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Diagnostic tombé ? Fuck les préjugés — Texte : Audrey Boissonneault

Tu es là, dans ta chambre, à essayer de dormir, mais la seule chose que tu fais, c’est de tourne

Tu es là, dans ta chambre, à essayer de dormir, mais la seule chose que tu fais, c’est de tourner d’un bord pis de l’autre en t’imaginant mille et une situations dans lesquelles tu pourrais te retrouver. Tu décides d’en parler à tes parents, tu es juste pu capable de faire de l’insomnie pis d’avoir des cernes qui descendent jusqu’au milieu de tes joues. La semaine d’après, tu as ton rendez-vous chez ton médecin, elle te pose quatre, cinq questions et bang !

Ton diagnostic est tombé : un trouble d’anxiété généralisée associé à une légère dépression.

Tu es là, choquée, le regard dans le vide pendant qu’on t’explique les conséquences de ces deux maladies mentales. On te dit que tout va bien aller, que tu peux en guérir, que tu dois travailler sur toi. Ils te disent qu’ils vont te recommander des personnes pour t’aider, qui ne seront pas là pour te juger. Mais ce n’est pas eux le problème, c’est la vie que tu as. Ce sont les personnes qui t’entourent, c’est toutes ses personnes qui sauront que t’es malade de l’intérieur.

On le sait bien que dans le fond, l’anxiété c’est dans notre « tête ».
On le sait qu’avoir une dépression signifie être sur le bord de se tuer.
On le sait qu’être bipolaire, c’est qu’on n’assume pas notre caractère.
On le sait qu’avoir une attaque de panique signifie qu’on n’est pas capable de se gérer.
On le sait que lorsqu’on a des idées noires, c’est parce qu’on n’est pas normal.
On le sait que pour vous, avoir une maladie mentale veut dire qu’on est fou, qu’on est bon pour aller dans une aile psychiatrique.
On le sait nous, qu’au fond, vous êtes juste bons pour cacher la vérité derrière des préjugés.
On le sait que dans notre génération, le monde a peur de tout ce qui peut se trouver dans notre tête pis que dans le fond, c’est eux le réel problème.
Fille, lâche prise, tu as le droit de vivre ta douleur.

Je le sais que t’aimerais tout détruire ce qui se trouve autour de toi, je le sais que t’aimerais crier sur tous les toits que toi aussi, t’es normale. Je comprends le sentiment qui te ronge de l’intérieur, tu as l’impression que ça brûle, que tout va exploser. Mais tout ce que t’es capable de faire, c’est de te renfermer sur toi-même et de pleurer chacune des larmes de ton corps. Je le sais que tu es épuisée pis tout ce que tu veux, c’est disparaître pendant un moment, le temps que tout le monde t’oublie. Je le sais que tu veux abandonner, que t’es pu capable d’avancer d’un pas et de voir ton monde s’écrouler autour de toi. Je le sais que tu es à boute, je le sais que tu te sens délaissée pis que t’as l’impression que le ciel va te tomber sur la tête, mais je te promets que tu n’es pas seule dans ce tourbillon de problèmes.

Je peux te garantir qu’y’en a pleins avec des maladies mentales pis qu’y’ont juste peur de s’assumer. Au fond, ce n’est pas du futur que t’as peur ; ce qui te rend anxieux, c’est de répéter tes erreurs du passé. N’oublie pas que ça, c’est le petit quelque chose qui te rend unique, ça je peux te le promettre, y’en a pas deux comme toi. Je sais que c’est de la marde, mais c’est le temps de prouver à tout le monde que tu es mieux qu’eux, que toi au moins, tu te distingues de chacun d’eux, que t’arrives à surpasser leur idée préconçue. J’aimerais tout simplement te dire que je comprends le désordre qui se passe dans ton monde. Bien évidemment, je ne peux pas te promettre que tout se réglera du jour au lendemain, mais chaque chose en son temps, n’est-ce pas ?

Oublie pas que ne tu n’es pas folle, okay ?
Ne laisse personne te dire le contraire, parce que fille, tu es incroyable pis t’es unique en ton genre.

Audrey Boissonneault

Seule, dans le noir – Texte : Audrey Boissonneault

L’écho de tes sanglots résonne dans la pièce, un peu comme ta respiration qui court après l’

L’écho de tes sanglots résonne dans la pièce, un peu comme ta respiration qui court après l’oxygène. L’hyperventilation se fait entendre dans la chambre. Seule, tu sais que c’est une des seules fois où tu peux te permettre de « tomber ». Le visage boursoufflé, les mains tremblotantes, le sifflement qui peine à passer au travers de tes bronches. Tu perds quelques secondes à décoller tes paupières ; dans le noir et seule, tu les refermes, aussi, fort.

Les palpitations qui se démènent à sortir de ton corps, les étourdissements qui s’en échappent, les mains accrochées aux couvertures, afin de pouvoir camoufler ta douleur. Tu te répètes à mainte reprise : respire, doucement, prends une grande respiration…

Les mots se chevauchent dans ta tête. Aucune phrase nette n’arrive à se former, les syllabes et les consonnes se mêlent les unes dans les autres. Tu sais qu’à nouveau, tu es prise dans cette attaque de panique, seule dans le noir. Personne ne te voit, personne n’a conscience du mal-être que tu vis. Parce que tu sais que c’est beaucoup plus facile de se faire aimer dans la lueur du jour qu’en pleurant à genoux, dans la salle de bain. Parce que c’est beaucoup plus facile de se faire aimer lorsque nous sommes tout ouïe que lorsque nous sommes au bord du gouffre.

Je me questionne, par moment, sur le pourquoi. Pourquoi j’ai aussi peur qu’on me voie de cette façon ? Pourquoi ai-je l’impression que je réagirais d’une différente façon en voyant un de mes proches ? Pourquoi suis-je plus inquiète pour eux que pour moi ? Pourquoi ai-je l’impression de manquer d’air ? Pourquoi ai-je aussi mal ? Pourquoi ai-je aussi peur ?

Je fais de mon mieux pour sortir ces pensées qui remplissent mon esprit. Chacune d’elles m’étourdit, ma respiration se fait si vite et pourtant, elle peine à me remplir. Mot pour mot, j’arriverais à décrire les détails des sensations qui me bouleversent, mais le serrement au niveau du cœur me rappelle ma solitude, dans la noirceur de la pièce.

Audrey Boissonneault

 

Mon amie l’anxiété — Texte : Marie-Nancy T.

Est-ce que tu as déjà ressenti cette espèce de sentiment « d’envahissement psychologique 

Est-ce que tu as déjà ressenti cette espèce de sentiment « d’envahissement psychologique » ? Cette sensation que ton cerveau n’a plus la capacité de rien gérer, qu’il est saturé ? Ou encore, cette impression qu’il va survenir quelque chose de grave et que le ciel va te tomber sur la tête, sans raison apparente ? Tu sais, ce sentiment désagréable qui te fait anticiper le pire quand ton enfant tombe malade ? Ou cette espèce de sensation de serrement au niveau de la poitrine, qui te donne peur ? Moi oui !

Mon amie l’anxiété est apparue soudainement dans ma vie, sans invitation. Je l’ai rencontrée il y a une dizaine d’années, suite à un évènement traumatique que j’ai vécu. Avant cette épreuve, je connaissais le mot « anxiété » et je connaissais aussi les symptômes, puisque mon métier l’exige, mais sans plus.

Les années qui ont suivi les évènements n’ont pas été de tout repos. J’ai continué ma vie en prenant garde de ne pas trop impacter ma famille, mes enfants. Je crois bien avoir réussi sur cet aspect. C’est fou, ce qu’une maman est capable de faire quand elle veut préserver ses enfants. Avec le temps, mes blessures se sont pansées et elles se sont atténuées. Je me suis apaisée, peu à peu. Mais l’anxiété, ELLE, est restée bien accrochée à moi comme une mauvaise herbe qu’on arrache et qui revient. J’ai mis du temps à comprendre que l’anxiété allait faire partie de ma vie et qu’il était mieux de négocier avec elle, plutôt que d’essayer de faire comme si elle n’existait pas.

J’ai réussi, pendant plusieurs années, à voguer avec l’impression de guérison ou le sentiment de victoire. J’ai réussi, par périodes, à croire que j’avais enfin réussi à botter l’anxiété par la fenêtre. Oh mais ne vous y m’éprenez pas ! L’anxiété est tenace. Elle s’est vite chargée de me faire savoir, lors de moments plus difficiles, qu’elle n’était jamais bien loin.

On dit souvent que les épreuves difficiles nous font grandir ou qu’elles forgent notre « carapace ». Qu’elles nous aident à affronter les prochaines tempêtes avec plus de force et de courage. C’est vrai, en quelque sorte, qu’il faut vivre des expériences difficiles et des inconforts pour évoluer et pour apprendre en tant qu’humain. Par ailleurs, certaines épreuves de la vie peuvent nous fragiliser à jamais, nous transformer et laisser des traces. Dans mon cas, j’ai reçu en héritage mon amie l’anxiété. Par moment, l’anxiété est en dormance et elle disparaît pendant plusieurs mois. À certaines occasions, elle me rend visite et elle me met au défi. Quand elle revient, elle est toujours inconfortable, mais elle est de plus en plus timide avec les années.

J’accepte maintenant de vivre avec mon anxiété. Elle fait partie de qui je suis, de mon histoire de vie. J’aime à penser que depuis que je la connais, je suis une meilleure version de moi-même, une amie plus sensible, une meilleure intervenante et même une meilleure maman. L’anxiété m’a fait grandir en quelque sorte. Cette acceptation ne se fait pas en un claquement de doigts. Il faut vouloir affronter le problème mais surtout, le comprendre. Évidemment, je parle ici d’anxiété situationnelle, celle reliée à des « stresseurs » du quotidien. Je ne parle pas d’un trouble d’anxiété généralisée, diagnostiqué par un médecin. Le traitement est différent.

Mon amie l’anxiété, aussi inconfortable et désagréable que tu puisses être, tu fais partie de moi et j’accepte de vivre avec toi maintenant, pour mieux t’affronter.

Marie-Nancy T.

Cette compagne qui me freine… Texte: Klaude Laflamme

Les gens n’aiment pas que l’on dise « MON » anxiété, pourtant c’est en me l’appropri

Les gens n’aiment pas que l’on dise « MON » anxiété, pourtant c’est en me l’appropriant que je l’ai apprivoisée ! Pourquoi ne pas pouvoir dire qu’elle fait partie de moi quand pendant longtemps, elle a dirigé mes décisions ? La femme que je suis n’existait plus, je n’étais qu’un paquet de nerfs éternellement en mode survie. Au départ, je ne m’en fais pas, je me trouve des raisons… je suis fatiguée, je manque de fer, j’écoute trop la télé… Puis, à un moment elle me submerge entraînant avec elle, ma vie sociale, mon estime de moi et tous mes repères. Je sais que tout ça n’est pas raisonnable… que tout n’est pas bactéries, microbes et catastrophes, je le sais, mais je ne me gère plus.

Je me noyais dans mon angoisse, j’étais anéantie parce que tout ce à quoi je prenais plaisir auparavant était rendu un fardeau. Les fêtes d’enfants et les partys en tête de liste, buffet, plein de mains et de becs… Des gens, des gens, beaucoup trop de gens ! Assise seule dans un coin, un verre à la main, j’ai chaud, ça tourne, je n’ai plus de salive… Je veux disparaître, je regarde mes enfants et tout ce à quoi ils touchent : bactéries, microbes et catastrophes !

Je ne suis qu’une enveloppe, mon cerveau est détaché de mon corps et il capote !

À la maison, je guette le phare, tout est sous contrôle, je vois à tout, on ne manque de rien et on est heureux.

Les magasins, les cours et les bains de foule, c’est autre chose. Je suis là mais bonne à rien… trop occupée à prendre sur moi, respire, expire, respire, expire, je compte à rebours… 2 h, 1 h, 15 minutes, 2 minutes… C’est fini, j’ai réussi, tout le monde est en vie.

Puis un jour, je trouve la solution : la fuite ! Il y a un film au cinéma, mon chum peut y aller seul avec les petits sans problème. Une sortie au restaurant ça se décline facilement et une virée à Montréal encore plus, on est tellement occupé avec les quatre enfants. Je m’isole, je me protège et je souffre… Puis, tranquillement, je réalise que ça glisse vers mes amours, que mon anxiété qui me freine les ralentit eux aussi… faut que ça arrête !

Je ne le cacherai pas, mon anxiété et moi, ça ne date pas d’hier. Une compagne d’enfance qui me visitait une fois de temps en temps, mais là elle s’était installée parce que je lui avais laissé trop de place. Toute seule, je ne venais pas à bout qu’elle me quitte.

Je me souviens être sortie de chez mon médecin complètement dévastée, j’avais échoué. Seule je n’arrivais plus à émerger de la vague qui m’avait ramassée… J’ai pleuré plus de larmes que je ne m’en savais capable… et pourtant !

Depuis, je me soigne et je m’apprivoise parce que si je dis « MON » anxiété, c’est parce que c’est moi… Je suis une femme, une mère, une amoureuse, intelligente, sensible et anxieuse.

Je regarde le chemin parcouru depuis ce jour-là et je suis fière de moi… J’ai recommencé à vivre et quand subitement je la sens qui veut venir me visiter, je me dis : Bon, la voilà, inquiète-toi pas elle ne restera pas…

Klaude Laflamme

Mon amour, laisse-nous revenir — Texte : Eva Staire 

Mon amour. Mon support. Mon équipier. Ma troisième moitié. Laisse-nous revenir. J’ai enco

Mon amour. Mon support. Mon équipier. Ma troisième moitié.

Laisse-nous revenir.

J’ai encore le ton exact de ta voix dans mes oreilles quand tu as prononcé les mots « c’est fini, va-t’en ».

On est habitués de se sauver. Alors pendant que tu ronflais sur le divan, j’étais déjà sur Marketplace, dans notre lit qui serait désormais le tien, pour nous trouver un toit. Parce qu’on est habitués de se virer sur un dix cents, de partir pour éviter. De noyer notre peine dans les chansons lourdes et les repas aussi fréquents que nos heures de sommeil.

Mon beau brun intelligent aux yeux mystérieux et au caractère fort, je t’en supplie, laisse-nous revenir.

Plus tôt aujourd’hui tu m’as demandé pourquoi j’arrivais maintenant à t’exprimer clairement ce qui se passait. Ça m’aura pris trois lames et un appel avec la psy pour identifier la source trop bien connue : la Peur. La honte.

La peur que tu partes, que tu te tannes et nous abandonnes dans le moment le plus intense de nos vies. Parce qu’en fait, Mon Amour, ils sont tous partis. On dit que c’est une belle chance que d’avoir cette résilience, mais je t’assure que je préférerais vivre dans l’inaction complète. Quoique j’ai peur de l’échapper. On essaie tant bien que mal de tout tenir, mais c’est à bout de bras. D’un coup que tout vire de bord et que ça empire ? Ou encore pire, que tout se place enfin ?

Je nous ai trouvé une nouvelle place où ruminer, mais sans l’odeur de ta peau ni le son de ta voix, ce toit ne reste qu’un toit. La maison, c’est toi.

J’aurais aimé être en mesure avant de te dire que j’avais besoin qu’on caresse mes cheveux pendant mes crises de larmes. Qu’on prenne le temps de se poser réellement et d’entendre « Qu’est-ce que je peux faire pour que tu arrives à t’aider toi ».

Que j’avais besoin qu’on valide ma hantise et non pas qu’on la solutionne. Qu’on comprenne que ma peur de l’avenir baignait dans une mer de réponses du passé. Que ça teintait toutes mes pensées et actions présentes.

Mon eau calme, laisse-nous revenir.

La honte qu’on ressent présentement de ne pas avoir simplement levé les feutres seules quelques jours est indescriptible. Oppressante. J’ai le chest lourd et les mains pleines de roches.

Mon amour, laisse-nous revenir, mon Anxiété et moi.

Eva Staire

Une rentrée sans « si » – Texte: Sophie Barnabé

Première journée d’école. À la radio, on demande aux parents comment ils vivent cette étape

Première journée d’école. À la radio, on demande aux parents comment ils vivent cette étape… Il y a quelques rares spécimens qui semblent plus confiants ; leur enfant est un p’tit vite et tant mieux ! Toutefois, à écouter les commentaires, ça ne ment pas : l’anxiété est sur toutes les lèvres ! Même toi, t’en parles pas trop, mais tu le ressens déjà. Ton p’tit est anxieux pis ça te tord en dedans quand tu le vois rouler ses mains moites dans le bas de son chandail. Et tôt ou tard, il aura mal au ventre…

J’te comprends donc ! Les miens n’y ont pas échappé… J’avais pourtant lu tous les livres sur la parentalité, appliqué leurs meilleures astuces, écouté les conseils de l’une puis de l’autre… J’me revois encore le premier matin d’école, marcher main dans la main avec mon plus vieux. Qu’il était donc fier avec ses souliers qui faisaient de la lumière ! Il y a plus de quinze ans maintenant. Ce matin‑là, mon cœur jouait au yoyo entre l’envie de le laisser aller et celle de le retenir… juste un peu. Mon esprit imaginait la cour d’école comme une fausse aux lions.

En chemin, j’lui répétais ce qu’il avait dans son lunch, qu’il devait remettre la fiche santé à son professeur, bla bla bla, tu connais ça. Bienveillante, j’lui prodiguais de bons conseils parce que je voulais que tout se passe bien. « Si un ami n’est pas gentil, tu iras voir ton professeur ? », « Si jamais tu te sens stressé, respire. », « Si ça va trop vite, demande à ton professeur de ralentir un peu… ». SiSi… Quand on commence une phrase avec un « si », c’est souvent comme si on appuyait sur le bouton panique avant même que le danger ne se présente. À force de vouloir prodiguer à mes enfants de Si bons conseils pour que tout aille bien, je leur ai inculqué l’anxSIété ! Oui, oui, l’anxSIété ! Souviens-toi de ça !

À force de « si », j’ai inculqué à mes enfants qu’il y avait potentiellement un danger partout et je leur ai fait penser à des situations qui n’arriveraient peut-être jamais ! Je voulais juste bien faire… On veut toutes bien faire.

Depuis quinze ans, des matins où ils restaient figés, des crises de larmes, des crayons que la rage a brisés, des devoirs chiffonnés, j’en ai vu, t’as pas idée ! Combien de fois le sentiment d’impuissance devant leur souffrance ou celui de l’incompétence m’a fait pleurer en silence ?! Et si c’était moi qui avais provoqué, du moins en partie, cette maudite anxiété ?

Avec le recul, j’estime que mes enfants ont peut-être vécu une quinzaine de situations conflictuelles par année scolaire. Ils se sont fait écœurer par les grands, rejeter par les amis, ont eu le souffle coupé après avoir reçu la garnotte de l’année au ballon chasseur… Malgré tous mes « si »… ben oui !

Avoir su que tout ce que j’anticipais était inévitable, je me serais contentée de gérer le problème au moment où il arrivait pour ensuite passer à un autre appel. Tout compte fait, cette quinzaine de situations par année a mis un nuage sur l’équivalent d’une trentaine de journées sur les cent quatre-vingts jours prévus au calendrier scolaire. Est‑ce que ça valait vraiment la peine que je prévienne mes enfants et qu’ils soient sur leurs gardes pratiquement tous les jours, juste au cas ? Pas du tout ! À trop vouloir prévenir, sans m’en rendre compte, j’entretenais l’anxiété à grands coups de Si !

À bien y penser, peut-être vaut-il mieux remplacer les « si » par des silences, par un « ben oui mon grand, ça arrive ! » ou par le mot « essaie »… Les défis qui appartiennent à ton enfant n’appartiennent à personne d’autre, même pas à toi. C’est ça apprendre la vie. Tout ce que tu fais instinctivement pour l’empêcher de souffrir peut même lui nuire ! Lâche prise. Plus facile à dire qu’à faire, tu m’diras, mais crois-moi, je suis passée par là.

Ton p’tit vient d’entrer à l’école… Reste tout près, garde l’œil ouvert bien sûr, mais laisse-le expérimenter. Contente-toi d’être la maman, c’est déjà bien assez ! J’te l’dis, j’aurais dû laisser mes enfants tomber pour qu’ils apprennent à se relever par eux-mêmes plus tôt dans leur vie. Ça leur aurait bien servi !

Notre job de mère, ce n’est pas celle d’un agent de sécurité ni celle d’un psy. Ce n’est pas non plus de paver le chemin que notre enfant décide de prendre. Notre job, c’est de le guider, de l’encourager quand sa route sera cahoteuse, de lui ouvrir nos bras quand il aura besoin de pleurer et de lui apprendre à s’aimer tel qu’il est.

Bonne rentrée sans trop d’anxSIété !

 

Sophie Barnabé

Un bien pour un mal – Texte : Eva Staire

Depuis plusieurs années, je la tassais dans un petit coin. Je faisais comme si elle n’existait pa

Depuis plusieurs années, je la tassais dans un petit coin. Je faisais comme si elle n’existait pas en moi… Et pourtant, elle avait sa place au chaud. Au même titre que mon cœur, mes bras, mes yeux, elle faisait partie de mon moi.

Cela m’aura pris une trentaine d’années pour la découvrir, trois ruptures, trois enfants. Mais cette dernière rupture fut et demeure la plus difficile. Car c’est « elle » qui l’a précipitée !

Un doux matin, après une soirée cauchemardesque à se disputer, mon anxiété a pris le dessus sur ma tête et mon cœur, et a décidé de mettre un terme à une relation, certes remplie d’embûches, mais ô combien importante à mes yeux sans me consulter.

C’est ce qu’il fallait pour que je me rende compte que j’avais peut-être besoin d’aide extérieure, de ces petites pilules magiques que j’avais toujours refusé de prendre.

Depuis cette prétendue magnifique journée de juin, mon monde s’est éclairci par rapport à ces moments de stress que je n’arrivais jamais à contrôler, mais a laissé la place à un grand vide indescriptible.

Car j’ai perdu un ami, un amour et mon plus grand complice.

La vie est malheureusement ainsi faite, un bien pour un mal.

Un élément positif pour un élément négatif.

Un bien-être mental pour une peine d’amour qui fait du mal.

J’ose rêver à cette journée où le soleil sera toujours présent, où mon anxiété sera contrôlée, et je souhaite que cet amour revienne malgré tout le mal que j’ai pu causer.

Chose certaine, je suis heureuse aujourd’hui d’être capable de vivre avec cette anxiété au lieu de vivre dans le déni. De mettre des mots sur mes sentiments, sur mes états d’âme.

Un petit pas à la fois, mais chaque pas est de plus en plus grand.

 

Eva Staire

 

Dance it out! Texte : Marilou Savard

Pour tous les fans de Grey’s Anatomy, vous savez de quoi

Pour tous les fans de Grey’s Anatomy, vous savez de quoi je parle quand je vous suggère de : Dance it out!

Il est évident qu’en période de pandémie, de confinement, c’est encore plus essentiel de danser, mais je vous garantis que dans la vie de tous les jours, c’est tout aussi bénéfique, important et amusant.

La danse apporte beaucoup de bienfaits physiques et psychologiques.

Selon les sites Psychology Today et Passeport Santé, en voici quelques-uns :

Danser pendant de longues périodes amène le cerveau à libérer de la sérotonine et de la norépinéphrine (ou noradrénaline), des neurotransmetteurs qui produisent la bonne humeur.

Cette activité physique libère également des endorphines, des substances chimiques du cerveau qui favorisent la satisfaction, l’euphorie et une grande tolérance à la douleur.

Avec ses rythmes entraînants, ses pas cadencés et ses mouvements répétitifs, la danse est un sport complet qui tonifie et muscle le corps, améliore la coordination motrice et stimule la circulation sanguine.

La danse aide aussi à lutter contre le surpoids, bien évidemment quand elle est associée à une alimentation équilibrée. À titre informatif, danser 30 minutes permet de perdre 200 calories en se faisant plaisir.

Ensuite, dans une étude récente, les patients en réadaptation cardiaque qui se sont inscrits à des cours de valse se sont non seulement retrouvés avec des artères plus élastiques, mais étaient aussi plus heureux que les participants qui ont suivi un entraînement sur vélo et sur tapis roulant.

Danser répare les cœurs.

Dans une autre étude de l’Université de Londres, des chercheurs ont demandé à des patients souffrant de troubles anxieux de passer du temps dans l’un des quatre contextes thérapeutiques : un cours de danse moderne, un cours d’exercices, un cours de musique ou un cours de mathématiques. Seul le cours de danse réduisait significativement l’anxiété. Un bon 30 à 45 minutes sans arrêt est suggéré.

En terminant, j’aimerais porter quelque chose à votre attention. Quand on y pense, ce qui fait tenir la Terre, c’est la gravité et pour cela, la Terre doit tourner.

La gravité ne fonctionne pas sans rotation.

Alors ce qui pourrait peut-être aider à garder ton monde ensemble, ce serait de tourner ?

Deviens chaotique avec ton corps.

Let’s dance it out!

Marilou Savard

Écoute-moi – Texte : Véronique Daigle

Depuis trop longtemps, j’hésite à avoir une vraie discussion avec toi. Chaque fois que je te cro

Depuis trop longtemps, j’hésite à avoir une vraie discussion avec toi. Chaque fois que je te croise, j’en perds mes moyens et j’oublie ce que je devais te dire. Tu sais que tu peux être persuasive ? Tu sais que tu peux me faire faire n’importe quoi ? Sérieusement, je crois que j’en ai assez. Notre relation n’est pas des plus faciles et je commence étrangement à étouffer. On dirait que je n’ai jamais un mot à dire. On dirait que tu contrôles toujours tout et que je dois accepter cette destinée sans pouvoir protester.

Tu me fais peur. Quand je ferme les yeux et que je te vois, je voudrais te fuir au plus vite. Tu as cette façon bien à toi de me charmer. Dès que je t’aperçois, je tombe tellement vite dans cette même routine que nous connaissons tellement bien tous les deux. Je pense vraiment que nous avons une relation malsaine. Tu sais, le genre de relation qui finit toujours par en blesser l’un plus que l’autre ? J’espère que tu ne seras pas surprise si je te mentionne que la blessée, c’est moi. Chaque fois que tu passes dans ma vie, tu y laisses ta trace. Même si les blessures ne sont pas visibles à l’œil nu, crois-moi, je suis pleine de cicatrices. Tu me fais mal, et ce, probablement sans t’en rendre compte.

Jouer les victimes n’est pas ce que je veux. Je prends la parole aujourd’hui pour te dire qu’il est temps que cela cesse. Je ne sais pas comment je vais faire pour te tenir loin de moi, mais une chose est certaine, je dois le faire. Tu as fait assez de ravages sur mon corps et mon esprit, je veux retrouver mon ancienne vie.

Aujourd’hui, je suis ici devant toi. Je te demande de me regarder droit dans les yeux. Je respire tellement profondément que mon être tout entier le ressent. Je n’ai plus envie d’avoir peur quand je te sens venir vers moi. Je n’ai plus envie de me mettre en petite boule quand tu prends le contrôle. J’ai envie de te montrer que je suis forte et indépendante. Que ma vie est capable d’être tellement belle quand tu n’es pas là. Je sais que pour certains, notre relation est encore un tabou. Je sais qu’en parler à voix haute peut semer le doute chez les autres. Tu sais quoi ? Je m’en fous. Je sais ce que je ressens quand tu es là. Je sais comment je me sens quand tu me quittes. Toi et moi, c’est terminé. Je dois tourner la page sur notre histoire et continuer d’avancer. Tu comprendras que je vais avoir besoin de temps et d’aide. Tu risques de me voir sous un nouveau jour. Je sais que je vais y arriver. Je sais que je ne suis pas la première à te quitter. Je suis forte et tellement plus que ce que je crois quand tu es là. Ma décision est prise. Anxiété, je te demande de me laisser. Je te demande de respecter mon choix. Parce que présentement, et pour une des rares fois dans ma vie, je me choisis MOI.

Nous allons peut-être nous recroiser, tu verras certainement une nouvelle femme devant toi. Ne t’inquiète pas, je ne t’oublierai jamais. Malgré le mal que tu m’as fait, tu m’as aussi fait grandir. Avec toi, j’aurai compris que je vaux la peine de me choisir parce que personne d’autre que moi ne devrait contrôler ma vie.

Au revoir anxiété…

Véronique Daigle

 

 

 

Chère madame Catherine

Quand je suis tombée enceinte de ma fille, j’

Quand je suis tombée enceinte de ma fille, j’étais tellement excitée à l’idée de mettre au monde un petit humain. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé d’être une maman. La grossesse s’est déroulée normalement et facilement. Un peu de nausées au premier trimestre et le reste était parfait. Oui j’étais stressée, j’avais fait une fausse couche affreuse avant ma grossesse, mais j’avais espoir que ce petit trésor s’accrocherait.

L’accouchement ne s’est pas déroulé exactement comme je l’avais espérée, j’ai dû subir une césarienne d’urgence et j’ai été endormie. Donc les 24 premières heures de vie de ma fille sont très floues dans ma mémoire. J’ai vécu un deuil de ne pas avoir été capable d’accoucher naturellement. En plus d’avoir été endormie, mon conjoint et moi avons manqué le premier pleure de notre fille. Ce fut traumatisant pour nous. Lorsqu’elle est revenue dans notre chambre après 24 heures à la pouponnière, j’ai réalisé que j’étais incapable de dormir sans qu’elle soit sur moi ou si mon conjoint n’était pas réveillé pour la surveiller. J’ai longtemps eu de la difficulté à dormir lorsqu’elle était bébé. Au moindre bruit, je me réveillais et vérifiais si elle respirait.

Je ne sais pas si c’est relié à l’accouchement où nos vies ont failli être chamboulées à jamais, car ma vie et celle de ma fille étaient en danger, mais je suis devenue hyper angoissée. Dès qu’elle était malade, et même encore aujourd’hui six ans et demi plus tard, je stresse à mort. Si quelque chose me semblait anormal, je m’inquiétais vraiment beaucoup. C’était malsain.

Quand elle a eu un mois et demi, nous avons trouvé une garderie formidable, mais nous devions payer pour sa place à partir de septembre à ses six mois. Nous avons conclu qu’elle débuterait à temps partiel, deux ou trois avant-midis par semaine et qu’on augmenterait graduellement. Heureusement que nous avons fait ça, parce que deux mois avant septembre, je faisais des crises de panique. À mon retour au travail un an plus tard, je pleurais tous les matins. La veille de mon retour, j’ai pleuré pendant des heures.

À chaque étape importante de sa vie, ma grossesse avec son frère lorsqu’elle avait 13 mois, à mon accouchement quand elle avait 21 mois, quand elle a commencé à se traîner, à marcher, j’imaginais toujours les pires scénarios. Évidemment, la rentrée scolaire de la maternelle en 2019 était pour moi une étape méga angoissante, mais j’ai réussi à le cacher à ma fille, car elle était la petite fille la plus heureuse et fière de la Terre. Elle parlait de l’école depuis qu’elle avait trois ans.

À la rencontre de sa professeure, j’étais stressée au max. J’avais l’impression que j’allais éclater en larmes à tout moment. Mon conjoint et moi étions en file pour entrer dans sa classe, j’avais si hâte de rencontrer son enseignante. Quand j’ai entendu la petite voix douce et calme de madame Catherine, ça m’a un peu rassurée. Puis, j’ai vu cette jeune femme remplie de joie, débordante d’énergie, stressée, mais heureuse. Quand je lui ai serré la main, une petite voix m’a dit : « Ça va bien aller avec elle ». Puis, je me suis assise au bureau de ma fille, j’ai commencé à éplucher les feuilles devant moi. J’ai lu une petite lettre de la professeure à ma fille ; tous les élèves avaient la même lettre. Nous devions la lui lire la veille de sa rentrée. Dans la lettre, on pouvait lire comment son enseignante avait préparé la classe et combien elle avait hâte de les rencontrer. Les larmes ont envahi mes yeux, mais j’ai réussi à les contenir. La rencontre n’avait même pas commencé encore et j’étais déjà prête à pleurer.

Madame Catherine s’est présentée et ce fut le coup de foudre. Plus la rencontre avançait, plus je me sentais rassurée et confiante. Ma petite fille serait bien encadrée par cette jeune enseignante passionnée. Elle nous a invités à venir passer des avant-midis avec elle et ses renards dans sa classe. Nous, les parents, mais aussi les grands-parents, marraine et parrain étions les bienvenues en tout temps à venir partager leur quotidien. Pas besoin de dire que j’y suis allée quelques fois. À chacune de mes visites, j’étais impressionnée de voir l’évolution des autres élèves, mais surtout de voir l’amour qui régnait entre les élèves et madame Catherine. Spontanément, un élève se levait et allait la serrer dans ses bras et lui dire un gros « Je t’aime ».

Ma fille nous parlait tout le temps de son enseignante et nous disait combien elle était gentille et qu’elle l’aimait beaucoup. Elle voulait et veut toujours être une « professeure comme madame Catherine ». Nous avions beaucoup de communication avec elle ; elle était très facile à rejoindre et toujours prête pour une nouvelle idée.

Quand la COVID-19 est arrivée, l’enseignante a envoyé un message à ses élèves pour expliquer la situation et qu’elle était très triste de ne plus les voir. Elle a rapidement commencé à faire des appels vidéos. Ma fille n’a jamais manqué un appel. Même chez le dentiste, elle tenait à y assister. Puis, les appels éducatifs sont arrivés. Elle était si heureuse de parler toutes les semaines avec sa madame Catherine. Durant la quarantaine, notre fille a recommencé à faire des crises de colère. Nous lui avons demandé ce qui pourrait l’aider à mieux gérer ses crises. Elle nous a parlé d’un personnage de l’école qui explique les émotions. J’ai contacté son enseignante ; elle nous a envoyé un fichier et elle a proposé de parler en privé avec notre fille pour mieux lui expliquer. Ça a beaucoup aidé notre princesse. Ses colères ont diminué énormément. Encore une fois, madame Catherine m’impressionnait avec sa disponibilité et son aide. Elle allait plus loin que son rôle d’enseignante. Puis, à la fin de l’année scolaire, elle est venue porter un cadeau et passer du temps avec chacun de ses élèves. Elle est restée environ deux heures à parler avec ma fille et mon fils.

Tout l’été, dès que ma fille réussissait quelque chose, elle disait : « Madame Catherine serait contente, tu peux lui écrire pour lui dire ? ». Nous avons communiqué avec elle durant l’été et chaque fois que je lisais la réponse de madame Catherine à ma fille, un sourire immense illuminait son visage. Cette jeune enseignante a réussi à se graver une place spéciale dans le cœur de ma fille. Grâce à elle, elle a encore plus confiance en elle. Elle a appris à être plus indépendante et à mieux gérer ses émotions.

En tant que maman, je n’aurais pas pu souhaiter une meilleure enseignante pour ma fille. Je suis extrêmement déçue qu’elle ne puisse pas enseigner à mon fils, car elle a eu sa permanence dans une autre école. Je suis heureuse pour elle, car je sais comment cela peut être difficile d’avoir une permanence en milieu scolaire. Mais la maman en moi se dit qu’elle aurait sûrement eu un impact aussi grand dans la vie de mon fils. Elle aura peut-être un impact sur sa vie, mais différemment. Je me réjouis de la connaître, d’encore lui parler et qu’elle fasse encore partie de nos vies même si une autre année scolaire a débuté. Elle est toujours présente pour ma fille et je suis si heureuse.

Merci madame Catherine de m’avoir appris à faire confiance à la vie et aux gens. Merci d’avoir calmé mes peurs et mes craintes. Vous avez un cœur immense rempli d’amour et de générosité. Chaque élève à qui vous allez enseigner sera un enfant privilégié. Merci d’être toujours là pour mon Éloïse. Merci d’être son modèle, son idole.

Je crois que j’aime madame Catherine autant que ma fille !

Bonne année scolaire aux nouveaux petits renards de madame Catherine de l’école Emmanuel-Chénard à Deux-Montagnes.

Cindy LB

Lettre à mon fils

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Mon fils. Mon petit homme de ma vie. Tu as 8 ans maintenant. Les années passent à une vitesse effrayante ! Tu as un parcours pas facile pour un petit garçon de ton âge. Jusqu’à l’âge de 3 ans, tu m’as vue vivre une relation difficile avec ton papa. Tu m’as vue camoufler mes larmes, tu m’as vue essayer d’être forte et essayer de vous faire sourire ta sœur et toi, même si tu étais assez perspicace pour savoir que je cachais de la tristesse. Tu étais petit, mais tellement brillant et vif d’esprit. Tu n’avais pas la naïveté des autres enfants, tu ne l’as jamais eue.

 

À 3 ans, tu as vécu la séparation de tes parents, sauf que ton papa à toi est allé vivre à 5 000 km et il est venu te visiter seulement trois fois depuis son départ. J’ai voulu essayer de compenser ce manque-là, mais la réalité, c’est que je n’ai jamais pu. Je suis juste ta maman. Je ne peux pas être autre chose que ta maman.

 

Au fur et à mesure que tu grandissais, je réussissais à voir la fissure qui s’était dessinée sur ton petit cœur d’enfant. Un trouble de l’attachement. On ne veut tellement pas que nos enfants souffrent dans la vie, mais là, je devais bien me rendre compte que la vie est ce qu’elle est. J’allais devoir relever mes manches et tout faire pour que tu ne te sentes jamais abandonné.

 

À la garderie, à l’école, ça n’a pas toujours été évident. Les adultes ne savent pas toujours comment intervenir avec toi, je le sais ça. Le lien d’attachement avec l’adulte est indispensable pour toi pour que ça fonctionne. J’ai aussi vu que ta petite blessure envenimait parfois tes relations avec les autres. Chaque fois que tu as la perception d’être rejeté, c’est une grosse tempête dans ton cœur et dans ta tête. Il faut bien te connaître pour le comprendre.

 

Chaque année scolaire, je croisais les doigts pour que tu tombes sur un prof qui allait comprendre tes particularités, tes besoins. J’essayais d’être ta voix. À chaque rencontre avec l’école, à chaque appel avec la technicienne en éducation spécialisée (combien ? J’ai arrêté de compter !), à chaque appel de la directrice, je me démenais pour qu’en fin de compte, tu sois compris. Derrière tes comportements parfois plus difficiles se cache un garçon hypersensible, anxieux et qui ne demande qu’à être aimé. Tu caches bien tout ça par contre, avec la petite carapace que tu as construite pour te protéger.

 

On a fréquenté une psychologue merveilleuse qui m’a beaucoup aidée à rester forte dans les derniers mois de ta deuxième année qui me semblait interminable. J’avais un petit être humain de 7 ans qui n’aimait plus l’école. Tu n’avais que 7 ans ! Tes crises d’anxiété se multipliaient le matin. Tu pleurais. Tu ne travaillais plus en classe. Tu étais devenu complètement indisponible aux apprentissages. J’étais épuisée, tout comme toi mon amour.

 

Pendant le confinement, on m’a appris qu’une demande avait été approuvée pour toi, pour que tu intègres une classe « nurture » à la prochaine rentrée scolaire, dans une autre ville à côté, dans une école régulière qui avait ce type de classe. J’ai fait mes recherches, j’ai lu, j’ai parlé avec la directrice de la nouvelle école. Wow ! J’ai compris qu’on avait été entendus. Cette classe réduite où le lien d’attachement est à la base des interventions était faite pour toi. Le hic… je m’imaginais mal t’envoyer dans cette école alors que ta sœur allait intégrer l’école primaire que tu connaissais. Eh bien oui, on s’est lancés ! J’ai vendu mon condo pour acheter une maison avec ton beau-père que tu aimes tant et qui est si présent pour toi. Et pas n’importe où. Dans le secteur de l’école que tu allais fréquenter. Je sais que tu penses naïvement que tu as changé d’école parce qu’on a déménagé, mais moi, je garde le secret qu’on a tout fait ça pour toi mon petit bonhomme. Un jour, tu le sauras peut-être !

 

En attendant, moi, je te regarde aller à l’école avec le sourire chaque matin pour aller retrouver tes nouveaux amis et ton enseignante qui comprend parfaitement tes besoins. Tu es dans une classe incroyable, adaptée à tes besoins, et franchement je ne t’ai jamais vu aussi heureux. Tu retrouves une confiance en toi que tu avais perdu complètement. Je te sens apaisé. C’est de la musique dans mes oreilles quand je te vois revenir de l’école avec des étoiles dans les yeux en me racontant tout ce qui s’est passé de merveilleux dans ta journée ! Après tout, je te l’ai promis que je ferais tout pour que tu ne te sentes jamais abandonné ! Je n’arrêterai jamais de croire en toi. Ne l’oublie jamais !

Signé ton ange-gardien, ta maman.