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Le prix de la liberté (ou : Mais pourquoi donc travailler?) – Texte : Nathalie Courcy

Pourquoi, donc, mon ado adorée, faudrait-il que tu travailles ? P

Pourquoi, donc, mon ado adorée, faudrait-il que tu travailles ? Pas nécessaire, t’sais ! Tu es logée, nourrie, habillée, transportée, éduquée. Tu as même des REEE engrangés pour payer tes prochaines années d’études, don généreux de tes parents si aimants (et si parfaits… awèye, avoue !) Qu’est-ce qui pourrait bien te motiver à utiliser tes précieux temps libres pour travailler au salaire minimum et te faire possiblement suer à répondre à la caisse à des clients pas tout le temps fins-fins ?

Tu as un bon point. Mais moi j’en ai sept ! Pis 7, ben, c’est un chiffre parfait. Faque, j’ai raison.

  1. Tu as le goût de t’acheter (cocher les cases appropriées):

a) Des bonbons trop sucrés, pas full recommandés par ton dentiste et ta mère grano.

b) Des vêtements à la mode qui coûtent un bras pis la peau des deux.

c) Du maquillage, de la teinture, tout ce qui ne rentre pas officiellement dans la catégorie « Essentiels de l’hygiène corporelle ou mentale ».

d) Un voyage quelque part (ça c’est cool, parce que la pandémie te donne plus de temps pour économiser !)

e) Un ordinateur ou une machine à coudre ou un char ou… n’importe quelle bébelle électrique ou à moteur qui ne fait pas partie du budget familial.

   2. Tu as des ambitions d’études, de carrière ou de vie qui t’amèneront (trop vite à mon goût) à vivre loin du cocon familial. Je veux bien t’aider, mais je ne suis pas prête à payer deux hypothèques pendant vingt ans.

   3. Ton vécu dans la famille et à l’école t’a permis de prendre beaucoup de maturité et d’autonomie depuis près de 18 ans. Mais là, c’est le temps de passer au niveau suivant d’un jeu nommé Reality Check. Ça se joue comme Mario Bross, sauf que les pièces de monnaie ne s’attrapent pas en faisant des acrobaties dans les airs (et tu ne peux pas t’amuser à perdre des vies… tu tomberais direct Game Over si tu sautais dans le vide, faque essaye pas). Et je te jure que quand tu TE trouveras, tu crieras VICTOIRE ben plus fort que quand Mario trouve la princesse.

   4. Je me doute que ton but dans la vie n’est pas de passer des codes-barres au-dessus d’une machine qui fait des BIP stridents mille fois par jour ou de faire des crèmes glacées enrobées dans le chocolat à l’érable version cabane à sucre saupoudré de sparkles Il n’y a pas de sots métiers, c’est ce que ma prof d’Éducation au Choix de Carrière (ECC, pour les vieux de ma trempe) disait, et je suis d’accord. Mais je te connais, tu as une vision plus… visionnaire ? Pendant que tu fais tes heures, un, tu ne te mets pas dans le trouble (dans une ancienne vie dans la capitale québécoise, on disait que le travail et les cadets sortaient les jeunes du Carré d’Youville et les empêchaient de devenir des poteux… dire que maintenant, c’est légal !!) et deux, tu apprends. Mais ma foi du bon Dieu, qu’est-ce que tu apprends donc ? Deux ou trois notions pertinentes, du genre la politesse, l’effort, la ponctualité, l’esprit d’équipe, l’adaptation aux imprévus, le respect, la valeur des choses et du temps, l’organisation. Et plein d’autres belles valeurs quétaines dont tu découvriras l’importance à un âge vénérable comme le mien.

   5. Que dire des lignes que tu ajoutes dans ton CV ! À 16 ans, on peut se permettre de n’avoir que des expériences de gardiennage et de bénévolat dans son CV. Mais à 26, c’est moins hot. Ça prend des références. Ça prend des compétences en plus des diplômes. Ça prend des preuves que tu peux être une bonne employée, ou une bonne employeuse. Ou une bonne ce que tu voudras être. Ça prend aussi de l’expérience d’entretien d’embauche, parce qu’entre toi et moi, se présenter en entrevue peut être aussi agréable que d’essayer des maillots de bain dans une boutique où tous les miroirs sont en dehors des cabines d’essayage.

   6. Et puis oui, ça prend de l’argent. Mauvaise nouvelle, hein ! Les choses ont un prix. Je ne veux pas t’écœurer, mais la vie coûte cher, même pour ceux qui font du 0 déchet minimaliste tirant sur la simplicité volontaire. C’est en gérant ton propre budget que tu apprendras que le montant qui sort de ton compte doit toujours être moins élevé que ce qui y entre. Maths de base, 1reannée du primaire. Avec le temps, tu continueras à comprendre les mystères des taxes, des rabais, des factures et des T4, la joie de faire tes impôts et la nécessité de payer tes cartes de crédit avant la date limite.

   7. Un jour, tu verras dans ton compte le nombre magique que tu attendais depuis un bon bout. Celui dont tu rêvais, celui pour lequel tu travaillais si fort. Tu verras le montant qui te permettra de t’acheter ce qui te donnera encore plus l’impression d’être une jeune femme autonome. Ce sera à toi, comme aucun vêtement ni aucun objet que j’ai pu t’acheter depuis ta naissance. (Je me souviens encore de la radiocassette avec deux haut-parleurs intégrés que je m’étais achetée « dans le temps »… 130 beaux dollars bien économisés. Ihhhh ! Que je me sentais grande !) Cette journée-là, peut-être que tu seras reconnaissante que je t’aie un peu botté les fesses pour que tu te trouves un emploi.

Mais ma grande, j’y pense. Je t’ai souvent dit que nos enfants ne nous appartiennent pas et que la plus belle valeur que je peux vous transmettre, c’est la liberté. Mais pas n’importe laquelle. Une liberté responsable et assumée. L’argent n’achète pas tout, bien sûr. Mais l’argent bien géré aide à atteindre ce type de liberté. Et c’est ce que je te souhaite.

P.S. Tu te souviens, hein, de ce qui est écrit en mini caractères dans notre contrat mère-fille ? Quand tu seras riche, tu m’amèneras faire un tour de machine au soleil et tu me payeras la crème glacée. Je vais prendre celle aux mangues avec enrobage de chocolat blanc. S’il te plaît.

Nathalie Courcy

Égo-médias

Je ne réinventerai pas la roue en parlant des aspects néfastes des

Je ne réinventerai pas la roue en parlant des aspects néfastes des médias sociaux. Mais en lisant le livre I Hate You. Don’t Leave Me de Jerold J. Krisman et Hal Straus, j’ai eu le goût qu’on parle de communication et d’humains, et oui, de médias sociaux.

Les médias sociaux sont nés en même temps que le millénaire. À ce moment, mes enfants étaient encore à l’état d’ovules célibataires dans mon ventre. Dans mon cœur, ils étaient déjà bien présents. Je les rêvais. Je rêvais qu’ils grandissent dans un milieu ouvert et communicatif comme celui qui m’a vue grandir. Et ouf ! Jusqu’à maintenant, la présence de la communication entre nous est inversement proportionnelle à celle des médias sociaux dans notre maison, ce qui est trrrrrès positif. Les écrans s’interposent parfois, mais c’est rare. Touchons du bois…

Certes, les médias sociaux servent à communiquer. À minuit en cachette des parents, c’est cool. En confinement, c’est pratique. Mais combien de jeunes (et de plus en plus d’adultes) sont encore capables de regarder leur interlocuteur dans les yeux en faisant une phrase complète ? Combien sont devenus incapables d’écrire ou de prononcer correctement les mots qu’ils abrègent en pitonnant ? Tout le monde sait qu’écrire « LOL », ça prend infiniment plus de temps qu’écrire « haha ! » (Je vous épargne la description de mon regard la fois où mon aînée a dit LOL au lieu de rire pour vrai. Elle n’a plus recommencé.)

Combien demandent à leurs parents ou à leurs frères et sœurs « Comment s’est passée ta journée ? », au lieu de seulement afficher sur une page ou dans une story leur quotidien, leurs pensées, leurs critiques de la société, ou encore la photo de leur dernier look ? Combien ont le « tu » sincère quand vient le temps de s’intéresser aux autres ? Combien textent leur mère au lieu d’aller la voir dans la pièce d’à côté ? Des couples le font aussi, je sais… (soupir)

Ok, ok, les médias sociaux incitent à centrer la parole autour du « JE », ce qui peut être positif. Connais-toi toi-même, comme disait l’autre. Mais dire « je-me-moi » ne revient pas à dire « Je me sens… quand… et j’ai besoin de… » Les bases de la communication non violente, ce n’est pas sur Facebook qu’on les apprend… Le « je-me-moi », c’est plutôt (quand utilisé à outrance, bien entendu) une méthode expresse pour faire gonfler le nombril et fondre les liens.

Sur les médias sociaux, nos « amis » sont des connaissances 95 % du temps. Kreisman et Straus parlent de « faux family », de fausse famille. Des faux proches, souvent, qui remplacent la famille traditionnelle, la famille élargie qu’on voisinait, les voisins de quartier à qui on pouvait se fier et la fierté qu’on ressentait d’appartenir à un groupe tissé serré. Je ne sais pas pourquoi, ça me fait penser à la fausse réalité des téléréalités et des influenceurs… Des personnes qu’on voit tellement souvent dans une journée qu’on pense les connaître et qu’on les prend pour modèles absolus.

Que dire de la communauté des « followers » ? En bon français, des « suiveurs »… C’est vraiment ce qu’on veut, être suivi plutôt qu’accompagné ? Suivre plutôt que côtoyer ? Comment fait-on pour approfondir une relation si tout le monde marche en parallèle, à distance virtuelle ? Au moins, le but est commun : gagner la compétition du plus grand nombre de followers… La célébrité et la richesse viennent juste après.

Et que font ces suiveurs ? Ils aiment nos publications à grands coups de Like et d’émoticônes sans mots 😃🥰😎😬. Ça, c’est de l’amour sincère ! Je serais curieuse de savoir combien de followers peuvent dire les mots « je t’aime » en personne, en regardant dans les yeux ou en échangeant un véritable câlin. Nos abonnés nous alimentent en informations sur leur déjeuner végan full santé, le dernier défi malsain à la mode, leur opinion sur la politique américaine ou la coupe de cheveux du prof de maths (ça dépend bien sûr de chaque compte). Même dans les années 80, on parlait de ces sujets (je vous dis, la coiffure des profs n’était pas vraiment mieux que celle du président d’aujourd’hui…) Mais on ne se définissait pas par ce qu’on partageait. C’était de passage et ça ne visait pas 3549 personnes.

Les Like s’ajoutent en quantité au bas de publications instantanées. Vive le moment présent, bien d’accord ! Une belle valeur. Si elle s’ajoute à la conscience du passé et du futur. Qu’en est-il de la capacité à s’enraciner dans un vécu et de se projeter dans un avenir rempli d’espoir ? Où est passée la joie de vivre un moment que pour soi, sans le photographier, sans le commenter, sans attendre qu’on y réagisse ?

L’être humain ne se résume pas à des snapshots arrangés par le gars du nombre de vues. Rien de nouveau sous le soleil, les internautes mettent bien ce qu’ils veulent sur les médias sociaux. Et cachent ce qu’ils veulent. Ils construisent une identité, une image de marque. Il faut se vendre. À quel prix ? Notre valeur marchande diminue au fur et à mesure que chute le nombre de Like et de suiveurs… suivie de près par notre estime personnelle et notre goût de vivre. Ça donne beaucoup de pouvoir à un piton de clavier, n’est‑ce pas ?

Comme le disent les auteurs du livre, l’égo est ce qui motive le plus les internautes à participer aux médias sociaux, puisque ceux-ci contribuent à leur capital social, intellectuel et culturel. Capital sans intérêt, il me semble, s’il n’est pas construit sur une communication humaine réelle.

Des fois, j’aimerais retourner avant les années 2000, et faire CTRL-ALT-DELETE. Sortir du programme sociétal dans lequel on s’est embourbés.

Nathalie Courcy

Ils nous font vivre les plus belles années de notre vie.

Nous étions des adolescents. Nous voulions plus de pouvoir, plus de respo

Nous étions des adolescents. Nous voulions plus de pouvoir, plus de responsabilités, plus de liberté. Nous nous sentions comme des lions invincibles pris en cages… Nous avions si hâte d’avoir un réel pouvoir de décision sur nos propres vies, sur l’avenir. Nous sommes tous passés par cette période un peu sombre où notre corps changeait et pendant laquelle on se sentait totalement impuissants.

Puis, jeunes adultes, nous tentions de notre mieux de profiter de cette nouvelle liberté, tout en essayant de nous construire une vie réelle d’adulte. Nous nous sommes heurtés à ces nouvelles responsabilités, si lourdes à porter. Les changements d’emplois, le parcours universitaire, les soucis financiers, etc. On imaginait une grande période digne des années Peace and Love, mais on a vite frappé le mur de la réalité.

Maintenant, adultes assumés, nous sommes comblés par la vie. Nous avons choisi nos carrières. Nous avons appris à nous connaître et par‑dessus tout, à nous respecter nous‑mêmes dans nos choix. Nous avons exilé de nos vies les personnes toxiques pour choisir de rester avec celles qui nous font du bien. Nous avons mis au monde des petits êtres. Puis, nous avons compris. Compris la vie.

Nous regardons ces petits humains, créés avec tant d’amour. Ils grandissent, s’épanouissent et découvrent peu à peu qui ils sont. Nous sommes tous persuadés que nos enfants accompliront de grandes choses. Et pour l’instant, on profite d’eux, de leur présence. Ils nous font vivre les plus belles années de notre vie. Rien de moins.

Quand ils partiront vivre leur vie, nos grandes maisons seront tout à coup plus propres, mais tellement plus vides. Nos portefeuilles seront plus pleins, mais cela nous semblera tellement futile… Le temps aujourd’hui file à une vitesse folle. Quand nous serons vieux, ce même temps passera un grain de sable à la fois et nos longues journées seront bien calmes.

Le meilleur de nos vies, c’est maintenant. Avec nos enfants. Avec ces petits êtres qui n’ont encore aucun souci sur les épaules. Leurs rires, leur amour, leur magie, leur naïveté… C’est tellement ça, la vie. Je pense que l’on a commencé à vivre réellement le jour où on les a mis au monde. On a beau être allés à l’école pendant vingt ans, ce sont ces petits êtres qui nous apprennent ce qu’est la vie, et ce, chaque jour.

Alors nous devrions tenter d’en profiter au maximum. Profiter d’eux. Les dettes vont être encore là dans vingt ans. Le ménage sera encore à faire dans vingt ans. Mais dans vingt ans, nous n’aurons plus la chance de partager nos quotidiens avec eux. C’est notre vie d’adulte que l’on devrait mettre sur pause pour prendre le temps de vivre leur enfance avec eux.

Ils sauront nous réapprendre toutes ces petites choses que l’on a oubliées. Regarder voler un papillon comme si c’était magique. Jouer dans la piscine sans se soucier de la température. Faire des bulles et trouver que c’est la plus belle expérience scientifique au monde. Se balancer au parc comme si c’était possible de s’envoler. Courir au ralenti à la Tag pour donner une chance aux plus petits de nous toucher. Pis être content d’être la Tag… Ne pas vouloir dormir ni aller se laver, parce que ce sont des minutes de moins à jouer…

Il est plus que temps d’arrêter de perdre patience en essayant de les faire entrer dans notre horaire, dans nos vies d’adultes. Il est plus que temps de mettre nos cerveaux sur pause pour vivre la vraie vie avec eux et à travers leurs yeux. Parce que nos enfants nous font vivre les plus belles années de notre vie. Maintenant. Alors, allez en profiter.

Joanie Fournier

 

La menace

C’est une soirée de juin, il fait enfin beau et chaud. Après avo

C’est une soirée de juin, il fait enfin beau et chaud. Après avoir travaillé dur et passé une heure dans le trafic pour traverser les ponts, je suis enfin sur l’île de Montréal. C’est le début des festivals, la première soirée des FrancoFolies.

J’entre sur le site et lorsque l’agent de sécurité regarde furtivement dans ma sacoche, je commence à me sentir inconfortable. Quand je réalise que cet agent n’a pas fouillé le sac à dos de mon ami, mon cœur accélère et ma respiration est trop courte. Je me mets à regarder partout autour de moi. On me souhaite une bonne soirée avec un grand sourire.

Ce sourire m’a fichu la trouille. J’aurais préféré que tu vides mon sac à terre et que tu vérifies qu’il n’y avait rien dedans susceptible de blesser des humains. Parce que, de fait, il est possible que quelqu’un ait apporté illégalement quelque chose sur le site… Suis-je devenue paranoïaque? Est-ce normal d’avoir ce sentiment d’insécurité au Québec? Est-ce devenu une réalité ou je m’en fais pour rien? Suis-je réellement en sécurité à Montréal?

Mon rythme cardiaque continue de s’accélérer… c’est trop facile de rentrer ici. J’ai peur. Ils disent qu’il n’y a pas de menace. Je dois donc relaxer et en profiter…

Nous nous approchons de la scène en sirotant une bière. Le monde est à la fête… la foule s’accumule devant la scène. Des milliers de gens sont autour de moi. Et peut-être… que pas loin… dans un sac…

J’ai peur. Je ne veux pas finir déchiquetée ou poignardée dans les rues de Montréal, je refuse qu’un fou m’écrase ou me tire dessus.

Je tremble. Je sens la menace. Personne ne me fera croire que je suis en sécurité. Quel que soit l’endroit où je me trouve sur la planète, je me sens maintenant en danger dans une foule.

J’ai peur. Mais je décide de rester. Si ça arrive, je mourrai heureuse. Si ça arrive, je mourrai libre.

Je refuse que cette menace m’empêche de vivre, d’aller voir des shows, de danser et de chanter le Québec. Les nombreux agents de police présents au milieu des festivaliers me rappellent que notre monde a changé… que les bombes et les coups de feu ont fait disparaître notre insouciance…

Je garde les yeux ouverts. Car nous sommes tous des armes face à cette menace. Ne nous endormons pas au soleil. Soyons vigilants. Chaque jour. Chaque soir. La menace fait partie de notre vie maintenant, nous devons faire avec. Mais ne l’oublions pas.

Arrêtez de dire que la menace n’existe pas. Elle est partout.

Gwendoline Duchaine

Le bonheur éphémère

Au moins une fois par jour, j’embrasse mes enfants sur le front, e

Au moins une fois par jour, j’embrasse mes enfants sur le front, en me disant que tout va beaucoup trop vite. Parfois, j’ai même peur qu’un malheur frappe et que mon précieux bonheur me soit cruellement arraché. Vous savez lorsque vous êtes comblé, que tout va pour le mieux et que soudainement vous vous dites : « C’est trop beau pour durer, quelque chose va certainement arriver…»

 

Je ne suis pas pessimiste de nature, au contraire, je vois toujours le positif de chaque situation, de chaque personne. Mais lorsqu’il est question de mes enfants, malheureusement, c’est tout le contraire.

Vous savez lorsque votre enfant est malade, qu’il tousse la nuit et que vous vous retenez d’aller mettre votre grosse face de maman inquiète (ou de papa inquiet) au-dessus de la bassinette ? Juste pour voir si tout va bien. Et voilà qu’une idée tel un éclair vous traverse la boîte crânienne… Et si votre précieuse progéniture ne se réveillait pas? Et du revers de la main vous balayez cette macabre pensée de peur qu’elle n’arrive pour de vrai.

Est-il possible de trop aimer ses enfants? Parce que sous toute logique, si je les aimais moins, je ne serais pas aussi craintive face à leur destin! Faudrait sérieusement penser à inventer une «Switch à off» pour tous les « Et si… ? » Et s’il ne revenait pas à la maison? Et s’il tombait du gros module de jeux? Et si j’avais un accident d’auto? Et si… Et si… Et si… ????

Une Switch à off s’il-vous-plaît!!! Je parais anxieuse, mais en réalité, je ne le suis pas. Sauf encore une fois, s’il s’agit de mes enfants. Mais pourquoi? Pourquoi je n’arrive pas à faire confiance à la vie comme je l’ai fait pour la mienne? Je m’en sors très bien! Bon ok, j’ai été égratignée, je dirais même écorchée en cours de route, mais résultat : je me suis relevée et je suis plus forte que jamais.

Le problème est exactement dans ces dernières lignes. Quelque chose arriverait à mes enfants que je ne serais pas capable de me relever. Je serais vide, détruite, anéantie.

Moi qui n’étais même pas sûr de vouloir des enfants, me voilà transformée en vraie maman poule! Je couve mes petits poulets avec une telle passion qu’ils se transformeront peut-être en œuf brouillé!

Mais vous savez quoi? Même si j’ai souvent envie de dire “non” à leur demande, je réponds “oui”. Parce que je les aime trop pour les étouffer. Parce que je pense à leur bien-être avant le mien. Ce sont les combats silencieux d’une mère aimante.

 

Nos jeunes enfants, notre santé, notre jeunesse, tout est éphémère! Alors, profitons-en comme si c’était toujours la dernière fois. Parce que viendra le jour où vous pourrez vous dire : j’en ai profité au maximum et j’ai fait de mon mieux! Tout simplement. Sans vous dire : « Et si… »

 

 

Élever des humains : la mort, on explique ça comment?

« L’été, c’est fait pour jouer » chantaient nos deux marionnettes à l’air hagard préf

« L’été, c’est fait pour jouer » chantaient nos deux marionnettes à l’air hagard préférées, Cannelle et Pruneau. C’est un moment où l’on s’habille plus léger, où l’on mange plus léger… où l’on se sent plus léger. Les médias nous proposent des émissions aux contenus plus légers et même dans les journaux, virtuels ou non, les articles sont souvent… enfin, vous avez sûrement compris le principe.

C’est avec cette ambition de légèreté que je réfléchis à des textes pour vous tout en continuant de vivre ma vie. Je préparais donc mon voyage en famille tout en sifflotant; pour moi, le mot « léger » vient automatiquement avec l’image du gars qui sifflote. Tu ne peux clairement pas siffloter un air grave; c’est certain qu’il sera léger. Mais je m’égare…

Bref, je vis ma vie et PAF! : quelqu’un termine la sienne. Quelqu’un de proche. Ma grand-mère maternelle rend son dernier souffle. Une fin paisible… calme… prévue. Le genre de fin qui s’étire en longueur. Celle qu’on déteste et qui fait mal y compris aux proches qui assistent à tout ça, impuissants. Celle qui épuise. Celle qui nous pousse à dire des phrases un p’tit brin insipides comme « elle est bien mieux là-bas », en pensant, à tort, adoucir la douleur…

Comment explique-t-on à son enfant de cinq ans qu’une personne n’est plus? Parce que L’héritier a déjà rencontré à plusieurs reprises ma grand-mère. Et il s’en rappelle de sa mémé qui était malade et qu’il a vue à l’hôpital v’là deux ans. Elle ne parlait plus, ne se levait plus… mais avec son simple regard et la « poigne » qu’elle avait encore dans sa main droite, elle a su créer et garder un contact intime avec lui.

Comment on explique ça? On pourrait faire semblant qu’elle n’a jamais existé; on ne lui en parle plus, tout simplement. À cinq ans, il ne pensera plus à elle et il passera à autre chose. Une bonne « Pat’ Patrouille » et tout sera comme avant. Mais ce n’est pas notre genre de fuite; moralement, je ne serais pas capable d’assumer ça. Un mensonge par omission (par choix ou non), c’est un mensonge quand même pis ça fait d’la peine au p’tit Jésus. Cela dit, je ne suis pas en train de dire que je ne mens jamais à mes enfants; oui, y’en reste des biscuits, mais c’est déjà le deuxième que tu manges faque ça s’peut que j’invente qu’y’en reste pus. Les hauts d’armoires ne sont pas là que pour faire beau dans nos cuisines. Que celui qui n’a jamais péché me lance la première poignée de gravaille.

Mais pour un sujet aussi important que la mort, un enfant a le droit d’entendre la vérité même s’il n’est pas en mesure d’en comprendre toutes les subtilités. Si quelqu’un lui invente qu’elle est partie faire un long voyage, ça ne sera certainement pas moi. C’est plus imagé et fait moins de peine que de parler de la mort, mais c’est un mensonge.

Chez nous, on a toujours tout expliqué; parfois trop, peut-être. Mais ça fait des enfants plus sensibles et intelligents. J’ai pas de preuve, mais j’aime penser que quand on veut élever des humains, on doit les traiter en humains dès le début.

Nous avons donc parlé de la situation avec L’héritier dans des mots simples qu’il a visiblement compris. Je dis « visiblement » parce que voici un résumé d’une discussion qu’il a eu avec sa tante Lolo peu de temps après, sur la route qui nous a mené aux Îles-de-la-Madeleine.

  • Tu sais, Lolo, y’a quelqu’un qui est mort aux Îles-de-la-Madeleine.
  • Ah oui? Qui?
  • C’est Mémé. (…) Est-ce que tu penses qu’on peut lui parler quand même?
  • Oui, sûrement.

L’héritier a alors levé la tête vers le ciel, même si personne ne lui a parlé d’aller au ciel (!) :

  • Salut Mémé. Moi, j’aurais aimé ça que tu restes ici.

Quand on veut élever des humains, on doit les traiter en humains dès le début. J’aime constater la sensibilité des enfants. Ne leur cachons pas les vérités, même celles qui ne sont pas confortables pour eux. Même l’été, il peut arriver des événements moins légers; c’est la vie. Notre job comme parents, c’est aussi de les préparer à ça; pas juste de leur expliquer comment trouver de faux Pokémons dans un vrai stationnement de McDo.

Salut Mémé Lapierre; merci pour tout et surtout… bon voyage!