Dans les yeux du vieux couple

Je me souviens de ce premier regard. On s’était regardé subtilement au départ, puis ce petit coup d’œil s’était intensifié, innocemment. Le destin a voulu qu’on se séduise ensuite et qu’on apprenne à s’aimer. Nous avions tous les deux des petites étincelles dans les yeux. Comme si nous étions envahis par des feux d’artifice.

En s’aimant, on a connu l’autre dans ses bons jours, mais aussi dans les plus difficiles. Être ensemble a été un apprentissage. Soit celui de la tolérance, de l’acceptation, du respect.

Puis, comme tout couple qui s’aime, on a décidé d’habiter ensemble. Je me souviens de notre excitation. Nous avions maintenant un petit nid où loger notre amour.

Et vinrent ensuite les enfants. Les joies de la grossesse, le bonheur de devenir parents. De doux moments qui seront éternellement dans nos mémoires communes. Par moment, les petites étincelles diminuaient d’intensité. On s’oubliait parce qu’on manquait de temps. Nous n’étions plus prioritaires dans l’échelle de la vie. Nous étions des parents…

Je me disais que c’était normal. Que tous les couples avec enfants voyaient leurs papillons s’envoler de temps à autre… Je voyais ça comme un long processus continu dans lequel la logique était la décroissance des « Je t’aime ».

Mais malgré ces sentiments intériorisés, on se parlait. C’était souvent entre deux courses ou deux tâches, mais on le faisait. On prenait le temps de se regarder dans les yeux pendant qu’on communiquait. Et ces petits regards-là, rapides mais sincères, sont ceux qui ont tout changé.

Ils m’ont fait voir la vie différemment. Oui, nous avions évolué. Nous n’étions plus ces jeunes amoureux de seize et dix-sept ans. Mais ce regard était le même. La même profondeur qui m’avait tant plu jadis. Le même bleu qui m’avait fait fondre lors de notre première rencontre.

J’en suis venue à un raisonnement des plus intuitifs : les vieux couples n’ont pas toujours besoin de se dire qu’ils s’aiment. Ils se regardent et se comprennent. Dans tous les regards que nous avions échangés, il y avait des mots. Mais je n’avais pas su les entendre. Et mes petits papillons, ceux qui me donnaient l’impression de s’être envolés, ils ne l’avaient jamais fait. Ils avaient été endormis par toutes mes suppositions.

Mes yeux t’ont dit : « Je t’aime ». Ton regard m’a répondu : « Moi aussi ».

♥♥♥

Kim Racicot

 



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