Ma petite quête

Tu étais mon amie parce que tu étais gentille avec moi. Tu me partageais tes Barbies et ta belle Corvette rose. On s’amusait dans ton sous-sol, on se déguisait avec le vieux linge du garde-robe de cèdre et on riait. On préparait des spectacles interminables qu’on présentait à ta mère, qui y assistait sûrement bien malgré elle, en souriant et en finissant par nous ovationner. Je n’avais même pas remarqué que parfois, tu avais de la misère à attacher le dernier bouton de ton pantalon. J’étais bien trop occupée à m’amuser avec toi.

Puis, à l’école, il y en a un qui a murmuré « la grosse » dans un chuchotement non assumé. J’ai réalisé qu’on était bien différentes ; que les camarades pouvaient être méchants. Toi, c’était ça et moi, eh bien j’étais le champ de fraises. Même si c’est loin derrière, que ça n’a pas été dit très souvent, les souvenirs restent et blessent encore.

S’effacer en se laissant pousser un toupet qu’on traîne devant ses yeux comme un rideau qu’on peut tasser pour entrevoir le monde, baisser la tête le plus souvent possible afin d’éviter de présenter ta fleuraison printanière sur tes joues, attirer le moins de regards possible en étant silencieuse et petite. Je voulais absolument éviter d’être la cible. J’ai passablement réussi.

Puis, le printemps s’est tranquillement tassé de mon visage et j’ai pu attacher mon toupet. J’ai découvert que j’avais de jolis yeux. J’ai cessé d’aplatir mes cheveux au fer à repasser et j’ai accepté ma tignasse frisée. J’ai eu mon premier chum qui m’a trouvée belle.

Me sentir belle et bien dans ma peau est une longue quête. À 25 ans, je défendais la beauté naturelle, je prônais le « accepte‑toi comme tu es » avec mes seins fermes et droits, ayant pour seuls plis dans mon visage mes fossettes. Et que dire de ma chevelure dorée !

À chacun sa propre définition de la beauté, à chacun sa propre quête. Pour ma part, à 37 ans, je n’accepte pas les rides qui décorent mon front. Je compte les rayons de soleil qui entourent mes yeux, et que dire de mon gris chat qu’arborent mes tempes. Je n’ai plus le même discours qu’à 25 ans. Pour me sentir belle et bien dans ma peau, je dois camoufler ce qui me dérange. Je ne juge personne dans ces choix, mais moi, si je pouvais me le permettre, je remplirais les sillons qui se creusent hypocritement sur mon visage à chaque éclat de rire. 

Julie De Pessemier



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