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Le cœur en courtepointe — Texte : Liza Harkiolakis

Enfant, j’adorais regarder ma grand-mère coudre. J’ai encore un souvenir très clair de ses mai

Enfant, j’adorais regarder ma grand-mère coudre. J’ai encore un souvenir très clair de ses mains vieillissantes et délicates qui passaient le fil à l’endroit puis à l’envers d’un morceau de tissu. Chaque fois qu’elle y piquait son aiguille, ses anneaux de mariage descendaient sur sa jointure, puis ils remontaient quand l’aiguille réapparaissait à la surface. Ses mouvements étaient lents, doux, précis, presque hypnotiques. Elle reprisait des bas, des linges à vaisselle, des rideaux, des couvertures, des vêtements déchirés. Elle faisait partie de ces gens qui réparent les choses au lieu de les jeter.

Quand j’avais neuf ou dix ans, elle m’a appris comment faire. On a commencé par des boutons, puis des coutures droites, des carrés de tissu pliés en deux et des bas de rideaux. Vers l’âge de vingt ans, elle m’a appris comment réparer la manche d’une chemise que j’avais brisée. Elle était un peu défraichie, un peu trop étroite à la taille et fendue du coude à l’épaule. Cette chemise, je l’avais mise aux poubelles et, elle, elle l’avait récupérée. Moi, je faisais partie des gens qui jettent quand c’est abimé.

Elle est montée dans sa chambre de couture, puis elle est redescendue avec trois bobines de fil rose. Elle a choisi la teinte la plus ressemblante, a enfilé une aiguille, fait un premier point puis un deuxième et m’a demandé de continuer. « Toutes les choses utiles méritent d’être réparées. Tu commences par réparer des petites choses, puis des plus grandes et, avec de la pratique, tu sauras réparer n’importe quoi. Ta chemise, ton manteau et peut-être même ton cœur. Ça te prend juste de la volonté, de la patience et du fil assez fort pour faire tenir tes morceaux. »

À cette époque, j’étais bien loin de comprendre que cette chemise, cet après-midi avec elle, allaient influencer le reste de ma vie. Sans le savoir, à partir de ce moment, j’ai commencé à réparer les choses et mon cœur aussi. J’ai appris la patience et la résilience. À chaque peine d’amour, à chaque fois où j’ai senti mon cœur se briser, je l’ai réparé. Quand le fil n’était pas suffisamment solide pour faire la job ou lorsque la blessure était trop profonde, je l’ai patché. Souvent, j’ai dû recoudre le même endroit en repassant une, deux, trois, quatre fois, car toutes les choses utiles méritent d’être réparées.

C’était l’anniversaire du décès de ma grand-mère, il y a quelques jours. J’ai beaucoup pensé à elle. J’ai imaginé toutes les fois où elle avait dû, avec les moyens du bord, se repriser. Je me suis demandé dans quel état était son cœur quand elle est décédée. S’il était solide, si ses coutures avaient tenu le coup, si, au fil du temps et de l’usure, ses patchs s’étaient décolorées. Et je lui ai demandé qu’elle me dise comment on fait pour continuer d’aimer sans retenue et sans peur quand on s’est reprisée si souvent qu’on a fini par avoir, à l’intérieur de soi, une courtepointe en forme de cœur.

Liza Harkiolakis

Dans le silence de ta mémoire ; prisonnière de la maladie — Texte : Maude Pilon-Gauthier

La vérité c’est que j’ai peur. J’ai peur parce que tu t’éloignes de plus en plus. Tu es a

La vérité c’est que j’ai peur. J’ai peur parce que tu t’éloignes de plus en plus. Tu es aspirée dans ce tourbillon sans le vouloir qui crée des trous dans ta mémoire. Personne n’est préparé à ça : la maladie. Ici, dans ton cas, c’est l’Alzheimer.

Je te regarde, avec tes yeux tristes et se vidant de plus en plus de souvenirs. Plusieurs sentiments s’entremêlent en moi : tristesse, colère et incompréhension. Pourquoi toi ? Pourquoi cette maladie ? Terriblement impuissante, parce qu’à mon grand désarroi, rien ne peut changer.

Je te regarde te raconter des histoires, sûrement des bouts de souvenirs en tourbillonnés que tu t’efforces à rapiécer ensemble. Je te regarde impuissante supplier ta mère de venir te chercher dans tes moments de mélancolie. Tu es si triste, si triste et en colère ! Tu te répètes en boucle que tu en as eu de la marde dans ta vie. Tu te souviens sans doute des moments moins glorieux, mais sache que je t’en fais la promesse, tu as eu une « belle vie ». Si seulement tu pouvais te souvenir de tous les moments que nous avons partagés, de nos petites réussites, des étapes importantes de notre vie, de tous nos fous rires échangés et de nos petits sourires complices, de nos soirées pyjama chez toi.

Il t’arrive encore de rire, dans des moments de lucidité où, pour un court moment, nous avons l’impression de te retrouver doucement au travers de ces yeux tristes. Avant, ton regard n’était jamais triste. D’aussi loin que je me souvienne, tu ne te laissais pas abattre facilement et c’est une des choses qui me brise le plus.

Grand-maman, toute ta vie durant, tu t’es occupée de ton mari qui souffrait de cette même maladie. Tu te faisais une mission d’aller le voir quotidiennement. Même quand tu étais fatiguée, même quand il ne se souvenait plus vraiment de toi, tu étais là. Le plus triste dans tout ça, c’est que, lorsque tu étais enfin délivrée de cette charge, c’est toi qui as sombré dans cette triste maladie qui, selon moi, ne devrait pas exister.

La vérité c’est que je ne suis pas prête. Je sais qu’inévitablement, ce moment va arriver : tu ne te souviendras plus de moi, de tes autres petits-enfants, de tes propres enfants. Ce qui me brise le plus le cœur, c’est que sans doute, tu oublieras tes arrière-petits-enfants que tu surnommes « tes petits bébés ». Je ne sais pas comment je ferai pour l’affronter, mais je te promets d’y arriver. Je te promets d’être présente autant que toi tu l’as été pour nous. Je continuerai à te raconter tous nos souvenirs même si tu ne t’en souviendras plus (au fond de moi, j’espère qu’à force de te les raconter, ils reviendront dans ta mémoire). Je me fais la promesse de continuer à te faire rire, à te faire chanter, danser autant que la vie me le permettra. Je te fais la promesse de te tenir la main quand tu en auras besoin et de te soutenir quand tes pauvres jambes prises de ce fardeau auront peine à avancer.

Je t’aime de tout mon cœur,

Ta petite fille

Maude Pilon-Gauthier

Ce que j’aurais fait différemment – Texte: Nathalie Courcy

Entre le moment où le projet Bébé est né officiellement et maint

Entre le moment où le projet Bébé est né officiellement et maintenant, il s’est écoulé un quart de siècle. Les couches sont chose du passé depuis longtemps. Les rush pour faire la tournée maison-garderie-service de garde-école-travail sont (Dieu merci!) terminés. Les responsabilités parentales et les remises en question, elles, continuent. C’est parfait ainsi. 

J’ai beaucoup cheminé dans les dernières années. Me séparer, emménager seule avec mes enfants, puis avec un nouveau conjoint, et aussi m’engager dans des parcours de croissance comme la PNL, ça a changé mes perspectives. 

C’est certain qu’à 25 ans, je ne pouvais avoir le vécu que j’ai maintenant. Je ne pouvais pas comprendre le monde et moi-même de la même façon qu’avec autant d’expériences de vie derrière le chignon. J’ai fait les choses de mon mieux, à ma façon et avec les meilleures intentions du monde. Et ça aussi, c’est parfait ainsi. 

Si la moi de maintenant discutait avec la moi de l’époque, qu’est-ce que je lui proposerais de faire différemment (en sachant qu’elle était bien trop têtue pour m’écouter)?

  • Mettre un peu plus de routine dans le rythme de vie familial, sans être freak. 

Je voulais tellement suivre le rythme de chaque bébé que ça les a peut-être (ou peut-être pas) insécurisés. Je voulais tellement qu’ils apprennent à s’adapter et à profiter du moment qui passe, et pour moi, ça allait à l’encontre de la sieste figée à 10h et à 14h. Je voulais qu’ils apprennent à se connaître et à se fier à leur nature plus qu’aux diktats du Mieux-Vivre. J’aurais gardé beaucoup de souplesse et ma mentalité easy-going, mais j’aurais mis un peu plus de cadre avec tout autant d’amour.

  • Retourner au travail plus tard. 

Quand j’ai eu mon premier enfant, j’étudiais à la maison. J’ai allongé mon programme d’un an, mais j’ai remis mon nez dans mes livres après deux semaines, pendant que ma fille dormait. Elle avait deux mois quand j’ai fait mon examen de thèse, et deux ans au moment de ma soutenance. À ce moment, j’avais la bedaine remplie de mon deuxième enfant (qui est né quelques jours après). Je suis retournée sur le marché du travail quand mes autres enfants avaient moins d’un an. J’aurais dû en profiter plus longtemps malgré l’exigence financière. Ces moments ne reviennent pas. J’aurais voulu aussi leur donner plus de temps pour se développer dans le calme avant de vivre la routine de garderie, les rush matinaux et les parents fatigués de leur journée de travail. 

  • Prendre plus de temps pour moi et pour mon couple. 

Je me suis dévouée, et je me dévoue encore, à mes enfants. J’ai tout lu (pas tant que ça, mais j’ai lu en titi!) sur l’éducation, la psychologie, les activités par projet, les relations humaines. J’ai couru les spécialistes, j’ai participé aux activités scolaires et parascolaires. Je me suis laissé piéger par la croyance que faire garder mes enfants une fois de temps en temps, c’était trop compliqué comparativement au bénéfice retiré. Je me suis épuisée. Le couple s’est éteint. Je ne regrette pas du tout l’attention donnée à mes enfants. Ma présence les a influencés positivement. J’aurais probablement pu arriver à un résultat semblable même en prenant une heure par jour pour être autre chose qu’une mère. Si je l’avais fait, peut-être que je ne subirais pas encore les séquelles de l’épuisement total que j’ai vécu. Peut-être que je n’aurais pas changé autant de perspectives non plus.

  • Enseigner comment vivre les émotions (et l’apprendre moi-même).

J’ai toujours essayé d’exprimer mes émotions et mes idées d’une façon honnête et adéquate. Mais je constate maintenant que les exprimer et les vivre, c’est différent. Je suis en train de déconstruire un modèle de personne uniquement forte pour y ajouter un modèle de personne sensible qui peut même être vulnérable et fragile. J’ai géré mes émotions comme on gère un dossier budgétaire, en faisant attention à ce qui entre et ce qui sort pour que ça balance. J’essaie de montrer un exemple différent maintenant que mes enfants sont plus grands. Ressentir au lieu de gérer, écouter au lieu d’exprimer (tout ça dans l’équilibre, bien sûr). 

Si j’avais fait les choses différemment avec les mêmes enfants, les résultats auraient probablement été différents. Peut-être pires, peut-être mieux. Je me permets ces prises de conscience avec beaucoup de douceur et de bienveillance, envers moi et envers mes enfants. On a tous fait de notre mieux à ce moment-là, et on le fait encore.

Un prochain article s’intitulera «Ce que je n’aurais pas changé»…

Nathalie Courcy

Et puis un jour, nous sommes redevenus deux à Noël ー Texte: Mylène Groleau

Nous avons, mes filles, mon mari et moi, au fil des ans, créé des

Nous avons, mes filles, mon mari et moi, au fil des ans, créé des traditions entourant les festivités de Noël ainsi que pour accueillir les nouvelles années. Ces moments de réjouissances que, désormais, nous contemplons avec de plus en plus de nostalgie. Mais aussi avec la fébrilité d’envisager les futures célébrations auxquelles s’ajouteront, nous le souhaitons, de nouveaux membres à notre famille.

À chaque début de décembre, nous retrouvons ce qui entoure les préparatifs. Passant de la décoration de la maisonnée au menu à planifier. Puis, s’émouvoir de revoir, au creux des boîtes de rangement, des bricolages confectionnés jadis par les petites mains de mes enfants. Des cartes remplies d’amour avec une calligraphie fraîchement apprise. Chacune des décorations qui prennent place dans l’arbre est, pour moi, synonyme d’un souvenir heureux. 

Les réceptions avec la famille, les cousins, les oncles et tantes, papi, mamie et grand-maman partie trop tôt. Le passé qui rejoint le présent. Les rires, les repas copieux. La musique en arrière-plan. Les odeurs de plats sortant du four avec les épices typiquement décembre.

La féérie du père Noël. Ces lettres acheminées directement au Pôle Nord. Les lutins coquins. Les yeux illuminés par autant de magie. Les étoiles dans les yeux des enfants au réveil en découvrant le pied de l’arbre garni de cadeaux. J’ai des souvenirs enfouis en moi.

Et puis…

Puis un jour, mes enfants ont grandi. Ou nous avons vieilli. Les enfants ont cessé de croire peu à peu au père Noël. Pour ma part, mes filles ont rencontré des hommes formidables. Elles ont élargi leurs traditions entourant les fêtes. Mon conjoint et moi avons vu l’inconfort les habiter, chacune à tour de rôle, de ne pas pouvoir être présente certains jours de nos traditions et ça, c’est pleinement correct. 

Petit à petit, elles vont instaurer des traditions qui compteront pour elles. Créer des souvenirs. Leurs souvenirs. Meubler les boîtes de rangement de bricolages et de décorations importantes pour elles.

Nous allons apprécier les moments de plus grande qualité mais en moins grande quantité. Leur présence se gravera dans nos instants les plus précieux. Noël et le Nouvel An se feront plus silencieux, mais nous serons deux. Nos deux cœurs comblés par ces années à courir et à remplir les cases du calendrier des deux semaines de vacances. Dorénavant, nous profiterons de ces moments où mes filles seront toutes avec ceux qu’elles auront choisis.

Et puis, puisque tel est votre désir, nous agrandirons la table pour accueillir de nouveaux petits êtres qui métamorphoseront nos traditions. Revisiter à nouveau cette magie et créer de nouveaux moments.

Bref, malgré les aléas de la vie, et bien que nos enfants se font plus rares aux événements familiaux, malgré nos moments plus tranquilles, il y a aussi ces instants de souvenirs qui nous tiennent en vie. Ces instants qui vous ont vus grandir. Qui nous ont vus vieillir. 

Maintenant, papa et moi profitons de nos souvenirs pour meubler nos soirs de fêtes en sachant que vous êtes bien entourées. Que les traditions que vous instaurez seront aussi importantes que celles que nous avions élaborées. 

Nous ne sommes jamais seuls lorsque nous avons nos souvenirs que vous nous avez permis de créer. 

Merci mes enfants. Merci mon amour.

 

Mylène Groleau

Je ne suis plus la même – Texte: Nathalie Courcy

Mon plus jeune aura dix ans dans deux semaines.  <span st

Mon plus jeune aura dix ans dans deux semaines. 

Si je calcule: 

4 ans de processus en fertilité + mes 4 grossesses + mes 4 accouchements + mes 4 allaitements + ma fausse-couche + les presque 19 ans depuis la naissance de ma fille aînée… on approche du quart de siècle!

Plus de la moitié de ma vie consacrée à mon rêve de famille et à ma famille. 

C’est une pas pire moyenne au bâton!

Une décennie depuis mon dernier accouchement. Que s’est-il passé depuis? 

D’abord, j’ai cessé de rêver d’avoir un autre enfant. Depuis le début de ma vingtaine, mon esprit et mon corps étaient remplis par les mots ovulation, test de grossesse, rendez-vous, bébé, grossesse, enfant, lait, couche, dodo, pleurer, colique, premiers pas, sieste, rot, siège d’auto, vaccins, développement de l’enfant, garderie… Limite obsession. 

Mais mon dernier, je savais que ce serait le dernier. Mon corps avait maintenant peur d’accoucher. Mon sac à désir de grossesse était vidé, j’avais vécu ce que j’avais à vivre. J’étais la mère que je voulais être en termes de nombre d’enfants. Mais en termes de qualité de maman? Hum…

On le sait, les bébés, ça ne vient pas avec un mode d’emploi. En plus de dix-huit ans, j’en ai lu, des livres! J’en ai rencontré, des spécialistes? Pour moi et pour eux. J’en ai compris, des choses! Et je sais encore plus qu’avant que c’est impossible de tout savoir. 

Si la maman que j’étais à l’époque (oui… c’est si loin que ça semble une autre époque… et si vous demandez à mes enfants, ils vous diront en riant que c’était même une autre ère…) avait su tout ce que je sais maintenant, elle aurait été une mère autrement. Et peut-être pas. 

Chose certaine, j’ai agi avec les meilleures intentions du monde. J’ai réagi du mieux que je pouvais avec mon bagage, avec ma fatigue de maman, avec ce que la science nous disait, aussi! On ne parlait pas encore de neuroplasticité, on s’obstinait encore sur l’introduction des céréales… bref, comme à chaque époque, on faisait notre gros possible avec ce qu’on avait. C’est aussi ce que j’ai fait. J’ai agi au feeling, avec mon cœur. Avec tout l’amour que je contiens.  

Je ne suis plus la même dix ans plus tard. J’ai ralenti. Même si beaucoup me trouvent encore speedy. J’ai changé d’emploi deux fois. J’ai réinventé mon modèle familial. Je ne me lève plus dès que les enfants gazouillent dans leur lit. Bon, ils ne gazouillent plus dans leur lit. Et ils n’ont plus besoin de G.O. dès leur réveil. Je cuisine moins, eux cuisinent plus. Je marche moins (j’en ai pris, des marches avec un bébé dans la poussette et un autre dans le porte-bébé!) mais j’aime encore ça. Je ne parle plus à tous les voisins (eux non plus…). C’est vrai qu’un bébé, c’est un sujet de conversation assez passe-partout. Je pleure encore quand je vois des petits pyjamas de bébé. Je ne sens plus le régurgit de bébé (yé!). Je prends mon bain seule. Je fais encore des massages à mes enfants, mais juste quand ils le demandent. 

Je joue moins que quand mes enfants étaient bébés, mais plus que quand ils étaient enfants. Je plante des graines de ludique dans ma vie pour retrouver cette joie de vivre et cette légèreté qu’ils m’ont enseignée. J’ai remplacé certaines responsabilités de parents par des projets de grands. Je lis des livres pour moi, et non pour mes enfants, mais je suis toujours heureuse de lire en famille, tous entassés sur le divan.

Je gère mes émotions autrement, moins intensément, peut-être même que je les gère trop, au lieu de les vivre. C’est ce qui est beau quand on vieillit: on continue d’apprendre. Je suis moins dans l’appréhension de la prochaine crise de terrible two, et quand même pas dans la gestion des crises d’adolescence. J’ai moins d’énergie, mais je dors mieux. Mon niveau d’anxiété fait le chemin inverse, tranquillement pas vite. Mes articulations sont rouillées, je me verrais mal me promener à quatre pattes pour faire le cheval avec un bébé sur le dos. J’ai appris à respirer, mais c’est un work in progress. J’ai moins d’amis. Ceux que j’ai sont là depuis longtemps. Je voyage moins, et je prévois recommencer bientôt puisque ma présence physique n’est plus aussi intensément requise à la maison. Je deviens indépendante au même rythme qu’eux.

Je me connais plus. Je connais moins mes enfants sous toutes leurs coutures même si je les ai tricotés; ils ne sont plus scotchés à moi en tout temps, ils se développent de leur côté tout en revenant s’abreuver de câlins à la source tous les jours. Je les aime autant qu’avant, pour des raisons différentes. 

Avant, je les aimais parce que c’étaient mes enfants. Maintenant, je les aime parce que ce sont des humains magnifiques. Et aussi parce que ce sont mes enfants. 

Je ne suis plus la même qu’il y a dix ans. Je crois que je suis une version améliorée qui continue de cheminer. Watch out dans un autre dix ans!

Nathalie Courcy

Noël dans tes yeux – Texte: Maude Pilon Gauthier

Ça y est, Noël approche... À l’arrivée de cette période, je m

Ça y est, Noël approche… À l’arrivée de cette période, je me sens toujours un peu nostalgique. Je me sens aussi un peu fébrile, c’est comme s’il y avait un peu de magie qui se rallumait en dedans. Sans doute parce que j’ai conservé une partie de mon cœur d’enfant. Tout ça, c’est grâce à toi mon amour, parce que je me souviens quand j’avais ton âge ô combien j’étais impatiente et à quel point la magie de Noël me fascinait avec mes petits yeux d’enfant. 

Cette année, mon trésor, tu vas vivre ton premier vrai Noël.  Parce que tes deux premiers t’ont été enlevés à cause d’une pandémie mondiale.   

 Je te le dis, profites-en, le temps passe vite. Je garde des souvenirs impérissables de mes Noëls d’enfant: se coucher beaucoup trop tard, manger à la table des enfants avec les cousins, se coucher dans les piles de manteaux, danser, chanter, attendre le père Noël dans la fenêtre, grand-papa Gérald nous faisait aussi des petits shooters de crème de menthe, mais chut (ça, il ne faut pas le dire…), déballer nos cadeaux et espérer avoir celui qu’on a attendu toute l’année.  

Cette année, je pourrai vivre Noël dans tes yeux à toi, te voir émerveillée par tant de petites choses, que ce soient les premiers flocons, les décorations de Noël, l’arrivée des lutins et leurs 400 coups. Te voir chanter des chansons de Noël, écouter tous les films de Noël parce que ça te fascine tellement, te voir te poser les grandes questions existentielles, comme: comment le père Noël peut être partout et livrer les cadeaux?   

J’ai hâte de te voir courir avec tes cousins, t’amuser, chanter, danser, rire aux éclats. De voir tout l’amour et la minutie que tu mettras dans tes biscuits pour le père Noël (parce que ça, c’est sacré pour toi).  

J’ai hâte de te voir suivre mes pas, manger avec tes cousins à votre petite table en vous racontant vos histoires.  

Mon amour, c’est ton histoire à toi, écris-la comme tu le veux, crée tes propres souvenirs à toi. Plus tu grandiras, plus tu les chériras. Je pourrai enfin contribuer à la magie de Noël dans ton cœur (comme j’ai tant espéré le faire) et te faire profiter de ces moments si précieux (parce qu’ils le sont, crois-moi).  

Je te souhaite beaucoup de magie, de rires, que ton petit cœur soit plein et que ta tête soit remplie de souvenirs dont tu te souviendras toute ta vie.  

J’ose aussi souhaiter qu’à ton tour, plus tard, tu aies la chance de vivre Noël dans les yeux de tes enfants et que ça te rappelle tes souvenirs d’enfants.  

 

Maude Pilon-Gauthier 

 

À tous ces humains qui me rendent meilleure, merci – Texte : Julie Lévesque

À vous tous que je côtoie fréquemment, merci. Merci de rendre mon quotidien plus doux avec vos so

À vous tous que je côtoie fréquemment, merci. Merci de rendre mon quotidien plus doux avec vos sourires.

À mes parents, mon frère et ma famille qui est toujours présente, pour tout, tout le temps, un infini merci !

Merci à mes ami(es) pour les soupers improvisés de patio, de cuisine, de piscine, de plage, pour les déjeuners au resto qui commencent si bien une journée, pour les sorties de théâtre qui continuent de m’allumer ! Partager la culture, quelle belle activité ! Merci pour toutes ces promenades à jaser de tout et de rien. Partager un verre, un repas et échanger avec vous me fait grandir un peu chaque fois. Le temps passe à une vitesse folle lors de ces précieux moments. Ces discussions, ces minis arrêts dans le temps sont vraiment précieux pour moi. Tous ces moments où l’on se sent JUSTE BIEN ensemble, à notre place et sans jugement, sont réellement formidables ! Pour ceux que je ne vois pas assez, on devrait définitivement y remédier, vous êtes importants. Prenons le temps !

À vous, les deux personnes qui sont loin physiquement de moi mais si proche en pensées, merci de faire que nos retrouvailles soient toujours faciles, naturelles et souvent touchantes. Je pense à vous souvent.

Gens sur mon lieu de travail, il est si bon de partager ma passion pour l’enseignement et pour les ados, avec vous qui me comprenez. On passe beaucoup de temps au travail. Qu’on soit là les uns pour les autres, ça compte énormément. On se voit évoluer et c’est un beau privilège de vous connaître tous, avec vos bons et mauvais côtés qui sont d’ailleurs très divertissants ! Merci de rendre mon arrivée au travail toujours agréable. Merci d’utiliser ces « insides » ou petits regards pour créer chaque fois un petit moment unique et réénergisant pour filer à travers nos journées qui sont toujours un peu, beaucoup folles.

J’ai aussi une pensée pour mes élèves si drôles et attachants. On passe par plein d’émotions ensemble dans une journée, vous êtes de beaux ados qui me font aimer mon travail même dans les journées plus difficiles. Avec vous, j’apprends tous les jours.

Aux femmes que je côtoie, merci de m’inspirer chacune à votre de façon, vous êtes belles et fortes !

Merci à ma fille… qui est une explosion de bonheur à elle seule.

Vous créez tous de petits feux d’artifice à votre façon.

J’avais besoin de vous le dire, j’y pense souvent et la gratitude, c’est important.

Julie Lévesque

 

 

Nous, l’enfant et le temps – Texte : Stéphanie Dumas

C’était le premier jour de mon congé de maternité. On se préparait à accueillir un nouveau me

C’était le premier jour de mon congé de maternité. On se préparait à accueillir un nouveau membre dans la famille. La chambre était prête et tous les petits vêtements étaient soigneusement pliés dans les tiroirs. À ce moment précis, je visualisais les prochains mois et seulement des moments avec ce petit bébé apparaissaient dans mon esprit. Je ne me doutais pas de tous les changements que cette année allait provoquer en moi.

Les trois premiers mois ont représenté une période d’adaptation, nous devions tous nous apprivoiser dans cette nouvelle vie à trois. Il fallait apprendre à se connaître et établir notre routine familiale. Et répondre aux besoins du petit. Mon conjoint et moi devions aussi apprendre à former une équipe dans ce nouveau rôle de parents.

Puis, un certain calme s’est installé. Je me suis posée. L’intensité des premiers mois s’estompant graduellement, mon esprit amenait de nouvelles réflexions sur ma vie.

Moi, jadis très carriériste, je me disais que cette vie ne me convenait peut-être plus. Comme si tout ce qui avait autrefois tant d’importance me paraissait désormais vide de sens.

La vraie vie, elle était ici, avec moi, dans notre petit cocon familial. Comme si le 9 à 5 devenait désormais le pire scénario possible.

Après les huit premiers mois, la fin de cette année semblait arriver beaucoup trop vite. Mes pensées m’amenaient à tenter de trouver un moyen de mettre ma vie en adéquation avec mes nouvelles valeurs et mes nouvelles priorités.

Ces priorités, c’est nous, l’enfant et le temps.

 

Stéphanie Dumas

Quand Bébé disparu fait partie de la famille… (Texte : Valérie Marcoux)

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Zachary fait partie de nos vies. Nous en parlons tous les jours à la maison. J’évoque ma grossesse avec mes proches, je ne veux pas de malaises. Nous sommes fiers de dire que nous avons 3 garçons. Pour nous, il a fait partie de notre vie pendant 37 semaines.

Pour certains qui m’ont peu vue enceinte (merci COVID…) et parce qu’ils n’ont pas connu Zachary, c’est moins concret… ils réalisent moins qu’il a pourtant existé…

Pour d’autres, Zachary fait partie de la famille au même titre que Samuel et Jérémy. Quand ma tante nous a proposé de faire des cabanes d’oiseaux pour chaque petit enfant au chalet, c’était évident pour elle qu’on allait en faire une à Zachary. Ça allait de soi.

Vous dire le bien que ça m’a fait. Je n’ai pas eu besoin de le lui faire penser. Ça ne venait pas de moi. Quelqu’un d’autre l’incluait dans la famille, dans ma famille. Quelqu’un d’autre reconnaissait que je n’avais pas deux, mais bien trois enfants. Sans malaise, pas juste pour me faire plaisir. Parce que c’est comme ça. Point.

Ce fut une activité merveilleuse ! Tabliers, pinceaux, peintures, cabanes en bois… Les enfants étaient heureux et moi aussi ! J’ai peinturé la cabane de Zachary avec les couleurs qui me font penser à lui… Les garçons m’ont aidée. Nous avons écrit son nom. Nous avons parlé de lui. Nous avons ri, jasé. C’était simple, c’était parfait !

Aux proches de par’anges, n’oubliez pas d’inclure le bébé absent lorsque c’est possible. Ce ne sera pas nécessairement triste ou malaisant… Au contraire, ce sera seulement une belle preuve d’amour et de soutien.

Valérie Marcoux

 

Une journée chez Ara Féria! Texte: Caroline Lortie

Samedi dernier, mes trois cocos (3, 9 et 12 ans) ainsi que leur père et moi avons passé une après

Samedi dernier, mes trois cocos (3, 9 et 12 ans) ainsi que leur père et moi avons passé une après-midi extraordinaire!

Invités par le nouveau parc thématique, Ara Féria, à Saint-Calixte dans Lanaudière, nous ne savions pas du tout à quoi nous attendre.

Surprise en arrivant : le stationnement est bondé et plein de familles avec le sourire aux lèvres sortent de l’endroit. Ma plus jeune ayant vu les jeux gonflables de loin avant même d’entrer sur le site, elle était déjà complètement vendue!

À l’entrée, on nous remet nos bracelets ainsi qu’une carte du site. Ouf! On aurait dû arriver plus tôt! Il est vrai que nous avons pris le temps de dîner sur la route, ne sachant pas qu’il y avait un restaurant style casse-croûte dans le parc ainsi qu’un bar!

Je n’énumérerai pas toutes les activités ici puisque je vous laisse la surprise de les découvrir par vous-mêmes, mais juste vous dire que TOUTES les activités sur le site sont gratuites! Des dizaines et des dizaines de jeux gonflables autant pour les minis-minis que pour les jeunes ados, une tyrolienne assez impressionnante, des spectacles de magie, un labyrinthe étourdissant, un terrain de volleyball, un tic-tac-toe version basketball, un miniputt, une piste de go-kart, une aire de cirque, un kiosque d’arc à flèches… et tellement d’autres! Honnêtement, on ne savait plus où donner de la tête… Notre petit 3 heures n’a pas été assez long pour combler tous les désirs d’essayer tous les jeux comme on aurait voulu.

MAIS, notre summum a vraiment été la course extrême… Une jolie balade en forêt dans un sentier balisé, avec des obstacles comme dans l’armée, qui peut être toute douce comme nous avons fait avec notre troizan, mais qui peut aussi être extrême à la course comme l’ont fait nos plus vieux.

D’habitude, nos sorties en famille finissent en chicane… malheureusement… Ceux qui vivent avec des enfants avec un fort caractère savent de quoi je parle… Par contre, samedi dernier, nous sommes sortis les cinq de Ara Feria avec un immense sourire aux lèvres, une belle citrouille décorée, les mains amochées un peu (faut dire que la petite voulait suivre sa grande sœur dans la course…), la tête remplie de beaux souvenirs et un tas de choses à raconter lundi matin à l’école!

Bref, Ara Féria, c’est testé et approuvé par les 3 à 45 ans!

 

Week-ends des 1er et 2 octobre et des 8 et 9 octobre

https://www.ara-feria.com/

Adresse : 50 rue du Lieutenant Ingall, Saint-Calixte, Qc J0K 1Z0

Téléphone : 450 205-1060

 

Caroline Lortie

Ton tourbillon qui me terrorise – Texte: Eva Staire

Je ne suis pas à l’aise avec les mots. J

Je ne suis pas à l’aise avec les mots. J’ai été élevée dans une famille où il fallait sourire tout le temps et avoir l’air heureux. Peu importe que ce soit vrai. Épater la galerie et avoir l’air d’une famille épanouie. J’ai toujours été le mouton noir de la famille, celle qui crie, qui proteste et qui s’oppose, au grand désespoir de mes parents. Mais même si j’ai appris à m’affirmer, je reste tellement maladroite avec les mots… Écrire pour moi, c’est facile. Mais parler de mes sentiments dans la vraie vie, c’est toute autre chose… Je suis maladroite, impulsive et je dis souvent tout haut ce que je pense, sans tourner ma langue avant de parler…

Et je me retrouve aujourd’hui avec un dilemme. Parce que pour une fois, je suis paralysée par la peur et je n’ose pas parler. Je le vois que tu ne vas pas bien. Je te regarde dépérir depuis plusieurs mois et je ne sais pas quoi dire… Tu as perdu tellement de poids que tes joues se creusent et que ton teint faiblit de jour en jour. Mais de nos jours, ça ne se fait pas de parler du corps et du poids des autres. Alors comment je peux te dire que je m’inquiète pour ta santé ? Ta maigreur me fait peur et tu ne te ressembles plus. Je n’ai pas besoin que tu me dises que tu passes tes nuits dehors, à boire et à t’étourdir. Ça paraît dans tes yeux… La fatigue et les cernes ont envahi tes traits. T’as toujours aimé faire le party, mais pas à ce rythme effréné, et là non plus, je ne reconnais plus. J’ai peur que tu te perdes dans ce tourbillon.

Il y a tant de choses que j’aimerais te dire… mais les mots ne savent jamais comment s’organiser quand je suis face à toi. Je t’aime. Tu es important pour moi. Je veux faire partie de ta vie. Et j’ai si peur que tu m’en veuilles si je me mêle de ta vie. J’ai peur que tu te fâches, si je suis la seule à te dire la vérité. Tout le monde semble se taire, de peur de te froisser. Mais j’ai encore plus peur de te perdre que de te brasser…

Peut-être que tu t’es déjà perdu toi-même. Peut-être que tu ne te reconnais même pas dans ces lignes. Peut-être que tu penses que personne n’a rien remarqué. Peut-être que tu t’es même convaincu que tu vas bien, que tout ça est normal. Peut-être que tu continues de sourire, pour convaincre les autres que tu es heureux. Peut-être que tu continues ce manège depuis tellement longtemps que tu t’es presque convaincu toi-même…

Mais qu’est-ce que je suis censée faire ? Te regarder encore t’engouffrer dans ce tourbillon qui semble t’avaler ? Te regarder te noyer sans sauter ? Regarder ailleurs pendant que tu cales au fond ? J’ai peur pour toi. Ton regard trompe peut-être les gens qui te connaissent depuis peu, mais je te connais depuis trop longtemps pour être dupée. Tu n’as pas réussi à me convaincre, avec ton grand sourire figé, tes blagues et ton show. Je le vois dans tes yeux qu’il n’y a plus d’étincelle…

La vérité, c’est qu’on est plusieurs à s’inquiéter. Mais les autres ont appris à se taire et à sourire. Moi, je suis le mouton noir, tu te souviens ? Je suis incapable de me taire et de sourire. Je suis incapable de faire semblant que tout va bien. Je suis incapable de te regarder sombrer sans rien dire. Mais je ne sais pas comment m’y prendre.

J’ai envie de te crier de te réveiller de cette hypnose dans laquelle tu t’es plongée. J’ai envie de venir te cuisiner trois repas par jour, à des heures fixes, pour être certaine que tu manges. J’ai envie de venir te prendre dans mes bras. J’ai envie de vider tout ton alcool dans le lavabo. J’ai envie de rester à tes côtés, pour que tu dormes la nuit. Mais ça ne changerait rien. Parce que ces décisions doivent venir de toi. Et comme on t’a appris à sourire et te taire, je ne suis même pas certaine que tu ressentes toute la détresse que tes yeux hurlent.

J’ai envie que tu manges. Sainement. Avec équilibre. Des bonnes choses, de la scrap, en bonne compagnie et régulièrement. J’ai envie que tu dormes, une vraie nuit chaque nuit. Peut-être aussi que toi, tu n’as pas envie de tout ça… Peut-être que c’est moi qui juge alors que je ne le devrais pas. Peut-être que c’est moi qui dois encore, comme vous tous, apprendre à sourire et me taire.

Mais j’ai peur pour toi. Je suis terrorisée. J’ai peur que tu m’en veuilles terriblement de me mêler de ta vie. J’ai peur que tu penses que je te juge, comme si mes choix de vie valaient mieux que les tiens. J’ai peur que tu me tournes le dos, parce que tu penses bien aller. Mais tu sais de quoi j’ai encore plus peur ? J’ai peur de recevoir un coup de fil demain matin qui m’annonce que tu t’es enlevé la vie parce que tu n’en pouvais plus de sourire. J’ai peur de n’avoir rien dit pour t’en empêcher. J’ai peur de te perdre. Et je ne sais pas par où commencer pour te le dire…

Eva Staire