Nos aînés oubliés

Je n’ai pratiquement aucun souvenir de mes grands-pères, aucun de ma grand-mère paternelle. J’ai connu et aimé ma grand-mère maternelle. J’ai souvenir de sa joie de vivre du temps de ma jeunesse. Elle était de ces femmes qui allaient faire la fête et qui utilisaient leur propre maquillage pour nous maquiller lors des fêtes d’Halloween! Elle aimait chanter et avoir des admirateurs devant ses talents.

À vous la décrire ce soir, je me vois un peu en elle. Dans son exubérance, ses rires et ses mille et un projets. Je me rappelle cette fois où je m’étais brisé le poignet. Elle était venue avec moi pour la pose de mon plâtre. Elle avait de ces expressions qu’elle me sortait et que j’utilise à mon tour en souriant maintenant que je suis mère.

À la maison, nous lui disions tous «vous». Cela l’entourait d’une auréole de respect. Jamais il ne m’est même venu à l’esprit de lui témoigner la moindre impertinence.

Elle avait sa spiritualité et un côté enfantin bien à elle. Les années ont passé comme sa santé s’en est allée. Elle a habité en centre, chez une tante puis chez ma mère, où elle a terminé ses jours.

Lorsque nous parlons de nos familles, nous avons tendance à nous limiter aux deux dernières générations. Mais la famille, ce sont des parents, des enfants qui deviennent à leur tour des parents puis… des grands-parents. Nos aînés.

Qu’on se le dise, le temps passe vite, extrêmement vite. Aznavour nous le disait si bien : «Hier encore, j’avais vingt ans…» Je regardais l’actualité ces derniers jours et il est de notoriété que nos aînés n’ont pas tous les soins dont ils ont besoin. Pire, le respect le plus élémentaire qu’ils méritent de recevoir leur fait défaut.

Je ne répèterai pas ici les nombreux manquements dont il est question. À la limite, je n’ai pas l’ultime solution. Les préposés aux bénéficiaires font bien leur possible, voire plus. Ils accomplissent maintes tâches, même s’ils doivent se plier à toutes les obligations et restrictions imposées. Ils ont CHOISI ce travail par dévotion. Pour la majorité, ils y sont dévoués. Que dire des aidants naturels? Ou devrais-je dire nos aidants oubliés?

Nous accusons parfois nos aïeuls d’être froids, distants, colériques, parfois quelque peu capricieux. Mais à leur place… comment réagirions-nous?

Ils ont été ceux qui nous ont conçus, choyés, soignés. Ils ont bâti notre monde à la sueur de leur main. Ils ont traversé bien des épreuves, de la guerre à la Grande Noirceur. La montée de la syndicalisation, la modernisation de l’agriculture. La création de ministères, l’assurance maladie. La crise d’octobre en 1970, celle du pétrole en 1973. Les nombreuses réformes sociales, le féminisme. Les accords politiques non respectés, les référendums et j’en passe.

Qu’ils aient été pour ou contre tous ces changements, ils ont fait plus que leur part. Alors que leurs forces s’effritent, que leurs mains tremblent, maintenant que leur mémoire oublie et que leur corps s’affaisse, que faisons-nous?

Ils sont notre famille. Que pouvons-nous faire en mémoire de leurs réalisations certes, mais surtout en l’honneur du parchemin de leur vie, leur visage sillonné de leurs années? Par respect pour ce qu’ils sont aujourd’hui, prenons soin d’eux! À nous de faire en sorte que les inepties ne soient plus.

Si nous avons tellement de nos jours, c’est en partie grâce à eux. Est-ce tout ce qu’ils ont mérité, cette perte de dignité? Je me le demande. Est-ce tout ce que l’on peut faire pour eux après qu’ils ont tant fait pour nous?

Simplement, Ghislaine

 



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