Archives septembre 2021

Autopsie d’une rupture – Texte : Liza Harkiolakis

Mon ex était assis dans mon salon ce soir. Il est venu installer l’internet chez moi. Dans un mé

Mon ex était assis dans mon salon ce soir. Il est venu installer l’internet chez moi. Dans un mélange de compassion, de gentillesse et d’incompréhension, il s’est offert en échange d’un repas « sur le bras ». Gentiment. Gratuitement. J’ai dit oui.

Pendant qu’il essayait de régler un problème lié à la connexion sans fil, ma fille (qui n’est pas la sienne) s’est jetée sur lui pour faire la « bataille ». Il a ri. Suspendue à son cou, elle criait, le brassait d’un bord et de l’autre et lui, il continuait ses trucs. Sans s’exaspérer. Sans se fâcher. Il agissait comme il a toujours agi envers elle, avec patience, tendresse, calme, amusement.

En le regardant, je le trouvais beau, encore. En parlant avec lui, je le trouvais drôle, encore. En le voyant agir avec elle, je le trouvais gentil. Encore. J’ai passé les sept dernières années de ma vie à penser à lui, à l’aimer. J’ai toujours cru en lui, en ce qu’il était, en ses capacités. La « belle » partie de lui et l’étrange et surtout improbable complicité qu’on avait développée m’ont toujours manquée, même lorsque j’étais avec d’autres hommes.

En le regardant ce soir, je me suis demandé à quel moment de notre histoire on avait décidé, dans nos têtes et nos cœurs, que c’était terminé. À quel moment on s’était détachés, qu’on avait simplement décidé qu’on en avait fait assez? Que c’était juste « pu ça ». Je n’ai pas trouvé de moment précis. J’ai juste vu une succession de petits moments brisés, d’incapacité à communiquer, de déceptions jamais vraiment pardonnées. Ça m’a rendue triste. Pas nostalgique.

J’ai dépassé depuis un bon moment l’étape de l’idéalisation où on ne fait que se souvenir des bons côtés de l’autre sans se rappeler les raisons de la rupture, sauf que, ce soir, quatre mois plus tard, je me pose beaucoup de questions. Pas en lien avec lui ou nous, mais sur l’amour et les raisons qui nous poussent — un jour — à ne plus aimer.

À quel moment celui ou celle qu’on a sincèrement aimé devient cette personne avec qui l’on ne se voit plus continuer?

Pourquoi on arrête d’y croire, pourquoi on arrête de s’aimer?

Pourquoi, un matin, on décide de se laisser partir sans bruit, sans chicane, sans raison précise?

Est-ce par paresse qu’on laisse aller l’autre ou par incapacité de communiquer?

Quelle est la différence entre les couples qui durent et ceux qui ne durent pas?

S’aiment-ils davantage? Sont-ils moins exigeants? Ou juste plus patients?

Comment sait-on qu’on est avec LA bonne personne ou, plutôt, à quel moment de notre relation décidons-nous d’en faire LA bonne personne?

Un ami m’a dit un jour que l’amour n’a rien à voir avec la passion et le hasard. Selon lui, l’amour, c’est un choix qu’on fait tous les jours. Une décision qu’on prend matin après matin, soir après soir, même quand c’est plate, même quand l’autre nous exaspère. C’est de voir l’herbe plus verte ailleurs, sans avoir envie d’aller la goûter. Pas de recette miracle. Pas de philtre d’amour, pas de conseils Coup de pouce pour nous aider. Ce qu’il faut, selon lui, c’est de vouloir raviver ce désir un peu abimé de voir l’autre vieillir à ses côtés. C’est de l’estimer pour ce qu’il est et, dans les moments les plus durs, savoir qu’on gagne infiniment plus qu’on ne s’effrite à ses côtés.

Je ne sais pas si les choses auraient été différentes s’il m’avait dit tout ça avant ma dernière rupture, mais ce dont je suis certaine c’est que je m’en souviendrai pour la prochaine relation. Pas par dépit, pas par peur de la solitude, mais par envie d’avancer avec MA bonne personne. Celle que j’aurai fait le choix d’aimer.

Liza Harkiolakis

Et si on faisait une trêve mon enfant, mon adulte en devenir… – Texte : Mylène Groleau

Tout ce que je voudrais te dire, ce n’est pas ce que je sais car je suis passée par là. Non, ce

Tout ce que je voudrais te dire, ce n’est pas ce que je sais car je suis passée par là. Non, ce n’est pas ce que je souhaite te dire. Je sais que tu n’as pas envie de t’associer à moi. Tu n’as pas envie de penser que l’on se ressemble. Que tes expériences, ton vécu à toi est mille fois plus intense que par où je suis passée au même âge que toi. Que tu es plus hot, à ton âge à toi que moi au mien. Je sais tout ça. Et tu as raison. Et c’est pour cela que je t’invite à poursuivre cette lecture. Il n’y aura pas de remontrances. Il n’y aura pas de comparaisons. Je te le promets. Je te le jure. Je veux juste de la paix entre nous deux. Que nous nous apprivoisions pour pouvoir continuer d’être ensemble et non l’un contre l’autre.

C’est vrai qu’en dedans de moi, je crois tout savoir de toi. J’ai parfois (beaucoup) tendance à m’imaginer que mon vécu me donne le droit de décider à ta place. De supposer ce qui est bon pour toi. Mais t’imaginer avoir mal ou te faire du mal me brise le cœur. Ce que tu crois être un contrôle sur toi, sur ta vie, n’est en fait qu’un soutien de ma part.

Mon travail de parent, je l’ai fait lorsque tu étais enfant. Maintenant que tu entres dans ta vie d’adulte, j’aimerais juste t’y accompagner. Te soutenir dans tes étapes. C’est ma façon à moi de sentir que tu me considères encore. Que ma job n’est pas finie. Tu sais, être parent, c’est aussi accepter que ce l’on a de plus précieux au monde puisse nous échapper des mains. Glisser, se fracasser. Mais être parent c’est aussi être là pour rafistoler, remettre en état. Être présent. Être juste là quand ça ira mal.

Tes premières fois… ce ne sont pas juste celles de ta petite enfance que j’ai observées. Tes premiers pas, tes premiers petits (ben oui!) pipis et ouin, tu comprends ce que je veux dire! Il y a eu aussi celles de la cour d’école. Tes premières chicanes avec tes amis. Mon Dieu que j’avais le cœur en miettes pour toi. Si j’avais pu aller dans cette satanée cour d’école et sermonner tous les enfants présents, j’y serais allée. Mais je devais te faire confiance. Te regarder à distance, t’accompagner avec mon cœur. Cet accompagnement nous servirait à tous les deux pour plus tard. Moi pour me détacher et toi pour progresser dans ta vie. Je le savais, toi non… mais tu as appris de cette expérience. Appris à savoir juger les situations. Appris à appréhender, à discerner le bon et le mauvais. Appris à te faire confiance.

Tes premiers échecs amoureux… ça m’a déchiré le cœur de te voir aussi anéanti. Je le savais que ça finirait par passer, mais ce n’était pas ce que tu voulais entendre. C’était l’amour de ta vie. Que tu ne pouvais plus rien sans cet amour. Je le savais qu’il y aurait un autre amour à ta portée. Mais bon. Je me suis faite discrète. J’ai retenu ma respiration à maintes reprises pour te permettre à toi de souffler. Ton attitude d’amour meurtri n’était pas toujours facile à vivre ou supporter. Mais c’était ma façon à moi de te montrer ma compassion. Vivre ta peine intensément pour te permettre de passer au travers des autres que la vie mettrait sur ta route.

Maintenant, tu entames tes derniers pas avant de sauter à pieds joints dans le monde adulte. Tu es constamment dans le moment présent. Tu oublies parfois qu’il y a un « après ». Qu’il y a des conséquences. Je ne suis pas là pour te dire quoi faire. Juste te rappeler de prendre en considération que le « après » peut parfois faire mal. Qu’il importe de vivre intensément le moment présent, mais que ton futur deviendra à son tour ton présent, et que si tu prends parfois la peine t’y projeter, tu l’allègeras, tu le vivras avec moins de conséquences. Je serai là, comme toujours.

Mais dis‑moi pourquoi, lorsque tu te retrouves littéralement dans la merde par‑dessus la tête, mes conseils sont réconfortants, rassurants et dignes des meilleurs à vie. Pourtant, lorsque je tente de t’en glisser un mot avant que tu te retrouves enseveli, tout ce que je dis, c’est de la foutaise? Pourquoi mon jugement est considéré pour te sortir de la merdouille et non pour te guider avant d’y tomber? Au lieu de ne voir que du contrôle dans mes mots, vois aussi ma main tendue.

Je sais qu’un jour, nous nous rejoindrons dans nos pensées. En attendant, je reste là à te regarder prendre de l’expérience. Tes expériences. Je vais continuer à te tendre la main. Je ne serai jamais bien loin.

Je t’ai élevé, mon enfant, en croyant que ce que je faisais pour toi te permettrait encore et toujours de devenir meilleur dans les étapes de ta vie. Même lorsque tu croyais être seul, j’y étais. Je gardais en moi l’unique objectif qu’un jour, tu aurais tous les apprentissages en bagages pour les surmonter seul. Je t’ai tenu la main pour gravir les marches des apprentissages. J’ai marché à tes côtés, jour et nuit. J’ai pleuré en silence pour toi, pour moi, pour nous deux. Tu es une extension de moi.

Lorsque tu me cries de te « sacrer patience », sache que ma tête comprend, mais que mon cœur est sourd à ces mots. Et si, dans le respect, nous nous trouvions un code de « limite »? Tu sais, un code qui te ferait sentir respecté dans ta vie et moi, respectée dans mon accompagnement et pour la personne que je suis.

Je sais qu’au‑delà de ce que tu me laisses entrevoir, tu apprécies tout de même que je sois là et que je t’aime. Car oui, de l’amour, il y en a et il y en aura toujours.

Mylène Groleau

Toi le seul homme de la maison – Texte : Mylène Groleau

Lorsque je t’ai connu, tu avais déjà à ta charge une Julia, blondinette de deux ans. Puis, la f

Lorsque je t’ai connu, tu avais déjà à ta charge une Julia, blondinette de deux ans. Puis, la famille s’est élargie à la vitesse grand V. À quarante semaines pile poil de grossesse, nous avons vu en plus que trop gros plan que le petit être à venir n’avait pas le petit engin qui lui déclinerait toute masculinité. Deux semaines après cette vision, nous avons accueilli au sein de notre nouvelle famille moderne recomposée une nouvelle petite fille, Lauriane.

Deux années se sont écoulées et le désir de devenir parents à nouveau a effleuré nos esprits et nos hormones. Nous n’avions pas trouvé de prénoms de filles, mais pour un garçon, nous nous étions mis d’accord avant l’arrivée de Lauriane.

À la première échographie de cette rencontre fœtale, j’ai bien vu cette fraction de seconde de deuil que tu as vécu lorsque la dame nous a annoncé qu’il s’agissait d’une fille. Tu n’étais pas déçu que ce soit une fille, mais tu as vécu un deuil de plein de projets, de plein de désirs à partager pour TON gars. Cette naissance à venir te renvoyait au banc des papas à qui l’on dirait à la blague : « Ouin… tu n’es pas capable de faire des gars! Tu sais juste faire des filles. » Il n’y aurait pas de Fabrice, mais bien une Emmanuelle qui allait se joindre à nous.

Moi qui, de prime abord, n’avais aucun désir d’avoir des filles! J’avais toujours eu peur de ne pas être à la hauteur des exigences féminines à transmettre. Toi, en prof d’éducation physique qui ne jurait que par ses années d’enseignant, de joueur de football dans tes années d’étudiant au secondaire et au collégial, pour ainsi transmettre ta passion à ta progéniture masculine. Nos désirs s’étaient probablement entremêlés quelque part.

Dans cette fraction de seconde, nous ignorions tout de l’avenir de nos trois filles. Pendant des années, je t’ai vu encourager de jeunes garçons en devenant coach de football à ton école secondaire. Tu avais ainsi trouvé ta façon à toi d’avoir le loisir de partager ta passion et de vivre plein de réussites avec tes gars « cadets » en les amenant comme champions interrégionaux, l’année où Lauriane a vu le jour. La fierté se lisait dans tous les pores de ta peau.

Les années se sont écoulées et tu es devenu tour à tour entraîneur et arbitre au football. Les filles ont aussi évoluée et ta grande a débuté une passion pour le volleyball. Son engouement te replongea dans tes premières années comme entraîneur pour des jeunes du secondaire, pendant lesquelles tu les glorifias du titre de champions à la première édition du championnat provincial benjamin en 1990. Te voir revivre ces années dans la passion de ta fille t’a amené à nous partager des tas d’histoires. Dans tes yeux brillants, on voyait se dérouler un pan de ta vie qui nous était depuis inconnu. On y voyait poindre des étincelles aussi grosses que des projecteurs sur un terrain de foot.

 

Tu es devenu l’entraîneur de l’équipe de ta fille, emmenant son équipe vers le titre de championnes au championnat régional juvénile. Désormais, tu partageais ton désir de transmettre tes passions à ta fille, à ta Julia.

Outre le sport qui te définit si bien dans la vie, tu transmets tes autres connaissances à notre trio de filles dans des domaines où moi, je n’ai pas ou peu de connaissances. Je t’ai vu enseigner à conduire à ta fille Julia et le tour de notre Lauriane viendra sous peu. La patience que tu as eue! Je t’ai vu être inquiet de les savoir dans diverses situations ou endroits. Tu as toujours pu avoir avec elles des discussions sur la façon dont un gars peut interpréter les choses. Rien à voir avec mes dires, puisque c’est toi qui avais l’expérience masculine et ainsi, tu devenais plus véridique par tes propos. Tu les laissais ainsi plus aptes à comprendre comment un gars pense ou réfléchit. Lorsque j’ai évoqué les dialogues sur les moyens de contraception, tu as donc pu y ajouter ton mot pour qu’ainsi, nos filles puissent déjouer les tentatives masculines de ne pas utiliser de condom.

Tu es un papa fier de ses filles et tel un paon, tu trônes dans ton habitat entouré de tes « femmes ». Un vrai patriarche!

Nos filles vieillissent et amènent des amis ou des amoureux avec qui tu peux échanger sur le football, sur les courses automobiles… des vraies conversations de gars autour d’une bière.

Je te l’accorde, les sujets lors des soupers en famille sont plus portés sur les dernières tendances de la mode, les potins de fifilles, les petits problèmes féminins… mais tu as ton garage pour t’y réfugier lorsque tu en as besoin, contrairement à moi que notre progéniture ultra féminine suit constamment d’un bout à l’autre de la maison.

En somme, peu importe le sexe de nos enfants, l’important reste ce qu’on leur transmet. Nous aurions pu avoir un garçon, notre Fabrice aurait pu été ultra ludique et se tenir loin des gymnases, loin de tes passions.

Et, dans l’équation, si tu avais le choix entre une équipe de football ou une équipe de cheerleaders? Dis-moi, quel homme n’aurait pas envié être à ta place?!

Dans cette fraction de seconde où nous avons vu que c’était une troisième fille, tu crois probablement avoir perdu un petit quelque chose, mais en fin de compte, tu as gagné au change. Tu as une femme qui t’a accompagné dans ta passion (ok, je ne comprends pas tout sur le football, même après dix‑sept ans, mais je te suis, te soutiens et t’encourage), tu as une grande qui aime recevoir tes conseils et s’entraîner avec toi pour poursuivre sa passion pour le volleyball au niveau collégial et qui partage le tout avec son « pops » à elle, une jeune adolescente qui veut jouer au flag-football à son entrée au secondaire et une autre qui bricole et te suit avec ses outils.

 

Je n’aurais pu choisir meilleur homme pour m’accompagner auprès de nos filles.

 

Mylène Groleau

Alcool et ado – Texte : Gwendoline Duchaine

Comment gérez-vous, chers parents, la consommation de boissons alco

Comment gérez-vous, chers parents, la consommation de boissons alcoolisées de vos enfants? Parce que, enlevons nos œillères, nos ados boivent! Comment devons-nous tolérer et limiter la consommation, et comment aborder le sujet?

Je viens de France et là-bas, c’est culturel de faire goûter du vin ou de la bière, autour d’un bon repas convivial, à son jeune. Ça fait partie de la découverte culinaire, puis ça permet de jaser un peu de tout et de rien avec moins de barrières et de retenue. C’est un moment de partage.

Je suis allée en Suisse récemment, et l’achat et la consommation d’alcools doux (bières, etc.) sont légaux à partir de 16 ans. Et je trouve que ça a ben du sens.

Au restaurant, en Europe, on peut servir de l’alcool à un mineur avec le consentement de son tuteur légal.

Je trouve qu’au Québec, on se voile la face! Je n’ai pas le droit d’aller acheter une boisson alcoolisée si mon ado est avec moi! (Oui, oui, ça m’est déjà arrivé! La vendeuse a refusé de me vendre de la bière, car mon enfant était à mes côtés!). C’est fou!

Je me demande bien quel message, comme société, on envoie à nos jeunes? C’est illégal d’acheter et de consommer avant 18 ans, mais tout le monde contourne cette loi…

Je ne peux pas croire qu’en 2021, c’est autorisé de fumer un joint dans la rue, mais pas de boire une bière! Autre débat, mais tout aussi ridicule à mon sens!

Quand les premiers partys alcoolisés de mes enfants se sont organisés, j’étais terrorisée d’avoir des problèmes avec les parents de leurs amis… Offrir de l’alcool à un mineur, c’est interdit! Alors j’ai demandé l’autorisation de vive voix à tous les parents! En face à face! J’ai réalisé que tout le monde donne de l’alcool à son enfant pareil!

Comment parlez-vous de ce sujet avec vos jeunes? Quels sont vos règlements et vos limites concernant la consommation de boissons alcoolisées? Que tolérez-vous?

Gwendoline Duchaine

Ce drame si près – Texte : Nathalie Courcy

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande ville somme toute pas mal tranquille. Dans un quartier sécuritaire. Et pourtant, bang ! Ce qui a tous les airs d’un drame familial (lire : le meurtre de deux enfants innocents suivi d’un suicide) a eu lieu à cinq minutes de chez moi. Cinq. Petites. Minutes. Allons-y avec un cliché : ça n’arrive pas qu’aux autres. Ça n’arrive pas qu’ailleurs. Ça arrive dans notre cour, dans notre quartier, dans notre communauté.

Les détails liés aux décès seront révélés avec le temps et l’enquête. Tout porte à croire que des signes clairs avaient été vus et rapportés aux autorités. Les services et les soins arrivent toujours trop tard quand il y a des morts, de la violence, des menaces. Tout simplement parce que dès qu’il y a une menace, un geste ou une parole de violence, un meurtre, il y a déjà des dégâts. Il y a déjà une demande d’aide qui n’a pas été faite ou entendue.

Le résultat aujourd’hui est permanent : une maman, des grands-parents, des voisins, des amis ont perdu des humains qui leur étaient précieux. Des vies ne se poursuivront pas. Tout un quartier est choqué. Une province soupire : « Encore ? Quand ça va arrêter ? »

Une humanité pleure.

Est-ce qu’on peut laisser les enfants en dehors de ça ? Est-ce qu’on peut préserver la vie et même l’honorer ?

On ne peut pas tout mettre sur le dos de la pandémie. La violence existait avant, elle existera après. Mais est-ce possible que l’isolement, le stress, les difficultés économiques, les dépendances aient rendu une partie de la population à ce point désespérée que la vengeance et la mort leur apparaissent comme des solutions ?

Je remarque que plusieurs sont plus extrémistes qu’avant dans leurs opinions et leur façon de s’exprimer. N’y a-t-il plus de place pour les nuances ? Pour la bienveillance ? Pour la patience ?

Time-out d’adulte. La méthode du retrait, ce n’est pas que pour les enfants. On s’éloigne de la situation, on respire, on cherche des solutions, on va chercher de l’aide et on revient dans la société seulement quand on est capable de s’exprimer avec respect.

Afuuu ! Afuuu ! Inspire, expire, repeat.

 

Nathalie Courcy

Si près du podium – Texte: Solène Dussault

Je ne suis ni une athlète ni une sportive. Je n’ai aucune idée de tout ce que les jeux olympique

Je ne suis ni une athlète ni une sportive. Je n’ai aucune idée de tout ce que les jeux olympiques ou paralympiques demandent aux fiers représentants des pays du monde. Ils m’impressionnent à tous les jours. Surtout ceux et celles qui ne montent pas sur le podium.

Mes yeux ont été rivés sur mon petit écran tout au long des compétitions à Tokyo. J’ai souvent versé des larmes, celles de l’émerveillement. L’émerveillement devant le devoir accompli. Ce qui m’a le plus marquée a été le partage d’une médaille d’or entre deux athlètes au saut en hauteur. Cela faisait plus de deux heures que leurs muscles étaient sollicités, avec une chaleur extrême. L’arbitre leur a donné deux choix : continuer à lever la barre plus haut ou se partager la médaille d’or. Quelle ne fut pas ma surprise de les voir s’enlacer après une décision commune ! Oui, nous serons deux vainqueurs sur la première marche du podium.

Je suis convaincue que cette pandémie fait grandir tout le monde. S’entraîner dans l’ombre, seuls, au froid, loin de leur famille et entraîneurs. Les athlètes ont tout misé pour se rendre au Japon. Et ils s’entraident, trébuchent, se relèvent, s’encouragent. Je constate que la jalousie et l’envie sont éclipsées… Toute la place est laissée à l’effort, la satisfaction du devoir accompli. Nos athlètes canadiens qui ont le sourire aux lèvres, les bras levés bien haut : pour plusieurs, rien au cou, mais si fiers d’avoir été résilients. Quelle leçon d’humilité…

Est-ce que cette humilité se traduit dans ma vie ? Comment l’enseigner à mon enfant, à nos enfants ? Comment leur apprendre le sens profond du dépassement de soi, sans égards aux résultats ? J’ai en mémoire les premiers bulletins de mon fils au début de sa scolarité. Tous ses efforts, au quotidien, me reviennent. Je me suis efforcée de l’encourager à toujours faire de son mieux. Même lorsque la déception se lisait sur ses traits, après une grosse journée d’école. « Maman, l’évaluation était vraiment difficile ». Et moi de lui répondre : « Mon cœur, as‑tu donné tout ce que tu pouvais ? »… Combien de fois me suis-je dit qu’il terminerait son secondaire sur la peau des fesses et que les portes des études supérieures ne lui seraient pas ouvertes… Il continue de travailler fort, avec engagement et sans relâche, tous les jours. Ma fierté de le voir se dépasser est géante. Il est souvent déçu, à la fin de l’année scolaire, lors des remises des Méritas. Pourquoi je n’ai pas reçu de certificat, moi, maman ? Je travaille si fort… Et l’image de l’athlète qui n’est pas sur le podium refait surface…

Quelle place accordons-nous à l’effort, à la persévérance, à l’assiduité ? Pourquoi certains élèves pleurent à chaudes larmes lorsque, en recevant un résultat en bas de 90 %, ils disent que ce n’est pas assez ? Assez pour quoi, pour qui ? Sommes-nous témoins d’apprenants en détresse qui ne se donnent pas le droit de cheminer avec leurs belles forces ? Quelle est notre responsabilité, en tant que parents, pour leur permettre de progresser ? Le résultat est-il une fin en soi ? Ces jeux olympiques m’ont rendue songeuse… J’ose espérer que nos adultes de demain seront capables de se donner une tape sur l’épaule à la fin de la journée, en se disant qu’ils ont donné tout ce qu’ils pouvaient et que c’est parfait ainsi !

Solène Dussault

 

L’éphémère – Texte: Solène Dussault

C’est le soir des perséides. Je suis couchée sur une chaise longue, en vacances dans un chalet a

C’est le soir des perséides. Je suis couchée sur une chaise longue, en vacances dans un chalet avec mes amies. Nous papotons en chuchotant, parfois avec de grands éclats de rire. Nous attendons ce moment depuis quelques jours, bien informées que ce sera ce soir où les étoiles filantes seront les plus visibles. Nous attendons…

Je me fais la réflexion que nous sommes dans l’attente de l’éphémère. Un moment qui ne dure pas, mais souhaité avec excitation. Le rare se produira sous peu et nous n’avons aucun contrôle, nous ne décidons de rien. La métaphore me saute aux yeux… Tout est bref, à consommer, à jeter, à remplacer : une promotion au boulot, un voyage, nos relations amoureuses, la dernière voiture, le bidule, le gadget électronique. Nous croyons, à tort, que cette dernière trouvaille, conquête, accomplissement nous comblera, assouvira notre soif, notre vide. L’inachevé.

Ce qui me ramène, dans ce ciel étoilé, à l’authentique. Je suis entourée du vrai : l’amitié. Un des rares cadeaux, qui lui, n’est pas fugace. Les gens sont de passage dans notre vie. Oui, les amitiés évoluent. Les nôtres et celles de nos enfants. Mais s’il y a une certitude qui procure un contentement, une plénitude, c’est bien l’amitié.

J’enseigne à mon enfant le sens profond de l’amitié, l’ami qui nous accompagne, celui qui nous est indispensable. Celui qui demande la réciprocité. Un ami devrait respecter nos choix, nos goûts, nos besoins, nos envies et les partager avec nous, être fier de nos succès et les souligner. On peut faire tellement de folies avec nos compagnons. Non, notre ami ne nous appartient pas. Il est libre et nous tient la main pour nous soutenir. Quel cadeau, quelle richesse !

Non, mon grand, la trahison ne devrait pas faire partie de tes amitiés. Ton best reçoit tes confidences qu’il ne retournera pas contre toi. Vos secrets, vos partages accroissent votre confiance, la loyauté et ça n’a pas de prix. L’amitié est précieuse et doit s’ancrer dans ton présent et non dans l’éphémère. Ton ami ne sera pas toujours sur ta route, parfois vous emprunterez des voies différentes. Il t’aura appris à être un meilleur humain, c’est mon souhait. Et lorsque nous devenons une meilleure personne, nous sommes dans le « être » et c’est gratifiant.

Une étoile passe, le temps d’un battement de cils. L’excitation s’empare de nous toutes l’espace d’un instant et nous crions de joie. L’amitié demande du temps, mon grand coco. Elle est plus durable que l’amour, bien souvent. L’amour te fera peut-être mal. L’amitié te rendra plus fort, conciliant, te remplira. Quelqu’un a dit que les humains sont la somme des cinq personnes qu’ils fréquentent le plus. Le contraire de l’instantané, du vent. Choisis les gens qui sauront t’élever, te faire grandir, te stimuler. Que ta vie soit tout le contraire de l’éphémère, car une étoile filante, c’est grandiose, mais elle est déjà loin, très loin…

Solène Dussault

 

Le pigeon voyageur – Texte: Solène Dussault

Le pigeon voyageur est un oiseau docile, qui exécute tout ce qu’on lui demande sans poser de ques

Le pigeon voyageur est un oiseau docile, qui exécute tout ce qu’on lui demande sans poser de questions. Il vole, d’un lieu à un autre, livrant un message dont il ignore le contenu. Cet oiseau fragile mais puissant peut porter l’espoir ou l’amour, la vengeance ou le mépris, mais il n’en sait rien. Il est le messager. Toutefois, il perçoit dans l’œil de celui qui accroche cette missive l’éclat de l’intention et le timbre de voix enflammé.

Tu avais deux ans et demi lorsque j’ai mis la clé dans la porte de ma relation avec ton papa. Je suis partie pour moi, pour me trouver. À ce moment, je me suis fait la promesse suivante : ne jamais me servir de toi comme d’un pigeon voyageur… Lorsque tu avais besoin d’un nouvel habit de neige et de bottes, tu n’as jamais transporté la facture entre deux adresses.

Ton papa et moi nous étions choisis depuis très longtemps. Nous avons été des amis, des complices, des amoureux, des confidents. Nous avons tellement ri et déconné. Nous avons assez cru en l’autre et en nous pour choisir de t’avoir, toi. Je l’ai assez aimé pour qu’il devienne ton papa. J’ai vu en lui un être assez digne pour former une famille. J’ai toujours eu un grand respect pour lui, pour nous. Un jour, la flamme amoureuse s’est éteinte, pour toutes sortes de raisons. Il n’est pas devenu un monstre du jour au lendemain, méritant que je lui déverse tout mon venin. Non, ce n’est pas à toi de faire le pigeon voyageur, de faire le trait d’union entre nous.

Il était primordial que nous continuions de former une équipe. Lui et moi avions ce cadeau inestimable : toi. À nous deux, il fallait se retrousser les manches pour collaborer ensemble à ton éducation, t’inculquer les valeurs qui nous étaient si chères.

C’est pourquoi nous nous sommes retrouvés à l’hôpital un soir, alors que tu étais encore au CPE et que tu avais foncé dans un poteau de balançoire. Il m’a appelée en panique : « Viens tout de suite nous rejoindre à l’urgence, ti lapin ne va pas bien du tout ». S’échanger le lit, à tes côtés, pour te veiller, pendant que l’autre allait prendre une marche pour s’aérer et se convaincre que tout allait bien se passer.

C’est pourquoi nous nous sommes assis l’un à côté de l’autre lors des rencontres de parents, en septembre, dans une classe déjà bondée. Nous tenions à être présents pour ce qui compte vraiment. Nous avons collaboré tous les deux lorsque, après des recommandations de l’école, nous avons pris la décision de débuter une médication pour traiter un TDA.

Ton papa et moi avons toujours pu compter l’un sur l’autre. Les reproches, la hargne, la rancœur n’ont jamais fait partie de nos armes pour détruire l’autre. Qui en aurait le plus souffert ? Toi. Je sais que notre relation de parents séparés est enviable. Lorsque nous avons eu notre dernière discussion ce fameux soir, ton papa m’a dit : « Je t’aime assez pour te laisser partir ».

Notre plus grande richesse, notre appui dans ce monde d’incertitude est que nous savons que grâce à toi, nous sommes liés jusqu’à ta mort ou jusqu’à la nôtre. Si tu n’étais pas là, il y a fort longtemps que nos routes se seraient éloignées, sans jamais se recroiser… À mes yeux, il n’est pas et ne sera jamais mon « ex ». Au contraire, il est présent plus que n’importe quel autre conjoint de passage que j’ai pu avoir, puisque rien ne me reliait à eux. Ton papa n’est pas mon ex, il est mon présent, pour toujours, puisque tu y es…

Oui, il y a plusieurs soirées où tu as pleuré, en demandant « pourquoi » et en nommant toutes tes peurs. Au moins, nous étions deux, dans des maisons différentes, pour nous en parler. Toutes les décisions que nous avons prises étaient pour ton bien-être.

Nous avons continué de signer tes dictées, tes évaluations, chacun de notre côté. C’est lui qui t’a accompagné à chacune des rentrées scolaires, même si ce n’était pas « sa semaine ». Jamais tu n’as été de trop pour nous. Jamais nous ne t’avons donné un rôle qui n’était pas le tien. Si j’ai une fierté dans ma vie, c’est bien celle d’avoir réussi à te préserver de nos tempêtes. Nous avons réglé nos désaccords lorsque tu dormais et que tu ne pouvais nous entendre.

Alors que tu es retourné sur les bancs du secondaire 2, nous avons tenu une rencontre au sommet il y a quelques semaines, papa et sa conjointe, toi et moi. Tous les quatre, assis autour d’une table (il ne manquait qu’une petite bière) à discuter des outils que nous allions te donner pour que ton retour en classe se passe bien et que ton attitude soit plus adéquate dans leur maison. Oui, c’est possible de jaser entre adultes sans s’arracher les cheveux. Trois adultes qui t’aiment et qui veulent ton bonheur sans aucune rancœur pour ce qui est : un couple de parents qui n’a pas poursuivi sa quête ensemble.

Lorsque c’est la fête des Pères, je le remercie pour le soutien qu’il m’apporte et l’amour qu’il t’offre. Il n’y a plus de sentiment amoureux entre nous deux, mais celui de la reconnaissance de l’apport de l’autre. Nous sommes prêts à beaucoup pour te faire évoluer sainement dans une séparation que tu n’as pas choisie. Est-ce qu’il fait comme moi je le ferais ? Non ! Et souvent, ça m’enrage ! Est-ce que je lui tape sur les nerfs parfois ? Sans doute !

J’espère que tu garderas dans ton cœur ce cadeau que nous t’offrons tous les jours, du mieux que nous le pouvons : vivre dans le respect et l’harmonie.

Solène Dussault

J’haïs vieillir – Texte : Nancy Pedneault

Attention, ce texte contient beaucoup trop de chialage pour rien. Veuillez le prendre à la légère

Attention, ce texte contient beaucoup trop de chialage pour rien. Veuillez le prendre à la légère.

En lisant cette intro, vous êtes perdus. Vous avez raison, ce n’est pas moi, ça ! Même moi, je ne me reconnais plus. Je suis habituée de voir la vie en rose bonbon bien pailleté. Mais là, non, je n’y arrive pas ! J’haïs vieillir. Est-ce que j’ai le droit de dire ça ?

Oui, oui, je vous entends, il y a plein de côtés positifs au fait de vieillir: la sagesse, l’expérience, le calme. Tout ça ne compense pas tout le reste, non de non !

Vieillir, c’est avoir des cheveux blancs à cacher ou à assumer. « Oh ! T’es belle avec tes cheveux blancs ! », qu’on me dit. Je les aimais mes cheveux sans fils argentés indomptables. Ça va dans tous les sens et ça pousse trop vite.

Vieillir demande probablement beaucoup d’énergie puisque je vais au lit de plus en plus tôt. J’aimais bien les nuits blanches à danser, mais c’est terminé. Je m’en remettrais pendant un mois. Je mets une croix là-dessus. Allez ! Au lit !

Vieillir, c’est avoir chaud, trop chaud. J’ai l’impression qu’on a mis douze bûches dans le foyer. Est-ce qu’on pourrait baisser le chauffage ?

Vieillir, c’est avoir la mémoire qui flanche. Il y a des gens qui me disent que je me répète. Dire que je me moquais de ma mère à ce sujet, il n’y a pas si longtemps.

Vieillir, c’est avoir l’estomac qui commence à faire des caprices. Oui, oui, cher estomac, tu as toujours aimé les concombres. Pourquoi, aujourd’hui, les détestes‑tu ?

Vieillir, c’est remarquer les petites jeunesses avec leur fraîcheur et les trouver tellement jolies (et envier un peu leur pétillement).

Puis, je ne vous parle pas du corps qui subit l’attraction terrestre ou des poils incongrus qui apparaissent sans crier gare. On pourrait en parler longuement.

Bon, en attendant que la sagesse me regagne, je vais aller me reposer. Je vais me faire un petit thé et tricoter un peu. Demain est un autre jour. Qui sait, peut-être que j’apprendrai à apprécier toutes les nouveautés que la vie me réserve.

 

Nancy Pedneault

La fausse couche – Texte : Valérie

J’étais enceinte. Je l’espérais depuis plusieurs mois déjà, alors j’étais très heureuse

J’étais enceinte. Je l’espérais depuis plusieurs mois déjà, alors j’étais très heureuse de voir enfin apparaître le petit + sur mon test de grossesse. Huit jours plus tard, l’indésirable sang est apparu. Un petit peu au début, puis de plus en plus. Je savais. J’avais beau savoir, tant que rien n’était confirmé, une infime partie de moi y croyait encore.

J’appelle à ma clinique pour demander une requête pour une de prise de sang. À ma grande surprise, une infirmière me répond dès la première sonnerie. Calmement, je lui explique que je crois être en train de faire une fausse couche et que j’aimerais pouvoir confirmer le tout avec une prise de sang. Elle ne semble pas trop savoir quoi me dire outre que si ça ne fait qu’une semaine que je suis enceinte, ce sont mes règles tout simplement. J’insiste alors elle me met en attente pour en discuter avec le médecin. Elle me revient en me disant que comme je n’ai pas mal, il n’y a pas d’urgence et que ça peut attendre la semaine suivante. Jusque-là, j’étais calme, mais là les larmes me montent aux yeux.

Je comprends tout à fait que médicalement parlant, je ne représente pas une urgence. Cependant, je sais que je suis enceinte et présentement, je saigne abondamment et j’ai besoin d’avoir une réponse. Elle ne veut rien savoir. Elle me dit que si je saigne à ce stade, ils ne peuvent rien faire. Pourtant, à aucun moment je n’ai demandé à ce qu’on sauve ma grossesse. Je sais pertinemment qu’ils ne peuvent rien pour moi, ce que je veux, c’est une réponse. Oui, tout porte à croire que j’ai perdu ce petit être que j’espérais, mais j’ai entendu tellement d’histoires de femmes qui ont saigné abondamment en début de grossesse, mais qui ont tout de même eu un bébé en santé que j’ai besoin d’avoir l’heure juste.

De son côté, elle n’ouvre même pas la porte à l’espoir puisqu’elle me dit que c’est pour le mieux que je sois en train de faire une fausse couche car si je le perds, c’est que le bébé n’était pas viable. Probablement en guise de réconfort car à ce stade, mes paroles sont entrecoupées de larmes, elle croit bon d’ajouter qu’elle entend mon bébé pleurer en arrière et que donc, si j’ai déjà eu un enfant, j’en aurai bien un autre ! Il a fallu que je lui parle du bébé que j’ai perdu à 39 semaines de grossesse pour qu’elle finisse par m’envoyer la c*** de requête. Ça m’a arraché le cœur de devoir utiliser mon bébé décédé pour obtenir le formulaire que j’aurais dû avoir dès le début de cette conversation. C’est donc dire que sans mon historique, ce que je vivais à ce moment-là était absolument invalide ?

Si j’écris ce texte, ce n’est pas pour « basher » l’infirmière (malgré que je n’irais pas prendre un café avec elle demain !). Ce que je veux, c’est que l’on cesse de banaliser les fausses couches. Aucune femme qui perd un bébé, et ce, peu importe le nombre de semaines, n’a besoin de se faire dire que ce n’est rien, que ce n’est pas urgent ou grave. Aucune femme qui fait une fausse couche, même si c’est dans l’heure qui suit le test de grossesse positif, ne regardera le sang couler sans émotions.

Oui, selon les statistiques c’est une femme sur cinq qui fera une fausse couche lors du premier trimestre. Oui, le personnel médical voit des cas chaque jour. Mais chaque cas, c’est une femme qui souffre. Chaque fois, c’est une maman qui dit au revoir à un être qu’elle voyait déjà dans ses bras. En huit jours, j’ai eu le temps d’imaginer ce futur bébé, de me demander si c’était un garçon ou une fille, de penser à l’accouchement et de me réjouir grandement d’enfin vivre une grossesse en même temps que ma belle-sœur.

Il faut arrêter de dire aux femmes d’en revenir ou de faire comme si rien ne s’était passé. Si une femme que tu connais est passée par là, prends le temps de lui demander comment elle va. N’insinue pas qu’elle n’y pense plus parce que ça fait longtemps ou parce qu’elle n’en parle pas. Peut-être qu’elle n’ose pas en parler par peur de se faire refermer la porte au nez parce que c’est en général ce que les gens font. Ouvre-lui la porte. Et si tu l’as toi-même vécu, parles-en, tu verras, ça fait du bien. Jamais une femme ne devrait souffrir seule et en silence. Une fausse couche, ce n’est jamais banal, point.

 

Valérie

 

Tu m’agresses — Texte : Ghislaine Bernard

Tu sais, toi qui me demandes toujours de t’écouter dans tes méandres, toi qui parles sans fin et

Tu sais, toi qui me demandes toujours de t’écouter dans tes méandres, toi qui parles sans fin et qui ne prends pas la peine d’écouter à ton tour mes conseils. Tu me prends mon énergie de façon exponentielle.

 

Tu sais, toi qui pleures sur mon épaule, qui attends que je dise ce que tu veux entendre pour te conforter dans tes idées, tu entends mais tu n’écoutes pas. Tu te répètes sans cesse. Autant dans tes dires que dans tes actions. Tu attends de moi que j’acquiesce à tout ce que tu penses, tout ce que tu juges, tout ce que tu fais et ne fais pas.

 

Tu n’es pas heureuse/heureux, mais tu ne fais pas d’efforts pour y arriver. Tu veux ceci ou cela, mais tu attends que tout te tombe dans les bras.

 

Tu sais, j’ai moi-même mes combats, mes difficultés, mais malgré moi, je prends quand même, toujours, du temps pour toi. Même si tu ne l’apprécies pas à sa juste valeur. Tu penses que l’amitié, c’est obliger l’autre à écouter sans retour d’ascenseur.

 

J’étais là quand tu as crié, pleuré, pesté. J’y étais encore quand découragé/e, tu m’as dit ne plus vouloir continuer. Je t’ai ramené/e à la raison. T’ai donné tous les chiffres de l’équation pour arriver à un résultat positif. Qu’as-tu fait ? Rien.

 

Puis, tu arrives avec des phrases accusatrices, m’octroyant le monopole du bien-être, me disant que moi, ce que je porte, c’est pas « si pire ». Ce n’est pas « grave » : j’ai de l’aide quand je la demande. J’ai un entourage pour me soutenir. Du coup, ta vie est la pire à vivre et moi, je me plaindrais pour rien si j’avais l’audace de partager mes peines et mes souffrances.

 

Tu banalises mes difficultés lorsque j’arrive à te les partager. Tu me brimes. Tu me peines. Bref tu m’agresses.

 

Aujourd’hui, j’ai décidé de ne pas te laisser parler. Je t’ai dit bien fermement : je ne suis pas disponible pour tes désagréments. Tu ne l’as pas pris, m’as accusée de ne pas être ton amie. Que je n’avais pas de cœur, que j’étais égoïste et surtout, tu m’as dit : « Je n’aurais jamais pensé cela de toi ! ».

 

Encore une fois, n’apprendrais-je jamais qu’il n’y en a que pour toi ? Que tu ne recherches chez les gens qu’une amitié à sens unique ?

 

Tu m’as dit des choses blessantes et absolument injustes, puis tu as pleuré. Tu as réussi, pour la énième fois, à m’émouvoir.

 

Du coup, je me suis sentie injuste envers moi-même, je me suis dit : tu lui as permis de te brimer, de te peiner et de t’agresser… quand vas-tu arrêter ?

 

Simplement Ghislaine