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Égo-médias

Je ne réinventerai pas la roue en parlant des aspects néfastes des

Je ne réinventerai pas la roue en parlant des aspects néfastes des médias sociaux. Mais en lisant le livre I Hate You. Don’t Leave Me de Jerold J. Krisman et Hal Straus, j’ai eu le goût qu’on parle de communication et d’humains, et oui, de médias sociaux.

Les médias sociaux sont nés en même temps que le millénaire. À ce moment, mes enfants étaient encore à l’état d’ovules célibataires dans mon ventre. Dans mon cœur, ils étaient déjà bien présents. Je les rêvais. Je rêvais qu’ils grandissent dans un milieu ouvert et communicatif comme celui qui m’a vue grandir. Et ouf ! Jusqu’à maintenant, la présence de la communication entre nous est inversement proportionnelle à celle des médias sociaux dans notre maison, ce qui est trrrrrès positif. Les écrans s’interposent parfois, mais c’est rare. Touchons du bois…

Certes, les médias sociaux servent à communiquer. À minuit en cachette des parents, c’est cool. En confinement, c’est pratique. Mais combien de jeunes (et de plus en plus d’adultes) sont encore capables de regarder leur interlocuteur dans les yeux en faisant une phrase complète ? Combien sont devenus incapables d’écrire ou de prononcer correctement les mots qu’ils abrègent en pitonnant ? Tout le monde sait qu’écrire « LOL », ça prend infiniment plus de temps qu’écrire « haha ! » (Je vous épargne la description de mon regard la fois où mon aînée a dit LOL au lieu de rire pour vrai. Elle n’a plus recommencé.)

Combien demandent à leurs parents ou à leurs frères et sœurs « Comment s’est passée ta journée ? », au lieu de seulement afficher sur une page ou dans une story leur quotidien, leurs pensées, leurs critiques de la société, ou encore la photo de leur dernier look ? Combien ont le « tu » sincère quand vient le temps de s’intéresser aux autres ? Combien textent leur mère au lieu d’aller la voir dans la pièce d’à côté ? Des couples le font aussi, je sais… (soupir)

Ok, ok, les médias sociaux incitent à centrer la parole autour du « JE », ce qui peut être positif. Connais-toi toi-même, comme disait l’autre. Mais dire « je-me-moi » ne revient pas à dire « Je me sens… quand… et j’ai besoin de… » Les bases de la communication non violente, ce n’est pas sur Facebook qu’on les apprend… Le « je-me-moi », c’est plutôt (quand utilisé à outrance, bien entendu) une méthode expresse pour faire gonfler le nombril et fondre les liens.

Sur les médias sociaux, nos « amis » sont des connaissances 95 % du temps. Kreisman et Straus parlent de « faux family », de fausse famille. Des faux proches, souvent, qui remplacent la famille traditionnelle, la famille élargie qu’on voisinait, les voisins de quartier à qui on pouvait se fier et la fierté qu’on ressentait d’appartenir à un groupe tissé serré. Je ne sais pas pourquoi, ça me fait penser à la fausse réalité des téléréalités et des influenceurs… Des personnes qu’on voit tellement souvent dans une journée qu’on pense les connaître et qu’on les prend pour modèles absolus.

Que dire de la communauté des « followers » ? En bon français, des « suiveurs »… C’est vraiment ce qu’on veut, être suivi plutôt qu’accompagné ? Suivre plutôt que côtoyer ? Comment fait-on pour approfondir une relation si tout le monde marche en parallèle, à distance virtuelle ? Au moins, le but est commun : gagner la compétition du plus grand nombre de followers… La célébrité et la richesse viennent juste après.

Et que font ces suiveurs ? Ils aiment nos publications à grands coups de Like et d’émoticônes sans mots 😃🥰😎😬. Ça, c’est de l’amour sincère ! Je serais curieuse de savoir combien de followers peuvent dire les mots « je t’aime » en personne, en regardant dans les yeux ou en échangeant un véritable câlin. Nos abonnés nous alimentent en informations sur leur déjeuner végan full santé, le dernier défi malsain à la mode, leur opinion sur la politique américaine ou la coupe de cheveux du prof de maths (ça dépend bien sûr de chaque compte). Même dans les années 80, on parlait de ces sujets (je vous dis, la coiffure des profs n’était pas vraiment mieux que celle du président d’aujourd’hui…) Mais on ne se définissait pas par ce qu’on partageait. C’était de passage et ça ne visait pas 3549 personnes.

Les Like s’ajoutent en quantité au bas de publications instantanées. Vive le moment présent, bien d’accord ! Une belle valeur. Si elle s’ajoute à la conscience du passé et du futur. Qu’en est-il de la capacité à s’enraciner dans un vécu et de se projeter dans un avenir rempli d’espoir ? Où est passée la joie de vivre un moment que pour soi, sans le photographier, sans le commenter, sans attendre qu’on y réagisse ?

L’être humain ne se résume pas à des snapshots arrangés par le gars du nombre de vues. Rien de nouveau sous le soleil, les internautes mettent bien ce qu’ils veulent sur les médias sociaux. Et cachent ce qu’ils veulent. Ils construisent une identité, une image de marque. Il faut se vendre. À quel prix ? Notre valeur marchande diminue au fur et à mesure que chute le nombre de Like et de suiveurs… suivie de près par notre estime personnelle et notre goût de vivre. Ça donne beaucoup de pouvoir à un piton de clavier, n’est‑ce pas ?

Comme le disent les auteurs du livre, l’égo est ce qui motive le plus les internautes à participer aux médias sociaux, puisque ceux-ci contribuent à leur capital social, intellectuel et culturel. Capital sans intérêt, il me semble, s’il n’est pas construit sur une communication humaine réelle.

Des fois, j’aimerais retourner avant les années 2000, et faire CTRL-ALT-DELETE. Sortir du programme sociétal dans lequel on s’est embourbés.

Nathalie Courcy

On y arrive

La vie est souvent remplie de bien des doutes… Je me rappelle ma premièr

La vie est souvent remplie de bien des doutes… Je me rappelle ma première grossesse. Je flattais mon ventre arrondi en faisant tellement de promesses à ce petit être en moi. Je lui promettais qu’un jour, il/elle grandirait dans une grande maison, avec une piscine et un chien. Je lui disais qu’on prendrait le temps de mettre nos vies sur pause pour jouer et rire ensemble. J’affirmais qu’il/elle aurait la chance de vivre une enfance heureuse, avec des parents présents et aimants. Je lui promettais de toujours lui offrir le nécessaire pour combler ses besoins. À l’époque, nous étions un couple d’étudiants qui vivait dans un minuscule appartement et qui n’avait pas un sou en poche…

Puis, les années ont passé. J’aimerais dire que les diplômes se sont accrochés au mur sans effort, mais ce serait un énorme mensonge. Parce qu’obtenir son diplôme quand on est un jeune parent, c’est comme une immense course à obstacles… sur l’Everest… sans équipement… et sans préparation. On est essoufflés, fatigués, et on se demande si on va arriver au sommet. On fait des pauses souvent, on est découragés. Mais on continue d’avancer, même si on manque de souffle et que les poumons nous brûlent. Mais moi, je continuais de faire de belles promesses d’espoir à ce petit être qui grandissait en moi.

Les années ont encore passé. J’aimerais dire que ça a toujours été le bonheur parfait, mais ce serait un autre mensonge. Parce que pour arriver au bonheur, il faut obligatoirement passer par des zones grises, puis très grises, puis parfois noires. Des disputes, des dépressions, beaucoup de pression, des défaites, des échecs… et beaucoup d’apprentissages. L’avantage, quand on met le genou à terre, c’est que lorsqu’on arrive à se relever, on a les jambes plus fortes après. Et plus les jambes sont fortes, plus elles nous permettent d’aller loin.

Et puis, quand les années ont passé, on prend un moment pour regarder où on en est. Malgré les heures supplémentaires, on a réussi à se trouver des emplois qui nous rendent heureux. Et à la fin de la journée, on prend le temps de jouer et de rire ensemble. On prend le temps de voir que derrière la poussière qui s’accumule et les tas de linge qui ne finissent jamais, on a réussi à l’avoir, notre belle maison. On sait bien que malgré les courtes nuits et les longues marches, on a la chance d’avoir un gros toutou et une piscine pour se rafraîchir. On l’a tenue, cette promesse‑là.

Et puis il y a ces moments où j’entends mes enfants rire ensemble. Où l’une de mes filles vient me faire un câlin et me dit : « Je voulais juste te dire que je t’aime. » Où une autre m’offre un dessin de notre famille, où j’aperçois notre maison, le chien, chaque membre de la famille et des cœurs partout autour. Ces moments qui me confirment que nos enfants sont heureux et qu’ils savent à quel point on les aime. Je me dis que cette promesse-là aussi, on l’a tenue.

Et je sais que même si on ne roule pas sur l’or, nos enfants ne manquent de rien. Parce que même si on refuse de répondre à tous leurs petits caprices, on leur offre toujours l’essentiel. Parce qu’on sait en tant que parents, que pour rendre un enfant heureux, il ne faut pas lui donner ce qu’il demande, mais bien plus ce dont il a réellement besoin. Et pour ça, je pense qu’on y arrive.

Malgré le ménage qui est toujours à recommencer, malgré les conflits entre sœurs, malgré les horaires chargés, malgré le train-train de la vie qui va trop vite… je me dis que les promesses que j’ai faites à ce petit être il y a plus de dix ans, je suis arrivée à les tenir. Et je veux me rappeler que même si on trouve ça dur parfois, même si on manque de patience et de beaucoup de sommeil, au fond, on y arrive. Et c’est tout ce qui compte.

Joanie Fournier


Ce qu’est la famille?

Je suis maman de quatre enfants, mais je suis aussi une belle-mère.

Je suis maman de quatre enfants, mais je suis aussi une belle-mère. Notre famille fait partie des milliers de familles recomposées de ce monde. Nous ne sommes pas mises à part de la société. Bien au contraire, c’est un mode de vie de plus en plus reconnu. Tant qu’il y a de l’amour, c’est ça non?

Ce qu’est la famille pour moi?

Peu importe la couleur, l’origine, besoins particuliers ou pas, couple homosexuel, couple bisexuel, que tu aies deux pères, deux mères, une belle-mère, un beau-père, une maman, un papa et une belle-mère, ou que tu sois un parent monoparental, tant qu’il y a de l’amour et du bonheur, c’est ce qui, quant à moi, représente la famille.

Une famille, c’est d’apprendre à devenir parent tous les jours. C’est d’accepter que nos enfants nous soient prêtés et que la vie est tout, sauf éternelle. Nous avons perdu notre petite fille âgée de vingt mois le 12 octobre 2019 d’un accident extrêmement tragique. Son petit cœur a cessé de battre dans nos bras. Nous avions plein de scénarios et tout plein de rêves pour notre Livia. Et d’un coup, le temps s’arrête et tout ceci ne devient que mémoire. Livia est devenue mémoire, j’ai peine à l’imaginer. Ce qui nous reste? Des souvenirs. Aussi vite elle est née, aussi vite elle nous a quittés, si prématurément. Mais la vie de famille ne s’arrête pas. Elle grandit à travers cette épreuve, la famille devient davantage un mouvement d’espoir et d’amour.

La famille, c’est aussi cela malgré tout. Les liens entre nos enfants et nous se sont grandement solidifiés. Nous comprenons tant de choses en si peu de temps. La famille pour moi, c’est de savoir s’accepter, s’aimer et partager autant de bonheur qu’il est possible de le faire. Mais c’est aussi d’accepter les peines et les joies de chacun d’entre nous.

C’est d’apprendre à partager une maison avec tous ses membres d’une famille différente. En tant que belle-mère, c’est de savoir prendre sa place d’apprendre à aimer les enfants d’une relation ancienne. Être un beau-papa, c’est d’ouvrir sa porte à sa femme, mais aussi à ses enfants. C’est aussi d’apprendre à aimer ces petits inconnus qui deviendront des amours inconditionnels à leur tour. Au fond, c’est ça être une famille. Qu’elle soit recomposée ou non. L’amour mène toujours.

C’est ça la famille pour moi :

Aimer – partager – pardonner – accepter – s’ouvrir – apprendre – bonheur – confiance – partage – être coloré – profiter de la vie – une ouverture d’esprit – juste beaucoup d’amour – des activités enrichissantes – des moments de douceur – des moments de joie – des moments de peine – des moments heureux – des moments moins heureux – des rires – des pleurs – des moments doux –

Mais tellement juste de L’AMOUR.

Comment vois-je les choses au niveau d’une communauté?!

Nous résidons à Saint-Samuel, un petit village au Centre-du-Québec.

Je peux vous dire que c’est beau de voir la solidarité entre citoyens. Des rencontres sur la patinoire pour un match improvisé. Les citoyens sont âgés de tous âges, et c’est ce qui est beau. Une diversité. Une acceptation du fait que cette fois‑ci, il ne faut pas être le plus fort, mais bien celui qui va partager la puck de hockey avec un enfant tout jeune, qui apprend tout juste à patiner. C’est d’avoir une ouverture d’esprit envers tout un chacun et non d’avoir un esprit compétitif. Un beau bonjour lorsque l’on se croise au bureau de poste. Parce qu’on va se le dire, nous sommes une petite population et un bonjour se transforme vite en une conversation sur la vie d’aujourd’hui!

C’est de se rencontrer à la bibliothèque. Rencontrer d’autres parents qui vivent la même chose que nous : être un parent. Être « propriétaire » d’une famille!

Je crois que le mouvement de solidarité devrait durer. Je crois que des activités pour regrouper les gens, les vieux, les plus jeunes, c’est réellement de redonner un souffle de vie et d’espoir dans une société. Au fond, tu n’as pas d’âge tant que tu garderas ton cœur d’enfant.

Et si la communauté était tout simplement ça : une famille?!

Une famille n’a pas de sexe. Une famille n’a pas de couleurs. Une famille n’a pas d’origines.

Une famille n’a pas d’orientation sexuelle. Tu peux être qui tu as envie d’être. Tu peux être la famille de tes rêves.

Jessyca Brindle

Tu viendras faire un tour…

J’aime recevoir, j’aime être entourée des gens que j’aime. E

J’aime recevoir, j’aime être entourée des gens que j’aime. Et j’aime beaucoup de gens! Je tiens ça de mes parents. On était très souvent ceux qui rassemblaient famille et amis.

C’est encore le cas aujourd’hui. Je trouve important de rester en contact. Mon père est décédé, mais on continue de voir sa famille. Moins souvent c’est vrai, mais on les aime encore tellement! Une fois par année, on essaie d’organiser quelque chose avec les frères et sœurs de ma grand-mère, même si elle ne reçoit plus vraiment. Il en va de même avec la famille de mon père, au moins une fois par année. Deux, ce serait encore mieux.

90 % du temps, l’invitation vient de nous et presque chaque fois, c’est chez nous que ça se passe. C’est correct. On aime sincèrement recevoir. Et on se dit que tant que les gens répondent à l’appel, c’est que ça leur fait aussi plaisir de nous voir, les autres invités et nous.

Ce qui me dérange, ce n’est pas d’être l’instigatrice des rassemblements ou d’en être l’hôte, ce sont les petits commentaires culpabilisateurs : « Tu viendras me visiter, tu viens pas ben ben », « On se voit pas souvent, hein? C’est plate… », « J’hésite à venir à ton mariage, tu ne m’appelles pas souvent ». Ce genre de commentaires vient TOUJOURS de personnes qui ne font RIEN pour entretenir la relation. Je sais que je n’appelle pas si souvent et n’invite pas toutes les deux semaines, mais au moins, je le fais. Je ne parle pas de la famille immédiate. Je ne parle pas de ma grand-mère. Je ne parle évidemment pas de gens avec des soucis de santé. Je parle de grands-tantes, d’amis de la famille plus éloignée, d’oncles… Je prends la peine de t’appeler. Je trouve important de créer des occasions de se voir, de se rassembler. Je veux que tu partages avec ma famille et moi les moments importants, officiels et moins officiels. Je te fais une place dans ma vie.

Si ces occasions te font plaisir et que tu aimerais en vivre plus, tu peux m’appeler. Tu peux suggérer au lieu de tenter de me faire sentir mal, alors qu’on est justement ensemble parce que j’ai organisé le tout. Si je ne le faisais pas, on ne se côtoierait probablement pas du tout ou seulement aux funérailles.

Je travaille à temps plein, j’ai de jeunes enfants, notre vie est bien remplie. Malgré tout, j’essaie de penser à tous et ça me fait tellement plaisir de voir mon monde et d’en prendre soin. Je ne veux pas de médaille, je n’ai pas besoin d’être félicitée. Je le fais parce que j’en ai envie et personne ne m’y oblige. Mais ça me fait un peu de peine quand la personne retraitée qui a beaucoup de temps et qui est en pleine forme, que j’aime, me fait des reproches à demi mots et tente de me culpabiliser. Elle a plein de temps et ne me fait aucune place volontairement, alors que moi, je lui en fais.

Je sais que certains traits se développent avec l’âge et qu’il y a sûrement plein de raisons logiques à tout cela, mais j’espère me le rappeler quand je serai plus vieille, quand je serai celle qui a du temps. J’espère avoir encore le goût de rassembler les gens. Et si ce n’est pas le cas, j’espère ne pas commencer à culpabiliser ceux qui le font parce qu’ils ne le font pas assez selon mes envies. J’espère que je saurai simplement apprécier ces moments avec ceux que j’aime.

Eva Staire

 

Tu habites avec nous et c’est le plus beau des cadeaux 🎁

Il y a dix ans quand papa est parti subitement (mon papa est décédé d’une crise de cœur en dé

Il y a dix ans quand papa est parti subitement (mon papa est décédé d’une crise de cœur en déjeunant au resto, comme ça, sans prévenir, il est parti).

Ce fut la journée la plus difficile de notre vie… Tout était décousu et irréel.

Les journées ont passé et la douleur, elle, se transformait de jour en jour, mais restait toujours aussi vive.

Le vide qu’a laissé papa était indescriptible, comme s’il nous avait enlevé une partie de nos vies.

On est venus passer le temps chez toi, avec toi… On ne se quittait plus. Te voir souffrir et te voir te retrouver veuve à 50 ans est le spectacle le plus difficile que j’ai eu à regarder. Tu étais jeune, vivante, tellement belle… et tu étais sa femme, celle qu’il aimait et protégeait depuis 35 ans… Il t’avait laissée seule, orpheline, veuve… Tu étais veuve, maman.

Juste penser à papa… m’arrachait le cœur. S’il avait pu, il serait resté. Par-dessus tout, c’est à tes côtés qu’il voulait être, et ce, depuis toujours. Toute la vie, c’était à tes côtés.

Une journée, c’est mon mari à moi qui m’a regardée et m’a dit : « On va prendre ta mère ».

Ça sonnait tellement doux à mon oreille… je n’avais rien demandé. Mais il savait.

Comme papa avait su que c’était le temps pour grand-maman de venir vivre sous notre toit… il n’a pas hésité, sa voix n’était pas incertaine. C’était une évidence.

J’étais tellement heureuse et amoureuse de celui qui me faisait le cadeau de pouvoir annoncer à ma petite maman qu’elle s’en venait vivre avec nous et qu’elle n’aurait plus de soucis.

Depuis… on a déménagé une fois, de maison en maison, on bâtit toujours ton petit nid. Que tu peaufines mieux que quiconque.

Tu es là, en dessous de nous, toujours disponible… pour un café ou un vino.

Pour faire manger mes trois hommes quand je ne suis pas là. Pour aller chercher tes petits‑fils quand je travaille.

Pour faire mon ménage juste comme ça pour m’aider.

Tu es de loin le plus beau des cadeaux.

Ce soir, je t’écris et Phénix, mon bébé, dort avec toi en bas.

Tu étais heureuse quand il t’a dit qu’il voulait rester chez toi pour la nuit.

Ça paraît niaiseux parce que tu habites en bas. Mais chez mamie, c’est chez mamie et c’est spécial.

Mon grand, lui, aime bien venir trouver le calme auprès de toi.

Vous avez des moments bien à vous et moi, j’ai le meilleur des mondes. J’ai toujours la meilleure des associées pour un p’tit souper improvisé, peu importe la journée, avec les meilleures salades en ville en plus, les tiennes!

Tu es toujours souriante et joyeuse. Tu allèges mon cœur nerveux quand c’est le cas et tu calmes souvent les tempêtes de mon homme. Tu es meilleure que moi dans la vie de couple et de famille, tu as l’expérience. C’est parfois tannant de prendre tous tes conseils, car plus souvent qu’autrement, je sais bien que tu as raison.

Tu m’aides à m’accomplir en tant que femme et en tant que maman.

Tu me donnes toujours l’heure juste et ça me réconforte.

Je ne te le dis pas chaque jour, mais je sais que tu sais… que tu sais comme je t’aime et comme nous apprécions ta toute petite personne qui demeure juste en bas. Jamais dérangeante ni bruyante.

Ta présence pour nous depuis les neuf dernières années, c’est inévitablement le plus doux des cadeaux.

Merci à mon homme d’y avoir aussitôt vu toute la beauté, car sans lui, rien de toute cette belle histoire n’aurait été possible! Mais grâce à lui, on se fait notre petite galère avec ma sœur qui est ici comme chez elle et c’est tellement, mais tellement le meilleur des mondes.

Ma vie d’adulte en haut et ma vie de bébé à maman deux pas plus bas!

On t’aime maman!

 

Lisa-Marie St-Pierre

Bel enfant

Bel enfant,

J’aurais voulu n

Bel enfant,

J’aurais voulu n’avoir jamais à t’écrire ces lignes. La vie étant ce qu’elle est, on ne peut tout contrôler, alors je dois le faire. Année après année, à ce temps-ci de l’année, je suis ta marraine.

Marraine d’un enfant que je ne connais pas.

Marraine d’un enfant pour qui Noël résonne différemment.

Marraine d’un enfant comme toi, un enfant de la DPJ.

Je veux que tu saches que même si je ne suis ton père Noël qu’une fois par année, j’y mets tout l’amour du monde. Parce que tu ne mérites que ça, tout l’amour du monde. Dans ta carte, je me fais très discrète dans mes mots parce que je ne veux pas en ajouter au poids que tu portes sur tes épaules depuis déjà trop longtemps. Mais j’ai envie de te dire tellement plus. Tellement, tellement plus.

Je te souhaite de pouvoir avoir une famille. Pas une famille parfaite, ça, ça n’existe pas. Mais seulement une où tu peux rester et être en sécurité.

Je te souhaite de pouvoir retrouver la vie que tu souhaites, celle où on pourrait entendre en écho ton rire d’enfant.

Je te souhaite de l’amour. Une cargaison d’amour.

Je te souhaite une vie douce et heureuse, et aussi que le temps panse tes blessures.

Je te souhaite tout ce que tu veux, au fond…

J’espère que tu arrives à ressentir l’amour qu’il y a derrière ton cadeau. Parce que je te promets qu’il y en a plus que tu le crois. Derrière cette marque d’amour, il y a une famille. Une famille qui te considère comme l’un des leurs. On parcourt les magasins afin de dénicher LE cadeau, celui qui serait susceptible de dessiner sur ton joli visage un sourire. On connaît ton nom et on te dédie une journée magasinage, spécialement pour toi. On parle de toi et année après année, on se dit qu’on aurait bien voulu te rencontrer.

Alors bel enfant, malgré les tempêtes qui font rage sur ton enfance, sache que tu occupes une place importante pour nous. Le matin de Noël, comme chaque année, je prendrai une minute et fermerai mes yeux. Je fermerai mes yeux pour t’imaginer en train de déballer ton cadeau avec nous et j’imaginerai ton rire d’enfant résonnant dans notre salon.

Bel enfant…

Marilyne Lepage

Notre vasectomie

Le rendez-vous pour la vasectomie est prévu le mois prochain.

Le rendez-vous pour la vasectomie est prévu le mois prochain.

On a décidé d’avoir nos enfants quand nous étions encore très jeunes, pour pouvoir profiter d’eux encore plus longtemps. Nous avons eu plusieurs enfants et formé une belle grande famille. Malgré tout, on n’a jamais eu le déclic qui nous confirmait que c’était fini pour nous.

Vous savez, LE déclic… Quand on demandait à nos amis s’ils désiraient d’autres enfants, peu importe qu’ils soient parents de 1, 2, ou 3 enfants, ils nous répondaient sur un ton ferme et assumé : « Ho non! On en a assez, c’est fini les bébés pour nous! ». Et nous, on n’a jamais ressenti ce déclic-là, ce sentiment que nous étions rendus ailleurs…

Mais le temps a passé et l’eau a coulé sous les ponts. Les enfants ont grandi et nous, on a vieilli. Notre aînée aura neuf ans… La plus jeune entre à l’école… et la raison a commencé à prendre le dessus tranquillement…

Le rendez-vous pour la vasectomie est prévu dans deux semaines.

Les enfants sont grands, c’est fini la poussette, la coquille dans l’auto, les couches et les nuits blanches. Les enfants sont de plus en plus autonomes et les matinées de plus en plus tardives. On profite d’une nouvelle liberté. On peut faire des sorties amusantes, des voyages plus longs et plus éloignés…

On prépare les repas en amoureux pendant que les enfants jouent dehors, seuls. On n’a plus besoin de garder un œil constant sur eux, de peur que l’un d’eux déboule les escaliers, avale un raisin-pas-coupé ou décide de tester les prises de courant…

Je vous l’avais dit, la raison prend le dessus… Mon corps ne tolère plus les hormones et les pilules contraceptives, on a donc besoin d’un moyen plus définitif pour assumer notre décision. Je dis ça comme si on avait vraiment pris une décision, et comme si on l’assumait… Ce n’est pas vraiment le cas pourtant. On se range du côté de la raison tranquillement et on fait taire nos cœurs de parents.

Le rendez-vous pour la vasectomie est prévu dans une semaine.

Parce que pour nous, les couches, les nuits blanches, les sorties, la poussette et tout-le-tralala, ce ne sont pas des enjeux réels… Mon cœur de maman rêve encore secrètement d’allaiter, de bercer, de border et de prendre soin d’un petit nous… Mon cœur de maman sonne l’alerte bien fort, mais c’est encore la raison qui prend le dessus…

La société québécoise actuelle n’est pas conçue pour les familles nombreuses… Les enfants ont grandi et nous, on a vieilli. J’ai arrêté de prendre la pilule il y a huit mois et je ne suis pas tombée enceinte depuis… Je pense que la vie se range aussi du côté de la raison. La vie veut peut-être nous faire comprendre que c’est bel et bien fini, pour nous aussi. Et nous, on a toujours fait confiance à la vie. Si quelque chose doit arriver, ça arrivera. Sinon, c’est que ça ne devait pas se produire.

Le rendez-vous pour la vasectomie est prévu demain.

Nos cœurs de parents crient à l’unisson ce soir. Mais la raison a pris le dessus. Il faut qu’on apprenne à faire notre deuil. Je dois faire mon deuil de la grossesse, de l’allaitement, du portage, des berceuses… Ce soir, on laisse nos corps s’unir et la vie décider.

Je suis au travail. L’amour de ma vie est allé à son rendez-vous seul. Il me texte. L’intervention s’est bien déroulée. Il est déjà de retour à la maison. C’est vrai cette fois… C’est fini pour nous aussi. Je le réalise tranquillement et mon cœur fait un gros bond. Je sais que je vais appréhender ce deuil en douceur. Le soir venu, il me prend dans ses bras et je sais que nos cœurs raisonnent encore à l’unisson.

Les jours passent, son corps cicatrise et le deuil commence à se faire… Dans quelques semaines, le spermogramme nous confirmera que tout est bel et bien fini. C’est l’une des décisions les plus difficiles que nous ayons eu à prendre dans nos vies. Une décision où la raison a pris toute la place et où les sentiments ont été mis de côté. Parfois, c’est juste la bonne chose à faire. Ma tête comprend, mais mon cœur est encore en apprentissage…

 

Joanie Fournier

 

Les tranches de vie familiale

En tant que parent, ma vie comprend des tranches de vie familiale. C

En tant que parent, ma vie comprend des tranches de vie familiale. Certaines sont mémorables et méritent d’être filmées pour les conserver. Mais puisque je ne suis pas toujours en train de filmer tout ce qui se passe autour de moi, comment faire pour les conserver? C’est très simple : je prends quelques minutes pour les écrire. Depuis que mes filles sont nées (elles sont maintenant des ados), j’ai écrit des centaines de tranches de vie. Lorsque je les relis, je fais un voyage dans le temps!

J’ai le goût de partager avec vous quelques‑unes de mes tranches de vie les plus savoureuses. Bonne lecture! Et si ça peut vous donner l’envie d’écrire les vôtres pour la postérité, tant mieux!

Comment se servir d’une fête religieuse pour tenter de corrompre mon autorité parentale…

La cadette (8 ans), à propos des œufs en chocolat :

– Papa, je peux en manger un autre?

– Non.

– Ah, papa, juste un autre, s’il te plaît.

– Non.

Come on, papa, c’est Pâques, là!

Comment s’obstiner à écouter les consignes des parents à propos de la tenue vestimentaire appropriée selon la météo…

Un matin vers la fin mai, ma fille de 6 ans s’entête à vouloir mettre un legging et un chandail à manches longues. Je lui dis qu’elle va avoir chaud à l’école, car selon la météo, la journée s’annonce chaude. Elle ne veut rien savoir. Je lui souligne que sa grande sœur (9 ans) a opté pour un t-shirt et des pantalons courts. Rien à faire, son choix vestimentaire est final. J’abdique.

La journée suit son cours.

Durant le souper familial en soirée, je lui demande :

– Et puis ma cocotte, as-tu eu chaud aujourd’hui à l’école?

– Non.

Puis, elle ajoute aussitôt :

– C’est juste que je crevais à cause de la chaleur.

Quand l’apprentissage pour prendre leur douche de manière autonome nous donnait du fil à retordre…

Durée de la douche (prise toute seule, il faut le préciser) :

La cadette (6 ans) : 2 minutes top chrono.

Réaction de papa : – Han? Déjà fini? Ben voyons donc. As-tu utilisé du savon?

L’aînée (8 ans) : 20 minutes et elle n’est pas encore sortie de la douche…

Réaction de papa (qui cogne à la porte de la salle de bain) : – You-hou! As-tu bientôt fini? Le réservoir d’eau chaude est presque vide… On appelle pu ça être propre, on appelle ça être désinfectée! Sors tout de suite!

Quand les douches donnent lieu à des prestations humoristiques…

L’une des rares fois où mes filles ont voulu prendre leur douche ensemble un matin, je les ai entendues jouer à Toc-toc :

(La cadette, 5 ans) – Toc-toc!

(L’aînée, 8 ans) – Qui est là?

(La cadette) – Krak.

(L’aînée) – Krak qui?

(La cadette) – Craque de fesses!

Et là je les entends ricaner en titi…

Même moi, j’étais crampé tellement je la trouvais drôle.

Quand l’apprentissage des fonctions biologiques de base nous fait sourire…

Un beau samedi matin, la cadette (5 ans) m’accompagne lors d’une courte promenade avec Fred, notre Golden Retriever. À un moment donné, elle voit le chien s’accroupir pour faire son besoin et s’exclame « Yark! ». En revenant tranquillement vers la maison, elle me demande :

– Papa, pourquoi Fred fait caca « par là »?

– Qu’est-ce que tu veux dire exactement avec « par là »?

– J’veux dire, pourquoi Fred fait caca par le trou en dessous de sa queue?

Je mords ma lèvre pour ne pas rire.

– Toi ma cocotte, comment fais‑tu caca?

– Moi là, papa, je fais caca par les fesses!

– Oui. Ben, Fred aussi fait caca par les fesses. Et ses fesses à lui, elles sont juste en dessous de sa queue.

– Ah.

Et voilà : premier cours de biologie 101 donné lors d’une promenade avec le chien!

Quand se laver les mains après avoir été à la salle de bain n’est JAMAIS une option…

Je suis assis devant l’ordinateur dans la salle de séjour. J’entends une de mes filles courir dans le corridor. Des petits pas rapides ; c’est la cadette (5 ans). Elle passe en trombe devant la pièce où je suis. Je ne détourne même pas le regard de mon écran. Je l’entends fermer la porte de la salle de bain. Quelques instants plus tard, la porte de la salle de bain s’ouvre. Aussitôt, ma fille repart au galop. Dès qu’elle repasse devant la salle de séjour, je lâche un :

– Stop!

Je l’entends « fourrer les brakes ».

– T’as pas lavé tes mains, lui dis-je.

Surprise, elle rétorque :

– Hein? Tu m’as vue d’où tu es?

En pitonnant sur mon clavier, je lui réponds :

– Oui, je t’ai vue. J’ai des yeux partout, t’sais.

Le silence ne dure qu’une fraction de seconde.

– Non! Il y a juste le père Noël qui a des yeux partout. Pas toi!

Puis, elle repart à courir.

Martin Dugas

Le mouton noir le plus éduqué

Je viens d’une famille modeste. Des parents travaillants et soucie

Je viens d’une famille modeste. Des parents travaillants et soucieux de nous offrir un avenir meilleur. Mes parents ne sont pas restés longtemps sur les bancs d’école. Leur génération n’a pas trop valorisé la poursuite de longues études. Et qu’on se le dise, la pression d’aller sur le marché du travail était forte. Malgré cela, ils m’ont appris l’importance de l’éducation et que l’obtention d’un diplôme pourrait me simplifier la vie. Ils m’ont encouragée comme ils ont pu dans mon cheminement scolaire.

Le temps a passé et j’ai quitté mon petit village pour m’investir dans la grande ville. Je découvrais à quel point le monde pouvait être riche. Oh combien toutes ces nouvelles informations étaient stimulantes pour moi! Poursuivre des études était non seulement une façon de m’assurer un avenir professionnel, mais surtout, j’avais l’impression de devenir quelqu’un. Le savoir est devenu une bouée de sauvetage.

Je suis une personne ordinaire. Je n’ai pas de talent particulier et je ne me démarque pas spécialement. Mais à l’université, je devenais quelqu’un. Pas au sens glamour de la chose, mais plutôt face à moi-même. J’ai rapidement découvert que l’école et la bibliothèque pouvaient m’ouvrir un monde auquel je pouvais m’identifier. Côtoyer des gens qui aiment réfléchir et échanger est vraiment stimulant. J’apprenais une nouvelle façon de percevoir la société et les humains. À mes yeux, je demeurais la même personne, mais avec des connaissances en plus! Sans m’en rendre compte, un nouveau vocabulaire s’est installé. Sournoisement, un écart s’est creusé avec mes proches. On tentait tranquillement de me faire comprendre que la nouvelle version de moi-même commençait à déranger. Ce qu’on m’avait encouragée à faire devenait maintenant une source de rejet.

J’avais vraiment sous-estimé les impacts de mon cheminement académique sur mes relations familiales. C’était comme si, soudainement, j’étais devenue une personne avec qui ils n’avaient plus rien en commun. Les sujets d’actualités ne les intéressaient pas et les conversations d’opinion étaient tout aussi limitées compte tenu des idées arrêtées.

Tranquillement, on commençait à me glisser des phrases du genre : ah, on sait ben toi avec de grands mots compliqués…. Ah, écoute donc parler l’autre qui est allée à l’université… Bon, toi avec tes grandes théories…On avait décidé que j’étais une personne hautaine, qui se prenait pour une autre. On m’accusait de faire chier avec mes diplômes. Diplômes qui, étrangement, m’amenaient à travailler auprès des plus démunis. Eh ben! C’était tellement incohérent pour moi! Je souhaitais simplement jaser de mes journées avec les membres de ma famille. Et peut-être les faire bénéficier de mes connaissances, au même titre qu’on demanderait conseil à son beau-frère mécanicien.

Après plusieurs années à m’entêter et à essayer différentes approches, j’ai dû faire un choix. Cette situation prenait trop de place. Sans vivre de conflit ouvert, je sentais qu’un malaise planait et j’évitais les contacts. Avoir une bonne relation avec les membres de ma famille fait partie de mes valeurs les plus chères, mais je devais me fixer une limite personnelle.

La fille nerd qui aime les bibliothèques et qui s’implique dans des causes féministes devait se faire plus discrète. Sans nier qui je suis. Pour y arriver, j’ai surfé jusqu’à ce que je trouve l’équilibre entre mon identité et mes relations familiales. Cela n’a pas été sans défis. La preuve, mon nom ne se retrouve pas au bas de ce texte. Simplement parce que cela n’apporterait rien de mieux à ce que nous vivons.

L’effort de réflexion a été pour nous la façon de nous concentrer sur l’amour que nous avons les uns envers les autres. Garder nos liens simples, prendre soin les uns des autres et passer du temps de qualité ensemble.

Eva Staire

Deuxième grossesse : quand la culpabilité fait place à l’amour

Mon bébé, mon deuxième petit trésor, je te porte depuis plus de

Mon bébé, mon deuxième petit trésor, je te porte depuis plus de 230 jours. Il nous reste encore quelques semaines à partager l’espace de mon corps et ensuite, tu seras parmi nous. Cette deuxième grossesse, elle est bien différente de la première. Comme lorsque je portais ton frère, je me sens bien, je suis en santé et toi aussi. Par contre, pour ton frère, je devais m’occuper que de ma bedaine.

Je connaissais tout ce qui se passait pour lui et pour moi à chaque semaine de grossesse qui passait. Les ongles qui poussent, l’ouïe qui se développe, la peau qui s’épaissit. Chaque semaine, je lisais religieusement à quel stade ton bébé frère était rendu. Pour toi des fois, on me demande le nombre de semaines de ma grossesse et je dois y réfléchir. Parfois, je me mélange même d’une ou deux semaines avant de me rectifier. Jamais je n’aurais cru cela possible.

Quand ton frère est arrivé au creux de mon ventre, je pensais à sa place dans notre famille. Il avait toute mon attention, toutes mes pensées ou presque. Cette fois, avec toi, j’étais plus inquiète de ne pas arriver à te faire une place, de manquer de temps, de manquer d’énergie. Je me suis sentie coupable de ça, j’espérais que tu ne te sentais pas rejeté.

Puis, un jour, l’une des sages-femmes qui assurent notre suivi m’a dit : « Au fond, cette grossesse‑là est plus normale. » Elle ne le disait pas de manière péjorative, mais me faisait plutôt valoir que c’est peut-être tout le surinvestissement de la première grossesse qui est hors norme. Ça m’a apaisée. C’est vrai, au fond, que la vie continue même si tu es dans mon ventre. Je ne suis pas moins attachée à toi, j’ai simplement d’autres obligations qui seront encore là à ton arrivée.

Le temps ne s’arrêtera pas, ton frère va continuer sa routine et notre famille aussi ; au fond, c’est ce qui est beau. Notre famille, elle existe déjà et tu vas la rejoindre. Ta place y est déjà faite. Je me dis aussi que tu auras droit à une maman beaucoup plus détendue. Avec ton frère, j’ai tout appris, tout remis en question et je me suis tellement donnée à fond dans mon rôle de mère que j’ai failli m’épuiser.

J’avais l’impression que chaque action, chaque décision pouvait marquer sa vie à jamais. Comme si tout devenait plus gros, plus important. Avec toi, je sais le beau chaos qui s’en vient, je sais que tout passe, le bon comme le mauvais, et je sais que je suis une maman suffisamment bonne. Ça, tu vois, c’est un avantage que ton frère n’a pas connu tout de suite. J’ai appris avec lui et tu pourras en bénéficier.

Même chose pour ta venue au monde. Avec ton frère, je ne savais pas si je fabulais, si mes souhaits étaient réalistes ou naïfs. Maintenant, je sais que c’est possible. Je sais que je suis capable d’accoucher chez moi, dans le calme et l’amour. Je sais que je peux faire confiance à mon corps et je connais le chemin que nous aurons à traverser ensemble pour que tu puisses venir au monde. Il reste encore des surprises évidemment! À chaque bébé son histoire, mais je n’ai pas peur et ça aussi, tu dois le sentir.

C’est vrai, j’ai dû me forcer pour avoir des petits rituels avec toi, prendre le temps de prendre le temps, mais je ne me sens pas moins attachée à toi pour autant. J’ai compris qu’une fois de plus, la vie m’enseignait à ralentir, à changer de rythme et à prendre conscience de mes priorités, de mon temps et de ce que j’en fais. Un bel enseignement que tu m’apportes, comme un cadeau.

Mon bébé, j’apprends à te connaître par tes mouvements et tes réactions intra-utérines. Je t’imagine, je t’espère, je te fais confiance. Un petit bébé tout doux et curieux qui s’étire doucement dans mon ventre. Un petit bébé qui interagit déjà beaucoup avec les mains qui le touchent, surtout celles de ton frère et de ton père.

Bref, je te porte avec bonheur tout près de mon cœur en espérant que tu ressens tout l’amour que j’ai pour toi malgré le tourbillon de la vie. Prends toute la place qui te revient, viens bousculer notre routine, nous en apprendre encore plus sur nous. Nous sommes prêts et quand le moment sera venu, nous t’accueillerons avec tout l’amour que tu mérites.

Roxane Larocque

La famille, c’est sacré-ment lourd parfois!

Vous sav

Vous savez, nous naissons parmi des gens que nous n’avons pas choisis. Parfois, c’est pour le mieux et d’autres fois, c’est pour le pire. Il y a ces obligations que l’on s’impose bien souvent parce que « la famille, c’est sacrée ». Mais j’ai comme principe dans la vie que la liberté des uns se termine là où la liberté des autres commence.

 

Être de la même famille n’excuse pas tout. Au CONTRAIRE… car la famille devrait être composée de gens qui nous ont vus grandir, qui nous ont vus rire, pleurer et qui devraient nous connaître mieux que quiconque. Ils devraient être ceux qui acceptent nos défauts et élèvent nos qualités. Ils devraient nous aimer. INCONDITIONNELLEMENT. POINT!

J’entends, je lis des histoires de familles qui m’attristent bien souvent. J’ai moi-même quelques cicatrices incompréhensibles. Les actions de certaines personnes m’ont blessée profondément. Le pire, c’est ce vide qu’elles laissent derrière elles. J’ai moi-même pris certaines décisions, peut-être pas toujours les meilleures, mais celles que je CROYAIS justes. Surtout, ce sont des décisions qui m’ont beaucoup demandé, mais qui m’ont libérée d’un poids que je n’avais pas choisi.

 

Parfois, en coupant les ponts avec certains, nous nous coupons involontairement d’autres personnes qui nous manquent. Parfois, en retrouvant certaines personnes, d’autres ne l’acceptent pas. Il y a des sentiments de toutes parts. Des bons, des mauvais, des compréhensibles et des loufoques.

 

Nous ne choisissons pas notre famille, elle vient avec notre naissance. Mais nous avons bien d’autres choix au cours de notre vie : celui, par exemple, d’accepter ceci ou cela, ou de ne pas l’accepter.

 

Les obligations familiales ne sont pas toujours saines. Être de la même famille ne permet pas n’importe quoi au nom de la fratrie et des liens de sang. J’ai en moi des vides familiaux, certes. Certains ne se rempliront jamais. D’autres ont été causés par mes propres choix. J’apprends à vivre avec. J’ai choisi de ne pas laisser le venin m’envahir. Malgré certaines amertumes, je continue à penser et à constater que certaines coupures que j’ai faites sont pour le mieux.

 

Pour moi, pour mes enfants. Comment accepter d’être blessée par un membre de la famille pour ne pas couper mes enfants de gens qui ne me respectent pas? Quel message leur enseignerais-je en laissant ses gens, ceux qui devraient être si importants, me bafouer?

 

J’ai dit « Assez! »

 

Ma famille n’est pas toujours celle qui partage mon sang et mes gènes. Ma famille aujourd’hui est formée de personnes qui m’aiment comme je suis, avec tout ce que cela implique. Avec mes peurs, mes incertitudes, avec mes folies et mon caractère en temps normal exubérant. Avec mes opinions que j’essaie d’avoir ouvertes et respectueuses. Je ne réussis pas toujours. Je suis PARFAITEMENT IMPARFAITE.

 

Mais. Je ME suis choisie. Enfin.

 

Ma famille est formée de ceux qui atteignent mon cœur positivement et avec une réelle affection, sans obligations.

 

– Simplement Ghislaine