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Le deuil de la famille rêvée — Texte : Stéphanie Dumas

Comme beaucoup de femmes, j’ai commencé à imaginer et à rêver de ma future famille très tôt

Comme beaucoup de femmes, j’ai commencé à imaginer et à rêver de ma future famille très tôt à l’adolescence.

Comme beaucoup, je me fixais un âge idéal pour mon premier enfant, pour l’achat de ma maison, etc. Je prévoyais avoir trois enfants avant d’atteindre 35 ans. Et mon premier assez tôt après mes études et l’achat de ma maison.

Mais que faire lorsque nos projets de famille ne se concrétisent pas ? Lorsque notre corps est « défectueux » et qu’il est impossible de tomber enceinte naturellement ? Encore pire, que faire lorsque notre corps n’est pas en mesure de mener une grossesse à terme et que les pertes s’accumulent ?

C’est un grand deuil à vivre lorsqu’on prend la difficile décision de fermer la porte à la maternité biologique de manière définitive. Il existe d’autres moyens de fonder une famille, mais tous ne désirent pas prendre un autre chemin.

Il est aussi surprenant de constater le manque de ressources pour accompagner les gens faisant face à cette épreuve ou à celle de la fausse couche.

C’est aussi encore un sujet tabou qui rend bien des gens inconfortables. Il peut même être presque impossible d’en discuter avec nos parents et nos amis ou membres de la famille proches. Nous avons pourtant besoin d’oreilles et même parfois d’épaules pour traverser cette épreuve.

Si vous vivez ce deuil, ne pensez pas que vous devez pleurer seulement lorsque les lumières sont fermées chez vous le soir venu. Ne fermez pas la porte définitivement si vous sentez un malaise avec certaines personnes, car d’autres seront prêts à vous écouter et à vous accompagner dans votre peine. C’est en mettant en lumière ce deuil que nous pourrons un jour espérer que ce ne soit plus tabou dans notre société.

Stéphanie Dumas

 

La vérité, je ne suis pas enceinte – Texte: Arianne Bouchard

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu des enfants. Je me disais qu

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu des enfants. Je me disais qu’à l’âge mature, quand j’aurais fini mes études, que j’aurais un emploi stable mais aussi, bien sûr, une relation durable, je mettrais en marche la machine à bébés.

Quand finalement, je suis arrivée à l’âge adulte, je me suis rapidement rendu compte que vouloir, c’est pas TOUJOURS pouvoir. T’as beau avoir fini l’école, t’as beau avoir un bon salaire et toute la stabilité du monde, c’est pas toute. Il faut que ton corps veuille lui aussi.

J’ai toujours pensé que ce serait facile de tomber enceinte. Ma mère a eu six enfants, qu’elle a pratiquement pondus comme une portée de chatons, si tu vois ce que je veux dire. Ensuite, ma sœur elle aussi a eu des enfants, tout aussi facilement. Je me disais forcément que nous avions une bonne prédisposition, tu comprends ?

Mais non.

Et ça, on ne l’apprend pas à l’école. Ce n’est pas parce que ta mère, ta sœur pis toutes tes amies tombent enceintes aussi facilement que de respirer, que ce sera forcément le cas pour toi. On ne te dit pas non plus à quel point ce sera difficile à vivre. On te parle juste des dangers de tomber enceinte en respirant trop proche d’un garçon et des joies de devenir maman à l’âge convenable. On ne te parle pas de l’entre-deux. On ne te parle pas du fait que chaque mois, tu croises les doigts, les orteils pis tout ce qu’il est humainement possible de croiser pour finalement tomber enceinte ; et on ne te parle pas non plus de la déception de ne jamais être enceinte.

C’est un tabou.

Tu te sens obligée de garder cela pour toi, parce que personne n’en parle. Pourtant, tous les jours, quand tu ouvres ton téléphone, tu vois des photos de bébés partout. C’est comme si le reste du monde se liguait contre toi, pour te narguer un peu. Tout le monde a des bébés, mais pas toi. T’as beau être contente pour tes amis, t’as ben beau trouver leur bébé mignon à en crever, ça t’empêche pas d’avoir une petite pointe d’amertume à chaque fois. Toi aussi t’en veux un, de toutes les fibres de ton être.

Tu te demandes ce qui cloche chez toi, parce que forcément, y’a quelque chose qui ne fonctionne pas. Tu fais tous les tests possibles avec ton médecin de famille. Tout est beau. Sauf que ton médecin, ce n’est pas non plus un spécialiste de la fertilité. Et ça, c’est une autre affaire ! Faut attendre un an avant de pouvoir consulter en fertilité ! C’est long pis c’est stressant ! Et le stress, c’est pas bon pour concevoir, qu’ils disent… un cercle vicieux !

En attendant, tu fais ce que tu peux, tu essaies de surveiller ton cycle, mais si t’es comme moi, t’es irrégulière, pis ça ne fonctionne pas plus que de demander à un cheval de pondre un œuf. Tu peux avoir un cycle de trente, de soixante et même des fois de quatre-vingt-dix jours ! Alors tu essaies d’autres choses. Tu notes tout dans une application qui est censée t’aider, ou pas, mais qui dans tous les cas te stresse parce qu’y a toujours pas de régularité dans ton cycle et même l’appli ne comprend pas.

Tu prends des vitamines, tu lèves les jambes en l’air après l’amour, tu fais des tests d’ovulation juste pour voir si au moins tu ovules, parce que t’as pu tellement confiance en ton corps, bref, tu fais TOUTE ! Pourtant, encore là, ça marche pas.

Chaque mois, t’es déçue quand tu regardes le test de grossesse et que la cigogne n’est pas passée et t’essaies de te consoler avec des phrases positives, pas réconfortantes du tout finalement de style : « Pas grave, je suis encore jeune », « Pas grave, j’ai plus de temps pour me préparer à tout ce changement », « Pas grave, essayer c’est mieux que rien et si ça fonctionne pas dans quelques mois, je vais pouvoir consulter en fertilité » et la meilleure : « Ça va bien aller ». C’est drôle, parce que de mon point de vue, ça va pas pantoute !

Finalement, t’as pas le choix, tu lâches prise avant de tomber dans la dépression. Tu te dis que tu vas arrêter d’y penser, tu ne peux rien y faire de toute façon.

Alors tu t’endors le soir, dans un sommeil peuplé de rêves de couches sales, de régurgits et de pleurs, mais pourtant, t’as toujours autant envie de devenir maman.

Mais en attendant… ça craint !

Arianne Bouchard

 

Le retrait de mes trompes, mon choix ! Texte : Stéphanie Dumas

Je suis une femme stérile de 32 ans. Et vous savez quoi ? Je me sens enfin libérée de ce poids

Je suis une femme stérile de 32 ans. Et vous savez quoi ? Je me sens enfin libérée de ce poids qu’étaient devenues ma fertilité et la maternité biologique. Ce message, je voulais le partager aux femmes, mais aussi à tous ceux qui peuvent mettre de la pression ou juger les femmes en regard de leur fertilité. Bref, de leur rôle quant à la procréation. La charge mentale relativement aux difficultés et aux choix liés à la conception demeure aussi trop souvent inégale entre les femmes et les hommes. Comme si les hommes étaient libérés de toute cette pression sociale.

Toutes les femmes devraient avoir le choix. Malheureusement, c’est encore tabou dans notre société moderne de 2022. Trop de femmes se font encore juger parce qu’elles prennent une décision quant à leur fertilité. Que le choix soit de ne pas avoir d’enfant ou bien de vivre la maternité autrement. Une femme ne devrait jamais avoir à justifier le fait de ne pas vouloir d’enfant ou de ne pas vouloir porter ses enfants. Une famille peut se constituer de plusieurs façons et ce n’est pas seulement une affaire de sang et de gènes. Beaucoup d’entre nous ressentent une pression face à ce rôle dans notre société, dans notre entourage et même avec les membres de nos familles proches. En fait, la pression peut même venir de nos propres parents. Vous rappelez-vous l’âge que vous aviez lorsque vos parents ou vos proches ont commencé à vous parler de bébés ?

De manière plus personnelle, la décision de faire retirer mes trompes est venue suite à un parcours difficile en fertilité. L’expérience de la maternité a été un parcours de douleurs et de souffrances autant physiques que mentales pour moi et pour mon partenaire. Finalement, il s’est terminé avec la résilience. Après quatre ans de tentatives durant lesquelles nous avons vécu six fausses couches (deux grossesses ectopiques) et des traitements de fertilité, j’ai fait le choix, mon choix, que la maternité biologique n’était pas pour moi. Un concours de circonstances a fait en sorte que mes trompes furent retirées en janvier 2022. Je suis maintenant stérile. Et je me sens enfin sereine. Personnellement, ce n’est pas pour ne pas vivre l’expérience de la parentalité, nos enfants arriveront à nous par un autre chemin un peu plus long simplement via la banque mixte. Et vous savez quoi, c’est tout aussi excitant.

Pensez-y avant de juger…

Stéphanie Dumas

À toi mon amie, ma sœur, ma belle-sœur – Texte: Catherine

Excuse-moi de ne pas avoir sauté de joie lorsque tu m’as annoncé

Excuse-moi de ne pas avoir sauté de joie lorsque tu m’as annoncé ta grossesse et de ne pas avoir été suffisamment forte pour retenir mes sanglots.

Excuse-moi d’avoir du mal à te demander des nouvelles, à vérifier comment tu vas.

Excuse-moi de m’être éloignée de toi tout au long de ta grossesse.

Mon passé n’excuse en rien mes réactions, mais sache qu’il est incroyablement difficile de te regarder vivre exactement ce que je désire depuis plusieurs années, en vain. Je devais m’effacer un certain temps pour éviter d’être un fardeau qui nuirait à ton bonheur, car je dois l’avouer, je ne me sentais pas capable d’être heureuse pour toi ; je n’en avais plus l’énergie.

J’aimerais que tu comprennes aussi que chaque annonce de grossesse, chaque photo et chaque échographie qui défile sous mes yeux, ça me rappelle ce que je n’ai pas et pire encore, ce que je n’ai plus.

J’aurais voulu être là pour toi. J’aimerais être là pour toi. Donne-moi du temps encore pour me restaurer, je te promets de revenir plus forte que jamais. Et peut-être que d’ici là, je vivrai enfin mon bonheur, qui sait ?

Je t’aime, ça, tu le sais ?

Catherine

Comment naissent les étoiles…

C’était une belle journée. Nous étions au parc, dans le soleil

C’était une belle journée. Nous étions au parc, dans le soleil d’un matin de juin. L’insouciance et la candeur nous seyaient à merveille, nos éclats de rire étaient des odes à notre liberté enfantine. Les chemins de nos jeunes vies se croisaient pour la première fois, alors que nous ne savions pas encore épeler nos prénoms composés : nous en partagions d’ailleurs la moitié. Nos mamans bavardaient maternité et grossesse. Un troisième ou pas? Sujet délicat… Absorbées par nos jeux, nous étions à des années-lumière de nous douter que des liens invisibles et définitifs venaient de se tisser. Personne, d’ailleurs, n’aurait cru qu’ils nous réuniraient de la plus incroyable façon qui soit, quelque 25 ans plus tard.

J’étais à peine sortie de l’adolescence quand je l’ai appris de la bouche de ma mère. Je ne me souviens plus très bien de ses paroles, mais je n’oublierai jamais la sensation au creux de mon ventre : un mélange douloureux de vertige, de nausée et de vide. Un coup de poignard dans l’abdomen et dans l’âme. Une nouvelle comme celle-là, ça te fait des grands lambeaux dans tes projets de vie. Les miens avaient beau être intacts, les tiens passaient dans le tordeur. Le tordeur d’entrailles, le tordeur de cœur. La tempête de l’indignation a fait rage, puis le calme s’est installé. Soudainement, je n’ai pas vraiment compris pourquoi, la conviction profonde que tout avait un sens m’a envahie. Tes rêves de famille ne pouvaient pas s’envoler à cause d’un bout manquant. C’était cruel et invraisemblable. Il y avait forcément une solution : il fallait qu’il y en ait une. Tu ne pourrais jamais porter d’enfant, et malgré l’injustice impitoyable de cette réalité, je me doutais bien que le destin était un sacré magicien. Je ne savais simplement pas encore à quel point.

Les années ont filé. Ironiquement, je suis devenue enceinte quatre fois, en l’espace de cinq ans. J’ai donné naissance à deux garçons et à deux filles, au terme de grossesses relativement faciles et d’accouchements sans complications. J’avais la maternité dans le sang et le ventre accueillant, semblait-il. Pas toi. Même si tu connaissais la recette par cœur. Même si tu avais rencontré et épousé LE bon. Même si tu avais tous les ingrédients, toutes les quantités, toutes les qualités. Il n’y avait qu’un morceau qui faisait défaut. Un morceau qu’on ne pouvait pas t’installer. C’était choquant, frustrant et surtout insensé. Ce l’était particulièrement pour moi, chaque fois que je repensais aux petites lignes roses qui s’étaient succédé, dans des circonstances plus invraisemblables les unes que les autres.

Puis, il y a eu l’annonce. Mère porteuse recherchée. Publiée sur les réseaux sociaux, envoyée comme une prière dans les méandres virtuels. Une bouteille d’espérance lancée à LA mère. Il y a eu un écho, une réponse, une joie. Il y a eu un rêve palpable, une attente, un balbutiement de démarche. Puis brusquement, alors que tu te permettais pour la première fois de croire à tout ce possible, le néant. Cette mère qui se retire. Marée basse. Le ressac m’a heurtée moi aussi. Ma peine n’était rien en comparaison à la tienne. Je le savais, et cette idée m’attristait encore plus. Je pense que j’ai lu ton message des dizaines de fois : Notre chemin a croisé une étoile, mais ce fut une étoile filante… Le ciel est plein d’étoiles, j’ai confiance que nous trouverons la nôtre un jour! À 30 ans, forte de mes expériences de vie, je me suis dit que je pourrais probablement changer les choses. J’avais des questions, des inquiétudes, des doutes, mais par-dessus tout, j’avais envie d’essayer. D’aider. De corriger la situation. Et comme il fallait bien commencer quelque part, je me suis attaquée directement à l’infertilité : à « impossible de concevoir », j’ai ajouté « qu’elle n’aura pas d’enfant ». Et je t’ai envoyé un message.

L’histoire était sans doute inscrite dans le ciel depuis la nuit des temps, mais il aura fallu plusieurs rencontres, une quantité incroyable de tests, des rendez-vous par dizaines et une année entière pour que l’idée devienne réalité. L’algorithme de la vie est forcément un peu plus complexe quand on est trois pour faire un bébé. On a beau rassembler tout ce qu’il faut, se faire confiance et se donner corps et âme, la chimie doit opérer, littéralement. C’est presque un tour de magie.

Le premier essai fut le bon, je l’ai su très rapidement. À défaut d’avoir la certitude que je mènerais la grossesse à terme, je savais sans l’ombre d’un doute que la vie tentait de s’accrocher en moi. Les signes de grossesse étaient si nombreux et si évidents que je voyais là une forme d’approbation du destin. Les astres semblaient vouloir s’aligner. J’alternais entre la fatigue des premières semaines, l’euphorie de ce succès tant espéré et l’appréhension que l’aventure prenne fin trop rapidement. Surtout, je vivais avec l’impression constante de porter le plus fabuleux des trésors. Je sentais mon corps lourd et plein, mais mon cœur de cigogne avait des ailes.

Les semaines ont filé, et l’inaccessible rêve est devenu jour après jour plus tangible et plus vrai que nature. J’étais en paix, confiante, sereine. Quand j’ai senti les premiers coups de pied de ma petite passagère, j’ai refoulé une culpabilité et une impuissance que je n’avais pas envisagées. J’aurais tellement voulu partager ce moment. J’aurais tellement voulu que tu vives ces sensations‑là, ces premières‑là… J’aurais tellement voulu t’offrir plus, même si je savais très bien que je donnais déjà beaucoup. Je comprenais désormais que j’allais devoir composer avec un syndrome de l’imposteur des plus étranges. Je marchais en équilibre sur un fil. Une partie de moi avait envie de te raconter chaque petit détail de chaque journée. L’autre me disait de bien vouloir m’abstenir, pour ne pas tourner le fer dans la plaie en te rappelant constamment ce que tu ne pourrais jamais vivre. Heureusement, la complicité, l’ouverture et la confiance que nous partagions nous ont bien servies, et je crois que c’est ce qui nous a permis de trouver un juste milieu.

Mai est arrivé, avec l’odeur de la vie qui renaît. Nous attendions la fin du mois avec des étoiles au fond des yeux. Je regardais parfois les nombreux clichés en noir et blanc avec l’impression de rêver en couleurs. C’était pourtant bien vrai, mon ventre distendu en témoignait avec éloquence, et la fin approchait. Nous avions discuté de plusieurs scénarios, du rôle de chacun, du déroulement souhaité pour les différentes étapes de la naissance. Tout le monde était prêt. Parents, grands-parents, amis, médecins. Moi aussi. Je savourais les dernières semaines et j’anticipais cette arrivée avec fébrilité. Une fébrilité qui s’est muée en impatience, puis en impuissance. Un ventre accueillant qu’on disait, hein? Dix jours après la date prévue, je souhaitais qu’il l’eût été un peu moins! J’avais du mal à contenir ma hâte que ce petit miracle se produise. Je n’osais pas imaginer la tienne…

Finalement, une étoile est née avec le lever du soleil d’un matin de juin, la veille de mon propre anniversaire de naissance. Tout droit sortie du pays des rêves les plus beaux, sa lumière brillait à travers la Voie lactée. Elle s’est pointé le bout du nez en regardant le ciel, pressée de voir le monde et de rencontrer ces bras tendus, les tiens. Ceux de sa maman. Enfin. Il ne nous aura fallu échanger qu’un regard rempli de larmes, un seul, pour prendre la mesure infinitésimale de nos vies devant la magnificence absolue de l’univers. Une fraction de seconde pour reconnaître, dans nos yeux qui débordaient, cette même impression de tenir à bout de bras un bonheur beaucoup trop grand pour être contenu dans nos petits cœurs d’humaines.

Je sais que ta fille grandira et que viendra le jour où elle te demandera de lui raconter l’histoire de sa naissance. Je suis heureuse, et surtout fière, de savoir que tu pourras lui dire, sans mentir : Tu es le fruit d’un merveilleux tour de magie et c’est la cigogne qui t’a portée jusqu’à nous…

 

Marie-Hélène Marleau

Mes rêves de petite fille

Je me revois, petite fille, mes cheveux châtains tressés derrière

Je me revois, petite fille, mes cheveux châtains tressés derrière mes oreilles et mon habit de jogging rose. Déjà, j’avais trois désirs dans la vie : devenir enseignante, me marier et devenir maman. Après tout, c’est ce que je connaissais des femmes que j’admirais : ma maman, ma grand-maman, mes tantes, mes cousines plus âgées, mes enseignantes. Des femmes que je voulais imiter.

Comment aurais-je pu vouloir devenir quelque chose d’autre? C’est ce que je connaissais. C’était un rêve rassurant. Dans ce temps-là, les femmes avaient encore des choix de carrière limités et des choix de vie encore plus restreints. Rester célibataire et sans enfants n’était presque pas pensable. Je me voyais donc devant une classe pendant le jour, puis le soir, au milieu de mes nombreux enfants avec mon gentil mari.

J’ai étudié et je suis devenue enseignante. Je me suis mariée et… j’ai appris après plusieurs années d’essais que j’étais infertile. Allo la déception! J’avais l’impression que la vie se moquait de mon rêve, alors j’ai invité cette vie dans le ring de lutte. Je l’ai prise à bras le corps et je lui ai fait comprendre que ce n’était pas elle, la boss de mes rêves. Et à ceux qui m’ont dit : « Peut-être que tu n’es pas due? », j’ai répondu : « Regardez-moi bien aller ».

Examens médicaux, prisesssss de sang, échographies, prise de température tous les matins, innombrables mois d’attente. Jusqu’à une première insémination qui a fonctionné. Un bébé! Puis un autre, et encore, et encore! Quatre enfants (cinq en comptant mon bébé-jumeau-décédé-dans-mon-bedon), pour une femme infertile : on peut dire que j’ai déjoué les pronostics! J’ai gagné mon pari et mon rêve.

Notre mariage faisait des envieux, j’enseignais à l’université, et j’avais mes bébés.

Le temps passait et rendait évident le fait que mon emploi entrait en compétition avec mon choix d’être maman. Vous savez ce que c’est : on enseigne toute la journée et les seize heures restantes, on prépare les cours suivants ou on corrige suite aux cours précédents. Mes enfants étaient exigeants, dormaient peu, crisaient beaucoup. J’ai décidé de mettre de côté l’enseignement pour pouvoir avoir une vie. Pour moi, pour mon couple et pour ma famille. J’ai opté pour un emploi que j’aime tout autant, mais qui me permet de laisser ma pile de dossiers au bureau le soir. Ma décision a été payante, mes enfants sont heureux et moi aussi.

Éventuellement, j’ai aussi décidé de rompre mon mariage. J’ai vécu le rêve du p’tit-couple-bungalow-deux-voitures-dans-l’entrée, mais j’ai aussi vécu l’anti-rêve du couple qui se désintègre. J’ai préféré tourner le dos à cette union après des années à essayer d’y faire face. J’ai vécu mon rêve de petite fille, mais j’ai aussi su faire évoluer mon rêve et re-choisir le bonheur.

Par contre, mon rêve d’être entourée d’enfants, de les voir grandir, de les accompagner, de les soutenir et de les aimer contre vents et marées, ça, personne ne me l’enlèvera. Si j’avais eu à abandonner le navire, je l’aurais fait quand le quotidien avait des airs de tsunami. Et je ne l’ai pas fait. Capitaine Nathalie a gardé le gouvernail en main, et jamais je ne le lâcherai. Jamais je ne les lâcherai. Mes enfants grandissent, ils s’éloigneront au fil de leurs propres rêves et reviendront vers moi au fil de la vie qui va. Et je suis là, je serai là, et ils le savent.

Mon rôle de maman n’est ni facultatif, ni transférable, ni temporaire. C’est le rôle d’une vie, de ma vie. Ce n’est pas qu’un rêve, c’est une réalité. Merveilleuse.

Nathalie Courcy

 

L’attente, ou quand bébé se fait attendre

Je vivais dans un monde de licornes et de fées quand je pensais qu’il suffisait de glisser sur un

Je vivais dans un monde de licornes et de fées quand je pensais qu’il suffisait de glisser sur une peau de banane afin de tomber enceinte. Dans ma tête, quelques galipettes avec monsieur auraient suffi à implanter une petite crevette dans mon ventre.

Le premier mois où cela n’a pas fonctionné, je n’étais pas surprise. C’était la shot d’essai après tout. Le deuxième mois d’échec, j’ai été déçue mais sans plus. Puis, chaque mois supplémentaire où je voyais mes règles arriver a été de plus en plus difficile. Bien sûr, il y a eu quelques retards, mais la maudite ligne solitaire sur le bâton de test me disait « Sorry fille, ce mois-ci, tu participeras au profit de Tampax. »

On espère tellement un bébé, qu’on devient submergé par cette pensée. On est tellement à l’écoute de notre corps qu’on s’invente des symptômes de femme enceinte. Cela fait un an que j’ai mal au cœur et que j’ai les seins tendus. On devient vite accro aux forums de discussions. On tape sur Google « test de grossesse négatif, mais règles quand même, est‑ce possible d’être enceinte? » T’sais, les sites où on mentionne un mal de tête et que nous apprenons que nous avons le cancer des cheveux….

Puis un jour, la réalité nous rattrape. Assis dans le bureau d’un médecin, on apprend que nous aurons de la difficulté à concevoir de façon naturelle. Y’aura pas de bing bang pouf dans la pantoufle. Il y aura des médicaments, des échographies, des injections et plusieurs prises de rendez-vous. Mais surtout, un sentiment de culpabilité de la part du partenaire pour qui c’est plus difficile de concevoir.

Puisque l’infertilité est un sujet encore tabou, on ne s’empresse pas de le crier sur les toits. On ne se tag pas sur Facebook à la clinique de fertilité comme à un concert ou au dernier restaurant en vogue. Et puisque les gens ne savent pas ce que ton conjoint et toi vivez, il y aura bien sûr les remarques telles que « Arrête d’y penser et ça viendra naturellement. » Je le sais, ça fait mal à entendre. Ça fait mal, aussi, quand tes amies t’annoncent leur grossesse, surtout si elle est imprévue. Tu dis à ta face d’être contente, mais en dedans de toi, il y a une pointe de jalousie.

Heureusement, il y a l’entourage. Des personnes qui ne peuvent comprendre exactement par quoi tu passes, mais qui savent écouter et trouver à leur façon des mots pour te réconforter et t’encourager à continuer dans la mesure du possible. Il y a aussi le soutien des conjoints l’un envers l’autre. Et tu te dis que ton bébé, tu ne l’auras pas fabriqué sous la couette, mais bien en passant à travers toute une épreuve avec ton chéri. Et pour moi, c’est une chouette façon de faire un bébé : rester debout ensemble malgré les obstacles de la vie!

Aryane Gauthier

Faire des bébés: non, faire l’amour ne suffit pas toujours

Moi, j’en voulais, des enfants. Plusieurs. Et tôt. À peine mari

Moi, j’en voulais, des enfants. Plusieurs. Et tôt. À peine mariée, je voulais m’entourer de cocos et de cocottes à aimer, à accompagner. Mais il arrive que la vie nous mette des barres d’acier dans les roues. Ce qui devait durer à peine plus de neuf mois (en comptant le temps de faire le bébé, de le mener à terme et de l’accoucher) a finalement pris plusieurs années. Ce qui devait être une aventure romantique entre mon homme et moi s’est finalement passé entre mon chum, les médecins, les infirmières, les biologistes, et moi. Avec un donneur de sperme en prime.

Premier mois d’essais : ça ne marche pas. Pas de stress, ça nous fait plus de temps pour avoir du plaisir à deux. Deuxième, troisième, quatrième mois : manque de chance, manque de timing. Rendus au sixième mois, on commence à se dire que c’est le fun de faire l’amour, mais que ce serait le fun, aussi, que je devienne enceinte. Éventuellement. On commence à s’informer plus, à prendre des trucs (les pattes en l’air, une journée sur deux, les soirs de pleine lune…), à se dire qu’on n’est peut-être pas dus pour procréer.

Une fois la demi-année passée, on commence à s’inquiéter. Je commence à obséder. Il commence à se détacher. Faire l’amour devient une obligation, un calcul. Je prends ma température chaque matin, avant même d’ouvrir mes paupières. J’ai une température pas possible, tellement basse qu’elle tombe en bas des chartes, dans le vide. J’ai des cycles tellement courts qu’aucune ovulation ne pourrait trouver sa place. Mais il faut attendre avant de consulter. Attendre le fameux « un an » d’essais.

Un an : c’est presque une fête! Toujours pas de mini-nous à l’horizon, mais au moins, on peut maintenant consulter, chercher des réponses, trouver des solutions. Ça, c’est sans compter l’année d’attente. Il y en a donc ben, du monde infertile? Pourtant, à voir toutes les bedaines rebondies et les poussettes remplies, on a l’impression d’être les seuls à qui la parentalité ne sourit pas. Les amies, les belles-sœurs, les collègues ont des beaux « + » sur leurs tests de pipi. Pas moi. J’échoue même mes tests d’ovulation!

Les questionnaires médicaux débutent, les tests s’accumulent. À qui la faute? On est sous enquête. Chaque nouvel examen médical nous place sur une nouvelle liste d’attente. Nous sommes pris dans une tranchée où on ne voit rien, faussement à l’abri de résultats qui pourraient anéantir notre désir partagé d’avoir une famille à nous. Ponction testiculaire (ouch!), spermogramme, calendrier des températures, échographies vaginales… Notre patience s’use, nos discussions s’enflamment, notre relation s’effrite. C’est prouvé, les parents qui doivent faire le deuil d’un enfant décédé risquent leur couple à la roulette russe. Nous étions endeuillés d’un enfant même pas né.

Puis, le verdict est enfin tombé. Mes cycles étaient une catastrophe. Trouver ma période fertile était aussi difficile que de trouver un grain de sel dans une tempête de neige. Mais ce n’était pas tout. Mon homme n’avait aucun spermatozoïde. Aucun. Zéro. La ligne de vie plate comme le graphique cardiaque d’un mort.

Les discussions ont repris de plus belle. Adoption? Insémination? Abandon du projet bébé? Séparation? L’amour a triomphé et la technologie l’a aidé. Nous avons opté pour l’insémination avec donneur. J’étais déjà boostée aux hormones. Je devrais en plus me piquer (avec une seringue qui me semblait gigantesque!) au milieu de la nuit pour stimuler l’ovulation au max. Ce qu’on ne ferait pas pour tenir notre bébé dans nos bras. Plan de match accepté, défi relevé!

On a dû convaincre une psychologue que nous serions de bons parents (eh! Oui, les futurs parents infertiles doivent réussir cette étape, ce qui rend encore plus frustrant le fait que tant de parents négligents deviennent parents juste en se regardant!) On a rencontré la biologiste de l’hôpital qui nous a aidés à choisir le donneur (dans le temps, on était conseillés par un biologiste qui connaissait tous les donneurs et qui se fiait aux caractéristiques physiques du papa pour sélectionner le donneur anonyme; depuis que la loi sur les dons de matériel humain a changé, les échantillons de sperme se magasinent sur Internet… en tout cas). On a observé les spermatozoïdes au microscope. Ça grouillait de vie! C’est rare que des futurs parents voient leur futur bébé aussi tôt!

Étendue sur la table d’examen en position d’examen gynécologique, j’ai reçu le sperme d’un inconnu qui avait été assez généreux pour donner sa semence. Et deux semaines plus tard, j’apprenais que j’étais enceinte. Première échographie à dix semaines, premiers coups de pied à onze, décollement placentaire à treize, hémorragie à quinze… puis, calme plat. Beau bébé en santé né à quarante semaines.

Ma première grossesse a donc duré presque cinq ans, entre le moment où on s’est dit : « On arrête de se protéger » et le jour où on a pris notre bébé tant désiré dans nos bras. Les autres grossesses ont été plus simples : une fois qu’on comprend le truc (non, faire l’amour ne suffit pas toujours), il était plus facile de réaliser notre rêve de famille.

Si un jour, nos enfants nous reprochent de ne jamais les avoir désirés, nous savons déjà quoi leur répondre!

Eva Staire

Quoi ne pas dire aux couples infertiles durant les Fêtes…

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Pour moi, le temps des Fêtes est difficile émotivement, car ça me ramène à ce que je ne suis pas, une mère, et à ce que je n’ai pas, des enfants.

Je suis infertile! Ça veut dire que je déteste me faire poser des questions sur mes projets de fonder une famille…

Mais chaque année, c’est comme un rituel, hein! Il y aura toujours un oncle ou une tante pour me poser la MAUDITE question : «Puis, cest pour quand, le bébé?»

Je me rappelle qu’à Noël l’an dernier, cet oncle faisait remarquer sa présence par son trop-plein de parfum de monsieur et sa bière à la main (sa cinquième…). Il s’est approché de moi au moment où ma mère me proposait un petit verre de vin (moi qui bois en général deux verres de vin gros max). Il m’a dit avec tout son génie : «Wop! Wop! Wop! Tu devrais pas boire… t’as pas quelque chose à nous annoncer?», tout en fixant mon bedon enflé par lendométriose qui maffecte tant. Et moi de lui répondre, les yeux dans leau : «Non, esti, jai rien à annoncer!». Jai quitté la pièce le plus rapidement possible pour éviter de pleurer devant tout le monde.

Avec du recul, je m’en veux! Je m’en veux de ne pas m’être donné le droit de vivre l’émotion que son commentaire suscitait en moi. Ce n’est tellement pas de ma faute si lui a passé un commentaire blessant. Je n’ai pas à me sentir mal des émotions que je vis. Mais en réalité, ce n’est pas comme ça que ça s’est passé. Je suis allée pleurer pendant dix minutes aux toilettes, le temps de me ressaisir et que ma peau dérougisse pour éviter les maudits questionnements : «Quest-ce quil y a? Ça ne va pas?»

Pour ceux qui sont sensibles et empathiques à la réalité des couples infertiles, voici un petit «best of» des choses à ne pas dire à une personne infertile :

·    Ne pas poser des questions sur le moment où elle prévoit de tomber enceinte, car on n’a aucun contrôle là-dessus (qu’on soit infertile ou pas, je dirais). Peut-être même que ça n’arrivera jamais pour nous!

·    Ne pas dire de commentaires du genre : «Hey! Je te trouve assez CHANCEUSE de ne pas avoir denfant, profites-en pendant que ça passe». Dites-vous bien quon donnerait TOUT pour avoir VOTRE chance!

«Hey! Moi, si tu veux, je te vends le mien et pas cher à part de ça!» Ce commentaire, je l’entends tellement souvent ! Je trouve qu’il banalise la chance d’être devenu parent aussi facilement.

«Hey! Vous, les gens sans enfants, vous pensez que vous êtes fatigués, mais vous allez vraiment savoir ce que cest le jour où vous aurez un enfant!». Ah, je ne savais pas que les parents avaient lexclusivité de la fatigue.

«Vous avez encore le temps, vous êtes jeunes!». NON. Quand on est infertile, le temps est compté et précieux. On ne peut pas se permettre de choisir le mois où on va concevoir. Nous n’avons aucun contrôle sur le moment où ça arrivera. Et souvent, l’infertilité est une conséquence d’une maladie, donc être en essai bébé demande, dans la majorité des cas, qu’on cesse le traitement pour la maladie dont on est atteint.

«As-tu déjà pensé à ladoption?». Ben non, maudite bonne idée! (Ici, sentez mon sarcasme). Sachez quadopter un enfant et avoir un enfant quon a porté nest pas le même projet. Je trouve quadopter un enfant est un geste d’une immense générosité, mais moi, mon rêve est de porter un enfant, de mettre au monde un enfant… Eh ! oui, les couples infertiles ont le droit, eux aussi, d’espérer que ça arrive comme ils l’avaient imaginé dans leur conte de fées. Ils ont déjà dû faire le deuil d’une conception sous les draps donc… svp!

«Tsé parfois, il ne faut pas forcer la nature». Aouch! Quel commentaire blessant! Cest comme si on disait aux gens malades de cesser leur traitement, car il ne faut pas forcer la nature… Come on!

En bref, durant le temps des Fêtes, dites-vous bien que pour les couples infertiles, faire face à toutes ces questions si personnelles dans cette période où la famille est autant mise en lumière leur demande tout leur petit change. Me verriez-vous demander à mon oncle Maurice quand il a fait l’amour la dernière fois? NON, car ça, c’est SA vie privée. That’s it!

Juste pour vous rassurer, j’en parle de l’infertilité… J’écris actuellement sur le sujet et il faut en parler pour briser les tabous. Mais sachez que tout cela est terriblement éprouvant émotionnellement et que la meilleure façon d’aborder le sujet est de se mettre à notre place. Comment aimeriez-vous qu’on aborde le sujet si ça vous arrivait?

Et sachez que si je n’ai pas abordé le sujet avec vous, c’est peut-être parce qu’on n’est pas suffisamment proches, ou que ce n’est pas le moment ni le lieu propice pour me confier à cœur ouvert, ou encore que le sujet me rend émotive et que je n’ai pas envie de pleurer aujourd’hui, en ce jour de Noël. Merci de votre empathie, de votre sensibilité…

En cette période des Fêtes, je vous demande au nom des couples infertiles (un couple sur six au Québec) de prendre le temps d’apprécier la famille que vous avez la chance d’avoir fondée. D’apprécier de vous lever très tôt un samedi matin pour passer du temps avec votre enfant. De savourer tous les moments passés en famille, même les plus chaotiques qui vous mettent hors de vous. Imaginez un instant que vous n’avez plus cette famille que vous avez bâtie avec tout votre amour…

 

Merci et bon temps des Fêtes! xx

 

Fanny Girard

L’intruse

Au Québec, l'air de rien, c'est un couple sur six qui est infertile

Au Québec, l’air de rien, c’est un couple sur six qui est infertile. C’est notre cas, en raison de mon endométriose de stade 4. Mon infertilité m’amène souvent à me sentir comme une « intruse », comme en ce moment même, en écrivant ces lignes!

 

Voici pourquoi je me sens comme une intruse

 

  • Écrire pour un blogue qui parle de la FAMILLE, SANS avoir d’enfant, et être INFERTILE. Certains se diront : « Mais qu’est-ce qu’elle connaît aux enfants, elle…? Elle n’en a même pas! »
  • J’ai 27 ans et dans mon cercle social, le mode « famille » est bien activé. Cela m’amène à me sentir exclue et différente, car je n’ai pas d’enfant, mais en même temps, ce n’est pas par choix…
  • Autres situations où je me sens intruse : les fêtes d’enfants, les baptêmes, les showers… On m’invite toujours avec une  bonne intention, parfois par politesse, et souvent maladroitement : « Hey, j’voulais te dire que même si tu n’as pas d’enfant, c’est pas grave, tu es la bienvenue à la fête de Xavier. » Ben coudonc hein! MERCI de me le rappeler! 

Dans ces moments-là, je me questionne toujours : « J’y vais-tu? J’y vais-tu pas? », « Ouin, mais si j’y vais pas, elle va être déçue! », « Ouin, mais si j’y vais pour lui faire plaisir, c’est moi que je ne respecte pas! », « Ouin, mais en même temps, j’veux pas créer de frictions! ».

Ouffff… Méchante affaire!

Voir tout ce bonheur et ne pas y avoir accès, c’est déchirant! Choisir d’y aller, c’est à coup sûr une séance de torture!

 

Les gens ne réalisent pas à quel point l’infertilité est difficile à accepter lorsque notre seul souhait est d’avoir un enfant. Ils ne réalisent pas non plus qu’ils sont choyés d’avoir une famille, et en santé!

Au quotidien, je suis confrontée à toutes sortes d’émotions. Je me heurte aux jugements des gens vis-à-vis de mon infertilité. Les gens ne réalisent pas, la plupart du temps, la portée de leurs propos! Je suis certaine qu’ils ne sont pas mal intentionnés.

 

Des commentaires blessants, j’en ai 1001 exemples en tête

 

« Tu sais, j’vais être honnête avec toi, t’es chanceuse de ne pas avoir d’enfant! Toi t’es pas fatiguée et tu peux te gâter quand tu veux avec l’argent que tu as de plus dans ton compte ! »

 « Hey, tu sais pas quoi?! La voisine de mon amie, bien elle aussi a eu de la difficulté à tomber enceinte. Oui oui, j’te l’dis, six longs mois d’essais… Pis elle l’a finalement eu son miracle! Donc inquiète-toi pas, toi aussi tu l’auras quand ton tour sera venu! »

LA fameuse phrase : « Hey, fallait que j’te dise… je connais un couple d’infertiles comme toi (oui parce que si vous ne saviez pas… nous les « infertiles », on est une race) et tu ne sais pas quoi?! Elle est enfin tombée enceinte le jour où elle a arrêté d’y penser! J’te l’dis là, c’est ça ton problème… Il faut que t’arrêtes d’y penser ! »

Vous voyez le genre…?!? Le pire, c’est qu’ils pensent sincèrement me réconforter!

Mais je ne m’arrête pas à cela. Je ne suis pas la seule à vivre cette situation, alors c’est important d’en parler et de briser les tabous.

C’est quand même 1 couple sur 6 qui ne deviendra pas une « famille » au Québec, c’est ÉNORME! Ce qui m’amène à me demander :

 

Qu’est-ce que ça veut dire une « famille » ?

 

J’y ai longuement réfléchi et ma réflexion se poursuit encore…

Présentement, pour moi, la « famille » c’est bien plus qu’être un simple parent avec son ou ses enfants. Comprenez-moi bien, j’en rêve d’être mère. C’est mon plus grand souhait. Je donnerais tout pour l’être un jour! Mais j’en suis venue à définir autrement la famille.

 

La famille, c’est aussi…

 

  • Être la « Tatie Nanou » de Théo et Lili, les enfants de ma grande soeur.
  • Être la marraine du fils de ma meilleure amie dont la naissance est prévue pour janvier prochain (à la même date de naissance que moi en plus!).
  • Être la Tatie des enfants de mes amies proches.
  • C’est avoir des amies qui deviennent la famille tant la relation est significative.
  • C’est être en couple avec mon beau Loup! Bien oui, c’est de même que j’appelle mon chum. Mais chut!!! Ne lui dites pas que je vous l’ai dit.
  • C’est être une « maman » pour trois « belles filles canines » : Lola, Molly et Honey !
  • C’est être uni avec les Endogirls (femmes atteintes d’endométriose)
  • C’est être la fille de mes parents, être une sœur, être une nièce, être une blonde et être une amie!

 

Et pour vous, qu’est-ce que ça veut dire une « famille » ?




-Tatie Nanou-

Mes fausses couches à répétition

J’ai toujours su au plus profond de moi que je serais mère. Même

J’ai toujours su au plus profond de moi que je serais mère. Même qu’envisager ma vie sans enfants était impossible, ça ne figurait pas dans mon plan de vie. Après avoir vécu la mort de mon frère et survécu moi-même à des cellules cancéreuses, j’ai finalement trouvé celui qui serait un jour mon Chéri Mari.

Tout s’alignait finalement pour moi… Comme mon immense joie de voir un + sur mon test de grossesse!  Mais qui aurait cru que ce bonheur se transformerait en cauchemar ? En tout cas, pas moi…

Ce mal de ventre : celui allumant ton instinct, t’alertant qu’il se passe quelque chose, que ça ne va pas bien. Cette chaleur qui s’installe dans tes entrailles, la boule dans ta gorge, le mal dans ton plexus solaire… Moi, je me disais que c’était l’utérus qui grandissait, ouin, j’avais lu ça dans mon livre, que je devais seulement me reposer davantage.

 

Voici l’histoire de cette grossesse, et des suivantes…

 

Ce soir-là, enceinte de huit semaines, je suis au cinéma pour la première tant attendue de Harry Potter. Le film se termine. Je vais aux toilettes où je constate que je saigne. J’appelle le 811 immédiatement. L’infirmière, empathique, me rappelle que cela peut arriver dans le premier trimestre, que ce n’est pas nécessaire de m’inquiéter maintenant. Le lendemain, les saignements n’ont toujours pas cessés, on va donc à l’hôpital. L’attente commence : prises de sang, tests urinaires et finalement, l’échographie.

Dans cette salle sombre, avec cette envie qui me presse la vessie, je m’allonge. La dame polie, mais aussi froide que la pièce peut l’être, commence son examen. Moi, dans ma tête et dans mon cœur, je veux qu’il n’arrive rien à mon précieux bébé. Au bout d’un moment, elle lève la tête et dit :

-Madame, vous n’êtes plus enceinte.

Mon monde s’écroule. La vie m’a quittée. Pas la mienne, mais celle de mon bébé.

Je retourne donc chez moi, l’âme en miette, avec mon Mari Chéri, lui aussi tout en morceaux. La fausse couche, c’est commun, mais ça, je ne le savais pas. À partir de ce jour, non seulement je le savais, mais en prime, je le vivais …

Même si cet être n’est pas resté longtemps, il m’a marquée, car il était important et déjà aimé. Je devais me résoudre à le laisser partir. Laisser la vie continuer, malgré le vide qui m’habitait, dans tous les sens du terme.

Le regard des autres; la pitié qui teinte leur malaise… Ce bébé, il n’a pas vraiment existé, et pourtant, cette grossesse a occupé tant de place dans nos vies.

Le temps a passé, la plaie ne se refermait pas. Ma peine se transformait en angoisse paranoïaque. Le besoin viscéral de tomber enceinte était presque malsain. Je ne pouvais que penser à cela. Les conversations où il n’y avait pas de lien vers ma future maternité ne m’intéressaient plus. L’intimité avec mon chéri n’était portée que vers la possibilité d’une nouvelle grossesse. Je ne le faisais plus par amour;  seulement dans le but de devenir maman.

 

♥ Je prends un instant pour remercier mon Mari Chéri pour toute sa patience, son amour et son soutien. Il a été le phare de notre amour. 

 

marykaAu total, j’ai vécu trois fausses couches avant d’avoir le privilège de terminer une grossesse et pouvoir tenir enfin dans mes bras, ma belle Maryka. Le chemin fut difficile : les traitements de fertilité et la prise de médicaments avant/pendant la grossesse ont demandé beaucoup d’amour et de patience de la part de mon conjoint. Malgré le fait que cette grossesse-ci se soit très bien passée, l’inquiétude fut constante pour moi. Par contre, la chance incroyable que j’ai eue de pouvoir devenir mère a effacé toutes traces de ce parcours malheureux.

C’est ce que je croyais à ce moment-là…

 

Une année et demie a passé avant que nous soyons prêts à accueillir de nouveau un enfant dans notre famille. Cette fois-là, j’étais certaine que tout se passerait bien puisque nous avions reçu un « cocktail » qui « fonctionnait ». Malheureusement, j’ai aussi perdu ce bébé, à douze semaines de grossesse. Le mur m’avait frappé de plein fouet, me faisant vivre cet échec, encore une fois.

J’avais, bien sûr, ma belle cocotte pour m’aider à voir la vie du bon côté. Par contre, mes démons intérieurs, eux, n’avaient pas dit leurs derniers mots. Mon retour dans l’anxiété bouffait toutes parcelles de mon esprit, échec après échec, en raison de mon incapacité à rester enceinte.

À ce moment, les gens faisaient comme s’il ne s’était rien produit. Qu’est ce qu’ils auraient bien pu dire pour m’aider, me consoler? Mais, il y a aussi ceux qui ont tenté de diminuer ma douleur. Maladroitement. Une m’a demandé :

-Si après tout ce temps, tu as enfin un enfant, et que c’est une fille, vas-tu l’appeler « Désirée » ?

Une autre m’a offert de coucher avec mon mari et ainsi devenir la mère porteuse de MON bébé. Tant de mots, ou parfois absence de mots, et d’attitudes qui me transperçaient davantage.

Mya-Rose est arrivée la grossesse suivante, m’apportant résilience et bonheur. Cette petite fleur qui était si pressée de s’incarner. Sa venue a jeté un baume sur mes plaies et me redonna confiance en l’avenir.

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Deux autres grossesses ont suivi. On en voulait quatre! Toutes deux se sont terminées par des fausses couches. J’ai alors compris que je serais toujours prête à accueillir un nouvel enfant dans notre famille, mais que je ne pourrais plus faire face à la perte d’un enfant. Car pour moi, ils ont tous été MES enfants, NOS enfants. Notre famille restera comme elle est… Magnifique!

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Notre chemin vers la maternité-paternité (parentalité) a été intense, bousculé par des désordres hormonaux, rempli de peur; de peine; de douleur; d’angoisse et de médication. Mais l’amour qui existait entre mon Chéri Mari et moi nous aura permis d’en sortir plus fort.

Nous sommes les fiers parents de deux belles filles! À chaque instant, pour chaque moment précieux, je suis remplie de gratitude, car je sais que ce privilège, celui d’être parent, est immense. Je prie souvent et remercie mes six petits anges qui m’ont choisie et m’ont offert leur amour, même si ce fût l’instant d’un moment.

Je sais que mon histoire à moi se termine bien, que d’autres n’ont pas eu ma chance, que certaines vivent un chemin similaire au mien, sans toutefois parvenir à donner naissance à un enfant. Chaque jour, j’ai une pensée pour ces femmes. Je fais la seule chose que je peux faire :  prier pour elles. Je sais à quel point je suis choyée, c’est pour cela que je savoure et vénère chaque instant de la vie!

Namasté