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Tu m’as agressée sexuellement

J’ai 33 ans et tu m’as agressée sexuellement. Oh, et on se con

J’ai 33 ans et tu m’as agressée sexuellement. Oh, et on se connaît, en plus. J’suis donc capable de donner ton nom et de bien voir ta face dans mes cauchemars. Au cas où tu te le demandais, j’fais un peu de cauchemars. Pas mal, en fait. Mais j’pense pas que toi t’en fasses. T’as même dit que tavais été con, que tu texcusais, de me faire passer le message. J’pas ben ben certaine que c’est suffisant, comme excuse pour une agression sexuelle, sì ?

À cause de toi, j’suis allée à l’hôpital et au poste de police, toute honteuse de ce qu’il m’était arrivé. Nerveuse. Angoissée. Avec le sentiment que c’était ma faute. Tout ça a pris un beau 4 heures. Je ne sais pas si tu te souviens, mais toi, ça ne t’a pris que 10 minutes pour m’agresser. Mais t’sais, on ne s’obstinera pas sur qui a le plus de séquelles, dans quel laps de temps, hein ? On n’est plus des enfants.

À l’hôpital, je ne savais pas dans quoi je m’embarquais jusqu’à ce que l’infirmière pose sa main sèche comme mon compte en banque sur mon avant-bras en me disant qu’à partir de maintenant, tout irait bien. Ces mots ne se rendaient comme pas à mon cerveau. J’essayais à la place de lui trouver la meilleure crème à main dans mes souvenirs de produits préf’ pour palier à son over utilisation de Purell. Et en même temps, j’pensais à mon compte en banque à sec. J’vais m’crémer le Desjardins. Anyway, j’ai pu faim depuis que tu m’as remplie de honte et d’horreur. Pis j’arrive au bout d’ma corde.

Elle a dit que je n’étais plus seule. Viol-Secours et toute la gang du CAVAC allaient être là. Pourtant, je ne l’ai jamais été, seule. T’étais là, pendant ces 10 minutes terrifiantes.

C’est à ce moment précis, dans la petite salle de l’urgence, que j’ai compris qu’il m’était arrivé quelque chose, que ma vie avait changé. Que tu venais de laisser une trace. Que ce n’était pas que dans ma tête que ça brassait. Mais bien aussi dans mon corps. Dans mon corps de jeune fille, qu’ils disent, Les Trois Accords.

C’était clair et laid : tu venais de m’agresser sexuellement.

On allait alors devoir vérifier tout mon corps. En passant par des orifices qui ne voulaient clairement plus voir personne. J’étais le centre d’attention de deux infirmières, une femme médecin, une travailleuse sociale et une visiteuse du campus, une stagiaire adorable. Ça en fait du monde pour un évènement qui n’a duré que 10 malheureuses mais interminables minutes. J’quand même chanceuse, j’ai eu un giga colleux d’une copine qui était de garde ce soir‑là dans un autre département. Comme quoi y’a quand même du doux.

On parle toujours de minutes qui changent notre vie. J’ai essayé d’y repenser (anyway j’pense juste à ça) et ce sont des minutes plutôt longues. 10 minutes où tu m’as terrorisée, parce que t’sais, j’sais pas si t’avais remarqué, mais t’es vachement plus grand et fort que moi. Pis j’te connais. Ou je croyais te connaître. J’suis restée là, figée, décontenancée, le chandail à moitié tiré, en ayant peur de faire quoi que ce soit. J’essayais de te faire comprendre ce que tu faisais. Parce que déjà là, je ne pouvais pas l’croire. J’voulais pas l’croire. J’avais simplement voulu t’offrir un transport sécuritaire pour aller manger une patate du McDo pas loin. T’sais, quand je te dis que je ne comprends pas, ben je comprends sweet fuck all de ce qui s’est passé. Je ne sais pas si je vais finir par comprendre un jour. J’ai aucune idée même s’il y a quelque chose à comprendre. Pourquoi tu t’es donné le droit de me toucher ? De me mettre un doigt dans la bouche en te caressant le membre excité au travers tes jeans. Tu te frottais tellement fort que je pensais qu’il allait prendre en feu, ton p’tit bâton. Au moins d’même, on aurait été blessés tous les deux.

Je te l’ai dit le NON, le seul qui a l’air valable pour refuser son consentement. J’aurais dû me traîner des feuilles de consentement pis cocher que je n’étais pas consentante ? Je te l’ai dit que t’étais con de faire ça. Je te le demandais, à répétition, pourquoi tu faisais ça. J’étais surprise parce qu’à chacune de mes questions, t’avais une réponse.

Je ne t’aurais pas repoussé si c’était ça que je voulais. Je ne serais pas allée me cacher dans la salle de bain d’un vieux McDo de la 1re avenue dans Limoilou un vendredi soir où les gens un peu weird sortent. J’aurais choisi l’Pur pour la vue. Pas un stationnement louche.

Je me sens comme un déchet. Veux-tu bien me dire pourquoi c’est moi qui me sens comme un déchet, alors que c’est toi qui a mis tes mains de force sur mes seins, mon corps, me tâtant comme de la viande, en me regardant dans les yeux, en pinçant mes mamelons alors que je conduisais d’une main et que je tentais de te repousser de l’autre. Mes mamelons, ils ont nourri mes enfants. Pis t’as mis tes mains dégueulasses dessus.

J’étais terrorisée. Parce que je savais que si j’avais eu plus long à faire comme trajet, tu serais arrivé à tes fins. Parce que je savais que tu aurais mis tes mains sales là où on a déjà trop forcé. Que tu m’aurais prise de force. Mais ça, tu l’as déjà un peu fait, hein ? C’est comme trop tard. Tu m’as juste pris les seins et touché le vagin à travers mes jeans en forçant le bouton et le zipper. En fait, t’as pas réussi à te rendre à mon vagin, justement. Ça fait qu’on n’en parle pas ? Tu m’as juste tiré par le cou pour que mon visage se rapproche de ton pénis. Parce que tu voulais donc que je le touche. Parce que tu voulais donc me montrer que t’étais bandé. Tu m’as juste forcé la main vers tes jeans en me disant que c’est ce que je voulais.

Moi ce que je voulais, c’était une patate du McDo. Pis que tu sois safe parce que t’avais bu. C’t’un fail, hein ?

Eva Staire

Le malaise

Au départ, j’ai une histoire triste. Dès mon plus jeune âge, je me sui

Au départ, j’ai une histoire triste. Dès mon plus jeune âge, je me suis fait agresser sexuellement par mon père. Je devrais plutôt dire selon le CAVAC, mon père m’a agressée sexuellement. Mais ici n’est pas le sujet que je souhaite emmener.

Il y a eu ça, puis toutes les autres choses. Les inconduites sexuelles, que l’on dit. Ça fait presque beau : inconduites. Ça ne traduit en rien la détresse de celles et ceux qui en sont victimes. Les attouchements sexuels, les seins qu’on m’effleure dans le métro, les fesses qu’on me prend à pleines mains dans un bar, les baisers forcés dans une voiture ou contre un mur, les remarques à teneur sexuelle souvent lancées à la blague. Enfin, toutes ces choses que vous et moi avons déjà vécues une multitude de fois.

Je me suis parfois défendue. Et parfois pas. Parce que des fois, c’était plus facile de laisser passer, de vivre avec ou de faire comme si rien n’avait existé. Des fois, j’ai confronté l’autre et des fois non. Parce que je me disais que c’était de ma faute, parce que je l’avais cherché, parce que j’avais honte et que je me sentais sale. Et toute seule.

II y a à nouveau cette vague de dénonciations. Je ne connais pas toutes ces personnes publiques personnellement. Je n’étais pas présente lors des situations qui ont été évoquées. Et l’un de mes malaises est là : comment des personnes peuvent-elles se prononcer sur la culpabilité de l’un est coupable et l’innocence de l’autre?

Les hommes qui m’ont agressée sexuellement ou qui ont posé des gestes à caractère sexuel à mon égard étaient de bons gars. Ceux que tout le monde aime, de beaux gars qui faisaient rire ma mère. Il y en a eu aussi des pas gentils et des moins beaux. Enfin, qu’importe de quoi ils avaient l’air, ça n’avait pas d’importance. L’essentiel n’était pas ce qu’ils dégageaient, c’était ce qu’ils m’ont fait vivre à moi.

Depuis la vague qu’on appelle MeToo, je trouve cela difficile par moment. Cela me ramène à ce que j’ai voulu oublier. Cela me ramène au jugement parfois gratuit des gens. Les gestes à caractère sexuel sans consentement, peu importe lesquels laissent des traces. Même si je veux oublier, je me rappelle toujours. L’empreinte du corps reste longtemps.

Eva Staire

La vie nous confronte

La vie est drôlement faite. J’ai toujours dit que je ne voulais pas vivr

La vie est drôlement faite. J’ai toujours dit que je ne voulais pas vivre avec des regrets, que les choix que j’ai faits dans le passé ont fait en sorte que je suis la personne d’aujourd’hui. J’y crois encore, mais je dois me rendre à l’évidence que j’aimerais changer certains moments de ma vie. Pas parce que je ne suis pas heureuse aujourd’hui. Au contraire, je suis comblée par ma vie, mais j’aurais peut-être vécu moins d’événements pénibles, moins d’obstacles à surmonter. Mais ça aurait fait en sorte que je ne serais pas qui je suis aujourd’hui. D’où le dilemme en moi.

Tout part de mon adolescence. Je regrette d’avoir été naïve et influençable. Je regrette certains choix d’amis, je regrette de ne pas avoir été aussi forte de caractère que je le suis réellement, de n’a pas avoir tenu tête. Je regrette d’avoir croisé le chemin de certaines personnes. Mon adolescence, je l’ai vécue difficilement. Je voulais trop plaire et je n’étais pas moi-même. Avec une « amie », nous inventions des histoires inimaginables, totalement irréalistes. Pourquoi ? Parce que nous avions douze et treize ans et que nous étions encore des enfants, et c’est ce que font des enfants : ça invente des histoires. Bien évidemment, un jour, ça s’est retourné contre moi et on m’a traitée de menteuse. Quand en réalité, tous ceux qui étaient avec nous savaient que c’était de la bullshit. Aujourd’hui, je regrette ces histoires inventées, mais pas le fait que ça m’a montré qui étaient mes vrais amis.

Mais comme n’importe quelle adolescente, je voulais plaire à tout prix. Je changeais d’école chaque année ou aux deux ans. Cette année-là, c’était la première fois que je ne changerais pas d’école avant au moins trois ans, alors je faisais tout pour être acceptée. J’ai raconté devant une classe entière que ma fréquentation d’avant (on va dire une fréquentation à douze ans et qui avait duré un mois) avait été violente avec moi et m’avait menacé de mort longtemps avant que mes parents ne l’apprennent et interviennent. Mais cette histoire n’a pas été crue, parce que mes supposées amies disaient que j’aimais inventer des histoires pour attirer l’attention. Ce qui était tout à fait le contraire, j’étais une personne hyper gênée, mais on m’avait convaincue de raconter mon histoire, la même qui a par la suite fait en sorte qu’on a ri de moi. J’ai été tranquille le reste de l’année, occupée à organiser une fête de fin d’année pour les secondaire 1. Pour ça, j’étais bonne, j’adorais organiser, planifier.

Puis, j’ai eu mon premier vrai chum à la fin de l’année de mon secondaire 1. J’étais folle de lui. C’était la première fois que je ressentais ça. Je me sentais aimée, désirée et il prenait soin de moi. J’avais l’impression de vivre une histoire à la The notebook. Je croyais que nous finirions nos jours ensemble. Puis en octobre, mon père a eu une opération à son cœur qui a mal viré. Il a passé douze jours dans le coma. J’étais en colère, je ne comprenais pas pourquoi, mais je cherchais un moyen de fuir mes sentiments. J’ai rencontré des personnes que je n’aurai pas dû rencontrer. Ça m’a amenée à commencer à fumer la cigarette et le pot, beaucoup. Je manquais des cours, je changeais. Voilà qu’à quatorze ans, j’allais vivre mon plus grand regret et une des pires périodes de ma vie.

J’ai rencontré un gars pas très clean, mais il était bad boy et il était plus que manipulateur. Il m’a fait croire que mon chum ne m’aimait pas vraiment, que ses amis faisaient tout pour nous séparer. Qu’avec lui, je ne serais jamais seule, je serais sa priorité. Il avait même laissé sa blonde de longue date, selon lui, pour moi. Je suis malheureusement tombée dans son piège, j’ai laissé mon chum. Quand je l’ai fait, je l’ai tout de suite regretté. J’ai demandé une autre chance à mon amoureux, il me l’a donnée, mais j’ai tout gâché encore. J’avais le cœur en miettes, mais mon nouveau chum me disait que c’était juste temporaire, le temps que je m’habitue à lui. Mais je ne m’habituais pas. Je voulais retourner en arrière. Retrouver celui que j’aimais vraiment.

Un soir, mon « nouveau chum » est venu souper chez moi, ensuite nous devions écouter un film. Durant la soirée, les choses ont mal tourné, nous étions seuls dans le sous-sol et il m’a fait des attouchements sexuels. J’ai pu me sortir de cette mauvaise situation grâce à mes cours de karaté. Je savais me défendre, mais si je n’avais pas su ou que j’avais figé, je me serais fait violer. Il est parti de chez moi en colère. À l’école, il m’ignorait, il était à nouveau avec son ancienne copine, mais le soir, il me harcelait sans arrêt. Il était obsédé par ma virginité, il voulait me la prendre à tout prix. Son harcèlement a duré presque huit mois. Je raccrochais le téléphone et il rappelait en me criant après. Si je ne l’écoutais pas faire ce qu’il avait à faire (si vous voyez ce que je veux dire), je me faisais menacer encore une fois. J’ai dû changer de numéro de téléphone et demander à un ami de s’en mêler pour que ça arrête.

Mais la vie me confronte à cet événement, à cette période de ma vie depuis un an. À mon travail, je vois très souvent la mère de mon premier amoureux, celui que j’aimais profondément, celui que j’ai blessé. Toute ma vie, je ne m’étais jamais considérée comme une victime d’abus sexuel. Pour moi, c’était ce que j’avais mérité pour avoir été naïve, stupide et pour avoir brisé le cœur de mon amoureux et le mien. Sauf que dernièrement, en parlant avec quelqu’un qui a vécu un viol, j’ai réalisé ce que j’avais vécu. Je m’étais convaincue que c’était de ma faute, que je n’étais pas une victime, mais c’était faux. JE SUIS UNE VICTIME. Rien au monde ne justifie ces actes. Ce n’était absolument pas une punition. C’était une agression.

Cette jeune fille de quatorze ans que j’étais a perdu beaucoup durant cette période : son estime en soi, son innocence, sa fougue, sa confiance aux autres ; ses rêves ont diminué parce qu’elle ne se croyait plus assez compétente. Mon rêve d’être astronaute ou pédiatre. POUF ! DISPARUS. J’ai mal agi, c’est vrai, je le confesse, mais je ne méritais pas ça.

Pour mon premier amoureux, tu étais tout ce dont je rêvais d’un garçon à cet âge. Je suis sincèrement désolée de t’avoir blessé. Je suis désolée de mon comportement. J’étais vraiment amoureuse de toi et j’ai tout gâché. J’ai essayé à plusieurs reprises de m’excuser, mais je n’en ai jamais été capable. Ma véritable punition aura été de voir dans ton regard toute la haine que tu ressentais pour moi durant les années de notre secondaire. Un jour, j’aurai peut-être la chance de m’excuser en personne et j’aurai peut-être la chance d’avoir ton pardon, parce que je ne pourrais jamais assez m’excuser.

Pour toi, celui qui m’a manipulée, qui m’a brisée, qui a abusé de moi, un jour, le karma s’occupera de toi. J’ai confiance que la vie fera sa justice. Un jour, j’aurai peut-être la force et le courage…

Ça m’aura pris dix-neuf ans pour prendre conscience de tout ça, mais la femme que je suis aujourd’hui est capable d’encaisser. Avec tous les obstacles que la vie a mis sur mon chemin, j’ai découvert en moi une force insoupçonnée, une femme qui sait ce qu’elle veut, une femme qui a repris confiance en elle. Je suis fière de qui je suis, malgré ce regret.

Cindy LB

Violences envers les femmes: revenir à l’amour

On m’a reproché

On m’a reproché de vivre dans un monde de licornes et d’arcs-en-ciel. OUI! Mets-en! Je permettrai toujours à mon esprit de galoper à dos de licorne sur des arcs-en-ciel plutôt que d’accepter ou de cautionner la bêtise humaine. Et loin de moi l’idée de penser que je suis #mamanparfaite.

Je défendrai toujours le droit à la Dignité, le droit à la Liberté, celle de son corps tout comme celle de son esprit. On a beaucoup parlé de culture du viol dans la dernière année et je sens le désir d’en parler encore pour alimenter mon esprit de femme et de maman. Bien honnêtement, jusqu’à tout récemment, je ne savais pas trop quoi en penser. Le mot « culture », c’est gros, surtout quand il est question de viol, d’agression et de harcèlement. Vous connaissez les vidéos de « Tout l’monde s’en fout »? Je les adore, c’est un doux mélange d’intelligence au travers d’un bel humour autour de plusieurs enjeux de société. Je vous invite à écouter la vidéo sur la culture du viol. Je dois avouer l’avoir regardée plusieurs fois tout comme plusieurs autres de leurs vidéos d’ailleurs.

Si comme moi, vous valorisez le droit à la Liberté de son corps et de son esprit, la notion de consentement est simple à comprendre. Ce n’est pas compliqué : à partir du moment où il n’y a pas de consentement, personne ne devrait se donner le droit de quoi que ce soit sur quelqu’un d’autre. J’aime quand c’est simple. Pas vous? Et que dire de ce beau questionnement que les vidéos amènent et que mon cœur de mère achète pour partager à mes enfants?

« Dans une relation, pourquoi ne pas se questionner sur ce qu’on peut donner à l’autre au lieu de penser à ce qu’on pourrait prendre?! »

Voilà, tout est dit.

Comment peut-on éduquer ses enfants maintenant? J’ai choisi de le faire le plus simplement du monde en leur partageant ce qui m’importe au sujet des relations amoureuses harmonieuses. Parce que c’est bien de relations amoureuses dont il est question quand on parle de sexualité. Vous serez d’accord? J’essaie d’utiliser toutes les occasions possibles pour faire remarquer à mes enfants qu’une relation entre deux personnes se bâtit sur la confiance. Pour cela, il faut apprendre à se connaître, à reconnaître ses besoins et ses limites, puis à les communiquer. Ensuite, il suffit d’apprendre à connaître et à respecter les besoins et les limites de l’autre. C’est ce qui permet de savourer un Amour sain.

J’ai souvent le sentiment qu’on préfère se diviser plutôt que de créer un monde uni. Je sens trop souvent qu’on tente de départager la responsabilité des victimes de celle des agresseurs. On ne peut pas être pour ou contre une agression, un abus ou le harcèlement. On peut tout simplement être pour le Respect et la Liberté.

Et si vous entendez encore parler d’un cas d’abus, d’agression ou de harcèlement sexuel, au lieu de débattre pour décider si c’est vrai ou non, si cette personne l’a cherché ou non, commencez donc par offrir votre Compassion. Parce que je vais répéter ce que j’ai déjà écrit : pourquoi juger si rapidement et si durement? Dans le fond, on ne sait rien. On ne sait rien de cette personne qu’on juge ni de ce qu’elle vit. Retenons nos paroles vaines et ouvrons notre cœur en guise de soutien à ceux qui en arrachent parfois, un peu, de temps en temps, tellement, tout le temps, parfois, selon… parce qu’on n’en sait RIEN, tendons la main ou passons notre chemin!

Je n’accepte juste pas un commentaire injustifié au sujet de quelqu’un qui a vécu un geste déplacé ou indésiré de nature sexuelle. #JusteNON #PASCORRECT

Le 25 novembre dernier, débutaient les douze jours d’action contre les violences envers les femmes. Soyons conscients!

 

 

Stéphanie Dionne

Moi aussi j’ai peur pour toi, ma fille

Il pleut ce soir, et j’ai les blues. Mes trois enfants — toutes

Il pleut ce soir, et j’ai les blues. Mes trois enfants — toutes de sexe féminin — dorment et rêvent d’être grandes, sans se douter de ce qui les attend.

La récente pluie de #MoiAussi qui se dynamise sur les réseaux sociaux depuis quelques jours donne malheureusement l’impression à certains hommes pleins de mépris que les femmes sont toutes des saintes-nitouches en quête d’attention. Plusieurs grandes intellectuelles bien mieux outillées que moi pour leur répondre ont pris la parole. Pourtant, j’ai envie aujourd’hui de déposer mon petit grain de sable dans ce sablier médiatique. Et ce grain que je dépose a les couleurs et la texture d’une mère de trois petites filles qui rêvent au prince charmant.

Tout d’abord, j’aurais envie de dire que j’ai toujours été féministe, mais que je le suis devenue de façon encore plus appuyée le 11 décembre 2012 lorsque ma belle Lilianne est née. Les batailles livrées par ces clans de femmes fortes sont alors devenues les miennes, car je ne supportais pas l’idée que ma fille puisse être traitée différemment à cause de son vagin. L’idée qu’elle soit moins payée à cause de lui m’horripilait (et m’horripile toujours), l’idée qu’elle puisse se faire prendre moins au sérieux dans un contexte hiérarchique à cause de lui me hantait (et me hante toujours), l’idée qu’elle puisse être considérée comme une agace parce qu’elle se montre sympathique me damnerait…

Et je me suis rendu compte que je serais détruite que mes filles vivaient des situations semblables à certains événements de mon passé de jeune adulte. Avant de rencontrer l’homme de ma vie et le père de mes enfants, j’ai vécu un an de célibat durant lequel j’ai été pas mal sur le party, et durant lequel j’ai fait beaucoup de rencontres : des merveilleuses comme des affreuses. Durant cette année, j’ai appris à me méfier des buissons et des coins sombres dans les bars, des hommes intoxiqués aux mains baladeuses et aux paroles vicieuses.

Ces souvenirs, déposés sur mes filles plutôt que sur moi-même, auraient le potentiel de me tuer. Pourtant, à voir le nombre de #MoiAussi, peut-être vaut-il mieux que je me prépare psychologiquement à cette triste probabilité. Car même si la majorité des hommes ne sont pas des harceleurs et des agresseurs, les cas récents mettant en scène des vedettes montrent que pour un seul prédateur, il y a un nombre écrasant — et écrasé et écrasable, du moins à leurs yeux — de proies.

Sommes-nous rendus là, à préparer nos filles à cette traque ? À préparer nos filles à cet assaut plutôt qu’à préparer nos garçons à l’amour ?

Ma fille, tu rencontreras un ou plusieurs hommes significatifs dans ta vie. Ces hommes des amis, des amoureux t’adoreront, te chériront. Tu te marieras peut-être avec l’un d’eux, et vous aurez peut-être même des enfants.

Mais il est fort à parier qu’au moins une fois dans ta vie, un homme glissera soudainement sa main dans ton chandail pour empoigner tes seins durant un 5 à 7 à ta résidence cégépienne.

Il est fort à parier qu’un autre soulèvera ta jupe dans un bar pour te pogner le cul en te murmurant à l’oreille une cochonnerie que tu n’as jamais même entendue même dans un film porno.

Un autre essayera peut-être de glisser sa main dans tes culottes pendant que tu dors sur le sofa d’une amie à la fin d’un party.

Oh ! Peut-être aussi qu’on essayera de te forcer à faire une pipe à un gars que tu connais ni d’Ève… et ni d’Adam surtout.

Il y a aussi des risques que tes signaux de détresse ne soient pas pris en compte au moment d’expérimenter une nouvelle pratique sexuelle avec un gars qui visiblement ne te respectera pas tant que ça — ton petit chum d’une certaine époque.

Tu seras harcelée. Traquée, objectivée, agressée.

Tu seras peut-être même violée.

Et j’ai peur pour toi, ma fille.

Et après, on te dira que tu n’avais qu’à rester chez toi en pyjama.

Toutes ces expériences sont les miennes. Si elles n’ont pas été traumatiques pour moi, j’ai peur qu’elles le soient pour elles — et le mot peur est une atténuation. Je préfèrerais revivre mille fois ces intrusions si ça pouvait épargner une seule de ces situations à une seule de mes filles. Ces expériences ne sont pas les plus sensationnalistes que vous pourrez trouver lors de cette ruée médiatique : elles sont somme toute banales dans ce contexte, et c’est justement ça qui fait peur. Des mains glissantes et des bouches sales prêtes à susurrer des dégueulasseries, il y en a partout.

Je ne sais pas trop quelle conclusion je veux donner à ce billet, car je n’ai pas inventé la roue à trois boutons et ne prétends donc pas avoir quelque chose d’original ou d’inédit à proposer pour dénouer ce nœud sociétal. Je ne suis pas une journaliste établie, une chercheure en études féministes, une politicienne de gauche engagée. Je ne suis qu’une maman inquiète, qui souhaite un monde meilleur pour mes enfants : pour mes filles.

Véronique Foisy

 

 

Les idées exprimées dans ce texte appartiennent à l’auteure. Elles ne représentent pas l’opinion générale véhiculée par Ma Famille Mon Chaos ou par les responsables du blogue.

#MoiAussi: On est toute une gang

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On est toute une gang à avoir utilisé le mot-clic #MoiAussi ou #MeToo ces derniers jours. Malheureusement. On aurait tant aimé que ce mouvement ne soit pas nécessaire, que les cas d’agressions sexuelles, de harcèlement, de viols soient rarissimes, inexistants. On aurait aimé ne pas faire partie de celles et de ceux qui ont une ou des raisons de l’utiliser. On aurait aimé que nos sœurs, nos filles, nos femmes, nos mères, nos cousines, nos amies, nos voisines, n’aient rien vécu qui leur donne l’élan de reprendre ce mot-clic. Et pourtant.

Pourtant, on est toute une gang à avoir publié notre #MoiAussi. À avoir hésité. À s’être demandé si on oserait révéler une vérité que plusieurs autour de nous ne connaissaient pas. À avoir choisi de montrer notre mal à nu.

Certaines ont repris le mot-clic sans explications, sans justifications. Une façon de dire « J’en suis » tout en restant discrète, sans entrer dans les détails qu’on n’est pas prête à approfondir le sujet, à plonger dans un passé qu’on préférerait ne pas traîner derrière nous, dans notre chambre à coucher, au travail, dans nos relations familiales… Respect pour ces humains qui ont osé, tout en se respectant.

Certaines ont utilisé le mot-clic comme un tremplin pour faire (re)connaître leur histoire et la laideur de ceux qui les ont blessées. Une façon de dire « Voici la réalité », de détruire le tabou, de dire ce qui se passe vraiment quand une personne est agressée sexuellement. Le mot-clic «MoiAussi » prend quelques secondes à publier. Le mouvement durera un temps, quelques jours, quelques semaines. Il sera remplacé par une autre lutte, tout aussi pertinente. Mais les gestes, les crimes engrangés dans ce mot-clic restent présents dans la mémoire corporelle des victimes et dans leurs souvenirs conscients et inconscients. L’impact demeure, fait souffrir évolue. S’éternise, même s’il rend plus fort.

Derrière certains #MoiAussi, j’ai revu l’étincelle triste que j’avais perçue dans les yeux d’amies en les rencontrant. J’ai imaginé le cheminement parcouru pour devenir des citoyens exemplaires, des travailleurs efficaces, des conjoints équilibrés, des parents capables de transmettre à leurs enfants leur amour de la vie, des partenaires sexuels qui ont réussi à redonner un sens sain à des gestes qui auraient pu les anéantir. J’ai compris le lien intuitif que je sentais avec des personnes de mon entourage. On est toute une gang à partager un secret, devenu un peu moins secret ces derniers jours…

Espérons que la solidarité créée par le mouvement #MoiAussi persistera. Espérons que ces femmes, ces quelques hommes aussi, se reconnaîtront comme membres d’un groupe de soutien. Espérons qu’ils n’auront plus la honte au cœur et le mal de corps. Espérons qu’ils oseront se parler, se dire « Toi aussi, ça t’est arrivé ? Je suis là pour toi ».

Et espérons que la sensibilisation engendrée par ce mouvement virtuel empêchera des brutes de se servir d’une femme, d’un homme, d’un enfant, pour assouvir ses instincts sexuels sans sa permission. Je rêve en couleurs, je sais, mais je me donne quand même le droit de rêver. Parce que j’ai des filles, une mère, des cousines, des voisines… Parce que #MoiAussi.

 

Nathalie Courcy

 

#MeToo

Vous avez sûrement remarqué les nombreux #MeToo (#MoiAussi

Vous avez sûrement remarqué les nombreux #MeToo (#MoiAussi) qui inondent les réseaux sociaux actuellement… Il s’agit d’une campagne dénonciatrice pour toutes celles qui ont été victimes d’agression sexuelle, et une vague immense de solidarité de la part de tous ceux qui soutiennent les victimes.

Pourquoi écrire « moi aussi » ? Et bien parce que ces deux petits mots, mis ensemble, en révèlent déjà beaucoup… Je ne peux pas parler pour toutes les victimes, et je n’ose pas imaginer toutes les atrocités dont l’homme peut être capable… Si cela fait encore de lui un homme. Mais je peux raconter l’histoire d’une adolescente qui s’est tue pendant presque quinze ans.

Aujourd’hui, je suis forte, assumée et articulée. Je défends mes droits, je m’assume et je crie haut et fort ce en quoi je crois. Je pense que je fais jaillir cette force dans tout ce que je fais aujourd’hui, parce que je n’ai pas su être forte ce jour-là.

Cet homme… je n’aurais pas dû lui faire confiance. Je n’aurais pas dû le suivre. Je n’aurais pas dû l’écouter, et encore moins le croire. Je me suis répété pendant des années que JE n’aurais pas dû… Ironique, non ? Parce que oui, c’est peut-être cliché, mais c’est atrocement vrai à quel point on se sent coupable en tant que victime.

Une seule fois, j’ai tenté de raconter à ma mère ce qu’il m’avait fait, dans ce coin sombre d’un pays étranger. Elle a vite conclu que comme j’avais su m’enfuir, et qu’il n’avait pas « été jusqu’au bout », c’était à moi de me relever la tête haute, de sourire et d’oublier. C’est textuellement ce qu’elle m’a dit ce jour-là.

J’aurais aimé, maman, pouvoir mieux t’expliquer. J’aurais aimé savoir trouver les mots pour te montrer ce qu’il avait brisé en moi. Parce que du haut de mes quatorze ans, je n’ai pas trouvé les mots… JE n’avais pas su me protéger, et JE n’arrivais pas à me justifier…

J’ai encore le souvenir de ses mains immenses qui me tiennent les poignets. J’aurai toujours la sensation de ses doigts sur mon corps, quand il a détaché mon soutien-gorge et passé ses horribles mains partout sur moi. J’écris ces lignes et je sens encore sa langue sale et gluante forcer mes lèvres. J’ai fait des cauchemars, toutes les nuits, imaginant qu’il pouvait traverser l’océan et forcer ma chambre. Je l’ai vu, devant moi, chaque matin où j’ai ouvert les yeux en sursautant. J’ai senti son odeur immonde sur chaque homme qui m’approchait. Je me suis empêchée de manger parce que tout avait un goût d’amertume et de honte.

Je me suis aussi ouverte à plusieurs hommes ensuite, parce qu’en fait, je n’avais plus rien à perdre… ni dignité ni valeur.

Puis un jour, un homme est entré dans ma vie. Il a été doux, compréhensif et patient par-dessus tout… Les semaines, les mois et les années ont passé. Ça m’a pris trois ans avant de recommencer à manger normalement… Ça m’a pris trois ans avant de pouvoir regarder dehors et trouver qu’un paysage était beau, tout simplement. Ça m’a pris trois ans avant de sentir à nouveau l’odeur des fleurs, sans arrière-goût âcre ni amertume.

Maman, j’ai tenté de sourire, je te le promets. Mais je n’ai pas réussi à oublier. Je suis désolée, ça doit être de ma faute, ça aussi.

Aujourd’hui, j’ai aussi tapé un « #MeToo » sur un petit écran. Et ces deux petits mots que je vois défiler partout me font me sentir moins seule… Un jour, je pourrai marcher dehors, dans le noir, sans me sentir totalement affolée. Sans avoir l’impression que le monde entier peut faire ce qu’il veut de moi… Une autre partie de moi a encore peur. Peur de voir que si les partages et les #metoo sont si nombreux, c’est que cette société a encore beaucoup à apprendre.

Montrons à nos filles à dénoncer, à crier et à se battre. Apprenons à nos futurs hommes l’égalité, le respect et la dignité. Enseignons à cette société que le combat n’est pas fini.

Eva Staire