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Miroir, miroir, dis-moi…

Depuis toujours, toi, Miroir, tu me joues des to

Depuis toujours, toi, Miroir, tu me joues des tours. Depuis toujours, l’image que tu m’envoies n’est pas à mon goût. Du plus loin que je me souvienne, regarder mon reflet n’a rien d’agréable. Je prendrais un peu plus de ci et un peu moins de ça. Et pourtant…

Quand je regarde les photos de moi, plus jeune, je me trouve magnifique. J’en conclus donc que c’est toi, cher Miroir, qui me rends la vie dure. À moins que ce soit ton ami, Pèse-personne. Là, je l’avoue, tout est déréglé. Le nombre inscrit sur le cadran est celui d’une grosse fille. Mais quand je m’attarde aux images du passé, je vois une belle fille. Que se passe-t-il ? Où est le problème ?

Dans mon magazine « Fille d’aujourd’hui », les filles sont minces, blondes avec des cheveux raides. Elles remplissent leur soutien-gorge beaucoup plus que moi. Toi, tu me renvoies l’image d’une brunette, frisée, avec des fesses. C’est bien confortable, mais ce n’est pas à la mode. Les pantalons sont toujours trop serrés pour moi, même ceux à ma taille. Je dois être grosse.

 

Un peu plus tard arrive le terme « poids santé ». Ça y est, ce que tu me montres depuis des années est confirmé par les experts. Ce n’est pas rien. Ils doivent bien le savoir. Je suis grosse. Alors, tu avais raison, mon cher. S’enchaînent donc régimes de toutes sortes et entraînements. Mais la conclusion demeure la même. Pèse-personne me dit toujours que je fais de l’embonpoint et toi, Miroir, tu m’envoies encore la même image.

Puis un jour, je suis devenue maman. Mon image a changé pour vrai. Ce n’est pas juste toi qui me joues des tours. Mon ventre a perdu sa fermeté, des lignes y sont apparues par dizaines. Quelques rides de souci ont commencé à tapisser mon front. Les filles des magazines aussi ont changé. On commence à parler d’un concept tout nouveau : la diversité corporelle. Mon regard envers moi-même s’adoucit. Pèse-personne ne fait plus partie de ma vie.

Aujourd’hui, à plus de 40 ans, je dois te l’avouer, je me trouve belle. Tu me renvoies l’image de mes taches, mes vergetures, mon petit surplus de poids, mes rides et mes cheveux blancs. Et tu sais quoi ? Je m’en fous ! Je me trouve belle comme je suis. Alors, Miroir, je dois avouer que je t’ai accusé à tort. Tu n’es pas le problème. C’est plutôt la société qui envoie depuis des années une image lisse de la femme. Offre mes excuses aussi à Pèse-personne qui n’y était pour rien lui non plus.

Maintenant maman de deux magnifiques adolescentes, je veux leur montrer l’exemple de l’acceptation de soi, que la beauté est dans la différence. La personnalité d’une personne la rend unique et magnifique. J’ai envie qu’elles n’attendent pas d’avoir 40 ans pour se trouver belles.

Heureusement, les temps changent et des femmes différentes sont représentées dans les diverses publications. J’ai espoir pour les filles qui grandissent. On a encore du chemin à faire, mais nous sommes sur la bonne voie. Vive la diversité corporelle !

 

 Nancy Pedneault

Le démon de la balance

Quand je suis tombée enceinte, j’ai eu accès pour la première fois à

Quand je suis tombée enceinte, j’ai eu accès pour la première fois à un vrai suivi médical. Et comble de chance, je suis tombée du même coup sur un médecin humain, compréhensif et à l’écoute. À mon premier rendez-vous, il a fait son examen de routine, ce qui incluait évidemment une pesée en règle.

Quand je suis montée sur la balance, son regard est devenu beaucoup plus sévère. « Il faut que tu prennes du poids », m’a‑t‑il lancé. Moi ? Prendre du poids ? Pourquoi ? On m’avait toujours répété que le bébé allait prendre ce dont il avait besoin, peu importe le poids de la mère. Et moi, naïvement, je m’étais aveuglément accrochée à cette croyance. Le doc m’a regardé, toujours avec son air sérieux, et a déposé son crayon.

Il m’a dit : « Oui, c’est vrai. Le bébé va prendre tout ce dont il a besoin. Mais tu es tellement en dessous de ton poids santé qu’il ne te restera plus rien pour toi… et comme tu es aussi ma patiente, je m’inquiète pour toi. Si tu ne prends pas au moins 40 livres dans cette grossesse, l’un de vous deux va en souffrir. Et ce bébé aura besoin d’une maman forte et en santé pour prendre soin de lui. » Ces paroles ont changé ma vie.

Partout, on voit des publicités de mamans enceintes ou en post-grossesse qui s’entraînent au gym, qui sont minces et musclées, qui suivent mille et un cours et programmes de remise en forme. Et on les encourage. On les félicite. On les louange. Depuis qu’on est toutes petites, on nous rentre dans la tête qu’il faut ressembler à ça. Être une fitmom.

Ma nouvelle expérience de maman m’a amenée à réfléchir à mon enfance et au modèle de maman que je voulais devenir. Quand j’étais enfant, ma mère se pesait tous les jours, matin et soir. Chaque demi-livre prise venait indéniablement avec son petit commentaire cinglant. « Fini le pain pour moi ! », « Je n’aurais pas dû manger de gâteau à la fête hier… », « Il faut vraiment que je me mette au régime »… Ma mère a toujours été mince. Et depuis aussi longtemps que je me souvienne, tout le monde la louangeait pour ça. « T’es tellement chanceuse toi d’être mince ! » Chanceuse ? Si seulement ces personnes savaient tout ce qu’elle infligeait à son corps pour garder sa taille de guêpe si enviée des autres…

Et moi, j’ai hérité de sa génétique. Un fabuleux cadeau empoisonné… parce que moi aussi, depuis que je suis enfant, on me félicite pour ma taille. On me dit que j’ai tellement de chance. On me fait sentir à quel point c’est un vrai don de Dieu, d’être mince. La vérité, c’est que je n’étais pas mince, j’étais maigre. Cette maigreur a toujours été encouragée. C’est juste tellement malsain. Les gens ont toujours voulu bien faire, ce ne sont que des compliments, ils se veulent tous positifs en fait ! Mais en réalité, ils viennent avec la pression terrible de devoir garder ce poids, ce fameux chiffre sur la balance.

Je n’ai jamais été consciente de cette pression, jusqu’au jour où ce médecin m’a demandé de prendre du poids. J’ai réalisé que je répétais bien des comportements de ma mère, sans même m’en apercevoir. Je travaillais beaucoup, et de longues journées, alors je sautais des repas parce que j’étais trop occupée. Le frigo était souvent vide parce que j’achetais uniquement le nécessaire pour cuisiner chaque repas. J’ai vu ma mère faire ça toute sa vie… Puis, j’ai réalisé qu’aucun travail ni aucun chiffre sur une balance ne valait plus que ma propre santé.

Et j’ai changé toutes mes habitudes de vie. J’ai suivi des cours en alimentation. Certaines personnes comptent leurs calories pour tenter de perdre du poids. Moi, je me suis mise à calculer mes calories pour m’assurer d’ingérer à chaque repas un nombre suffisant de vitamines, de nutriments, d’aliments sains. J’ai commencé à travailler moins, à diminuer mon niveau de stress. J’ai appris à boire de l’eau, souvent. Je me suis fait la promesse de ne jamais mettre les pieds dans un gym. J’ai commencé à sortir dehors avec les enfants, dès que j’en ai eu l’occasion. Jouer au soccer avec eux, aller faire du vélo, nager dans la piscine… Les enfants ont beaucoup plus à nous apprendre sur l’exercice physique sain que toutes les fitmoms du monde !

Puis, j’ai commencé à prendre du poids. Sainement. Mon bébé est né en santé. J’ai appris à me réapproprier ce nouveau corps, ces nouvelles courbes. J’ai cessé d’essayer de rentrer dans des jeans d’adolescentes et je me suis acheté des pantalons dans lesquels j’étais confortable, tout simplement.

Je refuse d’avoir une balance à la maison. Premièrement parce que je ne veux pas savoir combien je pèse. Me sentir bien dans mon corps me suffit. Et deuxièmement parce que je ne veux pas que mes enfants grandissent dans cette obsession malsaine. J’achète 95 % d’aliments sains à l’épicerie. Mon frigo est toujours, toujours, toujours plein à craquer. Pleins de fruits, de légumes et de bonnes choses à manger. Mes enfants n’auront jamais faim. Ils mangent quand ils le veulent. Et oui, il y a un sac de chips, du popcorn et de la tartinade au chocolat dans l’armoire, parce qu’on se permet aussi ce genre de cochonneries de temps en temps, et qu’il ne faut pas virer fou non plus. L’orthorexie n’est pas mieux que l’anorexie.

Évidemment, ce vieux démon de la balance a laissé des traces… Je le combats encore souvent dans ma tête. Après un accouchement, je dois être patiente pour laisser mon corps cicatriser de chaque grossesse. Et c’est souvent très dur d’être patiente ! Je vois des tonnes de mamans s’inscrire aux cours de remise en forme, au cardiopoussette, au yoga-bébé, au zumba-kangourou… Et moi, je me répète sans cesse que mon corps a mis presque un an pour mettre au monde un enfant, et qu’il est tout à fait normal qu’il prenne presque un an encore pour reprendre sa forme. Je me répète aussi qu’il a le droit de ne pas reprendre sa forme. Parce que malgré ce que la société nous répète, c’est d’essayer d’avoir un corps d’adolescente toute sa vie qui n’est pas normal…

Eva Staire

Jokes de gros

À l’âge de 11 ou 12 ans, alors que je dansais dans la cuisine sur

À l’âge de 11 ou 12 ans, alors que je dansais dans la cuisine sur l’air de Beat it, mon frère m’a lancé à la blague : après Michael, Janet et Tito, voici Jumbo Jackson. C’était drôle. On a ri.

Au début de l’adolescence, alors qu’Isabelle Brasseur et Lloyd Eisler étaient au sommet de leur gloire, ma cousine et moi tentions des doubles axels dans le salon en les imitant. Ma mère, à la blague, nous a dit que nous avions davantage le physique pour faire de la lutte gréco-romaine que du patinage artistique. C’était drôle. On a ri. 

Quand j’étais enceinte, assise sur le bord de la piscine, hésitante à sauter dans l’eau froide, mon amie m’a dit : « Ah ben, c’est pratique d’être enceinte. Avant, t’avais juste l’air grosse ; maintenant, t’as une excuse pour avoir une bedaine. » C’était drôle. On a ri.

Cet hiver, en parlant du légendaire porté de Patrick Swayze dans Dirty Dancing, mon humain de proximité m’a dit : « Eh boy, tu m’casserais ben le dos si on essayait de faire ça ensemble. » C’était drôle. On a ri.

J’ai ri de beaucoup de commentaires et de blagues qu’on m’a faits sur mon apparence. 

J’ai ri parce que j’ai un bon sens de l’humour.

J’ai ri pour éviter les malaises.

J’ai ri pour ne pas dire que j’étais blessée.

Les blagues de gros ou les blagues sur l’apparence des gens, même déplacées, vous avez raison, ce n’est pas la fin du monde. Le truc, c’est que lorsqu’on est différent ou non conforme, ce n’est pas LA blague lancée sans méchanceté qu’on ne trouve pas drôle, mais plutôt la 3448e blague qui ne nous fait plus rire. Ce n’est pas LE commentaire déplacé qui nous blesse, c’est le 2567e qui s’ajoute aux 2566 autres commentaires déplacés qui nous blesse. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’aux blagues de gros ou sur le poids, s’ajoutent tous les autres commentaires, remarques et regards blessants.

Oh wow, t’es vraiment belle depuis que tu as maigri ; ou Imagine comme tu pourrais être belle si t’étais plus mince.

T’es cute, mais je suis pas sûr que je banderais avec une fille qui a du poids en trop.

Si tu avais cette shape‑là, je passerais mes journées à te faire l’amour.

T’es sûre que tu as encore faim pour un dessert ? 

Si tu veux rester grosse, c’est ton choix.

Et j’en passe. Et j’en passe. 

Ceci, c’est un échantillon de ce que j’ai entendu de la bouche de gens qui avaient de l’affection pour moi. Ça vous donne une idée de ce qu’on peut entendre de la bouche des gens qui n’ont aucun lien affectif avec nous. Et c’est encore bien plus soft que ce que les gens obèses vivent au quotidien. Une blague de gros, ça fait écho à toutes les blessures qu’on porte en soi et ça nous rappelle qu’on ne fit pas dans le moule — encore une fois. 

J’ai souffert de troubles alimentaires plus de la moitié de ma vie. Encore aujourd’hui, ça reste quelque chose de très fragile. La relation que j’entretiens avec mon corps et le regard que les autres posent sur lui viennent avec un lot de tristesse et de défis. Et je ne suis pas socialement marginalisée à cause de mon poids. J’imagine difficilement ce que peuvent ressentir ceux qui le sont, mais l’empathie, ça sert à ça. À se mettre à la place de l’autre pour mieux comprendre ce qu’il vit, pense, entend, ressent.

Se fâcher les uns contre les autres, ça ne sert à rien. Ça nourrit les stéréotypes, ça ajoute de l’huile sur les bobos qui font déjà mal et ça ajoute encore plus de distance entre les gens qui sont différents. Aujourd’hui, je vais avoir de l’empathie pour Martin Matte qui doit vivre quelque chose à quoi il ne s’attendait pas. Je vais avoir de l’empathie pour tous les gens qui n’ont pas compris la tristesse ou l’indignation de ceux qui n’ont pas ri de la pub de Maxi. Et je vais avoir de l’empathie pour les gens qui ont été profondément blessés. Pas par CETTE blague‑là précisément, mais par les 3448 d’avant.

Liza Harkiolakis

La ligne ou l’humeur ?

Il y a des choses pires dans la vie qu’un bourrelet mal placé. Entre une

Il y a des choses pires dans la vie qu’un bourrelet mal placé. Entre une santé mentale défaillante et un IMC trop élevé, le choix peut sembler évident. Mais non.

Imaginez : vous souffrez d’anxiété généralisée. Ou de dépression. Ou d’un trouble mental qui nécessite la prise d’un médicament sur une base régulière, en plus d’un suivi thérapeutique. Votre moral est à plat. Vous dépensez beaucoup (trop) d’énergie à essayer de vous lever le matin, ou de continuer votre journée, ou de dormir la nuit. Suivre les recommandations pour atteindre l’équilibre et le bonheur (bien manger sans vous empiffrer, boire assez d’eau et pas trop d’alcool, bouger tous les jours et pas seulement pour vous rendre au frigo, avoir une vie sociale satisfaisante [vous essaierez ça en temps de pandémie !], vous coucher tôt et dormir paisiblement, sourire, respirer par le nez et expirer par la bouche…) vous apparaît aussi possible que d’escalader l’Everest en gougounes en vous tenant sur la tête et en traînant un camion de douze tonnes derrière vous. Ça semble exagéré, mais pas tant. Vous en parlerez à ceux qui sont passés par les bas‑fonds de la déprime.

Donc, imaginez que vous êtes cette personne au bout du rouleau de la santé mentale.

Et là, vous lisez dans la notice remise par le pharmacien en même temps que votre nouvelle prescription qu’un effet secondaire possible est qu’il stimule l’appétit et prédispose à la prise de poids. Non, mais, ça donne le goût de le prendre, hein ?!

Vous vous raisonnez en vous disant que les effets secondaires, ça n’arrive pas à tout le monde. Que ces effets sont souvent temporaires. Que les avantages de prendre le médicament surpasseront grandement les effets poches… quand le médicament fonctionnera comme du monde (lire ici : quand la bonne molécule sera trouvée pour votre cas, que vous aurez augmenté le nombre de milligrammes jusqu’au bon dosage, lorsque ça fera plusieurs semaines que votre cerveau recevra l’agent stabilisateur). Mais ça doit vraiment passer par un risque de prendre de la bedaine ?

L’effet contraire est aussi possible. Par exemple, plusieurs médicaments qui contrecarrent les effets du TDAH diminuent l’appétit, entraînant parfois des pertes de poids importantes. Quand ma fille a commencé son traitement, elle se situait sous le 5e rang par centile sur la courbe de poids des enfants de son âge. Vous comprendrez qu’elle n’avait pas intérêt à perdre de poids. Le médecin a failli ne pas la médicamenter pour cette raison. Toutefois, les effets positifs du médicament s’annonçaient majeurs et on avait essayé plusieurs stratégies auparavant, toutes plus infructueuses les unes que les autres. Médicament il y a eu, avec surveillance médicale de très près. On a ajouté des protéines au menu, des collations, un gros déjeuner avant que le médicament ait le temps de faire croire à son système qu’elle n’avait pas faim. La méthode a fonctionné et l’appétit s’est finalement stabilisé. La concentration aussi.

De la même façon, les bonnes habitudes de vie peuvent permettre de ne pas (trop) prendre de poids même si un médicament risque de stimuler l’appétit. Ça, c’est si on a réglé l’habitude habituelle de compenser avec de la nourriture du chocolat et des chips. Si le défi de santé (mentale ou physique) pour lequel on est traité rend plus difficile le maintien de l’équilibre, un coaching familial ou spécialisé peut faire une grande différence. L’équation est acceptable si les quelques kilos équivalent à une humeur plus stable ou à une vision du monde plus harmonieuse, ou encore si les phobies et l’envie de mourir disparaissent. L’équation devrait être revue avec le médecin si le médicament (et le soutien psychologique) ne nous aident pas à remonter la pente après quelques semaines ou si les kilos s’emmagasinent jusqu’à l’obésité. Un cœur embourbé dans le gras, ce n’est pas mieux qu’un cœur embourbé dans les émotions négatives. On ne veut pas créer un problème en essayant d’en régler un autre…

Même chose si les livres s’accumulent (ou disparaissent) au point où notre estime personnelle tombe dans le troisième sous-sol et nous empêche de faire du sport ou de voir des amis. Si c’est le cas, direction pharmacie et clinique médicale pour demander conseil. Surtout, n’arrêtez pas un traitement sans être accompagné par une personne compétente (non, votre voisine-qui-a-une-opinion-sur-tout-et-dont-le-petit-cousin-de-la-fesse-gauche-a-déjà-pris-un-antidépresseur-en-1982 n’est pas une personne compétente dans cette situation). Ces médicaments jouent dans les neurones, et les arrêter brusquement risque de vous jouer de mauvais tours.

Donc à la question « La ligne ou l’humeur? », je répondrais, comme souvent quand on parle de santé mentale : c’est du cas par cas et tout est dans l’équilibre. Chose certaine, ne restez pas seul avec ça. Et ne laissez pas les dictats de la mode ou du bien-paraître vous convaincre que votre bonheur ne passe pas en premier.

Nathalie Courcy

Des efforts, j’en fais!

L’autre jour je discutais avec des collègues à propos de différ

L’autre jour je discutais avec des collègues à propos de différents enjeux de nos vies personnelles. Tu sais, les classiques conversations qui impliquent notre couple, les enfants, la famille. Ça m’a heurtée de voir à quel point les pistes de solutions ont l’air évidentes dans le discours de l’autre, mais surtout que la vitesse de changement n’est pas perçue de la même façon. Vivre une situation difficile et ne pas la régler en un claquement de doigts est tout à fait normal. Pensons à la perte de poids, à un changement d’habitude de vie ou une séparation, pour ne nommer que ceux-là. Pour bien faire les choses, il y a un certain ordre à respecter et des étapes à franchir. Le tout, de façon bien personnelle bien sûr.

Le rythme et les moyens pour atteindre nos objectifs varient d’un individu à l’autre. Qui sommes-nous pour dire à quelqu’un qu’il ne prend pas le bon chemin ou que ça devrait déjà être réglé? Qui sommes-nous pour dire à l’autre qu’il n’en fait pas assez? Le fait que tu aies l’impression que ma situation ne bouge pas assez vite ou que toi, tu ferais le tout autrement ne donne pas le droit de juger. Je rage intérieurement quand j’entends des commentaires comme : Pourquoi tu restes avec lui? Tu n’as qu’à te séparer! Si tu n’aimes pas ta job, trouves-en une autre! Ou pire encore : Tu ne dois pas être assez malheureuse si tu restes dans cette situation. Ne pas prendre de décisions hâtives ou drastiques n’est pas un signe d’inaction. Parfois, il faut observer, réfléchir, se déposer et s’ajuster. Parce que je le sais, les actions ne sont pas toujours visibles.

Tu as sûrement déjà vu passer ce fameux graphique qui fait la différence entre le plan que nous avons de la vie et ce qui se passe en réalité. Alors s’il te plaît, garde tes commentaires qui me feront sentir que je ne fais rien ou que je reste là à me plaindre.

Si je parle de mon couple qui bat de l’aile, ça ne veut pas dire que je ne fais rien. Qu’à la maison, je fais comme si de rien n’était. Mais non, des efforts, j’en fais. Si je souhaite perdre du poids mais que tu me croises à la restauration rapide, ne va pas croire que je n’ai aucune volonté. Bien au contraire. Je suis un humain. Un humain imparfait qui fait de son mieux. Parce qu’au-delà des objectifs à atteindre, il y a la vie. Cette vie qui fait qu’on se lève tous les matins avec le désir sincère de passer une belle journée. Cette vie, qui parfois nous étend un tapis de clous plutôt qu’un chemin de pétales de fleurs. Rien n’est parfait et je ne cherche pas cette perfection. Laisse-moi plutôt m’engager sur le chemin qui a le plus de sens pour moi. Si tu souhaites marcher à mes côtés, tu es bienvenue.

Cristel Borduas

 

J’ai frappé mon mur… les deux pieds sur la balance!

Je n’ai pas de balance chez moi. Je n’aime pas vraiment cet inst

Je n’ai pas de balance chez moi. Je n’aime pas vraiment cet instrument. Je travaille fort pour m’accepter comme je suis, alors je n’ai pas besoin de connaître mon poids toutes les cinq minutes. Mais dernièrement, j’ai été forcée de réaliser que je n’étais pas sur la bonne pente.

Étendue sur le dos sur mon lit, je tentais tant bien que mal de rentrer dans mon foutu pantalon. J’avais réussi à faire passer les cuisses, je n’envisageais même pas de ne pas réussir à fermer la fermeture éclair. No way! J’aurai l’index et le pouce en sang, tant que le zipper tient le coup, je n’allais pas abandonner. J’ai mis un chandail ample pour cacher le muffin top que j’avais créé et je suis partie au travail.

J’ai voulu continuer à nier mon surplus de poids. Je devais seulement faire de la rétention d’eau… beaucoup. Mais sont arrivées les douleurs physiques. Mes genoux me suppliaient de faire quelque chose. Rétention d’eau ou pas, mes genoux me rappelaient chaque jour, avec beaucoup de douleur, que j’avais peut-être un peu exagéré.

Et un jour, au CPE, je chantais avec les enfants en rangeant les jouets. C’est là que j’ai dû m’asseoir pour reprendre mon souffle. C’était un rangement bien relaxe, là, pas une course du genre « celui qui range le plus de jouets ».

Le soir même, en finissant, j’ai fait un arrêt chez ma mère. Sans dire bonjour à ma mère, je me suis dirigée, angoissée, vers la salle de bain. Elle était là. Elle m’attendait. J’ai posé les pieds dessus, j’ai fermé les yeux. Après un « Kessé tu fais dans la salle de bain? » de ma mère, j’ai ouvert les yeux et j’ai regardé le nombre clignotant (comme un avertissement). La dernière fois que j’avais atteint ce poids, j’étais enceinte de 37 semaines…

J’ai frappé mon mur. C’est là que reprendre ma vie (mon poids) en main est devenu une priorité. J’ai eu envie des solutions faciles. Tu sais, celles qui nous promettent un corps de rêve pour l’été avec des produits plus dispendieux les uns que les autres.

Moi, je n’y crois pas. Ça marche peut-être réellement. Je me suis demandé : mais après, lorsque je cesserai de les utiliser, il arrivera quoi?

Je suis plutôt allée voir une nutritionniste. Ensemble, nous avons établi un menu pour y arriver. Elle m’a aussi suggéré de bouger plus (j’essaie très fort.). Je perds du poids lentement, mais sûrement.

Pour moi, il s’agit de la meilleure façon. Et quel beau legs je laisse à mes filles : apprendre à bien manger.

Et avant de me faire lancer des roches… elles ne savent pas que c’est pour perdre du poids.

Je leur ai dit que c’était pour mieux manger et pour rester longtemps avec elles en bonne santé.

Mélanie Paradis

Ma grossesse, mon corps (qui change!)

Je me suis toujours dit que si un jour, je retombais enceinte, je se

Je me suis toujours dit que si un jour, je retombais enceinte, je serais totalement différente et tellement plus assidue dans mes objectifs qu’à mes deux autres grossesses.

Parce que j’ai vieilli et que depuis, j’ai eu le temps d’analyser les femmes enceintes qui ne prenaient pas soin d’elles. Les femmes qui prenaient du poids, ne s’arrangeaient pas… JAMAIS je ne serais ce genre de femme. Je m’étais donc dit que SI jamais je tombais enceinte, moi je serais différente.

Parce qu’à Anna, je mangeais pour enlever mes nausées, et ça… c’est pas l’idéal quand on veut garder un super poids.

Je n’ai jamais fait de sport de ma vie, mais t’sais… Si je retombais enceinte, j’en ferais. Parce que c’est important de faire du sport enceinte… T’sais comme les filles sur Instagram!

Je m’étais aussi dit que je ne prendrais pas plus que 25 livres, parce qu’à mes deux autres grossesses, j’en avais pris 35.

Je m’étais dit que je serais belle. Le genre de filles qui s’arrangent et qui rayonnent… oui, oui… Allons-y tous en cœur… « Comme sur Instagram ». Ha! Ha!

Alors dans mon gros jugement facile, assise devant mon ordinateur, j’ai jugé. Et vous savez ce qui se passe quand on juge? La vie nous confronte afin de nous faire évoluer. Appelez ça le karma, si vous voulez… Reste que… j’ai appris! 🙂

Je suis donc tombée enceinte, comme plusieurs le savent, sous stérilet alors que j’avais pris quinze livres à force de ne pas faire attention à mon alimentation. Jusque-là, quinze livres, c’est quand même pas la fin du monde, non? Mon but était de le reperdre après les fêtes. Admettons que mes plans ont été chamboulés par une petite crevette qui est venue faire son nid dans mon utérus. À partir de là, pas question de faire un régime… j’étais enceinte!

Et puis, les nausées sont arrivées. Les OST*** de nausées.

J’avais beau essayer tous les trucs de grands-mères possibles, mon corps ne voulait qu’une chose… de la scrap!

Comme Hayden passait ses fins de semaine dans les arénas pour le hockey, j’ai mangé des grosses poutines extra fromage environ deux fois par semaine en plus des pogos et des hot-dogs.

Ah! Et ne me parlez pas d’entraînement. Sérieusement, j’ai jamais été aussi fatiguée de toute ma vie. C’est une fatigue que tu ne connais pas tant que tu n’as pas été enceinte. T’sais, le genre de fatigue qui se trouve derrière tes yeux. C’est pas ton corps qui est fatigué, c’est clairement ton cerveau. Tout est lourd… au point où je n’avais AUCUNE patience.

J’étais beaucoup trop directe et beaucoup trop impatiente.

Mes amies trouvaient ça ben drôle, parce que j’étais l’opposée de qui je suis habituellement!

Par contre, moi j’avais tellement d’agressivité en moi et de fatigue! Ça en était insupportable. Et ça a duré jusqu’au quatrième mois de ma grossesse. Gros party pour les gens autour de moi haha!

J’oubliais : je m’étais aussi dit que je me crèmerais matin et soir afin de n’avoir AUCUNE vergeture. Sérieusement, je pense que je me suis crémée… dix fois en huit mois!

Et vous savez quoi? Je n’ai jamais eu autant de vergetures sur les fesses et les cuisses. Je me considère chanceuse de ne pas en avoir sur le ventre!

Ça fait que, je suis maintenant à 35 semaines.

J’ai fait l’opposé de tout ce que je m’étais dit que je ferais.

Je suis passée de 125 livres à 180 livres.

J’ai les jambes loadées de vergetures et de cellulite (photos à l’appui).

J’ai un double menton, des fesses similaires à mon ventre et je ne m’arrange que très rarement.

Et vous savez quoi? J’ai décidé d’en rire.

Parce qu’on ne contrôle pas tout dans la vie.

J’ai la chance d’avoir un chum qui ne m’a jamais dit un mot sur mon apparence, et je le remercie du fond du cœur!

Probablement que s’il avait agi différemment, j’aurais eu beaucoup plus de difficulté à accepter les changements sur mon corps.

Par contre, il faut savoir lâcher prise.

Il m’arrive de me sentir belle et de m’arranger. Ce sont ces photos que vous voyez sur le net. Je ne suis pas toujours souriante ni toujours bien habillée… Ça m’arrive, oui, mais la vraie vie, ce n’est pas toujours ça.

Bref je voulais surtout vous écrire et vous montrer ces photos, parce que c’est ce dont moi, j’aurais eu besoin : voir ce que la grossesse peut réellement apporter comme changements chez une personne 🙂

Et surtout, réaliser qu’on en meurt pas de ces changements.

Profitez de votre grossesse, vous créez la vie!

Maika

Quand la grossophobie s’invite à l’école

Vous connaissez la grossophobie ? Selon Wikipédia</e

Vous connaissez la grossophobie ? Selon Wikipédia, cela se définit comme étant l’ensemble des attitudes et des comportements hostiles qui stigmatisent et discriminent les personnes grosses, en surpoids ou obèses. Elle a pour origine des préjugés et des stéréotypes négatifs selon lesquels le fait d’être gros est une question de volonté personnelle et que les personnes grosses seraient ainsi les seules responsables de leur surpoids, en négligeant les autres facteurs à l’origine du surpoids.

Mon fils est en cinquième année du primaire et récemment, il est revenu de l’école dans tous ses états. Quand je lui ai demandé pourquoi il était fâché, il m’a expliqué qu’en cours d’après-midi, des élèves de sixième année sont venus dans sa classe faire une présentation sur le corps humain. Qu’est‑ce qui a pu causer ce changement d’humeur dans une telle présentation ? Une mention sur les gens présentant un surpoids. En effet, selon leur exposé oral, les personnes ayant un surplus de poids ne peuvent être heureuses dans la vie. Cette section de la présentation était appuyée par un support visuel montrant une personne obèse s’empiffrant de junk food sur un divan.

Comme vous le savez peut-être déjà, mon grand garçon est autiste. Les autistes sont réputés pour ne pas avoir de filtre et dire ce qu’ils pensent tout de go. Mon fils ne fait pas exception. Toutefois, cet après‑midi‑là, il n’a rien dit. Après la présentation, il a demandé au professeur pour aller au local d’apaisement pour se calmer. Au retour en classe, quand on lui a demandé ce qui s’était passé, il a été capable de dire que les propos sur les personnes avec un surplus de poids l’avaient fâché. Pas parce qu’il est gros, loin de là, mais parce moi sa mère, je le suis. Pour la première fois, il a réalisé que ce que je lui disais sur les moqueries possibles sur les gens avec un surplus de poids, sur les propos méchants qu’on entend souvent et les jugements des autres sur l’apparence physique était vrai. Soudainement, il a compris mon quotidien et ça lui a fait de la peine. Il a eu de la peine de penser que sa mère ne pouvait, selon une présentation, être heureuse dans la vie si elle avait un surpoids.

Ses mots exacts ont été : « Le bonheur ne se mesure pas sur une balance, voyons ! C’est donc ben niaiseux ce qu’ils ont dit. Pourquoi ils ont dit ça, maman ? » J’ai vu ses yeux se remplir de larmes. J’aurais aimé lui dire de faire comme moi et de ne pas les écouter, de voir les gens autrement que comme une image qu’ils projettent. Que oui, les gens sont effectivement bien plus qu’une série de chiffes sur une balance. Tout ce que j’ai pu lui dire, c’est que les gens sont parfois méchants et blessent les autres parce qu’ils ont malheureux eux-mêmes. Que toute personne qui est différente, que ce soit parce qu’elle a un handicap, une condition neurologique, une différence corporelle va être pointée du doigt par certains individus. Il faut être fort et ne pas les écouter.

La vérité ? Oui, 90 % du temps, je crois fermement ce que je lui ai dit. Mais il y a toujours un 10 % du temps, ce damné 10 %, qui vient nous chercher droit au cœur et qui nous fait mal. Personnellement, hormis la réaction de mon fils, ce qui m’a fait le plus fait mal dans cette histoire est qu’un professeur de sixième année a cautionné ces propos et n’a pas demandé à ses élèves de retirer ce segment de la présentation. Après toutes les campagnes effectuées pour l’acceptation de la diversité corporelle. En 2018, dans nos écoles, un professeur a encouragé des élèves à tenir des propos grossophobiques.

J’aurais aimé voir ces élèves et les inviter chez moi à brûle-pourpoint et leur demander de regarder mon garde-manger, mon frigo et mon congélateur, puis de me regarder, moi, monter sur la balance devant eux. Leur montrer mes résultats d’analyses sanguines et mon bilan de santé général. Leur demander si je représente selon eux la « belle image stéréotypée » qu’ils ont mise dans leur présentation. Les gens ont un surpoids pour diverses raisons et blâmer une mauvaise alimentation est trop facile. On dit souvent de ne pas juger une personne sans avoir marché dans ses souliers. Cela s’applique aussi au poids d’une personne.

Je suis une adulte et un parent et en tant que tel, je ne peux agir de la sorte. Je ne peux pas aller apostropher un enfant qui n’est pas le mien et lui dire que ce qu’il a dit dans un exposé n’a aucun sens. Par contre, en tant que société, en tant que parents, nous avons le devoir d’éduquer nos enfants à être tolérants envers les autres et à voir au‑delà des différences. Nous sommes tous des êtres beaux, uniques et différents. C’est ce qui donne de la couleur à la vie !

Annie St-Onge

Ce poids sur mon cœur

Ceux et celles qui sont fiers de leur poids, levez la main! Non? Per

Ceux et celles qui sont fiers de leur poids, levez la main! Non? Personne? Ah oui, je vois quelqu’un, là-bas, qui ose. Bravo!

Comme plusieurs, je traînais le poids des années et du manque de temps sur mes épaules. Ou plutôt sur mon abdomen, mes cuisses, mes bras, dans mes joues qui cachaient mes yeux tellement elles étaient enflées…

J’ai toujours eu un super méga métabolisme, qui m’a rendu de loyaux services jusqu’à la trentaine. Merci, génétique! Mais ça m’a empêchée d’apprendre à connaître mon corps et ses vrais besoins. J’ai toujours trop mangé, toujours trop sucré. Le réconfort par la bouffe. C’est tout moi, ça! Bon, ok, pas tout moi. Et de moins en moins.

J’ai toujours été dans mon poids santé. Enceinte, je prenais entre 40 et 60 livres, que je reperdais sans trop d’efforts par la suite. Puis, je me suis installée dans ma vie. Je suis devenue fonctionnaire. La position assise, les collations, le stress constant, l’équation malsaine calories ingérées > calories dépensées. Et toujours, cette propension à rechercher le sucre quand 1 — j’étais dans ma semaine. 2— j’étais triste ou fâchée. 3— j’étais heureuse et fière. 4— je m’emmerdais ou j’étais fatiguée. C’était devenu une récompense et une compensation.

À la longue, c’est devenu une punition. Manger du sucre = me sentir coupable. Équation encore plus malsaine que la précédente. Mais ce n’est pas parce que ça nous fait du mal qu’on est capable de casser l’habitude, hein! Au contraire! Notre cerveau et notre corps sont comme des enfants : ils adoptent les mauvaises habitudes beaucoup plus rapidement que les bonnes. Et pour perdre les mauvaises habitudes, ça prend une motivation qu’on perd au fur et à mesure qu’on s’appesantit.

Par chance, je continuais de bien manger, en dehors de mes rages de sucre. Ça m’a tenue en vie. Mais en santé? J’aurais pu faire mieux.

Au printemps dernier, mon cœur pompait juste à monter trois marches d’escalier. Mes jambes ne suivaient plus, mes muscles n’existaient plus. Je n’ai jamais été hyper sportive, mais là, je compétitionnais avec le paresseux sur sa branche en train de mastiquer son bambou. Jouer avec mes enfants était devenu si pénible physiquement que j’évitais ces moments. Pas fort, mon affaire.

Pas fort, mais je comprends comment tout ça s’est installé : vie sédentaire, insatisfactions amoureuses, manque de sommeil, besoin de crinquer mes hormones de bonheur, manque de temps à moi (et disparition de ma motivation à prendre soin de moi), stress dans le piton, sentiment d’impuissance par rapport aux dérapages de mes enfants, besoin de me récompenser pour me convaincre que je valais quelque chose malgré tout, douleurs et essoufflement au moindre effort, vie encore plus sédentaire… Le cycle. Non. La spirale. Descendante.

Et un jour, je me suis botté les fesses (dans mon imagination, parce que rendue là, je n’avais plus du tout la souplesse pour que mes talons se rendent à mon postérieur). J’ai consulté mon médecin, ma nutritionniste, et aussi une perle qui a replacé mes énergies dans le sens du monde. J’ai coupé le gluten qui m’engluait le cerveau et fragilisait mes intestins. Je me suis mis des défis : monter dix marches d’un coup. Puis monter quinze marches, sans me sentir essoufflée. Maintenant, je monte plusieurs étages sans traîner de la patte. J’ai acheté une montre d’entraînement. Mon premier objectif : 1 000 pas par jour. Que je n’atteignais pas six jours sur sept. Puis, l’été passé, j’ai marché 30 000 pas par jour en voyage. J’ai retrouvé ce qui ressemblait à des mollets!

Je suis maintenant capable de résister à l’appel du chocolat. La plupart du temps. Si je me laisse interpeler, je suis capable de contenir ma gourmandise. Et de manger sans me morfondre de culpabilité, parce que je sais que j’ai la motivation pour garder l’équation des calories ingérées/dépensées dans le bon sens. Six jours sur sept.

J’ai recommencé à entrer dans mes vêtements. À pouvoir boutonner mes pantalons. À me sentir à mon avantage dans une robe. Toute nue, ça c’est une autre histoire, mais ça viendra. Un jour. Ou une nuit! J’ai recommencé à sourire le matin quand venait le temps de m’habiller, au lieu de me sentir confrontée par un corps qui ne me va plus. J’ai même cru détecter dans le miroir quelque chose qui ressemble à des abdos. Je pensais qu’ils étaient partis avec le placenta de ma première.

Je me permets encore des soirées écrapoue sur le divan avec du popcorn. J’ai encore plus de plaisir qu’avant à partager un verre et un bon repas trop gras avec des amis. Mon corps ne crie plus FAMINE même quand il déborde de calories et de lipides. Mon cerveau essaie moins de déjouer ma vigilance en me faisant croire que j’ai ABSOLUMENT besoin d’un (de dix) autre biscuit. Je me connais mieux et j’ai plus de vrai plaisir.

Mais le plus beau dans tout ça, c’est que mon niveau d’énergie remonte. Je réapprends à jouer. À ne rien faire, à l’occasion. À manger et à boire (de l’eau, du thé!). À m’aimer. Et je ne sens plus tout ce poids malsain sur mon cœur.

Nathalie Courcy

Le poids d’une femme enceinte

Quand une femme est enceinte, chacun y va de son petit commentaire.

Quand une femme est enceinte, chacun y va de son petit commentaire. Et pour l’occasion, un des plus grands tabous devient alors un sujet public : le poids de la maman. En temps normal, personne ne demande à une femme si elle a pris du poids. Personne. Jamais. Mais si la future mère arbore un ventre imposant, les commentaires peuvent être lancés innocemment; cependant, ils ne seront pas moins blessants! « Ouf! Tu fais des gros bébés! » ou encore : « Ouin… Ça va être dur à perdre, tout ce poids‑là! » Si, comme moi, vous avez pris des rondeurs pendant la grossesse, vous avez sûrement déjà entendu un commentaire du genre!

Les gens me regardaient comme si j’arrivais d’une autre planète lorsque je répondais fièrement, oui fièrement, que j’avais pris presque cinquante livres. Monsieur et madame Tout-le-monde ne connaissent pas mon histoire. Ils ne savaient pas que j’étais vraiment trop maigre avant de tomber enceinte. Ils ne savaient pas que mon poids avait toujours été beaucoup trop faible et que mon médecin s’inquiétait pour ma santé. Ils ne savaient pas que j’avais vomi tous les jours pendant la grossesse, rendant la prise de poids encore plus difficile.

Quand je suis tombée enceinte, mon médecin a pris le temps de m’expliquer que mon faible poids aurait un impact sur la santé de mon bébé. Moi, je pensais naïvement que le fœtus allait prendre ce dont il avait besoin. Mon médecin m’a demandé, rempli de bienveillance : « Comment peut-il prendre ce dont il a besoin, alors que ton corps ne suffit même pas à une seule personne? » Et il avait raison… Pour la santé de mon futur bébé, je me suis mise à un régime très strict. Un régime sain, contenant toutes les calories, les vitamines et les nutriments dont nous avions besoin tous les deux.

J’ai arrêté de sauter des repas. J’ai arrêté les fast food. Et pendant neuf mois, j’ai calculé chacune de mes portions, pour offrir à mon enfant ce qu’il lui fallait. Dix à quinze portions de fruits et légumes par jour. De la viande et du poisson, même si je détestais ça. Le guide alimentaire était devenu ma bible de poche.

L’objectif fixé par mon médecin était que je prenne au moins quarante livres pendant ma grossesse. À trente‑sept semaines de grossesse, j’ai accouché, après avoir pris quarante‑sept livres. Et j’étais fière de moi. J’ai ensuite allaité pendant neuf mois, parce que je voulais que mon corps continue de nourrir mon bébé.

Et vous savez quoi? Quatre grossesses plus tard, je suis toujours aussi fière de moi. Chacune de mes grossesses m’a appris à prendre soin de moi et à aimer mon corps. Chacun de mes enfants m’a montré comment être en bonne santé. J’ai réussi à atteindre mon poids santé, et surtout, à le maintenir.

Et c’est maintenant mon tour d’enseigner à mes enfants à avoir de bonnes habitudes de vie pour rester en santé. Ils mangent de tout et en bonne quantité. Ils boivent de l’eau. Ils bougent et dorment bien. Tout cela, ça peut paraître banal pour plusieurs, mais c’est toute une fierté pour moi. Parce que rien de tout cela n’était acquis dans mon quotidien, avant d’avoir des enfants.

Et quand j’entends une femme enceinte se faire dire : « Mon dieu que t’as une grosse bedaine! J’espère que tu ne vas pas rester grosse après! », je me dirige vers elle et lui dit que j’ai pris cinquante livres par grossesse et que je suis en excellente forme aujourd’hui.

Et lorsque je vois passer sur mon fil d’actualité des mini-bedaines de mamans enceintes, je souris en lisant les commentaires en dessous… parce que valoriser ou critiquer quelqu’un à cause de son poids, ça ne se fait juste pas. Et même si elle arbore une belle bedaine, le poids de la future maman n’est pas plus un sujet qui te concerne… Fais donc juste t’arrêter et lui dire qu’elle porte la vie, et ce, magnifiquement. Juste ça.

Et à toutes les futures mamans : si comme moi, vous devez prendre du poids, tout va bien aller. Et à celles qui n’ont pas besoin d’en prendre : jetez donc votre balance par la fenêtre! Mangez bien, bougez plus, et tout ira bien. Le chiffre sur la balance ne définit pas qui vous êtes.

Joanie Fournier

Le poids de la souffrance

L’industrie de l’amaigrissement a le vent dans les voiles et tout le monde veut sa part du gâte

L’industrie de l’amaigrissement a le vent dans les voiles et tout le monde veut sa part du gâteau. Traiteurs convertis en experts en nutrition, amateurs de musculation transformés en coachs/naturopathes/experts de l’entraînement : l’appât du gain transforme qui le veut en magicien. Tous les jours, je reçois des invitations à aimer la page d’un nouvel expert en nutrition ou en remise en forme. Tous me promettent une nouvelle vie remplie d’énergie. Par le biais de LEUR programme, je retrouverai LA femme que j’étais ou celle que j’ai TOUJOURS voulu être. Ils offrent de beaux forfaits, ils font de belles promesses. Grâce à eux, je vais devenir LA meilleure version de moi-même. Je vais sur leur page. Je regarde leur fil d’actualité. Je vois des photos « avant-après ». En furetant, je vois la photo d’une femme (magnifique) en sous‑vêtements. Sous cette image, le texte suivant : « Cette maman de trois enfants, qui travaille à temps plein tout en effectuant un retour aux études, a décidé de reprendre sa vie en main. Elle a enfin gagné sa lutte contre elle-même, contre SA plus grande ennemie. Voilà ce qu’on peut faire avec de la volonté! »

Lutter contre soi, c’est de la violence. Ce n’est pas de la volonté.

J’admire cette femme. Je la respecte. Perdre 110 livres, c’est un exploit. Je connais ces matins où l’on se lève le corps brûlé et où on décide malgré tout de dépasser ses limites. Je connais aussi le chemin qu’elle a traversé et la souffrance qui l’a habitée à toutes les livres qu’elle a gagnées.

Ce n’est pas le manque de volonté qui fait prendre 110 livres.

Pour prendre 110 livres, ça prend beaucoup de tristesse. Ça prend du désarroi, de la colère, de l’épuisement, de l’impuissance et du vide à l’intérieur de soi. Les gens mangent compulsivement parce qu’ils souffrent. Pas par lâcheté ou par manque de volonté.

Avant de s’entraîner six jours sur sept, de mettre les « efforts nécessaires », d’ajouter des graines de chia dans son yogourt sans gras et de « faire preuve de focus et de détermination », il faut comprendre pourquoi on porte notre poids. Il faut panser ses blessures. Il faut guérir. Il faut apprendre l’indulgence envers soi-même et l’honnêteté. Il faut réapprendre à manger par plaisir et recommencer à dessiner des cœurs sur son calendrier. Le bien-être n’est pas généré par des squats et de la sueur, mais par la capacité qu’on a de s’aimer.

Moi, j’ai mangé jusqu’à ce que mon corps n’arrive plus à se tenir droit. J’ai mangé pour combler tout le vide et les deuils qui m’habitaient. J’ai mangé pour étouffer ma souffrance, j’ai mangé pour m’apaiser. J’ai mangé pour arrêter d’avoir mal. J’ai mangé parce qu’on ne m’a pas appris à pleurer. Dégoutée par ma faiblesse et par ce que je devenais, j’ai recommencé le lendemain et le surlendemain. Avec plus de colère, plus de peine, plus de honte, plus de culpabilité, plus de dédain, plus de découragement. Pendant presque trente ans, j’ai tenté de combler mes vides et ma douleur avec la nourriture. Je me suis punie; je me suis détruite. J’ai mangé comme on boit, comme on fume, comme on consomme : pour oublier tout ce qui faisait trop mal à gérer.

Rien à voir avec la négligence et la volonté.

Au lieu d’apprendre à m’aimer, à ressentir ma peine, à l’exprimer, à comprendre ce que je vivais, j’ai lutté contre moi, contre mon humanité, ma fragilité, ma féminité. Depuis l’enfance, chaque livre perdue et chaque livre gagnée est le reflet de ce que j’ai traversé. La première chose que je me dis quand je regarde une femme en surpoids, c’est « Par où est-elle passée? » et pas « Mais qu’est-ce qu’elle a bien pu manger? » La souffrance ne se mesure pas en calories. La valeur et la volonté d’une femme ne devraient pas l’être non plus.

Janvier, c’est une page blanche, un mois de résolutions. C’est le moment dans l’année où on veut tout changer, où on espère se réinventer, mais pour y arriver pour vrai, il faut d’abord se réparer. Pour une toute petite fois, essayons de mettre toute l’énergie qu’on dépense sur une perte de soi, en véritable amour et en acceptation de soi. Voyons comment notre corps réagira.

Liza Harkiolakis

http://www.equilibre.ca

ANEB : Aide et soutien aux personnes touchées par les troubles alimentaires ainsi qu’à leurs proches.