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Nos jeunes diversifiés — Texte : Nathalie Courcy

Mon fils est blanc, blond, aux yeux bleus. Il est la minorité visible de son groupe d’amis et je

Mon fils est blanc, blond, aux yeux bleus. Il est la minorité visible de son groupe d’amis et je trouve ça parfait. Il a un prénom et un nom francophones parmi les prénoms et les noms afghans, africains, asiatiques, russes et haïtiens de ses amis. Et personne ne s’en formalise. Ça aussi, c’est parfait.

Dans son groupe d’amis, il n’y a pas de filles (c’est l’âge, vous savez comment ça se passe… ça viendra un jour, peut-être, ou peut-être pas), mais il y a des grands, des petits, des gros, des minces, des moyens, des bollés, des jeunes qui ont plus de difficultés, des allergiques, des asthmatiques. Il y a des intellos, des sportifs, des artistes, des musiciens, des scientifiques, des passionnés de robotique et de cuisine. Des joueurs de soccer, de basket, de volley, de baseball. Leurs rêves d’avenir sont tout aussi diversifiés, et c’est parfait. Tant qu’ils peuvent passer du temps ensemble. Le reste, ce n’est pas si important.

Cette semaine, ils ont célébré la fin de leur parcours scolaire à l’école primaire. Les parents étaient invités à la cérémonie seulement (parce que vous savez ce que c’est… out, les parents, pour le party !) J’ai vu défiler des jeunes habillés en mou et en chic, en paillettes, en veston et en espadrilles. Toutes sortes de corps et d’esprits. Des sourires gênés et des faces d’énervés. Dès que le OK a été donné, tous ces jeunes se sont retrouvés en motton au milieu de la salle pour être, tout simplement. J’ai été émue de voir à quel point chacun peut être lui, chacune peut être elle.

Ils avaient tous le même papier dans la main : un diplôme qui leur sert de passeport pour leur prochaine étape, celle qu’ils ont choisie. École privée ou publique, programme sportif ou artistique, éducation à domicile ou traditionnelle, programme international ou adaptation scolaire : tout a sa place, et tout mérite la même fierté. C’est le message très clair qui se dégageait du regard de tous ces humains et du personnel de l’école.

Il est vrai que les jeunes ont beaucoup à apprendre des adultes. Mais il est tout aussi vrai que nous, les adultes, avons beaucoup à apprendre de nos jeunes.

Nathalie Courcy

 

Mon cher élève – Texte : Nancy Pedneault

Mon cher élève, Depuis le début de ton primaire, tu vis l’école comme personne ne l’a vé

Mon cher élève,

Depuis le début de ton primaire, tu vis l’école comme personne ne l’a vécue auparavant : ouverture, fermeture, école à la maison, école en ligne, nettoyage, masque, et j’en passe. Je dois t’avouer quelque chose, je te trouve vraiment fort.

Tu n’as pas connu l’école « normale » avec quelques cas de grippe et de gastro. L’école, au temps où les enfants (et les profs) venaient à l’école malades. Tu n’as pas cette naïveté d’avant où tout le monde jouait ensemble malgré la toux et les nez bien coulants.

En début d’année, tu étais épuisé par la charge de travail. Tu n’étais pas habitué à cette école à temps plein. Je voyais tes yeux fatigués et tes joues rougies. On prenait des pauses plus fréquentes. Je te racontais des histoires pour travailler autrement.

J’ai bien vu toutes les difficultés scolaires qu’ont engendrées les multiples fermetures. Ensemble, nous avons redoublé d’efforts pour rattraper le temps perdu, travailler les notions que tu n’as pas apprises, développer les méthodes de travail qui t’ont manqué.

À ta place, bien des adultes se seraient plaints. Toi, tu as continué de travailler, de faire confiance aux adultes qui décident pour toi.

Malheureusement, tu n’as pas rattrapé tout le temps perdu. Ce serait impossible. Cependant, tu as fait tout ce qu’il fallait pour y arriver.

Je suis fière de tout le travail que tu as accompli et tu es maintenant prêt pour ta prochaine année. D’ici là, repose-toi, profite des vacances et n’oublie pas de lire le plus souvent possible !

Bonnes vacances !

 

Nancy Pedneault

Mon enfant, tu peux crier victoire – Texte : Audrey Léger

Ce matin, j’avais envie d’écrire sur la motivation, la confiance en soi, le bonheur et la RÉUS

Ce matin, j’avais envie d’écrire sur la motivation, la confiance en soi, le bonheur et la RÉUSSITE. J’avais la tête pleine d’idées. Évidemment, pour saisir le poids de ces mots, il faut accepter le cheminement : défis, obstacles, doutes, peurs, ÉCHECS. Sur la table, devant moi, j’ai vu l’évaluation scolaire de ma fille de 9 ans. Elle est en 3e année. C’est une année difficile. Nouvelle école, pandémie interminable, dyslexie et dysorthographie diagnostiquées, vous voyez le topo.

Pas besoin de spécifier que son évaluation ne satisfait pas les attentes du système scolaire. Toutefois, voici ce que j’ai demandé à son enseignant en cours d’année : « Pouvez-vous arrêter d’écrire NON RÉUSSI sur ses évaluations ? »

Ça m’arrachait le cœur chaque fois parce que moi, sa maman, je voyais toutes ses bonnes réponses et que j’étais fière et impressionnée ! Mais elle, elle pleurait, ma petite. Elle s’est mise à penser qu’elle n’était pas bonne, pas capable et qu’elle ne réussissait jamais. Elle était triste et découragée. C’est là que j’ai parlé au personnel de l’école. Je pleurais moi aussi. Ça n’allait pas du tout.

Est-ce qu’on pourrait souligner ses bonnes réponses plutôt que ses erreurs ? C’est PRIMORDIAL !

Si ma fille de 9 ans perd confiance en elle, que son estime s’effondre, ce sera ça, le réel échec. Ma fille est fabuleuse. Elle se relève les manches et veut toujours s’améliorer. Elle a du plaisir, elle est heureuse et épanouie. Ne la privons pas de ça, c’est le plus important right ?

Maintenant, sur ses évaluations, il est inscrit « 9 bonnes réponses » et c’est là-dessus qu’on va construire quelque chose de solide, quelque chose de GRAND ! Ma fille est bonne, elle est belle, elle est capable de tout. Je suis fière d’elle et fière de moi, fière d’être sa maman. Elle a fait de moi une personne meilleure ! Et quand je la regarde dans les yeux, je vois tout le chemin parcouru, je vois sa fierté et je sais que RIEN NI PERSONNE ne va la niveler vers le bas. Parce qu’elle croit en elle, elle est fière et heureuse. N’est-ce pas cela, le SUCCÈS ?

Dans la vie, tout le monde réussit à sa manière. Soulignons les réussites plus que les échecs. Soyons indulgents et patients avec nos enfants. Au bout du chemin, même si leurs routes sont différentes, ils pourront tous crier victoire… et NOUS AUSSI !

Audrey Léger

IG: Audrey. sans. artifice

La maternité, un droit donné à toutes… malheureusement non ! – Texte : Annie Corriveau

Avec toute cette controverse cette semaine à propos du départ d’une enseignante en congé de mat

Avec toute cette controverse cette semaine à propos du départ d’une enseignante en congé de maternité, je me devais de mettre mon petit grain de sel !

Toutes les femmes n’ont pas cette chance de pouvoir porter un enfant. Plusieurs aimeraient tellement connaître cette joie, ce bonheur de sentir grandir ce petit être en soi. Une grossesse, c’est comme gagner à la loterie. Certaines vont gagner le gros lot plusieurs fois et certaines autres jamais. Une grossesse, ça ne se décide pas comme ça, c’est un hasard. Ça peut se planifier, oui, mais ça n’arrive pas quand on le décide mais quand ça arrive.

Quel que soit le métier que tu pratiques, tu as le même droit que chaque femme à la maternité. Que tu sois policière, comptable, secrétaire, enseignante, chaque femme est libre de porter la vie. Le débat de cette semaine ne devrait pas être sur ce droit, mais bien sur les causes du manque d’enseignants en ce moment.

Le problème du manque d’enseignants n’est vraiment pas causé par les femmes qui deviennent enceintes. C’est un problème de société, tant qu’à moi. C’est certain que pour un enfant, changer d’enseignant à chaque deux mois n’est vraiment pas l’idéal, mais il est où le vrai problème ? Qu’en est-il des vraies raisons ?

Je suis maman. La vie m’a choyée avec deux beaux enfants en santé et j’en suis reconnaissante chaque jour. J’ai aussi été enseignante. J’ai enseigné un an le français au secondaire et je vais vous dire pourquoi j’ai quitté. Et là, je vous parle en toute sincérité et en connaissance de cause. Vous croyez que les enseignants sont chanceux parce qu’ils ont tout l’été de congé, qu’ils ne travaillent pas les jours fériés, qu’ils ont plein de journées pédagogiques. Allez passer ne serait-ce qu’une semaine dans une école à faire toute la planification, la recherche de matériel, s’assurer que chacun de vos élèves a accès aux ressources auxquelles il a droit, à gérer les plans d’interventions, l’enseignement, la correction, l’aide aux devoirs, la récupération. Vous pensez sincèrement que ces sept semaines de vacances sont exagérées. Une année scolaire pour un enseignant, c’est comme un marathon. Tout le monde franchit la ligne d’arrivée, pas tous à la même vitesse, pas tous avec la même énergie. Une seule année m’a permis de constater à quel point être enseignant est une vocation.

Et oui, j’avais un contrat encore cette année comme enseignante. Oui, j’ai dû me désister de mon contrat car je me suis trouvé un autre emploi. Est-ce que ça m’a brisé le cœur d’abandonner mes élèves en pleine année scolaire ? TELLEMENT ! Alors de dire que c’est sans émotion qu’une enseignante quitte en congé de maternité, OUF… Personnellement, ça m’a brisé le cœur, mais encore là, pour quelle raison ai-je quitté ? Le salaire, la charge de travail, l’essoufflement. Une année, une seule année et jamais au grand jamais je ne vais critiquer les raisons pour lesquelles un enseignant ou une enseignante quitte en pleine année scolaire.

Ce problème, il faut vraiment le régler en société. La profession enseignante n’est tellement plus valorisée aujourd’hui. Il faut vraiment se poser des questions. Connaître les raisons du pourquoi. Qui se doit de régler ce problème ? Moi, vous… non, malheureusement !

Annie Corriveau

La prof qui n’a pas oublié mon enfant – Texte : Joanie Fournier

J’ai trois enfants dans le système scolaire au niveau primaire. Ça fait déjà sept ans qu’on

J’ai trois enfants dans le système scolaire au niveau primaire. Ça fait déjà sept ans qu’on y est, dans ce système oublié par le ministère et amputé dans tous ses services. Les professionnels dévoués peinent à faire descendre les piles de demandes sur leurs bureaux. Ils doivent prioriser tellement d’enfants pour tenter de leur donner un maximum de chance de réussite. Tellement d’enfants qui ont besoin d’accompagnement, d’outils, de temps… Tout le monde le sait que le système actuel est insuffisant pour ces enfants-là. On voit les parents autour de nous courir sans cesse pour obtenir des services supplémentaires pour aider leurs enfants et essayer de contacter tous les professionnels au dossier de leur enfant.

Mais pour une fois, je veux parler des autres enfants. Les z’oubliés. Ceux qui fonctionnent « bien », ceux qui apprennent « vite », ceux qui n’ont « pas besoin » d’accompagnement. J’en ai trois, moi, des z’oubliés. Parce qu’on nous répète qu’on a beaucoup de chance que nos enfants réussissent bien. Mais il y a toujours un revers à la médaille… À chaque fin d’étape, depuis sept ans, on reçoit un petit bout de papier sur lequel il est écrit : « Rien ne semble problématique pour votre enfant jusqu’ici. Il ne sera donc pas nécessaire de vous déplacer pour une rencontre de parents. » La première fois, on était fiers comme parents de lire ce papier. La deuxième fois, on était déçus de ne pas pouvoir rencontrer l’enseignante de notre enfant. La troisième fois, on a commencé à se demander si c’était normal de ne jamais avoir de suivi pour notre enfant. Puis, les années et les enfants se sont accumulés et en sept ans, nous n’avons jamais été conviés en personne à une rencontre de parents…

La plupart du temps, on se répète qu’on est vraiment chanceux. Nos enfants semblent bien fonctionner dans ce système scolaire. Pis une maudite chance, parce que les services seraient insuffisants si ce n’était pas le cas. Mais chaque année, quand l’année se termine, on a un petit sentiment que ce système a oublié nos enfants. On imagine tellement l’enseignante de la classe en sueur en train de se démener pour que tous les enfants devant elle réussissent. Et on a une image en tête de notre enfant derrière la classe, effacé et oublié, parce que lui t’sais, « il va bien ».

Quand mon aînée est entrée en 5e année, elle a eu pour la première fois de sa vie une prof qui ne l’a jamais oubliée. Et aujourd’hui, je veux parler de cette enseignante qui a refusé de l’oublier. Elle l’a motivée, écoutée, interpellée. Elle l’a vue. Vue pour de vrai. Elle a fait ressentir à ma fille qu’elle aussi, elle avait sa place dans une classe. Elle l’a fait se sentir importante. Elle lui a donné des lectures supplémentaires, des exercices de plus, des devoirs plus difficiles. Elle s’est assurée de la pousser au maximum de ses capacités et pour la première fois de son primaire, ma fille a eu des défis. Des vraies montagnes à gravir. Ces grandes tâches où on sent que l’adulte nous fait confiance et qu’on est fier d’avoir accompli à la fin. Pour la première fois de son primaire, elle ne faisait plus ses devoirs en cinq minutes en clamant que c’était trop facile pour elle.

Miss Émilie, je veux vous remercier. Je veux vous remercier d’avoir vu ma fille. De l’avoir considérée. De ne pas avoir tenu pour acquis que « parce qu’elle allait bien », elle n’avait pas besoin de vous. Votre présence durant cette année a été salutaire pour ma grande fille. Avant de vous rencontrer, j’ai eu peur que cette enfant termine son primaire sans avoir eu la chance d’avoir un adulte significatif pour elle. Un adulte qui fait la différence. Vous avez été cet adulte-là. Vous lui avez fait goûter à quelque chose d’inestimable : le sentiment d’exister et d’être importante. Je ne vous remercierai pas assez.

Peut-être même que vous lisez ces lignes et que vous vous dites : « Ben voyons donc… ? Pourtant je n’ai rien fait de différent avec cette enfant-là… ? » Je vous assure que oui. Vous avez fait ce qu’aucun autre enseignant n’a fait pour elle.

Attention, je ne blâme personne ici. Tous les autres enseignants ont fait de leur mieux et j’en suis consciente. Ils sont tous débordés, essoufflés et ensevelis sous les demandes. Ce n’est aucunement un reproche.

Je veux simplement, Miss Émilie, que vous sachiez que vous avez fait une grande différence. Vous avez redonné envie aux enfants d’apprendre et de relever des défis. Des vrais défis. Vous avez été à l’écoute, chaleureuse, humaine. Vous connaissiez les intérêts de chacun des enfants de la classe… parce que vous vous y intéressiez sincèrement. Peut-être que c’est banal pour vous comme approche, mais encore une fois, sachez que ça a fait toute la différence. Au-delà de ne pas avoir oublié ma fille, je pense surtout que vous avez refusé de le faire.

Merci encore pour tout.

Joanie Fournier

Entendez-vous la voix des vacances ? Texte : Nathalie Courcy

Je me suis offert deux nuits dans un gîte pendant la relâche. Seule. Juste assez loin de chez moi

Je me suis offert deux nuits dans un gîte pendant la relâche. Seule. Juste assez loin de chez moi pour être dépaysée, mais pas pour me ruiner.

J’y vois le blanc de la neige à perte de vue. La rivière gelée. Les arbres, le ciel, l’espace.

J’y entends le silence. La jasette des coyotes. La voix basse des propriétaires.

J’y sens le parfum des chandelles, le repas libanais qui cuit. La mousse du bain que je me fais couler.

Je m’y dépose, avec mes livres, mes cahiers, ma balle de laine, mon tapis de yoga. J’y ai apporté la partie de moi qui voulait prendre soin de moi. J’ai laissé derrière les responsabilités, les tracas, les urgences. Ils y seront encore à mon retour, mais moi, je les verrai un peu différemment, comme s’ils étaient devenus un filigrane pâle sur une page.

Enceinte, on cohabite à temps plus que plein avec notre enfant, pendant neuf mois, plus ou moins quelques semaines. On est loin des gestations éléphantesques de 22 mois, mais quand même, cette fusion persiste même après la sortie de l’utérus. La survie humaine est ainsi programmée : bébé a besoin d’un adulte, d’un parent, et si possible de sa mère, pour rester en santé et en vie et pour devenir autonome.

Vient un temps où c’est à la maman de sortir de la bulle construite avec son enfant. C’est sain pour lui, c’est sain pour elle. Comme pour toute transition, il peut y avoir une impression d’être « arraché », de se lancer dans l’inconnu, de tomber dans le vide. Ne plus savoir ce que fait notre bébé (nos ados aussi sont nos bébés…) en tout temps, ne plus savoir qui on est sans notre bébé.

Même si je m’absente à l’occasion de la maison pour le travail, je constate que je l’ai peu fait pour prendre soin de moi ou par pur loisir. Ce n’est pas naturel pour moi de m’éloigner de mes enfants, je dois m’y entraîner, développer l’habitude pour la rendre plus confortable. Je le fais par nécessité, mais aussi parce que je les vois, eux, s’éloigner tranquillement. Ils grandissent et les pas qui les éloignent de moi s’allongent de plus en plus. Ainsi va la vie qui va…

Donc plutôt que de me rebeller et de tout faire pour les retenir, je préfère me pratiquer à les laisser s’éloigner… en m’éloignant une fois de temps en temps. J’existais avant eux, j’existerai après ! En version modifiée, améliorée. Quand je prends soin de moi, je prends soin d’eux et bonus : je leur donne l’exemple.

Nous recommençons bientôt un blitz école-activités-amis-rendez-vous jusqu’à la fin de l’année scolaire. Ce n’est pas moi qui suis assise devant les profs, mais quand même, je suis derrière, en soutien, en encouragements, en « go, t’es capable », en réveil le matin. Donc la relâche, c’était pour moi aussi !

J’avais besoin de petites vacances pour être plus présente à moi, plus présente à eux. Je me suis entendue. Je me suis écoutée.

Pourquoi attendre que l’épuisement, la maladie ou la dépression nous soufflent à l’oreille d’arrêter quand on peut choisir le meilleur moment et la meilleure façon de le faire ?

Entendez-vous ? Il y a une petite voix qui me dit de reprendre des mini vacances bientôt…

 

Nathalie Courcy

 

Lettre à mon élève — Texte : Nancy Pedneault

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Mon cher élève,  

Depuis mars 2020, je te regarde aller. Je te vois changer. Je remarque que, comme moi, tu perds ta légèreté. Je sais qu’on doit faire tout ce qu’il faut pour préserver la santé de la population. Je comprends et toi aussi. Mais je dois t’avouer quelque chose, je m’ennuie. 

Je m’ennuie sincèrement de ton sourire. J’ai tellement hâte de te voir rire à mes blagues avec tes dents, pour vrai. Je m’ennuie de lire sur ton visage les différents sentiments que tu vis au cours de la journée.  

Si tu savais comme je m’ennuie de tes câlins sans peur de se donner la maladie. Je sais que toi aussi ; tu me le répètes souvent.  

Je m’ennuie d’entendre ta voix. Ta petite voix douce et délicate franchit difficilement le masque. Je ne t’entends pas bien. Je te fais répéter. J’ai tellement hâte de t’entendre clairement.  

Je m’ennuie de la légèreté. Tu sais, ce temps où ma principale peur était de ne pas t’avoir enseigné tout ce que tu dois savoir pour cette année scolaire. Je ne veux plus que tu aies peur chaque fois qu’un élève tousse ou ne se sent pas bien. 

Je m’ennuie de respirer dans ma classe, sans masque. Respirer, juste respirer. Je sais que toi aussi, tu en as tellement envie. 

Tu sais, mon cher élève, j’ai envie de retrouver ma classe d’avant. Celle où on peut rire et improviser. Cette classe où tu étais présent en vrai, pas en vidéo. Je ne veux plus avoir peur chaque fois que tu t’absentes.  

Bref, mon travail avec toi, celui d’avant la COVID, me manque énormément. Les « toutes autres tâches connexes » ont pris beaucoup de place depuis deux ans. Je suis maintenant pro du nettoyage, de l’aération, de la qualité de l’air, du lavage de mains, de l’enseignent en synchrone, en ligne, en vrai, en demi-groupe, dans d’autres groupes, etc. Mon temps et mon énergie pour toi s’amenuisent et cela m’attriste.  

J’ai envie de t’enseigner, comme avant. Je veux travailler pour toi. Je veux avoir le temps de te donner le meilleur service possible. Je veux être là avec toute ma tête et tout mon cœur.  

Aujourd’hui, je n’ai pas de moyen pour que ça change. J’ai juste besoin de te le dire. Parfois, le dire, ça fait du bien. 

 Alors pour toi, mon cher élève, je souhaite que la vie revienne à la normale, la vraie normale. Je te souhaite de rester un enfant, de rire, de t’amuser et surtout, d’apprendre sans souci.  

Mme Nancy 

 

Le saut vers le secondaire – Texte: Joanie Fournier

Ma grande fille aura 12 ans cette année. Elle est en sixième année du

Ma grande fille aura 12 ans cette année. Elle est en sixième année du primaire et l’an prochain, elle devra faire le grand saut vers le secondaire. Quand moi j’avais son âge, ça me semblait tellement simple. Soit je pouvais aller à l’école publique du quartier, avec la majorité de mes collègues de classe. Soit je pouvais choisir une école secondaire privée, si mes parents avaient les moyens financiers.

En 2022, le système d’éducation privé semble bien inchangé. Je retrouve les mêmes noms de collèges que ceux que j’ai connus à l’époque. Par contre, le système public a pris une tout autre tournure ! Il existe maintenant des dizaines de profils possibles, qui touchent à différentes spécialités et qui répondent aux intérêts des jeunes. C’est vraiment formidable.

Il existe des profils spécialisés en sports, en danse, en anglais, en espagnol, en théâtre, en arts, en musique… Chaque école publique semble avoir développé sa propre spécialité. Je trouve le concept vraiment fantastique. À mon époque, tout le monde allait à la même école, mais suivait un cours à option différent. De nos jours, je constate que les élèves ayant les mêmes centres d’intérêt semblent se regrouper dans chacune des écoles.

Mais voilà qu’il y a un revers à cette médaille : l’absence d’accompagnement. J’ai dû faire moi-même, comme parent, une recherche au centre de services scolaire de ma région pour connaître chacune des écoles. J’ai réalisé que nous avions 12 choix d’écoles publiques juste dans mon secteur. Je me suis assise avec ma grande fille pour lui expliquer qu’elle devait choisir où elle voulait postuler.

Personne à l’école primaire ne lui en avait parlé. Personne n’a pris le temps de regarder avec ces élèves ce qu’ils aiment comme discipline. Pourtant, TOUS ces élèves iront immanquablement vers cette transition l’automne prochain ! Comment se fait-il que leur école primaire ne les y prépare pas ?

Avec ma fille, j’ai fait des tests de personnalité et j’ai parlé avec elle des matières qu’elle aime présentement au primaire, et des matières qu’elle aime moins. Nous avons écarté avec elle les écoles et les profils en danse, en sports et en théâtre… Elle a hésité un peu, puis a écarté aussi les profils de musique. Elle semblait se diriger vers les langues avec plus de plaisir et de facilité. Même avec de tri, il lui restait quatre écoles dans lesquelles elle voulait postuler.

Entre septembre et novembre, elle a donc passé tous les tests d’admission pour ces quatre écoles secondaires, toutes dans notre secteur. Des examens écrits, des vidéos à tourner, des lettres de motivation à rédiger. J’ai mis un point d’honneur à ce qu’elle passe au travers de tous les processus seule. Jamais elle n’a pu bénéficier de mon aide, de mes conseils ou de mes réponses. Par contre, j’ai été là, à chaque étape pour la soutenir, la rassurer et l’encourager.

Son école primaire actuelle n’a été d’aucune aide, d’aucun soutien. Si je n’avais pas fait mes propres recherches, je n’aurais pas obtenu la moitié des informations pertinentes. J’aurais manqué plusieurs dates limites concernant les tests d’admission également. Je travaille à temps plein. J’ai quatre enfants. Mais clairement, je suis aussi devenue l’assistante de son agenda durant l’automne tout entier.

Ma fille a de la chance. Elle adore l’école et elle réussit très bien. Elle a eu l’immense honneur d’être sélectionnée dans les quatre écoles dans lesquelles elle a postulé. Mais encore fallait-il faire un choix. Et encore une fois, aucun soutien de la part de son école primaire.

Elle s’est assise devant les quatre profils. Elle a appris à peser les « pour » et les « contre ». Elle a regardé les transports disponibles, les amis acceptés, la proximité, les choix de cours, les vidéos de présentation des écoles… Elle a considéré chacun des points et a trouvé ça très dur de trancher…

« Maman… Et si je trompe ? Et si je ne suis pas heureuse dans l’école que je choisis ? Et si je veux changer d’idée ensuite ? Ou l’année prochaine ? Et si je n’y arrive pas… ? » 12 ans. Elle a 12 ans et semble devoir porter le fardeau de son futur sur ses petites épaules. C’est définitivement beaucoup de pression pour une enfant.

Elle a pris son temps pour bien choisir. Elle s’est assurée d’être certaine certaine certaine de son choix avant d’envoyer sa réponse aux écoles. Elle a finalement choisi le programme d’éducation internationale. Elle a eu un coup de cœur pour l’apprentissage des langues, le don de soi, le bénévolat et l’ouverture vers les autres. Sa personnalité colle tellement bien à ce profil, je le sais.

Pendant tout le processus, j’ai tout fait pour me montrer impartiale et ne jamais influencer ses choix. C’est sa vie, pas la mienne. Elle a été sélectionnée pour qui elle est, et non pas pour qui elle pense devoir être.

Malgré tout, je reste avec cette impression que son école primaire aurait dû accompagner ses élèves dans cette transition. Faire venir un spécialiste en orientation, les préparer aux différentes possibilités des tests d’admission, les informer pour leur permettre de faire un choix éclairé. Ils sont jeunes, certes, mais consciencieux. Ils n’ont pas à être lancés dans cette aventure les yeux bandés… Les écoles primaires devraient les éclairer, les informer et briser les tabous. Aucun enfant de 12 ans ne devrait vivre cette transition démuni et face à l’inconnu.

J’aimerais beaucoup vous entendre…

— Vous enseignez en sixième année du primaire ? Que faites-vous dans votre classe pour préparer vos élèves à cette grande étape ? Ou suite à cette lecture, qu’avez-vous envie d’instaurer ?

— Vous êtes parent ? Avez-vous fait vos recherches ? Comment avez-vous accompagné votre enfant ?

Joanie Fournier

**P.-S. Ce n’est pas un débat entre les écoles privées ou publiques… Je n’ai même jamais envisagé d’envoyer ma fille dans le système privé, tout simplement parce que j’ai quatre enfants et que je n’en ai pas les moyens financiers.**

 

Ta fin de session – Texte: Nathalie Courcy

Mon grand, Ma grande, On a les deux pieds en plein en décembre. Tu es à l’école depuis

Mon grand,

Ma grande,

On a les deux pieds en plein en décembre.

Tu es à l’école depuis plus de trois mois, non-stop. Pas de virtuel cette année, pas de pause.

C’est intense, je le sais !

Je te vois aller : ton agenda bien rempli, tes périodes d’études qui s’enchaînent, ta liste d’évaluations qui ne fait que s’allonger.

Je veux te dire que je te comprends et que je t’admire.

Je te comprends parce que je suis passée par là si souvent, pendant tellement d’années. J’avais du plaisir à me claquer toutes ces évaluations, tous ces travaux à remettre, mais c’était quand même exigeant. J’arrivais aux fêtes et je commençais à moucher dès que je remettais mon dernier essai. Systématiquement. Un signe que je fonctionnais sur la batterie de secours, même si je ne me donnais pas le temps de le ressentir.

Je t’admire parce que tu pourrais avoir mille autres préoccupations, mille autres occupations. Tu pourrais aller chiller avec des amis, aller magasiner, aller au gym, passer ton temps à chialer. Mais non. Tu t’appliques à bien faire les choses. Tu t’organises. Tu fais des efforts constants, résultats ou pas. Tu sacrifies des soirées en famille pour remettre un travail à temps. Tu prends le temps de préparer un cadeau personnalisé pour l’échange de cadeaux de ta classe. Tu mets même ton cadran la fin de semaine pour arriver à Noël en même temps que tout le monde. Tu prends même le temps de respirer, ce que j’ai appris à faire à quarante ans.

Wow et re-wow.

Quand je t’exprime ma fierté de te voir aller, tu me réponds humblement : « Oui mais maman, je fais juste mon travail ! Ma job présentement, c’est d’étudier… »

Ben oui. Permets-moi d’être reconnaissante parce que je le sais bien que les ados ne donnent pas tous la même importance à leurs études. Combien de parents s’arrachent les cheveux à essayer de convaincre leurs jeunes d’écouter en classe et d’étudier ? J’ai été de ceux-là, et j’apprécie d’autant plus que maintenant, tu choisisses de mettre les efforts sur ta réussite scolaire et sur ton cheminement personnel.

Je te l’ai dit, hein, que je suis fière de toi ? Ah oui, je me répète… Ça doit être mon âge vénérable. Tu ne m’obstineras pas là-dessus, certainement !

Je te l’ai dit, hein, que je suis là pour toi ? Si tu as des questions, des inquiétudes, si tu as besoin de lâcher ton fou, si tu as envie d’un câlin… je suis là ! Toi, tu fais ta job d’étudiante, ta job d’étudiant. Et moi, je fais ma job de maman.

Pis je t’aime.

Les fêtes s’en viennent. Promis, on va relaxer et s’amuser ensemble. Et je vais te laisser dormir.

Nathalie Courcy

Une rentrée sans « si » – Texte: Sophie Barnabé

Première journée d’école. À la radio, on demande aux parents comment ils vivent cette étape

Première journée d’école. À la radio, on demande aux parents comment ils vivent cette étape… Il y a quelques rares spécimens qui semblent plus confiants ; leur enfant est un p’tit vite et tant mieux ! Toutefois, à écouter les commentaires, ça ne ment pas : l’anxiété est sur toutes les lèvres ! Même toi, t’en parles pas trop, mais tu le ressens déjà. Ton p’tit est anxieux pis ça te tord en dedans quand tu le vois rouler ses mains moites dans le bas de son chandail. Et tôt ou tard, il aura mal au ventre…

J’te comprends donc ! Les miens n’y ont pas échappé… J’avais pourtant lu tous les livres sur la parentalité, appliqué leurs meilleures astuces, écouté les conseils de l’une puis de l’autre… J’me revois encore le premier matin d’école, marcher main dans la main avec mon plus vieux. Qu’il était donc fier avec ses souliers qui faisaient de la lumière ! Il y a plus de quinze ans maintenant. Ce matin‑là, mon cœur jouait au yoyo entre l’envie de le laisser aller et celle de le retenir… juste un peu. Mon esprit imaginait la cour d’école comme une fausse aux lions.

En chemin, j’lui répétais ce qu’il avait dans son lunch, qu’il devait remettre la fiche santé à son professeur, bla bla bla, tu connais ça. Bienveillante, j’lui prodiguais de bons conseils parce que je voulais que tout se passe bien. « Si un ami n’est pas gentil, tu iras voir ton professeur ? », « Si jamais tu te sens stressé, respire. », « Si ça va trop vite, demande à ton professeur de ralentir un peu… ». SiSi… Quand on commence une phrase avec un « si », c’est souvent comme si on appuyait sur le bouton panique avant même que le danger ne se présente. À force de vouloir prodiguer à mes enfants de Si bons conseils pour que tout aille bien, je leur ai inculqué l’anxSIété ! Oui, oui, l’anxSIété ! Souviens-toi de ça !

À force de « si », j’ai inculqué à mes enfants qu’il y avait potentiellement un danger partout et je leur ai fait penser à des situations qui n’arriveraient peut-être jamais ! Je voulais juste bien faire… On veut toutes bien faire.

Depuis quinze ans, des matins où ils restaient figés, des crises de larmes, des crayons que la rage a brisés, des devoirs chiffonnés, j’en ai vu, t’as pas idée ! Combien de fois le sentiment d’impuissance devant leur souffrance ou celui de l’incompétence m’a fait pleurer en silence ?! Et si c’était moi qui avais provoqué, du moins en partie, cette maudite anxiété ?

Avec le recul, j’estime que mes enfants ont peut-être vécu une quinzaine de situations conflictuelles par année scolaire. Ils se sont fait écœurer par les grands, rejeter par les amis, ont eu le souffle coupé après avoir reçu la garnotte de l’année au ballon chasseur… Malgré tous mes « si »… ben oui !

Avoir su que tout ce que j’anticipais était inévitable, je me serais contentée de gérer le problème au moment où il arrivait pour ensuite passer à un autre appel. Tout compte fait, cette quinzaine de situations par année a mis un nuage sur l’équivalent d’une trentaine de journées sur les cent quatre-vingts jours prévus au calendrier scolaire. Est‑ce que ça valait vraiment la peine que je prévienne mes enfants et qu’ils soient sur leurs gardes pratiquement tous les jours, juste au cas ? Pas du tout ! À trop vouloir prévenir, sans m’en rendre compte, j’entretenais l’anxiété à grands coups de Si !

À bien y penser, peut-être vaut-il mieux remplacer les « si » par des silences, par un « ben oui mon grand, ça arrive ! » ou par le mot « essaie »… Les défis qui appartiennent à ton enfant n’appartiennent à personne d’autre, même pas à toi. C’est ça apprendre la vie. Tout ce que tu fais instinctivement pour l’empêcher de souffrir peut même lui nuire ! Lâche prise. Plus facile à dire qu’à faire, tu m’diras, mais crois-moi, je suis passée par là.

Ton p’tit vient d’entrer à l’école… Reste tout près, garde l’œil ouvert bien sûr, mais laisse-le expérimenter. Contente-toi d’être la maman, c’est déjà bien assez ! J’te l’dis, j’aurais dû laisser mes enfants tomber pour qu’ils apprennent à se relever par eux-mêmes plus tôt dans leur vie. Ça leur aurait bien servi !

Notre job de mère, ce n’est pas celle d’un agent de sécurité ni celle d’un psy. Ce n’est pas non plus de paver le chemin que notre enfant décide de prendre. Notre job, c’est de le guider, de l’encourager quand sa route sera cahoteuse, de lui ouvrir nos bras quand il aura besoin de pleurer et de lui apprendre à s’aimer tel qu’il est.

Bonne rentrée sans trop d’anxSIété !

 

Sophie Barnabé

Prof avec un grand P- Texte: Sophie Barnabé

On en a tous un qui nous a marqué. Qui a fait que le cours de notre vie a changé. Qui fait que nou

On en a tous un qui nous a marqué. Qui a fait que le cours de notre vie a changé. Qui fait que nous n’avons pas abandonné. Cette année, contre vents et marées, tu as réussi à planter quelques graines qui ont fait rêver tous ces jeunes qui avaient du mal à prendre racine parce que depuis un an, le sol sous leurs pieds était fait d’argile. Fragile.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui a réorganisé la routine de Maëlle dans une vie chamboulée parce que ses parents travaillent dans le domaine de la santé. Ta vie aussi l’était, mais en classe, tu ne l’as jamais démontré.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui a créé une bulle à petits bouts de nouveaux repères où l’anxiété était contrôlée, où leurs yeux et leurs oreilles pouvaient s’ouvrir et leur cerveau accueillir. Tu as su les envelopper dans un climat propice à l’apprentissage que peu d’entre nous pouvaient aussi bien reproduire à la maison.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui a nourri les esprits dans une époque où les jeunes ont soif de vivre.  Tu leur as enseigné les maths et le français, mais aussi la résilience, l’adaptation, la bienveillance et la solidarité. La leçon s’est transmise jusqu’à la maison.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui a perçu dans le regard de Lucas la panique qui s’emparait de lui à la question 2 du mini-test. Tu ne pouvais mettre ta main sur son épaule comme à l’habitude, mais derrière ta visière, ton sourire a su l’apaiser.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui, même à 2 mètres de distance, a su être assez proche pour tendre l’oreille et accueillir les confidences de Nathan quand il n’en pouvait plus de voir ses parents s’obstiner à force d’être toujours ensemble à télétravailler sur la table de la salle à manger. Il y a sûrement eu des moments où toi aussi, tu aurais voulu te confier, n’en pouvant plus de ne pas savoir sur quel pied danser.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui a renforcé l’élan de fierté que, malgré le masque et les lunettes, tu as su déceler dans les yeux d’Océane. Ses réussites sont rares, mais tu n’en n’as pas manqué une parce que tu savais qu’elle avait besoin de reconnaissance plus que jamais.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui a transformé l’arc-en-ciel aux couleurs du « ça va bien aller » auquel tes élèves croyaient de moins en moins, en rêves qui donnent du sens même au monde de licornes.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui a provoqué des conversations en gang pour unir les solitudes. Tu as su à maintes reprises dédramatiser, embaumer la classe de coolitude, démarrer un fou rire dont ils vont se souvenir.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui leur a donné des outils pour avancer dans un monde où tout semble bien fragile. S’informer, faire preuve de jugement et de discernement, exprimer ses inquiétudes, l’importance du respect des consignes en société, apprécier sa liberté, respirer.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui a semé ce petit je ne sais quoi pour en faire quelque chose qui deviendra grand. Ces 180 jours d’école fixés au calendrier où tu te présentais sans filet pour leur apprendre à vivre aujourd’hui, car demain n’est pas toujours acquis.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui a atténué les inégalités entre Mohamed qui nage comme un poisson dans l’eau entre deux algorithmes et Vincent qui n’avait que le sport pour se valoriser. Tu en as fait des pieds et des mains pour ne pas qu’il soit découragé, pour qu’il vive de beaux moments malgré ses nombreuses difficultés.

 

Merci d’avoir été le Professeur qui a bien voulu faire équipe avec moi, d’avoir su quoi dire quand je n’avais plus de mots pour rassurer mon enfant. D’avoir pris du temps pour l’encourager quand mes batteries étaient à low. Même pour moi, tu as été un phare dans cette tempête. Quand je me sentais partir à la dérive, comme par magie, tu m’envoyais un petit message pour me dire que ce n’était pas grave si je n’avais pas réussi à faire faire tous les devoirs à Charlie. Le courriel entrait là, au bon moment, comme si on faisait de la télépathie. Comme si on était dans le même bateau.

 

Pris au centre de cette tempête d’incertitude omniprésente, d’anxiété virale et d’espoir fragile, la société t’a confié sa plus grande responsabilité et t’a crié silencieusement : « arrange-toi avec ça! ». Tu as porté ce fardeau sur tes épaules, les poings serrés et contrairement à la consigne, tu ne t’en es jamais lavé les mains.

 

Merci de leur avoir servi de modèle avec ta résilience, ta capacité d’adaptation, ton dévouement, ta foi et ton amour pour eux. Tu t’es levé tous les matins en te convainquant que ce serait une bonne journée, même si tu doutais de ce qui te pendait au bout du nez. Malgré toutes tes insécurités, tu ne les as jamais laissé tomber. C’est tellement précieux de savoir qu’on a quelqu’un sur qui compter.

 

Tu as caché tes inquiétudes derrière ton masque pour donner le meilleur de toi. Tu as regardé en avant avec ta visière, comme si elle te permettait de voir que le beau était devant nous. Même le poids de ton Purell en spray toujours à la main n’a pas réussi à te faire baisser les bras. Simplement parce qu’un prof, même quand c’est à boutte, c’est comme ça… un Prof… Cette profession qu’on devrait toujours écrire avec un grand P parce qu’une majuscule, ça dépasse les autres lettres. Parce qu’une majuscule, c’est grand. Parce qu’une majuscule, c’est noble.

 

À toi, cher Professeur qui a su faire avancer des dizaines de jeunes dans cette tempête, je dis un sincère merci. Simple, mais ô combien ressenti. Du fond du coeur. Merci.

 

Sophie Barnabé