Tag décès

Cher policier, chère policière

Parce que je sais qu’à ce moment‑là, tu gardais tes larmes, pe

Parce que je sais qu’à ce moment‑là, tu gardais tes larmes, pendant que tu devais faire face à cet événement terrifiant, qui se produisait devant tes yeux : la mort imminente d’un enfant.

Je ne sais pas comment tu fais pour garder ton sang‑froid. Je ne sais pas comment tu fais pour garder la tête haute car je sais que fort possiblement, tu es un père ou une mère. Et, que parfois dans l’impuissance, tu n’y peux rien et que ce petit bout de vie doit s’arrêter, car l’acharnement ne donne rien.

De voir devant toi des parents qui crient leur souffrance ou être tout simplement sans mots face à la perte de leur enfant.

D’être appelé en renfort car c’est une situation d’urgence et que le pire est à annoncer aux membres de la famille que cette personne si chère à leurs yeux ne reviendra plus.

De devoir dire aux parents que ton travail est terminé et que malheureusement, leur enfant n’a pas pu être sauvé, malgré les manœuvres et l’espoir de donner un souffle de vie à ce petit bout d’amour tant aimé.

Mais encore, d’entendre des coups de feu, d’entendre des personnes innocentes te crier qu’elles ont besoin de toi ; et pour eux, tu es leur seule chance de survie.

Que d’arriver tard le soir après une journée de travail et de te rendre à l’évidence que ton petit cœur a de la peine et qu’il restera gravé par ces événements qui deviendront cicatrices un de ces jours.

En te réveillant chaque matin en ne sachant pas ce qui t’attend. Est‑ce que ma vie sera mise en danger aujourd’hui ?

Vais-je devoir consoler des enfants qui se retrouveront sans parents à la suite d’un accident ou d’une tuerie ?

Vais-je aider un itinérant à retrouver son chemin ?

Moi je veux juste te dire MERCI. Merci pour ce que tu fais, toi, cher policier, chère policière.

MERCI de prêter ton cœur.

D’ouvrir tes bras.

De t’ouvrir à la diversité

De comprendre le mal-être d’une personne

D’encourager les gens à changer

De passer du temps à tenter de réanimer un enfant, sous les yeux gonflés de peine et d’espoir des parents, pour entendre un souffle de vie de leur enfant noyé.

Parce que je sais que ton petit cœur a de la peine et qu’il est cicatrisé d’événements difficiles.

Et que le soir, tout ce qui peut te faire du bien est de serrer ta femme, ton mari, tes enfants dans tes bras et de remercier le ciel d’être toujours en vie. C’est là qu’on apprécie davantage ce que la vie nous offre, n’est‑ce pas ?

Je me suis rendu compte que ton petit cœur souffrait. Parce que j’ai vu ton regard. J’ai entendu ton cri d’alarme intérieur et ta tête me dire : « Je suis désolé, je ne peux plus rien faire pour elle… mon travail à moi s’arrête ici… »

Je sais que tu aurais voulu que cela se passe autrement. Je sais que tu aurais voulu ne pas vivre ce moment‑là et ne pas devoir faire face à quelque chose qui ne devrait jamais arriver.

Mais je veux juste te dire merci.

Merci à nos policiers et policières.

Merci pour votre amour envers nous, les citoyens. Merci de prêter votre cœur chaque jour !

« Le 12 octobre 2019, notre fille est décédée des suites d’un accident de la route. Elle s’est éteinte dans nos bras…

Sous le regard des policiers et policières qui étaient là pour nous aider, ouvrir leur cœur, et apporter du velours malgré la très grande incompréhension qui nous habitait. L’injustice, la douleur, en fait, juste le mal de vivre.

Ils étaient là. Les tout premiers. »

< Merci à mon ami Yan. >

Jessyca Brindle

Chère Joyce Echaquan

Depuis une semaine, je tente de suivre les informations concernant le décès immonde de Joyce Echaquan. Tout comme beaucoup de personnes, je suis choquée, triste et frustrée. Cette femme de 37 ans est maman de 7 enfants, dont un bébé.

Il y a un an, j’ai fait des recherches sur mon arbre généalogique. Je savais que du côté de ma grand-mère maternelle, j’avais des Amérindiens, mais j’ai découvert que toute la lignée maternelle est amérindienne et que ça débute avec mon arrière-grand-mère. Depuis mon enfance, j’ai toujours eu une forte attirance pour la culture amérindienne; je sais aujourd’hui que c’est parce qu’une partie de cette culture coule dans mes veines.

Cet événement horrible que Joyce Echaquan a subi est totalement inacceptable. Les Autochtones ont droit au respect, à la dignité, à l’amour, au soutien… bref, à tout ce qu’un Québécois dit « pure laine » a droit. Ils ont occupé ces terres bien avant nous, mais outre l’histoire du Québec et des Premières Nations, Joyce Echaquan et tous les autres Autochtones du Canada et d’ailleurs sont avant tout des humains. Contrairement aux propos haineux, dégradants qu’on entend parfois, ils ne sont pas de vulgaires déchets, ils ne sont pas des profiteurs du système, ils ne sont pas des criminels, ils sont des êtres humains. Ils méritent d’être traités ainsi et doivent l’être, sans prendre en compte leur origine, la couleur de leur peau ou leur religion. Nous sommes dans une ère de changement du #BLACKLIVESMATTER. Personnes n’a compris le sens de ce mouvement ? Je suis bouleversée.

LETTRE À JOYCE ECHAQUAN

Chère Joyce,

Nous ne nous connaissons pas, mais d’après les bons commentaires de ta famille, tu sembles avoir été une femme douce, aimante, fière de ta culture, fière de ta famille. Tu aimais tes enfants plus que tout, comme toutes les mères du monde. Joyce, j’ai vu les images, j’ai entendu les propos qui t’ont été adressés, j’ai vu ta douleur, ta souffrance. Mon âme s’est brisée de honte, de tristesse et de colère. J’aurais aimé être à tes côtés pour me battre avec toi, pour te défendre contre ces personnes insensibles et pour que tu sois entourée de sérénité et d’amour, pour que tes derniers instants, s’ils étaient vraiment arrivés, se passent dans la paix et l’amour. Les dernières paroles que tu as entendues ne sont pas la réalité de la personne que tu étais réellement. Ces membres du personnel du réseau de la santé n’ont pas été dignes de leur profession. J’espère du fond de mon cœur que là où tu es, tu trouveras la paix. Je suis en colère, je suis indignée, je suis tellement triste.

J’offre mes plus sincères condoléances à son conjoint, ses enfants, sa famille, ses amis et sa communauté. Mes pensées vous accompagnent et vous avez mon soutien.

#INDIGENOUSLIVESMATTER                         #LESVIESAUTOCHTONESCOMPTENT

#JESUISAVECJOYCEECHAQUAN               

 

 

Cindy LB

Je ne t’en veux pas

Ce jour‑là, tout a basculé. Notre fille venait de s’endormir pour to

Ce jour‑là, tout a basculé. Notre fille venait de s’endormir pour toujours, tout doucement dans nos bras. Elle a quitté le monde terrestre pour rejoindre ce que l’on appelle le monde des anges. À ce qui paraît, tout est beau et doux là‑haut. Donc ça me rassure en tant que maman de savoir qu’elle est bien et en paix. 


Je veux juste que tu saches que je ne t’en veux pas. 


J’ai fini par accepter avec le temps qu’elle a eu un court chemin à faire auprès de nous, et que sa vie devait s’arrêter là. J’ai aussi compris, dès l’instant où l’événement a eu lieu, que c’était un accident. Ni toi, ni moi, ni papa n’aurions pu y changer quelque chose. Sa vie devait s’arrêter là. Il est évident que sur le coup, on se demande POURQUOI. Pourquoi est‑ce arrivé ? Pourquoi est‑ce que ça nous arrive ? Qu’est-ce qu’on a bien pu faire à la vie pour mériter ça ? Ce n’est pas une question de mérite, mais une question de temps dans une vie.


Je veux que tu saches que je ne t’en veux pas.


Parce que nous n’aurions pas pu changer sa destinée. Un accident, c’est imprévisible et ça ne s’explique tout simplement pas. Il y a des personnes aux vocabulaires dérogés qui ont sans doute atteint un sentiment déjà habité par la peine et l’incompréhension. Mais sache une chose : cela ne m’a jamais passé par l’esprit d’être en colère contre toi ou même d’avoir une certaine rancune. 


Je veux que tu saches que je ne t’en veux pas.


Je me souviens de ce jour où mon amoureux entre deux états d’âme voulait aller te serrer dans ses bras. À l’instant même, il avait oublié le sentiment qui l’habitait pour se préoccuper du tien, et le sentiment de pardon était déjà accompli. Il a su te dire qu’il ne t’en voulait pas une seule seconde, car c’était un accident. Il voulait que tu saches d’abord et avant tout que tu étais tout pardonné et que la rancune n’avait pas lieu d’être. 


Je veux que tu saches que je ne t’en veux pas.


Il y a de ses jours où je pense à toi et je me demande : comment tu vas ? Comment est‑ce que ça va dans ton cœur à toi ?


Je veux que tu saches que mon cœur de maman ne t’en veut pas. Ce jour‑là, personne ne s’y attendait, personne n’aurait voulu que cela se passe, mais c’est arrivé. Eh bien, personne ne peut changer le cours de l’histoire. J’espère pour toi que tu as le cœur plus léger aujourd’hui. 

J’espère que tu tomberas sur ces mots remplis d’amour et de douceur qui te sont dédiés. 

Tu seras toujours le bienvenu chez nous. 

Tu auras toujours une place bien spéciale et unique dans notre vie. 

Cette histoire nous aura unis et nous aura fait grandir.


Je veux juste que tu saches que je ne t’en veux pas

Avec tout mon amour,

Eva Staire

Grand-maman Gaby

L’année de mes huit ans, j’ai perdu mes deux grands-papas, à l’int

L’année de mes huit ans, j’ai perdu mes deux grands-papas, à l’intérieur du même mois. Ma grand-mère paternelle, quant à elle, je n’ai jamais eu la chance de la connaître puisque la maladie l’a emportée très jeune, avant même que mon père ne devienne papa. Il ne me restait donc plus qu’une seule grand-mère, grand-maman Gaby.

En bonne grand-maman, elle m’a appris toutes sortes de choses, donné des friandises en cachette… Vous savez, tout ce qu’un grand-parent fait lorsque les parents ont le dos tourné ! Je me rappelle que chaque fois qu’elle recevait, elle était toujours d’un chic irréprochable, tout en arborant fièrement son fameux tablier de grand-maman, ce tablier qui signifiait qu’elle nous avait concocté de bons mets savoureux qu’elle seule maîtrisait.

Puis un jour, elle a commencé à être malade. Je l’ai vue perdre son autonomie peu à peu, étant désormais aux prises avec la maladie d’Alzheimer. Elle a quitté sa maison pour aller en résidence, puisque demeurer seule n’était plus sécuritaire pour elle. Et moi, je me suis lentement détachée, j’ai diminué la fréquence de mes visites, je prenais des nouvelles par ma mère…

Après quelques années de combat, 2016 aura été sa dernière. Lorsque ma mère m’a contactée en me disant que LE moment tant redouté était imminent, je n’ai pu m’empêcher d’aller la voir. J’ai fait les trois heures de route qui nous séparaient. Je me sentais tout à coup si mal de ne pas l’avoir visitée davantage.

À mon arrivée, il y avait tous mes oncles et tantes rassemblés. Elle n’était plus la grand-maman Gaby d’autrefois, très amaigrie et déjà inconsciente, bien que je sentais qu’elle n’avait pas totalement perdu contact avec le monde extérieur. Je lui ai murmuré à l’oreille, chanté une chanson. J’ai caressé ses cheveux, puis ses joues de grand-maman, si douces. J’ai massé ses pieds bleutés. Je me suis couchée à ses côtés, une dernière fois. Je lui ai pris la main et j’ai senti un faible mouvement, comme si d’aussi loin qu’elle était déjà, elle tentait de me rejoindre, une dernière fois.

Elle est partie quelques minutes après mon départ. Ce dernier moment, je le chérirai à jamais. Aussi déchirant qu’il ait pu être, ce moment m’a permis de ne pas regretter, de ne pas me dire « j’aurais donc dû ».

À vous qui avez encore vos grands-parents, profitez d’eux, appelez-les et sortez-les lorsque c’est possible, même s’ils sont malades, ne vous reconnaissent plus et n’ont plus toute leur tête. Dans le contexte actuel, je sais que ce n’est sans doute pas possible de les visiter, mais appelez‑les au moins. Sachez que vous êtes privilégiés de les avoir, encore.

Andrée-Anne Courchesne

Vivivante

Fin juin. C’était un matin parfait pour partir à la plage entre amis. L

Fin juin. C’était un matin parfait pour partir à la plage entre amis. La bière était au frais dans la glacière et le sac de plage déjà dans le coffre de la voiture. Alors que j’avais le pied dans la porte, prête à quitter, j’ai décidé de prendre cet appel. On m’avait demandé de m’asseoir. Puis, j’ai reçu la nouvelle. Un coup de pelle en pleine face. Ta perte. Accidentellement, trop jeune pour partir, pour quitter ta famille, ton chum, tes enfants. Je me tiens le ventre. J’ai tellement mal, j’essaie de protéger mon bébé de peur de l’écorcher tant je souffre. La plage a été grise, orageuse, inondée de mes sanglots.

Pendant quarante semaines, j’ai soigné mon cœur, fabriqué mon bébé et j’ai réfléchi. J’avais décidé de me réaliser, de vivre des succès, de me dépasser parce que toi, tu ne pouvais plus et que moi, j’y avais droit. Cette injustice de la vie, je me la faisais payer. J’avais choisi la course à pied. À chaque moment de souffrance, je me répétais que moi j’étais vivante, que tu n’avais pas cette chance alors, il fallait endurer, suer et poursuivre. Cette pensée‑là, c’est le moteur qui m’a fait franchir plusieurs lignes d’arrivée. La course m’a permis d’affronter les épreuves qui se sont accumulées durant trois ans. C’était devenu un besoin comme manger et dormir. Je courais sans musique ; je m’entendais mieux réfléchir et respirer. Je prenais de grandes décisions et stabilisais ma santé mentale. Je me sentais connectée avec moi-même. Il m’en fallait plus pour ressentir la souffrance maintenant. J’augmentais les défis. Je partageais des moments magiques avec de précieuses amies. Je me sentais apaisée, vivante, rayonnante. L’euphorie après course était ma drogue. 

Puis, septembre, ce demi sous la pluie. J’étais moins bien entraînée. Je l’ai détesté. J’ai souffert et mes pensées te suppliant de m’aider ne suffisaient plus. Mon temps m’a déçue. J’ai été écœurée ; j’ai arrêté un long moment. Ensuite, j’ai recommencé intensivement, puis diminué; j’ai été blessée longtemps, j’ai poursuivi, puis j’ai ralenti.

Je reprends l’entraînement encore une fois parce que je suis déterminée, tenace et que j’ai absolument besoin de me connecter avec moi-même, de prendre du temps pour moi et de briller. J’ai envie de me répéter dans ma tête cette phrase qui me fait penser à toi, qui me permet d’avancer et de réaliser la chance que j’ai. Cette fois, c’est la bonne. J’ai absolument besoin de me sentir « Vivivante ».

À ta douce mémoire, Vivianne

Julie De Pessemier

Quand c’est trop…

Je crois que la vie nous apporte son lot de défis en sachant que nous somm

Je crois que la vie nous apporte son lot de défis en sachant que nous sommes capables de les surmonter. Mais parfois, la vie a tendance à s’accrocher à du monde et à lui apporter pas mal de malheur. J’ai pour ma part eu pas mal d’obstacles dans ma jeune vie, j’ai juste 33 ans quand même.

À 15 ans, j’ai été abusé sexuellement par un copain. À 19 ans j’ai perdu mon père et à 21 ans, mon grand-père. À l’été 2016, ma cousine est disparue puis elle a été retrouvée, mais était changée à jamais. En octobre 2016, j’ai été diagnostiquée avec une dépression post-partum majeure ; en juin 2017 j’ai voulu mettre fin à mes jours. En septembre 2018, j’ai perdu ma tante à cause du cancer des ovaires. Depuis février 2020, je suis officiellement guérie de ma dépression et tout semble aller pour le mieux. Puis la pandémie est arrivée. Je travaille en santé, alors j’ai travaillé sans relâche. Mon conjoint a failli perdre son emploi. Une autre tante est décédée du cancer des poumons et je n’ai pas pu assister aux funérailles, vu que c’était au Nouveau-Brunswick. Et ce midi, dimanche 19 juillet 2020, le soleil brille, il fait chaud et je reçois un appel d’un frère de mon père. Mon oncle Christian, celui qui a perdu sa femme il y a même pas deux ans d’un cancer, est décédé d’une crise cardiaque. Il avait 55 ans.

Ce matin même, j’ai parlé avec quelqu’un à qui je n’avais pas pu parler depuis une éternité. Cette conversation m’a enlevé un poids énorme des épaules. Deux heures plus tard, j’ai cette nouvelle. Depuis, je n’arrête pas de me dire que la vie a fait en sorte que je sois en paix avec une partie de ma vie pour pouvoir encaisser cette énorme étape. Mais je me dis aussi : « Christi, ça peut-tu lâcher? T’sais, la malchance, est-ce qu’elle peut arrêter de me tester? » Je crois avoir prouvé ma force, ma détermination. J’ai comme qui dirait une écœurantite de la marde. En 2020, j’avais décidé que ça serait mon année, mon nouveau moi en santé profiterait de la vie à fond. Bout de viarge, les bâtons dans les roues, j’en ai ma claque.

J’étais super proche de mon oncle, nous nous écrivions tous les jours ou presque. Comme il vivait à Yellowknife, nous ne nous voyions pas souvent, mais nous avions une belle relation. Surtout depuis Noël dernier. J’ai célébré le temps des fêtes pour la première fois avec les trois frères de mon père, ma mère, ma sœur et mes cousins et ma cousine. Depuis, nous nous parlions souvent. Mon oncle était un homme courageux, fier, drôle, toujours prêt pour une nouvelle aventure. Il aimait ses enfants et sa femme comme un fou. Il a rencontré sa femme en Allemagne durant un séjour de l’armée. Ils sont tombés amoureux et elle l’a suivi au Canada, ne connaissant aucunement le français ni l’anglais. Mon oncle a été dans l’armée canadienne pendant 35 ans. Il a été basé majoritairement à Yellowknife, mais il a été un temps à Edmonton et à Petawawa en Ontario. Son départ me fait mal, j’ai l’impression de perdre mon père à nouveau. Ce matin, il m’avait envoyé une vidéo drôle d’animaux qui étaient paresseux. C’est fou de croire que quelques heures plus tard, il n’était plus là pour lire ma réponse.

La dernière conversation de vive voix que nous avons eue a eu lieu à son retour de voyage en Asie en avril dernier. Ce qu’il avait dit m’avait profondément marquée :

« Vis ta vie à fond, sans regrets. Voyage, vois le monde, pas juste ses paysages, mais les humains. C’est magnifique, tu vas voir. Vis ta vie comme si demain n’existait pas, parce qu’on ne sait jamais ce que la vie nous réserve. »

Je t’aime oncle Christian. Tu vas tellement me manquer.

Cindy LB

Elle s’appelait Fanny

Elle s’appelait Fanny.

Elle s’appelait Fanny.

Elle avait trente ans.

Elle était éducatrice à l’école de mes enfants.

Et elle est morte.

Noyée.

Un bête accident, probablement.

Par un magnifique dimanche ensoleillé qui sentait la fin d’année scolaire, le déconfinement et les nouveaux projets.

Une rivière, un bateau, du plaisir.

Avec tout ça vient un certain risque. Le risque de l’eau qui avale. Et qui tue.

Aux nouvelles, une jeune femme portée disparue dans la région. Recherchée par les équipes de sauvetage pendant 24 heures. 48 heures. Puis retrouvée. Trop tard.

Son nom révélé quelques heures à peine après la dernière cloche de l’année scolaire.

Sa photo aux nouvelles. Son sourire qui nous a rassurés toute l’année, même quand mes enfants lui avaient fait la vie dure toute la semaine. Son regard joyeux et intelligent qui enveloppait les enfants autant que les parents. Sa jeunesse qui la rendait si dynamique, si passionnée, prête à tout pour aider ses poussinots à s’épanouir. Tout ça s’est éteint en une fraction de seconde. Tombé à l’eau. Touché coulé.

Il me restera d’elle sa volonté infinie de trouver des solutions pour aider mes cocos. Son désir immense de marcher en équipe avec les parents et l’équipe-école dans la même direction, pour le bien-être des enfants. Cette capacité de ne jamais nous faire sentir mal ou coupables quand nos enfants dérapaient, et de nous faire sentir hyper fiers dès qu’ils progressaient.

Il me restera d’elle, aussi, la conviction qu’il faut toujours dire merci. Pas juste parce que c’est poli. Mais surtout parce qu’un « merci » fait du bien à celui qui l’exprime et à celui qui le reçoit.

Quelques jours avant sa dernière promenade en bateau, j’ai écrit à Fanny pour la remercier d’avoir si bien accueilli mes enfants, de les avoir accompagnés depuis septembre. Je lui ai souhaité de vivre une belle transition vers les nouveaux horizons professionnels qui l’attendaient après l’été. Une nouvelle vie… Qui aurait pu deviner que la transition serait si abrupte…

Quelques jours avant sa dernière promenade en bateau, mes cocos lui ont donné des cartes et des dessins pour la remercier. Je revois encore ce dessin d’un grand bonhomme allumette qui tient un petit bonhomme allumette pour l’aider « à reprendre ses esprits », comme m’avait dit mon garçon. C’est ce qu’il a retenu de Madame Fanny.

Le choc est grand devant sa mort. La peine est grande pour nous, et je n’ose même pas imaginer celle de ses enfants, de sa famille, de ses amis, de ses collègues.

Mais au moins, nous n’avons pas le regret de ne pas avoir dit merci. Nous lui avons souvent exprimé notre gratitude et l’amour humain que nous avions pour elle. Ce sera maintenant un amour angélique et une reconnaissance éternelle.

Nathalie Courcy

Papa… ce papillon jaune

Il est 2 h du matin et je me réveille en sursaut parce que je viens d

Il est 2 h du matin et je me réveille en sursaut parce que je viens de te voir, papa.

À travers un rêve qui me semble si réel, je vois ton visage illuminé, ta main levée au ciel pour me saluer et un immense sourire, ce sourire si doux et communicatif.

Tu es là papa, tellement réel que je prends le temps de m’asseoir dans mon lit et d’analyser ce qui vient de se passer.

Tu es là et par la façon dont tu me regardes et me souris, j’ai l’impression que tu es bien où tu es.

J’ai l’impression que ton doux visage est encore plus serein qu’il l’était déjà dans la vie de tous les jours.

Ce sourire si sincère est encore et toujours plus présent que jamais.

Ta main levée au ciel, le même mouvement que tu me faisais avant de partir — avant de me dire au revoir… à tantôt… à bientôt…

Tu es là, papa. Mais je me réveille petit à petit et je comprends que c’était un rêve!

Parce que tu es parti, il y a deux mois jour pour jour aujourd’hui.

Parce que, il y a deux mois, j’ai perdu une partie de moi… TOI.

Il est maintenant 2 h 15, je reprends mes esprits et j’essaie de comprendre ce que tu es venu me dire, papa. Mais chose certaine, je crois que tu es venu m’apaiser.

Peut-être parce que tu sais, j’ai une grande difficulté à accepter ton départ et tu te doutes que je rumine sans cesse cette décision que nous avons prise avec les médecins, celle de te laisser partir.

Peut-être aussi parce que tu avais envie de me rassurer et de me dire que cette voie était la bonne. Que tu es bien là où tu es.

Ce sourire que tu avais dans mon imaginaire, il y a quelques minutes de cela, c’est le sourire que j’ai connu et avec qui j’ai grandi, papa. Et ce sourire ne trahit pas. Tu sembles bien et heureux.

Le lendemain, alors que j’ai raconté ce rêve, quelqu’un m’a dit que tu as choisi de passer par moi pour livrer l’annonce de ton bien‑être. Tu as décidé de me rendre visite dans mes rêves, pour nous rassurer et nous dire que tu es bien là où tu es maintenant. Et tu sais quoi, papa?!

Je n’ai aucune difficulté à croire que tu m’as choisie pour faire véhiculer le message.

Tu le sais que je suis forte, papa.

Et tu m’as choisie pour cette raison.

Tu as vécu la maladie avec nous, ta famille, mais particulièrement avec moi. Et je me souviens que malgré les journées de chimio plus difficiles, les annonces plus ardues de la part de ton oncologue ou simplement les décisions plus posées que tu avais à prendre — on réussissait toujours à rire ensemble.

Tu te souviens quand la vieille dame à côté de nous en chimio pensait que nous étions un couple?!

Je lui avais répondu « Chère madame, à moins que monsieur soit milliardaire, aucune chance qu’on soit ensemble »!

On avait ri à en « pisser dans nos shorts »!

Maintenant papa, je comprends pourquoi tu es venu me voir cette nuit.

Parce que tu sais que je peux rassurer tes proches en leur racontant notre rencontre.

Parce que j’ai été et je suis encore là pour toi.

Parce que oui papa, je suis forte.

Je le suis parce que tu me l’as enseigné.

Aujourd’hui, il y a deux mois que tu es parti, papa.

Cette nuit, tu es venu mettre un baume sur ma douleur et je t’en remercie.

Papa, continue de venir me voir.

Que ce soit le papillon jaune qui me suit quand je suis à vélo ou le vent qui caresse mon visage.

Que ce soit lorsque j’ai des choix importants à faire et que soudainement, ça devient plus clair.

Ou simplement quand je cherche mes clés le matin, en retard dans ma routine du matin et que soudainement, elles apparaissent par magie… ou par tes énergies.

Continue d’être près de moi, papa.

Tu me manques, mais je sais que tu vis à travers moi… à travers nous et surtout, à travers tous ces petits bonheurs de la vie! Cette vie qui continue.

Isabelle Nadeau

Le jour où ma vie a basculé

Le matin du 27 novembre 2005, le ciel était bleu, aucun nuage en vue.

Le matin du 27 novembre 2005, le ciel était bleu, aucun nuage en vue. Une légère couche de neige s’était installée durant la nuit. Mes parents étaient partis déjeuner ensemble. Ils étaient si amoureux.

Lorsqu’ils sont revenus, mon père est allé pelleter et ma mère et moi avons commencé à regarder la télévision. Quand mon père est entré, il était essoufflé. Il est venu s’asseoir par terre, il a enlevé son chandail et s’est installé avec une jambe relevée contre sa poitrine. Il serrait sa cuisse et son genou contre son plexus.

Cette position était celle qu’il prenait lorsqu’il ne se sentait pas bien. Mon père était né avec une cardiopathie congénitale, la maladie d’Ebstein, une maladie rare. Il avait un trou dans son cœur. Selon les médecins, il ne devait jamais atteindre l’adolescence et encore moins l’âge adulte. Dès que nous avons su parler, ma sœur et moi avons appris à composer le 9-1-1 et à dire « Mon papa est cardiaque et il est… ».

Je lui ai demandé s’il allait bien. Il m’a répondu qu’il était essoufflé et avait un peu de palpitations. Il est allé se coucher pour essayer de faire passer tout ça. J’ai regardé ma mère et je lui ai dit que j’avais un mauvais pressentiment, que nous devrions appeler l’Institut de Cardiologie. Elle m’a répondu que papa allait nous dire quoi faire. Mon père s’est relevé cinq minutes plus tard, il a dit qu’il allait dans la douche. J’ai demandé à appeler l’Institut. Il m’a dit que si après sa douche, il n’allait toujours pas mieux, je pourrais appeler.

Il est allé dans la douche, il y est resté trois minutes. Il est sorti et « boom ». Ma mère et moi avons couru jusqu’à la salle de bain. En ouvrant la porte, j’ai vu mon père convulser au sol en vomissant. J’ai appelé les urgences, « Mon papa est cardiaque et il est tombé, il convulse ». Lorsque j’ai prononcé cette phrase, je n’avais plus dix-neuf ans, mais cinq ans. J’ai donné le téléphone à ma mère pour qu’elle puisse décrire ce qui se passait. Ma sœur est montée du sous-sol en demandant ce qui se passait. J’avais pris mon cellulaire et j’ai juste eu le temps de lui dire « Papa » quand mon oncle a répondu au téléphone. J’ai expliqué ce qui se passait. J’ai vu le visage de ma sœur se décomposer devant moi. Nous sommes sorties pour attendre l’ambulance. J’avais appelé mon amoureux qui était pompier volontaire pour la ville, et son beau-père était le chef de la caserne de notre secteur.

Ma voisine d’en face a crié à son mari que quelque chose s’était passé et il a couru jusque dans la maison. Quand mon copain est arrivé, il m’a dit qu’il avait appelé son beau-père et ce dernier avait lancé un appel à l’aide pour nous. Plusieurs pompiers avaient répondu. Il m’a interdit d’entrer dans la maison tant que les ambulanciers seraient là. J’ai décidé d’aller me réfugier dans le camion avec ma sœur.

Après une longue attente, des gens ont commencé à sortir de la maison. Un ambulancier et un pompier sont sortis en trainant la civière avec mon père et l’ambulancier qui continuait les manœuvres. Quand je suis entrée dans la maison, je suis allée chercher le chandail des Canadiens de Montréal avec le nom BARBIER écrit derrière. J’espérais qu’il pourrait sauver mon père comme la dernière fois lors de son opération en 2001-2002.

Ma sœur, mon copain et moi sommes partis vers l’hôpital. Nous avons couru dans le stationnement jusqu’à la porte de l’Urgence. On nous a dit d’aller dans la salle familiale. Quand j’ai tourné le coin, j’ai vu un homme et deux femmes en sortir. Nous sommes entrés dans la minuscule pièce. Ma mère et son frère étaient là, assis sur un divan.

Mon oncle s’est levé et a demandé à ma sœur et moi de nous asseoir de chaque côté de maman. Il a fermé la porte du minuscule salon. Mon oncle s’est accroupi devant nous.

« Les filles, vous allez devoir être fortes. Vous savez combien je vous aime et combien j’aime votre mère. Sachez que je serai toujours là pour vous. » Sa voix s’est cassée, ses yeux se sont remplis de larmes. La tête de ma mère s’est penchée vers l’avant.

« Les filles, papa est parti. Son cœur n’a pas recommencé à battre, malgré tous les efforts du personnel médical. Papa est mort. »

J’ai vu mon amoureux s’effondrer au sol, en larmes. Tout le monde pleurait dans la pièce. J’ai tourné la tête vers la fenêtre, j’ai regardé le ciel bleu. Il faisait si beau dehors.

« Je veux sortir », ai-je dit.

Je me suis levée et je suis sortie dehors. Je me suis arrêtée au milieu du rond-point. Les mots résonnaient dans ma tête. « Papa est mort. Papa est mort. Papa est mort. » En boucle, sans arrêt. Ça faisait mal, de plus en plus mal. J’avais mal physiquement partout. On dit qu’avant de mourir, on voit notre vie défiler devant nos yeux. Moi, j’ai vu défiler devant mes yeux mes souvenirs et tous ceux qui n’auront jamais lieu, mon père qui m’amène à l’autel a mon mariage, mon père qui joue avec mes enfants, mon père que j’appelle pour avoir un conseil. J’ai senti quelque chose se briser en moi. J’avais tellement mal, mais tellement mal.

Le dimanche 27 novembre 2005 à 13 h, mon père est parti pour toujours. Mon père était un homme très drôle, un farceur, un homme généreux, attentionné, aimant, attachant, fier. Il touchait le cœur de chaque individu qu’il rencontrait. Il était ce genre de personne qui attirait toujours le bonheur. Il mettait un sourire sur les lèvres de tout le monde.

La douleur est toujours présente, elle est simplement plus tolérable. Même après quatorze ans.

Les jours passent. Les années passent. Chaque jour, je pense à lui et je m’ennuie. Mes enfants savent qui il est et je vais tellement parler de lui qu’ils vont avoir l’impression de l’avoir connu.

Mon père était mon héros. Mon idole. L’homme de ma vie. Mon roc. Mon confident. Mon meilleur ami.

Il est mon papa, mon papounet.

Je t’aime papa. Tu me manques terriblement.

Cindy LB

Chers Grands-Parents

Chers Grands-Parents,

Chers Grands-Parents,

Je vous écris cette lettre pour vous remercier, vous démontrer mon admiration et vous exprimez mon amour pour vous. Vous avez vu apparaître des inventions extraordinaires, vu la technologie naître et évoluer à vitesse grand V et vécu des moments historiques. Pour certains, vous avez peut-être même participé à ces grands moments.

  • Fondation des Canadiens de Montréal en 1909
  • Naufrage du Titanic le 14 avril 1912
  • Première guerre mondiale 1914-1918
  • Droit de vote des femmes au Canada
  • Premier vaccin (vaccin antituberculeux) en 1921
  • Joseph-Armand Bombardier invente la première motoneige en 1922
  • Premiers essais des photographies en couleurs entre 1925 et 1935
  • Découverte de la pénicilline, le premier antibiotique
  • Krach boursier en 1929 (suivi de la Grande Dépression)
  • Invention du stylo à bille en 1938, mais fabriqué en usine à partir de 1953
  • Premier ordinateur 1937-1946
  • Deuxième Guerre mondiale 1939-1945 (Débarquement de Normandie entre autres)
  • Droit de vote des femmes au Québec le 25 avril 1940
  • Création de l’ONU (Organisation des Nations Unies) le 24 octobre 1945
  • Invention du micro-ondes en 1946
  • Guerre du Vietnam 1955-1975
  • Guerre froide 1956-1968
  • Construction du mur de Berlin en 1961
  • Conquête spatiale :
    • Premier satellite artificiel en 1957
    • Premier homme dans l’espace en 1961
    • Le premier homme sur la Lune le 21 juillet 1969
  • Première pilule contraceptive en 1961
  • Début des travaux pour le métro de Montréal en 1962
  • Assassinat du président Kennedy le 22 novembre 1963
  • Assassinat de Martin Luther King Jr. le 4 avril 1968
  • Jeux olympiques à Montréal en 1976
  • Création de Apple en 1976
  • Adoption de la Charte de la langue française en 1977
  • L’échec du référendum québécois 1980
  • Sony et Philips lancent les premiers CD comme support numérique de la musique en 1982
  • Apple lance Macintosh qui comporte des icônes et une souris en 1984
  • Catastrophe de Tchernobyl le 26 avril 1986
  • Tragédie de Polytechnique le 6 décembre 1989
  • Chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989

Tous ces événements en si peu de temps ! Vous avez vécu dans un siècle où il y a eu plus d’évolutions que pendant les deux derniers millénaires. De l’apparition de l’électricité dans vos maisons, de la télévision en noir et blanc à celle en couleur, la télévision grosse comme un meuble, tellement lourde qu’il était presque impossible de la bouger, à une télévision aussi grosse, mais d’une minceur à faire peur et d’une légèreté surprenante. Vous avez vu naître le premier ordinateur, les téléphones portables, internet très lent à super-méga-débile rapide. Vous étiez habitués d’aller dans votre caisse pour imprimer votre livret de transaction, de payer vos factures au comptoir de la banque, de recevoir vos factures par la poste. Aujourd’hui, tout se fait par internet et pas besoin d’un ordinateur. Non, non, simplement avec nos téléphones intelligents.

Vous nous avez transmis des valeurs importantes comme la famille, le respect et l’honneur. Vous avez tout fait pour vos familles. Vous avez su évoluer, apprendre et grandir en même temps que l’évolution de tous les domaines (médical, technologique…) Vous êtes les êtres humains qui ont eu le plus d’adaptation à faire au cours de leur vie.

Beaucoup de familles québécoises ont grandi avec beaucoup de rassemblements familiaux. Le rythme de nos vies a augmenté graduellement jusqu’à en devenir maladif. Tout doit être fait vite. Pas le temps de niaiser ; le temps, c’est de l’argent. Dans votre temps, la femme restait à la maison et s’occupait de tout. Maintenant, il est impossible (ou presque) qu’un des deux parents reste à la maison. Les deux doivent travailler, envoyer les enfants à la garderie, à l’école. C’est la course toujours, les repas, les tâches ménagères, les devoirs, les bains, les exercices physiques, etc.

Et vous, vous nous regardez courir à gauche, à droite, ne prenant pas une seule seconde pour nous. Vous avez téléphoné presque tous les jours pour prendre des nouvelles, mais nous étions trop pressés pour prendre le temps de vous parler vraiment. Vous vous êtes sûrement demandé : “mais où est-ce qu’on a manqué notre coup pour être si seuls, abandonnés ? » La réponse est simple : vous n’avez rien fait de mal. La vie est devenue une course, le temps nous manque. Mais le temps, nous en manque-t-il réellement ou ne prenons-nous juste pas le temps ?

Chers grands-parents, vous auriez mérité notre temps comme quand vous preniez le temps de nous apprendre à faire du vélo ou à cuisiner. Vous ne méritiez pas de mourir seuls.

Pour tous ceux dont les parents ou grands-parents sont encore en vie, appelez‑les, allez les voir, même si c’est au travers d’une fenêtre. Ces personnes ne méritent pas de rester seules. Nous devons prendre le temps pour elles. Ne tentez pas de trouver du temps, vous n’en trouverez pas ; prenez-le, tout simplement.

Nous avons une chance unique de prendre une pause, de réorganiser nos priorités, de réfléchir à nos actions. Nous avons la chance de changer les choses, de reprendre un rythme de vie plus sain. Ce foutu virus nous donne une occasion de changer.

Chers grands-parents au ciel, certains d’entre vous ont eu la chance, l’honneur d’être accompagnés dans vos derniers moments par les membres de votre famille. D’autres n’ont pas eu cette chance. Chers grands-parents, désolée que la vie ait changé drastiquement au point où nous avons « dû » vous abandonner. Désolée que nous ayons pris conscience trop tard de l’importance de notre présence près de vous. Désolée que nous n’ayons pas pris aussi souvent le temps pour vous.

Chers grands-parents, reposez en paix, festoyez avec vos proches retrouvés !

Cindy LB

Souvenirs d’orpheline

Je cherchais une photo de lui,

Je cherchais une photo de lui, une photo de nous. Impossible à trouver. L’album hommage que j’ai fait il y a dix ans pour faire passer le motton ? Disparu ! Mystère… Alors je dois me contenter de vous parler de lui, disparu il y a 35 ans, aux griffes d’un long cancer du cerveau. Devenu introuvable comme ses photos, sauf dans nos mémoires.

Lui, c’est mon papa. C’est le mari de ma mère, le père de mes frères. C’est le petit frère de ses frères et sœurs, le grand frère de sa petite sœur qu’il a vue naître. Le fils de ses parents, aussi partis. C’est le grand-père de mes enfants. Ils ne l’ont pas connu, n’ont jamais entendu sa voix, mais l’appellent quand même Grand-Papa André. Et ils l’aiment. Ce qu’il aurait donné pour entendre leurs rires…

Lui, c’est l’ami de plusieurs, l’ennemi de personne. C’est un gars de bois et de pêche. Je soupçonne qu’il partait plus à la chasse au ressourcement et aux bons moments entre chums qu’à la pêche aux poissons. C’est l’entraîneur et l’arbitre de hockey qui m’amenait dans la chambre des joueurs, comme si j’avais été one of the boys. C’est l’instructeur de l’Institut de police et le policier qui se donnait un air sérieux avec sa moustache parfaitement taillée, mais qui était un blagueur doux comme une écharpe en mohair. C’est d’ailleurs lui qui m’a ramenée de l’hôpital il y a presque 43 ans, dans son auto de patrouille pour me garder en sécurité. La légende dit qu’il avait même allumé ses gyrophares pour annoncer mon arrivée sur terre. Un papa fier…

Lui, c’est le gars qui prenait sa marche dans le village chaque jour où sa santé et son niveau d’énergie le lui permettaient. Tout le monde reconnaissait sa tuque noire qui protégeait les traces laissées par les scalpels et son crâne chauve. Tout le monde le saluait, s’arrêtait pour lui jaser, pour prendre de ses nouvelles. Lui, c’est l’humain-ange qui apaisait ceux qui le voyaient passer.

Lui, c’est un grand amoureux de la nature et des papillons. Un croyant qui priait sans essayer de convaincre et qui prenait sa petite 50 en famille le samedi soir en riant. Bref, un être équilibré.

Lui, c’est celui qui m’a fait assez confiance pour me permettre d’utiliser ses outils avant que j’entre en maternelle. Celui qui m’a enseigné à prendre mon bain, à reconnaître les rouge-gorge et à cueillir le thé des bois. C’est aussi celui qui nous servait nos repas dans les casseroles quand c’était son tour de nous faire manger.

Lui, c’est un auteur qui a écrit un livre malgré la douleur, mais qui est décédé avant de pouvoir le publier. C’est sa mort qui m’a convaincue d’écrire plus tôt que trop tard.

Imaginez ce qu’il aurait pu nous transmettre s’il avait vécu aussi longtemps que les parents devraient vivre !

Mais je suis chanceuse, parce que ma maman a choisi de revêtir le double rôle de papa-maman. Depuis 35 ans.

Nathalie Courcy