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Lettre pour Nell

Salut ma peanut,

Deux ans. Deux

Salut ma peanut,

Deux ans. Deux ans déjà que papa et moi, nous t’attendions. Nous étions tellement contents quand tu es arrivée ! Malheureusement, ou heureusement, tu es arrivée en grand. À quatre semaines, j’avais déjà des symptômes. On ne pouvait pas s’imaginer que la joie indescriptible de voir enfin deux lignes bleues apparaître dans nos vies allait se transformer en notre première vraie peine d’amour. Maman est allée consulter, car malgré ta présence, elle n’avait toujours pas cessé de saigner. C’est à ce moment‑là que le docteur nous a expliqué trois possibilités :

  1. Tu ne grandissais pas à la même vitesse que les autres.
  2. Tu t’étais fait un petit œuf, mais tu ne t’y étais pas installée.
  3. Tu n’avais pas fini ta course et tu t’étais installée dans la trompe de maman.

C’est cette journée‑là que le plus long mois de notre vie a commencé. Prise de sang aux deux jours, douleur, excitation, doute, peur.

Lorsque tu as été assez grosse pour être vue à l’échographie, nous avons pu constater que malheureusement, tu t’étais fait un nid à la mauvaise place.

Le docteur nous annonce que nous allions devoir te sortir de là, car si tu grossissais trop, ta maison ne pourrait pas s’étirer comme tu voudrais et maman ne pourrait pas survivre. Il a donc fallu que maman reçoive une injection en espérant que tu t’endormes, que tu disparaisses. C’est la piqure qui m’a fait le plus mal de toute ma vie. L’aiguille était sur la hanche, mais c’est dans mon cœur que je l’ai sentie me piquer et je la sens encore de temps en temps.

Tu t’es battue, maman l’a senti. Tu t’es décollée de ton nid pour voler jusqu’à mon cœur et t’y faire une place pour toujours. Douleur extrême, autant physique que psychologique et émotionnelle. Je me suis sentie horrible de te faire ça quand toi, tu voulais simplement rejoindre nos vies. Je m’excuse tellement. Si tu savais comment j’ai trouvé ça dur de te dire au revoir avant même d’avoir pu te dire bonjour. Comment j’ai trouvé difficile d’annoncer à tes grands-parents qu’ils ne te connaîtraient jamais.

Pour papa et moi, tu resteras toujours notre premier bébé, notre premier espoir d’une vie de famille. Tu as été deux mois dans nos vies, mais tu resteras toujours dans nos cœurs et nos esprits. J’espère que tu comprends que je t’aime et que je t’aimerai toujours. Et que je m’en veux encore même si je n’ai pas eu le choix. Je sais que tu es là et que tu veilles sur ta sœur. Merci d’avoir fait le chemin pour elle et de l’avoir guidée dans nos bras.

Jamais je ne t’oublierai. Sache que pour moi, mars 2019 restera toujours le mois où tu ne viendras pas au monde.

Ta maman pour toujours

Anouk Carmel-Pelosse

À toi le bébé que je n’ai pas eu

Je te sentais en moi, même si tu n’avais que cinq semaines de vie

Je te sentais en moi, même si tu n’avais que cinq semaines de vie. Je savais que quelque chose en moi grandissait, s’accrochait. Lorsque j’ai aperçu la petite ligne sur le test de grossesse qui signifiait que tu étais bien réel, je te l’avoue, j’ai paniqué. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Pourquoi un petit être s’accrochait à moi, alors que ce n’était pas ce que je désirais ? Lorsque j’ai eu mon premier rendez-vous pour confirmer que tu étais bel et bien là et que j’ai entendu ton petit cœur battre, mon dieu que je t’aimais déjà !

Je ne pouvais m’empêcher de flatter mon ventre à tout moment de la journée.

J’avais tellement peur, pourquoi ça m’arrivait ? Qu’est-ce que les gens allaient penser ? Qu’est-ce que ton papa allait dire ? C’est drôle à dire, mais je sentais que la meilleure vie pour toi, c’était de ne pas venir au monde…

J’ai dû annoncer à mes parents que j’étais enceinte (encore aujourd’hui, cela me fait drôle de dire que j’ai déjà été enceinte). Ils m’ont appuyée dans ma décision, sans jamais me juger. Je savais par contre qu’au fond d’eux, ils auraient tellement voulu devenir grands-parents. Ça a été très difficile de leur briser leur rêve…

J’ai dû aller à plusieurs rendez-vous, pour savoir si c’était vraiment ce que je désirais, et puis le jour est venu où les médecins m’ont donné deux petites pilules pour te faire rejoindre les étoiles. Mon dieu que ç’a été douloureux, autant mentalement que physiquement ! Et puis tu es parti… Quel choc ç’a été de me dire que je devais mettre fin aux jours d’un être humain. Oui, j’ai mis fin à tes jours, parce que ton cœur battait, tu étais donc bel et bien en vie. Sur le coup, je ne l’ai pas réalisé, puisque j’étais tellement sous le choc de l’annonce de ta venue inattendue.

Les mois et les années qui ont suivi ont été parsemés de questions, de pleurs et de peine. Je devais assumer mon choix, qui n’était pas le mien à 100 %. Mais je devais continuer d’avancer dans la vie, en gardant toujours une place spéciale pour toi dans mon cœur et ma tête.

Je me suis trouvée égoïste quand j’ai mis un terme à cette grossesse, mais d’un autre côté, je sentais que c’était la meilleure chose à faire. Tu n’avais pas demandé à venir au monde, et encore moins dans un environnement qui ne te permettrait pas de t’épanouir à 100 %. Je sais que j’aurais été une bonne mère, mais je sais que la relation avec ton papa aurait été difficile. Il ne voulait pas de toi, et il n’était pas question pour lui que je te garde.

Mon enfant, mon amour,

Je n’aurai jamais la chance de savoir si tu étais un garçon ou une fille ;

Je n’aurai jamais la chance de savoir de quelle couleur auraient été tes yeux ;

Je n’aurai jamais la chance de savoir si tu m’aurais ressemblé ;

Je n’aurai jamais la chance de savoir si tu m’aurais aimée ;

Je n’aurai jamais la chance de voir tes premiers pas ;

Je n’aurai jamais la chance de voir ta première dent ;

Je n’aurai jamais la chance de voir ton premier sourire ;

Je n’aurai jamais la chance d’entendre tes premiers mots ;

Je n’aurai jamais la chance de savoir quel côté de moi tu aurais retenu ;

Je n’aurai jamais la chance de te couvrir de bisous ;

Je n’aurai jamais la chance de te voir courir vers moi avec ton petit sourire ;

Je n’aurai jamais la chance de ressentir tout l’amour que tu as pour moi ;

Aujourd’hui, je suis avec un homme merveilleux depuis sept ans, et nous parlons de fonder une famille. Je ne peux être sans penser à toi, qui aurais neuf ans aujourd’hui. C’est quand même bizarre de se dire que je veux avoir des enfants, alors qu’il y a neuf ans, je ne voulais pas de toi. En fait, ce n’est pas que je ne voulais pas de toi, c’est seulement que je n’étais pas en mesure de m’occuper de toi à ta juste valeur.

Tu auras à tout jamais une place spéciale dans mon cœur, ma tête et dans ma famille.

Je t’aime, toi l’enfant que j’ai décidé de ne pas mettre au monde.

Eva Staire

 

Poussière d’ange

Juste au mauvais moment

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Juste au mauvais moment

Une poussière d’ange t’est tombée dedans

Tu ferais une super maman mais pas maintenant non pas maintenant…

Ce sont les paroles d’une chanson d’Ariane Moffat. Elle m’a brisé le cœur quand je l’ai écoutée. Pas entendue. Écoutée. J’ai tellement pleuré.

J’ai trois enfants. Deux ados qui ne veulent plus de parents et une mini fée qui veut encore heureusement sa maman. Je suis sauvée. Du moins pour quelques années. J’adore mes enfants. Ils sont imparfaits tout comme je le suis. Ils me dérangent dans leurs principes et leurs déclarations parfois. Dans mon schème de valeurs aussi. Mais bon; je suis un dinosaure malgré que je sois sur Facebook, Snapchat, Ask et Instagram. Retenez ça : les applications ne font pas l’individu. Je suis complètement désuète pour mes ados malgré mes quarante ans. Out la mamie.

Trois enfants. Quinze ans dans une précédente relation et plus de deux dans celle-ci. Crise de quarantaine peut-être? J’ai tout plaqué de ma vie d’avant; non sans heurts. Donc, j’ai un formidable amoureux. Je suis heureuse. Je suis remplie de paradoxes. Je suis une cérébrale qui suit son cœur. Toujours. Je sais. Ça ne fait aucun sens, mais c’est comme ça. Ma tête me protège. Mon cœur me fait vivre.

Depuis plus d’un an, je vis avec les inconforts d’une préménopause. Je sais, ça paraît long, mais je dois vous mettre en contexte. Mon corps réagit, les chaleurs sont prédominantes, je ne dors plus la nuit, les règles sont éparses, le bordel est pogné comme dirait l’autre.

Deux mois que je n’ai pas eu mes règles. Je ne me suis pas inquiétée outre mesure. Mon amoureux a eu une vasectomie il y a quatre ans. Cinq enfants qu’il a déjà. Trois pour moi. Fonder une famille, avoir des enfants ensemble n’a jamais fait partie de nos projets. On aimait ceux qui étaient là et c’était très bien ainsi.

Vous me voyez venir? Parfois, je manque de subtilité. Pour dissiper le doute, j’ai passé un test de grossesse. Toute seule parce que c’était invraisemblable de toute façon. Éliminer les possibilités. Vasectomisé, l’amoureux. 99 % de contraception.

J’ai pleuré ma vie. Bien plus tard. Après avoir absorbé le choc. Deux lignes sur un test de grossesse. Je n’y ai pas cru. Ça m’a pris plus de quarante-huit heures. J’étais enceinte. Je portais un bébé dans mon ventre. À trente-neuf ans. En préménopause depuis quelques mois. Avec deux ados qui ne voulaient plus de mère et une de six ans qui en réclamait une.

Il faut qu’on se parle. C’est ce que je lui ai dit deux jours plus tard. On haït tous ça, cette phrase-là. C’était ça pareil. J’étais désemparée. J’avais besoin de lui. Je ne comprenais pas. J’avais déjà lu les articles et les statiques sur le Net. 3 % des femmes tombaient enceintes après une vasectomie. La plupart, trois à cinq ans après la vasectomie du monsieur. Les canaux qui se collent. Ça devait me consoler tout ça?

Ça ne m’a pas consolée. On a parlé, on a fait dix mille scénarios dans nos têtes, on a échangé sur les possibilités. J’ai beaucoup pleuré. Lui non. Il absorbait le choc tout comme moi quelques jours auparavant. Il était solide et rationnel. J’étais en miettes et brisée. On a décidé de se donner quelques jours, quelques semaines.

J’ai appelé à la clinique l’Alternative à Montréal. Il m’a accompagnée. Il m’a serrée fort dans ses bras. Il m’a dit qu’il m’aimait. Il m’a demandé si c’était correct pour moi. Si je changeais d’idée. Il a essuyé mes larmes au travers de mon sourire incertain. Il aurait été un formidable papa. J’aurais été une formidable maman.

Je l’ai fait. J’ai dit non à mon bébé. J’ai demandé à la voir. Elle aurait été une fille. J’en suis intimement convaincue. Je ne le saurai jamais. J’ai demandé à voir sa petite enveloppe qui ressemblait à un œuf. Je lui ai demandé pardon. Elle m’avait choisie comme maison; et moi, parce que ça ne marchait pas, parce que je ne pouvais pas, parce que je ne voulais plus, j’ai dit non à la maison.

Je me suis fait avorter. Écrire cette phrase-là me fait mal. Avorter. Verbe dénué de sens et d’émotions. J’ai trois enfants. Je sais ce qu’elle aurait pu être, devenir. Je sais ce que c’est que de porter un enfant, de l’attendre, de sentir sa vie dans mon ventre, de projeter mes désirs sur lui ou sur elle, de l’aimer. Je l’aurais appelé Ève. Source de vie. Elle aurait eu un an ce mois-ci.

Eva Staire

 

La journée où j’ai cessé de juger l’avortement

J’ai appris lors de l’échographie de douze semaines et demie de

J’ai appris lors de l’échographie de douze semaines et demie de grossesse que pour la deuxième fois, le bébé, le petit être humain qui vivait en moi, avait cessé de vivre deux semaines plus tôt. Encore une fois, j’avais l’impression d’être un cercueil humain. Il fallait qu’il sorte. Je ne pouvais plus supporter l’image de ce petit, trop petit embryon, qui s’était déposé calmement au creux de mon ventre. Ça faisait trop mal.

Le soir, mon médecin de famille (la meilleure au monde) m’a appelée pour avoir de mes nouvelles et m’expliquer les options que je connaissais déjà. Je ne voulais pas, comme la première fois, prendre de médicaments pour expulser douloureusement ce qui restait de mon bébé dans la toilette, pour finalement le flusher comme un vulgaire poisson rouge. Il me restait l’option du curetage. Il y avait quelques jours d’attente à mon hôpital et je devais être sous anesthésie générale. Pour une panoplie de raisons, à ce moment dans ma vie, je voulais que ça se fasse au plus vite et sans anesthésie générale. J’ai donc cherché des ressources qui correspondraient à mes critères.

J’ai finalement trouvé une clinique d’avortement dans un hôpital. J’avais, le lendemain, un premier rendez-vous pour qu’on m’explique la procédure et qu’on évalue mon cas. Ouf! Une clinique d’avortement. J’appréhendais beaucoup. J’allais devoir attendre dans une salle remplie de femmes enceintes qui portaient la vie et qui ne le souhaitaient plus. Moi, je voulais mon bébé plus que tout au monde. Moi, je portais la mort. C’était tellement injuste et enrageant dans ma tête, à ce moment-là.

Le lendemain matin arriva. Comme tout s’était passé rapidement, machinalement, on s’est rendus au rendez-vous, avec notre fils d’à peine deux ans. Évidemment, il était convenu qu’ils m’attendraient dans la salle d’attente ou dans le corridor. Et voilà. C’est exactement à ce moment précis, quand nous sommes arrivés dans la salle d’attente, que ça m’a frappée de plein fouet!

J’ai vu ces femmes. Leurs regards sur mon fils. Leur regard sur mon amoureux, qui était d’un support incroyable. Leur regard d’incompréhension, mais sans jugement, sur ma petite bedaine. J’ai vu un jeune homme fixer mon fils avec tellement de détresse dans les yeux, puis regarder sa blonde avec colère. Tout ça s’est passé en quelques secondes. J’ai dit à mon conjoint de partir plus loin avec fiston, que j’allais l’appeler en sortant. J’ai attendu mon tour. Il y avait un silence dans la salle. Un silence de mort. Un silence, dans lequel personne ne se juge parce qu’on est tous dans le même bateau qui prend l’eau. Ce fut mon tour. J’ai rencontré le personnel. Ils étaient tous sensibles à ma cause, c’était rare qu’ils avortaient la mort. Ils m’ont parlé de deuil, de soutien et ont sauté rapidement les questions du formulaire sur le choix, les options autres que l’avortement, pour ne pas tourner le couteau dans la plaie. J’ai ensuite eu une échographie et le médecin a eu la délicatesse de tourner l’écran hors de ma vue. Il m’a demandé si à l’autre clinique, ils m’avaient donné des photos de mon bébé. Incapable de parler à cause de l’émotion j’ai fait signe que non. Il m’en a imprimé quatre. « Les plus belles », qu’il m’a dit. Il les a mises dans une enveloppe et me l’a donnée pour faire mon deuil quand je serais prête. Il m’a donné l’heure et la procédure pour le lendemain. Je l’ai remercié, puis je suis repartie rejoindre ma petite famille en serrant précieusement mon enveloppe contre mon cœur.

Le lendemain matin, on est retournés à la clinique pour le curetage. On m’a dit que je serais la première à passer. J’ai enfilé la jaquette bleue, j’ai pris le calmant, puis on m’a amené dans une salle où il y avait une série de lits d’infirmerie séparés par des rideaux. Je m’y suis allongée en frissonnant et en flattant ma bedaine bébé trois pour une dernière fois. On a fermé les rideaux. J’étais zen malgré tout.

Les autres femmes sont arrivées à tour de rôle. Je ne les voyais pas, mais je les entendais. Elles étaient nerveuses, elles avaient la voix tremblante, elles pleuraient, respiraient bruyamment, paniquaient et surtout, elles doutaient. Après l’intervention, je suis retournée m’allonger sur mon petit lit. Je les ai entendues être appelées à tour de rôle pour ensuite souffrir et pleurer sans retenue. Ça a brisé encore plus mon cœur déjà brisé. Si je n’avais pas eu si mal, je serais allée les serrer dans mes bras. J’ai réalisé que dans toute mon épreuve, j’étais chanceuse. Jamais je n’aurais pu penser dire ces mots dans ma vie à propos de mes deux fausses couches.

Oui, j’étais chanceuse parce que je n’avais pas à prendre la pire décision qu’une maman peut prendre pour son bébé. Je n’avais pas à décider d’interrompre la vie qui grandissait en moi. J’ai eu une énorme bouffée d’empathie pour ces mamans. Quelqu’un ou quelque chose avait décidé à ma place.

Depuis ce jour, le 30 mai 2013, je ne juge plus les femmes qui se font avorter. Pour subir tout ça, c’est que c’est vraiment la plus difficile, mais probablement la meilleure décision à prendre pour tout le monde à ce moment.

 

Bébé oups, me voilà !

T’sais, dans la vie, on n’a pas toujours le contrôle de tout. E

T’sais, dans la vie, on n’a pas toujours le contrôle de tout. Et savez-vous quoi? C’est ben correct de même! Ça ne se passe pas toujours à notre façon, selon les règles de l’art et dans les étapes que l’on s’imagine suivre… Une vie aussi parfaite que les jeux de Playmobile ou encore les films d’amour indiens où tout le monde danse autour des mariés avec des couronnes de fleurs, et cinq minutes après, ils ont une trâlée de bébés, ça n’existe pas. La vie se présente avec des surprises auxquelles on ne s’attendait vraiment pas et qui changent les pages de notre vie.

Notre histoire

Je croyais que pour fonder une famille, il y avait un guide à suivre avec un mode d’emploi et que le jour où cela m’arriverait, tout serait parfait et pensé. Le chum, une relation d’au moins deux ans, une maison en banlieue, un chien, puis POP! un bébé, puis un autre. Je me voyais suivre l’exemple de mes parents ensemble depuis plus de quarante-et-un ans et toujours amoureux.

J’ai des petites nouvelles pour toi, fille:  non seulement je suis tombée en couple au moment où je m’y attendais le moins et où je désespérais à me dire que ça ne m’arriverait jamais de trouver LE BON, mais en plus ce nouveau chum a réussi à m’ensemencer aussi rapidement qu’un éclair! C’est à peine s’il avait pénétré de deux centimètres que POUF, un petit spermatozoïde s’était réfugié sans avertir dans ma cabane. Un intrus chez moi! Mon chum était le soi-disant TITAN de la fécondation et ici, je dis que nous faisons partie du 1 % d’inefficacité de la pilule contraceptive.

J’étais la première à juger les autres en disant qu’élever un enfant dans une relation de moins d’un an avec un homme qui t’est encore inconnu était insensé. Et un jour, je suis là à regarder mon test de grossesse positif… c’était l’effet d’une bombe. Ce sentiment d’être heureuse et en même temps inquiète pour l’avenir de notre couple.

Notre couple avait traversé de dures épreuves : un avortement, mon départ vers les Philippines un mois après notre rencontre, pour me retrouver au même point de départ, enceinte de lui à nouveau malgré le contraceptif. Faut croire que mes hormones étaient très ébranlées par sa présence!

1,2, 3, GO, on est prêts!

Y a-t-il vraiment un moment où on se dit : « Ça y est, je suis prête? » Pour notre part, ce bébé était attendu évidemment, mais un peu plus tard. Oh! Que oui, l’amour était au rendez-vous, nous étions fusionnels. J’avais vingt-neuf ans, lui trente-cinq ans, on s’est dit : « C’est notre chance! » Jamais auparavant je n’aurais pu m’imaginer ce scénario : moi enceinte de l’homme que j’aime, mais que je connais à peine.

Nous étions passés par un avortement après un mois de relation et cela avait laissé un grand vide dans nos cœurs. Il n’était pas question de revivre cette situation déchirante. Cet homme-là était ce qui m’arrivait de plus beau. Jamais je n’avais rencontré quelqu’un qui me complétait aussi bien. Nous étions en symbiose, comme deux ados émerveillés par tout et rien. J’admirais cet homme pour sa détermination et sa façon de prendre soin de moi. J’avais enfin le sentiment d’avoir trouvé le bon et que peu importaient les embûches, il serait aussi un bon père pour mon enfant.

La peur…

Nous avons discuté longuement et avons choisi de voir grandir ce petit être en moi et de nous donner cette chance. Cet enfant était revenu en moi et pour les bonnes raisons. C’était notre petit miracle qui ensoleillait nos pensées et notre cœur. C’est aussi la première fois que je connaissais la peur de l’abandon, la peur de me faire juger par mon entourage, de rencontrer la famille de mon chum pour la première fois à notre shower

Je n’avais aucun contrôle sur mes sentiments ni sur mon corps et la suite des événements, mais je savais une chose : ce bébé-là était désiré, aimé, et cet amour serait éternel. En fait, j’étais surtout choyée qu’il m’ait choisie comme maman! Attendre un enfant, que tu sois en couple depuis huit ans ou bien dans une relation depuis six mois, pour moi c’est la même chose. Personne ne peut te garantir que tout ira bien, mais chacun fait de son mieux et il faut se faire confiance. Je me suis fait confiance!

Ici et maintenant

Aujourd’hui, notre relation amoureuse a évolué à notre façon avec ses hauts et ses bas. Nous sommes toujours amoureux, mais en prime, ce petit être s’est collé à nous et pour rien au monde, nous ne changerions notre place! Déjà un an s’est écoulé depuis l’arrivée de notre fils et chaque jour, mon chum et moi nous regardons en nous disant qu’on est vraiment heureux de ce choix et de cette vie à trois!

Je vous aime, mes amours!

Maman, mais pas maintenant…

Je m’adresse à toi, la femme de 30 ans, l’adolescente, la femme qui voulait un enfant, mais pas à ce moment précis de ta vie. À toutes ces femmes qui avez eu cette déchirante décision à prendre : l’avortement ou la maternité.

C’est comme un coup de dés jetés dans les airs, sauf que tu ne pourras jamais savoir ce qui suivra ta décision, ton choix. Tu ne pourras jamais connaître la suite ni le comment du pourquoi. Malgré toi, malgré que tu sois en paix avec ta décision et que tu aies surement fait le bon choix pour toi, ton subconscient, lui, te rappellera sans cesse ton choix et sèmera un doute. Tu sauras traverser cette épreuve en silence parce que oui, tu as honte. Honte de dire que tu as jeté une vie à la poubelle, honte d’avoir choisi de ne pas mener à terme une grossesse qui apporte pourtant tellement de bonheur à d’autres. Honte parce que certaines personnes ne demandent que de vivre cette chose si extraordinaire et inexplicable qu’est la grossesse.

À toi qui as subi un avortement, ne sois pas dure avec toi-même, car en aucun cas, c’est un choix facile à faire… Si tu es passée par là, surtout parles-en avec une personne de confiance, car tu traverseras des moments difficiles dont très peu de personnes osent parler ouvertement. Malheureusement, c’est encore un sujet tabou, mais tu n’as pas à vivre cette tristesse seule. Tu as le droit d’en parler ! Bien sûr, l’avortement n’est pas un moyen de contraception ni une solution de rechange, mais bien un recours ultime. Un accident de parcours, ça arrive et à beaucoup plus de femmes qu’on ne le croit.

Tout comme vous, je suis cette fille, cette femme dans la trentaine, cette amie qui verse quelques larmes parfois dans mon lit en silence, en me posant sans cesse les mêmes questions : que serait ma vie aujourd’hui si tu étais là ? De quoi aurais-tu l’air ? Que deviendrais-tu ? Tout comme certaine d’entre vous, je suis cette femme qui, par une soirée enflammée, est devenue enceinte malgré le contraceptif d’urgence. Ce bébé s’était accroché à la vie, il faut croire, mais au mauvais moment de la mienne.

Pourtant j’avais tout : cet homme merveilleux, parfait à mes yeux, mais que je connaissais que depuis peu. J’avais un bon travail, un toit, l’autonomie, une famille très unie, de l’amour à offrir… mais je n’osais imaginer ce que pourrait signifier le risque d’élever un enfant dans une relation de moins d’un an. Moi, la fille qui vient d’une famille tissée serrée et de parents unis et encore amoureux… je ne pouvais prendre le risque de briser cette chaîne et de ne pas pouvoir offrir autant à ce petit être. Je voulais surtout pouvoir donner à mon couple la chance de s’épanouir sans avoir trop d’embûches au départ. Le “SI JAMAIS…” se répète sans cesse dans ma tête. À toi l’enfant que tu serais, je ne t’oublierai JAMAIS !

 

 

Marie-Ève Jalbert

 

Deuil périnatal : Mon bébé-lune-de-miel

J’ai rencontré l’homme de ma vie très jeune. Nous avons eu deu

J’ai rencontré l’homme de ma vie très jeune. Nous avons eu deux merveilleuses petites filles. Nous nous sommes mariés la journée exacte de nos 10 ans d’amour. Que c’était romantique ! Comble de bonheur, et de chance, je suis tombée enceinte le soir de ma lune de miel.

Les mois ont passé. J’étais comblée et je regardais mon ventre grossir de façon impressionnante, troisième grossesse oblige… J’ai entendu son petit cœur battre, et mon propre cœur se remplissait d’une émotion plus forte que descriptible.

Je n’arrivais pas à expliquer concrètement ce qui ne collait pas avec mes deux autres grossesses, mais je savais qu’étrangement, cette fois-ci, je n’avais ni nausée, ni rage de faim, ni saute d’humeur… Doc-Bédaine m’annonce qu’à 25 ans, c’est conseillé d’aller faire le fameux « triple test ». Je n’ai pas cru bon payer pour ces tests lors de mes précédentes grossesses. De toute façon, il n’arrivera rien… De toute façon, on n’a aucun antécédent génétique… De toute façon, on est si jeunes !

Mais puisque j’ai 25 ans, les tests sont gratuits ! J’y voyais une belle opportunité de voir mon bébé sur un écran, une fois de plus, tout simplement. Je suis jeune, j’ai plus de trois mois de grossesse, je sais que son petit cœur bat bien et je sens mon bébé bouger en moi. Que peut-il arriver de mal ? Peut-être même qu’ils vont pouvoir nous prédire le sexe de notre bébé…

Le jour de l’échographie, notre chance a tourné et notre monde s’est écroulé. À peine la sonde posée sur mon ventre rebondi, nous savions que rien n’irait plus. Dès que l’écran a montré les images de notre bébé, la technicienne a demandé au médecin responsable de venir nous voir. Il a revérifié ses mesures, avant de nous annoncer une terrible nouvelle. Notre bébé-lune-de-miel n’était pas normal…

Je n’ai pas tout écouté… Mais j’ai compris une chose… Peu importe ce qui clochait, il n’y avait absolument aucune chance que notre enfant soit normal, ni conscient. Le médecin voulait qu’on pousse des tests plus loin… plus longtemps… Après le décompte des handicaps certains, nous lui avons demandé de tout arrêter. Il nous a expliqué nos options…

Notre bébé restait « viable ». Il pouvait vivre… Nous allions finir par l’enterrer, ça c’était certain, mais c’était à nous de décider jusqu’à quand nous voulions l’accompagner… Mon choix fût rapide, décidé et assumé. J’ai demandé au médecin d’interrompre la grossesse. Il a refusé. Il insistait pour faire des tests plus poussés. Il parlait de faire avancer la science et de participer aux statistiques. Mais je n’en avais rien à faire… J’ai refusé de donner mon corps et mon propre enfant à la science.

Il m’a référée à une clinique externe, spécialisée dans les cas d’interruption de grossesse… Nous y sommes allés directement, les papiers de l’échographie en main. Là-bas, une infirmière nous a expliqué que c’était impossible de pratiquer l’intervention, pour plusieurs raisons. Ils n’avaient pas le temps. La chirurgienne refuserait. La décision était beaucoup trop précipitée. Il y avait des chances que je devienne stérile.

J’ai pleuré, crié, insisté. Nous savions tous que si j’attendais deux jours… Deux petits jours seulement… Je ne pourrais plus avoir recours à l’avortement vu l’état avancé de ma grossesse. J’ai insisté pour rencontrer la chirurgienne en personne. Elle a écouté. Elle a compris. Elle avait justement un trou dans son horaire… Maintenant.

Elle était humaine, douce et compréhensive. Elle avait peur pour moi, si peur que je regrette ma décision. Elle, elle savait mieux que quiconque le caractère indélébile et irréversible de l’acte que j’allais commettre. Moi, je savais que j’étais décidée. Décidée à vouloir offrir une vie remplie d’aventures, de voyages et de joies à mes deux filles déjà bien vivantes. Décidée à ne pas donner une vie de souffrances à un enfant, si je pouvais le lui éviter. Décidée à ne pas le garder, pour seule raison que je le voulais dans ma vie.

Je ne jugerai jamais les parents qui ont fait le choix de mettre leurs enfants au monde, aussi différents soient-ils. Moi, je n’avais pas cette force. Je l’ai vu à l’échographie… et je sentais à quel point il souffrait déjà. Je n’avais pas la force de lui en imposer davantage. Je n’avais pas la force de le prendre dans mes bras, sachant que je serais forcée de bientôt l’enterrer… Je savais que ma décision était la bonne.

Dans la salle, la chirurgienne a fait une dernière échographie, pour se situer et s’aider dans l’intervention. Elle a pris une pause, a pris ma main dans la sienne et m’a dit qu’elle comprenait maintenant. Après avoir vu l’état de mon bébé, elle comprenait l’urgence de ma décision et se sentait en paix avec ce qu’elle allait faire. Elle n’était pas obligée de me dire cela. Mais elle l’a fait. Et je lui en serai toujours reconnaissante.

Je suis revenue à la maison, le ventre vide et le cœur gros. Nous nous sommes assis avec nos filles pour leur expliquer que notre petit bébé n’était plus. Ma plus vieille, âgée de quatre ans, a compris et a pleuré. Nous avons fait incinérer ce minuscule petit ange et avons fait une cérémonie, près d’une rivière, pour lui dire Adieu une dernière fois.

Le 15 octobre est la journée de la sensibilisation au deuil périnatal. C’est aussi la date à laquelle je devais accoucher…