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L’éphémère – Texte: Solène Dussault

C’est le soir des perséides. Je suis couchée sur une chaise longue, en vacances dans un chalet a

C’est le soir des perséides. Je suis couchée sur une chaise longue, en vacances dans un chalet avec mes amies. Nous papotons en chuchotant, parfois avec de grands éclats de rire. Nous attendons ce moment depuis quelques jours, bien informées que ce sera ce soir où les étoiles filantes seront les plus visibles. Nous attendons…

Je me fais la réflexion que nous sommes dans l’attente de l’éphémère. Un moment qui ne dure pas, mais souhaité avec excitation. Le rare se produira sous peu et nous n’avons aucun contrôle, nous ne décidons de rien. La métaphore me saute aux yeux… Tout est bref, à consommer, à jeter, à remplacer : une promotion au boulot, un voyage, nos relations amoureuses, la dernière voiture, le bidule, le gadget électronique. Nous croyons, à tort, que cette dernière trouvaille, conquête, accomplissement nous comblera, assouvira notre soif, notre vide. L’inachevé.

Ce qui me ramène, dans ce ciel étoilé, à l’authentique. Je suis entourée du vrai : l’amitié. Un des rares cadeaux, qui lui, n’est pas fugace. Les gens sont de passage dans notre vie. Oui, les amitiés évoluent. Les nôtres et celles de nos enfants. Mais s’il y a une certitude qui procure un contentement, une plénitude, c’est bien l’amitié.

J’enseigne à mon enfant le sens profond de l’amitié, l’ami qui nous accompagne, celui qui nous est indispensable. Celui qui demande la réciprocité. Un ami devrait respecter nos choix, nos goûts, nos besoins, nos envies et les partager avec nous, être fier de nos succès et les souligner. On peut faire tellement de folies avec nos compagnons. Non, notre ami ne nous appartient pas. Il est libre et nous tient la main pour nous soutenir. Quel cadeau, quelle richesse !

Non, mon grand, la trahison ne devrait pas faire partie de tes amitiés. Ton best reçoit tes confidences qu’il ne retournera pas contre toi. Vos secrets, vos partages accroissent votre confiance, la loyauté et ça n’a pas de prix. L’amitié est précieuse et doit s’ancrer dans ton présent et non dans l’éphémère. Ton ami ne sera pas toujours sur ta route, parfois vous emprunterez des voies différentes. Il t’aura appris à être un meilleur humain, c’est mon souhait. Et lorsque nous devenons une meilleure personne, nous sommes dans le « être » et c’est gratifiant.

Une étoile passe, le temps d’un battement de cils. L’excitation s’empare de nous toutes l’espace d’un instant et nous crions de joie. L’amitié demande du temps, mon grand coco. Elle est plus durable que l’amour, bien souvent. L’amour te fera peut-être mal. L’amitié te rendra plus fort, conciliant, te remplira. Quelqu’un a dit que les humains sont la somme des cinq personnes qu’ils fréquentent le plus. Le contraire de l’instantané, du vent. Choisis les gens qui sauront t’élever, te faire grandir, te stimuler. Que ta vie soit tout le contraire de l’éphémère, car une étoile filante, c’est grandiose, mais elle est déjà loin, très loin…

Solène Dussault

 

Mon amour, laisse-nous revenir — Texte : Eva Staire 

Mon amour. Mon support. Mon équipier. Ma troisième moitié. Laisse-nous revenir. J’ai enco

Mon amour. Mon support. Mon équipier. Ma troisième moitié.

Laisse-nous revenir.

J’ai encore le ton exact de ta voix dans mes oreilles quand tu as prononcé les mots « c’est fini, va-t’en ».

On est habitués de se sauver. Alors pendant que tu ronflais sur le divan, j’étais déjà sur Marketplace, dans notre lit qui serait désormais le tien, pour nous trouver un toit. Parce qu’on est habitués de se virer sur un dix cents, de partir pour éviter. De noyer notre peine dans les chansons lourdes et les repas aussi fréquents que nos heures de sommeil.

Mon beau brun intelligent aux yeux mystérieux et au caractère fort, je t’en supplie, laisse-nous revenir.

Plus tôt aujourd’hui tu m’as demandé pourquoi j’arrivais maintenant à t’exprimer clairement ce qui se passait. Ça m’aura pris trois lames et un appel avec la psy pour identifier la source trop bien connue : la Peur. La honte.

La peur que tu partes, que tu te tannes et nous abandonnes dans le moment le plus intense de nos vies. Parce qu’en fait, Mon Amour, ils sont tous partis. On dit que c’est une belle chance que d’avoir cette résilience, mais je t’assure que je préférerais vivre dans l’inaction complète. Quoique j’ai peur de l’échapper. On essaie tant bien que mal de tout tenir, mais c’est à bout de bras. D’un coup que tout vire de bord et que ça empire ? Ou encore pire, que tout se place enfin ?

Je nous ai trouvé une nouvelle place où ruminer, mais sans l’odeur de ta peau ni le son de ta voix, ce toit ne reste qu’un toit. La maison, c’est toi.

J’aurais aimé être en mesure avant de te dire que j’avais besoin qu’on caresse mes cheveux pendant mes crises de larmes. Qu’on prenne le temps de se poser réellement et d’entendre « Qu’est-ce que je peux faire pour que tu arrives à t’aider toi ».

Que j’avais besoin qu’on valide ma hantise et non pas qu’on la solutionne. Qu’on comprenne que ma peur de l’avenir baignait dans une mer de réponses du passé. Que ça teintait toutes mes pensées et actions présentes.

Mon eau calme, laisse-nous revenir.

La honte qu’on ressent présentement de ne pas avoir simplement levé les feutres seules quelques jours est indescriptible. Oppressante. J’ai le chest lourd et les mains pleines de roches.

Mon amour, laisse-nous revenir, mon Anxiété et moi.

Eva Staire

Vieux mots, nouveaux concepts – Texte : Joanie Fournier

Avant d’avoir des enfants, il existe plusieurs mots ou concepts que tu p

Avant d’avoir des enfants, il existe plusieurs mots ou concepts que tu pensais connaître. Puis, en devenant parent, tu réalises que ces vieux mots ont tout à coup un nouveau sens… Plus les années passent, et plus tu réalises que tu pensais connaître ces mots, mais qu’en réalité, tu n’avais pas une once de l’idée réelle de ce qu’ils représentaient… Je pourrais écrire des dizaines d’exemples, mais je vais tenter de m’en tenir aux cinq essentiels.

La fatigue. L’exemple le plus parlant. Quand tu es jeune, tu peux travailler 60 heures par semaine. Tu peux enchaîner les courtes nuits dans les bars. Tu peux t’entraîner pour un demi-marathon. Tu peux penser sincèrement que tu es fatigué. Mais la fatigue, la vraie, tu la découvres quand tu deviens parent. Enchaîner les nuits blanches, dormir sur une oreille, veiller les enfants… Quand ils sont petits, tu te réveilles la nuit pour t’assurer qu’ils respirent encore. Quand ils sont grands, tu te lèves la nuit pour t’assurer qu’ils sont bien rentrés et en sécurité. Avant d’avoir des enfants, tu comptais le nombre d’heures que tu allais dormir la nuit en te couchant le soir. Avec des enfants, tu dois vite t’endormir, parce que chaque minute compte.

Le strict minimum. Avant d’avoir des enfants, tu peux trimballer un kit de rechange et une brosse à dents et être prêt pour quelques jours en virée. Avec un bébé, le concept du strict minimum change du tout au tout. Tu sors de chez toi avec tellement de sacs que tu dois faire plusieurs voyages pour aller de la maison à la voiture et que tu dois rejouer à Tetris pour tout faire rentrer dans la valise. Tu as pensé à chaque petit besoin de bébé, et tu pars avec la voiture pleine à craquer. Et là, tu as un petit sourire niaiseux parce que tu sais que tu n’es parti que pour deux ou trois heures et que tu as oublié de te brosser les dents…

Les priorités. Avant, tu passais avant tout le reste. Tu prenais du temps pour toi, tu t’achetais des trucs pour te faire plaisir, tu te pomponnais juste pour te sentir belle. Avec des enfants, tu peux prendre congé pour un après-midi de magasinage, mais tu vas quand même acheter 95 % de vêtements ou de jouets pour tes enfants. Pis ça va te rendre encore plus heureuse qu’avant. Parce que le bonheur de ces petits êtres maintenant vaut plus que tout l’or du monde. Ho ! Et certaines mamans te diront qu’elles arrivent à prendre du temps pour elles, parce que c’est important. C’est vrai que c’est important, mais elles mentent si elles disent qu’elles passent encore en premier. Si c’était vrai, le matin d’Halloween, elles auraient bu leur café chaud avant de se lancer dans les maquillages de zombies.

La fierté. Quand on vit des réussites comme ado, on est certain de connaître ce sentiment-là, la fierté… Tu te souviens de tes spectacles de danse, de la fois où tu as reçu un méritas au secondaire, de la course que tu as gagnée aux olympiades de l’école… Ce sont de beaux souvenirs. Mais quand tu deviens parent, tu apprends ce qu’est vraiment la fierté. La première fois que ta petite fille monte sur scène pour son spectacle de danse, tu as la gorge nouée de cette nouvelle émotion. La première fois que ton garçon t’invite au gala des méritas, cette même émotion te coupe le souffle. Et quand ton enfant franchit la ligne d’arrivée lors de cette course pour laquelle il s’est tant préparé, tes yeux sont remplis de cette fabuleuse émotion. Ton cœur est tout à coup trop gros pour ta poitrine. Et là, tu connais la fierté. Et tu as par hasard une petite pensée pour ta mère qui pleurait le jour de votre mariage. À l’époque, tu la trouvais vraiment intense… Maintenant, tu comprends.

L’amour. L’incontournable. Tu as rencontré dans ta vie certaines personnes, des partenaires, qui t’ont fait tourner la tête. Des gens qui ont le don de faire battre ton cœur plus vite et de te faire bégayer en même temps. Pour les plus chanceux d’entre nous, la bonne personne restera jusqu’à ce que la mort nous sépare. Tu penses alors que tu sais aimer. Tu es certain de connaître l’amour. Encore une fois, tu n’avais rien vu. Parce qu’un jour, tu as mis au monde un nouvel humain. Tu as offert à la Terre une âme de plus à aimer. Tu as créé un petit être. Et quand il s’est blotti dans tes bras, tu as souri en te disant que tu pensais aimer avant ça, avant lui. Et chaque fois que tu arrêtes le temps pour le regarder, le bercer, sentir son odeur, entendre son rire… tu réapprends ce qu’est l’amour. Tu aimes si fort, plus fort qu’hier. Mais jamais aussi fort que demain…

Joanie Fournier

 

Baume pour le cœur de maman à côté de ses souliers – Texte : Jessica Archambault

L’été est beau, rempli de baignades, de crème glacée, de soleil et du rire de nos p’tits gar

L’été est beau, rempli de baignades, de crème glacée, de soleil et du rire de nos p’tits gars (3 et 5 ans). Mais cette année, l’été est aussi intense et plus difficile pour moi. Pour plein de raisons. Ça arrive. On travaille là-dessus, on place des choses, on en adoucit d’autres. Ça revient tranquillement, pour l’arrivée de bébé 3.

Généralement, quand ça ne va pas, j’arrive à ne pas le faire subir à mes enfants. Mon énergie positive leur est réservée. Leurs câlins, leurs histoires qui n’en finissent plus, leurs blagues et leurs folies sont plutôt efficaces pour me sortir de ma tête et me ramener dans le moment présent, pleinement avec eux.

Il y a quelques semaines, en revanche, lors d’une de mes soirées solos, ça n’allait pas. Les enfants étaient terribles, mes interventions n’étaient pas adéquates, j’étais impatiente, les maux de grossesse pesaient lourd… Je l’ai échappé. J’ai haussé la voix et donné une conséquence que j’ai sue exagérée la seconde après l’avoir donnée.

Ils se sont donc retrouvés dans leur chambre, qu’ils partagent, après le bain, sans moi. Je prenais un temps pour me ressaisir avant d’aller les voir pour m’excuser, nuancer ma réaction et finir ça sur une bonne note avant qu’ils s’endorment. J’ai horreur de les laisser aller au lit sur une note négative ; c’est impossible pour moi, même quand je suis à bout.

Alors que je prenais quelques respirations en me trouvant poche et en me faisant un petit discours d’encouragement, je les ai entendus… et mon cœur s’est apaisé d’un coup.

Ils ont commencé leur routine habituelle ensemble. Se choisissant de courts livres qu’ils connaissent par cœur, ils se sont « lu » à tour de rôle une histoire, se sont chanté une chanson l’un après l’autre, collés dans le lit du plus petit, ils se sont choisi des rêves… Tout ça dans le calme et la douceur.

Je les ai laissés aller, le cœur rempli, la larme à l’œil, l’oreille tendue pour me remplir le cœur de cette douceur. J’ai réussi à me dire que même si ma soirée avait été moche, même si j’avais été loin de la maman que je veux être et que je suis habituellement, ce soir-là, on a réussi quelque chose avec nos gars.

Nos boules d’énergie intense, grands amateurs de lutte gréco-romaine-qui-finit-presque-toujours-par-un-qui-pleure, sont également sensibles et empathiques. Ils s’aiment fort et prennent soin l’un de l’autre.

Est-ce qu’ils ont senti que maman avait besoin d’une pause ? Est-ce qu’ils ont senti qu’ils avaient besoin l’un de l’autre ? Je ne sais pas trop ce qui s’est passé dans leur cœur et dans leur tête ce soir-là, mais les voir se retourner l’un vers l’autre quasi instantanément, avoir le réflexe de faire équipe et s’appuyer l’un sur l’autre, ça m’a émue. C’est exactement pour des moments comme ceux-là que je trouve la fratrie si précieuse. Ils savent qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre, déjà.

Je suis ensuite allée les voir pour les coller, les aimer et revenir sur la soirée.

On a pu tous s’endormir le cœur léger, mais mes gars ne savent pas à quel point ils m’ont rempli le cœur et adouci les tourments ce soir-là.

Il nous arrive tous d’être à côté de nos souliers, de ne pas être fiers de nos réactions, mais se rappeler nos bons coups et nous recentrer sur l’amour de nos p’tits, ça aide à remettre les choses en perspective.

 

Jessica Archambault

 

Ma mère m’aimait – Texte : Ghislaine Bernard

Cet été je suis à l’arrêt (encore). Oui, j’ai fait une rechute de ma dépression. Le décès

Cet été je suis à l’arrêt (encore). Oui, j’ai fait une rechute de ma dépression. Le décès de ma mère m’est rentré dans le corps comme un poignard à double tranchant. Mon deuil est dur à faire, car malgré qu’elle est mieux partie vu sa qualité de vie des dernières années, malgré qu’elle était fatiguée et souhaitait partir en paix… c’était ma mère.

J’ai eu la chance de la voir avant son grand départ, mais depuis, ces images me hantent : elle était quasi méconnaissable. J’ai vu dans ses yeux, ses yeux qui ont été les premiers à fixer les miens du haut de mes 9 livres 4 onces et mes 19 pouces. J’y ai vu la tendresse qu’elle n’a pas toujours su démontrer, cet amour que je n’ai pas perçu autant que l’enfant en moi l’aurait souhaité.

Ma mère m’aimait.

À sa façon, avec le meilleur d’elle-même. Avec ses manquements, ses douleurs et ses incapacités. Elle m’a appris beaucoup malgré tout. Je revois ses moments de folies : ses déguisements à la « Ti-Beu » alors qu’elle enlevait son dentier, portait écharpe et casquette et se promenait avec sa batte de balle molle dans chaque pièce de la maison avec une voix enjouée qui se voulait menaçante tout en s’étouffant de rire devant nos propres éclats.

Je me souviens de cette vidéo sur le lit de mon frère, où avec ses deux lulus, entourée de peluches, elle s’était filmée pour souhaiter un bon départ en maternité à une collègue de travail. Puis, encore ses nombreux essais pour capturer nos réactions face à des situations loufoques pour espérer envoyer ne serait-ce qu’une seule vidéo cocasse à la populaire émission Drôle de vidéo devant laquelle nous avons passé des heures à rire de bon cœur. Nous étions habitués à ses blagues, nous réagissions comme si tous ses essais étaient la normalité. Elle n’a jamais réussi sa vidéo !

Elle m’a appris à rester droite. À ravaler. Ça a du bon, malgré que parfois ça m’a nui. J’ai appris à me battre, à persévérer, à être forte. Mais j’ai oublié que je pouvais m’arrêter et souffler. Ma mère n’arrêtait jamais. Elle relevait les manches, serrait la mâchoire et continuait le combat. Elle s’est essoufflée plus d’une fois. J’ai été à ses côtés, la réconfortant plus d’une fois. Cela m’a parfois laissé un goût amer : elle ne savait pas réconforter à son tour.

Ma mère m’aimait.

Avec mes qualités, mes défauts. Elle ne me jugeait pas même lorsqu’elle ne comprenait pas mes actions ou mes choix. Mais elle était fière. Oui, ma mère était fière de moi. Plus que je ne l’ai jamais su. Elle avait cette habitude de me raconter ses histoires et ses combats. Je pensais alors qu’elle n’écoutait pas les miens, qu’ils ne l’intéressaient pas. Mais j’avais tout faux : se raconter de la sorte était sa façon bien à elle de compatir, de me démontrer bien maladroitement qu’elle comprenait et de ne pas me décourager. Si seulement j’avais compris !

Ma mère m’aimait sans condition, sans fla-fla, dans mes hauts et dans mes bas. J’aurais voulu comprendre plus rapidement, j’aurais voulu être plus présente pour elle ces dernières années. Mais je n’ai pas pu, avec mes propres difficultés émotionnelles, j’en ai été incapable.

Aujourd’hui, je souffre de son absence, mais je sais que la peine s’atténuera. Je sais que le deuil passera. Mais aujourd’hui, j’ai mal. Si mal. Pardonne-moi maman. Même si je sais que tu ne m’en as jamais voulu… c’est moi qui m’en veux.

Maman, tu m’aimais. J’ai de mon côté cette douloureuse impression de t’avoir mal aimée.

 

Simplement Ghislaine

Maudit que j’t’aime – Texte : Joanie Fournier

Ça nous arrive de se chicaner. De se chicaner fort. Ça m’arrive de pé

Ça nous arrive de se chicaner. De se chicaner fort. Ça m’arrive de péter des coches, solides. Parce que quand je vois tes bobettes sales par terre, à côté du bac à linge vide, ça fait tilter quelque chose dans mon cerveau. Quand je vois la vaisselle de ton déjeuner, t’sais ton assiette pleine de miettes de pain et de pelures de banane, déposée sagement sur le comptoir, juste au-dessus du lave-vaisselle que j’avais pris la peine de vider, et bien ça fait sortir le Hulk en moi. Bon, je suis bien consciente que la plupart de nos chicanes de couple ont pour cause les tâches ménagères, mais en même temps, c’est pas nouveau…

Donc oui, on se chicane fort parfois. Parce que ça vaut la peine. Toi, nous, tout ce que nous vivons ensemble, ça vaut la peine parfois de se battre pour que ça fonctionne. Pas de se battre à coups de poing, là ! Se battre à coups d’opinions, de valeurs et de convictions. Parce que je veux me battre jusqu’à mon dernier souffle pour que ça marche encore, nous deux. J’ai peur qu’un jour on arrête de se battre, l’un pour l’autre. Qu’on arrête de se chicaner, comme si on baissait les bras et qu’on ne valait plus la peine.

Après presque vingt ans à tes côtés, faut que je te le dise : maudit que j’t’aime. Même si tu ronfles fort, tu ignores encore que je te regarde souvent dormir et que chaque fois, mon cœur est rempli de tendresse. Même si on manque de temps pour se retrouver, tu ignores encore que je te regarde les fesses du coin de l’œil quand tu passes. Même si nous sommes coincés dans un petit espace en cuisinant, tu ignores encore à quel point j’aime quand tu viens derrière mon dos pour me prendre dans tes bras.
Parce que ce que je veux me rappeler de notre histoire d’amour, ce ne sont ni les engueulades, ni les ronflements, ni le manque de temps ou de place. Je veux me réveiller à 80 ans avec en tête toutes les fois où je t’ai regardé avec tendresse, amour et désir.

Je veux encore me réveiller à côté de toi tous les matins, malgré ton haleine.

Je veux encore venir me coller dans la douche avec toi, même si tu me voles mon shampoing et que tu mets toujours l’eau trop froide.

Je veux travailler dans le même bureau que toi, même si tu me tapes sur les nerfs quand tu parles fort au téléphone.

Je veux encore me coller le soir sur le divan avec toi, même si tu mets des miettes de chips partout pis que tu me voles ma doudou.

Je veux encore qu’on plie le linge ensemble le soir devant la télé, même si tu me laisses toujours la pile de bas dépareillés à trier à la fin.

Je veux encore qu’on cuisine ensemble pour le souper, même si je repasse derrière toi pour te dire comment on coupe des piments.

Je veux encore faire l’amour avec toi, même si on aimerait avoir plus de moments d’intimité juste nous deux.

Je veux encore dormir avec toi toutes les nuits, même si tu ronfles et que tu m’accuses de toujours voler la couette de mon bord.

Parce que c’est ça, l’amour. C’est pas tout rose, tout le temps. C’est pas des petits oiseaux qui chantent pis de la musique douce en trame de fond. Parfois on crie, parfois on se chamaille, parfois on se déçoit. Mais le plus souvent, on s’aime en maudit.

Joanie Fournier

 

Où en sommes-nous après ça ? Texte : Joanie Therrien

Après les premières fois Après les études Après l’achat d’une maison Après la naissance

Après les premières fois
Après les études
Après l’achat d’une maison
Après la naissance des enfants
Après leur rentrée à l’école
Où en sommes-nous ?

Après les lunchs
Après les devoirs
Après les entraînements de hockey
Après les soupers de famille
Où en sommes-nous ?

Après les rénovations
Après les semaines de travail
Après les hauts et les bas
Après les rendez-vous médicaux
Où en sommes-nous ?

On pourrait se poser la question des milliers de fois par jour.
On pourrait douter de temps à autre. On pourrait se remettre en question quand on est en désaccord.
On pourrait même hausser la voix quand tout tourne de travers.
Mais où en sommes-nous après tout ça ?

C’est simple. On est à la bonne place, au bon moment et avec la bonne personne.
On se comprend en un regard. On règle nos conflits avec peu de mots, mais avec beaucoup d’humour.

On s’écoute, on se parle, on se respecte. On avance dans le même sens, sur la même route et vers la même destination. Celle de la simplicité et du bonheur.

Et maintenant, si on me demandait de recommencer tout à zéro et de remarcher dans les mêmes souliers que ceux avec lesquels on s’est rendus jusqu’ici, je répondrais : oui, je le veux.

Et si au fond, c’était là qu’on était rendus ? 😉

 

Joanie Therrien

 

Maman – Texte : Jessica Archambault

Maman. Un mot qui dit tout. Le plus beau, le plus complet et le plu

Maman.
Un mot qui dit tout. Le plus beau, le plus complet et le plus envahissant des rôles (parce qu’on ne peut jamais le mettre sur pause — surtout en confinement). En devenant maman, j’ai ajouté de l’amour et des rires à notre vie. Mille questions en pourquoi par jour, des rugissements de dinosaures, des sauts sur notre divan-beurk, des courses, des batailles, des chatouilles, des surprises, des becs par centaines, des « je t’aime » qui nous chavirent chaque fois, des histoires inventées, des rêves sans queue ni tête racontés avec passion (qu’on doit écouter attentivement), des folies, des câlins, des danses endiablées sur la table de la cuisine, des clins d’œil, des pets sur la bedaine, des monstres merveilleux, des concours de rapidité, des balades en plein air, des forêts enchantées, des genoux boueux, des cheveux emmêlés, des sourires éclatants. Et de l’amour et des fous rires, encore plus.

En devenant maman, je me suis aussi inquiétée, questionnée, remise en question. J’ai perdu patience, j’ai parfois crié. Je suis en perpétuelle quête de l’équilibre, de cohérence, de fermeté (douce), de rigueur (bienveillante), de respect des limites de chacun en répondant au besoin de tous. Je vis la charge mentale. Je l’échappe. Je cherche des solutions. Toujours. Comment faire mieux, comment rester dans la douceur. J’accompagne dans la gestion des émotions, dans les nombreux tests de nos limites, dans l’affirmation de soi qui frôle très (trop) souvent l’arrogance, dans l’apprentissage du respect de tous, de la persévérance, dans les nombreux questionnements sur la vie (la mort, le ciel, la famille, l’amour, « comment on fait les bébés ? »). Je continue d’apprendre et d’apprivoiser le lâcher-prise, de choisir mes combats (pour vrai. Ceux qui valent la peine, qu’on choisit par conviction. Pas juste l’expression pour camoufler la paresse).

Un de mes garçons a ma sensibilité et mon intensité émotive. Mon autre fils a mon caractère têtu, qui veut faire à sa façon, souvent borné. C’est tellement challengeant de les accompagner parce que ces sphères de ma personnalité sont les plus confrontantes même pour moi, les aspects sur lesquels j’ai travaillé le plus (et ce n’est pas fini). Ils me ressemblent aussi sur un paquet de points plus légers et positifs. Mais je trouve ça important de les outiller pour adoucir ce qui vient avec ces traits de personnalité en particulier.

Mais tout ça, tous ces défis, ça vaut tellement la peine. Ça me fait grandir, évoluer, être une meilleure maman et une meilleure personne par le fait même. Et surtout, ça vaut la peine parce qu’en devenant maman, j’ai ajouté de l’amour et des rires à notre vie. Et c’est ça le plus important.

Bien que j’écrive au « je » parce que cette fête, dans notre maison, est la mienne et que je le prends sans gêne ni culpabilité, j’ai le meilleur des partenaires pour vivre tout ça, pour m’épauler et faire équipe.

Et de plus en plus, je me surprends à trouver que je ressemble énormément à ma mère, dans mes réactions, mes intonations, mes expressions, mes niaiseries avec les petits, pis j’haïs pas ça. Ma mère, celle sans qui nous ne serions rien. Celle qui nous a tout donné. Celle qui nous garde soudés. Celle qui peut encore nous ramener sur la terre ferme quand c’est nécessaire. Celle qui nous apaise en nous serrant dans ses bras. Celle que j’appelle quand j’ai le cœur gros d’avoir perdu patience ou d’avoir les limites non respectées usées. Celle qui m’accueille toujours sans jugement. Celle qui pourrait être intimidante tellement elle incarne le mot « maman », mais qui au lieu de ça, ouvre les bras, écoute, sait toujours quand il est temps de me conseiller parce que je suis finalement descendue de mes émotions et réceptive. Celle qui ne me juge jamais, même quand elle ferait différemment, parce qu’elle sait à quel point tous nos choix viennent du cœur et des tripes quand on est maman. Celle qui est la maman de cœur de beaucoup de mes amis. Celle qui est une mamie extraordinaire. Celle pour qui les yeux de mes enfants s’illuminent à tout coup. Celle qu’ils réclament quand ils nous trouvent injustes. La première qu’ils nomment quand on parle des gens qu’ils aiment et qui les aiment. Celle qui cherche toujours de nouvelles façons d’alimenter leur imaginaire. Celle qui les écoute, les fait rire, les stimule et les accueille toujours les bras ouverts et sans jugement.

Merci maman. Je savais déjà à quel point tu es une maman précieuse, mais toutes les douceurs et les défis de ma vie de mère me confirment ta grandeur. Je t’aime.

Jessica Archambault

Mon gars, c’est ça la game ! Texte : Sophie Barnabé

Il y a quelques années à peine, tu grimaçais avec les paupières

Il y a quelques années à peine, tu grimaçais avec les paupières bien fermées en nous voyant nous embrasser ton père et moi. Des « c’est dégueu le sexe », répétais-tu à la chaîne avec ta petite voix d’ange. Puis, plus rapidement que ne poussent les champignons, je t’ai vu ouvrir l’œil sur un écran qui ne filtre aucun tabou, sur les filles qui te font des yeux doux… J’ai essayé subtilement d’ouvrir la discussion, mais tu t’es refermé avec tes « m’man, j’veux pas parler de sexe » et tes « m’man, j’pas rendu là ».

Récemment, mon souffle s’est coupé quand je t’ai aperçu, à l’autre bout de la rue, embrasser la p’tite Lili avec tes mains sur ses fesses. Ce soir‑là, quand j’ai abordé le sujet, tu t’es fâché en me disant que vous en aviez parlé à l’école et que tu savais déjà « tout ça ».

Comprends‑moi bien mon gars ! Ce n’est pas de condom, de risques d’I.T.S. ou de grossesse que je veux te jaser. Les choses mécaniques, celles qui n’ont rien de romantique, ne sont pas celles qui émiettent le cœur. Savoir enfiler un condom, c’est mécanique. Choisir de le mettre parce qu’on veut que tout se passe bien, parce que c’est une preuve de respect, ça c’est romantique. Si je te disais que l’amour, le plaisir, l’intimité, la sexualité, c’est un peu comme un match de hockey, voudrais-tu enfin en jaser ?

D’abord, en tenant pour acquis qu’on a les bons joueurs, on prend le temps d’analyser la game. On regarde les matchs précédents, on comprend les jeux, les passes. On se prépare parce qu’on veut être le meilleur joueur. Tu me suis ?

Avec la petite blonde aux yeux bleus, c’est la même chose. Prends le temps de la regarder dans les yeux… longtemps. Analyse sa réaction. Si elle plonge son regard dans le tien, qu’elle le maintient, c’est le signe qu’elle veut aller plus loin. Si elle détourne le regard, c’est peut-être qu’elle se sent intimidée. Analyse le « jeu ». Peut-être qu’en évitant de te regarder, elle souhaite que tu ne puisses pas déjouer les hésitations cachées en elle. Celles créées par la peur que tu sois déçu ou que tu insistes avec un come on. Tu sais mon gars, j’ai déjà eu quinze ans… C’est bien jeune pour oser dire non…

Dans le doute, arrête. Considère ta partenaire. Ne sois pas le « mangeux de puck ». Un peu comme une boussole qui indique la direction à prendre, son regard te fera comprendre si elle est prête à aller plus loin. Regarde‑la longtemps… souvent… T’es intelligent. Comprends.

Une fois l’analyse du match faite, les joueurs prennent le temps de pratiquer de nouveaux jeux. Ils essaient, analysent à nouveau, prennent leur temps, essaient d’autres trucs… C’est la base de la game, t’es d’accord ?

Même chose avec la grande brunette aux yeux noisette. Quand vous vous embrasserez, sois attentionné. Apprends à lire les baisers. Embrasse doucement, lentement… Si elle avance le visage vers toi, qu’elle te présente ses lèvres, qu’elle ferme les paupières comme un signe d’abandon, comme pour permettre de faire abstraction de ce qui vous entoure, tu devineras qu’elle se sent bien. Savoure ce moment. C’est tellement bon !

Au contraire, si tu sens qu’elle recule la tête, qu’elle ne t’embrasse que du bout des lèvres, n’insiste pas. Peut-être qu’elle ne le fait que pour te faire plaisir. Arrête. Serre‑la sans pression dans tes bras. C’est correct comme ça…

Et puis, le match le plus important arrive. Tout au long de la game, les joueurs se regardent, se font des signes, se parlent, sont attentifs à la réaction des coéquipiers.

Même si la rouquine semble à l’aise de jouer les coquines, comprends ses mouvements. Sous l’emprise de tes caresses, si tu sens ses mains immobiles, si son corps devient tendu, c’est peut-être un signe qu’elle est figée en dedans. Prends ton temps. Pose-toi des questions et si la lecture semble floue, chuchote-lui un « ça va ? ». Au besoin, rappelle-toi que même les plus grands joueurs retournent parfois sur le banc. T’inquiète, ils n’accrochent pas leurs patins pour autant…

Enfin, peu importe l’issue, rappelle-toi que les grands joueurs ne dévoilent jamais leur jeu… Assurément, ils y seraient perdants. Ne raconte pas tout à tes chums, ne texte pas tes exploits… Tu y gagnerais quoi ? Vraiment…

Tu sais, au hockey, on ne passe pas notre temps à parler des bâtons ou des risques de blessures, un peu comme pour le condom et les I.T.S.  On le sait déjà et c’est pour ça que je t’en ai mis une boîte dans ton tiroir, sans rien dire. Toutefois, ce qui crée la plus belle chimie dans une équipe, la plus valorisante des victoires et la plus grande des satisfactions, c’est le temps qu’on prend à connaître ses partenaires, les revers, et aussi les étapes qu’on franchit une à une, ensemble. Immanquablement, les équipes qui font ça sont celles qui scorent ! C’est la même game avec ta blonde…

Si on se souvient encore aujourd’hui de Jean Béliveau comme étant l’homme le plus respecté de l’histoire du hockey, c’est parce qu’il considérait ses partenaires, il prenait le temps de lire le jeu, et cela lui a permis d’être le meilleur compteur de son époque.

Et toi mon gars ? Quand tu reverras ces filles dans dix ou vingt ans, voudras-tu qu’elles se souviennent de toi comme le « mangeux de puck » ou comme le joueur de hockey le plus class de tous les temps ?

Sophie Barnabé

Promets-toi de t’aimer en premier… Texte : Sophie Barnabé

Ma fille, t’as l’droit d’avoir peur quand t’écoutes les nou

Ma fille, t’as l’droit d’avoir peur quand t’écoutes les nouvelles… parce que c’est vrai que c’est souvent épeurant. On frissonne chaque fois qu’on entend des mots définissant trop de maux qui n’ont malheureusement rien de nouveau. Les mots marquants prononcés trop souvent : abus, violence, féminicide… Des amours qui ont mal viré, des souffrances jamais avouées, une détresse insoupçonnée. J’aimerais savoir exactement quoi t’dire pour t’éviter de tomber dans les bras d’un homme qui aime mal. J’me sens parfois dépassée et maladroite pour t’en jaser… Je remercie le ciel. Ça ne m’est jamais arrivé.

J’imagine que pour en arriver là, c’est souvent sournois… Tranquillement, il y a des rires jaunes, des petites insultes ici et là, puis un « pardonne-moi »… Du mépris écrasant, des cris à 2 pouces du nez, une main trop serrée sur un bras menacé, puis un « je t’aime tellement ». T’sais ma fille, l’amour qui t’rabaisse, l’amour qui t’fait mal, l’amour qui te draine, l’amour qui t’culpabilise, c’est pas d’l’amour ça, ma fille. J’te jure, c’est pas ça l’amour.

On manque de doigts pour compter les féminicides des quatre derniers mois. Dix, crisse ! Le même nombre qu’on compte normalement trop de fois en une année. Ça me serre en dedans en pensant à tout ce qui peut se passer derrière les portes closes et qu’on n’entend pas aux nouvelles.

Mais quand on aime, c’est tellement fort ! Quand il décide qu’il t’emprisonne, il est tellement fort… On te sensibilise, on te crie tes droits, mais au-delà des paroles, on l’sait toutes que l’amour enivre, l’amour rend aveugle. J’ai envie de t’dire : « Ouvre les yeux avant qu’ils n’aient le réflexe de se fermer devant le poing que tu penseras mérité ».

Je regarde ce qui te valorise, les modèles que tu admires, ce qui te fait rire, les rêves auxquels tu aspires… Entre ma coolitude et ma bienveillance, je ne sais parfois plus quoi penser. Entre ce qu’on te dit et ce qu’on te montre, il y a un monde… J’ai peur que la pression sociale et les messages que ta génération t’envoie t’aspirent comme une vague de fond. Quand on parle d’amour, de couple et de respect, c’est censé être beau, c’est censé te gonfler le cœur et te décrocher un sourire. Pourtant, on te dit quelque chose, mais on t’en présente une autre. J’te comprendrais si t’étais mélangée…

T’es de cette génération où les meilleures danseuses sur TikTok sont celles qui se penchent par en avant, les fesses dans les airs et qui zignent comme le fait ton chien. Quand ce sont elles, tu trouves ça bien, mais quand c’est ton chien, tu interviens. T’es de cette génération où le bestial semble normal et où la pudeur est synonyme d’ennui. Rappelle-toi qu’une relation saine est consentante. Ma fille, promets-toi de dire non quand t’as envie de te fermer les yeux parce que ce que tu fais juste pour lui plaire ne te rend pas fière…

T’es de cette génération qui envoie des photos explicites à des gars qui les montrent allègrement à leurs chums qui s’excitent. Comme si la notion d’intimité s’était évaporée. C’est pourtant tellement beau cette complicité… T’es de cette génération exposée à tant de vulgarités qu’elles en deviennent des banalités. Ces « c’est pas grave » et ces « y’a rien là » imprégnés comme l’encre d’un tatouage dans ton cerveau se traduiront comment dans ta maison une fois la porte fermée ? Rappelle-toi qu’une relation saine est riche de moments complices. Ma fille, promets-toi de ne pas tout partager ce qui est normalement réservé à l’amoureuse intimité !

Tu es de cette génération qui absorbe des infos et des images à la chaîne, sans rien remettre en question. Ta vie défile à vitesse grand V, un rythme qui t’empêche de te déposer. Tu suis la parade parce qu’elle te dicte ce que tu crois être la normalité. T’as beau te faire répéter combien l’amour c’est fort, combien les caresses sont douces, combien le respect est primordial, mais j’avoue que quand tu m’entends rire avec mes copines en disant qu’on rêve toutes d’un Christian Grey, ça s’peut que, faute de discernement, tu penses que c’est le modèle de relation convoité… Mea Culpa… Rappelle-toi qu’une relation saine est stimulante. Jamais contrôlante. Ma fille, promets-toi de te questionner quand tu sentiras ta liberté emprisonnée !

Tu es de cette génération pour qui l’image parfaite est plus importante que la souffrance que tu pourrais garder secrète. Quand je regarde les réseaux sociaux, tout le monde y met de belles photos… Y’a pas une femme qui s’affichera avec des doigts tracés sur ses bras. La fille qui s’est fait crier qu’elle était une ostie d’conne ou une salope par son chum n’en parlera pas sur le bord d’la machine à café. Elle passera pourtant ses moments de silence à se demander ce qu’elle a fait pour le provoquer… Ma fille, promets-toi de te confier quand t’auras envie de mentir pour embellir ta vie par peur que ça empire.

Ma fille, t’es à l’âge où tu rêves d’avoir un chum comme si sans ça, t’étais rien… T’es à l’âge où t’es prête à tout pour te faire aimer, où t’es prête à tout pour ne pas être rejetée… T’es à l’âge où tu passes des heures devant le miroir pour plaire plus aux autres qu’à toi… Rappelle-toi qu’une relation saine, ma fille, ça part de l’amour que tu as en premier pour toi.

Sophie Barnabé

Tu m’aimes-tu ? Texte : Kim Boisvert

« Tu m’aimes-tu ? »

C

« Tu m’aimes-tu ? »

Ces mots-là, je les ai dits plus souvent qu’autrement. Je les ai lancés dans le vide en espérant que mon homme ou n’importe qui les attrape. Sauf le voisin, qui passe probablement la majorité de ses soirées à écouter du porno. Là, je ne voudrais pas de réponse. Ça va aller. Prends ton KY pis tes kleenex, j’vais prendre mon insécurité pis ma fierté et rentrer.

Roger, mon manupuncteur, aurait dit que c’est égoïste de décider des sentiments des autres. C’est ben vrai. Alors je valide, trop souvent.

Ces quelques lettres forment une question plutôt banale qui ne veut rien dire d’autre que : « Tu m’aimes-tu ? »

Parce que non, ce n’est pas la même question si on dit :

  • Est-ce que tu m’aimes (est-ce que je suis la seule ici à compléter par…  Est-ce que tu m’aimes encore… Céline Dion, non ? Ok.)

Ou

  • Tu m’aimes-TU ?

C’est complètement différent. Ça donne l’attention à l’autre, le questionne deux fois, avec une belle faute de syntaxe. Mais c’est simple. On veut juste savoir si à cette minute-là, on est aimée. Parce qu’à cette minute-là, on s’aime pas assez soi-même.

Ça prouve deux fois plus l’insistance et le besoin d’une réponse. « Tu m’aimes-tu », on demande ça pour se réconforter, parce que ça fait longtemps qu’on n’a pas entendu la réponse ou simplement pour se surprendre. Parce qu’au moment où on dit ces mots, parfois, on est certain du contraire. Quand on le demande, c’est un peu comme si on cherchait Edgard, le toutou en peluche qui sauve tout. C’est comme si on prenait un doudou très fort dans nos bras et que ce petit bout de polyester ou de fibre de bambou venait nous calmer.

« Tu m’aimes-tu », c’est un signe clair de manque de confiance en soi ou de besoin d’attention. C’est une demande banale qui cache un grand inconfort. Le simple : ben oui mon amour, nous remet dans un état un peu second : oh ! il a dit BEN oui, comme si c’était obligé, c’est peut-être pour cacher que non. J’tellement fille. Dites pas que vous n’avez jamais fait ça, je ne vous croirais pas. Mais souvent ce ben oui est accompagné d’un flattage de cuisse, d’un colleux ou d’un : viens donc ici avec un bec déposé sur le front. Ce dernier est mon préféré. Ben oui, viens donc ici, avec les bras ouverts, prêts à nous accueillir, moi pis mon incertitude momentanée.

« Tu m’aimes-tu » n’est pas tant quand on questionne notre couple que quand on se questionne soi-même. Si je m’aime assez ? Probablement pas. Sinon beaucoup de comportements malsains ne feraient plus partie de ma vie. J’ai donc besoin de l’entendre d’une bouche, souvent de celle qui a le plus d’importance, après moi-même et les deux mini moi. C’est triste de poser cette question, mais si on peut la demander, c’est qu’on n’est pas seul.

Kim Boisvert