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Si près du podium – Texte: Solène Dussault

Je ne suis ni une athlète ni une sportive. Je n’ai aucune idée de tout ce que les jeux olympique

Je ne suis ni une athlète ni une sportive. Je n’ai aucune idée de tout ce que les jeux olympiques ou paralympiques demandent aux fiers représentants des pays du monde. Ils m’impressionnent à tous les jours. Surtout ceux et celles qui ne montent pas sur le podium.

Mes yeux ont été rivés sur mon petit écran tout au long des compétitions à Tokyo. J’ai souvent versé des larmes, celles de l’émerveillement. L’émerveillement devant le devoir accompli. Ce qui m’a le plus marquée a été le partage d’une médaille d’or entre deux athlètes au saut en hauteur. Cela faisait plus de deux heures que leurs muscles étaient sollicités, avec une chaleur extrême. L’arbitre leur a donné deux choix : continuer à lever la barre plus haut ou se partager la médaille d’or. Quelle ne fut pas ma surprise de les voir s’enlacer après une décision commune ! Oui, nous serons deux vainqueurs sur la première marche du podium.

Je suis convaincue que cette pandémie fait grandir tout le monde. S’entraîner dans l’ombre, seuls, au froid, loin de leur famille et entraîneurs. Les athlètes ont tout misé pour se rendre au Japon. Et ils s’entraident, trébuchent, se relèvent, s’encouragent. Je constate que la jalousie et l’envie sont éclipsées… Toute la place est laissée à l’effort, la satisfaction du devoir accompli. Nos athlètes canadiens qui ont le sourire aux lèvres, les bras levés bien haut : pour plusieurs, rien au cou, mais si fiers d’avoir été résilients. Quelle leçon d’humilité…

Est-ce que cette humilité se traduit dans ma vie ? Comment l’enseigner à mon enfant, à nos enfants ? Comment leur apprendre le sens profond du dépassement de soi, sans égards aux résultats ? J’ai en mémoire les premiers bulletins de mon fils au début de sa scolarité. Tous ses efforts, au quotidien, me reviennent. Je me suis efforcée de l’encourager à toujours faire de son mieux. Même lorsque la déception se lisait sur ses traits, après une grosse journée d’école. « Maman, l’évaluation était vraiment difficile ». Et moi de lui répondre : « Mon cœur, as‑tu donné tout ce que tu pouvais ? »… Combien de fois me suis-je dit qu’il terminerait son secondaire sur la peau des fesses et que les portes des études supérieures ne lui seraient pas ouvertes… Il continue de travailler fort, avec engagement et sans relâche, tous les jours. Ma fierté de le voir se dépasser est géante. Il est souvent déçu, à la fin de l’année scolaire, lors des remises des Méritas. Pourquoi je n’ai pas reçu de certificat, moi, maman ? Je travaille si fort… Et l’image de l’athlète qui n’est pas sur le podium refait surface…

Quelle place accordons-nous à l’effort, à la persévérance, à l’assiduité ? Pourquoi certains élèves pleurent à chaudes larmes lorsque, en recevant un résultat en bas de 90 %, ils disent que ce n’est pas assez ? Assez pour quoi, pour qui ? Sommes-nous témoins d’apprenants en détresse qui ne se donnent pas le droit de cheminer avec leurs belles forces ? Quelle est notre responsabilité, en tant que parents, pour leur permettre de progresser ? Le résultat est-il une fin en soi ? Ces jeux olympiques m’ont rendue songeuse… J’ose espérer que nos adultes de demain seront capables de se donner une tape sur l’épaule à la fin de la journée, en se disant qu’ils ont donné tout ce qu’ils pouvaient et que c’est parfait ainsi !

Solène Dussault

 

Le bulletin de la vie

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Ça y est, c’est décidé, à chaque bulletin scolaire de mon fils, je lui ferai son bulletin de vie en même temps. Juste pour lui rappeler et nous rappeler que oui, l’école est importante, mais que ce n’est pas que ça qui compte. Je travaille en milieu scolaire. Contradictoire? Peut‑être. J’ai toujours aimé remettre les choses en question et en perspective. Je me suis déjà dit, lors d’un moment de découragement en maths 514 (le mot « découragement » est faible : j’en avais littéralement des nausées) que personne ne sait la moyenne de Céline Dion en maths… et qu’on s’en fout pas mal au fond! Elle a un talent incroyable pour le chant, ça fait partie de sa personnalité, ça doit être mis en valeur. 

Comme éducatrice spécialisée, comme maman et comme être humain, j’adore voir des personnes différentes réussir à leur façon. J’aime voir la nature profonde des gens. Et ça, sur un bulletin scolaire… eh bien, c’est assez inexistant. Ça le dit : on évalue les compétences scolaires. C’est très bien ainsi. Mais, pour l’avoir vu et vécu, trop souvent quand l’enfant apprend différemment, que les notes ne sont pas proportionnelles à ses efforts démesurés pour réussir, on frappe un mur. Le mur de l’insécurité. De la non‑conformité. On focalise sur l’objectif à atteindre. On scrute chaque dictée, chaque contrôle de leçon. On veut tellement qu’il réussisse. Qu’il passe son année. On bûche avec lui, on relève les erreurs et on corrige avec lui. On répète, on se pratique. On l’encourage, on lui donne des trucs. On chante les tables de multiplication. On mime les mots de vocabulaire. On achète des gadgets. On va aux rencontres avec les professionnels de l’école. On prend des notes. On fait des devoirs, des leçons et on met l’accent sur ce qu’il doit améliorer… constamment.

Et on oublie tout le reste. On oublie son fabuleux sens de l’humour, sa sensibilité, sa passion pour la construction. Ses mille et une connaissances sur les animaux. Son impressionnant déhanchement pour lequel on n’a jamais trouvé de quel côté de famille il venait. Sa facilité à retenir des chansons. Sa façon de nous regarder, rempli de fierté lorsqu’il réussit à monter un vaisseau spatial en Lego. Sa générosité et sa façon de s’émerveiller devant les petites choses toutes simples de la vie.

Je ne veux pas/plus oublier le reste. J’ai toujours dit aux élèves que l’école est une pratique pour la vie d’adulte. C’est important l’école. Autant pour les notions académiques que pour savoir vivre en société sans oublier de respecter un échéancier et l’autorité, l’école et son bulletin ont leur raison d’être. C’est important d’apprendre. Céline doit savoir compter un minimum pour pouvoir gérer son argent! Mais le plus important dans tout ça, c’est eux. Nos enfants d’aujourd’hui, dans leur entièreté, ils sont nos adultes de demain.

Donc, peu importe les résultats dans le bulletin scolaire de mon fils, il aura beaucoup de 100 % ou de A+ dans son bulletin de vie. Juste pour qu’il n’oublie jamais qu’il est beaucoup plus qu’une simple note. 

 

Krystal Cameron