Archives mai 2022

Tu me manques, mon homme – Texte: Joanie Fournier

La vie va vite. Trop vite. Une fois embarqué sur les rails, le train fonce à toute vitesse. La rou

La vie va vite. Trop vite. Une fois embarqué sur les rails, le train fonce à toute vitesse. La routine, les enfants, nos jobs, nos projets. Les enfants arrivent, on essaie de profiter d’eux. Ils poussent, ils grandissent, ils courent vers leur avenir. On court derrière eux, comme pour attraper au vol chaque souvenir avec lequel on peut s’emplir le cœur. On nous répète depuis le premier jour que ça va vite, mais on a à peine le temps de cligner des yeux pour le réaliser.

Les jobs s’enchaînent, les postes se succèdent, les défis continuent de pleuvoir. Pleuvoir tellement que parfois, les mers se déchaînent et qu’on rame de plus en plus fort pour survivre. On prend plus de dossiers, on croule sous les piles. On n’a pas le temps de tout faire, mais on continue d’accepter d’en faire plus. Parce que la vie, elle, elle coûte de plus en plus cher et qu’il faut comme en prendre toujours plus pour y arriver…

Les projets continuent de grandir, les rêves grandissent dans nos têtes. On veut voyager, on veut plus d’espace, on veut changer d’air. On veut démolir, agrandir, rénover et bâtir. Quand un projet se termine, un autre commence, comme le coq qui chante chaque matin. C’est plus fort que nous. On en veut toujours plus.

Le temps file. Les années passent. C’est facile dans cette course de s’effacer, de s’oublier. On a l’impression souvent que la vie parentale n’est qu’un grand marathon. Personne ne part en même temps, personne ne termine sa course au même moment et chacun a sa vitesse. Mais on court tous. Derrière nos enfants pour les encourager. Avec nos enfants pour prendre le temps de jouer. Devant eux pour les amener à se surpasser.

Parfois, dans cette course effrénée contre la montre, nos regards se croisent, mon homme, et le temps se fige un instant. Juste quelques minutes où on ne pense plus au cliquetis du chronomètre de nos vies. Je vois dans tes yeux que tu es aussi à bout de souffle. Je sens ta bouche qui m’appelle et qui nous hurle de prendre le temps. Je sens nos corps qui se manquent l’un à l’autre. Dans quelques années, nous regarderons le parcours derrière nous et réaliserons que nous avons franchi la ligne d’arrivée sans même nous en apercevoir. Nous chercherons des bribes de souvenirs de cette vie trop rapide.

Tu me manques, mon homme. Je m’ennuie du temps où on se contentait de dormir sur un matelas sur le sol, dans un tout petit appartement. Je m’ennuie du temps où on soupait avec des céréales parce que c’était tout ce qu’on pouvait se permettre, mais que ça nous suffisait. Je m’ennuie du temps où on passait nos nuits à rire, à parler et à se chercher. Je m’ennuie du temps où plus rien autour de nous deux n’avait d’importance.

Je pense que c’est normal. De courir après le temps. De se remémorer le temps où nos seuls soucis n’avaient en fait rien de sérieux. Ce serait si naïf de penser que vivre minimalement nous ramènerait dans ce temps-là. Parce qu’on a vieilli, changé, évolué. Une fois qu’on a appris à courir, c’est si difficile de ralentir sa cadence.

Pourtant, il va bien falloir arrêter le temps. Mettre nos vies sur pause. Confier nos enfants. Refuser de gros dossiers. Arrêter de rénover. Et prendre le temps de se retrouver. Parce que c’est si tendre d’arriver à s’ennuyer, mais il faut se souvenir des raisons qui faisaient qu’on courait ensemble. Parce que si on ne prend pas le temps de croiser nos regards, d’écouter nos corps qui s’appellent et de se rappeler combien on s’aime, on aura couru tout ce marathon pour rien. Un jour, on sera retraités. Les enfants auront quitté le nid et la société n’aura plus besoin de nous. Mais je veux sentir qu’on sera toujours unis, côte à côte, de l’autre côté de la ligne d’arrivée.

Joanie Fournier

La guerre, la guerre… Texte : Nathalie Courcy

La guerre en Ukraine a éclaté au grand jour des médias il y a presque trois mois. Au début, les

La guerre en Ukraine a éclaté au grand jour des médias il y a presque trois mois. Au début, les réseaux de nouvelles étaient saturés d’images du conflit, de statistiques, d’explications, de commentaires inquiets de la population. Puis, les « autres » nouvelles ont refait surface. Parce que même quand l’Ukraine se fait envahir, la vie quotidienne poursuit son cours ailleurs dans le monde, et même dans les chaumières ukrainiennes.

Un article a été publié aujourd’hui, demandant si les Canadiens avaient « déjà » perdu l’intérêt pour ce qui se passe en Ukraine. C’est venu me chercher quelque part dans ma fibre de pacifiste informée.

Ce qui se passe en Ukraine se passe dans plein d’autres endroits dans le monde. Mais c’est caché. Ou non diffusé. Ou moins économiquement intéressant. Pour qui ? Pourquoi ? Le drame ne se limite pas aux territoires attaqués par la Russie, comme la famine ne se limite pas à l’Éthiopie ou au Yémen. Ça n’enlève rien à la tragédie qui se déroule présentement en Europe orientale. Nous pouvons partager nos pensées et nos ondes positives avec tous les humains touchés par la guerre. De chaque côté de toutes les frontières même (surtout) en continuant de vivre.

La question à savoir si les Canadiens (ou le monde en général) se désintéressent du conflit en Ukraine est légitime. Peut-être que ceux qui voulaient envoyer des dons ont donné. Peut-être que ceux qui étaient prêts à accueillir des familles réfugiées sont déjà dans le processus. Peut-être que plein de personnes lisent encore les nouvelles avec attention et en discutent avec leurs proches. Il y a plein de façons de s’intéresser à une situation mondiale sans que ça paraisse nécessairement dans les médias ou dans les statistiques.

Mais je ne suis certainement pas la seule qui, à un certain moment, a eu besoin d’un peu de calme mental. Une question de santé mentale… Regarder des vidéos de guerre tous les jours, à tous les postes, ça draine et ça n’aide pas ceux qui vivent la guerre à se sentir mieux ni à être plus en sécurité. Lire plusieurs fois par jour qu’une tuerie a eu lieu, qu’une enquête est en cours, que tel président ou tel premier ministre a déclaré qu’un dirigeant est un gros pas fin, ça m’épuisait. Ça me siphonnait de l’énergie. Ça me rendait triste. Ça m’éteignait. Et ça n’aidait personne. Je sentais monter en moi un sentiment d’injustice profonde qui était en train de se transformer en désespoir face à l’humanité.

Je suis plus capable d’amener de la lumière et de l’harmonie dans mon cœur, dans ma famille, dans mon entourage si je ne suis pas obsédée par la violence du monde. Mes enfants sont moins anxieux si on parle de leur journée au souper au lieu de s’inquiéter du sort de l’humanité. Je suis suffisamment informée pour répondre à leurs questions s’ils en ont et pour discuter de la situation avec des collègues ou d’autres adultes. Cependant, je veux conserver de l’espace mental pour autre chose. Même mon corps tendu m’indiquait qu’il était temps que je décroche.

Chers Ukrainiens, chers Russes, chers Européens, chers humains, cher tout le monde qui souffre, qui a peur, qui a faim, qui est en danger : je pense à vous, je vous envoie de la lumière, et sachez que je contribue à ma façon à la paix dans le monde, même si je ne passe pas mes journées à lire le dernier article sur la guerre ou en regardant la dernière vidéo de quelqu’un qui s’est fait tirer dans le dos.

Nathalie Courcy

Les pleurs sous la douche – Texte : Stéphanie Dumas

Il faut ici et maintenant parler d’un sujet capital entre mamans. Il faut mettre au grand jour un

Il faut ici et maintenant parler d’un sujet capital entre mamans. Il faut mettre au grand jour un fait réel dont nous sommes toutes victimes. Il s’agit des pleurs sous la douche que nous hallucinons toutes !

Je n’avais jamais entendu de maman parler de ces pleurs avant de devenir une maman moi-même. Puis, ils sont arrivés sans avertissement lorsque j’ai pris ma première douche à la maison pendant que bébé dormait paisiblement. J’ai vraiment cru entendre les pleurs de mon enfant. Je me suis donc empressée de sortir de la douche. Pourtant, dès que j’ai coupé l’eau et ouvert la porte de la douche, je n’ai entendu que le silence. L’image sur le moniteur m’a également confirmé que mon enfant dormait toujours.

Combien d’entre nous sommes les victimes de ces pleurs fantômes ? Pour en avoir discuté avec mes amies, je crois pouvoir affirmer que nous sommes toutes des victimes. Ces hallucinations sonores nous empêchent de prendre une douche sans nous presser lorsque nos enfants sont dans les bras de Morphée. Dès que nous refermons la porte et que les premières gouttes d’eau frôlent notre peau, les pleurs se font instantanément entendre. Nous nous empressons alors de vérifier s’ils sont réels et s’ils ne le sont pas. Puis, nous terminons de nous laver en quelques minutes pour ressortir rapidement afin d’être rassurées.

Sont-ils un élément qui vient de pair avec la maternité ? Je ne sais pas si la réponse à cette question se trouve quelque part. Si une maman la possède, je la prie de la partager afin de toutes nous libérer de ce sort.

J’aimerais aussi savoir si seulement les mamans sont sujettes à imaginer ces pleurs ou si les papas sont aussi des victimes. Je n’ai pas osé demander à certains d’entre eux. Je ne sais pas, on dirait que quelque chose m’empêche de poser cette question aux pères. J’imagine des regards intrigués face à ma question.

Bref, j’ai décidé de lever le voile sur les pleurs fantômes qui nous empêchent toutes de profiter de quelques minutes de quiétude sous la douche. Maintenant, que celles qui les entendent comme moi lèvent la main !

Stéphanie Dumas

Soi-même parmi les jaloux – Texte : Arianne Bouchard

Quand j’étais plus jeune, comme beaucoup de jeunes filles, j’avais une faible estime de moi-mê

Quand j’étais plus jeune, comme beaucoup de jeunes filles, j’avais une faible estime de moi-même. Je me sentais différente, laide et mal aimée. Les commentaires récurrents visant à m’atteindre parvenaient à se frayer un chemin jusqu’à mon cœur, l’effritant chaque jour un peu plus. J’avais beau avoir des personnes exceptionnelles autour de moi qui m’aimaient, me trouvaient belle et qui appréciaient ma compagnie, c’est comme si dans la balance du bien et du mal, le mal l’emportait toujours. Je me sentais mal aimée, parce que je ne m’aimais pas moi-même.

Avec de l’expérience et du recul, si je pouvais serrer dans mes bras la plus jeune version de moi-même et lui parler, voici ce que je lui dirais humblement :

Ma chère enfant, tu es magnifique. Je ne dis pas cela uniquement parce que je suis une version plus âgée et améliorée de toi-même, mais plutôt parce que c’est une généralité : tous, nous sommes magnifiques, à notre façon. Tous, nous sommes beaux, puisque la beauté est dans les yeux de celui qui regarde. Même si certaines personnes ne te trouvent pas forcément attrayante, tu n’en restes pas moins belle aux yeux d’autres personnes. Il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier ! Tu n’as pas besoin d’être la plus belle. Tu n’as pas besoin d’être parfaite. Il y aura toujours quelqu’un pour te trouver parfaite avec toutes tes imperfections et qui t’en aimera que davantage. La perfection n’existe pas. Il faut que tu cesses de te mettre de la pression. Tu n’as nul besoin de revêtir ce masque platonique pour te conformer aux attentes inatteignables de la société. Sois toi-même, tout simplement.

Et puis personnellement, avec de l’expérience, j’ai adopté une nouvelle philosophie, que j’aurais dû, avec du recul, adopter plus tôt : je ne me lève pas le matin pour faire plaisir au monde ! En gros, l’avis et le regard des autres importent peu. Finalement, tout ce qui compte, c’est le regard que tu portes sur toi-même. S’aimer soi-même, c’est une histoire d’amour dont on est certain qu’elle dure toujours.

Les gens qui se moquent de tes différences, c’est ridicule. Tu es née unique, alors pourquoi mourir en pâle copie de quelqu’un d’autre ? Souvent ces gens sont les mêmes personnes qui te critiquent car ils voient en toi ce qu’ils ne seront jamais. Ils essaient de détruire ce qu’ils n’arriveront jamais à construire. Ils sont jaloux, envieux et puérils. Ne leur en veux pas pour autant et comprends plutôt que le problème vient d’eux et non de toi. La jalousie à petite dose est un manque d’amour et à plus grande dose, c’est probablement un manque de confiance en eux-mêmes. Il ne faut pas laisser ces personnes jalouses t’empêcher d’être qui tu es au fond de toi ni t’empêcher de faire ce que tu aimes. Continue d’être la meilleure version de toi-même, en constante amélioration.

Vis ta vie comme il te plaît, car de toute façon il y aura toujours quelqu’un pour te critiquer. L’être humain est ainsi fait, à toujours se croire meilleur que ceux qui l’entourent. C’est une fatalité !

Si les gens ne t’acceptent pas alors que tu essaies seulement de rester toi-même dans un monde de semblant, eh bien tant pis ! Les gens doivent t’aimer pour ce que tu es réellement et non pour ce qu’ils veulent que tu sois. Il y a sept milliards de personnes sur terre, il ne faut pas te laisser abattre par une pognée d’imbéciles. Leurs avis sont aussi importants qu’une goutte d’eau dans l’océan !

Tu te dois de continuer d’avancer avec la tête bien haute et tu ne dois surtout pas leur laisser voir l’emprise qu’ils ont sur toi. Il n’y a pas plus grande vengeance, pas plus grande victoire, que de les narguer avec ta force de caractère, en encaissant les coups et en te relevant toujours plus forte. Il ne faut pas baisser les bras. Les guêpes piquent toujours les plus belles fleurs, tu sais ! Tu es exceptionnelle et ils le savent. C’est exactement pour ça qu’ils te persécutent, pour essayer de ternir la lumière vive qui émane de toi, comme une étoile qui scintille plus fort que les autres dans l’immensité d’un ciel nocturne.

Tu dois les laisser faire. Il est inutile de riposter ou de chercher à se venger. Il n’y a que les faibles qui se vengent ! Les plus forts pardonnent et les plus heureux oublient tout simplement. Sois heureuse, sois forte et oublie-les. Comme chaque personne est auteur de sa propre vie, concentre-toi à l’écriture de ta propre histoire, toi qui aimes tant écrire. Nul besoin d’essayer d’arracher les fins heureuses aux autres. Crois-moi, les personnes de ce genre n’ont besoin de personne d’autre qu’elles-mêmes pour gâcher toutes leurs chances.

Finalement, je terminerais en te rappelant que l’amour de soi est l’amour qui compte le plus. Si tu ne t’aimes pas toi-même, cela se sent. Les autres pourront ressentir tes faiblesses et s’en servir à ton détriment. Il faut dégager de la puissance et de l’assurance pour attirer les bonnes personnes. Le parfum des doutes et des insécurités est toujours plus facile à détecter par le nez fin des détracteurs. De plus, tu comprendras rapidement que pour être capable d’aimer une autre personne, il faut d’abord être capable de s’aimer soi-même et comprendre ce qu’est réellement l’amour.

Et puis tu verras qu’en apprenant à te connaître, tu auras l’impression de t’aimer un peu moins, mais je t’assure qu’il suffit d’apprendre à connaître les autres pour t’aimer toujours un peu plus…

Arianne Bouchard

On marche toujours sur des œufs – Texte : Audrey Léger

Dans la vie, on marche toujours sur des œufs Il ne faut pas en faire trop ni prendre trop de pla

Dans la vie, on marche toujours sur des œufs

Il ne faut pas en faire trop ni prendre trop de place, mais il ne faut surtout pas s’effacer et ne pas en faire assez.

Tes paroles sont interprétées autant que ton silence.

Tout ce que tu diras pourra et sera retenu contre toi.

Tu dois justifier, expliquer et te défendre. Tu décides de tenir ton bout parce que tu crois en toi. Tu reconnais tes convictions et tu les partages.

Tu débats, t’opposes et te rebutes. Tu fais la rencontre de dizaines, centaines, milliers de personnes qui sont au même diapason. C’est l’euphorie, enfin !

Tu viens de saisir qui tu étais, ton essence et pourquoi tu mérites le respect comme les autres.

Tu réalises enfin que ceux qui te dénigrent, t’ignorent et te rabaissent sont les gens qui devraient te soutenir, t’encourager, te féliciter. Et c’est exactement LÀ que le bât blesse.

Ça fait mal… vraiment mal. Ça t’anéantit littéralement.

C’est le moment de relever la tête et de regarder devant. Des gens merveilleux te tendent la main. Ils t’attendent. Ils sont ton avenir. Ils t’accueillent au jour 1 de ta nouvelle vie… celle que tu as choisie.

Crois en toi. Tu n’as pas besoin de plus pour te reconstruire. 💚

#thrusttheprocess

#motivation

#girlpower

Audrey Léger

La pluie dans les yeux – Texte : Nancy Pedneault

Elles sont là, tout près. Elles attendent sagement le bon moment (ou le mauvais) pour éclore. Dou

Elles sont là, tout près. Elles attendent sagement le bon moment (ou le mauvais) pour éclore. Doucement, on les sent monter, s’accumuler à la base de nos cils, jusqu’à couler sur nos joues : les larmes.

Il y a ces larmes de rien. Celles qui arrivent sans crier gare, lors d’un film ou d’un spectacle d’enfants. On n’a pas l’impression d’être si ému, pourtant. Mais elles sont là et ne veulent pas rester sagement d’où elles viennent. Elles coulent doucement, comme une chaude pluie d’été.

Il y a ensuite ces larmes que l’on déteste. Celles que l’on ne veut pas voir. Celles qui auraient mieux fait de rester : les larmes de colère. On dirait qu’elles n’ont pas le même goût. Elles sont âcres et désagréables. Elles suivent les sillons de nos traits tirés pour couler jusqu’au cou.

À l’opposé, il y a les larmes de joie qui arrivent et qui font du bien. Elles mouillent délicatement le coin de l’œil et glissent tout en douceur sur nos pommettes saillantes. Elles se font rares et sont tellement précieuses. Elles scellent les moments marquants, démontrant la puissance de l’instant.

Évidemment, il y a ces larmes les plus connues : les larmes de tristesse. Elles arrivent comme un déluge. Elles montent, inondent, coulent et coulent encore. Elles finissent par se calmer jusqu’à disparaître et elles reviennent sans avertissement. Souvent, elles soulagent et font sortir la douleur qui nous envahit.

Finalement, il y a les larmes de la famille. Celles-ci accompagnent plusieurs sentiments ou événements marquants de la vie familiale : amour inconditionnel, inquiétude, fierté, déception, rires, fatigue… Elles sont parfois discrètes, d’autres fois torrentielles.

Et vous, laissez-vous aller vos larmes ?

Nancy Pedneault

 

Toi qui veux câliner mon bébé — Texte : Stéphanie Dumas

À toi, la personne que je ne connais pas et qui me demande de câliner mon bébé. Je ne te connais

À toi, la personne que je ne connais pas et qui me demande de câliner mon bébé. Je ne te connais pas, je ne connais même pas ton nom et tu ne connais pas le mien ni celui de mon enfant. Nous nous sommes simplement croisés à la bibliothèque ou dans un café. Tu as croisé mon regard et tu as ensuite regardé mon enfant.

Oui, j’ai vu tes yeux briller et le sourire apparaître sur ton visage. Je comprends que les bébés sont attirants et mignons. Tu as tendu les bras en invitant mon enfant à venir te voir. Sache que je n’ai rien contre cet amour pour les enfants. Toutefois, j’enseigne à mon enfant à ne pas aller vers les inconnus. Ce n’est pas de mauvaise foi, je tente seulement de m’assurer qu’il sera en sécurité et ne s’exposera pas au danger. Tu veux peut-être simplement le prendre dans tes bras pour le dorloter, mais ce ne serait peut-être pas l’intention de tous. Malheureusement, il y a des personnes mal intentionnées qui vivent dans ce monde avec nous.

Crois-moi, je ne suis pas heureuse de te refuser ce privilège. Malgré tout, je ne peux te laisser câliner et prendre mon enfant simplement parce que tu le désires. Ne va pas penser que mon enfant sera sauvage pour autant. Il ne manque pas d’amour non plus. Il est bercé, câliné et dorloté par toutes les personnes qui constituent notre cercle familial en plus de nos amis.

Je suis sincèrement désolée de t’avoir blessé et d’être partie en emmenant mon enfant que tu voulais tellement câliner pour profiter d’un petit moment de bonheur.

Stéphanie Dumas

 

 

J’ai hâte de vieillir – Texte: Joanie Fournier

J’ai hâte de vieillir. Je profite de mes petits pendant qu’ils sont petits, et j’espère en p

J’ai hâte de vieillir. Je profite de mes petits pendant qu’ils sont petits, et j’espère en profiter tout autant quand ils seront grands. On me répète qu’ils ont tellement besoin de leur maman maintenant. Moi, j’espère qu’ils auront envie d’avoir encore besoin de moi plus tard. On me répète qu’un jour, ils partiront de la maison. Moi, j’espère que je serai la bienvenue dans leur demeure.

J’espère tellement que je ferai toujours partie de leur vie… En fait, j’espère même plus que ça. J’espère partager leur vie. Je veux être cette maman qui sera là quand ils en auront besoin. Adolescents, je veux qu’ils pensent à m’appeler à 3 h du matin parce qu’ils ont trop bu pour conduire. Je veux qu’ils me textent de ramener plus de condoms à la maison en finissant ma journée de travail. Je veux les accompagner à leurs premières entrevues de jobs et rester dans l’auto. Je suis prête à fournir le café avant de les laisser sortir de l’auto. Puis, à offrir mes bras s’ils sentent que l’entrevue ne s’est pas bien passée.

J’ai hâte d’être assise sur le siège passager, pour leur apprendre à conduire, même si je ferai probablement quelques presque-crises de cœur en chemin. Je veux être cette maman qu’ils viennent voir pour réviser un examen d’histoire, pour pratiquer un texte de théâtre, ou pour avoir des trucs en rédaction de texte. Je veux être présente s’ils ont envie de me parler, de poser des questions, de philosopher sur tout et sur rien.

Je préfère qu’ils fument leur premier joint avec leurs amis à la maison. Je préfère savoir qu’ils ne sont pas bien loin et qu’ils viendront demander de l’aide s’ils en ont besoin. J’ai envie que les premières expériences se passent sous mon toit, en toute intimité, confiance et sécurité.

Je ne serai pas une mère collante, qui rentre dans leur appartement n’important quand, qui débarque avec des plats préparés ou qui appelle à toute heure du jour. Je veux qu’ils aient envie de m’appeler, je veux qu’ils aient envie de partager leurs dimanches soirs avec moi. Je veux qu’ils s’ennuient de manger mes bons petits plats.

Je veux leur offrir de repartir avec une poche de linge à laver. Je veux leur offrir ma présence s’ils la souhaitent. Je veux qu’ils sachent que je serai toujours là, s’ils m’appellent. Je veux garder leurs enfants toutes les semaines. Je veux mettre ma vie sociale de retraitée sur pause pour qu’eux puissent encore en avoir une. Je veux connaître mes petits-enfants et les voir grandir. Je veux les prendre dans mes bras, les bercer et leur apprendre les berceuses de l’enfance de leurs parents.

Je veux que tout ce beau monde vienne chez nous et qu’ils s’y sentent comme chez eux. Je veux que mes petits-enfants dorment dans le lit d’enfance de leurs parents. Je veux qu’ils jouent avec le même vieux train en bois ou la tondeuse qui fait des bulles. Je veux qu’ils restent coucher toute la gang dans la maison de leur enfance et qu’ils aient encore l’impression que leur chambre leur appartient. Je veux être là quand mes petits-enfants se lèveront et que le père Noël aura passé… Je veux qu’ils aient envie de nous inviter à passer les vacances avec eux.

J’espère que je serai une grand-mère ni trop, ni pas assez. Impliquée, quand ils le voudront. Engagée, autant qu’ils le souhaiteront. Présente, autant qu’ils le demanderont. Je veux qu’ils me posent la question « Es-tu disponible pour garder les enfants demain? On aimerait aller souper en amoureux… » de façon rhétorique. Parce que je veux que ce soit évident que la réponse sera toujours oui. Je veux faire partie de leur vie. Je ne veux pas m’imposer, mais je veux rester disponible pour eux.

J’espère que je serai une belle-mère aimante et compréhensive. J’espère que je serai capable d’être ouverte à leur génération, à leurs valeurs et à leurs choix. J’espère que je serai une mère présente et pas étouffante. J’espère que je serai une grand-mère impliquée.

Je veux que mes petits-enfants me racontent leur vie. Je veux qu’ils me parlent de leurs amis, de leurs jouets préférés et de leurs couleurs favorites dans l’arc-en-ciel. Je veux les connaître, réellement. Et je veux qu’à leur tour, ils aient aussi envie de m’appeler pour me poser toutes les questions du monde.

J’ai hâte de vieillir. Je trouve cet avenir prometteur, et magnifique. Et si la vie me donne la chance de le vivre, je promets d’en profiter chaque jour, jusqu’au dernier.

Joanie Fournier

 

 

La parole tue à petit feu, mais elle fleurit aussi après la pluie – Texte : Eva Staire

Je vais commencer ce texte par un souhaite très fort, le souhait de donner l’espoir qu’il peut

Je vais commencer ce texte par un souhaite très fort, le souhait de donner l’espoir qu’il peut réellement avoir une lueur au bout d’un fucking long tunnel. Je n’aurai pas la langue dans ma poche. Ça va être cru par moments, mais c’est promis, la pluie éteint le feu.

  • Habille-toi, mets-toi une veste. Si tu te fais violer, ce ne sera pas de ma faute.
  • As-tu vu la paire de boules qu’elle a pour son âge ?

Je n’étais qu’une enfant lorsque j’entendais ces phrases à mon égard.

  • Tu es tellement laide et grosse, parle-moi pas !
  • Viens ici, j’ai besoin d’un étui à crayon pour mon stylo, dit-il en le mettant entre mes seins.
  • Est-ce que je peux monter le mont Everest ?
  • Tiens, une paire de ciseaux, ça va être plus facile pour te couper les veines.

J’avais 12-13 ans lorsque les jeunes de mon âge me criaient ses paroles lourdes de conséquences.

J’ai longtemps cru que les gens avaient raison. J’essayais d’être discrète en leur présence pour ne pas les déranger. Difficile d’être discrète avec ma shape. C’est ce que je me disais. Ils avaient tous réussi à jouer dans ma tête. Je n’arrivais plus à voir des ciseaux sans penser à faire glisser la lame sur mon poignet. Me préparer pour l’école était interminable. Je me changeais pas moins de dix fois avant de choisir comment j’allais m’habiller. « Ah non, trop décolleté, trop moulant, trop coloré… » Je me demandais toujours ce que les autres allaient penser de moi. L’intimidation peut être invisible à l’œil nu, mais n’est pas pour autant indolore pour la personne qui la subit.

À l’âge de 13 ans, j’ai eu la chance de rencontrer un garçon merveilleux. La phrase qu’il aimait me répéter régulièrement c’est « On s’en fout des autres ». J’ai pris du temps pour vraiment assimiler ses mots, mais cette phrase a fini par résonner très fort en moi. Enfin des paroles qui fleurissent et non qui m’affaiblissent.

Encore aujourd’hui, dix ans plus tard, il lui arrive de devoir me rappeler de m’en foutre. Je ne suis pas guérie de toutes les blessures qui m’ont été infligées, mais il y a plusieurs cicatrices qui me rappellent d’où je viens. J’ai appris à respecter la femme que je deviens et à choisir ceux qui méritent de jouer un rôle dans ma vie.  C’est lorsque je regarde mes trois enfants dans les yeux que je vois de la lumière. Oui, oui, d’la lumière au bout du tunnel. Ce tunnel que j’ai finalement réussi à traverser en gardant mon souffle beaucoup trop longtemps. Je respire enfin la liberté et je commence à fleurir.

Et toi, en quelle fleur souhaites-tu grandir ?

Eva Staire

Ce soir d’angoisse posttraumatique — Texte : Jessica Thériault

Ce soir, c’est un soir difficile. Un soir d’angoisse épouvantable, un soir où je n’ai pas en

Ce soir, c’est un soir difficile. Un soir d’angoisse épouvantable, un soir où je n’ai pas envie de dormir sachant que demain arrivera trop rapidement.

Je m’explique, demain est le jour que papa et moi nous repoussons depuis tant de temps, par peur, par angoisse. Demain, notre garçon doit ENCORE passer un test pour son avenir.

Il y a 5 ans, notre superhéros a dû subir une chirurgie qui s’est passée plutôt drôlement. Il a fait un arrêt respiratoire de 7 minutes devant nos yeux de parents qui ne savaient comment réagir sauf par l’hystérie et l’incompréhension.

Ce petit bout d’homme va mieux aujourd’hui, je vous l’assure. Il réussit à être détestable à ses heures, oui, oui ! Mais il y a 2 ans, son ophtalmo nous a dit qu’il devait être opéré à nouveau. (Je vous laisse imaginer le sentiment).

Je vous épargne les crises de larmes, les incompréhensions, les paniques, les remises en question.

Nous allons dans un hôpital de la Montérégie pour ne pas la nommer, notre enfant fait le préopératoire… Trois rendez-vous pour qu’au final, on nous retourne au Children’s Hospital de Montréal.

« Dossier trop compliqué », « Pas évident à évaluer », ce qui voulait dire au fond : « On ne veut pas être responsable de son état trop complexe ».

Vive la covid, je crois être une des seules à le vénérer, parce qu’elle m’a donné un peu plus de temps pour me faire à la situation.

Après consultation avec son ORL au Children’s, ils obligent d’avoir un test d’apnée avant opération. T’sais, le test que lorsqu’il a fait quand il avait 3 semaines et qu’on nous a dit qu’il devrait rester à l’hôpital avec toutes ces maudites machines « pluguées » pour le bien-être de notre enfant jusqu’à ce qu’on l’opère puisque c’était dangereux pour sa vie.

Demain soir, c’est ce nouveau rendez-vous préop. Ce rendez-vous qui me rappelle que mon fils a failli mourir dans mes bras, ce même rendez-vous qui pourrait me dire que mon fils ne doit plus être opéré, mais qui pourrait lui causer des problèmes ophtalmiques.

J’angoisse avec le fait de revivre tous ces évènements, ceux qui me repassent en tête jour après jour.

À quel point l’angoisse devrait être présente ?

Aucune idée. Ce que je sais, c’est que l’angoisse, ce n’est pas une partie de plaisir, et que l’on devrait focaliser sur le présent et non sur le passé et l’avenir.

Demain, je passerai cette soirée par obligation, mais pas sans angoisse ni appréhension. L’angoisse sera là, mais une angoisse positive.

D’une maman qui essaie de ne pas trop y penser, mais pour qui, malheureusement, le choc posttraumatique est trop grand.

Jessica Thériault

Les bons plis de la pandémie — Texte : Nathalie Courcy

J’avais pensé intituler ce texte « La fin du télétravail » puisque plus ça va, et plus l

J’avais pensé intituler ce texte « La fin du télétravail » puisque plus ça va, et plus les bureaux des centres-villes se rempliront à nouveau. Les routes sont déjà plus occupées. Depuis deux ans, je traversais la ville en 15 minutes top chrono. Ça m’en prend maintenant le double.

J’ai depuis peu le « droit » de retourner dans mon lieu de travail, selon certaines conditions, certains jours de la semaine, avec certaines précautions et avec certaines permissions. Un droit, avec un gros bémol. N’y retourne pas qui veut !

Mais est-ce que j’ai vraiment le goût de mettre un point à mon télétravail ?

Le 13 mars 2020, quand tout a fermé, j’étais déjà en télétravail temporaire depuis deux mois. Je bénéficiais d’un accommodement très raisonnable, et surtout médical, pour travailler à partir de la maison. Je voyais la fin de ma période accordée arriver et j’angoissais. Je m’apprêtais à prendre un rendez-vous pour prolonger le télétravail. Juste de penser retourner dans le trafic et dans les horaires gérés au quart de tour et j’étouffais. Je n’étais pas prête. Pas du tout. Zéro pis une barre.

Et là, arriva ce qui devait changer la face du monde : un gros méchant virus.

Je me suis retrouvée comme tout le monde avec beaucoup moins de kilométrage et de lunchs à faire, et beaucoup plus de gestion de temps d’écran. Un moindre mal.

Depuis le début, je dis à mes enfants qu’on fait partie des privilégiés de la pandémie (et j’admets aussi la partie plate de la patente !) On était tous ensemble. On est en santé. Personne ne travaille dans le milieu de la santé ni dans le milieu de l’éducation. Ni dans les commerces qui ont fermé (à part ma plus vieille, qui n’a pas tant de factures à payer pour survivre, disons). Ni dans la sphère politique.

On en a profité pour se coller, s’aimer, se cultiver, marcher en famille, lire en famille, jouer en famille, manger en famille, grandir en famille.

On en a profité pour prendre de bons plis, des habitudes qui dureront plus longtemps que le confinement. Plus de douceur dans nos communications (on est mieux de bien s’entendre si on veut s’endurer 24 heures par jour !) Plus de services rendus, question de répartir les responsabilités. Plus de gratitude pour les petites choses de la vie et surtout, pour les gens qu’on aime. Moins de chialage inutile. Plus de liberté d’être soi. Moins de « trop de bruits ». Plus de calme. Moins de surstimulation. Une hypersensibilité remisée. Des anxiétés en vacances.

On ne s’est pas mis à faire du pain de façon frénétique (pas facile, faire du pain, pour les familles sans gluten !) On a continué à faire le jardin qu’on fait depuis toujours. Chacun a développé ses talents, ses intérêts, sa personnalité.

Chaque fois qu’on avait le « droit » de sortir, d’aller dans les musées, de visiter grand-maman, de voir des amis, on l’a fait. Là, j’ai le « droit » de retourner au bureau. Mais entre vous et moi, tant que je n’en aurai pas le « devoir », je crois bien que je vais continuer de consolider mes bons plis de pandémie et travailler en pantoufles, avec ma musique, mon chauffage, mes heures adaptées, mon temps gagné, et mes enfants et mon amoureux à proximité.

Nathalie Courcy