L’endroit où je suis le plus (chez) moi – Texte: Nathalie Courcy

On me demande parfois quel est l’endroit que j’ai visité ou l’endroit où j’ai habité et que j’ai préféré.

J’ai vécu jusqu’à maintenant dans 12 maisons et 5 appartements, sans compter les lieux où j’ai séjourné pendant plusieurs mois à l’étranger (Israël, Burkina Faso, France). J’ai habité en Alberta et au Québec et j’ai séjourné dans une vingtaine de pays. Pré-pandémie, je passais plusieurs semaines par année dans les autres provinces. On pourrait croire que je suis sans racines, mais je crois plutôt que je m’enracine facilement.

L’endroit où je me sens le mieux ne porte toutefois pas le nom d’une ville ou d’un pays. Il porte le nom de mes enfants. Oui! c’est dans les bras de mes enfants que je me sens le plus chez moi. Quand mes quatre poussins sont collés autour de moi, qu’on rit, qu’on jase, qu’on se confie, qu’on est, tout simplement. Ça sent l’amour, ça sent la famille, ça sent l’authenticité.

Qu’on soit autour d’une table, d’un feu, d’un jeu ou d’un film, notre complicité illumine à des milles à la ronde. On a notre propre dictionnaire, notre encyclopédie d’insides, nos souvenirs communs qui sortent de l’ordinaire, nos regards codés. On sait jusqu’où on peut aller et quelle est la limite de chacun.

On complète nos phrases, on rit (ou pas) de nos jeux de mots, on se tape rarement sur les nerfs et quand ça arrive, on se connaît assez pour respecter nos bulles, celles qui nous poppent au cerveau et celles dans lesquelles on se réfugie.

C’est avec mes enfants que j’ai tenu à refaire mon nid il y a quelques années quand mon noyau amoureux est parti au vent. J’ai tenu à créer avec eux un foyer douillet et original, à notre image, à notre rythme. J’ai tenu à ce que chacun y trouve sa place et à ce que moi aussi, j’y aie mon espace. J’ai choisi un endroit évolutif où tout le monde pourrait progresser, avancer et reculer selon ses besoins, ses choix et son moment présent. Un nid où ils se sentiraient enracinés et non enchaînés.

C’est auprès de mes enfants que je suis le plus « moi » dans toutes mes cellules. C’est avec eux que je n’ai pas besoin de m’expliquer. Que je peux m’exprimer totalement, dans mes exagérations, dans mon humour, dans mon amour, dans mes trop et dans mes pas assez. C’est avec eux que je grandis le plus et c’est avec eux que je me sens le plus constamment utile et pertinente. Même leurs yeux faussement exaspérés me rendent heureuse, parce qu’ils me prouvent qu’ils s’autonomisent et deviennent eux-mêmes.

Un jour, on ne vivra plus dans le même espace physique. Et toujours, nous partagerons une même âme.

Nathalie Courcy



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