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La fausse couche – Texte : Valérie

J’étais enceinte. Je l’espérais depuis plusieurs mois déjà, alors j’étais très heureuse

J’étais enceinte. Je l’espérais depuis plusieurs mois déjà, alors j’étais très heureuse de voir enfin apparaître le petit + sur mon test de grossesse. Huit jours plus tard, l’indésirable sang est apparu. Un petit peu au début, puis de plus en plus. Je savais. J’avais beau savoir, tant que rien n’était confirmé, une infime partie de moi y croyait encore.

 

J’appelle à ma clinique pour demander une requête pour une de prise de sang. À ma grande surprise, une infirmière me répond dès la première sonnerie. Calmement, je lui explique que je crois être en train de faire une fausse couche et que j’aimerais pouvoir confirmer le tout avec une prise de sang. Elle ne semble pas trop savoir quoi me dire outre que si ça ne fait qu’une semaine que je suis enceinte, ce sont mes règles tout simplement. J’insiste alors elle me met en attente pour en discuter avec le médecin. Elle me revient en me disant que comme je n’ai pas mal, il n’y a pas d’urgence et que ça peut attendre la semaine suivante. Jusque-là, j’étais calme, mais là les larmes me montent aux yeux.

Je comprends tout à fait que médicalement parlant, je ne représente pas une urgence. Cependant, je sais que je suis enceinte et présentement, je saigne abondamment et j’ai besoin d’avoir une réponse. Elle ne veut rien savoir. Elle me dit que si je saigne à ce stade, ils ne peuvent rien faire. Pourtant, à aucun moment je n’ai demandé à ce qu’on sauve ma grossesse. Je sais pertinemment qu’ils ne peuvent rien pour moi, ce que je veux, c’est une réponse. Oui, tout porte à croire que j’ai perdu ce petit être que j’espérais, mais j’ai entendu tellement d’histoires de femmes qui ont saigné abondamment en début de grossesse, mais qui ont tout de même eu un bébé en santé que j’ai besoin d’avoir l’heure juste.

 

De son côté, elle n’ouvre même pas la porte à l’espoir puisqu’elle me dit que c’est pour le mieux que je sois en train de faire une fausse couche car si je le perds, c’est que le bébé n’était pas viable. Probablement en guise de réconfort car à ce stade, mes paroles sont entrecoupées de larmes, elle croit bon d’ajouter qu’elle entend mon bébé pleurer en arrière et que donc, si j’ai déjà eu un enfant, j’en aurai bien un autre ! Il a fallu que je lui parle du bébé que j’ai perdu à 39 semaines de grossesse pour qu’elle finisse par m’envoyer la c*** de requête. Ça m’a arraché le cœur de devoir utiliser mon bébé décédé pour obtenir le formulaire que j’aurais dû avoir dès le début de cette conversation. C’est donc dire que sans mon historique, ce que je vivais à ce moment-là était absolument invalide ?

 

Si j’écris ce texte, ce n’est pas pour « basher » l’infirmière (malgré que je n’irais pas prendre un café avec elle demain !). Ce que je veux, c’est que l’on cesse de banaliser les fausses couches. Aucune femme qui perd un bébé, et ce, peu importe le nombre de semaines, n’a besoin de se faire dire que ce n’est rien, que ce n’est pas urgent ou grave. Aucune femme qui fait une fausse couche, même si c’est dans l’heure qui suit le test de grossesse positif, ne regardera le sang couler sans émotions.

 

Oui, selon les statistiques c’est une femme sur cinq qui fera une fausse couche lors du premier trimestre. Oui, le personnel médical voit des cas chaque jour. Mais chaque cas, c’est une femme qui souffre. Chaque fois, c’est une maman qui dit au revoir à un être qu’elle voyait déjà dans ses bras. En huit jours, j’ai eu le temps d’imaginer ce futur bébé, de me demander si c’était un garçon ou une fille, de penser à l’accouchement et de me réjouir grandement d’enfin vivre une grossesse en même temps que ma belle-sœur.

 

Il faut arrêter de dire aux femmes d’en revenir ou de faire comme si rien ne s’était passé. Si une femme que tu connais est passée par là, prends le temps de lui demander comment elle va. N’insinue pas qu’elle n’y pense plus parce que ça fait longtemps ou parce qu’elle n’en parle pas. Peut-être qu’elle n’ose pas en parler par peur de se faire refermer la porte au nez parce que c’est en général ce que les gens font. Ouvre-lui la porte. Et si tu l’as toi-même vécu, parles-en, tu verras, ça fait du bien. Jamais une femme ne devrait souffrir seule et en silence. Une fausse couche, ce n’est jamais banal, point.

 

Valérie

 

Ma mère m’aimait – Texte : Ghislaine Bernard

Cet été je suis à l’arrêt (encore). Oui, j’ai fait une rechute de ma dépression. Le décès

Cet été je suis à l’arrêt (encore). Oui, j’ai fait une rechute de ma dépression. Le décès de ma mère m’est rentré dans le corps comme un poignard à double tranchant. Mon deuil est dur à faire, car malgré qu’elle est mieux partie vu sa qualité de vie des dernières années, malgré qu’elle était fatiguée et souhaitait partir en paix… c’était ma mère.

J’ai eu la chance de la voir avant son grand départ, mais depuis, ces images me hantent : elle était quasi méconnaissable. J’ai vu dans ses yeux, ses yeux qui ont été les premiers à fixer les miens du haut de mes 9 livres 4 onces et mes 19 pouces. J’y ai vu la tendresse qu’elle n’a pas toujours su démontrer, cet amour que je n’ai pas perçu autant que l’enfant en moi l’aurait souhaité.

Ma mère m’aimait.

À sa façon, avec le meilleur d’elle-même. Avec ses manquements, ses douleurs et ses incapacités. Elle m’a appris beaucoup malgré tout. Je revois ses moments de folies : ses déguisements à la « Ti-Beu » alors qu’elle enlevait son dentier, portait écharpe et casquette et se promenait avec sa batte de balle molle dans chaque pièce de la maison avec une voix enjouée qui se voulait menaçante tout en s’étouffant de rire devant nos propres éclats.

Je me souviens de cette vidéo sur le lit de mon frère, où avec ses deux lulus, entourée de peluches, elle s’était filmée pour souhaiter un bon départ en maternité à une collègue de travail. Puis, encore ses nombreux essais pour capturer nos réactions face à des situations loufoques pour espérer envoyer ne serait-ce qu’une seule vidéo cocasse à la populaire émission Drôle de vidéo devant laquelle nous avons passé des heures à rire de bon cœur. Nous étions habitués à ses blagues, nous réagissions comme si tous ses essais étaient la normalité. Elle n’a jamais réussi sa vidéo !

Elle m’a appris à rester droite. À ravaler. Ça a du bon, malgré que parfois ça m’a nui. J’ai appris à me battre, à persévérer, à être forte. Mais j’ai oublié que je pouvais m’arrêter et souffler. Ma mère n’arrêtait jamais. Elle relevait les manches, serrait la mâchoire et continuait le combat. Elle s’est essoufflée plus d’une fois. J’ai été à ses côtés, la réconfortant plus d’une fois. Cela m’a parfois laissé un goût amer : elle ne savait pas réconforter à son tour.

Ma mère m’aimait.

Avec mes qualités, mes défauts. Elle ne me jugeait pas même lorsqu’elle ne comprenait pas mes actions ou mes choix. Mais elle était fière. Oui, ma mère était fière de moi. Plus que je ne l’ai jamais su. Elle avait cette habitude de me raconter ses histoires et ses combats. Je pensais alors qu’elle n’écoutait pas les miens, qu’ils ne l’intéressaient pas. Mais j’avais tout faux : se raconter de la sorte était sa façon bien à elle de compatir, de me démontrer bien maladroitement qu’elle comprenait et de ne pas me décourager. Si seulement j’avais compris !

Ma mère m’aimait sans condition, sans fla-fla, dans mes hauts et dans mes bas. J’aurais voulu comprendre plus rapidement, j’aurais voulu être plus présente pour elle ces dernières années. Mais je n’ai pas pu, avec mes propres difficultés émotionnelles, j’en ai été incapable.

Aujourd’hui, je souffre de son absence, mais je sais que la peine s’atténuera. Je sais que le deuil passera. Mais aujourd’hui, j’ai mal. Si mal. Pardonne-moi maman. Même si je sais que tu ne m’en as jamais voulu… c’est moi qui m’en veux.

Maman, tu m’aimais. J’ai de mon côté cette douloureuse impression de t’avoir mal aimée.

 

Simplement Ghislaine

Ta non-naissance – Texte : Nathalie Courcy

Aujourd’hui, je célèbre ta non-naissance, comme chaque année. Il y a onze ans, tu es sorti de m

Aujourd’hui, je célèbre ta non-naissance, comme chaque année. Il y a onze ans, tu es sorti de mon ventre, mais tu n’es pas né(e). Je t’ai pris(e) dans ma main, mais je ne t’ai pas bercé(e). Tu es venu(e) dans ce monde pour en repartir aussi tôt. Je ne t’ai présenté(e) à personne, mais je n’ai pas non plus pu te garder pour moi. J’ai dû accepter de te laisser partir sans savoir sous quelle forme tu reviendrais vers nous ni quand. Ni si.

Il y a onze ans, mon bébé, tu as quitté le piège de mon ventre où tu étais mort depuis… quelques jours ? Quelques semaines ? Mon intuition de maman me disait depuis un mois que je ne te donnerais pas la vie. Mon ventre grossissait, bougeait, oui, déjà à trois mois de grossesse. Je sais maintenant que c’était ton frère qui s’exprimait. Peut-être cognait-il à la porte de ta part : « Hey, maman ! Quelqu’un veut sortir d’ici ! ». Savait-il, lui, si tu étais un garçon ou une fille ? Savait-il, lui, que tu étais déjà décédé intra-utéro ? Savait-il, lui, si ton cœur qui avait lâché, ou si ton cerveau fonctionnait mal, ou quel gène était défectueux ? Savait-il, lui, qu’il ne te suivrait pas malgré la porte que tu laisserais ouverte ?

Ton grand frère né après toi a maintenant dix ans et demi. Il est né en janvier, plusieurs mois après toi. Le médecin m’avait pourtant dit : « À partir de maintenant, madame, votre autre bébé a 50 % des chances de s’accrocher et 50 % des chances de partir. Il est en pleine forme, il mesure 10 centimètres, mais la porte est ouverte. Peu importe ce que vous ferez, c’est à lui de décider s’il reste ou non. » J’avais accepté que le meilleur se produirait, comme pour toi. Parfois, on ne comprend pas pourquoi, mais on l’accepte.

Il est resté.

Pendant des mois, je ne l’ai plus senti bouger. Toute la place que tu avais laissée… il barbotait dans le vide. Il devait te chercher. Même après sa naissance, il a continué. Il avait besoin de ta présence et ne comprenait pas que son partner des premiers temps n’y était plus. Encore maintenant, tu lui manques. Vous auriez fait une équipe du tonnerre !

Un intuitif m’a dit un jour que tu avais senti que je n’étais pas prête à avoir des jumeaux et que tu étais parti(e) pour me protéger. Peut-être. On ne le saura jamais. Ce que je sais, c’est que j’avais tout fait pour que tu sois bien, en santé, fort(e). Je n’ai aucun remords, aucun regret. J’aurais aimé te connaître plus longtemps, jouer avec toi, t’enseigner la vie, te voir grandir comme je vois grandir ton frère. Tu serais déjà presque aussi grand(e) que moi ! Tu aurais ta personnalité et non celle qu’on t’a imaginée. Tu aurais tes amis, tes petites habitudes, tes goûts, tes colères et tes joies. Tu aurais ta chambre, ou peut-être voudrais-tu partager celle de ton frère jumeau. Comme le fait votre petit frère, né deux ans plus tard…

Ce petit frère qui vient du même don de sperme que vous deux. Ce petit frère qui vient d’un autre monde tellement il est connecté à l’Univers. Ce petit frère fusionnel, si complice de son grand frère. Ce petit frère qui, chaque fois qu’il regarde vers le ciel noir, s’exclame : « Regarde, maman ! C’est bébé-étoile qui nous dit bonjour ! ». Ce petit frère qui est peut-être toi.

Nathalie Courcy

Se souvenir et espérer – Texte : Nathalie Courcy

Aujourd’hui, 1er juillet 2021, nous fêtons le Canada. C’est la fête de notre grand

Aujourd’hui, 1er juillet 2021, nous fêtons le Canada. C’est la fête de notre grand pays. Nous célébrons le fait d’être Canadiens et Canadiennes.

Le drapeau unifolié sera à mi-mât cette année. Notre drapeau en deuil de nos enfants.

Un peu partout sur notre immense territoire, des tombes de bébés et d’enfants des Premières Nations ont été et seront découvertes, après avoir été recouvertes par la terre et le secret pendant des décennies.

Ce jour de fête se transforme en jour de deuil national. Les chandails rouges et blancs qui envahissaient habituellement la Colline parlementaire d’Ottawa prendront des teintes orangées cette année. Les visages maquillés en rouge et blanc seront tristes. Des manifestations de peine et d’appel à la justice seront sûrement entendues, aujourd’hui et dans les années à venir.

Appelons à la mémoire. Appelons à l’harmonie. Appelons au pardon, mais pas un pardon naïf qui se retourne et oublie. Appelons à l’humanité et à la diversité. La vraie, pas juste la politique ou la « pour faire beau ».

Appelons à la Vérité ; pas celle enseignée dans les cours d’histoire, qui donne juste une version, juste une partie. Ouvrons la discussion. Répondons aux questions de nos enfants. Osons une prière ou une pensée sincère pour ces enfants, pour ces familles. Pour nos enfants, pour nos familles.

On ne peut pas changer le passé. D’autres générations, motivées par d’autres croyances et d’autres principes, ont commis des crimes odieux. Le Canada a changé, mais le racisme existe encore. Le racisme blesse et tue encore. La discrimination fait des victimes chaque jour, malgré la bonne volonté des citoyens et des dirigeants. Mais ça ne sert à rien de se sentir coupable et de continuer notre chemin. Il faut agir, même à hauteur individuelle.

Pourquoi ne pas profiter de ce jour de commémoration pour regarder des reportages en ligne sur l’histoire des pensionnats autochtones ou pour lire le livre d’un auteur des Premières Nations ? Combien d’artistes autochtones connaissez-vous ? Elisapie Isaac, Norval (Oiseau-Tonnerre de cuivre) Morrisseau, Kathia Rock, Alanis Obomsawin, Q052, Hannah Claus, Ayimach, Kent Monkman, Jemmy Echaquan Dubé, Natasha Kanapé-Fontaine… Ça vaut franchement la peine de s’intéresser à eux et à leur travail. La sensibilisation passe souvent par l’art, c’est une occasion à ne pas manquer de jouer notre rôle dans la construction d’un meilleur monde, d’un pays plus juste. On ne veut surtout pas que l’histoire se répète, peu importe la couleur de la peau, les croyances, l’origine, la langue.

Cette année, on peut utiliser le 1er juillet pour plus grand qu’un congé ou un déménagement. On peut l’utiliser pour se souvenir et espérer. Espérer que ça n’arrivera plus jamais, à aucune nation.

Si vous êtes un membre des Premières Nations ou si vous êtes bouleversés par l’actualité, vous êtes invités à contacter la Ligne d’écoute d’espoir (sac-isc.gc.ca) (1-855-242-3310 ou clavardage à https://www.espoirpourlemieuxetre.ca/).

Nathalie Courcy

Premier dimanche de mai

Hier, était le premier dimanche de mai. C’est pas mal moins g

Hier, était le premier dimanche de mai. C’est pas mal moins glamour de dire que c’était la journée des mères endeuillées alors que dimanche prochain, on va fêter toutes les mamans de ce monde. Plusieurs mamans s’apprêtent à fêter la fête des Mères, alors que d’autres soulignent le départ de leur enfant. Hier, pour plusieurs mamans, c’était une journée où ce que nous vivons est un peu plus reconnu. Mais pour certaines, c’est une journée de plus à se rappeler que nous ne profitons pas du beau temps avec notre enfant. Une journée de plus à vivre ce moment sans eux. Mettons que je l’aurai skippée celle‑là.

Cette journée se passe toujours le premier dimanche de mai. Coïncidence avec la fête des Mères ? Je ne crois pas. Je suis toujours à la recherche du sens de cette date. Je n’arrive toujours pas à savoir si c’est positif ou pas… Dans tous les cas, si vous avez une maman près de vous qui vit avec la perte de son enfant, je vous invite à lui faire une petite attention. Que ce soit un petit mot pour lui dire que vous êtes là, une fleur… Rappelez-lui que vous êtes là, pas juste le premier dimanche de mai !

D’une maman qui vit sa première journée des mères endeuillées

Faire un deuil de l’abstrait…

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À toutes celles (et tous ceux) qui vivent un deuil périnatal,

À vous toutes qui avez vécu le pire en ce temps de pandémie, vous n’êtes pas seules. Même si vous êtes passées par tous les échelons médicaux sans épaule pour pleurer, sans main pour vous tenir debout, sans les yeux doux de votre partenaire pour vous soulager. 

Nous sommes plusieurs femmes à partager cette souffrance. En silence, mais ensemble. Nous avons entendu les mots : avortement spontané, grossesse ectopique, grossesse pathologique. Notre monde s’est arrêté, la réalité qu’on s’imaginait s’est effacée. Nous avons dû entamer un deuil de l’abstrait, si c’était notre première grossesse. Un deuil plus concret si nous connaissions déjà la joie d’être parent.

À toutes celles qui ont pleuré devant ces spécialistes qui sont immunisés face à ces nouvelles désastreuses, qui ont pleuré lors de leurs contrôles d’hormones, qui ont pleuré dans leur lit, vous n’êtes pas seules.

À tous ces partenaires bienveillants qui vivent le même deuil, mais à qui on ne donne pas la chance d’être aux rendez-vous médicaux, vous n’êtes pas seuls. Nous avons vu vos cent pas dans le stationnement, nous avons senti vos caresses douces et apaisantes. Vous méritez tous les éloges puisque vous êtes ces rocs qui traversent la tempête avec tellement de courage.

À vous tous qui vivez ces moments indescriptibles et douloureux, en temps de pandémie, même si vous vous sentez seuls au monde, sans vos proches et leur présence physique, vous n’êtes pas seuls.

Je nous souhaite de prendre le temps de combler cette absence et d’en sortir un peu plus forts. Je me sens moins seule en sachant que vous comprenez ce deuil de l’abstrait, comme moi.

Geneviève

Ta dernière photo – Texte : Kim Boisvert

Quand t’as pris cette photo, le savais-tu que c’était ta derni

Quand t’as pris cette photo, le savais-tu que c’était ta dernière ?

En voyant tes joues pleines de rosacée et tes cheveux trop blancs apparaître sur le mur Facebook d’une amie, suivis du lien vers la chronique nécrologique, la tienne, mon cœur a vraiment fendu en deux. Deux beaux morceaux. Tu m’en partageais tout le temps de tes morceaux, d’ailleurs.

Et la première chose qui m’est venue en tête, après les condoléances et pensées pour ta famille, c’est vraiment de savoir si au moment précis où tu as pris cette photo, tu savais que c’était presque la fin.

Un peu plus d’un an après ta retraite. Ça m’a fait réfléchir, Coco. Tu me disais tout le temps que t’en profiterais de ta retraite pour gâter ton petit-fils et passer du temps avec ta fille. Que c’était ça, le plaisir d’être grand-maman. Tu pouvais garder, jouer et ensuite, tu le « shippais » à sa mère. La belle vie ! Ta belle vie de retraitée n’aura duré qu’un peu plus d’un an.

Ça m’a fait réfléchir, Coco. On passe notre vie à planifier notre retraite et le temps où on sera plus lousse, plus tranquille. Mais dis donc, le savais-tu que c’était pour être aussi court ? As-tu eu le temps de profiter de tes belles armoires de cuisine dans ton condo ? Ce soir, en regardant les miennes, je penserai à toi. Parce que mes armoires, je les aime pas tant que ça. Je devrais bien penser à les mettre à mon goût avant ma dernière photo.

Ça m’a fait réfléchir, Coco. Parce que tu me disais tout le temps : « Ben y vont attendre ». Toi, y’ont pas attendu ben ben, je trouve. Me semble que douce comme t’étais, y’auraient pu t’en laisser un plus gros boutte et venir chercher des gens pour qui ça vaut pas la peine d’attendre. Je peux même « name dropper » du monde, si tu veux.

Ça m’a fait réfléchir, Coco. Je me souviens que tu m’avais dit que j’étais mieux de partir heureuse que de rester malheureuse. Toi, es-tu partie heureuse ?

Kim Boisvert

Le jardin de paix — Texte : Jessyca Brindle

Parce qu’avant de partir, de mettre la clé dans cette porte, je d

Parce qu’avant de partir, de mettre la clé dans cette porte, je devais faire le ménage de mes pensées, faire le ménage de ce qui me fait du mal, pour n’apporter que ce qui me rendra plus légère. Il y a quelques semaines, je suis tombée sur les papiers du rapport du coroner et du rapport détaillé des ambulanciers. Je n’ai pas pu m’empêcher de lire et de re-re-lire ces documents qui m’amènent tellement de peine et en même temps de la frustration.

Pendant plusieurs jours, cette émotion, je la transportais dans un bagage invisible mais tellement douloureux. J’ai décidé de prendre un instant pour voir ma psychologue et pour lui parler de ce que je ressentais et à quel point mon esprit était encore dans ce tourbillon interminable de souffrance. Elle m’a expliqué que ces papiers ne me rappellent rien de bon ; ils ne me rappellent que le décès de ma fille. Que si j’en étais capable, il était temps pour moi de brûler ces papiers pour que plus jamais, je ne puisse retomber dessus. Cela m’éviterait tellement de mal et pourrait apporter simplement du doux dans ma vie et dans mes pensées.

Ce n’est pas instantané ni magique, mais juste une liberté qui se développera un peu chaque jour. Je me suis assise auprès du feu, j’ai ressorti les documents. On dirait qu’ils pesaient si lourd entre mes doigts pourtant, il n’y avait que six pages au total. Je n’ai pas relu ces papiers, j’ai simplement parlé à ma fille et je lui ai expliqué pourquoi maman se devait de brûler les papiers (avec l’accord de papa, bien sûr).

Ma plus grande crainte était qu’elle ne nous le pardonne pas et qu’elle se sente oubliée. J’ai donc eu une discussion en tête à âme avec elle. Je lui ai déclaré tout mon amour inconditionnel. Je lui ai expliqué que c’était ma façon de lui donner enfin ses ailes d’ange.

Une fois les papiers brûlés, j’ai ressenti cette chaleur se déposer sur mes genoux. J’ai ressenti un sentiment d’apaisement et de soulagement. Je me donnais le droit de me libérer et de respirer davantage pour mieux me connecter à ce que la vie m’inspire.

J’amène avec moi du doux, de la légèreté, du bonheur, de la paix, mais aussi le droit d’être tout simplement, en me donnant le droit d’amener les souvenirs d’amour…

Jessyca Brindle

Oui, ta mère va mourir – Texte : Kim Boisvert

J’aimerais ça te dire, ma belle grande brune aux cheveux sexy et

J’aimerais ça te dire, ma belle grande brune aux cheveux sexy et aux jambes longues comme l’hiver, que l’aventure qui commence pour toi va être le fun, sereine et pas si difficile que ça. Attache-toi bien, ce que je vais te dire sera pas doux.

Tu m’as écrit un courriel pour me dire que pour ta maman, les médecins avaient abandonné. C’est officiel, ils la laissent dériver dans une rivière qui bouge un peu trop à ton goût. Probablement à son goût à elle aussi. Au mien aussi, by the way. Ça m’attriste et en écrivant ces quelques lignes, je me rends compte que ça t’aidera peut-être pas tant que ça pour te réconforter, mais je mise sur le fait que tu me connais, tu sais que je vais pas t’écrire une belle chanson d’amour avec plein de rimettes pour te dire que la vie à venir va être chouette. Ça aura au moins le mérite d’être différent que ce que 90 % des gens vont te dire dans les prochains jours, mois, semaines. Plus difficile, mais pas vide.

Ta mère va mourir. C’est tough à lire, tu trouves ? Attends de le vivre. Moi, je n’ai pas eu la chance que t’as d’être proche de ma mère. En fait, c’est peut-être plus une chance pour moi, finalement. Bref, j’avais envie de te raconter des vérités.

— Elle va mourir. On ne sait pas quand. Alors, arrête de penser que ce sera demain. Parce que tout le temps que tu passes à attendre sa mort, tu oublies de vivre ta vie à toi. Ce serait bête que le cancer te gruge ta vie à toi aussi, tu ne trouves pas ?

— Elle aura certainement besoin que tu sois forte pendant les derniers jours. Mais t’as le droit de craquer. T’as ben beau avoir le cul tight, des beaux enfants, une belle carrière pis une superbe personnalité, calme-toi, t’es pas Wonder Woman. Pleure, crie, varge, mais sors ce qui te blesse. Accepte ta peine. Vis ta peine. Dis-le que t’as de la peine. Fais pas comme si t’en avais pas. Je ne te croirais pas.

— Tu vas te sentir impuissante. Y’a rien à faire, fais-toi à l’idée. Mais t’es juste impuissante face à sa maladie. T’as le pouvoir sur tout le reste. Comment tu vas réagir face aux prochains jours, semaines, mois et années. T’as le pouvoir de décider de vouloir profiter de chaque moment. T’as le pouvoir de lui dire tout ce que tu lui as jamais dit. T’as le pouvoir de décider de la faire rire le plus longtemps possible. T’as le pouvoir de continuer ta vie. T’as le pouvoir. Prends-le.

Ma belle grande brune au sourire éclatant, ça ne sera pas drôle. Mais ce qui est génial, c’est que t’as encore du temps, une famille, des souvenirs à chérir. T’es riche d’amour. Demande-lui de t’écrire ses recettes préférées, des recettes de ton enfance. Elle vivra alors gaiement dans tes chaudrons. Demande-lui de t’écrire une lettre que tu ouvriras à tes 40 ans. Payez-vous un shooting photo professionnel en famille pour célébrer la vie, et non vos souvenirs de la maladie. Demande-lui si elle a peur et écoute-la. Demande-lui qu’elle te dise trois choses qu’elle regrette de ne pas avoir faites dans sa vie et si vous n’avez pas assez de tours au compteur de lousses pour réussir à les faire avant son grand départ, fais-les plus tard, pour elle, pour vous.

C’est là, alors que tu sais que tu ne peux rien contrôler, que tu dois tout faire pour être en paix avec ce qui arrive.

C’est là, alors que je sais que je ne peux rien faire pour t’aider, que j’ai écrit quelques lignes pour te montrer mon soutien.

Parce que quand j’ai perdu ma mère, j’aurais préféré avoir le vrai et le laid.

Kim Boisvert

Fak, maman – Texte : Kim Boisvert

Maman,

T’es déjà dans ton t

Maman,

T’es déjà dans ton trou, que tu t’es toi-même creusé, tu sais donc pas ce que ça fait de sentir le sien grossir.

Aujourd’hui, j’voulais me mettre belle pour souligner ton décès. J’pense que ça m’aide habituellement à faire passer cette journée. Mais pas aujourd’hui. J’ai l’nez qui coule autant que mon envie de te crier des bêtises. Fak, d’où t’es, tu m’verras partir pour le bureau les yeux un peu moins brillants et avec un chandail vieux comme le monde. J’espère que t’es contente.

On t’a enterrée, on dirait que c’était hier. J’aimerais ben ça suivre mon cœur pour te dire des mots doux de cadette en peine, mais ce matin, aujourd’hui, assisse sur ma petite chaise d’ordinateur, je me rends bien compte pourquoi j’ai pas pu suivre mon cœur ; il est en morceaux. Je sais donc pas quel boutte suivre. Fak, fais avec, oh, et je vais m’attacher les cheveux, je sais que t’aimais mieux quand ils étaient lousses.

J’imagine que tout le restant de ma vie, je vais avoir un peu le feeling d’avoir été semi-orpheline. Je dis semi parce que t’auras pas été là à beaucoup d’étapes. On en a grillé pas mal, t’en as volontairement scrappé, et les autres, j’voulais pas te les partager. J’pensais que j’avais le temps de te faire vivre ma colère, le temps d’une vie. J’savais juste pas que t’avais décidé de t’abandonner dans la maladie. Carpe diem, paraît. Fak à cause de ça, tu verras jamais ma passion pour la photo grandir, tu verras jamais mes enfants. Elles ne pourront connaître de toi qu’une photo vieille de quand j’avais 27 ans et toi 49. Tu ne seras pas là le jour de mon mariage. Tu sais, à cause de toi, y’aura pas de table d’honneur, parce que sinon ça me rappellerait que je suis semi-orpheline. Fak, j’espère que t’es contente.

J’sais pas trop si tu sais qu’en bas, on était là pour toi. Ce que je sais c’est que toi, tu seras pu jamais là pour nous. Ni pour personne. Fak aujourd’hui, j’irai pas t’voir, pis j’vais essayer de pas penser à toi toutes les minutes de cette journée. Parce que tu nous as abandonnés une journée d’automne, pis que c’est ma saison préférée.

Kim Boisvert

Le deuil en temps de pandémie – Texte : Carolanne Fillion

Depuis le début de la pandémie, on accorde une très grande import

Depuis le début de la pandémie, on accorde une très grande importance au nombre de décès causés par la Covid-19 sans y ajouter les décès reliés à d’autres causes. Avez-vous pensé au nombre de personnes endeuillées qu’il pouvait y avoir pour chaque décès ? Faites-vous partie de ces Êtres Humains qui ont perdu un être cher ? Que vous soyez un endeuillé ou l’accompagnateur d’une ou peut-être même de plusieurs personnes décédées, ce texte vous parlera sans doute. Et pour ceux qui ont la chance de ne pas avoir vécu le départ de quiconque d’important à leurs yeux depuis le début de la pandémie, je vous invite à terminer votre lecture et à écrire par la suite à une personne que vous aimez pour le lui dire.

Le décès d’une personne commence, la plupart du temps, par la maladie, la détérioration de l’état de santé. Les mesures mises en place ne permettent pas d’aller rendre visite à ceux qui sont en santé et encore moins aux personnes malades. Ce qui veut donc dire que, depuis le début de cette pandémie, il y a maintenant presque un an, on ne peut voir ceux qu’on aime que par visioconférence. Et la visioconférence, c’est pour les chanceux, ceux qui ont encore leur être cher en vie. Mais peut-être avez-vous eu la chance de parler à ceux que vous aimez avant qu’ils rendent leur dernier souffle. Pour ma part, ma famille proche a pu voir ma fille une dernière fois avant qu’elle soit mise en terre, une dernière fois dans son cercueil. Ça faisait un an que personne ne l’avait vue rire, sourire, vivre…

Parlant de cercueil, les funérailles… Les funérailles, c’est pour les chanceux qui peuvent assister à l’exposition et au dernier au revoir du défunt. Parce que, malheureusement, cette chance n’est pas réservée à tous les proches qui ont perdu quelqu’un. Un maximum de 25 personnes est autorisé dans les salons funéraires et les églises. 25 personnes, si on fait un calcul rapide pour ma fille, ça inclut les parents, grands-parents, arrière-grands-parents et nous avions déjà plus de la moitié de la capacité maximale. Depuis quand, lorsqu’on perd l’un des nôtres, devons-nous choisir qui peut et qui ne peut pas être présent ? Depuis l’arrivée de ce virus, il n’est plus autorisé de faire des funérailles à la hauteur de la personne décédée. Parce que, maintenant, les funérailles c’est un maximum de 25 personnes qui doivent porter un masque, qui doivent être à deux mètres les unes les autres, qui ne peuvent se donner la main ni même se prendre dans les bras.

Le deuil, c’est une série d’étapes qui peuvent être dans un ordre différent d’un endeuillé à l’autre. Les mesures sanitaires nous empêchent depuis près d’un an d’être entourés pour faciliter une ou même plusieurs étapes. Elles nous obligent à vivre tout ça entre les quatre murs de notre maison, seul, seul avec notre peine. Ce qui était rassurant pour moi, c’était de savoir que je pouvais aller voir ma fille au cimetière quand je ressentais le besoin de lui parler ou juste pour m’étendre à côté d’elle pour regarder les étoiles. Mais depuis quelques semaines, on me force à ressentir ce besoin entre 5 h et 20 h. Nous devons donc apprendre à vivre notre deuil sans la présence physique de nos proches…

J’aimerais finir par souhaiter mes plus sincères condoléances à tous ceux et celles qui ont été touchés de près ou de loin par la perte d’un être cher au courant de leur vie. Que ce soit en temps de pandémie ou non, le décès d’une personne aimée entraîne des sentiments difficiles à vivre, peu importe l’année qui est gravée sur l’épitaphe.

Carolanne Fillion