Archives mai 2018

Maman-anonyme et les réseaux sociaux

Seulement intituler mon texte a été complexe. Tellement de qualifi

Seulement intituler mon texte a été complexe. Tellement de qualificatifs ont déjà été greffés à « maman ». Les plus négatifs ne me parlent pas, les trop parfaits non plus. Les plus simples et terre à terre sont déjà bien associés à une personne et sont même devenus une marque de commerce pour certains.

On a déjà bien entendu parlé de ce sujet. D’un côté, il y a les fit moms ou les mamans trop parfaites d’Instagram qui sont vivement critiquées par les mamans imparfaites, indignes, ordinaires et autres adjectifs. Ces dernières font aussi couler beaucoup d’encre chez les mamans anonymes qui ne comprennent pas qu’elles se plaignent autant.

Pour ma part, je ne prends pas parti. J’aime bien suivre certaines mamans dites trop exemplaires parce qu’elles peuvent être inspirantes et que je peux trouver sur leurs pages des idées que j’adapterai à ma réalité. Je trouve aussi très drôles certaines mamans excédées parce qu’elles laissent aussi une place à la beauté de la maternité et, surtout, parce que leur sens de l’humour est décapant et rafraîchissant. La façon dont elles s’y prennent, l’impression de ne pas donner de leçon ou leur type d’humour vont bien plus influencer l’intérêt que je leur porterai que le camp auquel elles appartiennent.

On reproche à certaines de ne montrer que le beau côté des choses, voire un aspect magnifié de la parentalité, et à d’autres d’être tellement négatives que #lesgens se demandent pourquoi elles ont eu des enfants.

Les différents textes défendant un parti ou un autre m’ont fait réfléchir. Où je me situe, moi, simple maman de 31 ans avec deux jeunes enfants en cette ère numérique?

Je crois sincèrement être en plein milieu. Mon fil d’actualités est probablement beaucoup trop rempli de photos et d’anecdotes de bébés au goût de contacts n’ayant pas d’enfant ou n’exposant pas les leurs (m’en fous!), mais il est tel que je perçois ma famille. Est-il plus positif que négatif? Assurément. À part quelques statuts ici ou là sur une situation difficile ou des microbes récalcitrants, je partage de beaux moments. Pourquoi je ne montre pas le négatif? Parce que quand je gère le chaos, j’ai les mains pleines et il ne me traverse pas la tête de saisir mon téléphone pour photographier mon enfant. Quand je suis sortie de l’épicerie en plantant le panier rempli de la moitié des éléments inscrits sur ma liste au milieu de l’allée avec mon fils de deux ans en « poche de patates » qui criait et battait des pieds, le tout enceinte de 33-34 semaines… eh ben, j’en avais déjà « plein le bucket »! Mon téléphone sert plus à appeler chéri-mari pour lui demander de passer par l’épicerie au retour du travail et à lui envoyer une photo de la liste qu’à élaborer un partage inspirant et constructif sur les défis liés à la parentalité dans des cas comme celui-là. Pourtant, presque tous les parents ont déjà vécu un événement semblable et on aurait pu en rire ensemble. Mais j’étais trop occupée à gérer la situation et je préfère ça.

D’un autre côté, mes pages Facebook et Instagram ont beau être remplies de moments positifs et de fierté, ils sont loin d’être parfaits. Le vent rend la moitié de mes « stories » Instagram incompréhensibles et toutes mes photos ont trop ou pas assez de lumière, un sourire-grimace d’un enfant par-ci, un double menton chez un adulte par-là, sont mal cadrées et j’en passe. Je n’ai ni le temps ni l’énergie et, surtout, aucun intérêt à passer de trop longues minutes à préparer une pose et ensuite à retravailler l’image. J’adore partager mes moments en famille, mais je suis un peu expéditive. Ils doivent être croqués sur le vif ou du moins rapidement, pour ne pas nous empêcher de les vivre.

Je compare les réseaux sociaux aux albums photo familiaux. Quels étaient les moments qui s’y retrouvaient le plus? Ceux de fierté et de bonheur. C’est dans la normalité des choses d’avoir envie de se concentrer sur eux et de vouloir les graver dans notre mémoire en les partageant avec nos proches (ou moins proches, c’est selon).

Alors, je me situe où, moi? Je suis une simple maman-anonyme, comme la majorité d’entre nous qui publions un peu ou beaucoup notre quotidien en gérant nos pages comme bon nous semble. Et c’est très bien ainsi.

Jessica Archambault

Ma mère c’est mon père

Je suis née d

Je suis née d’une mère et d’un père, mais rapidement, ce dernier est devenu trop malade pour s’occuper de mes frères et de moi. Puis il a élu domicile dans un cercueil. J’aime penser qu’il prend soin de moi à partir de son cumulus. Ça m’arrive même de lui parler pas mal fort : « Heille papa, ça te tente pas de faire ta job de père et de me protéger un peu? Me semble qu’il serait temps que tu descendes de ton nuage en ouate pour venir t’occuper de moi! »

Mais la réalité, c’est que ma mère s’est retrouvée seule à 34 ans pour s’occuper de trois enfants, d’une maison, d’un terrain, des finances, de tout.

Par choix ou par obligation, elle ne s’est pas laissé abattre. Elle a relevé ses manches. Elle était déjà habituée, notre père était policier et s’absentait pendant de longues périodes. Pendant les années d’hospitalisation et d’opérations, c’était elle, encore, qui s’occupait de tout, en plus de multiplier les aller-retour entre la maison et l’hôpital pour aller faire manger son mari, pour le laver, pour lui tenir compagnie. Pour essayer de lui faire comprendre que le combat achevait. Je ne peux même pas m’imaginer la charge mentale de cette femme. Et l’absence d’énergie qu’elle devait avoir à l’heure des devoirs ou du cours de natation.

J’ai donc été élevée par ma mère, qui portait les deux chapeaux : les bras de la mère et les culottes du père. Avec elle, j’ai appris à cuisiner les meilleurs muffins du monde, à jardiner les brocolis les plus verts, à faire l’épicerie, à planifier un budget équilibré, à passer le râteau à l’automne, à coudre des vêtements, à conduire une voiture, à poser des tablettes, à signer un bail d’appartement. À grandir.

La seule chose qu’elle ne m’a pas enseignée, c’est à passer la tondeuse. Et à traire une vache, mais ça, je l’ai appris à 18 ans en Israël! Pour la tondeuse, j’ai tardé… c’était « trop dangereux pour une fille », j’avais deux grands frères qui pouvaient s’en occuper, puis un mari. La seule fois où j’ai osé, mes muscles m’ont lâchée dès la deuxième tentative. J’ai abandonné le projet. Par contre, je peinturais, je bêchais, je déneigeais l’entrée, je gérais l’horaire de la famille et le paiement des factures.

Maintenant, c’est mon tour d’être la mère-père. À temps partagé, puisque mes enfants ont la chance d’avoir un papa en vie et bien présent dans leur vie.

Je suis fière (et soulagée!) d’avoir autant appris de ma mère, autant absorbé de ses valeurs féministes et égalitaires. Les allées du Rona ne m’intimident pas. Je fais presque peur aux concessionnaires automobiles tellement je suis préparée quand vient le temps de m’acheter une voiture. C’est que moi aussi, j’ai l’expérience des absences et de la monoparentalité temporaire!

Ce printemps, quand le temps est venu d’acheter ma première tondeuse à moi, de moi, avec tout mon amour (et mon argent), j’ai demandé conseil à un collègue qui s’y connaît. Vu mes muscles de bras de poulet, il m’a conseillé une tondeuse à batteries. J’ai magasiné la bête comme une grande, et oui, j’ai passé ma tondeuse sur mon terrain toute seule. Avec un petit stress, tout de même. Mais j’aime ça! Je pense (pas vraiment…) lancer une entreprise de tonte de gazon dans le quartier juste pour prolonger le plaisir. Comme quoi on peut tout apprendre! Comme quoi, aussi, les rôles de père et de mère n’ont rien à voir avec les lettres de notre ADN.

 

À tous les pères-mères et à toutes les mères-pères, vous avez mon admiration. Et celle de vos enfants.

 

Nathalie Courcy

9-1-1 : Enfant violent

Vous l’avez tellement désiré ! Pendant les neuf mois de la gro

Vous l’avez tellement désiré ! Pendant les neuf mois de la grossesse, peut-être même pendant des années avant de devenir enceinte, vous avez rêvé de cet enfant. Ses joues à croquer. Ses orteils à chatouiller. Ses premiers rires, ses premiers mots. Peut-être, aussi, ses premières crises de larmes. Ça, c’est si vous aviez déjà d’autres enfants autour de vous.

Mais à aucun, aucun moment, vous n’avez imaginé votre enfant devenir violent. Frustré, oui. Impatient, certainement. Désespéré à cause des coliques ou d’un refus, tout à fait. Mais violent ? Non, jamais. Je me suis fait dire par des « spécialistes » que les enfants ne sont pas violents. Agressifs, parfois, mais jamais violents. Je. M’ex. Cuse. Un enfant violent, ça se peut. Ça existe, et pas juste dans les films. Pas juste dans les familles où les enfants sont négligés. Pas juste dans les quartiers miteux. Chez nous. Chez vous. Chez votre meilleur ami ou votre belle-sœur. Peut-être même chez la prof de votre enfant. Vous savez, chez ces personnes qui sont les meilleurs parents du monde, impliqués, encadrants, équilibrés ? Eh ! Oui, eux aussi, ils peuvent avoir un enfant devenu violent.

Plein de raisons peuvent expliquer cette violence (l’ADN, la maladie mentale, des circonstances stressantes, une hypersensibilité sensorielle ou émotive, l’anxiété, des interventions parentales inadéquates, l’insécurité, des troubles de comportement, etc.) Et ces causes doivent être déterminées. Plus on les connaît rapidement, plus on intervient rapidement. On évite que la situation s’envenime encore plus et on limite ainsi les risques (très concrets pour le corps de l’enfant et sur l’entourage, pour l’environnement physique aussi, mais également sur l’estime personnelle, l’aspect social, les relations familiales).

Mais qu’est-ce qu’on fait en attendant d’avoir des réponses ? Parce que vous savez, les listes d’attente pour les services en santé mentale et en psychologie sont longues, autant au privé qu’au public. Donc en attendant de gagner à la loterie de la liste d’attente, voici quelques stratégies :

  • Interdit de jouer à l’autruche. Faire semblant que le problème n’existe pas ou qu’il disparaîtra par magie, ce n’est pas une option. Je vous le garantis-promets-juré-craché, ça va juste empirer. Agissez.
  • Informez-vous. Lisez, parlez à des amis compréhensifs, demandez de l’aide, consultez, pour vous ou pour votre enfant. Parfois, quelqu’un à qui on a osé parler d’une situation préoccupante nous donne une clé (« Moi aussi ça m’est arrivé, voilà ce que j’ai fait qui a fonctionné… »), une référence à laquelle on n’avait pas pensé.Il n’y a pas de place pour une évaluation en psychologie ou en neuropsychologie là maintenant tout de suite ? Allez cogner à la porte du médecin de famille (le sien, le vôtre : vous aussi avez besoin de soutien), du programme d’aide aux employés, d’un nutritionniste qui pourra évaluer les intolérances alimentaires qui pourraient empirer les éclats de caractère ou nuire au sommeil, d’un art-thérapeute (ils font des miracles), d’un naturopathe spécialisé dans le reiki. Peu importe qui vous aidera (de compétent, quand même), ça vous prend de l’aide. Et vous montrerez aussi à votre enfant que vous vous souciez de lui, que vous agissez pour son bien. Il va peut-être vous en vouloir sur le coup, mais à la longue, ça paie.

Ligne Parents : 1 800 361-5085 http://ligneparents.com/

  • Restez en lien constant avec l’équipe de la garderie ou de l’école. La communication est la clé. Ils ont besoin de savoir quand ça dégénère. Vous avez besoin de savoir s’ils remarquent les mêmes comportements dans un contexte différent. Et ne vous en faites pas, si votre enfant agit comme un ange à l’école et comme un démon à la maison, ça ne fait pas de vous de mauvais parents. Souvent, les enfants se laissent aller à leurs émotions fortes à la maison parce qu’ils savent qu’on les aime inconditionnellement. C’est éreintant, mais c’est ça.
  • Contactez le 8-1-1 Info-Social (le médecin peut aussi faire la requête) ou la DPJ (oui, on peut faire un signalement en tant que parent, par exemple si on craint pour la sécurité de notre enfant qui disjoncte, pour la sécurité de nos autres enfants qui subissent les contrecoups des crises ou qui servent de souffre-douleur, ou pour notre propre sécurité). Et n’attendez pas que la troisième Guerre mondiale éclate pour le faire. Il y a plusieurs mois d’attente (bien sûr, ça dépend de l’urgence et du risque de dangerosité), alors mieux vaut vous placer sur les listes avant d’être à boutte du boutte.Les intervenants pourront aussi vous aiguiller vers des services en attendant, vers certaines interventions, des groupes d’entraide, etc. Ils recueilleront certaines informations sur l’enfant et la famille, ce qui permettra de diriger le dossier vers la bonne équipe. Ils vous indiqueront aussi dans combien de temps un intervenant vous rappellera afin d’établir le plan d’action avec vous.

Direction de la protection de la jeunesse : http://sante.gouv.qc.ca/programmes-et-mesures-daide/faire-un-signalement-au-dpj/coordonnees-du-dpj/

8-1-1 Info-Social : http://sante.gouv.qc.ca/systeme-sante-en-bref/info-social-8-1-1/

Que faire si, vraiment, vous êtes à bout, votre enfant est à bout, les ressources accessibles n’aident pas suffisamment et qu’une autre crise violente survient ? Que faire si, encore une fois, votre enfant a détruit la moitié de la maison, menacé de tuer tout le personnel de l’école, cassé les dents de sa sœur ? Hôpital.Je le sais, ça fend le cœur de devoir amener de force son enfant à l’urgence pédopsychiatrique. Mais ça peut le sauver. Ça peut vous sauver.Si la crise s’est calmée un peu, vous pouvez l’amener vous-même (si possible avec un autre adulte dans le véhicule au cas où ça dégénérait). Mais en cas de doute : 9-1-1. Les ambulanciers ou les policiers pourront amener votre chérubin à l’hôpital. Il y sera évalué et un plan d’action sera établi en collaboration avec vous. Il est rare que les enfants, et même les adolescents, soient hospitalisés dans une situation semblable, surtout s’il s’agit d’une première visite. Par contre, les renseignements recueillis seront conservés et serviront à faire progresser le dossier (faire monter votre enfant sur les listes d’attente) au besoin. Cette visite pourra aussi aider le médecin de famille à établir un diagnostic ou une prescription.

Par contre, ne vous servez pas de la carte « police » ou « ambulance » pour faire peur à votre enfant. Si vous sentez que cette étape approche et que la situation continue d’empirer, vous pouvez en parler à votre enfant pendant qu’il est assez calme, pour lui expliquer qu’il s’agit d’un service qui existe pour aider les gens dans des situations qu’ils ne peuvent pas régler eux-mêmes malgré. Si la crise survient, appelez. Sinon, l’enfant considérera cette option comme une simple menace, ne vous croira plus et ses comportements violents risquent de s’aggraver puisque « de toute façon, il n’y a pas de conséquences ».

 

  • Continuez de donner de l’attention positive à votre enfant, et aussi à vos autres enfants et à votre couple. Et à vous-même. Pas facile, quand on est au cœur de la tempête. Mais nécessaire. Il faut continuer de construire le lien même quand on a l’impression qu’il n’y en a plus. L’encadrement et la qualité des relations avec l’enfant le sécurisent même s’il fait tout pour les briser. Ça reviendra.

Ultra-méga -giga-important :

Ne posez aucun geste violent envers votre enfant. Ne frappez pas. Ne poussez pas. Ne secouez pas.

Faites attention à vos paroles. Mais sachez mettre vos limites. Allez chercher de l’aide et n’ayez surtout pas honte.

Je t’ai vue, l’éducatrice au parc, à ne rien faire.

L’autre jour, bien calée dans ma chaise de parterre avec les yeux

L’autre jour, bien calée dans ma chaise de parterre avec les yeux rivés vers le parc, je t’ai vue. Toi, l’éducatrice, comme on te surnomme. Tu sortais du tableau que je me faisais des éducatrices. Tu semblais stoïque face aux enfants qui t’étaient confiés. Tu n’animais pas de jeux, tu ne chantais pas de petites comptines. Non. Assise au beau milieu du parc. Heureuse toutefois. Heureuse de ne rien faire et d’être payé, oui, certainement.  

Et je t’ai observée.  Comme pour justifier que j’avais raison de mon jugement. Me dire que ça n’avait aucun bon sang! Toi, assise à « juste les regarder ». Eux, ils étaient six à ta charge. Les deux plus grands semblaient être des pirates dans le module de jeux. Ils auraient très bien pu tomber. Une toute petite près de toi jouait avec une pelle et un sceau dans le carré de sable mis à sa disposition. Et trois autres couraient après les papillons.  

Mon observation sommaire terminée, j’ai pris un instant pour analyser davantage.   

Somme toute, ils avaient tous l’air heureux. Libres. Sereins. Le parc était un monde intarissable de découvertes. Les pirates en herbe avaient avec eux, il m’a semblé, des épées confectionnées avec du carton et du papier d’aluminium. Un cache-œil pour agrémenter leur univers complétait le costume. Ils se battaient. Tu les laissais faire. Je t’ai entendue mentionner : « Tu aurais aimé avoir ta cape? Ça aurait été une chouette idée, mais elle pourrait se prendre dans le module et te blesser. Nous la mettrons pour retourner à la maison. Ce sera beaucoup plus prudent. La brouette sera ton navire et tu pourras la tirer ». Tu avais entendu son besoin et tu lui avais répondu. Tu avais même ajouté de la magie, de la fantaisie à sa demande.  

La fillette seule dans le coin de sable, j’ai vite compris qu’en fait, elle ne l’était pas. Même à quelques pas d’elle, tu y étais. Assise, mais présente. Comme un cavalier de danse, elle menait le jeu et tu la guidais, l’orientais afin de maintenir son intérêt et lui permettre d’aller plus loin dans l’exécution de sa tâche. J’ai cessé de compter au dixième pâté de sable qu’elle t’avait apporté pour que tu lui suggères des « MMMMMMMM! » en signe qu’elle cuisinait comme un véritable cuistot!  Des « wow! Tu tiens bien ta pelle pour la diriger vers ton sceau! », j’en ai entendu à la tonne avec tellement d’autres encouragements pour elle. Tu lui as manifesté ta présence tout au long de son jeu. Tout au long de ses apprentissages. 

Et les trois qui couraient après les papillons : pas besoin d’intervenir. Ils savaient que tu leur faisais confiance. Eux-mêmes te regardaient à tour de rôle pour s’assurer qu’ils te voyaient toujours. Que tu étais toujours là. Ils te communiquaient leur joie à distance et c’est toujours avec un sourire ou un pouce levé que tu leur répondais. Ils avaient à leur portée des sceaux et des filets. Lors de la première capture, c’est à toi qu’ils sont venus la montrer en premier. Et je t’avais vue leur tendre un livre. Tandis qu’un tenait le sceau avec le trophée de chasse à l’intérieur, les deux autres cherchaient dans le bouquin afin d’y découvrir le nom scientifique de leur capture. Vous avez tous éclaté de rire lorsque tu as lu le nom. Ils tournaient les pages du livre avec une précision impeccable. Tu leur avais assurément appris à prendre soin des livres prêtés.   

Tu as avisé ta petite troupe qu’il restait deux minutes à votre horaire pour jouer au parc et qu’ensuite, vous retourneriez à la maison.  Le dîner serait servi sous peu. Un des chasseurs de papillons était venu te rejoindre sur le banc et s’était accoté la tête, lasse et fatiguée de sa chasse, sur tes cuisses. Ta main dans ses cheveux était très affectueuse. Tu as alors demandé à ta troupe de venir te rejoindre avec les jeux qu’ils avaient en leur possession. Tu avais responsabilisé un grand en lui demandant d’apporter le petit bac de gourdes d’eau vers la brouette. Par cette chaleur, tu avais pensé à leur bien-être. L’autre pirate était déjà prêt à faire monter ses moussaillons dans son navire imaginaire. Tous avaient pris le rang, de façon machinale. Et vous aviez emprunté le chemin du retour en regardant à gauche et à droite tout en entonnant de petites comptines que mon oreille continuait de percevoir malgré vos silhouettes disparues. Des chansonnettes vivantes et ressenties. Sécurisantes et drôles. 

Après mon intrusion dans ta profession. Après mon jugement à ton égard. Je m’en suis un peu voulu. Je croyais que tu ne faisais rien.  Que tu n’étais qu’assise, épuisée de ton travail.   

J’ai compris que tu avais inculqué à tes moussaillons l’art de ne pas toujours dépendre de l’adulte. Qu’ils avaient besoin, eux aussi, de liberté. De choix. D’apprendre à se connaître et d’écouter ce que leur dictaient leurs intérêts et leurs motivations. Que de toujours choisir pour eux n’aidait en rien leur épanouissement. Le développement de leur personnalité. Que tu les sécurisais par ta simple présence. Que ta routine était bien établie et que tu les avais sécurisés dedans puisque tous et chacun savaient ce qu’ils avaient à faire. Tu avais laissé ces enfants acquérir de l’autonomie.   

Dans le fond, ton petit groupe d’enfants te ressemble. Ils sont empreints de calme. Ils sont sereins. Ils sont libres. Ce n’est pas cela, le travail des enfants? Jouir de l’enfance et de la liberté qu’elle offre? Vivre le moment présent sans se soucier du demain? Évoluer dans un environnement aimant et constructif? Apprendre à se connaître pour ainsi se faire confiance? 

Je t’avais jugée, sans te connaître. Je t’avais observée dans le doute que tu ne sois pas à la hauteur. Pourtant. J’aurai dû voir dès mon premier regard qu’ils étaient heureux, ces enfants-là. Leur bonheur à lui seul aurait pu me montrer que tu étais une bonne éducatrice. Que ton travail se fait tout au long d’une journée. Que tu as le droit d’observer, toi aussi, ces petits êtres afin de continuer ton travail en les accompagnant dans leur développement. Tu peux y voir leur comportement avec leurs pairs.  Leur motricité globale dans leurs jeux.   

Et pour les observer, il n’y a pas de meilleur endroit que sur ce banc de parc.   

 

Mylène Groleau 

 

Youkaïdi… youkaïda!

La fin de l’année scolaire, ça vient aussi avec les voyages et l

La fin de l’année scolaire, ça vient aussi avec les voyages et les camps…

L’école en a encore décidé pour vous. Une année d’études et de travaux, ça mérite une récompense. Si vous êtes chanceux, vous n’aurez pas à payer les frais du voyage extrême. L’Asie ou tout autre endroit hors de tout budget raisonnable. Ces destinations exotiques, qui doivent obligatoirement accompagner une formation élitiste. Un programme international, ça le vaut, non?

Non!

Pour la majorité, ils partiront vers une ville plus rapprochée. New York, Boston, Toronto ou Ottawa. Plusieurs iront dans un camp de plein air. Comme c’est le cas de mon fils cette année.

Je prends la liste du matériel obligatoire. Je suis perplexe, j’ai confondu la région de Shawinigan pour… Bout-de-brousse creek, Australie. Un sac de couchage, un oreiller (avec taie), une couverture, une serviette, des bottes de pluie, etc. Une liste de 26 items obligatoires. Bien identifiés. Trois trucs facultatifs. Cinq objets prohibés, dont les très dangereux « crayons permanents »!

Ils ont le culot de demander que le tout entre dans un seul bagage. J’ai trouvé bien drôle, dans la file d’attente pour donner la présence, de voir un adolescent avec un sac à dos d’expédition himalayenne. Le tout dépassait de plus de trente centimètres sa tête de sherpa. Le dos bien courbé, il respectait la consigne.

Déjà, les bottes de pluie sont un cas problématique. Connaissez-vous plusieurs adolescents qui en portent? Vite, l’aller-retour à la grande surface, pour un achat qui ne sera utilisé, et encore, que pour cette seule occasion. Dernier item de coché.

Nous sommes prêts.

J’ai eu de la difficulté à fermer le tout. Je pense déjà à celle de mon fils. Je lui ai suggéré de demander à un ami de s’assoir dessus, pour comprimer un peu. J’espère qu’il s’en souviendra encore le dernier jour.

Comme parent, j’ai un gros malaise. Les activités de mes enfants, surtout quand elles coûtent autant, j’aimerais en avoir la pleine latitude. Sans gruger autant dans mon budget « vacances ». J’ai aussi une pensée pour les quelques enfants laissés derrière. Qui doivent sans doute se trouver bien des raisons; pour expliquer à leurs amis pourquoi, eux, ils resteront à l’école.

Je sais aussi ce qui nous fait sortir le chéquier, année après année. J’ai bien senti toute l’anticipation de mon fils. Depuis des mois. Son empressement à, même, aller magasiner les bottes de pluie. J’ai bien vu toute la joie du matin. Même s’il fallait se lever très tôt. Tout comme j’ai constaté celle de ses amis.

Je m’imagine, à son âge, passer deux nuits dans une immense salle commune. Dans un bâtiment à l’écart. Avec onze de mes amis d’école. Le bonheur. Des souvenirs qu’ils auront en commun, pour toujours. Ça, c’est tout ce qui compte.

Plus vieux, ils ne penseront jamais aux bottes de pluie inutilisées…

michel

 

Les éducatrices, celles qui dessinent des moutons

J’ai toujours voué un profond engouement pour Le Petit Princ

J’ai toujours voué un profond engouement pour Le Petit Prince d’Antoine de Saint‑Exupéry. Un intérêt aussi grand pour ce récit que pour ma profession que j’affectionne tout autant. Passer mon quotidien avec des Petits Princes et de Petites Princesses qui me font devenir un être meilleur et me forcent à me surpasser. Réfléchir sur la façon dont je perçois le monde et de quelle manière je peux le rendre meilleur.

Un passage du récit qui suit vous fera comprendre que l’art de percevoir l’enfance s’estompe avec le temps. À la demande du Petit Prince de lui dessiner un mouton, l’aviateur lui en dessina, selon sa perception adulte, quelques-uns qui furent tous rejetés les uns après les autres parce qu’ils avaient l’air trop malades ou trop vieux, ou encore à cause de leurs allures de bélier. Suite aux refus de l’enfant, l’aviateur lui tendit un dernier bout de papier avec un griffonnage d’une caisse fermée avec trois trous sur le côté :

– Alors, faute de patience, comme j’avais hâte de commencer le démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci.

Et je lançai :

– Ça, c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans.

Mais je fus bien surpris de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge :

– C’est tout à fait comme ça que je le voulais!

Nous, les éducatrices, à la demande de nos princes et princesses, nous dessinons des moutons, à leurs façons. Nous entrons dans ce que l’on appelle : la magie de l’enfance. Nous ne réinventerons jamais le monde. Pourquoi donc? Nous en inventons des milliers sur demande!

Les enfants n’ont rien à faire de ce que nous sommes capables ou non d’accomplir. Ils ne demandent qu’à ce que nous entrions dans leur ronde. Main dans la main. Des rondes remplies d’amstramgram et de poudre de perlimpinpin. Remplies de comptines et de mots nouveaux et rigolos.

Une fois atteint l’âge adulte, nous avons cette perception fausse du monde qui nous entoure. Cet âge qui nous donne cette vision terre à terre et qui nous empêche, du coup, d’accéder à l’imaginaire de l’enfance.

Les éducatrices ont comme instruments de travail, entre autres, l’écoute, la patience et l’accueil. Rien à voir avec la magie et ses baguettes qui font apparaître des lapins dans des chapeaux. Non. Il s’agit plutôt de capacités acquises pour accéder à ces univers enfantins. L’écoute dirigée vers les enfants afin de saisir l’importance de ce qu’ils demandent. La patience de saisir cette importance (c’est parfois complexe et long! Ça requiert du temps.) Et l’accueil. Cette qualité qui nous permet de prendre l’enfant là où il est rendu, comme il est, sans interférer par nos jugements, et de l’aider à évoluer.

Soyez des Petits Princes. Un enfant, c’est pur, c’est innocent. Réapprivoiser l’enfance en vous. Celle qui vous fait rire à grand déploiement. Celle qui vous fait pleurer de voir le beau qui vous entoure. Celle qui vous laisse prendre le temps de devenir et pas seulement d’être. Permettez-vous de vivre et pas seulement de survivre. Inventez des mondes où vous serez les héros. Soyez des guides pour vos enfants, des accompagnateurs de l’univers de la petite enfance.

Transformez les moments difficiles et routiniers en aventures rocambolesques. L’heure du bain peut devenir du même coup l’heure du conte avec de petits livres plastifiés dont on cache les images avec de la mousse en invitant les enfants à souffler dessus pour découvrir la suite de l’histoire. Les moments d’attente deviendront tour à tour des instants recherchés. Les périodes de déplacements se transformeront en vols de papillons, en marche de dinosaures ou encore en détectives évitant de se faire repérer. Essayez! Laissez-vous emporter par ce qui vous a, jadis, habité. Soyez vivant, tout simplement.

Aux dires de Saint-Exupéry, les éducatrices sont une espèce d’êtres à part qui se souviennent.

« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent. » (Antoine de Saint-Exupéry)

Les éducatrices sont une sorte d’ode à l’innocence et à la rêverie de l’enfance.

Mylène Groleau

 

L’éducatrice à la maison ou la sans-papiers

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Comme je l’ai déjà mentionné, je suis une responsable d’un service de garde à la maison. J’exerce ma profession en accueillant chez moi des minis et ce, depuis maintenant près de quinze ans. 

Auparavant, j’étais éducatrice en installation. Là où s’entremêlent tout au plus 80 enfants. J’ai obtenu ma certification en 1993 et depuis, j’ai poursuivi, à coups de formations annuelles, tout ce que j’ai pu apprendre afin de bien soutenir parents et enfants qui complètent mon quotidien. Afin de m’améliorer, de me moderniser. D’ajouter à mes compétences acquises diverses façons d’intervenir, d’observer et de m’ajuster à cette clientèle en pleine évolution.

L’automne dernier, je m’étais inscrite avec une amie à une formation échelonnée sur plusieurs semaines à un peu moins d’une heure de chez moi. Le même trajet emprunté pour aller me perfectionner. Ajouter du plus à mon service de garde. Apprendre à soutenir les enfants dans leurs apprentissages langagiers. 

Nous étions environ vingt éducatrices. Plus que majoritairement responsables en milieux familiaux. Nous avions toutes les mêmes objectifs. Les enfants. Les soutenir et les aider dans l’acquisition du langage. Nous détenions des années d’expérience sous notre chapeau de responsables. Pour avoir œuvré en installation, ces éducatrices formées étaient des femmes compétentes. Leurs propos étaient enrichissants et leurs passions débordantes. 

Un jour, l’une d’elles nous a lancé à la blague, mais avec une certaine pointe au cœur, qu’elle était « sans‑papiers ». Qu’elle n’avait pas de diplôme en petite enfance. Qu’elle ne possédait pas ce qui la qualifiait du statut honorifique d’éducatrice. Pourtant.

Je ne connais pas son passé. Ce qui fait qu’elle n’a pas de diplôme. Mais je sais qu’elle est une maman de plusieurs enfants. Dont certains avaient des troubles de langage. Qu’elle est une responsable déterminée. Qu’elle accueille avec bienveillance ses minis à elle, chez elle. Qu’elle m’en a appris sur ses méthodes d’observation. Que ses discours étaient justes, véridiques et méthodiques. Elle en connaît des trucs, des méthodes et des astuces. Elle s’ajuste en tout point. Elle est débrouillarde et en fait bénéficier toute sa petite marmaille. Accueillir un enfant à besoins particuliers n’a plus de secret pour elle. Elle ne se rebute pas devant un défi, elle fonce tête première et le relève avec brio. Comme si son manque de scolarisation l’obligeait à toujours se justifier. À toujours en faire plus.

Cela m’avait peinée. Constater à quel point les responsables en milieux familiaux ont, malheureusement, un jugement trop facile à leur égard. Combien des années à travailler peut parfois les désabuser de ne pas être considérées. Dans un monde où la performance est à un niveau supérieur, pourquoi toujours vouloir discréditer les années d’expérience acquises sur le tas? Pourquoi cette femme généreuse d’elle et de tout ce qu’elle peut offrir pour rendre le quotidien de tellement d’enfants si agréable doit-elle se vautrer dans le silence? 

Elle répond aux critères exigés par le ministère de la Famille. Elle se perfectionne chaque année. Elle donne sans compter. Elle est exemplaire.

Je vous le dis, malgré mes connaissances, mes diplômes et surtout celui de ma technique en petite enfance, ses expériences sur le terrain valent plus que tous mes diplômes cumulés. Elle brillera longtemps dans le cœur de bien des parents. Elle restera gravée tout aussi longtemps dans la mémoire de tant d’enfants.

À toutes ces responsables qui œuvrent « sans papiers », sachez que je vois votre travail. J’entends vos discours aimants offerts à votre petite clientèle. Je ressens votre don de vous. Je reconnais que vous êtes importantes dans le développement des enfants. Qu’à votre image, vous accueillez au sein de votre milieu, de votre vie, ce que vous considérez comme très précieux.

Je vous encourage à garder la flamme en vous, à perfectionner vos acquis, car cela reste toujours stimulant d’en connaître davantage. À garder en vous la raison ultime qui fait de vous une responsable. Vous êtes indéniablement une partie importante dans le réseau des milieux de garde. Je vous honore toutes pour votre travail donné sans compter.

 

Mylène Groleau

 

Ta fausse couche, ton vrai bébé

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Pourquoi on utilise ce terme‑là? Faire une fausse couche? Faux en quoi?

Toi, ce bébé qui grandissait au creux de ton ventre, tu l’aimais de tout ton être… Il était vrai… le peu de temps où son petit cœur a battu, ce bébé, oui, il était vrai.

Un matin, tu as ressenti cette douleur dans tes entrailles… Tu te sentais si mal… Tu as baissé tes culottes… Il y avait tout ce sang… Tu as eu si peur…

Mon bébé? Es-tu correct? Que se passe-t-il? Je t’en prie, ne t’en va pas! Je t’en supplie!

Puis, le pire mal que tu n’aies jamais ressenti a commencé. La souffrance te levait le cœur. Le sang coulait de plus en plus. Et… tu l’as vu.

Ce n’est pas toi mon enfant… tu es si petit… si gluant… ça doit être autre chose! Ça ne peut pas être toi! Je t’en prie, NON!

Le lendemain à la clinique, l’infirmière te pose trop de questions. Tu es dévastée. Tu pleures. Tu as peur. Tu saignes encore tellement que l’espoir s’échappe un peu plus chaque minute. Tu réponds comme une automate…

Dites-moi qu’il n’est pas mort? Vous pouvez m’aider? C’est mon bébé! On a entendu son petit cœur la semaine dernière! On l’a annoncé à notre famille hier… Pourquoi tout bascule?

Le médecin t’explique l’échographie, les examens, les prises de sang… mais tu ne comprends rien. Tu pleures. Tu as mal. Tu te sens vide.

La nature? C’est la nature? Pas viable? Qu’ai-je fait de mal? Ai-je trop bougé? Trop travaillé? Pas assez mangé de vitamines? Pas assez fait attention?

Ça arrive? Comment ça, c’est la vie? NON, C’EST LA MORT!

Le jeune homme qui fait ton écho fuit ton regard. Il ne voit rien. Il n’y a plus rien. Ce cœur qui battait si vite et t’avait envahie d’une immense vague d’amour… ce cœur n’est plus là.

C’était mon bébé. J’étais déjà sa maman. Pourquoi personne ne perçoit ma tristesse? Personne ne comprend!

– T’en fais pas ma chérie, on va réessayer…

Je ne veux pas essayer! Je veux que ce petit être soit encore en moi! Il est parti en arrachant un morceau de mon cœur. Rien ne sera jamais comme avant. Pendant quelques semaines, j’ai été ta maman…

– Madame, vous avez fait une fausse couche.

Mon bébé n’est plus là. Il ne sera jamais qu’un embryon, sans avenir, sans espoir, sans vie. Pour eux, il n’aura jamais existé… 

Pour toi, ce bébé était vrai… Tu l’as aimé. Ton corps ne sera plus le même, il a porté une vie. Jamais tu ne t’es sentie aussi vide que maintenant. Peut-on seulement entendre ta détresse et te prendre la main?

Gwendoline Duchaine

 

Quand il prend le volant

Un jour, avant même que tu aies eu le temps de réaliser, ton enfan

Un jour, avant même que tu aies eu le temps de réaliser, ton enfant prend le volant. Il s’assoit fièrement à gauche du véhicule, en avant… il met les clés dans le contact, attache sa ceinture, règles ses rétros et te regarde les yeux brillants :

– On y va maman? Tu es prête?

NON JE NE SUIS PAS PRÊTE!!!

Je lui souris tendrement…

– Bien sûr, je suis prête, quand tu veux champion!

Tu es assise à droite, la main serrée beaucoup trop fort sur la poignée de la porte, le pied collé sur un frein imaginaire, le cerveau en alerte, le cœur qui débat et la trouille au ventre.

Pourtant, tu souris paisiblement…

Tu dois mettre ta progéniture en confiance, l’accompagner, lui enseigner, lui faire confiance…

C’est quand mon enfant a, pour la première fois, pris le volant, que j’ai réalisé à quel point mes parents avaient été de bons accompagnants! Eux aussi ont frôlé la crise cardiaque lors de la première sortie! Pourtant, avec patience et calme, ils m’ont montré…

Jamais le terme « lâcher prise » n’a eu autant de sens pour moi. Les trois premières sorties, j’ai manqué d’air et j’ai failli mourir de peur dix fois! J’ai vite compris l’importance d’une communication claire et précise.

J’ai réalisé que, depuis des années, mon enfant m’observe quand je conduis… depuis qu’il est tout petit, il attend ce moment et me regarde aller. Il met en place les mêmes techniques. Il absorbe depuis tout ce temps mes qualités et aussi mes défauts…

Nous sommes un exemple. Soyons un exemple sécuritaire et respectueux sur les routes. Car nos enfants adoptent nos comportements…

Acceptons aussi de nous remettre en question. Nos enfants nous montrent eux aussi le chemin.

Avec la pratique et le temps, je me sens bien avec mon enfant derrière le volant. Je suis fière de ce cheminement vers son autonomie. Pis… j’ai pas vraiment hâte aux nouveaux défis que l’hiver va nous apporter sur la route!

Gwendoline Duchaine

 

Le système et la famille

Ça fait un petit bout que j’ai envie d’écrire en réaction à

Ça fait un petit bout que j’ai envie d’écrire en réaction à tout ce qui est présentement dénoncé par rapport à notre système de santé et de services sociaux. C’est délicat. Délicat, car il y a plein de professionnels motivés et compétents qui travaillent fort. Loin de moi l’idée de les oublier et de nier leurs efforts. Ce système est aussi rempli de plein de bonnes intentions et de belles promesses électorales, mais il est malade et je me demande si on pourra le sauver. On aura beau afficher fièrement n’importe quelles statistiques à ce sujet, un tour de quinze minutes sur le terrain suffit pour savoir que derrière les beaux chiffres, le système ne fonctionne pas.

Ça fait des mois, des années que les familles, les professionnels et les syndicats qui y travaillent sonnent l’alarme à plein de niveaux et pour plusieurs raisons. Ce n’est pas juste pour se plaindre, ce n’est pas juste pour critiquer ; c’est pour dénoncer un mal‑être profond et malsain.

Je l’ai moi-même quitté ce milieu. Je l’ai quitté parce que le milieu dans lequel je travaillais avait des pratiques qui allaient à l’encontre de mes valeurs personnelles et professionnelles et qu’à plus d’une reprise, je me suis sentie humiliée, intimidée et non reconnue quant à mes compétences. Ces sentiments sont malheureusement partagés par la clientèle du service. J’ai quitté avec déception ce milieu où l’aspect collectif de l’équipe ne me semblait pas valorisé et où les blâmes individuels permettaient à la dynamique organisationnelle de se répéter. Selon moi, le fonctionnement du service perpétuait la chronicité des problématiques, accentuait une hiérarchie malsaine, laissant les familles avec peu de pouvoir sur les décisions concernant leur propre enfant. Je refusais d’y contribuer.

J’ai de la chance, car j’ai pu quitter le milieu malsain ; je suis privilégiée. Je n’avais ni l’horaire des infirmières, ni la surcharge des médecins, ni de grosses contraintes statistiques à remplir comme certains collègues ; et pourtant, j’étouffais, je rageais, je déprimais. Pourtant, sur papier, mon département allait bien. Nous étions efficaces statistiquement parlant, mais c’est assez impressionnant de voir à quel point nous étions essoufflés, désillusionnés et en colère.

Je suis maintenant dans le secteur privé. Quelle lutte avec ma conscience que ce changement professionnel ! J’ai choisi de sauver ma peau, en laissant derrière moi plusieurs familles en détresse. Des enfants blessés, des parents mal en point, des adolescents mutilés. Il y en a là‑dedans qui pourraient se retrouver avec une fin tragique, je le sais, et je suis partie quand même. De toute façon, je ne pouvais pas travailler avec eux dans les conditions qu’on m’imposait. J’avais l’impression de faire semblant d’offrir un service sans me soucier de leurs réels besoins, de leurs valeurs, de leurs rêves.

On ne peut pas faire porter tout le poids du système à une seule personne, qu’elle soit intervenante, mère, père ou enfant. Il y a la responsabilité individuelle, mais aussi la responsabilité collective. C’est pourquoi j’écris aujourd’hui, pour que ma petite voix s’ajoute à celle des autres et qu’ensemble, nous ne cessions de dénoncer l’intolérable. Le Québec et ses familles méritent tellement mieux.

Roxane Larocque

Je ne fais pas pitié

Je suis une mère monoparentale saisonnière, et parfois, j’en ai

Je suis une mère monoparentale saisonnière, et parfois, j’en ai plein les choux de me faire prendre en pitié.

– Qu’est-ce que ton chum fait dans la vie ?

– Il est marin[1].

– Heiiiin ! Faque, des fois, il part longtemps ?

– Oui, deux mois de travail pour un mois de congé, de mars à janvier.

– OH. MY. GOD. Pauvre toi, comment tu fais ? Hey t’es bonne, t’es COU-RA-GEUSE ! Moi là, j’pourrais pas, j’serais pas capable… Chapeau, quel courage !

Cette conversation, qui ne cache absolument aucune malice, je le sais bien, je dois la vivre et revivre au moins deux ou trois fois par semaine. Et à la longue, elle m’éreinte. Aussi gentille que soit l’intention, j’en comprends toujours que le sous‑texte est moins glorieux que le courage qu’on m’attribue. Que ma vie de conjointe de marin semble être un peu d’la marde à tes yeux, et que tu préférerais subir mille et une tortures médiévales plutôt que d’être dans les bobettes de la pauvre femme misérable à la vie de malheur que je suis. J’ai alors toujours l’impression d’être une Donalda nouveau genre, la Fantine des Misérables revisitée, ou encore une Loulou Lapierre, pour faire un clin d’œil aux Cowboys fringants, la fierté de ma ville natale.

 

Joyeux calvaire !

Sous un ciel en stuco

Entre les caisses de bière

Et les bébelles des flots.

Joyeux calvaire

Pour Loulou Lapierre

Qui aime autant se dire

Qu’au fond, la vie est pas si pire…

 

J’ai déjà entendu la comédienne Sophie Prégent exprimer son envie difficile à réprimer de corriger les gens qui la décrivent comme courageuse d’avoir un enfant autiste, alors que ce n’est pas une question de courage. C’est une question d’amour. Elle fait juste aimer son enfant, comme toutes les mères et faire ce qu’elle a à faire.

Bien sûr, ma comparaison entre Sophie et moi, aussi glamour soit-elle, paraîtra peut‑être boiteuse aux yeux de certains. J’enchaînerais donc en disant qu’on s’entend, je suis loin d’être la première femme de l’histoire de l’humanité à avoir un quotidien semblable. Ce n’est pas pour rien que tant de poèmes et de chansons ont construit et déconstruit l’inspirant et inspiré thème de l’amour à distance.

Georges Dor a dit…

 

Si tu savais comme on s’ennuie

À la Manic

Tu m’écrirais bien plus souvent

À la Manicouagan

Parfois je pense à toi si fort

Je recrée ton âme et ton corps

Je te regarde et m’émerveille

Je me prolonge en toi

Comme le fleuve dans la mer

Et la fleur dans l’abeille

 

Le poète français Alfred de Musset a écrit le très connu vers, en 1820, qu’« un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! »

Même Steve Tyler a chanté avec son groupe Aerosmith, pour le film Armageddon :

 

I don’t wanna close my eyeeeees

I don’t wanna faaaaall asleeeep

Cause I’d miss you, baby

And I don’t wanna miss a thiiiing.

’Cause even when I dream of you

The sweetest dream would never do

I’d still miss you, baby

And I don’t wanna miss a thing

 

Oui, des fois, c’est dur d’avoir à absolument tout gérer. C’est dur de me coucher seule sans la chaleur velue de mon homme la moitié de l’année. C’est dur de voir mes trois enfants trouver le temps long sans leur papa au fil des semaines d’absence qui s’écoulent.

Mais c’est encore plus dur quand on nous fait sentir miséreux, alors que nous sommes loin de l’être. Nous sommes une petite famille ordinaire avec une dynamique un brin particulière qui exige un petit peu plus de travail et d’organisation de ma part en l’absence de mon chéri. Pas la mer à boire (pour rebondir sur le thème marin !)

Je n’ai pas besoin de pitié, de grande compassion, d’une pluie d’empathie inactive. J’ai besoin de dignité. Si tu es disponible et que tu as envie de m’aider l’espace d’un instant, j’aurais besoin que tu m’assistes au moment d’installer mes enfants dans la voiture, que tu m’aides à les habiller et à mettre leurs bottes quand je pars de chez toi, que tu viennes jouer avec mes fafouinettes le dimanche après-midi pendant que je fais l’épicerie de la semaine ou que je passe la mope dans la cuisine. J’ai besoin oui de soutien, mais pas de pitié. Des paires de bras proactives, et non des grands yeux esseulés.

[1] Attention, attention ! À ne pas confondre avec un marine tel que nommé en anglais. Il n’est pas soldat, il travaille dans la marine marchande.

 

Veronique Foisy