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Je suis une victime. Texte : Arianne Bouchard

C’est comme ça que le système m’appelle. En vrai, je me considère plus comme une survivante,

C’est comme ça que le système m’appelle. En vrai, je me considère plus comme une survivante, parce que c’est ça, j’ai survécu.

J’ai survécu à ses mains robustes, chaudes et rêches sur ma peau. J’ai survécu à toutes ses insultes et à toutes les fois où il me traitait de moins que rien. J’ai survécu à toutes les fois où il m’a fait sentir comme un objet, en me regardant comme un chien baveux devant un steak saignant. J’ai survécu à toutes les fois où il a voulu me faire du mal en s’en prenant à ma famille. Oui, j’ai survécu.

À un certain point, il a failli réussir à me briser. Tellement de fois j’ai souhaité mourir. Tellement de fois j’ai essayé de trouver le courage pour mettre fin à toutes mes souffrances. Tellement de fois j’ai crié à l’aide pour n’entendre que l’écho de ma propre voix. Tellement de fois, j’ai ravalé mes doutes, séché mes larmes et pris mon courage à deux mains pour continuer d’avancer et me battre malgré mon envie d’en finir.

Et maintenant plus encore, j’ai trouvé la force de tourner la page. J’ai donc pris mon courage à deux mains et j’ai porté plainte, contre mon bourreau, ce monstre sans pitié qui m’a tellement pris. Il pensait peut-être m’avoir tout pris, mais il y avait encore en moi les braises ardentes de ma force de caractère, qui m’ont permis de survivre tout ce temps.

Et quand j’ai porté plainte, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas vraiment tourner la page finalement. Le système n’est pas là pour nous aider à aller mieux. Le système n’est pas fait pour les victimes. En fait, les victimes n’ont pas grand rôle au bout du compte, puisque c’est la « Reine » qui poursuit directement et non elles-mêmes. Elles sont seulement la « preuve » que l’accusé est, oui ou non, coupable.

Et puis quand je dis que le système n’est pas en faveur des victimes, c’est aussi parce qu’elles ne choisissent pas leurs alliés. Encore une fois, on choisit pour elles. L’avocat, aussi compétent soit-il, leur est attribué. Elles ne les choisissent pas. Alors, encore une fois, l’accusé part en force avec les meilleurs outils, car lui, il a le pouvoir de choisir. Je trouve que c’est un manque de considération incroyable, à ce stade, d’encore vouloir choisir pour elles. Parce que la plainte, à la base, c’est pour dénoncer justement un vice de consentement, pour un choix qu’elles n’ont pas eu l’opportunité de faire.

De plus, le procès, s’il y en a un au bout du compte, doit se faire dans le district judiciaire où ont eu lieu les évènements. En ce genre de circonstances, on pourrait s’attendre à un minimum de considération pour les victimes, en leur laissant le choix de porter plainte chez elles, avec tous leurs repères, mais non. Si les évènements ont eu lieu à un endroit du passé, il faudra qu’elles prennent leur courage à deux mains pour y faire face, si vraiment, elles souhaitent poursuivre.

L’accusé à la chance d’avoir la présomption d’innocence de son côté, alors que nous, victimes, n’avons pas le droit à la présomption de vérité. Tout ce que l’on dit pourra être retenu contre nous dans le cadre d’un procès. Finalement, c’est comme si on faisait le procès des victimes, puisqu’on reprend toutes leurs dépositions, on les morcelle et on cherche à trouver les failles de leurs témoignages qui pourraient démanteler toute l’accusation. Comme victime, on a l’impression de marcher sur des œufs, tout ce qu’on dit et même tout ce qu’on ne dit pas peut servir à innocenter les monstres de nos cauchemars. Parce que sans trousse de viol, sans preuve matérielle, tout ce qui constitue la preuve, ce sont les témoignages et les preuves circonstancielles. Un fardeau difficile à prouver pour l’accusation.

À certaines étapes du processus, on a l’impression que c’est une vendetta contre les victimes elles-mêmes. Comme si tout le monde se braquait contre elles, pour les faire craquer. À tellement de reprises le système les pousse au bord du gouffre de l’abandon. C’est comme si on accusait les victimes de mentir. C’est comme un double traumatisme. Déjà que leur corps entier et chaque fibre de leur être essaient de les convaincre que ce n’est pas arrivé, que c’est juste un cauchemar… on ne les croit pas.

Et puis il y a aussi le manque de délicatesse de notre système. Je comprends que certaines questions doivent être posées pour établir les faits, mais ce que je ne comprends pas, c’est le raisonnement de certains quand il s’agit de les poser. « As-tu joui ? » NON. On ne va pas là. Et puis même si les victimes avaient, par accident, joui, on n’est plus au Moyen Âge, on le sait que c’est une réaction biologique du corps, qui n’est pas toujours synonyme de plaisir, d’excitation et surtout pas de consentement. Voilà encore une question pour essayer de déstabiliser les victimes, les faire douter d’elles-mêmes et les faire se sentir plus sales qu’elles ne se sentent déjà.

Ensuite, il faut qu’on parle des ressources, parce que bien honnêtement, je pense que notre système, encore une fois, est problématique. Pour recevoir de l’aide, il y a tellement de formulaires à compléter… Laissez-moi vous dire que dans l’état comateux dans lequel se trouvent certaines victimes suite à leur agression, remplir des formulaires, c’est parfois trop demander. Pourrait-on trouver un moyen de faciliter l’accès aux services d’aide sans passer par les douze travaux d’Astérix ?

Et le pire dans tout cela, le plus gros problème selon moi, c’est vraiment une question de délai. Pourquoi est-ce que ce doit être aussi long ? Pourquoi est-ce que les procédures peuvent prendre des années ? Pourquoi est-ce que comme victimes, on nous refuse ce droit légitime de tourner la page ?

Je n’ai hélas aucune réponse à ces questions, mais j’espère que dans l’avenir, le système sera fait en considération des victimes, en arrêtant de les victimiser, pour les aider à réaliser qu’elles ne sont pas des victimes, mais des survivantes.

Arianne Bouchard

Alerte au viol – Texte : Arianne Bouchard

Tu te dis sûrement : oh non, pas encore un autre texte qui parle d’agression sexuelle. Ben oui,

Tu te dis sûrement : oh non, pas encore un autre texte qui parle d’agression sexuelle. Ben oui, encore un autre. Tant qu’il y aura des imbéciles, il y aura toujours des agressions sexuelles et tant qu’il y en aura, il y aura toujours du monde pour en parler, alors me voici.

Ce texte s’adresse essentiellement aux filles et aux femmes, car les agressions sexuelles sont majoritairement subies par elles. Les gars, je ne vous oublie pas pour autant et votre douleur n’en est pas moins réelle non plus.

Alors, fille, voilà ce que j’aimerais te dire.

Même si t’as une jupe courte. Même si t’as des vêtements moulants. Même si t’as un décolleté plongeant. Même si TOUTE, un habillement, ce n’est pas un consentement. T’as le droit de te sentir belle, t’as le droit de te sentir femme, sans toujours te demander si tu es habillée comme une alerte au viol. J’ai une amie qui, sur son lieu de travail, dans un bureau respecté, s’est fait dire de changer de tenue, que sa jupe, de longueur bien respectable et pas trop moulante non plus, lui donnait l’air d’une alerte au viol. Excusez-moi, pardon, mais ce genre de phrase, c’est NON !

Pis ç’a l’air de quoi une alerte au viol de toute façon ? D’une femme forte et indépendante, qui a le courage de sortir de chez elle en portant des vêtements qu’elle aime en faisant fi du regard de la société ? Parce que si c’est ça, l’alerte doit crier fort, tout le temps ! En 2022, je pense qu’on devrait pouvoir porter ce qu’on veut. Ce n’est pas à nous comme femmes de nous habiller autrement, mais à vous, très chers hommes, de ne pas nous regarder comme le ferait un charognard devant un morceau de viande fraîche. On est plus que de la chair cachée sous quelques vêtements. On est des personnes et on mérite le respect et la considération qui va avec !

Ce qui inclut notamment le droit de choisir et de dire non quand ça ne nous tente pas. Même si c’est ton chum, même si le gars est sexy, même si tu t’es déjà dit que « tu lui ferais pas mal à celui-là », même si c’est ton ami et que tu lui fais confiance ; si ça te tente pas et que tu dis non, c’est non. Tu n’as pas à te sentir mal de pas avoir envie non plus. C’est correct, ça arrive quelquefois.

Et même si tu as dit oui au départ, même si vous aviez commencé, t’as le droit de changer d’idée. J’ai vu sur Internet la fameuse allégorie de la tasse de thé et c’est vraiment ça. Pour vrai, je pense vraiment que cette vidéo devrait faire le tour du monde et être partagée dans les écoles. Ça dit tout. Alors je t’invite à aller voir cette vidéo et à la partager autour de toi pour sensibiliser les gens au consentement.

En attendant d’aller voir cette fameuse vidéo, continuez d’être toi-même, de porter les vêtements que tu aimes et de ne pas te soucier de ce quoi t’as l’air dans le regard des hommes. Ce n’est pas à toi de changer de look, c’est à eux de changer de perception.

Arianne Bouchard

Une histoire de violence envers les femmes… Texte : Stéphanie Dumas

Ce matin, mon âme de femme a mal, ce matin je me sens écœurée, fâchée et outrée face aux év

Ce matin, mon âme de femme a mal, ce matin je me sens écœurée, fâchée et outrée face aux événements arrivés cette nuit-là près de chez moi. Les événements racontés ici sont réels. Toutefois, par respect, je ne donnerai pas de nom de personne ni de ville. Néanmoins, ils témoignent de la violence encore vécue par les femmes. Ils justifient la peur encore vécue par les femmes de nos jours.

C’était le 11 décembre, durant une soirée de grands vents. Tout a débuté par une étrange situation durant laquelle une femme inconnue tentait de forcer une porte pour pénétrer dans un logement qui n’était pas le sien. Après de longues minutes et de multiples tentatives accompagnées de cris, la police a été appelée sur place. La femme était alors retournée dans son logement. Jugeant la situation sous contrôle, la police a quitté les lieux en avisant les résidents que l’alcool serait la cause du comportement. C’est à ce moment que les choses ont dérapé. Des cris de femmes se sont mis à résonner dans l’édifice à logements. Les cris semblaient être des cris de détresse.

Encore une fois, la police fut appelée, mais cette fois-ci, la réponse fut toute autre. La réponse de l’agent répartiteur fut froide et sans écoute. Les mots prononcés furent les suivants : « Est-elle en danger ? Si elle est juste dérangeante, faudra vivre avec, on est débordés par ce vent. » Ce à quoi la personne ayant contacté le service du 911 répondit qu’elle ignorait si la femme était en danger, mais que les cris duraient depuis de longues minutes. La deuxième réponse fut tout aussi troublante, car l’agent répondit que « les policiers sont repartis suite à la tentative d’effraction par la femme, car ils jugeaient que c’était correct. On gère présentement des abris Tempo qui partent au vent, on n’a pas le temps… ». Faut-il donc comprendre que des abris Tempo sont jugés prioritaires face à une femme en possible détresse qui se fait battre par un homme imbibé d’alcool dans notre société ?

Les cris se sont calmés après plus d’une heure. Le lendemain matin, la nouvelle circula dans le bâtiment locatif selon laquelle la femme avait été transportée à l’hôpital au milieu de la nuit, le visage ensanglanté. Une personne ayant alors entendu de nouveau des cris s’était déplacée jusqu’au logement et avait constaté par elle-même que la femme était en détresse. Elle avait ainsi obtenu une réponse rapide des services d’urgence. Il est désolant de penser que cette triste fin aurait pu être évitée si le répartiteur ayant pris l’appel un peu plus tôt avait réagi autrement. Pire encore, c’est l’idée que la femme aurait pu être la victime d’un féminicide de plus en 2021.

La personne ayant pris des risques en allant vérifier elle-même si la femme était en détresse a reçu des menaces de mort. Nous ne savons pas si la victime a porté plainte contre son agresseur. Si aucune plainte n’est déposée, l’homme ne sera pas accusé et il n’aura pas de trace à son dossier. Il n’y aura donc eu que la douleur de cette femme.

Aujourd’hui, mon cœur de femme a mal…

 

Stéphanie Dumas

Porter plainte – Texte : Eva Staire

Quand on dit « Porte plainte à la police », je ne crois pas que les gens prennent conscience

Quand on dit « Porte plainte à la police », je ne crois pas que les gens prennent conscience de tout ce que ça apporte comme stress, angoisse, peur et inquiétude. Ce n’est pas un processus simple et facile. On n’entre pas dans un poste de police en disant « Je viens porter plainte » pis on est reçue immédiatement avec empathie, délicatesse. Non, on nous demande de prendre rendez-vous ou d’attendre sur une chaise qu’une policière se libère. Oui, je vous parle bien d’une plainte pour agression sexuelle.

Tout d’abord, prendre la décision de porter plainte est énorme en soi, c’est reconnaître que nous avons été victime d’un acte cruel et violent. C’est aussi se coller une étiquette de « Victime » parce que si on décide de le dire à notre entourage, c’est ce qui arrive. Sinon, on ne le dit pas et on se sent seule.

Prendre la décision de porter plainte est une grosse étape, mais celle de se rendre au poste de police et le faire est une tout autre histoire. Se retrouver devant le bâtiment, c’est effrayant. On a juste le goût de s’enfuir dans l’autre sens. J’étais dans mon auto, le cœur battant à 100 milles à l’heure, l’envie de vomir sur le bord des lèvres, le corps tremblant, je suis sortie, j’ai marché comme un robot sur le pilote automatique jusqu’à la porte. En moi se jouait une bataille des plus acharnées, continuer ou abandonner. J’ai laissé mes pieds me guider, ma main a tiré sur la poignée et j’ai pris le téléphone.

« Poste de police de XXXX, comment je peux vous aider ? »

« Je viens porter plainte pour agression sexuelle. »

« Entrez et assoyez-vous sur une chaise, on va venir vous chercher. »

Assise sur la chaise, je sursaute à chaque bruit, j’ai les larmes aux yeux. Je texte ma sœur :

« Je suis là, j’attends qu’on vienne me chercher. J’ai peur, si on ne me croit pas, si on me prend pour une conne… »

« Calme-toi. Tu connais la vérité, raconte la vérité, c’est tout. Tu es tellement forte. »

« Je me sens tout sauf forte. »

Puis, la porte ouvre. « Madame, j’ai une policière qui se libère dans une heure, voulez-vous attendre ou revenir ? » Instinctivement je réponds « J’attends, si je pars, je sais pas si je vais revenir. »

Une heure plus tard, je rencontre la policière, une fille super belle, intimidante, mais rapidement, je me rends compte qu’elle est tout sauf intimidante, elle est à l’écoute, attentive, encourageante et incroyablement gentille. Après deux heures d’interrogations, je ressors avec mon numéro de dossier, celui qui va me suivre à tout jamais. « Bonne chance. Tu es super courageuse. Lâche pas. Tu es si forte. », me dit la policière à la sortie. « Merci », je réponds, la gorge serrée.

Seule sur le balcon du poste de police, je descends lentement les marches. Inconsciemment, je prends une grande inspiration et lorsque j’expire, je sens la lourdeur sur mes épaules diminuer, la pression sur ma poitrine partir un peu, mais je me sens particulièrement fière. Fière d’avoir parlé, fière de m’être tenue debout.

Aujourd’hui, les procédures sont lancées, ma déposition vidéo a été faite et l’enquête est en cours, mais c’est loin d’être terminé. Ce sont des montagnes russes d’émotions, des souvenirs qu’on veut oublier, mais qu’on doit se rappeler, c’est garder la plaie ouverte, la faire saigner. C’est épuisant, parce que le stress est à un niveau élevé sans arrêt.

Porter plainte, ce n’est pas facile, oui, je suis sortie du poste soulagée, mais ce fut de courte durée. Ce sentiment m’a confirmé que j’ai pris la bonne décision, mais c’est dur. Quand on entame des procédures judiciaires, on doit être entourée de personnes sur qui on peut se reposer quand c’est trop, sur qui on peut aller pleurer, crier notre colère, notre honte, notre libération. Des gens qui ne porteront pas de jugements, qui seront là pour nous donner de la force et qui vont nous encourager quand on a seulement envie de tout abandonner, qui vont nous rappeler les raisons qui nous ont poussée à porter plainte.

Il y en a pour qui ce processus a été traumatisant et difficile, j’espère que mon histoire sera différente, car pour l’instant, je n’ai rencontré que des personnes compatissantes, consciencieuses et professionnelles. En aucun cas, on ne m’a fait me sentir mal.

Je suis convaincue que la préparation que j’ai faite m’a énormément aidée. Mon agression a eu lieu il y a plusieurs années, j’ai fait une thérapie dans un CALACS, j’ai mon intervenante et les filles de mon groupe qui me soutiennent, mon conjoint, certains membres de ma famille et j’ai consulté une avocate du projet Rebâtir spécialisé dans les agressions sexuelles et violences conjugales pour poser toutes mes questions et m’aider à me préparer à mes dépositions. Porter plainte, c’est comme se préparer pour un combat de championnat mondial. On a besoin d’une équipe de soutien et de préparation mentale.

Porter plainte n’est pas simple. Porter plainte peut briser une personne. Porter plainte peut faire grandir une personne.

 

PROJET REBÂTIR

https://www.rebatir.ca/

+1 833-732-2847

 

REGROUPEMENT DES CALACS

http://www.rqcalacs.qc.ca/

 

Eva Staire

 

Tu m’agresses — Texte : Ghislaine Bernard

Tu sais, toi qui me demandes toujours de t’écouter dans tes méandres, toi qui parles sans fin et

Tu sais, toi qui me demandes toujours de t’écouter dans tes méandres, toi qui parles sans fin et qui ne prends pas la peine d’écouter à ton tour mes conseils. Tu me prends mon énergie de façon exponentielle.

 

Tu sais, toi qui pleures sur mon épaule, qui attends que je dise ce que tu veux entendre pour te conforter dans tes idées, tu entends mais tu n’écoutes pas. Tu te répètes sans cesse. Autant dans tes dires que dans tes actions. Tu attends de moi que j’acquiesce à tout ce que tu penses, tout ce que tu juges, tout ce que tu fais et ne fais pas.

 

Tu n’es pas heureuse/heureux, mais tu ne fais pas d’efforts pour y arriver. Tu veux ceci ou cela, mais tu attends que tout te tombe dans les bras.

 

Tu sais, j’ai moi-même mes combats, mes difficultés, mais malgré moi, je prends quand même, toujours, du temps pour toi. Même si tu ne l’apprécies pas à sa juste valeur. Tu penses que l’amitié, c’est obliger l’autre à écouter sans retour d’ascenseur.

 

J’étais là quand tu as crié, pleuré, pesté. J’y étais encore quand découragé/e, tu m’as dit ne plus vouloir continuer. Je t’ai ramené/e à la raison. T’ai donné tous les chiffres de l’équation pour arriver à un résultat positif. Qu’as-tu fait ? Rien.

 

Puis, tu arrives avec des phrases accusatrices, m’octroyant le monopole du bien-être, me disant que moi, ce que je porte, c’est pas « si pire ». Ce n’est pas « grave » : j’ai de l’aide quand je la demande. J’ai un entourage pour me soutenir. Du coup, ta vie est la pire à vivre et moi, je me plaindrais pour rien si j’avais l’audace de partager mes peines et mes souffrances.

 

Tu banalises mes difficultés lorsque j’arrive à te les partager. Tu me brimes. Tu me peines. Bref tu m’agresses.

 

Aujourd’hui, j’ai décidé de ne pas te laisser parler. Je t’ai dit bien fermement : je ne suis pas disponible pour tes désagréments. Tu ne l’as pas pris, m’as accusée de ne pas être ton amie. Que je n’avais pas de cœur, que j’étais égoïste et surtout, tu m’as dit : « Je n’aurais jamais pensé cela de toi ! ».

 

Encore une fois, n’apprendrais-je jamais qu’il n’y en a que pour toi ? Que tu ne recherches chez les gens qu’une amitié à sens unique ?

 

Tu m’as dit des choses blessantes et absolument injustes, puis tu as pleuré. Tu as réussi, pour la énième fois, à m’émouvoir.

 

Du coup, je me suis sentie injuste envers moi-même, je me suis dit : tu lui as permis de te brimer, de te peiner et de t’agresser… quand vas-tu arrêter ?

 

Simplement Ghislaine

Le malaise

Au départ, j’ai une histoire triste. Dès mon plus jeune âge, je me sui

Au départ, j’ai une histoire triste. Dès mon plus jeune âge, je me suis fait agresser sexuellement par mon père. Je devrais plutôt dire selon le CAVAC, mon père m’a agressée sexuellement. Mais ici n’est pas le sujet que je souhaite emmener.

Il y a eu ça, puis toutes les autres choses. Les inconduites sexuelles, que l’on dit. Ça fait presque beau : inconduites. Ça ne traduit en rien la détresse de celles et ceux qui en sont victimes. Les attouchements sexuels, les seins qu’on m’effleure dans le métro, les fesses qu’on me prend à pleines mains dans un bar, les baisers forcés dans une voiture ou contre un mur, les remarques à teneur sexuelle souvent lancées à la blague. Enfin, toutes ces choses que vous et moi avons déjà vécues une multitude de fois.

Je me suis parfois défendue. Et parfois pas. Parce que des fois, c’était plus facile de laisser passer, de vivre avec ou de faire comme si rien n’avait existé. Des fois, j’ai confronté l’autre et des fois non. Parce que je me disais que c’était de ma faute, parce que je l’avais cherché, parce que j’avais honte et que je me sentais sale. Et toute seule.

II y a à nouveau cette vague de dénonciations. Je ne connais pas toutes ces personnes publiques personnellement. Je n’étais pas présente lors des situations qui ont été évoquées. Et l’un de mes malaises est là : comment des personnes peuvent-elles se prononcer sur la culpabilité de l’un est coupable et l’innocence de l’autre?

Les hommes qui m’ont agressée sexuellement ou qui ont posé des gestes à caractère sexuel à mon égard étaient de bons gars. Ceux que tout le monde aime, de beaux gars qui faisaient rire ma mère. Il y en a eu aussi des pas gentils et des moins beaux. Enfin, qu’importe de quoi ils avaient l’air, ça n’avait pas d’importance. L’essentiel n’était pas ce qu’ils dégageaient, c’était ce qu’ils m’ont fait vivre à moi.

Depuis la vague qu’on appelle MeToo, je trouve cela difficile par moment. Cela me ramène à ce que j’ai voulu oublier. Cela me ramène au jugement parfois gratuit des gens. Les gestes à caractère sexuel sans consentement, peu importe lesquels laissent des traces. Même si je veux oublier, je me rappelle toujours. L’empreinte du corps reste longtemps.

Eva Staire

Quelle évolution?

Aujourd’hui, j’ai lu un article qu’une amie et collaboratrice

Aujourd’hui, j’ai lu un article qu’une amie et collaboratrice a partagé sur son mur Facebook. L’article parlait d’une personne travaillant comme massothérapeute et qui a eu un client… particulier. Un client qui a posé des gestes sur sa propre personne. En fait, il complétait le massage qu’il recevait avec la main sous la couverture, sous la ceinture. Le tout en regardant tout sourire le témoin silencieux de ses frasques.

La personne qui le massait en était consciente, mais n’a rien dit. N’a rien fait. Pourquoi? À cause du malaise, à cause de cette honte qui nous envahit lorsque nous sommes confrontés à ce genre de situation et qu’on se croit «responsable » d’avoir fait, dit ou pas quelque chose qui l’aurait provoquée.

Encore aujourd’hui, en 2018, le malaise face à de tels agissements est toujours aussi présent. La fille sexy qui était fière de son look du vendredi soir a probablement causé consciemment l’abus dont elle n’est plus la victime, mais l’instigatrice. L’homme qui s’est donné le temps de choisir son habillement a bien entendu mis un écriteau sur son pantalon invitant les autres à lui « ramasser » une fesse au passage. Il fait des histoires s’il réagit. Il ne serait forcément pas « homme » s’il venait à s’en plaindre.

Pourquoi l’intrusion d’une tierce personne dans notre intimité nous rend-elle si mal au point où on se tait?

La femme avec un joli décolleté se sent belle et même si oui, elle fait étalage de sa beauté, même si sa chaire est un peu plus exposée, elle ne recherche pas assurément un plongeur pour s’y engouffrer. Nous sommes des êtres humains qui aimons les jolies choses.

Mot clé de ma phrase : «choses». Tout ce que les victimes d’attouchements et plus ne sont PAS.

Arracher un regard approbateur est flatteur. Se faire arracher ce qui nous couvre, ne serait-ce que notre assurance, est un abus. Dans cette ère de body fitness parfait (à mon humble avis un peu excessif), RIEN ne justifie qu’une main s’approprie le bien-être d’autrui.

Un abus est souvent physique, mais parfois, comme ce client qui n’a pas «abusé physiquement» de sa victime (OUI, VICTIME), c’est aussi malaisant et souffrant.

Cette personne dans l’article s’est, pour emprunter ses propres mots, auto-jugée et critiquée :

« J’suis pathétique ».

NON, tu ne l’es pas!

Le pathétique, c’est l’autre. Celui qui s’est permis de te faire sentir «comme une marde». Je comprends ce sentiment pour l’avoir vécu plusieurs fois dans ma vie. Cette culpabilité d’avoir « provoqué». Assurément, l’abuseur n’est pas responsable! Il/elle n’a aucun contrôle sur ses actions, perd complètement tout jugement et son contrôle de lui ou d’elle-même! Ne sommes-nous pas des animaux sans réflexion? (Ironie).

Toi, toi qui as été cette personne qui n’a pas été capable de parler. Ne te sens pas comme si tu n’étais rien. Comme si tu étais coupable d’être la belle personne que tu es. Tu as le DROIT de t’aimer et de te défendre. Ce pouvoir, garde-le, ne le laisse pas à quiconque voulant te l’enlever.

Il peut sembler démesuré d’avoir des réactions spontanées, mais non.

« Bah c’était juste pour rire! »

Qui a ri? Pas toi. Alors, n’oublie pas que tu es digne de respect. Tu n’es pas, et ce, peu importe ce que tu portes, RESPONSABLE. Avec les récentes « sorties» d’abus de toutes sortes dans le monde artistique, il est notoire de dénoncer ses agissements. Mais tu n’as pas besoin d’être connu pour te défendre et pour attaquer ton agresseur/e.

Je suis mère de trois jeunes enfants, dont une fille. Voyez-vous à quel point sont ancrés les principes de « fais pas exprès! »? Depuis sa naissance, j’ai toujours refusé et évité que ma fille porte des vêtements trop «sexués». En contrepartie, j’ai contribué sans m’en apercevoir à lui inculquer inconsciemment que son habillement était directement responsable si, un jour, elle se faisait abuser ou pas.

Pardonne-moi ma puce.

En écrivant ces mots, un frisson me parcourt à l’idée que malgré mon bon vouloir, je SAIS que je vais toujours l’encourager à rester prudente, à respecter certaines limites vestimentaires. Les mêmes que je m’impose parfois, ou pas. Je porte des décolletés, j’aime cela. Comme toute femme, j’aime recevoir des regards approbateurs. Ne nous mentons pas mesdames, nous en sommes toujours flattées et en quelque sorte… fières. Tout comme nous sommes fières d’avoir une coiffure qui nous sied bien. Pourquoi le faisons-nous? Pour nous-mêmes? Pour nous sentir bien? Quel est le réel «bien» dans cette façon de se sentir?

Je me questionne, mais en même temps, je sais. Nous sommes ainsi faites, nous aimons plaire, simplement. Mais réfléchissons quand même de temps en temps à la nécessité de nous dévêtir parfois un peu trop. Pas pour éviter les abus, car même vêtus en habit cravate, certains peuvent nous agresser malgré tout. Mais pour nous-mêmes. Que recherchons-nous réellement?

Notre regard plongé dans le miroir de ceux des autres a-t-il réellement tant d’importance? Je réfléchis ce matin, à partir d’un petit rien qui revêt un aspect de grand tout. Je vais quand même continuer à apprécier de l’être. Mais à vous, les énergumènes qui se croient tout permis. Sachez que vos gestes sont agressants, déstabilisants et surtout, qu’ils laissent une saveur amère en nous, un sentiment lourd à porter et qui est malheureusement bien trop présent dans notre société soi-disant évoluée.

Avoir un regard ou un sourire approbateur n’a rien du regard et du sourire du prédateur. Apprenez à faire la différence. Mais surtout, les victimes, ne vous taisez plus.

Simplement, Ghislaine.

 

Après la violence

Se sortir de la violence, peu importe sa forme, est bien plus qu

Se sortir de la violence, peu importe sa forme, est bien plus qu’un grand pas. C’est une expédition. Parfois intrigante, parfois ardue, parfois magnifique.

On publicise les groupes de soutien, les services offerts, les recours légaux. On encourage à dénoncer, à aller chercher de l’aide pour s’en sortir. Ces campagnes sont essentielles car chaque femme compte. Mais à quoi ressemble la vie une fois en sécurité ? Qu’en est-il de la vie après la violence ? Parce qu’être en sécurité n’est pas nécessairement synonyme de paix d’esprit.  Les premiers temps en tout cas…

Plusieurs d’entre nous continuons de choisir notre chaise pour ne pas être dos à la porte ou à quelqu’un. Nous repérons les sorties d’urgences et les moyens les plus efficaces de quitter en cas d’urgence. En entrant dans une pièce, nous pouvons sentir les tensions, les cachettes et les malaises; rien ne nous échappe. Il faut savoir anticiper. Notre cerveau continue de croire qu’il faut être parée à se défendre ou à fuir. Notre corps connaît son rôle, on peut le sentir se préparer. Notre porte de sortie : trouver ce que notre environnement attend de nous. Et hop, on s’adapte. Notre capacité à nous ajuster face à l’imprévu nous permet de survivre. C’est une belle force, évidemment, mais on aspire à l’utiliser dans de meilleurs contextes.

Vivre la violence laisse inévitablement des traces sur notre corps et dans notre esprit. Des blessures si profondes qu’elles nous amènent parfois à voir la vie avec la mauvaise paire de lunettes. Elles nous empêchent de voir la réalité telle qu’elle est. Tout ça parce que le discours de l’autre est devenu le nôtre. On nous l’a tellement répété, voir même martelé, qu’on a fini par le croire. Croire que nous n’avons pas de valeur, que nos besoins ne sont pas légitimes et parfois même croire que nous avons joué un rôle dans ce qui s’est passé. C’est ce discours qui résonne en nous au moindre petit espoir de changement. Oui, nous aimerions changer d’emploi, essayer un nouveau sport d’équipe, retourner à l’école ou simplement aller marcher au parc. Avoir du plaisir, passer des moments agréables. Mais ça, on ne peut pas se l’accorder. Nous avons intégré qu’il faut se méfier du bonheur, il ne vient jamais seul. Le plaisir risque de nous distraire, de nous faire baisser la garde. Comment profiter du moment présent si on se demande constamment ce qui s’en vient?

Même si la violence a cessé depuis un bon moment, il est encore très difficile de faire confiance. Par le passé, avoir fait confiance nous a couté très cher. Laisser les autres s’approcher et en connaître un peu plus sur nous c’est prendre le risque de se faire blesser. Nous avons compris depuis longtemps que notre vulnérabilité fournit des munitions à l’autre contre nous. Alors essayez de vous imaginer ce qui se passe à l’intérieur lorsque vient de temps de demander de l’aide. Mais la vie continue. Ou, comme on dit,  The show must go on. Nous sommes aussi ces femmes que vous croisez tous les jours sans remarquer quoi que ce soit. On nous voit au parc avec les enfants, au bureau, aux réunions de parents, au gym…Parfois impatientes sans raison apparente. D’autre fois, c’est une réaction un peu étrange ou démesurée. Ça ne passe pas inaperçu, mais sans plus.

Alors, qu’en est-il de la vie après la violence? C’est avec douceur et beaucoup d’amour que nous arrivons à accepter que cet évènement ou épisode de notre vie a changé qui nous sommes. Toute expérience de vie laisse sa trace, qu’elle soit positive ou non. C’est un fait.

Alors à toi qui a vécu la violence, voici mon conseil: Respire. Observe et choisit. À toi de décider la prochaine destination. N’hésite pas. Garde les épaules droites, ouvre les œillères et ose. Probablement que tu auras le vertige les premières fois mais tu comprendras rapidement que l’autre n’est pas une menace. Que s’ouvrir à ce qui nous entoure est une bien meilleure idée que de tenter d’avancer seule. Parce que dans leur fond, le bonheur c’est bien plus simple que de gérer des millions de peurs ! Et en plus ça goûte bon!