Tag sensibilité

La fois où j’ai mis un genou à terre… Texte : Joanie Therrien

Tu te lèves un matin et tu réalises simplement que rien ne va plus

Tu te lèves un matin et tu réalises simplement que rien ne va plus.
Jour après jour, tes yeux se remplissent de larmes, sans raison.
Sans savoir pourquoi, la lumière s’éteint. Plus les autres brillent et plus tu réalises que TES étoiles n’existent plus.
On dit souvent : quand on se compare, on se console, mais là, ça ne rime plus à rien. Quand le regard que les autres portent sur toi ne suffit plus, tu te dois d’aller chercher des réponses.
Et là, tu accuses les autres et tu t’accuses toi-même. De toutes les façons, tu cherches une raison à ta douleur. Et puis tu abandonnes des projets pour en repartir de nouveaux. Ta tête se balance dans tous les sens et ton cœur aussi…

Comme le dit si bien Ingrid St-Pierre : « J’ai voulu tous les rôles et tous les chapeaux, mais plus rien ne m’auréole quand ma tête est sous l’eau. »

Et puis c’est comme ça que tu commences à t’y noyer.

Quand on a ce POUVOIR d’hypersensibilité, le héros des autres peut devenir notre propre bourreau. Tu avances de plus en plus difficilement en portant le poids du monde sur ton dos.
Soudainement, les conseils que tu donnes aux autres deviennent concrets et nécessaires. Quand l’on s’inflige à soi la même morale qu’aux autres, on prend conscience de beaucoup de choses.

À quel point le premier pas est difficile à franchir ;
Comment la présence des autres est nécessaire, mais l’absence AUSSI ;
Que l’on remet TOUT en question ;
Qu’on ne se connaît pas tant que ça ;

Et surtout, que ce que tu connais, tu ne l’aimes pas tant que ça.

Tu sais que tu es dotée d’une sensibilité incomparable face aux autres, mais aussi à toi sans aucune barrière pour te protéger. Tes propres réponses sont difficiles à trouver. Tu ne le sais pas encore, mais elles prendront du temps à arriver. Puis le temps file, encore et encore…

Et puis de temps en temps, il y a ces moments qui viennent te décrocher un sourire et te fait comprendre ce que veut dire VRAIMENT profiter du moment présent. Quand tu réalises que ce qui t’entoure, c’est l’essentiel.
À partir de ça, tu sais que tu as envie de bâtir, de créer, d’innover.
Tu as envie de devenir quelqu’un que tu n’aurais JAMAIS cru être, mais qui existe depuis longtemps.
Cette voie qui tente tant bien que mal de ressortir, de briller, de se faire entendre par des signes auxquels tu n’as jamais porté attention.
Puis tu comprends que TOUT ça vient de cette petite fille qui décide que c’en est assez de se faire étouffer, de se faire écraser et de se taire. Ta sensibilité te fait tomber… pour te refaire grandir. AUTREMENT… tout simplement.

Ma femme, celle qui m’a sauvé

Ma femme : la personne la plus importante pour moi. Si elle n’ava

Ma femme : la personne la plus importante pour moi. Si elle n’avait pas été sur ma route, je ne serais pas là pour vous écrire cet article. J’aurais sûrement fini comme d’autres frères d’armes.

Il fut un temps où je ne voulais plus rencontrer personne. J’étais vraiment désespéré. De mauvaise rencontre en mauvaise rencontre, je me préparais à vivre seul. Vivre seul dans ma maison canadienne en pierre, sur un vaste terrain boisé, avec mon chien.

Quelqu’un m’a conseillé un jour de placer une lettre sous mon oreiller. Cette lettre décrivait le type de personne que je voulais rencontrer et comment elle devait être. Je replaçais la lettre sous mon oreiller chaque fois que je changeais les draps de mon lit. Éventuellement, je n’y ai plus porté attention. C’était devenu une habitude. C’était ancré dans mon inconscient.

Comme vous le devinez certainement, un beau jour, j’ai rencontré celle qui devint ma femme. Je l’avais demandé dans ma lettre. Je me rappelle que j’avais demandé qu’elle aime les animaux, qu’elle m’accepte comme je suis et qu’elle n’essaie pas de me changer. Tout ce que j’avais demandé était là, devant moi, comme par magie.

Ma femme a changé ma vie pour le mieux. J’avais retrouvé ma sensibilité. Noël avait longtemps été un moment ennuyant dans ma vie. Un de mes frères s’était enlevé la vie le 3 décembre 1991, à l’âge de seize ans. Mon père était décédé le 26 décembre 1997, à l’âge de cinquante ans. Par la suite, Noël a toujours été un moment exécrable, et ce, pendant une dizaine d’années.

Cependant, lorsque j’ai connu ma femme, tout a changé. Elle m’a donné le goût de redécouvrir la joie de Noël. Le goût d’aimer et de vivre à nouveau, même plus que jamais.

Un jour, alors que je cherchais des cartes de Noël dans un magasin spécialisé, ma femme m’a vu en train de pleurer devant le présentoir de cartes. C’est alors que je lui ai expliqué que chaque fois que je lisais une pensée dans une carte, ça me faisait pleurer. Tout cela à cause des décès dans ma famille.

C’était devenu un gag lors de la remise des cadeaux. Tout le monde avait les yeux rivés sur moi pour me voir lire ma carte et pleurer. Et là, naturellement, tout le monde trouvait ça drôle ! C’était la même chose pour les films sentimentaux. Je devais me cacher le visage parce que j’avais les yeux pleins d’eau. J’étais devenu hypersensible. Tout cela parce que ma femme avait changé ma vie et avait fait de moi un homme heureux. Peut‑être aussi parce que j’avais une blessure en moi.

Lors de l’échographie de ma fille, je me retenais, mais j’avais encore le goût de pleurer. Elle était parfaite cette petite que j’avais créée avec ma femme ! Dans l’auto, j’ai éclaté en pleurs. Ma femme a pensé que j’étais déçu parce que c’était une fille. C’est seulement le fait que j’allais être papa d’une belle petite fille en santé. Je pleurais de joie. J’étais un papa déjà très fier et content ! J’allais être papa ! Ce que j’avais toujours désiré dans ma vie !

Et je vous épargne toutes les premières fois ! Oui, les enfants, ça nous change beaucoup.

Ma femme, je ne pourrai la remercier suffisamment pour tout ce qu’elle m’a apporté. Pour toute la joie qu’elle m’apporte. Pour tout le soutien qui n’est pas facile avec ma blessure. Je lui en suis très reconnaissant. Vraiment, merci mon épouse ! Je t’adore !

Carl Audet

Force, fragilité ou humanité?

Non. Ce qui ne nous tue pas ne nous rend pas toujours plus forts.</p

Non. Ce qui ne nous tue pas ne nous rend pas toujours plus forts.

Pensez-vous vraiment que comme Popeye, nos pectoraux gonflent de puissance lorsqu’on avale de force une « canne de marde »? Pensez-vous vraiment que notre moral se dope avec le côté obscur des événements de la vie? Pensez-vous vraiment que notre cœur ou notre tête sont faits de kevlar super résistant que rien ne transperce, n’ébranle ou n’afflige?

Vraiment?

Ce qui ne nous tue pas nous passe sur le corps et par le cœur en laissant parfois des sillons profonds comme sur une terre fraîchement labourée.

Et c’est par ces saignées dans notre être que nous pouvons décider de nous affranchir de notre vécu pour nous réapproprier notre vie. Parce que nous ne sommes pas ce que nous vivons. Et notre vulnérabilité émotionnelle, sur le moment, ne fait que dévoiler la profondeur de notre humanité, sans jamais définir qui nous sommes. Notre force ne devrait jamais se mesurer par notre capacité à résister et à rester intact face à l’adversité, mais par notre aptitude à assumer notre sensibilité pour en faire une énergie motrice.

Tout comme le cristal n’a pas la résistance du diamant, être sensible ne signifie pas nécessairement être fragile. La sensibilité est le don de sentir et de ressentir les choses les plus infimes. C’est notre capacité à nous émouvoir et à éprouver des sentiments. Alors que la fragilité, c’est se laisser envahir et démonter même par les choses les plus infimes, au risque d’en perdre son libre arbitre.

Ce qui ne nous tue pas nous façonne en bousculant notre façon de penser, d’être et d’exister. C’est ce qu’on appelle évoluer et s’adapter à son environnement. Un principe indispensable à notre survie. Mais cette résilience ne se fait pas toujours sans larmes et sans douleur. Elle se compose de plusieurs étapes et exige du temps, plus ou moins long selon chacun. La résilience n’est pas non plus l’absence d’émotions, en particulier celles que l’on pourrait considérer comme négatives, telles que la colère et la tristesse. Non. C’est juste qu’une personne résiliente ne restera pas figée dans ses émotions, mais s’en servira pour dépasser son état actuel et rebondir.

Ce qui ne nous tue pas nous change à jamais. En mieux? Doit‑on nécessairement souffrir pour révéler une version améliorée de soi-même? En moins bien? Sortons‑nous inexorablement traumatisés et désuets des épreuves difficiles?

Parfois, ce qui ne nous tue pas nous rend juste différents. Ni meilleurs. Ni pires. Simplement différents et singuliers.

Pour en lire plus sur mon quotidien avec le cancer, visitez www.laviecontinuemalgretout.com

Vanessa Boisset

 

Confidences d’une ex-BABI

<span lang="FR" style="margin: 0px; font-family: 'Times New Roman',s

Je suis née en 1984 et j’étais ce que l’on nomme aujourd’hui un BABI (Bébé Aux Besoins Intenses). À l’époque, ce thème n’était pas encore popularisé pour décrire les petits bébés qui, comme moi, pouvaient hurler pendant des heures, voulaient constamment être dans les bras, avaient un sommeil en dents de scie et étaient très réactifs. Mes parents ont fait de leur mieux et ont fini par faire du cododo, en cachette bien sûr, pour que je puisse enfin fermer l’œil quelques heures en lignes. Ils se sont armés de patience et d’amour pour me porter à tour de rôle jusqu’à ce que le temps passe et que je vieillisse.

Aujourd’hui, je suis encore intense. J’ai appris à vivre avec ma sensibilité, mais il y a une foule de petits détails qui trahissent mon intensité. Par exemple, des fois, je me mets du vernis à ongles et en peu de temps, il finit par me rendre folle. Je ne sais pas trop comment expliquer ça, parce qu’en général, je ne sens pas trop mes ongles, mais je peux vous jurer que je sens très bien le vernis qui est dessus et qu’il faut qu’il parte là, là, maintenant! Quitte à le ronger pour l’enlever. Ça me fait ça pour les mains, mais pas les pieds, un autre mystère de la vie.

Même chose avec mes bracelets, boucles d’oreille et autres bijoux. Je finis toujours par les perdre parce que je les enlève un peu partout pour la même raison que le vernis. Aussi, je suis pas mal toujours habillée en mou… ou en mou chic quand je travaille. Les pantalons extensibles, les chemises amples, j’adore! Sinon, je me sens prise, inconfortable, j’étouffe, je panique. La princesse au petit pois… Je ne comprends pas comment les autres princesses font pour ne pas sentir le petit pois sous la pile de matelas! J’ai déjà soulevé mon matelas parce que j’étais inconfortable et j’y avais trouvé un crayon, ce mini intrus qui m’empêchait de dormir!

Ah ! Pis les émotions, parlons-en! Je n’en ai pas, moi, de petites peurs. Quand je fais le saut, je fonds à l’intérieur. Genre un jour, je me séchais les cheveux et le séchoir à fait un mini bruit d’explosion, il venait de rendre l’âme. Tout le monde dans la pièce riait, moi je ne trouvais pas ça drôle du tout! J’avais eu méga peur! Même chose pour les émotions positives. Ado, j’ai déjà eu la larme à l’œil en réalisant que chaque bout de gazon était unique… oui, oui ! J’ai presque pleuré tellement je trouvais ça beau, moi, du gazon!

Plus je vieillis, plus je fais la paix avec ce côté de moi. Ma sensibilité me sert dans mon travail et dans mes relations. Je ne suis pas tout le temps en train de chigner, je vous dirais même que j’oublie que je suis intense à ce point-là. C’est juste en l’écrivant ici que je réalise. J’ai maintenant du pouvoir par rapport à cela : je peux parler de ce que je vis et je peux agir quand je suis inconfortable. Je suis donc en mesure d’être calme et disponible. J’ai aussi consulté dans le passé et j’y suis retournée récemment pour faire la paix avec cette sensibilité et m’en faire une alliée. Par contre, quand j’étais un mini bébé sans paroles et sans pouvoir, je comprends que je capotais. Essaie de dire ça, qu’il y a un cheveu qui te gosse entre tes deux orteils quand tu ne peux ni parler ni bouger adéquatement.

À tous les parents de petits BABI, je suis désolée pour toutes les fois où vous êtes sortis de la pièce plutôt que de devenir agressifs, parce que ça rend fou un bébé inconsolable, pour toute la culpabilité et les remises en question, pour toutes vos tentatives d’adaptation pour survivre à cette réalité. J’espère que vous êtes bien entourés, j’espère que vous ne doutez pas de votre capacité à être de bons parents, j’espère que votre entourage ne vous bombarde pas de suggestions et de recommandations non sollicitées. Et finalement, je vous remercie de votre patience et de votre dévouement. Tenez bon, apparemment que notre sensibilité est également gage d’intelligence vive, de créativité et de grande passion pour la vie!

 

Roxane Larocque

Jumeau perdu, jumeau vécu (partie 2)

Vous-trouverez le lien de la première partie de cette collaboration

Vous-trouverez le lien de la première partie de cette collaboration spéciale au bas de la page.

Adieu, bébé jumeau… Les derniers mois de la grossesse allaient servir autant à faire notre deuil d’un bébé parti trop tôt et d’une expérience de vie avec des jumeaux qu’à préparer à accueillir notre bébé survivant.

La naissance d’un survivant

Nathalie : Après quarante semaines à barboter dans mon ventre format hippopotame, mon fils est né. Presque dix livres de bébé! J’avais passé la grossesse à le supplier de s’accrocher et à respirer pour lui envoyer de la force et du calme. En naissant, il a oublié de respirer, son cœur ne battait presque plus. Les soins médicaux l’ont convaincu de ne pas suivre son frère jumeau ou sa sœur jumelle. Il est revenu, et il a grandi. Nous n’aurions pas les photos mignonnes de jumeaux habillés pareil ni celles où ils dorment en se tenant par la main. Mais il arrive qu’on ait l’impression que le jumeau disparu n’est pas si loin…

Mélanie : Tu as hésité longtemps. Je saignais souvent. Je crois que tu hésitais encore entre partir rejoindre ta moitié ou rester. Trente-sept longues semaines à avoir peur, mais tu as décidé de rester et de te présenter plus tôt que prévu à trente-sept semaines et trois jours. La perte vécue pendant la grossesse faisait partie de toi. Tu étais un bébé difficile, tellement anxieux! Tu n’arrivais pas à te séparer de moi, tu avais besoin d’une routine que l’on devait suivre by the book, sinon tu pleurais sans être consolable. Même en vieillissant, tu étais constamment dans mes jupes. On me le faisait remarquer. Ç’a été comme ça, jusqu’à la naissance de ta sœur, vingt-deux mois plus tard. À ce moment-là, tu t’es collé à elle…

 

La place vide

Nathalie : Le bébé jumeau, nommé sans originalité « Bébé Étoile », a toujours gardé sa place dans notre famille. À part la photo de l’échographie et le souvenir de ma réaction à l’annonce d’une grossesse gémellaire, nous n’avons aucun souvenir symbolique de ce petit humain. J’ai donné mes livres au sujet des jumeaux. J’ai donné les pyjamas qui m’avaient servi à annoncer la double surprise à mon mari. Il nous reste l’histoire d’une vie trop courte et invisible.

Il nous reste aussi des histoires dans lesquelles on sent la présence du jumeau perdu. Des inconnus qui nous arrêtaient en s’étonnant que notre nouveau-né dégage une aura si bienfaisante et si puissante. Les nombreuses fois où on s’est fait dire que notre mini bonhomme avait une vieille âme, même avant qu’il parle. Notre fils qui nous dit : « Maman, mon ami Nathan, il est comme mon jumeau. »

Mélanie : Maintenant, il n’y a que le souvenir de toi, bébé jumeau. Ce souvenir du moment où j’ai appris ton existence et ta mort simultanément. Mais tu as laissé quelque chose chez ta sœur. Une empathie démesurée pour une petite fille de sept ans. Une sensibilité hors du commun. Cette sensibilité qui a permis à ta sœur de m’annoncer que j’étais enceinte, avant même que je fasse mon test de grossesse. Cette même sensibilité qui a fait venir ta sœur vers moi un matin en me disant : « Maman, tu n’as plus de bébé dans ton ventre! » avant même les premiers signes de la fausse couche qui allait suivre quelques jours plus tard…

Ce qu’il en reste

Nathalie : On n’a jamais caché l’existence du bébé perdu. Quand mon mari et moi avons démarré notre maison d’édition, on l’a nommée « Quatre et demi » : quatre enfants, plus un qui est à moitié avec nous, à moitié dans un univers parallèle. Chaque 14 juillet, j’ai une pensée silencieuse pour le jour de sa mort-naissance. Il arrive que nos enfants posent quelques questions, mais le deuil est fait. Il restera à savoir si le temps ramènera sa non-présence parmi nous, comme c’est parfois le cas lorsque l’enfant survivant se sent incomplet, cherche à combler le vide en s’inventant un ami presque réel, se sent coupable d’être celui qui reste, même en étant inconscient du lien avec son histoire intra-utérine.

Mélanie : Il n’y a que très peu de personnes au courant qu’il y a eu cette grossesse multiple. Plusieurs parents de jumeaux m’ont dit que ma fille avait un comportement de jumelle. Cette disparition fait partie d’elle. Elle est restée une petite fille anxieuse, qui a peur de tout, mais surtout de l’abandon. Une petite fille qui a besoin de sa sœur pour faire face à de nouvelles situations. L’absence de ce jumeau fait partie de la vie de Jillian tous les jours, on le sent, on le sait qu’il lui manquera toujours quelque chose. Comme si elle lui tendait la main chaque jour, mais sans qu’il puisse la lui serrer…

http://jumeauxandco.com/grossesse-gemellaire-2/le-syndrome-du-jumeau-perdu/

http://jumeauxandco.com/interviews/conseils-dexperts/devenir-parents-de-jumeaux-quels-impacts-psychologiques/

Première partie : http://www.mafamillemonchaos.ca/on-jase/jumeau-perdu-jumeau-vecu-premiere-partie/

Nathalie Courcy et Mélanie Paradis