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Les adolescents en fugue

De nos jours, l’adolescence commence de plus en plus jeune et surt

De nos jours, l’adolescence commence de plus en plus jeune et surtout, fini de plus en plus tard. Les adolescents, on le sait, sont en recherche de liberté et d’autonomie. La liberté ne signifie pas nécessairement pour eux la même chose que pour nous. Ils veulent également contester l’autorité, qu’elle soit parentale ou autre. Donc, si on prend un mixeur à drink et qu’on mélange un peu de recherche de liberté avec une tasse de contestation, le tout arrosé d’une demi-tasse de courage, d’insouciance et d’influence, ça donne la recette parfaite pour un drink de plus en plus à la mode : LA FUGUE.

Non, nos adolescents ne fugueront pas tous. Certains n’en auront jamais le courage, alors que d’autres n’en sentiront pas le besoin ou encore ne choisiront pas cette option. Mais à voir le nombre de fugues au Québec chaque année, je pense qu’il est important d’en parler à vous, les parents d’adolescents ou de futurs adolescents.

Mais qu’est-ce qui arrive avec nos ados lors de leurs fugues?

La plupart d’entre eux se ramassent chez un ami pour 24 à 48 heures. Il est primordial d’avoir le plus possible de coordonnées de tous les amis de vos adolescents. Ce sera la première piste d’enquête importante à explorer pour les parents ou encore pour les policiers. Même s’ils ne se ramassent pas chez leurs amis, ces amis seront une source d’informations exceptionnelle, car les ados, ça se texte tous les jours sur leur cellulaire, sur Messenger ou tout autre forme de communication mobile. Ces amis pourront donc faire rapidement avancer les recherches. Mais parlons un peu plus des fugues chez nos adolescentes.

À quels risques pourraient-elles être confrontées? Que peut-il leur arriver?

Il y a des grands méchants loups qui attendent avec impatience nos brebis adolescentes afin d’augmenter leur troupeau. Oui, on appelle ça des proxénètes. Ces individus stagnent dans des endroits très bien choisis afin de servir de porte de sortie pour nos adolescentes en fugue et en manque de ressources. Les stations de métro et les parcs sont des endroits de choix pour les grands méchants loups. Voici comment ils procèdent :

— Ils vont les approcher tranquillement en leur demandant ce qu’elles font dans le coin. Ils seront gentils, agréables et généreux. Ils peuvent leur offrir un endroit où habiter pendant leur fugue. Un endroit sécuritaire, gratuit et amusant. Ils sont jeunes et cool.

— Ils vont complimenter la jeune fugueuse. Ils vont la nourrir, l’héberger et surtout la GÂTER. Elle se sentira belle et désirable, car croyez-moi, ces loups sont de vrais charmeurs. Ils vont même jusqu’à leur laisser croire qu’ils forment un couple. Elles recevront des cadeaux, des vêtements et tout ce qu’elles souhaitent. Après tout, ils sont prêts à investir sur leur future source de revenus!

Par la suite, la fugueuse se sentira redevable puisqu’elle aura reçu beaucoup de son loup charmeur. Si elle ne se sent pas redevable, le loup lui fera sentir qu’elle doit l’être. Et malheureusement, elle le sera.

Il lui présentera l’idée qu’il a beaucoup dépensé pour elle et qu’il est temps de le rembourser un peu. Évidemment, la brebis a un portefeuille très dégarni… et il le sait très bien. Il l’emmènera donc, très subtilement, à la convaincre d’avoir une relation sexuelle avec un ou des amis contre de l’argent. Et de plus en plus subtilement, il l’emmènera à faire d’autres clients contre de l’argent qu’elle devra lui remettre. Bien entendu, le loup lui expliquera que ce n’est que pour un court moment et que cet argent s’accumulera et servira à s’acheter un condo pour qu’ils puissent habiter ensemble, meubler le condo et être heureux en couple. La brebis, complètement amoureuse de son loup, finira par accepter, se disant que de toute façon, c’est pour le bien de leur couple.

La brebis verra bien que son loup a beaucoup d’autres brebis qui font la même chose qu’elle, mais le loup lui expliquera qu’elle, c’est sa blonde, voire sa femme. Les autres ne sont là que pour travailler et il n’a aucun sentiment pour elles. De plus, elles lui font faire plus d’argent, ce qui l’aidera à s’acheter un condo plus rapidement. Il la convainc que tout cela n’est que passager. Le problème est que chaque brebis se fait évidemment dire la même chose par le loup rusé… et malheureusement, chacune des petites brebis égarées va le croire, car c’est un excellent menteur et un manipulateur.

Certains loups vont même convaincre la brebis de changer de province, car ses parents et la police la recherchent beaucoup trop intensivement, et ces derniers pourraient gâcher leur rêve. La plupart des brebis accepteront ce déménagement. Il y aura même un changement de coupe de cheveux et de couleur de cheveux, question que les photos publiées par les autorités ne nuisent pas trop à son commerce lucratif.

Un jour, si les policiers ne la retrouvent pas avant, la brebis finira par voir qu’elle s’est fait avoir et que son loup a fait plusieurs milliers de dollars sur son dos. Elle essaiera de fuguer de chez son loup puisqu’elle ne peut pas le laisser comme ça : il n’accepterait pas qu’elle parte. La jeune fille vivra alors une peine d’amour, mélangée à un sentiment de trahison et de honte. Et en plus, elle doit retourner chez ses parents dans un cadre plus rigide et structuré avec, évidemment, un manque de confiance de la part de ses parents. Et il y aura un long et difficile travail de reconstruction d’estime d’elle à faire.

Les fugues chez les adolescents existeront toujours et les policiers continueront toujours à travailler pour les retrouver. Pensons prévention. Abordez le sujet avec vos jeunes. Parlez-leur de ce que vous savez maintenant à propos des loups.

PARLEZ-EN SURTOUT AVEC VOS ADOLESCENTES. Elles doivent connaître les patterns au cas où un jour, elles sauraient en reconnaître les signes lors d’une fuite. Surtout, n’évitez pas le sujet de peur de leur donner des idées. Faites-leur lire cet article s’il le faut. Imprimez-le et laissez-le traîner dans la maison. C’est pour leur bien et leur sécurité.

 

Fuir ou frapper : pas les seules options

Mes filles arrivent à l’âge où j’ai fait subir à ma mère l

Mes filles arrivent à l’âge où j’ai fait subir à ma mère l’inquiétude aiguë de ne pas savoir où j’étais, mais de savoir que j’allais mal. En deuxième année du secondaire, je me suis sauvée deux fois de l’école privée. J’ai fugué. Pas longtemps, pas loin, mais assez pour semer la panique. Et je ne voudrais tellement pas que mes enfants fassent la même chose! (Je m’excuse encore, maman…)

La Nathalie de l’époque était malheureuse. Elle avait le goût de mourir. Elle avait des amis, elle réussissait très bien à l’école, elle avait des buts dans la vie (gagner les compétitions de fanfare avec les cadets, gagner le concours de dessins et la dictée annuelle), elle avait un toit pour se couvrir et une famille aimante. Tout pour être heureuse et bien dans sa peau, mais apparemment, quelque chose manquait.

Il manquait un père, qui me manquait terriblement depuis son décès cinq ans plus tôt. Le deuil s’étirait, et l’expression du deuil n’était pas toujours bien accueillie. À l’âge où je vivais mon trip d’Œdipe, lui apprenait qu’il avait un cancer incurable. Alors à l’âge où j’aurais eu besoin de mon papa policier pour me policer et m’aimer, il me manquait. Un manque dans le sens de sevrage. Avec des souffrances et des séquelles.

Je ne manquais pas de confiance en moi, je connaissais mes forces et j’étais capable de répliquer aux terreurs de cinquième secondaire qui essayaient de terroriser la classe de petites bollées que nous étions. Mais derrière l’ado frondeuse que j’étais, derrière la mi-rebelle, mi-nerd, il y avait une fillette terrorisée, jammée à l’âge où son papa était parti et où elle subissait des abus de la part de jeunes garçons en rut. Pas facile de se définir comme jeune fille, quand nos repères masculins sont aussi biaisés.

Et puis, j’avais deux frères, eux aussi premiers de classes et rebelles à leurs heures. Ils étaient passés maîtres dans l’expérimentation des mauvais coups de la vie. Alcool, drogues, découchages, tests d’explosifs, violence… Je me rappelle avoir eu cette conversation avec moi-même : « Tu dois faire quelque chose qu’eux, ils n’ont pas fait. » Ils n’avaient jamais fugué, alors c’est ce que j’ai fait. Probablement par manque d’attention, aussi pour exprimer un mal-être.

Quand on habite dans un petit village de campagne perdu entre Montréal et Québec, le choix des destinations est limité. La première fois, j’avais planifié l’expédition. J’avais apporté un deuxième manteau pour éviter d’être repérée grâce à mon manteau rose bonbon. J’avais calculé le temps que je devais niaiser à ma case pour que les autres élèves partent à leur cours avant moi. J’avais choisi la journée où notre première période avait lieu dans un autre pavillon. Ça me donnait une raison pour sortir de l’école. Il ne me restait qu’à passer par un chemin où je ne serais aperçue par personne et ce serait tiguidou.

J’ai marché, marché, marché. Et encore marché. Le long de la rivière gelée en contemplant l’idée très attirante de me pitcher dedans. Deux visions m’en ont empêchée : la panique que je ressentirais avant que mon corps s’endorme, et l’impact que ce suicide aurait sur les compétitions de fanfare. Je ne voulais pas, bien sûr, que ma famille et mes amis aient de la peine, mais au bout du compte, c’est bel et bien mon appartenance aux cadets qui m’a retenue sur la rive.

J’ai marché dans le froid hivernal jusqu’à une forêt. Et là, je me suis couchée en boule sous une chaloupe qui y avait échoué. Comme moi. Je ne sais pas combien de temps j’y suis restée, mais je sais que j’ai marché dans le sens inverse tout l’après-midi. À 3 h 45, je montais dans l’autobus jaune comme si de rien n’était. Pendant que moi, j’étais dans ma tête, en plein débat sur ma volonté d’en finir, de continuer à marcher ou de revenir, ma mère, mes profs, la direction de l’école étaient en mode panique : où est Nathalie?

Il n’y a pas vraiment eu de conséquences, peu de discussions à la suite de cette fugue. J’ai perdu des points de bon comportement à l’école parce que je m’étais absentée sans permission. Dossier clos.

La deuxième fois, ce n’était pas prévu. Mais bien sûr, comme rien n’avait été réglé, la répétition était prévisible. Je ne me souviens même plus de ce qui a déclenché mon départ, mais je suis partie de l’école encore une fois. Et j’y suis revenue quelques heures plus tard. Le soir, ma prof titulaire m’a téléphoné, inquiète. Elle a été très présente toute l’année et son écoute m’a soulagée d’une grande tristesse. Plusieurs années plus tard, je l’ai croisée par hasard et j’ai pu la remercier. Mais maintenant qu’elle est décédée, je reste avec le regret de ne pas l’avoir remerciée assez.

Le lendemain de ma fuite, la directrice générale a demandé à me rencontrer dans le corridor : « Nathalie, normalement, on devrait te mettre à la porte du collège. Tu as perdu tous tes points à cause de tes absences non autorisées et aussi parce qu’il t’arrive d’insulter des profs (vous savez, ceux qui m’appelaient “Poison” ou “Microbe” parce que je parlais trop et que je dessinais en classe…). Mais tu es une de nos meilleures élèves. J’ai l’impression que c’est juste une mauvaise passe. Acceptes-tu de rester avec nous? »

J’ai eu un samedi de retenue (pendant lequel j’ai pratiqué mes pièces au cor français en vue des compétitions, et aussi mangé du sucre à la crème préparé par la surveillante) et j’ai dû promettre de ne plus m’enfuir. Promesse tenue, je ne suis plus partie de l’école ni de la maison.

Quand on pense aux « si » (si ç’avait été dans une grande ville, si je n’étais pas revenue la journée même, si j’avais sauté dans la rivière, si quelqu’un m’avait embarquée, si la police avait été lancée à mes trousses, si j’avais reçu plus d’aide dès la première fois, si j’avais été mise à la porte du collège, si, si, si…), on angoisse facilement. Dans mon cas, ces « si » ne se sont pas produits. J’ai été chanceuse et j’ai aussi fait ma chance en revenant chez moi, en acceptant le compromis avec l’école et en apprenant de cette leçon.

Et maintenant que c’est à mon tour d’être maman d’ados, j’espère que je ne serai jamais confrontée aux « si » d’une fugue. J’essaie d’être à l’écoute des signes et d’enseigner à mes enfants d’autres options afin que fuir et frapper ne leur apparaissent pas comme des solutions. On verra si ce sera suffisant.

Nathalie Courcy