde part manger ? Déjà ? J’ai pas le temps, je vais dîner à mon bureau pour être à l’heure à la cloche. Les cloches qui sonnent toutes en même temps sauf celle de la grande.

15:15 Quitter la job, faire le chemin du retour… pas besoin de vous donner les détails…

16:45 Arriver à la maison, faire les devoirs des trois pas dans le même niveau pour assurer leur réussite scolaire en même temps que faire le souper.

17:30 On soupe, ça finit souvent en champ de bataille…

18 : 15 On commence les bains, histoires, film en famille, brossage de dents.

19:00 L’heure de commencer la routine du dodo.

**Ça, c’est s’il n’y a pas de hockey**

…… (vous savez tous comment ça se passe)

21:00 Enfin je prends un bain, mais la tête est toujours en train de fonctionner à 300 milles à l’heure ! (Ahhh merde, j’ai pas ramassé la vaisselle, j’ai pas passé le balai).

22:00 Je me couche, mais la tête fonctionne toujours à SPIN… à penser aux millions d’activités parascolaires, les examens que j’ai pas signés…

Tout ça, c’est sans parler de tout le reste. Les RV au Children’s pour mon p’tit dernier en attente de deux opérations, alors qu’on doit passer une nuit au Children’s pour un test d’apnée avant tout parce que la dernière fois, ça s’était mal passé.

Ces petits stress de la vie.

Que tu sois papa, maman… je crois que ça te rejoint.

Alors, votre charge mentale ? Comment elle va la vôtre ? Parce que la mienne est épuisée.

 

Jessica Thériault

Ma vie en mono

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Depuis maintenant cinq ans que je suis seule avec mes deux trésors. Cinq ans que ma tête fonctionne sans arrêt, que mes journées, mes week-ends, mes vacances doivent être planifiés au quart de tour pour être certaine que je n’oublie aucun petit détail.

 

Avant la conception de ma princesse, tout était clair dans ma tête : il se pouvait que je me retrouve seule avec mon enfant. La santé de mon conjoint pouvait se détériorer à tout moment. Nous avons pris la décision d’en avoir un au moins. Ce fut finalement deux.

 

Après le départ de mon conjoint, ce fut un grand remaniement familial. J’ai eu beaucoup de chance quand même, car je suis entourée de personnes exceptionnelles pour m’aider. Ma famille et mes amis sont bien présents, et j’ai aussi trouvé la perle rare pour garder mes enfants les journées où je travaille. Comme j’ai un horaire atypique, je termine le travail à 19 h 30, donc je suis à la maison vers 20 h 15. Cette perle accueille mes enfants à leur retour de l’école, fait le souper, s’occupe des bains, des devoirs. Ça fait maintenant quatre ans qu’elle est avec nous et je remercie le ciel de l’avoir mise sur notre chemin.

 

Être monoparentale, c’est être un parent seul avec ses enfants. C’est être avec ses enfants sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. C’est être la seule personne dans la maison sur qui les enfants peuvent s’appuyer, la seule personne pour guérir les petits bobos, les peines, les angoisses. La seule personne qui les emmène chez le médecin, chez le dentiste. C’est être la seule personne à voir ses enfants grandir, s’épanouir, se réaliser. La seule personne à pleurer aux spectacles de danse, aux ceintures de karaté, au premier but de hockey ou de soccer. Planifier les sorties seule veut dire faire appel à son entourage pour s’occuper de ses trésors. Grand-maman, une petite gardienne… 

 

Et qu’en est-il des comptes à payer? L’hypothèque, les taxes, les frais de garde, les activités des enfants, l’épicerie, les vêtements, les sorties. Tout dépend de notre seul salaire. Avec notre train de vie d’enfer, ça fait beaucoup de choses à penser, à planifier, à gérer. Personne sur qui se fier si on est un peu serré à la fin du mois. Personne à qui demander de rester avec les enfants une petite demi-heure pour aller faire l’épicerie, prendre une marche, prendre un café avec un ou une amie.

 

Sans parler de ces longues soirées seule lorsque les enfants sont couchés. Ce moment où les couples en profitent pour faire le bilan de leur journée, régler les problèmes d’adultes. Ces soirées seule à écouter le silence, à tourner et retourner dans sa tête tout ce dont les couples discutent, car il n’y a personne pour m’écouter…

 

Après cinq ans, quand j’y pense, je me rends compte que la vie m’a placée devant une très grosse montagne à escalader. Je vois que chaque jour, je gravis peu à peu cette montagne. Je le fais la tête haute parce que, quand je vois mes enfants grandir, je suis fière de la maman que je suis, de cette femme qui est capable de mener une vie active tout en s’occupant de la maison, du lavage, du ménage, des comptes, des petits problèmes.

 

Je lève mon chapeau à tous ces parents qui comme moi relève chaque jour le défi d’élever des enfants seuls, quelles que soient les conditions pour lesquelles ces parents se sont retrouvés seuls. Dites-vous que vous êtes seuls dans votre maison, mais que vous n’êtes pas seul dans votre situation. Dites-vous que pendant que vous êtes seuls sur votre sofa à tourner vos problèmes dans vos têtes, il y a quelque part, pas trop loin de vous, un ou une mono qui vit la même chose.

 

 Annie Corriveau

 

Réussir sa famille

Enfant des années 80, j’ai vécu le début de la révo

Enfant des années 80, j’ai vécu le début de la révolution de la « famille » normale :  le début des couples qui se séparent. Mes oncles, mes tantes et les parents de mes amis vivaient des difficultés assez grandes pour remettre en cause leur mariage.

La famille traditionnelle était composée d’un papa, d’une maman et d’enfants désirés au fil des années. J’ai donc grandi en étant témoin de familles qui se brisaient, de parents qui se séparaient et d’amis qui vivaient en garde partagée. Chaque fois, j’étais triste de voir ces échecs de la vie amoureuse de parents parce que cela contrevenait à mes standards, à mes normes, à mes valeurs et à l’image que je m’en faisais.

Pour ma part, mes parents sont mariés depuis 35 ans et en couple depuis plus de 40 ans. Le seul amour de leur vie! Le symbole du couple fort, amoureux et qui traverse le temps. Évidemment, en grandissant dans ce contexte, c’était, à mes yeux, l’exemple à suivre pour le futur, celui que je souhaitais reproduire plus tard. Avoir une famille unie était un de mes grands objectifs de vie personnelle. L’unique façon pour moi de la concevoir et de la vivre était de m’inspirer du modèle reçu de mes parents.

Malheureusement, je vous annonce que j’ai échoué à mon tour ma « famille ».  Pas sans effort et non sans avoir tout tenté.  Des heures de réflexions sur ce qui était le mieux pour ma fille, pour sa maman et pour moi. De longues nuits interminables d’insomnie sur toutes les conséquences d’un tel geste, d’une telle décision. Mais réellement, qu’est-ce qui est le mieux? Le mieux de quoi? Pour qui? Toutes ces questions cruelles à répondre, basées uniquement sur les fondements des valeurs reçues au cours de ma vie et de ce que la société prône comme image de la « famille ».

J’étais persuadé, à ce moment-là, que pour être un bon papa, je me devais d’être un homme heureux. Et mon bonheur ne passait plus par ma relation de couple de l’époque. Et un couple fragile n’est pas garant d’une famille unie et forte. Je suis toujours convaincu que la force et le succès d’une famille passent avant tout par des parents heureux.

Malgré tout, j’ai dû faire un grand deuil de l’image que je m’étais construite de la «famille», le deuil de ne pas être en mesure de suivre les traces laissées par mes parents. L’échec de ne pas être en mesure de réussir à atteindre les standards et les normes de la « famille » que notre société véhicule depuis de nombreuses décennies. La déception d’imposer à ma fille, alors âgée de 18 mois, un modèle de vie qui n’est pas celui idéalisé, qui n’est pas celui dont elle rêvera probablement à son tour.

Une fois le choc et les bouleversements de la séparation passés et l’acceptation d’une famille et d’un bonheur différents, mon rôle de père a pris toute sa place. J’ai enfin commencé à m’épanouir. J’ai rapidement réalisé, au fil du temps qui passait, que ma fille vivait une vie «normale» avec sa mère et moi, malgré notre séparation. Une vie qui est la sienne et une famille qui se construit différemment. À partir du moment où j’ai accepté la situation, qu’il n’existait pas de « famille » idéale, je me suis mis à vivre avec un seul objectif en tête, créer ma propre définition de la «famille»,  à mon image, avec de l’ouverture à la différence, à l’acceptation et à la possibilité d’être soi-même.

Je serai bientôt papa pour une deuxième fois et je considère que c’est un privilège exceptionnel. Tout d’abord, parce que la vie a remis sur ma route une femme merveilleuse avec qui j’ai la chance de partager ma vie.  Je suis maintenant un papa heureux, amoureux de mon quotidien et rempli de bonheur.  Parce que la vie doit se vivre davantage au présent qu’au futur et que d’offrir la vie à un enfant pour une deuxième fois, c’est plus fort que tout. Aussi, parce que j’ai la chance d’offrir à ma grande de six ans une petite sœur. Je sais déjà qu’elle sera une belle et grande inspiration pour ce petit être à venir. Une inspiration qui sera la sienne, unique, authentique et à son image, construite à travers ce qu’elle reçoit de tous les gens qui l’entourent, comme sa mère, sa belle-mère et moi. Une inspiration qui influencera son propre modèle de famille.

La “Famille”, c’est la force et l’amour qui en découlent qui déterminent sa réussite et son succès. Ce n’est pas la forme qu’elle prend qui importe, qu’elle soit unie, séparée ou recomposée. C’est ce qu’elle est et surtout ce qu’elle nous fait vivre. Au fond, le plus bel héritage que je souhaite laisser dans ma vie, c’est la «Famille» que j’aurai bâtie. Croyez-moi, je suis finalement en train de la réussir «Ma Famille».