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Deuil périnatal

Aujourd’hui, c’est la journée du deuil périnatal.

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Aujourd’hui, c’est la journée du deuil périnatal.

Tout le monde connaît quelqu’un qui a perdu un bébé. Que ce soit par une fausse couche, une grossesse ectopique, un arrêt du développement ou une malformation. C’est soit votre ami(e), un(e) collègue, un membre de votre famille ou simplement une connaissance. Bref, vous vous retrouvez devant ce couple ou cette personne et vous ne savez pas quoi dire. C’est normal. Mais c’est souvent dans ces situations que sortent des phrases que l’on croit aidantes mais qui ne font que tourner le fer dans la plaie.

Par exemple :

« Au moins, maintenant tu sais que ça peut marcher. »

« Allez-vous vous réessayer bientôt ? »

 « La nature est bien faite, il aurait peut-être été malade ou mal formé. »

« T’es encore jeune, tu as le temps d’en faire d’autres. »

« Il y a beaucoup de femmes à qui ça arrive les fausses couches. »

 « La vie envoie des épreuves à ceux qui peuvent les affronter. »

« Au moins, tu en as déjà un. »

Si je vous en parle, c’est que je me suis fait dire certaines de ces phrases et elles ne font que plus de peine. Dites-vous que le parent endeuillé doit non seulement faire le deuil de son enfant, mais aussi d’une vie de famille agrandie, de projets et de grossesses futures sans stress constant. Il n’a pas besoin d’entendre ce genre de phrases. Il a besoin d’être compris et surtout écouté.

À la place, dites aux parents en deuil que leur peine est normale, que vous pensez à eux et que vous êtes là pour eux. Ne cherchez pas à combler le vide d’une conversation par des phrases déjà toutes faites. Comprenez leur douleur, pensez à eux aux moments importants. Laissez‑les parler d’eux-mêmes. Donnez-leur le temps de passer à travers le deuil à leur façon. Comprenez s’ils ne veulent plus d’enfant et ne tentez pas de les convaincre que la prochaine fois, ça pourrait bien aller. Accueillez les larmes, sans jugement.

À toi cher parent qui doit faire le deuil d’un enfant ou le deuil de la grossesse, donne‑toi le droit d’avoir de la peine. Ne te sens pas coupable, tu n’as rien à voir avec ce qui est arrivé, ce n’est pas ta faute. Donne‑toi le droit d’en parler et n’hésite pas à aller chercher de l’aide si tu en ressens le besoin. Ne te sens pas obligé de réessayer tout de suite, dans quelques années ou même un jour. C’est ta vie et ton choix. Tu n’es pas obligé de te justifier. Et même si tu as un autre enfant, plus vieux ou plus jeune, le deuil à faire reste le même. Ne te sens pas mal de faire un autre enfant par la suite. Ça ne veut pas dire que tu oublies mais que tu continues d’avancer.

N’oubliez pas en cette journée spéciale de dire à vos ami(e)s concerné(e)s que vous pensez à eux. C’est important qu’ils ne se sentent pas seuls face à cette situation.

 

Anouk Carmel-Pelosse

 

La pire journée de ma vie

Il y a huit ans, lors de mon anniversaire, je marchais dans la neige avec mes souliers bruns dispara

Il y a huit ans, lors de mon anniversaire, je marchais dans la neige avec mes souliers bruns disparaissant sous les flocons. Mon manteau entre-ouvert laissait sortir ma grosse bedaine.

Je me souviens encore de ce bel homme, qui fixait mon gros bedon rond, me disant à quel point je portais bien la vie.

Juste cette petite remarque me fit sourire. Oui, je portais la vie. J’allais bientôt la donner aussi. Mon corps avait changé, je savais que le grand moment arrivait. Ce jour-là, je célébrais mon vingtième anniversaire.

Deux jours plus tard, pendant l’émission Le Banquier, je serrais les dents, j’étais nerveuse. Ce soir-là, Daphnée n’avait pas gigoté, pas plus qu’elle ne m’avait fait sentir sa présence depuis quelques heures. Elle devait dormir. Elle devait faire ses forces pour sortir, pensais-je…

Quelques heures plus tard, les contractions se firent sentir. Mon petit poisson voulait sortir, mon cœur se réjouissait. Par contre, je fus inquiétée des écoulements sanguins.

Sur la route, je pensais à l’émission Les poupées russes  que j’écoutais, il y a plusieurs années. Le premier épisode était tragique, la maman mourrait en donnant naissance.

J’ai repensé à ça puisque sans le montrer, je savais que ce qui arrivait n’était pas normal. On ne fait pas un chemin en sang sans comprendre qu’on s’en va accoucher. Il y avait quelque chose, mais ce n’était pas normal. Je voyais peut-être l’évidence, mais je ne voulais pas la réaliser.

Je me souviens encore du regard des infirmières qui tentaient de fuir le mien quand elles cherchaient le petit cœur de ma fille qui ne faisait pas entendre ses battements. Pas plus qu’on ne voyait de petits mouvements de son corps.

Je devais comprendre et accepter; je m’apprêtais à donner la vie à un être qui n’en voulait pas.

À peine cette nouvelle entrée dans ma tête, j’allais à la salle de bain. On m’avait installé un soluté au poignet droit. Je le cognais contre le mur, je voyais l’aiguille entrer dans ma veine, mais la douleur ne se rendait nulle part. La détresse de mon corps était si élevée, je n’y comprenais rien.

Je demandais de sortir Daphnée de moi, comme si j’avais besoin de la voir pour assimiler ce drame. Il y avait un silence morbide dans cette salle d’accouchement. Un silence que personne ne veut entendre.

Daphnée ne poussa pas de cri, pas plus qu’elle ne se mit pas à bouger. Le docteur l’a prise et m’a dit : « J’aurais tellement espéré m’être trompée… »

Que faire avec son corps… ?

Les questions se multipliaient dans ma chambre. Je n’entendais pas. J’étais dans un monde parallèle. J’avais été appelée par le bonheur, et l’enfer avait pris sa place.

Je n’ai pas voulu prendre Daphnée. Pas plus que je n’ai voulu toucher ses petites mains froides. Elle était dans la même pièce que moi. Je sentais sa présence physique, mais je ne sentais pas sa vie. Je sentais sa mort, son absence.

Les jours suivants ont été très pénibles. Je l’ai tant priée. J’ai tellement cherché un coupable… Je me suis demandée si c’était  ma faute. Ma fille n’avait connu que sa maman et elle avait déployé ses ailes sans même connaître la vie.

À partir de ce 23 novembre, mes jours n’ont pas eu le même goût. Le bonheur n’a plus jamais été pur.

Daphnée m’a tout de même envoyé de l’espoir, car un an moins neuf jours plus tard, arrivait Lily-Rose dans nos vies. Lily n’a pas remplacé Daphnée dans mon cœur. Elle a tout simplement réconcilié mon cœur de mère avec cette vie si chienne qui m’avait enlevé mon bébé.

Daphnée est partie. Je pense à elle chaque jour. Je ne ferai jamais mon deuil et je ne comprendrai jamais son départ. J’ai appris à vivre avec son absence.

Parfois je me plais à penser qu’un jour, nous discuterons, elle, moi et ses jeunes sœurs qui n’ont pas eu le bonheur de lui parler ni de la connaître.

J’aime penser que Daphnée a diminué chacune des épreuves de ma vie. C’est ça, avoir un ange qui veille sur nous.

« Daphnée, sur ma peau ton nom est encré. Dans mon cœur, tu y es entrée et jamais je ne te laisserai t’en évader.  Joyeux anniversaire joli petit poisson. »

 

Deuil périnatal : Mon bébé-lune-de-miel

J’ai rencontré l’homme de ma vie très jeune. Nous avons eu deu

J’ai rencontré l’homme de ma vie très jeune. Nous avons eu deux merveilleuses petites filles. Nous nous sommes mariés la journée exacte de nos 10 ans d’amour. Que c’était romantique ! Comble de bonheur, et de chance, je suis tombée enceinte le soir de ma lune de miel.

Les mois ont passé. J’étais comblée et je regardais mon ventre grossir de façon impressionnante, troisième grossesse oblige… J’ai entendu son petit cœur battre, et mon propre cœur se remplissait d’une émotion plus forte que descriptible.

Je n’arrivais pas à expliquer concrètement ce qui ne collait pas avec mes deux autres grossesses, mais je savais qu’étrangement, cette fois-ci, je n’avais ni nausée, ni rage de faim, ni saute d’humeur… Doc-Bédaine m’annonce qu’à 25 ans, c’est conseillé d’aller faire le fameux « triple test ». Je n’ai pas cru bon payer pour ces tests lors de mes précédentes grossesses. De toute façon, il n’arrivera rien… De toute façon, on n’a aucun antécédent génétique… De toute façon, on est si jeunes !

Mais puisque j’ai 25 ans, les tests sont gratuits ! J’y voyais une belle opportunité de voir mon bébé sur un écran, une fois de plus, tout simplement. Je suis jeune, j’ai plus de trois mois de grossesse, je sais que son petit cœur bat bien et je sens mon bébé bouger en moi. Que peut-il arriver de mal ? Peut-être même qu’ils vont pouvoir nous prédire le sexe de notre bébé…

Le jour de l’échographie, notre chance a tourné et notre monde s’est écroulé. À peine la sonde posée sur mon ventre rebondi, nous savions que rien n’irait plus. Dès que l’écran a montré les images de notre bébé, la technicienne a demandé au médecin responsable de venir nous voir. Il a revérifié ses mesures, avant de nous annoncer une terrible nouvelle. Notre bébé-lune-de-miel n’était pas normal…

Je n’ai pas tout écouté… Mais j’ai compris une chose… Peu importe ce qui clochait, il n’y avait absolument aucune chance que notre enfant soit normal, ni conscient. Le médecin voulait qu’on pousse des tests plus loin… plus longtemps… Après le décompte des handicaps certains, nous lui avons demandé de tout arrêter. Il nous a expliqué nos options…

Notre bébé restait « viable ». Il pouvait vivre… Nous allions finir par l’enterrer, ça c’était certain, mais c’était à nous de décider jusqu’à quand nous voulions l’accompagner… Mon choix fût rapide, décidé et assumé. J’ai demandé au médecin d’interrompre la grossesse. Il a refusé. Il insistait pour faire des tests plus poussés. Il parlait de faire avancer la science et de participer aux statistiques. Mais je n’en avais rien à faire… J’ai refusé de donner mon corps et mon propre enfant à la science.

Il m’a référée à une clinique externe, spécialisée dans les cas d’interruption de grossesse… Nous y sommes allés directement, les papiers de l’échographie en main. Là-bas, une infirmière nous a expliqué que c’était impossible de pratiquer l’intervention, pour plusieurs raisons. Ils n’avaient pas le temps. La chirurgienne refuserait. La décision était beaucoup trop précipitée. Il y avait des chances que je devienne stérile.

J’ai pleuré, crié, insisté. Nous savions tous que si j’attendais deux jours… Deux petits jours seulement… Je ne pourrais plus avoir recours à l’avortement vu l’état avancé de ma grossesse. J’ai insisté pour rencontrer la chirurgienne en personne. Elle a écouté. Elle a compris. Elle avait justement un trou dans son horaire… Maintenant.

Elle était humaine, douce et compréhensive. Elle avait peur pour moi, si peur que je regrette ma décision. Elle, elle savait mieux que quiconque le caractère indélébile et irréversible de l’acte que j’allais commettre. Moi, je savais que j’étais décidée. Décidée à vouloir offrir une vie remplie d’aventures, de voyages et de joies à mes deux filles déjà bien vivantes. Décidée à ne pas donner une vie de souffrances à un enfant, si je pouvais le lui éviter. Décidée à ne pas le garder, pour seule raison que je le voulais dans ma vie.

Je ne jugerai jamais les parents qui ont fait le choix de mettre leurs enfants au monde, aussi différents soient-ils. Moi, je n’avais pas cette force. Je l’ai vu à l’échographie… et je sentais à quel point il souffrait déjà. Je n’avais pas la force de lui en imposer davantage. Je n’avais pas la force de le prendre dans mes bras, sachant que je serais forcée de bientôt l’enterrer… Je savais que ma décision était la bonne.

Dans la salle, la chirurgienne a fait une dernière échographie, pour se situer et s’aider dans l’intervention. Elle a pris une pause, a pris ma main dans la sienne et m’a dit qu’elle comprenait maintenant. Après avoir vu l’état de mon bébé, elle comprenait l’urgence de ma décision et se sentait en paix avec ce qu’elle allait faire. Elle n’était pas obligée de me dire cela. Mais elle l’a fait. Et je lui en serai toujours reconnaissante.

Je suis revenue à la maison, le ventre vide et le cœur gros. Nous nous sommes assis avec nos filles pour leur expliquer que notre petit bébé n’était plus. Ma plus vieille, âgée de quatre ans, a compris et a pleuré. Nous avons fait incinérer ce minuscule petit ange et avons fait une cérémonie, près d’une rivière, pour lui dire Adieu une dernière fois.

Le 15 octobre est la journée de la sensibilisation au deuil périnatal. C’est aussi la date à laquelle je devais accoucher…

 

Deuil périnatal: Anthony aurait 10 ans

Selon des statistiques présentées récemment, une grossesse sur ci

Selon des statistiques présentées récemment, une grossesse sur cinq ne se rend pas à terme. Une sur cinq, c’est beaucoup! Ce qui me vient automatiquement en tête, en lisant cela, est le mot «fausse couche». C’est en effet, malheureusement, quelque chose de fréquent et le cauchemar de toute femme enceinte. Parfois, il arrive que le «1 sur 5» survienne plus tard, beaucoup plus tard et ce fut mon cas. À ce stade, on ne parle plus de fausse couche, mais de mort in utero.  Voici mon histoire, celle de mon conjoint et de notre petit ange, Anthony.

J’avais alors 32 ans et la grossesse s’était déroulée sans problèmes, pas même un diagnostic de diabète gestationnel. Un soir de juin, je me lève pour aller à la toilette et je sens quelque chose d’anormal: mes eaux viennent de crever. Je suis alors à 35 semaines de grossesse. Il n’y a pas beaucoup de liquide et il est foncé. Après un appel à Info Santé, on me dit de me rendre d’urgence à l’hôpital, ce que je fais. À mon arrivée, on cherche le battement du coeur de mon bébé, sans succès. L’infirmière me dit que c’est normal, selon la position il est possible qu’on ne l’entende pas, rien d’alarmant, une échographie sera faite pour vérifier que tout va bien.  Je suis seule avec ma mère dans la chambre, mon père est dans le corridor et mon conjoint est au travail croyant à un possible faux travail.

L’échographie est passée et quelques secondes avant l’annonce, mon cerveau comprend. Je vois mon fils sur l’écran et il a l’air de «flotter» dans mon ventre. Je ne vois pas le clignotement de son cœur sur le moniteur. «Mme St-Onge, nous sommes désolés…» et puis black-out total. Ma mère pleure et va chercher mon père. J’ai des larmes qui coulent, je suis dans un autre monde et je ne comprends pas ce qui se passe. Ma seule pensée est que je porte la mort en moi, alors que je devais donner la vie.

Mon conjoint appelle à la maternité pour avoir des nouvelles. C’est alors que je sors de mon état pour crier au téléphone : « Anthony est mort !!». Puis de nouveau, je retourne dans un état proche de celui de zombie pour plusieurs heures. Avant mon entrée à l’hôpital, je planifiais quand et comment le baptême se ferait et là, je devais planifier des funérailles.

Mon obstétricien m’annonce que je devrai accoucher normalement, ils vont aider le travail et j’aurai droit à tout ce que je veux pour soulager la douleur physique. Pour la douleur psychologique, il n’y a rien à faire.

Je passe donc de longues heures en salle d’accouchement, j’ai espoir jusqu’à la dernière minute que les médecins se soient trompés et qu’Anthony, contre toute attente, pousse un hurlement à sa sortie.

Ce fut le silence le plus complet et le plus total. On me demande si je veux voir mon bébé, pour moi ce n’est pas une question que l’on doit me poser. Je demande et j’exige de le voir, maintenant, tout de suite. «Mettez-le-moi dans les bras AVANT d’expulser le placenta et vérifier si j’ai déchiré, pas après comme vous me le proposez.»

anthony-lavigne1Il est là, dans mes bras, et il est parfait. Dix doigts, dix orteils, deux bras, deux jambes, deux belles grosses joues que je n’arrête pas d’embrasser. Il est beau, tellement beau. Un beau gros bébé, exactement comme celui dont j’avais tant rêvé. Je ne sais pas combien de temps je suis restée avec lui, dans mes bras, dans la salle d’accouchement, mais ce fut trop court.

On m’a ramenée à ma chambre, à un étage autre que celui des naissances pour ne pas que j’entende les bébés pleurer dans les chambres autour. On m’a dit que je pouvais demander qu’on m’apporte mon bébé à n’importe quel moment. Une fois seule dans ma chambre, tard en soirée, j’ai fait cette demande. On m’a apporté Anthony, il était froid et rougi. Je n’entendais plus les infirmières rire entre elles au poste de garde, c’était le silence le plus total. J’ai bercé Anthony, je lui ai chanté une berceuse, je lui ai demandé pourquoi il était parti et si j’avais fait quelque chose de mal pour qu’il ne veuille plus que je sois sa mère.

En juin dernier, Anthony aurait eu 10 ans. J’aimerais vous dire qu’avec le temps, la peine s’estompe, mais ce n’est pas vrai. On s’habitue à l’absence, mais on ne l’accepte pas. Le deuil périnatal, contrairement au deuil auquel nous sommes habitués, est un deuil d’avenir et d’espoir. Quand on perd un proche, nous nous accrochons aux souvenirs que nous avons avec cette personne et au temps passé avec elle. Un deuil périnatal, c’est le deuil de l’espoir que nous avions pour ce petit être en formation.

J’ai au total 12 photos de mon fils, car on m’a encouragée à le faire.  J’ai également la tuque qu’on lui a mise et la couverture qu’il avait à l’hôpital. Ce sont mes uniques souvenirs d’Anthony.

anthony-lavigne-2Je suis retournée travailler après les 18 semaines de congé de maternité auxquelles j’avais droit. Le papa a dû rentrer travailler le lundi suivant puisque le gouvernement ne reconnaît pas le congé de paternité dans ce genre de situation.

Le 15 octobre est la journée mondiale de la sensibilisation au deuil périnatal. Je vous invite à avoir une pensée pour toutes ces familles ayant eu un parcours similaire ou différent du mien et à leurs petits anges qui leur sourient là-haut sur leurs nuages.

Trois amies, trois bedaines et deux bébés

Il y a quatre ans, mes deux amies et moi avons vécu une chance ines

Il y a quatre ans, mes deux amies et moi avons vécu une chance inespérée. Nous étions enceintes, toutes les trois, en même temps! Je n’aurais même pas osé en rêver; vivre des moments aussi magiques, entourée de deux complices. Pour moi, c’était un deuxième enfant, pour l’une un quatrième et pour l’autre, un premier bébé tout neuf !

Les nausées, les premiers coups de pieds, les nuits blanches à se retourner, les envies de rien et de tout à la fois, les angoisses, les espoirs… tout ça multiplié par trois mamans comblées. Nous avons regardé nos ventres devenir énormes. Nous avons découvert que je portais un petit garçon et que mes deux amies allaient mettre au monde de jolies princesses.

Je devais accoucher la même date que l’une d’elles, mais sa fille fut ponctuelle et mon garçon, retardataire. Il est arrivé neuf jours plus tard que prévu. Nous avons donc patienté pour la venue de la troisième de notre trio, qui devait se pointer le bout du nez en mai, en berçant nos deux petits trésors en tous points parfaits.

De mon côté, les semaines passaient à une vitesse folle (les nouvelles mamans comprendront).  Le temps de le dire, nous étions déjà en mai. Le soleil avait commencé à réchauffer nos journées. Mon amie et moi attendions avec impatience que le téléphone sonne pour nous aviser de nous rendre à l’hôpital afin d’accueillir la petite dernière de notre trio.

Dans mon coin de pays (j’habite Havre-Saint-Pierre), les naissances ne se font pas dans notre village, faute de ressources. Nous devons nous rendre à l’hôpital de la ville la plus proche, située à environ deux heures de route, et ce, deux semaines avant la date prévue de notre accouchement. Une attente interminable lorsqu’on est loin de chez soi et souvent, sans son amoureux, sa famille et ses amis.

Nous étions donc prêtes à prendre la route pour rejoindre notre amie à tout moment.  Nous avions tellement hâte!

Puis, un matin, arriva la seule et unique chose qu’aucune d’entre nous n’aurait pu imaginer comme étant la suite logique des derniers mois incroyables que nous venions de vivre. Pendant une échographie, le médecin annonça è notre amie que le cœur de celle que je considérais déjà comme ma nièce avait cessé de battre.

Je me souviens encore du cri que j’ai poussé, faisant écho à celui de mon amie, lorsqu’elle m’a hurlé la nouvelle du fond de la pièce. Quand je suis allée chez elle, sa maison qui d’habitude est chaleureuse et pleine de vie grâce à ses quatre magnifiques filles, m’a semblé, tout à coup, si sombre et éteinte.

J’ai eu l’impression que l’éternité s’était installée, entre le voyage en voiture et nous deux dans le couloir de l’hôpital, à attendre la venue au monde de ce bébé qui ne pleurerait pas.

Cette nuit-là a été interminable. Je me rappelle précisément de tous les détails de la chambre d’hôpital dans laquelle nous étions assises à attendre. Je me rappelle le vide que je ressentais, le silence lourd et parsemé de sanglots qui habitait cette grande pièce froide. Je me rappelle que chaque seconde qui s’écoulait était empreinte d’une tristesse que je n’avais jamais ressentie auparavant.

Les semaines qui ont suivi ont été remplies de questionnements, de rage et d’impuissance. Tout doucement, les semaines sont devenues des mois et la noirceur s’est légèrement éclairée.

Ce qui faisait le plus de bien à mon amie ? Voir nos bébés, les cajoler, les aimer. Elle nous parlait souvent de sa fille, son ange, de comment elle était: grande et chevelue. Elle faisait partie de nous, de nos moments ensemble, qu’ils soient tristes ou joyeux.

Un jour, le désir d’un autre enfant s’est installé et ce n’était pas chose facile. Plusieurs fausses couches, plusieurs inséminations, tout était complexe, comme la fois précédente. Malgré les obstacles, j’ai vu mon amie se battre contre ciel et terre pour vivre le bonheur de prendre son enfant dans ses bras et le voir grandir. Entre tous ces efforts et ces échecs, un grand drame frappa à nouveau sa famille. Deux ans après que mon père se soit éteint d’un cancer, ce fut au tour du sien. Il quitta sa vie ici, serein, empreint d’une mission bien précise.

Un mois après son départ, sans science ni médecin, simplement par amour, une deuxième ligne rouge apparut sur son test de grossesse.

Les semaines passèrent et ce petit être s’accrocha à la vie. Neuf mois plus tard, un magnifique garçon, parfait en tous points, montra le bout de son nez tout rose, en pleurant à pleins poumons.

Aujourd’hui, c’est un petit bonhomme attachant, joufflu et plein de vie. Aujourd’hui, il est le petit frère d’une princesse qui veillera sur lui pour toute sa vie.