Tag enfants

Ils nous font vivre les plus belles années de notre vie.

Nous étions des adolescents. Nous voulions plus de pouvoir, plus de responsabilités, plus de liberté. Nous nous sentions comme des lions invincibles pris en cages… Nous avions si hâte d’avoir un réel pouvoir de décision sur nos propres vies, sur l’avenir. Nous sommes tous passés par cette période un peu sombre où notre corps changeait et pendant laquelle on se sentait totalement impuissants.

Puis, jeunes adultes, nous tentions de notre mieux de profiter de cette nouvelle liberté, tout en essayant de nous construire une vie réelle d’adulte. Nous nous sommes heurtés à ces nouvelles responsabilités, si lourdes à porter. Les changements d’emplois, le parcours universitaire, les soucis financiers, etc. On imaginait une grande période digne des années Peace and Love, mais on a vite frappé le mur de la réalité.

Maintenant, adultes assumés, nous sommes comblés par la vie. Nous avons choisi nos carrières. Nous avons appris à nous connaître et par‑dessus tout, à nous respecter nous‑mêmes dans nos choix. Nous avons exilé de nos vies les personnes toxiques pour choisir de rester avec celles qui nous font du bien. Nous avons mis au monde des petits êtres. Puis, nous avons compris. Compris la vie.

Nous regardons ces petits humains, créés avec tant d’amour. Ils grandissent, s’épanouissent et découvrent peu à peu qui ils sont. Nous sommes tous persuadés que nos enfants accompliront de grandes choses. Et pour l’instant, on profite d’eux, de leur présence. Ils nous font vivre les plus belles années de notre vie. Rien de moins.

Quand ils partiront vivre leur vie, nos grandes maisons seront tout à coup plus propres, mais tellement plus vides. Nos portefeuilles seront plus pleins, mais cela nous semblera tellement futile… Le temps aujourd’hui file à une vitesse folle. Quand nous serons vieux, ce même temps passera un grain de sable à la fois et nos longues journées seront bien calmes.

Le meilleur de nos vies, c’est maintenant. Avec nos enfants. Avec ces petits êtres qui n’ont encore aucun souci sur les épaules. Leurs rires, leur amour, leur magie, leur naïveté… C’est tellement ça, la vie. Je pense que l’on a commencé à vivre réellement le jour où on les a mis au monde. On a beau être allés à l’école pendant vingt ans, ce sont ces petits êtres qui nous apprennent ce qu’est la vie, et ce, chaque jour.

Alors nous devrions tenter d’en profiter au maximum. Profiter d’eux. Les dettes vont être encore là dans vingt ans. Le ménage sera encore à faire dans vingt ans. Mais dans vingt ans, nous n’aurons plus la chance de partager nos quotidiens avec eux. C’est notre vie d’adulte que l’on devrait mettre sur pause pour prendre le temps de vivre leur enfance avec eux.

Ils sauront nous réapprendre toutes ces petites choses que l’on a oubliées. Regarder voler un papillon comme si c’était magique. Jouer dans la piscine sans se soucier de la température. Faire des bulles et trouver que c’est la plus belle expérience scientifique au monde. Se balancer au parc comme si c’était possible de s’envoler. Courir au ralenti à la Tag pour donner une chance aux plus petits de nous toucher. Pis être content d’être la Tag… Ne pas vouloir dormir ni aller se laver, parce que ce sont des minutes de moins à jouer…

Il est plus que temps d’arrêter de perdre patience en essayant de les faire entrer dans notre horaire, dans nos vies d’adultes. Il est plus que temps de mettre nos cerveaux sur pause pour vivre la vraie vie avec eux et à travers leurs yeux. Parce que nos enfants nous font vivre les plus belles années de notre vie. Maintenant. Alors, allez en profiter.

Joanie Fournier

 

Je ne veux pas que ça finisse!

Ne me lancez pas des roches (de toute façon, je suis à plus de deux mètres). Pas tout de suite, en tout cas. Attendez au moins d’avoir lu jusqu’au bout.

Le confinement, je ne veux pas que ça finisse (à quelques détails près).

Le coronavirus, oust. DÉGAGE! Tu nous fais mal, tu déjoues nos efforts et nos lavages de mains.

Les questionnements angoissants : Jusqu’à quand le compte en banque résistera‑t­‑il à la perte d’emploi? Le test, il est positif ou négatif? Qui nous appelle au milieu de la nuit?… Tout ça, on le jette aux poubelles, que dis-je, au déchiqueteur.

Les humains qui tombent comme des mouches, comme dans la chanson « Plus rien » des Cowboys fringants : on fait un reset, on arrête le carnage!

Les mourants que personne ne veille parce qu’ils ne peuvent pas être les bienvenus, les funérailles où seul le mort est invité, c’est trop. C’est inhumain, insupportable.

Les statistiques qui roulent en boucle aux nouvelles : la courbe, on ne veut pas l’aplatir, on veut l’écrapoutir.

À tous ceux qui vivent les contrecoups de la pandémie (bref, tout le monde, genre, tout humain qui habite sur la planète Terre en ce moment), sachez que je suis de tout cœur avec vous en pensées, en ondes et en tout ce que vous voudrez.

 

Mais pour le reste? J’ose dire que j’en prendrais encore longtemps :

Des tonnes de câlins matin, midi et soir avec mes cocos, n’importe quand!

Des journées en famille, en pyjama ou pas, go! User mes pantoufles, j’adore ça!

Aucune obligation sociale, même pas celle de se maquiller…

Pas de centres commerciaux pour aller dépenser (désolée pour l’économie mise à mal ; ce n’est rien contre les entrepreneurs ni les employés… c’est juste que je suis mieux dans mon cocon que coincée dans le capitalisme)…

Pas de parades de conducteurs stressés deux fois par jour, pas de nervosité à l’idée d’arriver en retard à un rendez-vous ou à l’école, pas de « dépêche‑toi », pas de « tabarouette, l’essence a encore monté »…

La chance de télétravailler aux côtés de mon amoureux (et de créer des stratégies pour rester concentrés)…

Pas de taxi-mom, pas de papou-taxi…

Des repas partagés, des recettes inventées, mille occasions de s’entraider…

La permission de vivre et d’apprendre au rythme de chacun, pas de pression, pas d’évaluations…

Pas d’appels de l’école pour discuter d’un comportent dérangeant ou d’un devoir non remis (un soulagement, je vous dis!)…

Mon rêve d’enseigner à mes enfants, même si dans ma tête, ça ne se passait pas comme ça…

Du temps en quantité pour écouter mes enfants, les entendre rire, accueillir leurs plaintes (« C’est long, maman! Quand est-ce qu’on retourne à l’école? ») et trouver des solutions, pour observer leurs défis, leurs progrès, pour combler leurs besoins et les convaincre que les autres aussi en ont…

Des semaines intensives de maternage pour analyser l’impact de mes interventions parentales, pour admirer les fleurs qui poussent et ajouter un tuteur là où la tige a poussé croche…

Du soleil pour jouer, de la pluie pour danser, de la neige pour se blottir au chaud avec un bon roman…

Le ciel qui se dégage, les rivières qui retrouvent leur transparence, la planète qui arrête de trembler de peur…

Le temps de prendre le temps…

Tout ça, j’en prendrais encore longtemps. Plus la permission d’aller voir ma maman.

Nathalie Courcy

Ce que je vous souhaite, mes beaux enfants

Mi-quarantaine et boom! J’ai besoin de m’épanouir. J’ai besoin de ce petit plus, de cette petite étincelle qui rallumera ma flamme et cassera mon traditionnel métro-boulot-dodo.

Oui, j’ai toujours la flamme de développer ma nouvelle compagnie, mais j’en veux plus. Et là, ma tête va de tout bord, tout côté… nouveau travail, retour aux études? Et entre ça, mon travail, ma compagnie, les enfants, la maison… mais que faire? Après 24 ans en entreprise à pratiquer un métier non traditionnel, malgré l’obtention d’un baccalauréat il y a 20 ans, qu’est-ce que je fais de moi? Et c’est là que ce texte m’est venu.

Ce que je vous souhaite pour l’avenir mes beaux enfants…

Je vous souhaite de toujours faire ce qui vous passionne le plus.

Je vous souhaite de vous dépasser au maximum dans tout ce que vous allez entreprendre et surtout, de voir un échec ou un refus comme un signe que l’avenir vous apportera quelque chose de meilleur.

Je vous souhaite des études qui viendront allumer la flamme dans votre esprit et qui vous guideront vers un travail que vous aimerez au point de le pratiquer toute votre vie. Un travail qui vous procurera les défis desquels vous avez besoin pour vous sentir complets.

Je vous souhaite des amis qui vous aideront et qui seront là dans les meilleurs moments, mais aussi dans les pires. Des amis comme les miens qui seront toujours là pour vous. Là pour vous écouter, là pour vous faire passer des moments inoubliables.

Je vous souhaite un amoureux ou une amoureuse qui sera plus que ça. Un amoureux ou une amoureuse qui est aussi votre compagnon de vie. Sur qui, dans les mauvais moments, vous pourrez vous appuyer. Qui vous tiendra la main et qui vous dira que tout va bien, que tout ira bien. Un amoureux ou une amoureuse avec qui vous pourrez rire aux larmes. Une personne qui ne brisera pas votre cœur et qui saura vous comprendre, vous écouter, vous aimer à votre juste valeur car oui, nous avons tous le droit d’être aimé!

Et surtout, et surtout… je vous souhaite d’avoir des enfants aussi extraordinaires, forts, résilients et beaux que vous deux!

Annie Corriveau

 

Redécouvrir ses enfants

Je l’ai souvent dit, je n’ai jamais autant ri que depuis que je suis maman. L’apprentissage du langage, les découvertes maladroites, les explorations un peu gauches nous offrent de nombreux fous rires. Quand on ajoute à ça leur personnalité qui se dessine et leur sens de l’humour qui se développe, il n’en faut pas plus pour nous attendrir.

Notre grand de trois ans et demi désamorce depuis peu de manière savoureuse les moments de tension (lire ici : tester nos limites et se rendre compte qu’il les a presque atteintes) avec humour. Il nous répond « ok, j’accepte » à la consigne qu’on lui donne (pour la dernière fois, il le sent!) comme s’il nous faisait une faveur, ou « d’accord patron-maman », le sourire dans l’œil. Ça fonctionne à tout coup et l’ambiance s’adoucit. Il nous a habitués à son humour et à ses éclats de tendresse. Il nous fait encore autant rire et continue de nous surprendre, mais son genre d’humour est maintenant bien défini et s’affine tranquillement.

Depuis un peu plus de deux mois, notre bébé de vingt mois a lui aussi commencé à nous étonner et à nous prendre par surprise. Il tente de nous faire rire, veut faire des blagues à son grand frère et est très taquin. Il s’esclaffe de rire, de manière un peu exagérée, lorsque nous rions aussi. Il comprend qu’il nous fait rire et répète le geste ou le son qui a déclenché la risée. Ce qu’il préfère, c’est quand son grand frère le trouve drôle. Là, il redouble d’énergie pour que ça ne s’arrête pas.

Mais ce qui me touche le plus, c’est lorsque je suis témoin de leur tendresse, de leur douceur, de leur désir de prendre soin des autres. Nous sommes allés rencontrer le bébé tout neuf de nos précieux, parrain et marraine de notre plus jeune. Il était si doux! Il lui donnait de petits becs, des câlins et redemandait à le prendre. Il était lui-même attendri, notre encore-bébé-pour-si-peu-de-temps-encore, par ce si petit bébé. J’étais tellement émue de le voir aller ainsi. C’était la première fois qu’on le voyait interagir avec réellement plus petit que lui.

Et notre grand qui chante une chanson à son petit frère pour le consoler, qui lui « lit » des histoires, qui nous fait des massages, qui nous aide à ranger, qui nous raconte des histoires de plus en plus longues et élaborées… On n’a pas fini d’être fasciné par nos minis!

Jessica Archambault

 

Laissez-les jouer!

C’est le festival des yeux rougis et des épaules qui tressautent sous la force des sanglots. Dans une boîte, un corps. Une personne aimée. Adorée. Partie trop jeune. Beaucoup trop jeune.

Il fait froid dans la salle et dans nos cœurs. On ressent le vide immense laissé par cet être cher. On gèle… Plus tard, à la réception, on aura la force de se remémorer quelques anecdotes plus rigolotes. Le son de son rire. Ses rêves d’enfance. Et ceux qu’elle avait pour ses enfants. Devenus orphelins.

Mais pour l’instant, on observe le silence rituel. On chuchote nos condoléances. On entend le voisin se moucher, discrètement. On regarde le plancher parce qu’au moins, lui ne nous fait pas pleurer. L’atmosphère est lourde.

Et puis, il y a ces enfants qui jouent à la cachette entre les chaises. Les plus jeunes qui chevauchent les épaules des plus vieux. Une table avec des cahiers à colorier, quelques collations. Un enfant endormi au creux d’un fauteuil. Il est capable d’oublier ce qui se passe à l’instant, le chanceux… Un bébé qui réclame bruyamment son lait ou sa routine.

Il fut un temps où petits et grands avaient la même obligation lors des cérémonies mortuaires. À genou, debout, chut! Contenance obligatoire. Comme si le deuil faisait vieillir de vingt ans. Mais plus maintenant.

J’ai tellement passé de temps dans les salons funéraires que je m’y sens chez moi. Et chaque fois, je remarque les yeux embués qui s’illuminent quand un enfant reste un enfant. Je remarque la tension qui baisse de quelques échelons dès qu’un jeune parent entre dans la pièce avec son bébé. Je vois les regards soulagés de pouvoir observer les enfants qui jouent au lieu de n’avoir que le cercueil comme seul point de mire. Je vois les sourires au milieu des larmes. À la vue des enfants, on se souvient que la vie continue…

Je n’amènerais pas mes enfants « pour le fun » dans un salon mortuaire ou dans des funérailles, mais je ne m’empêcherai jamais de les y amener pour une personne proche ou s’ils demandent de m’accompagner. Et surtout (dans les limites du raisonnable, bien sûr!), je ne les empêcherai jamais d’être des enfants.

Au salon comme partout, les enfants ont un pouvoir magique : celui de s’ancrer dans le moment présent et de faire sourire les gens.

Nathalie Courcy

Maman… AIDE-MOI!

J’ai beaucoup hésité à écrire ce texte. Même en écrivant ces lignes, je doute toujours. Ce soir-là, j’ai pleuré en me demandant si la vie ne s’était pas trompée en me donnant le titre de maman…

Pourtant, c’était un dimanche soir plus que banal. On terminait notre souper. C’est vrai que dans la journée, il y avait eu beaucoup de frictions entre sœurs et entre maman et enfants. Pourtant, le souper se déroulait plutôt bien malgré tout.

Une simple petite phrase a tout fait basculer : « Mady, n’oublie pas, il faut faire tes devoirs ce soir. » J’aurais dû comprendre, avec son « non » tranchant et un peu agressif, de ne pas insister. Pourtant, j’ai succombé à la pression scolaire… j’ai insisté.

La tornade a touché terre à ce moment. Une crise forte, trop forte à mon avis, pour ce que je lui avais demandé. Des objets fusaient de tout bord tout coté. Des larmes, des cris, des mots durs sortaient de sa bouche. Toutes les tensions accumulées dans cette journée, cette semaine ou même ce mois s’évacuaient dans cet énorme débordement.

J’ai fermé les yeux et j’ai voulu mettre ma soirée sur pause. Rembobiner la cassette juste avant le moment qui a déclenché la crise. Malheureusement, je ne pouvais pas… Je devais vivre ça.

Mais mon cerveau refusait de gérer ça. J’ai regardé mon chum, en le suppliant du regard de m’aider. Je me suis butée à la même demande dans ses yeux.

Alors j’ai crié moi aussi, crié plus fort qu’elle. Je l’ai conduite dans sa chambre. Je lui ai interdit de sortir tant qu’elle ne serait pas calmée. J’ai fermé la porte sur ses pleurs, ses cris. J’ai fermé la mienne pour étouffer mes pleurs, mon désespoir.

Ma petite Boucle d’or est revenue plus tard, toujours en pleurant mais sans colère, me donner un petit carnet.

Elle y avait écrit son désespoir et me suppliait de l’aider à se comprendre. Elle se sentait perdue. Perdue face à ses explosions de colère qui la submergeaient, la contrôlaient.

Les larmes ont recommencé à rouler sur mes joues. Je n’ai pas compris ma fille, je n’ai pas vu toute cette peine, cette incompréhension, cette douleur en elle.

Je sentais que j’avais échoué dans mon rôle de maman. Même encore ce matin en vous écrivant, je me demande pourquoi je n’ai rien vu…

Mélanie Paradis

Offrir son temps pour les enfants

Ce matin, j’ai eu la chance d’accompagner mes collègues pour remettre un beau chèque à Opération Enfant Soleil ☀️.

Je m’attendais à être émue devant les enfants malades, à regarder mes filles en me demandant : « Et si c’était elles? ». Je m’y attendais et c’est arrivé.

Toutefois, je ne m’attendais pas à découvrir tous ces bénévoles, bien cachés derrière nos écrans de télés… Des humains au grand cœur, unis pour une cause rassembleuse.

Parce qu’un enfant, ça ne devrait pas être malade. Un enfant, ça court, ça fait du bruit, ça te saute au cou…

Des humains unis pour les enfants et pour leurs proches.❤️

Parce qu’une famille, ça fait des pique-niques, ça part en voyage, ça fait du camping…

Il y a des familles pour qui rien de cela n’est possible.

Et il y a des humains qui DONNENT de leur temps pour faire pousser un brin d’espoir pour tous ces gens…

Ce matin, c’est cela qui m’a frappée. Tous ces bénévoles, le sourire aux lèvres, les yeux brillants, le cœur fier! Une dame m’a confié être bénévole tout au long de l’année ; le téléthon, c’est plus que les quelques heures à la télé…

Les humains qui donnent de leur temps sont des êtres bons. La générosité, le grand cœur, on naît avec. La bonté se lit sur le visage d’un humain ; c’est comme s’il était enveloppé de velours.🌸

Vraiment, je tenais à souligner tout le travail qui s’opère derrière ces quelques heures de diffusion.

Bravo à toi, cher bénévole!

Karine Lamarche

Jamais seule sur la photo

Sur ma photo de profil de Facebook : mon visage entouré du visage de mes quatre enfants. Sur ma photo de blogue ? Encore une fois, ma binette, entourée de la binette de mes quatre enfants. À l’occasion, c’est une photo de moi… avec un de mes enfants. Ou de mes quatre enfants, sans moi. Mais moi toute seule ? Euh… ça fait longtemps que ce n’est pas arrivé.

Depuis quinze ans, je me définis comme maman. Ils sont ma priorité. Mais pas la seule. J’ai des projets, une entreprise, un emploi, une famille, des amis, des passions.

Avec le temps, j’ai appris à prendre du temps pour moi, du temps pour la femme, pour l’enfant en moi, même ! J’existe sans eux, même s’ils sont toujours en moi.

Pourquoi, alors, sont-ils toujours sur les photos avec moi ? Pourquoi est-ce que je ne présente jamais de photo de moi seule, sans eux ?

Bien sûr, comme parent, c’est moi qui prends les photos. Même quand le papa était dans le décor, c’était moi qui pensais à prendre les photos, à documenter notre vie de famille, leur enfance.

Leur mémoire, c’est moi ! Même quand je demande à un de mes enfants de me prendre en photo, je ne me trouve pas « comme je veux ». Je vois surtout ce que je n’aime pas, alors que quand ils sont là, sur la même image, ils estompent ce qui me dérange en moi. Je me concentre sur leurs visages joyeux.

Dans le regard de la femme seule sur la photo, je vois mes pensées, mes questionnements, mes incertitudes. Alors qu’avec mes enfants, mes pensées sont tournées vers eux, vers nos moments heureux, vers nos folies et nos rires, et c’est ce qui transparaît dans mes yeux, dans mon teint, dans mon attitude.

Je me trouve plus belle avec eux qui encadrent mon visage. Je rayonne plus avec eux dans mon histoire. Dans leurs yeux, je vois le meilleur de moi. Une photo avec eux est remplie d’amour et d’histoires.

La seule photo où je suis seule, c’est ma photo d’écrivaine. Comme auteure, je suis autonome, fière, confiante, accomplie, autant que je le suis par rapport à mes enfants et à la famille que nous formons. Dans ma vie de tous les jours, je m’appuie sur eux, comme eux s’appuient sur moi.

Un jour, je serai seule sur la photo. Je me regarderai dans les yeux et je verrai l’étincelle que je vois dans mes yeux quand je suis entourée de ma gang.

Ce jour-là, je crois que ce sera un signe que je suis prête, peut-être, à ajouter un autre visage sur mes photos, le visage d’une personne qui aimera d’abord la femme en moi.

 

Nathalie Courcy

Les enfants sont à tout le monde

Vous avez sûrement déjà entendu le proverbe : « Il faut tout un village pour élever un enfant. » En tant qu’éducatrice spécialisée, j’y adhère profondément. Je fais de mon mieux pour aider les enfants des autres… en plus des miens. Maintenant, j’essaie de l’appliquer le plus possible, et ce, partout où je vais et non seulement à l’école. 

 

Bien sûr, les parents ont priorité sur les interventions qui concernent leurs enfants. Mais quand je vois qu’ils sont dépassés ou découragés et parfois carrément absents, je me dis que moi, je suis là. L’enfant n’est pas seul au monde. Et c’est la même chose en ce qui concerne les miens. L’année passée, mon fils avait cinq ans et il pleurait parce qu’il avait égaré son jouet à l’épicerie. Une dame qui était au kiosque de dégustation l’a remarqué et lui a offert un autocollant en le réconfortant. Je l’ai laissée prendre la place avec plaisir. J’ai trouvé magnifique que mon fils soit consolé par une étrangère. Elle avait son bonheur à cœur même si ce n’était pas le sien. 

 

Si un enfant fait une crise digne de l’exorciste au magasin, au lieu de regarder ailleurs ou pire, de juger, j’offre un simple sourire aux parents, un regard de « je compatis, je suis passée par là » et je leur propose de passer avant moi à la caisse. Oui, ça aide les parents, mais encore plus l’enfant au bout du compte. Ce n’est pas agréable pour lui de hurler devant tout le monde. 

 

Au cours de natation, un enfant dans le groupe de mon fils de six ans se retrouvait souvent sans parents pour le regarder. Il donnait du fil à retordre à sa monitrice. Je suis allée le voir et je lui ai dit que je le regardais, moi. Que j’avais remarqué qu’il était très bon (il l’était vraiment!) et qu’il était capable. Son attitude a changé et il m’a prouvé que j’avais raison. Quand c’était son tour, il s’assurait  que je le regarde. Je le félicitais discrètement à coups de pouce en l’air et d’air impressionné. Mon fils m’a questionnée à savoir pourquoi j’encourageais aussi son ami. Quand je le lui ai expliqué, il s’est mis à l’encourager à son tour. Bien sûr, quand son parent arrivait à la toute fin, je lui redonnais toute sa place. 

 

À l’école, pour plein de raisons, parfois, le parent ne collabore pas autant que l’on souhaiterait. Alors, on compense. Quand l’enfant réussit un défi, on est fier de lui pour deux, on met le paquet comme on dit. On l’écoute pour deux, on l’encourage pour deux. C’est certain que rien ne vaut le parent dans toutes ces situations, j’en suis consciente et l’enfant aussi. Mais je me dis que plus tard, il va peut-être se souvenir que quelqu’un était quand même là pour lui. 

 

Je sais que je ne suis pas la seule à penser ainsi. Au karaté de mes fils, c’est impressionnant! C’est un cours d’âges et de niveaux mixtes. Dans le groupe de mes garçons, la fourchette d’âges est de quatre ans à environs soixante ans. Chaque enfant et chaque adulte est encouragé par le reste du groupe, quand c’est un défi pour lui, jusqu’à ce qu’il réussisse. Il est ensuite applaudi et félicité. C’est émouvant de voir qu’on peut réussir beaucoup de choses avec du soutien. 

 

Les enfants n’ont pas demandé à venir au monde.

 

Il faut arrêter de regarder notre nombril et de se dire que comme ce n’est pas notre enfant, on ne peut rien faire. C’est totalement faux. Chaque personne compte, chaque regard et chaque sourire comptent : la blague de la bibliothécaire, la personne âgée qui arrête sa promenade pour saluer les enfants de la garderie, le klaxon tant convoité du camionneur, la voisine qui propose d’aller au parc, etc. 

 

Je crois que si chaque personne prenait conscience que les enfants sont à tout le monde, la vie serait meilleure. Les enfants sont les adultes de demain, prenons soin d’eux.

 

Krystal Cameron

 

12 raisons pour lesquelles j’admire mes enfants

Les enfants, je trouve ça merveilleux (les miens en particulier parce que je suis zéro objective). Dans le sens où ils forcent l’émerveillement. Ils m’émeuvent. Pourquoi, donc?!

1-      Ils disent « Je t’aime » à tour de bras. En toute sincérité. Pas juste sur un lit de mort parce que rendu là, t’sais… il faut bien. Pas de gêne, pas d’obligation. Pas de conditions.

2-      Quand je leur demande ce qu’ils veulent pour souper, ils s’exclament « D’la salade! » Ou mangent du thon pour déjeuner. Et s’offrent souvent même pour cuisiner. La version ado fait même la vaisselle!

3-      Ils utilisent des mots cool comme « interdépendance », « gender fluid », « métaphorique » et « cortex cérébral », comme ça, tout naturellement.

4-      Ils ont un sens de l’humour qui me fait craquer. Les rois et les reines du calembour. Et rient de mes jokes plates de quarantenaire. La compassion, t’sais…

5-      Ils sont des argumentateurs hors pair. Je prendrais parfois une pause, mais ils iront loin. Ils changeront le monde. Ils changent le mien chaque jour. S’ils rencontrent Trump un jour, il va passer au cash.

6-      Leur hypersensibilité est autant un défi qu’un tremplin. Leur p’tit surnom d’amour, c’est Empathie. Ils peuvent éclater en sanglots à l’idée qu’une bouteille de plastique s’est retrouvée à la poubelle et non à la récup. Ou éclater de joie parce que la rentrée scolaire approche.

7-      Ils font la différence entre la déception, la tristesse, l’insatisfaction, l’ennui. Ce n’est pas tout le temps exprimé en toute clarté, mais ils connaissent ces émotions. Moi dans mon temps, il n’y avait que les cinq émotions de Sens dessus dessous… Pas de nuance, pas de demi-teintes.

8-      Ils arrivent dans un parc et en trois secondes et quart, ils ont déjà cinq nouveaux amis. Facile de même. Ils pourraient donner des cours de fidélité à bien des adultes.

9-      Ils sont allumés. Ils sont curieux. Ils veulent comprendre. Ils en comprennent pas mal plus que nous à leur âge. Et oui, ils savent que Wikipédia ne dit pas toujours la vérité. Dans la même conversation, ils peuvent parler de façon intelligente (ou pas) de VIH, de licornes, de société démocratique et de caca de moufette.

10-  Ils prennent soin des autres. Et d’eux-mêmes. Ils sont aussi capables de demander un massage que d’en offrir un.

11-  Ils rêvent. Dans le moment présent et pour le futur. Ils choisissent de croire aux licornes même s’ils savent que ça n’existe pas. Et ils se donnent le droit de croire en eux.

12-  Ils sont eux-mêmes, même quand c’est un défi. Même quand c’est marginal.

 

Nathalie Courcy

Histoire de camion jaune

On vient de déménager. Un nouveau chez-nous, plus petit, plus tranquille, plus chaud en hiver, plus économique pour votre papa, mais surtout plus familial. Ici, les espaces vous permettront de jouer à la cachette, de courir partout en jouant à la tag et d’inviter plein d’amis.

Déjà, vos jouets s’accumulent, traînent et s’empilent. Reçus de vos cousins, cousines et amis. Il y a en tellement que je ne sais plus où les mettre. Et je trouve difficile de m’en défaire, pour certains du moins, car j’y ai tissé des toiles de souvenirs. Mais il faudra. Je crois que tous les jouets essentiels devraient être gratuits. On ne devrait pas payer pour une première bicyclette, un premier ballon, un premier cerf‑volant et surtout un premier livre. C’est essentiel à tous les enfants comme l’oxygène dans les poumons, les arbres dans les parcs, l’ombre un jour chaud d’été et le sable sur une plage.

Assis sur le balcon, vous dégustez vos glaces faites maison pendant que je termine ma sixième tasse de café. En regardant tous ces jouets, je réalise que nous ne manquons de rien. Il y en a assez pour amuser une garderie tout entière pendant une année. Ok j’exagère. Six mois! Et si nous en avions trop? Donner fait toujours du bien. Le geste humain multiplié par l’intention. Un camion jaune, payé 50 sous, traîne près de nous et souffre dans sa solitude. Délaissé, inanimé et aussi malheureux qu’un personnage du film Histoire de jouets. Il nous implore de lui offrir une nouvelle vie. Soudainement, une famille de quatre enfants, nos nouveaux voisins fraîchement débarqués du Burundi, se pointe dans notre champ visuel.

J’entends la demande du camion jaune et il me vient une idée : « Ouin, ok. Mon fils, s’il te plaît, prends le camion et va l’offrir au petit garçon là‑bas. Celui que tu vois au coin qui a les mains vides ». Les enfants doivent jouer et aucun d’eux ne devrait faire exception. Et j’aime vous lancer des défis mes chers enfants, vous amener ailleurs. Alors, tu me regardes droit dans les yeux pour bien valider ce que je viens de te dire. Je vois une bulle imaginaire sortir de ta tête comme celle qu’on voit dans les bandes dessinées : « Quoi, à eux? La grande famille que je ne connais pas? » Sous mon regard attentif et l’œil protecteur de ta sœur cadette qui te suit, tu t’exécutes, convaincu après tout du bien-fondé de ton geste. Ton nouvel ami, celui qui viendra cogner à notre porte pour apprendre les joies de l’hiver, celui qui élargira ton esprit, était content. J’ai vu de loin ta surprise de recevoir un gros câlin de sa maman que tu ne connais même pas. Et puis tu es revenu vers moi et nous avons pris conscience de ce qui venait de se passer. Dans un monde devenu trop virtuel, on peut encore serrer des mains et faire des accolades. Notre champ visuel restera le même, nous aurons l’occasion de mieux les connaître. Ça viendra.

Plus tard, à la pataugeuse, question de combattre cette canicule qui crache du feu, tu me poseras bien humblement LA question parmi les millions de questions que tu as en tête du haut de tes six ans. Elle était naïve et bien sincère. « C’est-tu vrai papa que les Noirs sont plus pauvres? » « Ben non mon fils. La couleur de la peau n’a rien à voir avec la richesse. Ce qui compte, c’est celle du cœur. Et d’être gentil. Tu sais, les enfants que tu as rencontrés pour la première fois ce matin ont sans doute laissé tous leurs jouets là où ils vivaient avant d’arriver ici. Ça prend beaucoup de place des jouets dans un avion ». Et je sais oh! combien tu aimes les défis, à quel point ton esprit compétitif est aiguisé. Et j’ajoute « Et en passant mon fils, je pense que nos nouveaux voisins courent très vite. Je pense aussi qu’ils font de la magie avec un ballon de soccer. Tu verras bien ». Allumé, tu captais le message aussi vite que tes mains sur un bol de jujubes. « Ils courent vite? » me demandes-tu. « Ils courent très vite. Tu vas aimer. Tu auras bien besoin de toutes les flammes des souliers offerts par ton grand cousin. Je te le dis! Et puis tu sais quoi? Je pense aussi qu’on vient de trouver les joueurs de hockey de ruelle qu’il nous fallait, tu sais, ceux que tu me demandais déjà de dépister avant d’arriver ici. Va te pratiquer à courir vite maintenant ».

Si nous le leur permettons, les enfants font tomber des barrières qu’ils utilisent pour bâtir des ponts d’or, sur lesquels pourra rouler le camion jaune à 50 sous. Notre chez-nous est soudainement devenu plus grand, plus chaleureux et surtout plus amical.

Marc-André Bergeron