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Je suis une victime. Texte : Arianne Bouchard

C’est comme ça que le système m’appelle. En vrai, je me considère plus comme une survivante,

C’est comme ça que le système m’appelle. En vrai, je me considère plus comme une survivante, parce que c’est ça, j’ai survécu.

J’ai survécu à ses mains robustes, chaudes et rêches sur ma peau. J’ai survécu à toutes ses insultes et à toutes les fois où il me traitait de moins que rien. J’ai survécu à toutes les fois où il m’a fait sentir comme un objet, en me regardant comme un chien baveux devant un steak saignant. J’ai survécu à toutes les fois où il a voulu me faire du mal en s’en prenant à ma famille. Oui, j’ai survécu.

À un certain point, il a failli réussir à me briser. Tellement de fois j’ai souhaité mourir. Tellement de fois j’ai essayé de trouver le courage pour mettre fin à toutes mes souffrances. Tellement de fois j’ai crié à l’aide pour n’entendre que l’écho de ma propre voix. Tellement de fois, j’ai ravalé mes doutes, séché mes larmes et pris mon courage à deux mains pour continuer d’avancer et me battre malgré mon envie d’en finir.

Et maintenant plus encore, j’ai trouvé la force de tourner la page. J’ai donc pris mon courage à deux mains et j’ai porté plainte, contre mon bourreau, ce monstre sans pitié qui m’a tellement pris. Il pensait peut-être m’avoir tout pris, mais il y avait encore en moi les braises ardentes de ma force de caractère, qui m’ont permis de survivre tout ce temps.

Et quand j’ai porté plainte, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas vraiment tourner la page finalement. Le système n’est pas là pour nous aider à aller mieux. Le système n’est pas fait pour les victimes. En fait, les victimes n’ont pas grand rôle au bout du compte, puisque c’est la « Reine » qui poursuit directement et non elles-mêmes. Elles sont seulement la « preuve » que l’accusé est, oui ou non, coupable.

Et puis quand je dis que le système n’est pas en faveur des victimes, c’est aussi parce qu’elles ne choisissent pas leurs alliés. Encore une fois, on choisit pour elles. L’avocat, aussi compétent soit-il, leur est attribué. Elles ne les choisissent pas. Alors, encore une fois, l’accusé part en force avec les meilleurs outils, car lui, il a le pouvoir de choisir. Je trouve que c’est un manque de considération incroyable, à ce stade, d’encore vouloir choisir pour elles. Parce que la plainte, à la base, c’est pour dénoncer justement un vice de consentement, pour un choix qu’elles n’ont pas eu l’opportunité de faire.

De plus, le procès, s’il y en a un au bout du compte, doit se faire dans le district judiciaire où ont eu lieu les évènements. En ce genre de circonstances, on pourrait s’attendre à un minimum de considération pour les victimes, en leur laissant le choix de porter plainte chez elles, avec tous leurs repères, mais non. Si les évènements ont eu lieu à un endroit du passé, il faudra qu’elles prennent leur courage à deux mains pour y faire face, si vraiment, elles souhaitent poursuivre.

L’accusé à la chance d’avoir la présomption d’innocence de son côté, alors que nous, victimes, n’avons pas le droit à la présomption de vérité. Tout ce que l’on dit pourra être retenu contre nous dans le cadre d’un procès. Finalement, c’est comme si on faisait le procès des victimes, puisqu’on reprend toutes leurs dépositions, on les morcelle et on cherche à trouver les failles de leurs témoignages qui pourraient démanteler toute l’accusation. Comme victime, on a l’impression de marcher sur des œufs, tout ce qu’on dit et même tout ce qu’on ne dit pas peut servir à innocenter les monstres de nos cauchemars. Parce que sans trousse de viol, sans preuve matérielle, tout ce qui constitue la preuve, ce sont les témoignages et les preuves circonstancielles. Un fardeau difficile à prouver pour l’accusation.

À certaines étapes du processus, on a l’impression que c’est une vendetta contre les victimes elles-mêmes. Comme si tout le monde se braquait contre elles, pour les faire craquer. À tellement de reprises le système les pousse au bord du gouffre de l’abandon. C’est comme si on accusait les victimes de mentir. C’est comme un double traumatisme. Déjà que leur corps entier et chaque fibre de leur être essaient de les convaincre que ce n’est pas arrivé, que c’est juste un cauchemar… on ne les croit pas.

Et puis il y a aussi le manque de délicatesse de notre système. Je comprends que certaines questions doivent être posées pour établir les faits, mais ce que je ne comprends pas, c’est le raisonnement de certains quand il s’agit de les poser. « As-tu joui ? » NON. On ne va pas là. Et puis même si les victimes avaient, par accident, joui, on n’est plus au Moyen Âge, on le sait que c’est une réaction biologique du corps, qui n’est pas toujours synonyme de plaisir, d’excitation et surtout pas de consentement. Voilà encore une question pour essayer de déstabiliser les victimes, les faire douter d’elles-mêmes et les faire se sentir plus sales qu’elles ne se sentent déjà.

Ensuite, il faut qu’on parle des ressources, parce que bien honnêtement, je pense que notre système, encore une fois, est problématique. Pour recevoir de l’aide, il y a tellement de formulaires à compléter… Laissez-moi vous dire que dans l’état comateux dans lequel se trouvent certaines victimes suite à leur agression, remplir des formulaires, c’est parfois trop demander. Pourrait-on trouver un moyen de faciliter l’accès aux services d’aide sans passer par les douze travaux d’Astérix ?

Et le pire dans tout cela, le plus gros problème selon moi, c’est vraiment une question de délai. Pourquoi est-ce que ce doit être aussi long ? Pourquoi est-ce que les procédures peuvent prendre des années ? Pourquoi est-ce que comme victimes, on nous refuse ce droit légitime de tourner la page ?

Je n’ai hélas aucune réponse à ces questions, mais j’espère que dans l’avenir, le système sera fait en considération des victimes, en arrêtant de les victimiser, pour les aider à réaliser qu’elles ne sont pas des victimes, mais des survivantes.

Arianne Bouchard

Oui, ta mère va mourir – Texte : Kim Boisvert

J’aimerais ça te dire, ma belle grande brune aux cheveux sexy et

J’aimerais ça te dire, ma belle grande brune aux cheveux sexy et aux jambes longues comme l’hiver, que l’aventure qui commence pour toi va être le fun, sereine et pas si difficile que ça. Attache-toi bien, ce que je vais te dire sera pas doux.

Tu m’as écrit un courriel pour me dire que pour ta maman, les médecins avaient abandonné. C’est officiel, ils la laissent dériver dans une rivière qui bouge un peu trop à ton goût. Probablement à son goût à elle aussi. Au mien aussi, by the way. Ça m’attriste et en écrivant ces quelques lignes, je me rends compte que ça t’aidera peut-être pas tant que ça pour te réconforter, mais je mise sur le fait que tu me connais, tu sais que je vais pas t’écrire une belle chanson d’amour avec plein de rimettes pour te dire que la vie à venir va être chouette. Ça aura au moins le mérite d’être différent que ce que 90 % des gens vont te dire dans les prochains jours, mois, semaines. Plus difficile, mais pas vide.

Ta mère va mourir. C’est tough à lire, tu trouves ? Attends de le vivre. Moi, je n’ai pas eu la chance que t’as d’être proche de ma mère. En fait, c’est peut-être plus une chance pour moi, finalement. Bref, j’avais envie de te raconter des vérités.

— Elle va mourir. On ne sait pas quand. Alors, arrête de penser que ce sera demain. Parce que tout le temps que tu passes à attendre sa mort, tu oublies de vivre ta vie à toi. Ce serait bête que le cancer te gruge ta vie à toi aussi, tu ne trouves pas ?

— Elle aura certainement besoin que tu sois forte pendant les derniers jours. Mais t’as le droit de craquer. T’as ben beau avoir le cul tight, des beaux enfants, une belle carrière pis une superbe personnalité, calme-toi, t’es pas Wonder Woman. Pleure, crie, varge, mais sors ce qui te blesse. Accepte ta peine. Vis ta peine. Dis-le que t’as de la peine. Fais pas comme si t’en avais pas. Je ne te croirais pas.

— Tu vas te sentir impuissante. Y’a rien à faire, fais-toi à l’idée. Mais t’es juste impuissante face à sa maladie. T’as le pouvoir sur tout le reste. Comment tu vas réagir face aux prochains jours, semaines, mois et années. T’as le pouvoir de décider de vouloir profiter de chaque moment. T’as le pouvoir de lui dire tout ce que tu lui as jamais dit. T’as le pouvoir de décider de la faire rire le plus longtemps possible. T’as le pouvoir de continuer ta vie. T’as le pouvoir. Prends-le.

Ma belle grande brune au sourire éclatant, ça ne sera pas drôle. Mais ce qui est génial, c’est que t’as encore du temps, une famille, des souvenirs à chérir. T’es riche d’amour. Demande-lui de t’écrire ses recettes préférées, des recettes de ton enfance. Elle vivra alors gaiement dans tes chaudrons. Demande-lui de t’écrire une lettre que tu ouvriras à tes 40 ans. Payez-vous un shooting photo professionnel en famille pour célébrer la vie, et non vos souvenirs de la maladie. Demande-lui si elle a peur et écoute-la. Demande-lui qu’elle te dise trois choses qu’elle regrette de ne pas avoir faites dans sa vie et si vous n’avez pas assez de tours au compteur de lousses pour réussir à les faire avant son grand départ, fais-les plus tard, pour elle, pour vous.

C’est là, alors que tu sais que tu ne peux rien contrôler, que tu dois tout faire pour être en paix avec ce qui arrive.

C’est là, alors que je sais que je ne peux rien faire pour t’aider, que j’ai écrit quelques lignes pour te montrer mon soutien.

Parce que quand j’ai perdu ma mère, j’aurais préféré avoir le vrai et le laid.

Kim Boisvert

Est-ce que le père Noël existe ?

Ce Noël restera à jamais gravé dans nos mémoires. Il aura été

Ce Noël restera à jamais gravé dans nos mémoires. Il aura été le dernier Noël magique de ma grande fille. J’aurais aimé qu’elle veuille y croire encore un peu… J’aurais voulu qu’elle ne pose pas tout de suite LA question… J’aurais préféré ne pas avoir à y répondre…

Cette année, ça m’a vraiment prise de court. Pourtant, j’aurais dû m’en douter. Les questionnements étaient commencés. Le mois passé, dans la voiture, elle a demandé, tout haut, si le père Noël existait. Elle a expliqué que les autres enfants à l’école lui avaient raconté qu’il n’existait pas. Ses deux petites sœurs l’écoutaient attentivement ce jour‑là dans la voiture… J’ai refusé de briser la magie. Je lui ai retourné la question, en lui demandant ce qu’elle en pensait. Elle m’a alors répondu qu’elle voulait vraiment qu’il existe. Et moi, je lui ai dit que c’était tout ce qui comptait.

Puis elle a reposé la question. Et encore une autre fois, je lui ai retourné la question, chaque fois, pour voir où elle en était dans sa réflexion. Un matin, elle est entrée dans ma chambre en pleurs. Ses petites sœurs parlaient des cadeaux qui arriveraient comme par magie sous le sapin. Mais pas elle. Plus maintenant. Elle m’a donc rejointe dans ma chambre. Et dans la plus grande intimité, elle m’a suppliée de lui dire la vérité. Ce sont ses mots… « Maman, je t’en supplie. Il faut que je sache la vérité. La vraie vérité. Est-ce que le père Noël existe? » Le temps était venu.

Dans mon cœur, je n’étais pas prête. Tellement pas prête. Mais ses grands yeux mouillés et sa sincérité m’ont bien forcée à lui révéler la vérité. Je lui ai dit qu’en fait, il n’existait pas qu’un seul père Noël. Je lui ai expliqué que nous étions tous le père Noël de quelqu’un. Et je savais que mes mots seraient les bons à ce moment-là : « On est tous le père Noël de quelqu’un. C’est vrai qu’il n’existe pas un vieil homme habillé en rouge qui apporte des cadeaux aux enfants. Mais c’est aussi vrai que tous les parents, le soir le Noël, offrent quelque chose à leurs enfants pour les rendre heureux. Parce qu’on est tous le père Noël de quelqu’un. Papa et moi, on offre des cadeaux à tes sœurs et toi, mais on vous offre aussi de la magie et du bonheur. Papi et Mamie aussi vous offrent quelque chose dans le seul but de vous rendre heureux, chaque année. Et maintenant que tu connais la vérité, c’est ton tour d’être le père Noël de quelqu’un. Tu peux jouer la magie avec tes petites sœurs. Tu peux offrir des cadeaux aux gens autour de toi, juste pour les remercier d’être dans ta vie. C’est ça, être un père Noël. »

Même si je savais que j’agissais bien en lui disant la vérité, mon cœur était serré et mes yeux embrouillés. Elle m’a regardée. Ses larmes coulaient sur ses joues. Elle est venue se blottir contre moi et a chuchoté : « Je pense que je ne voulais pas vraiment savoir la vérité… » Mon cœur s’est serré encore plus. Elle avait de la peine. De la vraie peine. Et moi aussi. Mais il n’y avait plus de retour en arrière. Les mots étaient prononcés. Nous sommes restées dans les bras l’une de l’autre quelques instants. Sa magie venait de s’éteindre pour la première fois. Elle avait un deuil à faire. Et je voyais ma grande fille perdre une petite étincelle de naïveté dans ses yeux. J’avais aussi un deuil à faire.

Nous sommes redescendues pour rejoindre toute la famille près du sapin. Ses petites sœurs se sont élancées vers elle pour lui parler des cadeaux du père Noël. Elle m’a lancé un regard complice et a joué le jeu. Je pense qu’elle a senti le bombardement de bonheur que ça apportait dans la maison. Je pense qu’elle a compris à quel point c’était important pour ses petites sœurs, autant que ça avait pu l’être pour elle. Et quand sa Mamie lui a offert un cadeau venant du père Noël, elle l’a remerciée sincèrement et tout simplement. Elle n’a rien dit de plus. Elle a encore joué le jeu. Je pense qu’elle a aussi compris à quel point les adultes aiment faire vivre cette magie aux enfants.

Ma grande fille a huit ans. Elle sait maintenant que Le père Noël n’existe pas. L’an prochain, elle pourra m’aider à créer de la magie pour ses petites sœurs, ses cousins et ses cousines.

Si je peux me permettre de vous donner un conseil, faites durer la magie. Le plus longtemps possible. Car quand ce jour viendra où il faudra dire la vérité, sachez que le deuil n’est pas facile à faire… même pour les parents. Sur ce, la fée des dents a une job à aller faire…

Joanie Fournier

 

Maman, je peux faire une recherche Google sur le père Noël?

En voyant ma réaction, mon garçon de neuf ans s’empresse d’ajo

En voyant ma réaction, mon garçon de neuf ans s’empresse d’ajouter : « Maman, ne dis rien, ne le dis pas. C’est sûr que je viens de trouver la réponse à la question que tous les enfants du monde se posent. » Ses beaux grands yeux verts brillent d’une lueur d’amusement. Je peux y lire la fierté d’avoir traversé dans le monde des grands, ceux qui ne croient plus à ces histoires cousues de fils blancs, ceux qui alimentent la magie au lieu de seulement la vivre. J’avais peur qu’il se fâche, qu’il me reproche de lui avoir menti. Mais il ne semble pas m’en vouloir. Heureusement parce que j’ai l’impression de marcher sur la corde raide avec l’honnêteté depuis notre déménagement en Italie.

Je suis habituellement un vrai livre ouvert. Avec tout le monde : ma famille, mes amis, des inconnus que je rencontre pour la première fois… J’ai besoin de me raconter et je veux entendre votre histoire. La vraie, là! Pas la version « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. » Celle-là, je la trouve plate sans bon sens! J’ai passé les quinze premières années de ma vie à essayer d’étouffer ce qui bouillonnait en moi pour plaire à tout le monde et ça ne m’a rien apporté de bon. Maintenant, c’est all in que je joue ma partie.

Évidemment, ça influence mon style parental. Mon premier réflexe est toujours de dire la vérité à mes enfants. Si je décide de leur cacher quelque chose, c’est parce que j’y ai réfléchi sérieusement. Je peux me tromper parfois (souvent!) Je fonctionne par essais et erreurs comme la majorité des parents (en tout cas, je me méfie de ceux qui prétendent qu’il existe une méthode infaillible).

Donc chez nous, on n’est pas parfaits, mais on est vrais. Et si on parle de la mort, eh bien, on n’invente pas de belle fable spécialement pour les enfants. On leur partage nos propres croyances et on ramène vite le sujet à celui de la vie. Oui, la mort c’est plate. Oui, on va tous mourir un jour. Mais il ne faut surtout pas la cacher parce que c’est exactement cette fragilité, cette non-éternité, qui rend la vie si précieuse.

Et si on parle de sexualité, on essaie d’être aussi transparents que possible. On adapte les détails à l’âge des enfants, bien sûr. Mais il n’y aura jamais d’histoires à déconstruire. Quelle meilleure protection contre les abus sexuels que de connaître les bons mots pour identifier toutes les parties du corps et leurs fonctions? Il me semble que c’est essentiel que mes fils sachent que je suis à l’aise de parler de ce sujet et qu’ils pourront toujours venir me voir quand ils auront des questions.

Et lorsqu’on mange, on discute de la provenance de notre nourriture. Quand je vois passer sur Internet la vidéo d’un enfant de quatre ans bouleversé d’apprendre qu’il mange des animaux, je me demande toujours pourquoi on ne le lui avait jamais dit avant. Quand je joue avec un bambin de deux ans et sa petite ferme, qu’on fait des meuh! meuh! et des bêêê! bêêê! je lui explique avec délicatesse pourquoi le fermier s’occupe de toutes ces bêtes. Ça ne fait pas des enfants traumatisés, ça fait des enfants conscients.

Bref, vous avez compris que (avec mes beaux gants blancs quand même) je suis de nature assez directe. Et si je ne mentionne pas quelque chose, c’est rarement pour protéger mon jardin secret, c’est plutôt pour protéger mes enfants.

Malheureusement, depuis notre départ pour l’Italie, j’omets volontairement, je mens, beaucoup plus que je le voudrais. Je veux épargner à mes enfants des inquiétudes face à des situations hors de leur contrôle. Par exemple, même s’ils savaient déjà que la conduite était périlleuse à Naples, je leur ai caché que nous avions eu un accident de voiture lorsque nous sommes venus choisir notre maison. Et même s’ils avaient entendu parler du Vésuve et de son éruption qui a détruit Pompéi, je ne leur ai pas dit que nous allions habiter dans une zone volcanique bien moins connue, mais bien plus dangereuse (ils l’ont découvert eux-mêmes assez rapidement de toute façon). J’évite aussi le sujet du paratonnerre depuis qu’on m’a informée que ma maison perchée au sommet d’une montagne n’en possédait sûrement pas.

Pour le moment, je refuse de leur partager mon sentiment d’impuissance devant chaque tempête qui se lève; ma peur, quand la foudre tombe près de nous dans sa fracassante explosion blanche; mes soucis, face aux routes qui s’inondent et aux sols instables… Ils en ont déjà bien assez à gérer avec la criminalité et la saleté qui les entoure. Ces deux petits bonshommes n’ont peut-être pas de paratonnerre, mais ils ont une maman qui se transforme parfois en bouclier pour déposer un voile de magie sur la réalité.

Elizabeth Gobeil Tremblay

La vérité sur les photos de profil

Quand on fait défiler l’actualité de nos amis sur les réseaux s

Quand on fait défiler l’actualité de nos amis sur les réseaux sociaux, y’a que des belles photos. Des beaux moments. Des beaux vêtements. Des beaux enfants. Des beaux sourires. Okay, vous avez compris le principe. Moi, je vais vous dire toute la vérité. Celle qu’on ne voit jamais sur vos photos de profil. Et parce que ça serait trop long, je vais vous sortir mon TOP 10 des vérités.

1- Vous voyez la photo touchante de mes enfants qui se flattent le dos en écoutant un film ? Sauf qu’après 42 arrête-de-me-fixer, 13 elle-m’a-fait-mal-pendant-que-tu-regardais-pas et au moins 25 disputes pour savoir qui dit oui ou qui dit non, alors qu’elles ne se souviennent même plus du sujet inital… Et bien la vérité, c’est que c’est moi qui les ai plugués devant un film pour avoir vingt minutes de silence et un semblant de santé mentale. Okay, peut-être plus que vingt minutes…

2- Vous voyez la belle vidéo des enfants qui s’amusent dans la piscine ? La vérité, c’est qu’il y a dix maillots de bain sur le plancher de la chambre de ma plus vieille qui est maintenant trop cool pour porter le premier qu’elle essaie. La vérité, c’est que je filme les enfants, mais qu’on ne me voit pas dans la vidéo, parce que no way, tu ne me verras pas en bikini sur Facebook… La vérité, c’est que le bébé a dû faire au moins deux fois pipi dans l’eau, et que je remercie le ciel qu’elle ait eu la gentillesse de nous avertir de son envie de caca.

3- T’sais LA fois que t’as texté pour nous prévenir dix minutes avant ta visite ? LA fois où tu m’as dit : « Je ne sais pas comment tu fais pour garder ta maison propre avec trois enfants… » Eh bien la vérité, c’est que je priais fort pour que tu ailles à la salle de bain du rez-de-chaussée, parce que les autres ont réellement pris une couleur douteuse… J’ai rougi quand ma fille a voulu te montrer son nouvel oreiller dans sa chambre, parce que je souhaitais fort avoir fermé la porte de la mienne… sinon, t’aurais assurément remarqué qu’on ne voit plus le plancher sous les vêtements… Arrête de me juger, ils sont propres… C’est jusque que y’en a pour trois heures de pliage…

4- Ha oui, parlons de la belle photo de notre sortie de famille ! Savais-tu que c’était à deux heures de route de la maison ? Ça, ça veut dire deux heures à me faire taper dans le dos, à entendre les touche-moi-pas-avec-tes-pieds, à me faire rappeler que nous, contrairement à la voisine, on n’a pas de DVD dans l’auto, pis à me demander sincèrement si j’allais survivre au trajet avec toute ma tête. #onestvraimentduspouruneminivan

5- Pis t’sais, la photo du dernier jour d’école, où on voit ma plus vieille sauter de joie ? Et bien en vérité, c’est moi qui saute de joie. Parce que je viens de gagner quinze minutes de plus de sommeil tous les matins. Parce que je n’ai plus de lunch à faire sans-noix-sans-arachide-sans-rien-de-salissant-sans-sucre-sans-goût-et-surtout-sans-surprise. Parce que mes enfants vont passer la journée à jouer dehors, à se salir, à bricoler, à relaxer devant la télé, pis à se mettre les cerveaux à OFF. C’est moi qui sautais de joie, sachant qu’on allait passer du bon temps ensemble, sans faire une heure de devoirs chaque après-midi.

6- Prends maintenant la belle photo de famille prise par le photographe professionnel. Maudit que c’est beau. Mais maudit que c’est faux. Parce que j’aimerais ça que tu m’expliques quel jour de l’année vous êtes tous habillés pareil dans la vraie vie. Ici, j’envoie les enfants s’habiller seuls, pis voici ce que ça donne : ma plus vieille a reviré sa garde-robe à l’envers (Je sais, je me répète, mais ça me met vraiment en maudit). Ma deuxième aura mis sa belle robe rouge de Noël, parce qu’a s’en fout qu’il fasse 30°C pis que sa maudite robe soit en gros velours épais ! Pis ma deuz’ans aura assurément encore les fesses à l’air en train de courir après le chien. Si c’était une vraie photo de famille, c’est comme ça qu’on y verrait mes filles. Pis moi, j’arborais le jeans, le t-shirt confo pis la queue de cheval. Point. Pis peut-être qu’on sourirait tous, mais peut-être pas non plus !

7- Ce soir, j’ai déposé une belle photo de mon souper-full-santé. Ça l’air bon hein ? Oui, ça l’était, mais la vérité, c’est que dès que les enfants seront couchés, je vais ouvrir THE armoire-à-cochonneries pour me goinfrer de pop-corn, de chocolat pis de bonbons. Pis non, mes enfants ne savent pas encore que ça existe. Pis tu sais quoi ? J’me sens zéro-coupable.

8- La photo des rénos. Quand on rénove une pièce dans la maison, on met une photo sur les réseaux sociaux. C’est une loi de la vie. La vérité, c’est qu’on prend la pièce en photo parce que c’est la seule et unique fois qu’elle aura l’air de ça. Parce que oui, ton chum va oublier des couches sales sur ta belle table à langer. Parce que oui, la vaisselle va traîner demain sur le comptoir propre. Parce que oui, les manteaux vont traîner dans l’entrée même avec ton beau set up pris sur Instagram ! Et on n’en prend pas, de ces photos-là…

9- Voici maintenant un point spécifique et unique réservé à l’usage de ta propre photo de profil. Parce que la belle photo avec le maquillage parfait, les filtres de couleurs et l’angle idéal, C’EST PAS ÇA LA RÉALITÉ ! Dans la vraie vie, tout le monde sait que tu as choisi la 33e photo prise, avant de la modifier avec tous les filtres possibles. Fille, déjà que tu te prennes en photo LA journée où t’es coiffée et maquillée, c’est assez. Pas besoin d’en faire plus. Ça serait le fun qu’on te reconnaisse. Pis t’es belle tous les jours t’sais, faque tu peux prendre la première photo que tu veux !

10- L’ultime vérité, c’est que vous saviez tout ça. On le sait qu’il y a des petites chicanes entre tous les enfants et du linge sale qui traîne dans toutes les maisons. On le sait qu’on est habillés confortablement la plupart du temps. On le sait que tout le monde mange des cochonneries en cachette le soir venu. Mais la vérité, c’est qu’on continue de mettre des belles photos parfaites et de les partager sur les réseaux sociaux. Parce que la vérité, si elle n’est pas toujours bonne à dire, est parfois aussi dérangeante à voir. Et si le temps était venu de se montrer qui nous sommes… en vérité ?

Joanie Fournier

Élever des humains : la mort, on explique ça comment?

« L’été, c’est fait pour jouer » chantaient nos deux marionnettes à l’air hagard préf

« L’été, c’est fait pour jouer » chantaient nos deux marionnettes à l’air hagard préférées, Cannelle et Pruneau. C’est un moment où l’on s’habille plus léger, où l’on mange plus léger… où l’on se sent plus léger. Les médias nous proposent des émissions aux contenus plus légers et même dans les journaux, virtuels ou non, les articles sont souvent… enfin, vous avez sûrement compris le principe.

C’est avec cette ambition de légèreté que je réfléchis à des textes pour vous tout en continuant de vivre ma vie. Je préparais donc mon voyage en famille tout en sifflotant; pour moi, le mot « léger » vient automatiquement avec l’image du gars qui sifflote. Tu ne peux clairement pas siffloter un air grave; c’est certain qu’il sera léger. Mais je m’égare…

Bref, je vis ma vie et PAF! : quelqu’un termine la sienne. Quelqu’un de proche. Ma grand-mère maternelle rend son dernier souffle. Une fin paisible… calme… prévue. Le genre de fin qui s’étire en longueur. Celle qu’on déteste et qui fait mal y compris aux proches qui assistent à tout ça, impuissants. Celle qui épuise. Celle qui nous pousse à dire des phrases un p’tit brin insipides comme « elle est bien mieux là-bas », en pensant, à tort, adoucir la douleur…

Comment explique-t-on à son enfant de cinq ans qu’une personne n’est plus? Parce que L’héritier a déjà rencontré à plusieurs reprises ma grand-mère. Et il s’en rappelle de sa mémé qui était malade et qu’il a vue à l’hôpital v’là deux ans. Elle ne parlait plus, ne se levait plus… mais avec son simple regard et la « poigne » qu’elle avait encore dans sa main droite, elle a su créer et garder un contact intime avec lui.

Comment on explique ça? On pourrait faire semblant qu’elle n’a jamais existé; on ne lui en parle plus, tout simplement. À cinq ans, il ne pensera plus à elle et il passera à autre chose. Une bonne « Pat’ Patrouille » et tout sera comme avant. Mais ce n’est pas notre genre de fuite; moralement, je ne serais pas capable d’assumer ça. Un mensonge par omission (par choix ou non), c’est un mensonge quand même pis ça fait d’la peine au p’tit Jésus. Cela dit, je ne suis pas en train de dire que je ne mens jamais à mes enfants; oui, y’en reste des biscuits, mais c’est déjà le deuxième que tu manges faque ça s’peut que j’invente qu’y’en reste pus. Les hauts d’armoires ne sont pas là que pour faire beau dans nos cuisines. Que celui qui n’a jamais péché me lance la première poignée de gravaille.

Mais pour un sujet aussi important que la mort, un enfant a le droit d’entendre la vérité même s’il n’est pas en mesure d’en comprendre toutes les subtilités. Si quelqu’un lui invente qu’elle est partie faire un long voyage, ça ne sera certainement pas moi. C’est plus imagé et fait moins de peine que de parler de la mort, mais c’est un mensonge.

Chez nous, on a toujours tout expliqué; parfois trop, peut-être. Mais ça fait des enfants plus sensibles et intelligents. J’ai pas de preuve, mais j’aime penser que quand on veut élever des humains, on doit les traiter en humains dès le début.

Nous avons donc parlé de la situation avec L’héritier dans des mots simples qu’il a visiblement compris. Je dis « visiblement » parce que voici un résumé d’une discussion qu’il a eu avec sa tante Lolo peu de temps après, sur la route qui nous a mené aux Îles-de-la-Madeleine.

  • Tu sais, Lolo, y’a quelqu’un qui est mort aux Îles-de-la-Madeleine.
  • Ah oui? Qui?
  • C’est Mémé. (…) Est-ce que tu penses qu’on peut lui parler quand même?
  • Oui, sûrement.

L’héritier a alors levé la tête vers le ciel, même si personne ne lui a parlé d’aller au ciel (!) :

  • Salut Mémé. Moi, j’aurais aimé ça que tu restes ici.

Quand on veut élever des humains, on doit les traiter en humains dès le début. J’aime constater la sensibilité des enfants. Ne leur cachons pas les vérités, même celles qui ne sont pas confortables pour eux. Même l’été, il peut arriver des événements moins légers; c’est la vie. Notre job comme parents, c’est aussi de les préparer à ça; pas juste de leur expliquer comment trouver de faux Pokémons dans un vrai stationnement de McDo.

Salut Mémé Lapierre; merci pour tout et surtout… bon voyage!