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Six mois avec vous

Lundi, ce sera la grande rentrée. Ici, c’est la grande réouverture des écoles. Parce qu’avec la Covid-19, ça fera tout près de six mois qu’on est encabanés tous ensemble à la maison. Pas d’école, pas de garderie, pas de visite, pas de camp de jour… Et j’avais envie de faire un bilan de tout ça. Un bilan de tout ce que j’ai appris durant cette pandémie.

J’ai appris à être reconnaissante. Parce qu’autrement, jamais je n’aurais eu la chance de vivre six mois consécutifs avec vous. Six mois complets, juste vous et moi. Vous avez pu vivre les tout premiers instants avec votre bébé-frère, vous étiez là à chaque première fois. J’ai pu vous voir grandir, évoluer, jouer et rire tous les jours. J’ai été témoin de vos jeux et de la magie qu’ils suscitent encore dans vos yeux.

J’ai développé mon « système D ». Je me suis improvisée enseignante de primaire. Dès le 16 mars, j’étais prête. Nous avons fait des sciences, de la musique, de la couture, du tricot, des mathématiques, de la lecture, de l’écriture, du yoga et j’en passe ! J’ai appris que j’aimais beaucoup vous enseigner à la maison. Vous enseigner la vie. À ma manière. Avec les matières qu’on avait tous envie d’apprendre. Dans le plaisir et sans obligations. Quand les cours à distance obligatoires ont été instaurés, avec les dizaines de rencontres par semaine, les devoirs forcés et le grand vide laissé par l’incertitude collective, là en revanche, j’ai eu moins de plaisir à improviser… Je l’avoue.

J’ai appris à arrêter le temps. J’ai appris à oublier l’heure et à laisser le frigo ouvert 24/7. J’ai appris à lâcher prise sur ce que vous mangiez et quand vous le mangiez. J’ai appris à fermer les yeux sur le bordel. J’ai appris à vous faire confiance à travers vos mille expériences scientifiques. J’ai appris à profiter de chaque câlin, de chaque rire et de tous les petits instants magiques du quotidien.

J’ai appris à vivre avec vous, pas juste en mode routine-métro-boulot-dodo. Non, vivre avec vous chaque moment et non pas juste survivre à la routine. J’ai appris à quel point j’aimais être votre maman. J’ai découvert que j’aurais sûrement été une bonne maman à la maison. Mais j’aime trop mon travail pour en faire une expérience permanente.

J’ai appris que votre père et moi, on fait un maudit beau travail d’équipe. Parce qu’avant, on manquait de patience devant vos disputes. Souvent. Mais après six mois, je ne sais pas ce qui a changé… Soit c’est vous qui avez appris à mieux jouer ensemble. Soit c’est nous qui sommes devenus plus tolérants, sans le tourbillon de la vie. Soit c’est un peu des deux… Mais une chose est sûre, c’est que tous ensemble, on forme une fichue belle famille.

J’ai hâte que l’école recommence. J’ai hâte de retourner travailler. Pour de vrai. Vous devant votre pupitre et moi devant mon bureau. J’ai hâte de sortir de la maison. J’ai hâte d’aller prendre un verre avec une amie. J’ai hâte de faire des lunchs. J’ai hâte de m’ennuyer de vous, juste un peu. J’ai hâte d’aller vous chercher à la sortie des classes. J’ai hâte que vous me parliez de votre journée, de vos amis et de ce que vous avez appris sans moi. J’ai hâte de vous voir évoluer loin de moi aussi.

Je sais que sans cette pandémie mondiale, je n’aurais jamais eu la chance de rester six mois au complet avec vous tous. Certes, les morts sont nombreux et chacune de ces morts est tragique. Mais ici, on lui doit beaucoup, à cette pandémie. Je n’ai pas envie de me plaindre. Le train-train de la vie reviendra bien vite. Je veux me retourner et voir derrière moi tout ce que cette expérience nous a appris. Parce qu’au‑delà de l’obligation de porter un masque, de garder ses distances et de laver ses mains, je suis certaine qu’on a appris plein de belles choses durant les derniers mois.

Joanie Fournier

 

À toi mon Bébé-Covid

Mon bébé, tu as choisi une drôle de date pour venir au monde… En ce vendredi 13 de l’année 2020, où on nous annonçait la fermeture de toutes les écoles du Québec, moi, j’entrais à l’hôpital pour te mettre au monde. En ressortant de l’hôpital, après cette épreuve de courage, de force, d’endurance et d’amour, le Québec avait changé.

Au début du confinement, je voyais tellement de positif à tout cela. Je me disais que j’avais de la chance de pouvoir t’accueillir dans notre famille, entouré de tes frères et sœurs 24 h/24. Je me disais que nous avions de la chance de pouvoir vivre toutes tes premières fois tous ensemble. Pas d’école pour les grands, pas de garderie pour les petits.

Bien sûr, je savais que ce serait très demandant pour moi. Bien sûr, j’étais aussi inquiète que tu attrapes ce vilain virus. Tu me semblais si fragile. Mais somme toute, je me trouvais chanceuse de vivre ce confinement avec tous mes enfants. En plus, mon congé de maternité m’apportait une sécurité financière que bien des familles n’ont pas eu la chance d’avoir pendant cette période‑là…

Puis, les mois ont passé. Tu as déjà 4 mois, mon Bébé-Covid. Et je comprends aujourd’hui que cette période historique dans laquelle tu es née a déjà une influence sur le bébé que tu deviens.

Avant, tous les bébés adoraient leur siège d’auto. Cette coquille dans laquelle tous les bébés faisaient des allers-retours matins et soirs pour aller à l’épicerie, pour aller chercher les grands à l’école ou pour aller au centre d’amusement. Cette coquille qui pour tous les autres bébés semblait rassurante, tellement ils étaient habitués de s’y endormir. Toi, mon Bébé-Covid, tu as horreur de ton siège d’auto. Les seules fois où tu l’as utilisé, c’était pour des rendez-vous médicaux et ça se compte encore sur les doigts d’une main. Chaque fois qu’on t’y installe, tu hurles jusqu’à ce que l’on t’en sorte. Et ta coquille a fini par prendre la poussière…

Avant, tous les bébés avaient des photos de leurs premiers jours à l’hôpital dans les bras de leurs grands-parents. Toi, mon Bébé-Covid, tu n’auras jamais eu cette chance. Parce que toutes les visites étaient interdites à l’hôpital. Et une fois rendus à la maison, les visites étaient tout aussi interdites… alors tu n’as pas encore connu les bras d’amour de tes grands-parents.

Pour tous mes autres bébés, j’ai pu avoir un semblant de vie sociale. Un cours de cardiopoussette, un cours de piscine pour maman et bébé, des sorties entre mamans, des amies qui viennent prendre un café à la maison… Mais pour toi, mon Bébé-Covid, tout cet univers n’existe pas. Tu n’as pas connu les discussions entre mamans qui ne finissent plus. Tu n’as pas croisé d’autres bébés. Nous ne sommes pas sortis du tout. Et une chance que tu avais des frères et sœurs, parce que je n’ose pas imaginer la solitude si tu avais été un premier bébé…

J’ai une compassion immense pour les mamans qui ont eu un Bébé-Covid comme premier bébé… Elles ont dû tellement se sentir seules… Elles n’ont jamais pu avoir de mamie pour les aider avec le ménage. Elles n’ont eu que des appels téléphoniques pour des conseils d’allaitement ou pour répondre à leurs questions. Elles ont tellement dû se sentir seules avec toutes leurs inquiétudes de premier bébé… Et si vous êtes l’une de ces mamans, sachez que vous êtes courageuse et extrêmement forte.

Et toi, mon Bébé-Covid, tu seras le premier d’une nouvelle génération. Cette génération qui n’aura connu que sa maison. Qui n’aura entendu que les voix de son papa et de sa maman. Qui n’aura senti que l’odeur de son petit environnement. Qui n’aura pas connu d’autres visages encore… Et qui bientôt, on l’espère, connaîtra toutes les petites joies de l’extérieur. Mais sache, mon Bébé-Covid, que tu as le droit d’aimer être chez toi aussi. C’est normal que tu sois plus anxieux quand tu rencontres de nouvelles personnes, de nouvelles odeurs, de nouvelles voix… C’est normal d’être curieux et d’avoir peur de toute cette nouveauté à la fois. Je suis certaine que ta génération sera unique en son genre.

Et vous ? Avez-vous remarqué que vos Bébé-Covid étaient différents ?

Joanie Fournier



Mon amour, et si on restait confinés?

Voilà plus de huit semaines qui ont passé depuis que notre gouvernement a annoncé le confinement pour tous.

Presque deux mois qu’on a changé notre routine en entier.

Au début, ce fut certes très déstabilisant, voire vertigineux.

L’école fermée, le hockey des gars terminé comme ça, sans party de fin de saison, même sans séries.

Nos projets à venir suspendus, le camping qu’on attend durant tout l’hiver qui n’a plus de date d’ouverture. Tout sur hold. Pour nous et pour la planète entière.

Y’a de quoi faire un peu d’angoisse.

Nos nuits furent perturbées ; on se réveillait en plein milieu de la nuit en se parlant de nos peurs, de nos inquiétudes. Ne sachant plus du tout de quoi serait fait demain.

Les gars se réveillaient après avoir rêvé à des choses tristes.

Leur mamie avait attrapé la COVID. Le lendemain, c’était leur pépère. Toujours ce genre de cauchemar.

Après dix jours, un nouveau beat s’est installé.

Chaque matin commençait maintenant comme si c’était dimanche!

Au menu : pancakes, musique, jeux de société et beaucoup de temps ensemble.

Les soirées? Des concours de soupers chacun son soir, des tournois de Mario Kart, de grandes marches, du temps, beaucoup de temps ensemble.

Soudainement, je me suis surprise à espérer que ça ne cesse pas tout de suite, que ça s’étire encore juste une semaine ou deux, pour qu’on puisse vraiment faire tout ce qu’on avait envie de faire. Ces deux semaines‑là ont passé et voilà que je souhaitais toujours qu’ils ne nous annoncent pas que c’était la fin du confinement.

Parce que, quand on ne sera plus confinés les quatre ensemble, vous me manquerez trop.

Toi Charlie, tu retrouveras tes amis, ton sport, ton envie de toujours être en action. Et moi, c’est tout ce que je souhaite pour mon enfant de dix ans. Bien sûr, mais en ce moment, je suis la plus chanceuse d’avoir autant de temps avec vous, t’sais.

Et Phénix, lui, il capote sa vie d’être ton seul ami en ce moment. Toujours prêt à tout pour rendre son grand frère heureux!

Les nuits à quatre dans notre lit à écouter Netflix seront rares.

Papa n’ira plus faire des méga grosses épiceries… (lol) et il ira encore moins à la SAQ pour maman (lol lol).

Mon stress, il reviendra inévitablement lui aussi.

Rien ne sera comme avant.

Ni notre façon de s’occuper de chacun de nous ni cette façon d’apprécier les moments ensemble. J’espère qu’on se priorisera toujours comme en ce moment.

Parce qu’après tout, la famille c’est ça, être bien ensemble, juste nous ensemble.

Beaucoup de choses nous manquent à tous et j’ai hâte que l’on retrouve tous nos activités et ceux qui nous manquent.

Mais j’espère que ce temps sur pause aura su nous apprendre à savoir prendre des pauses quand il le faut et quand on le veut!

Lisa-Marie Saint-Pierre

Ma prise de conscience COVID

Il y a certains moments dans la vie où on prend davantage conscience de certains faits de la vie. S’il y a une chose juste avec notre passage sur terre, c’est que l’on naît et que l’on meurt tous. Aujourd’hui, à cause de la COVID, j’ai pris conscience que l’on perd les êtres chers autour de nous ou que nous les quittons. J’ai pris conscience qu’un jour, je vais perdre ma sœur ou qu’elle me perdra, et on se sentira bien seules. J’ai pris conscience que mes parents avaient de grandes familles, qu’ils partent tour à tour, que ce n’est pas plus facile chaque fois, que je ne sais pas vraiment quoi dire. Qu’est-ce qu’on peut dire en fait ?!

La COVID a pris mon oncle, le frère de mon père. Je sais que mon père est triste. Avouons‑le, être huit frères et sœurs et se retrouver à quatre n’a rien d’un décompte amusant. On n’y peut rien, c’est le cycle de la vie ; on ne choisit pas.

J’ai découvert que peut‑être que moi, je sais bien être. Je ne peux ramener frères, sœurs, parents, conjoints, grands-parents, amis. Croyez‑moi, j’aimerais sincèrement avoir ce super pouvoir, mais je peux aider à continuer le plus doucement possible.

Une autre occasion de se rappeler l’importance du moment présent, toute l’importance d’aimer ceux qui nous entourent pour ce qu’ils sont, avec bonté, comme s’ils allaient nous quitter le moment suivant. Autrement dit, aimons-nous les uns les autres ! N’attendez pas des moments pour en reprendre conscience, pas de 11 septembre, pas de COVID, pas d’attentats. Soyez dans l’urgence d’aimer.

Papa, maman, amis, beau-frère, cousins, cousines, je ne peux enlever la douleur de la tristesse. Je n’ai pas beaucoup de mots, mais soyez assurés que je suis de tout cœur avec vous et je saisis tout à fait ce qui se passe.

Marie-Josée Gauthier

Pour toi, le finissant du secondaire 2020

C’était ta dernière année. Tu savais déjà ce que tu allais faire plus tard dans la vie ou tu hésitais encore. Tu venais de faire ton inscription au cégep quelques semaines plus tôt et tu te croisais les doigts pour être accepté au premier tour dans ton premier choix. Ton secondaire allait se terminer dans trois mois. Tu rêvais du bal des finissants. Tu avais hâte de regarder ton album et de le faire signer par tout le monde. Ce que tu ne savais pas, c’est que la COVID allait frapper et qu’elle changerait tout cela pour toi.

Tu as toujours rêvé qu’une catastrophe survienne pour qu’il n’y ait subitement plus d’école du jour au lendemain. Je le sais, moi aussi à ton âge, je le souhaitais. Sauf que là, c’est arrivé pour vrai. Une semaine c’est le fun, deux aussi. Mais là, le temps a commencé à être long. Ce que tu n’avais pas prévu dans ton scénario est que la catastrophe qui t’empêcherait d’aller à l’école t’empêcherait aussi de voir tes amis, de sortir et de vivre ta vie normalement.

Semaine 3… 4… 5, tu t’ennuies de l’école, chose que tu ne pensais jamais vivre dans ta vie. Tu t’ennuies des corridors pleins de gens, du son de la cloche, de courir pour changer de local entre les périodes. Tu te demandes si tu te souviens de la combinaison de ton cadenas. Tu t’ennuies de tes collègues de classe et même de tes professeurs !

Semaine 6, la décision est prise : les cours sont annulés pour le reste de l’année pour les élèves du secondaire. Tu seras convoqué pour aller chercher tes effets personnels à l’école, et c’est comme ça que l’aventure va se terminer. Les corridors seront vides, les professeurs absents et tes amis aussi. Toi qui avais si hâte à ton dernier examen en juin pour dire au revoir à cet endroit et aller de l’avant vers une nouvelle aventure, tu vas quitter autrement. Tu n’auras pas la chance de dire au revoir à tes professeurs, de les remercier pour l’aide qu’ils t’ont apportée au cours des dernières années.

Je ne sais pas si le montage de ton album de finissants était terminé. Je ne sais pas si tu pourras en avoir un. Pour le bal, j’ai de la peine pour toi, car je me rappelle à quel point je rêvais de ma robe de bal depuis le début de ma cinquième secondaire. Peut‑être l’avais‑tu déjà trouvée ou peut‑être que tu allais bientôt commencer le magasinage pour la trouver. Savais‑tu déjà avec qui tu irais au bal ? C’est un rite de passage important qui marque la fin d’une étape et un premier pas vers ta vie d’adulte, ça méritait d’être souligné ! Le virus en a décidé autrement.

Pour tous les finissants du secondaire 2020 et plus particulièrement pour ma cousine Rébecca, soyez fiers de vous, de ce que vous avez accompli au fils des dernières années. Vous aurez quelque chose d’unique à raconter à vos enfants lorsqu’ils arriveront eux aussi en cinquième secondaire et qu’ils vous demanderont comment ça s’est passé pour vous.

Annie St-Onge

Mon papa, confiné

Dans quelques jours, ce sera la fête de mon papa. Il aura 73 ans. Mon papa est atteint d’une maladie grave des poumons, une maladie dégénérative et malheureusement, elle ne se guérit pas.

Mon papa, comme beaucoup de papas, est confiné. S’il sort, il met sa vie en danger. Comme la plupart d’entre nous, vous me direz. Oui. Mais lui, ses poumons fonctionnent à moins de 30 %. Mon papa a des poumons malades.

Je lui ai donc formellement interdit de sortir. J’ai mal en dedans. J’ai mal de devoir lui dire quoi faire. J’ai mal aussi de voir que beaucoup de papas, de mamans et de grands‑parents sont prisonniers. J’ai mal de savoir qu’il y a des gens malades qui ne peuvent voir leur famille et qu’ils sont confinés, seuls.

Mon papa est dans une maison remplie d’amour. Une maison où les gens font attention, où les gens ne sortent pas vraiment sauf pour l’essentiel. Une maison où le lavage de mains devient presque une manie et où une crise d’hystérie surgit si la personne entre sans le faire. Mon papa est, je crois, bien entouré. Oh, ce n’est pas toujours facile, comme dans toutes les maisons, mais mon papa n’est pas seul. C’est ce qui compte.

Je lis de plus en plus des témoignages de préposé. e. s ou d’infirmiers. ères qui racontent comment les personnes âgées sont isolées et comment ces humains sont maltraités, mal nourris, mal aimés. J’ai mal en dedans.

J’ai souvent mal en voyant mon papa ne plus travailler et ne plus avoir de souffle. Sa santé va bien, mais son souffle ne va pas, lui. Ses poumons malades ne vont pas bien, eux, mais il me dit qu’il est heureux parce qu’il n’est pas seul. J’ai toujours peine à le croire. Je sors toujours de sa chambre avec le cœur en miettes. Et lui, il sourit, tout le temps!

Depuis le confinement, je réalise peu à peu ce que mon papa a toujours voulu me dire. Je réalise que j’ai fait le bon choix. Avoir les gens qu’on aime loin de soi en sachant qu’ils sont malades, il n’y a rien de pire. J’ai une pensée pour celles et ceux qui le vivent. Vraiment.  

  • Papa, tu peux descendre, le souper est prêt!

Tranquillement, je vois une petite tête blanche descendre l’escalier, à son rythme bien sûr, le sourire aux lèvres pour déguster un bon repas, en famille.

Oui, mon papa habite avec moi et en cette période de confinement, nous sommes bien heureux de nous avoir! Bonne fête papa!

Tania Di Sei

Se réveiller la peur au ventre

Depuis trois semaines, je me réveille avec une boule dans le ventre et je me sens envahie par une grosse vague de déprime. Un peu comme quand on se réveille d’un mauvais rêve et qu’on reste avec un arrière-goût de tristesse, de colère, de peur… T’sais, comme lorsqu’on rêve que notre chum nous a trompée et qu’on se réveille un peu en maudit après lui ?

Je pense pouvoir dire que les choses allaient relativement bien depuis le début du confinement, du moins le premier mois. Je pensais avoir découvert la clé du succès : m’occuper ! Je me suis lancée dans mille et un projets qui m’occupaient l’esprit : j’ai terminé des rénovations qui ne finissaient plus de finir, j’ai lavé des recoins perdus de ma maison, j’ai savouré des instants de bonheur avec ma marmaille, j’ai pris goût à la popote, etc. J’en étais rendue à croire que la COVID-19 avec eu raison du pauvre hamster qui habitait ma tête depuis vingt ans !

Mais il faut croire que le satané hamster s’en est remis et il semble bel et bien immunisé parce qu’il est revenu en force ! Maintenant que la maison est propre (et dire que personne n’en sera témoin !), que j’ai réglé la To do list qui ornait le devant du frigo depuis cinq ans, que je peux affirmer fièrement avoir fait du pain maison et que mes enfants se sentent aimés et encadrés à souhait, j’ai peur ! Oui, j’ai peur ! 

Je n’ai pas tant peur des microbes : ça, mon rationnel s’en charge. J’ai peur de la suite des choses, de l’après-confinement, du retour à la normale. J’ai peur d’avoir un peu perdu ma place dans la société dont je me suis volontairement exclue depuis quelques semaines. Je me sens loin de mes amis, de ma famille, de mes collègues et des enfants que je côtoie habituellement chaque semaine. Je n’ai plus accès à tous ces sourires, ces tapes dans le dos et ces échanges qui me valident que je suis appréciée, que je suis utile, que j’ai des forces et que je suis « essentielle », moi aussi, à ma façon. J’ai l’impression de ne plus briller et ça me fait peur, parce qu’une étoile qui ne brille plus a tendance à être oubliée.

Pour le moment, je vais respirer par le nez, tenter de négocier avec mon p’tit hamster et me donner le droit de m’éteindre un peu, le temps de laisser les autres étoiles briller pleinement dans le ciel… tout en souhaitant retrouver mon éclat d’ici quelques semaines.

Stéphanie Nesteruk

La réouverture des écoles

Comme beaucoup de parents, nous attendons tous avec impatience les mesures annonçant le déconfinement. Nous scrutons les paroles de notre premier ministre et on voit les foules se soulever dès qu’il est question de rouvrir nos écoles…

Le 22 avril, François Legault a annoncé qu’il présenterait sous peu un plan de réouverture des écoles et des entreprises par région. L’idée principale est de relancer d’abord les régions les moins touchées par la maladie et celles où la situation est stable actuellement. Il a spécifié que les parents qui ne souhaitent pas envoyer leurs enfants en classe n’y seront pas obligés.

Et déjà, face à la possibilité de laisser ce choix aux parents, j’espère sincèrement que ce choix sera éclairé, assumé et surtout, respecté. Je voudrais penser que tous les parents, peu importe le choix qu’ils feront, sauront respecter le choix des autres parents. Et disons qu’en temps normal, la parentalité de nos jours ne se fait pas toujours dans le respect de la différence… J’espère vraiment que cette pandémie aura appris aux parents à ne pas juger le choix des autres.

Alors voilà : peut-être que tu feras le choix d’envoyer tes enfants à l’école. Parce que tu dois aller travailler. Parce que tu as envie que tes enfants retournent à l’école pour apprendre et socialiser. Parce qu’il n’y a personne qui a une santé à risque chez vous. Parce que tu te sens à bout et que tu as besoin d’un break. Parce que tu ne te sens pas à l’aise d’enseigner à la maison. Parce que tes enfants ont envie d’y retourner. Je te dis : Let’s go! Envoie-les à l’école. C’est juste bien correct.

Alors voilà : peut-être que tu feras le choix de garder tes enfants chez toi. Parce que tu peux travailler de la maison ou que tu es déjà en congé. Parce que des gens ont une santé fragile chez toi. Parce que tu aimes ça rester en famille en confinement. Parce que tes enfants trippent à faire l’école à la maison. Parce que tu as peur des risques du déconfinement. Je te dis : Let’s go! Garde-les chez toi. C’est juste bien correct.

Alors voilà : peut-être que tu te sens bien perdu là-dedans. Peut-être que tu trouves que c’est une très grande responsabilité de devoir faire ce choix. Peut-être que tu as besoin d’y réfléchir encore. Peut-être que tu attends de voir ce que les autres vont faire autour de toi. Peut-être que tu as envie de tirer à pile ou face. Peut-être que tu vas laisser tes enfants prendre cette décision. Je te dis : Let’s go! Tu as le droit de te sentir perdu aussi, c’est juste bien correct.

Mon seul souhait, c’est que les parents prendront leur propre décision, sans juger celle des autres. Chaque parent fait de son mieux en ce moment. Et chaque parent prendra la bonne décision pour lui, pour sa famille, peu importe ce qu’il choisit de faire. Respect. Le but, ce n’est pas de se juger entre nous et encore moins de se sentir coupables de faire ce choix.

De plus, ça prend des parents qui feront les deux choix ! On a besoin de parents qui enverront leurs enfants à l’école. Parce que grâce à eux, l’économie pourra reprendre et cela permettra d’augmenter notre immunité collective. On a aussi besoin de parents qui garderont leurs enfants à la maison jusqu’en septembre. Parce que grâce à eux, nous pourrons échelonner les cas plus graves et éviter d’engorger les hôpitaux. Grâce aux choix de ces parents, nous pourrons échelonner la contamination et du coup, permettre à la société entière de mieux combattre cette cochonnerie.

Alors, encore une fois, peu importe ton choix, rappelle-toi que celui du voisin est tout aussi valable que le tien, malgré sa différence.

Joanie Fournier


Bienvenue dans mon monde

Le début de cette pandémie nous a causé bien des soucis à tous. Certains ont même développé de l’anxiété. Beaucoup de gens vivent du stress face au côté financier. Des séparations s’ensuivent, car ce mode de vie exige une adaptation et un contrôle de ses émotions. Les situations problématiques vécues par les gens sont nombreuses.

J’ai dû m’adapter moi aussi. Étant habitué de rester seul à la maison la semaine et de prendre soin de moi tout seul, je devais m’oublier un peu. Mes enfants étaient là et ils ne pouvaient pas passer leur journée devant les écrans. Ma femme fait du télétravail et elle fait sa part aussi. Entendre du bruit et des cris tous les jours est une grosse adaptation aussi pour mon TSPT. Cela a été très dur pour ma femme et moi, et j’ai dû faire d’énormes sacrifices. Mais c’est un combat de tous les jours et j’essaie de m’améliorer.

Quand je devais sortir, j’étais anxieux d’attraper ce virus à cause de tout ce que je voyais à la télévision. J’avais des symptômes physiques graves pendant les trois premières semaines… Normalement, je regarde très rarement les nouvelles car il y a beaucoup de négatif. Souffrant d’un TSPT sévère et de beaucoup d’anxiété, j’ai grandement diminué le nombre de fois où je consultais les nouvelles. Et cela m’aide beaucoup maintenant.

Un autre facteur de stress était que je me demandais qui allait s’occuper de ma petite famille si je tombais malade. Ma femme est immunosupprimée, ce qui veut dire que présentement, je suis le seul qui fait les courses. Aussi, ma chienne d’assistance Théra n’a pas eu de rendez-vous depuis deux mois maintenant. Normalement, elle se fait belle toutes les quatre semaines. Je ne peux pas lui couper ses griffes moi‑même, car je ne vois pas la petite veine à travers ses griffes noires. N’oubliez pas qu’elle est très importante pour moi. Ce n’est pas seulement un animal de compagnie.

Malgré tout, je me suis adapté quand même assez vite. Comme un militaire qui va à l’étranger pendant six mois dans un pays souvent apocalyptique. Sorties au restaurant, cinéma, magasinage, journée à la plage, etc. : ça n’existe pas. Sur un camp, on mange, on dort, on travaille, on s’entraîne et on patrouille. On ne sait jamais si on va revenir vivant dans notre beau pays. Quelques minutes de téléphones sont permises par semaine pour communiquer avec nos proches. Quand même, notre situation de confinement présentement n’est pas si pire !

Est‑ce que j’ai acheté beaucoup d’épicerie ? Non, seulement un petit peu plus que d’habitude, graduellement, pour éviter d’y aller trop souvent. Nous, les militaires, sommes habitués à avoir une liste d’équipement pour nos bagages afin d’avoir un peu de tout. Donc je me suis assuré que ma famille puisse avoir un peu de tout, sans exagérer. Mon expérience militaire me disait que les supermarchés ne pourraient pas fermer.

Pour moi, sortir pour l’essentiel est déjà une réalité depuis un bon bout de temps. Normalement, je sors de la maison seulement pour faire mes courses. La plupart des activités avec les enfants sont effectuées avec ma femme. Donc pour mon mode de vie, rien n’a changé. C’est pour cela que je vous dis : Bienvenue dans mon monde.

Oui, j’aimerais bien souvent aller voir des groupes rock que j’ai aimés pendant ma jeunesse. J’aimerais faire beaucoup de choses, mais les foules et le bruit, pour moi, c’est impossible.

Étrange à dire mais maintenant, je me sens mieux dans cette situation. Les supermarchés sont presque déserts. Une discipline rigoureuse est établie, ce qui vient me rejoindre face à mon expérience militaire. Les gens ont peur et ont probablement plus peur que moi. Donc ils gardent leurs distances. Bien sûr, je choisis les endroits où la plus grande discipline est respectée, peu importe le prix des aliments qui y sont vendus. Je me sens bien dans un supermarché presque désert. Je n’ai pas de flash-back. Je commence à me sentir plus en sécurité alors que d’autres vivent de l’insécurité. Je dois vous avouer que je privilégie la livraison à domicile autant que possible et l’achat local.

Je vois l’anxiété sur le visage des gens. Après tout, je suis devenu un expert dans ce domaine. Depuis deux ans que je consulte et que j’observe mes signes afin d’avoir des outils pour ma blessure. Quand quelqu’un est anxieux, ça devient plus facile pour moi de le découvrir.

Je me sens bien chez moi et je préfère ne pas sortir depuis presque deux ans maintenant. Il faut seulement du temps d’adaptation avec ceux qui ne peuvent pas vivre ainsi. Mais pour moi, c’était déjà ma façon de survivre.

Alors je vous souhaite la meilleure des chances, soyez disciplinés et restez chez vous autant que possible.

Carl Audet

Je ne veux pas que ça finisse!

Ne me lancez pas des roches (de toute façon, je suis à plus de deux mètres). Pas tout de suite, en tout cas. Attendez au moins d’avoir lu jusqu’au bout.

Le confinement, je ne veux pas que ça finisse (à quelques détails près).

Le coronavirus, oust. DÉGAGE! Tu nous fais mal, tu déjoues nos efforts et nos lavages de mains.

Les questionnements angoissants : Jusqu’à quand le compte en banque résistera‑t­‑il à la perte d’emploi? Le test, il est positif ou négatif? Qui nous appelle au milieu de la nuit?… Tout ça, on le jette aux poubelles, que dis-je, au déchiqueteur.

Les humains qui tombent comme des mouches, comme dans la chanson « Plus rien » des Cowboys fringants : on fait un reset, on arrête le carnage!

Les mourants que personne ne veille parce qu’ils ne peuvent pas être les bienvenus, les funérailles où seul le mort est invité, c’est trop. C’est inhumain, insupportable.

Les statistiques qui roulent en boucle aux nouvelles : la courbe, on ne veut pas l’aplatir, on veut l’écrapoutir.

À tous ceux qui vivent les contrecoups de la pandémie (bref, tout le monde, genre, tout humain qui habite sur la planète Terre en ce moment), sachez que je suis de tout cœur avec vous en pensées, en ondes et en tout ce que vous voudrez.

 

Mais pour le reste? J’ose dire que j’en prendrais encore longtemps :

Des tonnes de câlins matin, midi et soir avec mes cocos, n’importe quand!

Des journées en famille, en pyjama ou pas, go! User mes pantoufles, j’adore ça!

Aucune obligation sociale, même pas celle de se maquiller…

Pas de centres commerciaux pour aller dépenser (désolée pour l’économie mise à mal ; ce n’est rien contre les entrepreneurs ni les employés… c’est juste que je suis mieux dans mon cocon que coincée dans le capitalisme)…

Pas de parades de conducteurs stressés deux fois par jour, pas de nervosité à l’idée d’arriver en retard à un rendez-vous ou à l’école, pas de « dépêche‑toi », pas de « tabarouette, l’essence a encore monté »…

La chance de télétravailler aux côtés de mon amoureux (et de créer des stratégies pour rester concentrés)…

Pas de taxi-mom, pas de papou-taxi…

Des repas partagés, des recettes inventées, mille occasions de s’entraider…

La permission de vivre et d’apprendre au rythme de chacun, pas de pression, pas d’évaluations…

Pas d’appels de l’école pour discuter d’un comportent dérangeant ou d’un devoir non remis (un soulagement, je vous dis!)…

Mon rêve d’enseigner à mes enfants, même si dans ma tête, ça ne se passait pas comme ça…

Du temps en quantité pour écouter mes enfants, les entendre rire, accueillir leurs plaintes (« C’est long, maman! Quand est-ce qu’on retourne à l’école? ») et trouver des solutions, pour observer leurs défis, leurs progrès, pour combler leurs besoins et les convaincre que les autres aussi en ont…

Des semaines intensives de maternage pour analyser l’impact de mes interventions parentales, pour admirer les fleurs qui poussent et ajouter un tuteur là où la tige a poussé croche…

Du soleil pour jouer, de la pluie pour danser, de la neige pour se blottir au chaud avec un bon roman…

Le ciel qui se dégage, les rivières qui retrouvent leur transparence, la planète qui arrête de trembler de peur…

Le temps de prendre le temps…

Tout ça, j’en prendrais encore longtemps. Plus la permission d’aller voir ma maman.

Nathalie Courcy

Les anges gardiens de nos anges gardiens

On parle souvent des anges gardiens, ceux qui font en sorte que les malades sont accompagnés.

Les infirmières, les médecins, les ambulanciers.

N’oublions pas les travailleurs des services d’urgence, pompiers et policiers. Grâce à vous, nous sommes en sécurité.

On parle aussi souvent de ceux qui travaillent dans les services essentiels et qui nous permettent de continuer d’avoir un semblant de vie normale. Bravo à vous tous qui travaillez dans les épiceries, pharmacies, quincailleries, etc. !

On parle de ceux qui effacent toutes traces de ce virus mortel… les gens du service de nettoyage. Parce que vous aussi, vous êtes importants.

Mais qui parle de nos éducatrices et de nos éducateurs qui passent leurs journées avec les enfants des gens qui, eux, travaillent dans les services essentiels ?

Aujourd’hui, j’ai envie de vous lever mon chapeau. J’ai envie de vous dire BRAVO.

Personnellement, j’ai la chance d’avoir mes enfants avec moi à la maison puisque notre travail à mon conjoint et moi n’est pas jugé essentiel.

J’ai parfois l’impression qu’on vous oublie.

La vérité, c’est que je serais incapable de faire votre travail.

Chaque jour de la semaine, vous allez travailler en sachant que vous serez en contact direct avec des enfants dont les parents risquent chaque jour de contracter le coronavirus. C’est pas rien, là ! Vous êtes entourés de jeunes enfants dont les parents travaillent dans les hôpitaux, les pharmacies, les épiceries, etc.

Pensons‑y un instant. On remercie constamment ces gens qui risquent d’avoir la COVID-19 chaque jour, mais vous aussi, vous êtes en contact direct avec des dizaines d’enfants qui ont un point commun : un ou deux parents qui sont à risque élevé d’attraper ce foutu virus.

Bravo parce que vous aussi, vous risquez chaque jour de tomber malades. Vous êtes les anges gardiens de ces enfants et de ces parents qui sont dans des domaines de services essentiels.

Sans vous, je vous confirme que les choses seraient encore plus difficiles.

C’est grâce à vous que des parents peuvent aller travailler avec la tête et le cœur en paix en sachant que leurs enfants sont bien et heureux malgré leur stress pour leur propre santé.

J’ai appris qu’à partir du lundi 6 avril 2020, vous devrez non seulement vous occuper des enfants d’âge préscolaire, mais aussi des enfants d’âge scolaire (jusqu’à 12 ans).

C’est donc dire que vous serez encore plus en contact direct avec des enfants qui risquent d’être infectés. Et vous le ferez, avec un sourire fatigué, avec la peur de tomber malades et de ramener ça chez vous… mais vous le ferez.

C’est sans gants et sans masque que vous cajolerez ces enfants qui s’ennuient de leurs parents qui travaillent fort.

C’est aussi sans gants et sans masque que vous moucherez les petits nez qui coulent. Parce que la distanciation, c’est bien beau d’en parler, mais c’est difficile quand on travaille avec de petits êtres qui ne demandent qu’à jouer et être aimés.

À vous tous et à vous toutes dans les services de garde d’urgence, MERCI !