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Je pensais être trop vieille pour tout ça – Texte : Joanie Fournier

J’ai commencé ma famille quand j’étais très jeune. C’était voulu

J’ai commencé ma famille quand j’étais très jeune. C’était voulu, c’était ça mon plan de vie. Je voulais profiter d’eux, avoir de l’énergie et être cette jeune maman cool qui peut les suivre dans toutes leurs activités.

Mais la vie décide de bien des choses à notre place et parfois, son plan à elle est plus fort que le nôtre. Dix ans plus tard, je retombais enceinte. Même papa, même amour, même bonheur, mais quelle surprise !

Et je vais être honnête, après 30 ans, je pensais vraiment être trop vieille pour tout ça. Je pense que c’est un gros tabou dans notre société. J’ai souvent eu peur de l’admettre devant les autres. Parce que certaines femmes décident d’avoir des enfants plus tard et que je respecte leur choix à 100 %. Certaines femmes aussi ne pensaient pas en vouloir et finissent par changer d’avis en vieillissant. D’autres rencontrent le bon partenaire plus tard. Bref, à chacune son parcours et c’est bien correct comme ça.

Mais MOI, moi avec moi, je pensais être trop vieille pour recommencer. Quand j’ai su que j’étais enceinte et que la vie nous avait fait cette surprise, j’ai eu peur. J’ai commencé à calculer l’âge que j’aurai quand ce bébé sera adolescent… J’ai commencé à me demander à quel âge les enfants partiront de la maison. Je me suis demandé si j’avais encore la force d’accoucher. Si j’avais encore la patience de bercer toute la nuit. Si j’avais encore assez de douceur pour allaiter, pour chanter des berceuses… Je me suis demandé, puisque tous mes autres enfants étaient maintenant grands, si j’étais trop vieille pour tout cela.

Puis, bébé est arrivé. Et je suis retombée en amour. Une cinquième et dernière fois. Je suis tombée en amour avec ce petit être, qui ne demandait qu’à être aimé. Je me suis surprise à le sentir, mille fois par jour, pour que son odeur s’imprègne dans ma mémoire. Je me suis surprise à le regarder dormir la nuit, moi qui me demandais quelques mois plus tôt si j’allais arriver à le veiller tard. Je me surprends chaque jour à être attendrie par son sourire et ses yeux coquins. Je suis en amour. En amour « ben raide ».

Mais bon, pour avoir eu des enfants dans la vingtaine, je peux affirmer que, dix ans plus tard, c’est vraiment pas la même game. Ho que non ! Faire des nuits blanches à 25 ans, c’est facile. Faire des nuits blanches à 35 ans, c’est de la torture. Allaiter à 25 ans, c’est doux et fusionnel. À 35 ans, ça l’est tout autant, mais mausus que j’ai eu plus hâte de retrouver mon corps à moi et juste à moi. Accoucher à 25 ans, c’est comme courir un marathon. C’est un gros défi, c’est souffrant, mais tu t’en remets vite après ! À 35 ans… accoucher, c’est comme courir un marathon, avec une jambe dans le plâtre, sous la pluie et avec une poche de patates dans le dos. C’est pas mal plus souffrant, pis non, tu ne t’en remets pas aussi vite. Dans la vingtaine, j’ai eu quatre grossesses en quatre ans et je n’ai gardé aucune vergeture. Dans la trentaine, une seule grossesse et j’ai l’air d’une tigresse.

Parce que le corps a vieilli, pis il est fatigué. Pis là, j’ai compris pourquoi les femmes commençaient à avoir des enfants bien plus tôt dans l’temps… parce que je suis persuadée que plus t’es jeune, plus c’est facile pour le corps.

Évidemment, avoir des enfants plus tard, ça apporte de la sagesse, de la maturité, une sécurité financière et professionnelle, etc. Mais je vais vous le dire, moi. Pour avoir vécu des grossesses dans la vingtaine et dans la trentaine… c’est sur le corps qu’il y a une différence ! Je ne me plains pas du tout. Je constate.

Et je veux lever le voile sur ce tabou. J’aurais aimé ça que quelqu’un me parle de tout cela quand j’étais jeune. Je pense que certaines mères ont tellement peur d’offenser les autres, qu’elles ne parlent que du positif. Comme si une mère n’avait pas le droit d’être épuisée. Comme si ça faisait d’elle une mauvaise mère, une mère ingrate.

Je refuse. Je suis fatiguée. Je suis épuisée. Et je remercie la vie chaque jour de m’avoir offert la chance de vivre ce bonheur une dernière fois. Je suis une bonne mère. Et j’ai le droit de dire qu’après 30 ans, je trouve ça plus dur. Mon corps est vieux, bon. C’est un fait. J’adore mon bébé, je suis en amour avec lui. Mais oui, quand je fais le cheval à quatre pattes avec bébé sur mon dos, c’est vraiment plus souffrant qu’avant de me relever ! Ça fait que je reste couchée un peu plus longtemps par terre avec lui, pour reprendre mon souffle, mais aussi pour savourer l’odeur de son cou juste encore un peu.

Joanie Fournier

 

Je me suis perdue

Je me suis perdue, et j’en ai conscience. Chaque jour, je retrouve devant

Je me suis perdue, et j’en ai conscience. Chaque jour, je retrouve devant le miroir une personne que je ne reconnais pas. Chaque jour, je retrouve ce que j’ai toujours jugé.

Je l’admets, je t’ai jugée, toi qui as passé la trentaine à ne pas prendre soin de ton apparence et de ton âme. Je t’ai jugée avec tes joggings sales, ton chignon défait, ta trâlée d’enfants habillés de vêtements dépareillés. Je t’ai jugée avec tes cernes, ton mascara inexistant et ton peu d’estime de toi. Faut se l’avouer, tu étais à la fois tout ce que je voulais et tout ce qui me rebutait. Tu étais une mère à la tête de ta famille, tu étais importante, mais tu n’étais plus que l’ombre de toi‑même.

En fait, c’est ce que je me disais. Je m’expliquais mal tout ça. 

Parce que hey… MOI, j’avais deux enfants, un chum incroyable, un travail, un poids idéal et pas encore l’ombre d’une ride. J’avais 27 ans et j’étais fière de moi… mais je t’ai secrètement jugée. Je l’avoue. L’espace d’un instant, je t’ai regardée et je me suis dit… jamais je ne serai comme toi. Puis, j’ai continué mon chemin, avec mes enfants, mon mascara, ma toque juste assez défaite pour qu’elle soit belle et avec mes rondeurs inexistantes. 

Toute ma vie, j’ai su que le karma existait. En fait, pour moi il est toujours là. Tout près. 

En fait, je ne sais pas si je peux appeler ça le karma, ou tout simplement la vie. 

Depuis toujours, la vie se charge de me faire vivre les situations que j’ai jugées, pour que je puisse apprendre et comprendre.

Aujourd’hui, j’ai trois enfants. Je les aime. Mais je suis parfois/souvent épuisée.

Aujourd’hui, j’ai un travail que j’adore, mais j’ai pris la décision de ne plus vouloir atteindre les étoiles pour réussir. Je suis bonne dans mon travail, je pense même être excellente. Par contre, je prends ce qui passe. Je me dis qu’un jour, mes enfants seront grands et je travaillerai des 60 heures par semaine pour atteindre mes buts. J’ai choisi de les faire passer avant moi et avant mes rêves.

Aujourd’hui, j’ai 40 livres de plus qu’il y a deux ans. Je porte les mêmes leggings depuis neuf mois. J’ai quatre chandails qui me font dans ma garde-robe beaucoup trop pleine de vêtements qui représentent qui j’étais avant. J’aime bien en rire. Ça rend le tout si normal… Rendre les choses normales, les banaliser… ça aide à ne pas faire face à la réalité, non ?

Aujourd’hui, j’ai réalisé que je n’ai pas fait mes sourcils depuis… beaucoup trop longtemps. Ç’a l’air de rien, mais avant… ça ne serait pas arrivé.

J’ai aussi réalisé que je ne mets plus de mascara ni de cache‑cerne. Que mes cheveux sont remontés négligemment en toque parce que je n’ai pas le temps de les placer.

Aujourd’hui, j’ai reçu des vêtements que j’ai achetés en ligne. Je m’imaginais déjà dedans. J’avais hâte. Je les ai enfilés avec empressement et je n’ai pas reconnu la personne devant le miroir. 

Je me suis perdue…

Je n’ai jamais osé parler aussi ouvertement parce que j’avais peur du jugement. 

Je sais très bien que parmi vous, plusieurs se diront que je chiale pour rien. Certaines d’entre vous ont un poids plus élevé que le mien, d’autres rêvent d’engraisser. 

J’entends déjà les soupirs et les pleurs de celles qui ne peuvent avoir d’enfants et qui donneraient tout pour ne pas avoir les sourcils faits et pour tenir un petit être dans leurs bras. 

Secrètement, je vous entends… et je sais que vous avez toutes, à votre façon, raison.

Je sais aussi que des femmes comme moi, il y en a beaucoup. Et j’avais envie de leur dire qu’elles ne sont pas seules. 

J’ai envie de dire qu’il est temps que nous reprenions le contrôle de notre vie et de notre corps. 

Je ne veux pas être celle que je deviens, et je ne veux surtout pas dire à mes filles que c’est correct de s’oublier.

J’étais et je suis encore une femme de carrière. Une femme fière. Je serai toujours celle que je veux être. Je dois seulement apprendre à m’aimer assez fort pour me respecter. 

Ça ne veut pas dire de mettre mes enfants de côté… JAMAIS !!! Je serai toujours un pilier pour eux. Mais je veux devenir un pilier pour moi‑même d’abord et avant tout. Je veux être forte pour moi, et pour eux.

Je pense qu’aujourd’hui… il est temps que je me retrouve.

J’ai trente ans, au secours !

C’est bien beau le terrible two, le fucking four

C’est bien beau le terrible two, le fucking four… mais la crise de la trentaine ELLE ?

Qu’on se le dise, il n’y a pas juste les enfants qui nous en font vivre de toutes les couleurs. J’embarque à deux pieds joints dans la trentaine et je m’aperçois que plusieurs changements opèrent dans mon corps, mais surtout dans ma tête! Je réfléchis beaucoup plus qu’à l’habitude et mes pensées vont beaucoup trop loin. C’est fou comme un simple changement de chiffre peut venir nous chambouler. On entend plus souvent parler de la crise de la quarantaine chez les hommes, mais la crise de la trentaine chez les femmes, c’est plutôt tabou. Pourquoi ? Parce que c’est nous qui portons nos enfants et que ce n’est pas politically correct de vivre une certaine rébellion ?

Je suis concrètement dans une période de ma vie que je ne pensais jamais vivre. J’ai trente ans, trois beaux garçons, un conjoint, une maison. J’ai pas mal tout ce que peut espérer une femme dans sa vie. J’ai eu mon premier enfant à vingt-et-un ans. J’étais heureuse, j’avais, selon moi, assez profité des dernières années pour être prête à m’engager dans cette nouvelle vie. Lorsque je regarde mon entourage, je vois que nous ne sommes pas tous au même point dans nos vies et je suis contente de ce que nous avons accompli. On a trimé dur mais on y est arrivé.

Puis là je m’auto-flagelle parce que dans ma tête, tout se bouscule. Je suis en constante remise en question quant à ce que j’ai accompli de bien depuis les dix dernières années. Je m’attarde à tout ce que j’aurais pu faire différemment. Mes études, mes choix de carrière, tout y passe. Est-ce que je retourne sur les bancs d’école à trente ans, entourée de jeunes de dix-huit ans qui sortent faire la fête toutes les fins de semaine ? Est-ce que mon travail me satisfait pleinement pour avoir envie de me lever tous les matins pendant trente ans encore ? Pourtant mes amies ont fait leurs études avant leurs enfants et elles semblent heureuses. Il faut croire qu’à vingt ans, moi, je ne voyais pas ça du même œil.

J’ai l’impression d’être un enfant de quatre ans qui ne sait pas ce qu’elle veut et qui est prête à faire le bacon à la moindre contrariété. L’affaire c’est que quand on est adulte, c’est un peu plus weird de faire le bacon. Il faut s’assumer en tant qu’adulte, parce que oui, à trente ans, on est vraiment des adultes. On n’est plus dans l’ère de la vingtaine où c’est permis d’être plus vulnérable. Je regarde autour de moi, des couples, des femmes ou des hommes célibataires, avec ou sans enfants, puis j’ai la mauvaise manie de me comparer. Pourquoi eux ont la maison à 700 000$ avec deux boulots similaires aux nôtres, de belles autos et ils arrivent même à voyager. Est-ce que j’ai fait quelque chose de pas correct ? Est-ce que je dépense tant que ça dans des trucs plus ou moins nécessaires.?Pourtant ma maison n’est pas si mal, elle nous convient bien et est suffisamment grande. Mais j’envie ce qui se passe ailleurs. Je n’ai jamais été comme ça et je n’aime pas ça. Tout ça c’est dans ma tête et je me dis que je ne dois pas être la seule à vivre ces remises en question. Pourquoi on en parle pas ? Je ne crois pas être une mauvaise fille, mère ou épouse pour autant. Mon cerveau m’envoie juste des petits messages plus étranges qu’à l’habitude.

Puis mon corps lui, celui où mes trois enfants ont habité pendant neuf mois, il n’est pas parfait. Mais ça, ça me dérange moins. J’aimerais par contre avoir la force, la volonté de m’entrainer comme ces mamans qui y arrivent plusieurs jours par semaines. Juste pour me sentir bien. Mon muffin top pourrait certainement être travaillé mais je ne me sens pas moins femme pour autant. À trente ans on est entre deux lignes directrices. Même pour l’habillement. Il ne faut pas s’habiller d’une certaine manière pour ne pas avoir l’aire trop jeune, mais il ne faut pas non plus s’habiller trop en madame parce qu’on a juste trente ans. Helllooo on peux-tu juste être nous-même ?

Malgré le fait que j’ai l’impression de vouloir vivre une seconde jeunesse, j’essaie de me raisonner. Je regarde ma sœur, trente-quatre ans, belle, célibataire, sans enfant. Certains soirs je l’envie pour sa liberté, sa tranquillité d’esprit, ses horaires non-surchargés. Puis, je pose la tête sur mon oreiller et je souris. J’aime mon chaos, pourquoi je voudrais changer ce dont j’ai toujours rêvé ?

Finalement, en ce début de trentaine, je suis probablement là où je devais être.