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Fak, maman – Texte : Kim Boisvert

Maman,

T’es déjà dans ton t

Maman,

T’es déjà dans ton trou, que tu t’es toi-même creusé, tu sais donc pas ce que ça fait de sentir le sien grossir.

Aujourd’hui, j’voulais me mettre belle pour souligner ton décès. J’pense que ça m’aide habituellement à faire passer cette journée. Mais pas aujourd’hui. J’ai l’nez qui coule autant que mon envie de te crier des bêtises. Fak, d’où t’es, tu m’verras partir pour le bureau les yeux un peu moins brillants et avec un chandail vieux comme le monde. J’espère que t’es contente.

On t’a enterrée, on dirait que c’était hier. J’aimerais ben ça suivre mon cœur pour te dire des mots doux de cadette en peine, mais ce matin, aujourd’hui, assisse sur ma petite chaise d’ordinateur, je me rends bien compte pourquoi j’ai pas pu suivre mon cœur ; il est en morceaux. Je sais donc pas quel boutte suivre. Fak, fais avec, oh, et je vais m’attacher les cheveux, je sais que t’aimais mieux quand ils étaient lousses.

J’imagine que tout le restant de ma vie, je vais avoir un peu le feeling d’avoir été semi-orpheline. Je dis semi parce que t’auras pas été là à beaucoup d’étapes. On en a grillé pas mal, t’en as volontairement scrappé, et les autres, j’voulais pas te les partager. J’pensais que j’avais le temps de te faire vivre ma colère, le temps d’une vie. J’savais juste pas que t’avais décidé de t’abandonner dans la maladie. Carpe diem, paraît. Fak à cause de ça, tu verras jamais ma passion pour la photo grandir, tu verras jamais mes enfants. Elles ne pourront connaître de toi qu’une photo vieille de quand j’avais 27 ans et toi 49. Tu ne seras pas là le jour de mon mariage. Tu sais, à cause de toi, y’aura pas de table d’honneur, parce que sinon ça me rappellerait que je suis semi-orpheline. Fak, j’espère que t’es contente.

J’sais pas trop si tu sais qu’en bas, on était là pour toi. Ce que je sais c’est que toi, tu seras pu jamais là pour nous. Ni pour personne. Fak aujourd’hui, j’irai pas t’voir, pis j’vais essayer de pas penser à toi toutes les minutes de cette journée. Parce que tu nous as abandonnés une journée d’automne, pis que c’est ma saison préférée.

Kim Boisvert

Quand le bonheur est plus grand que le mal de vagin. TEXTE : Kim Boisvert

On ne se le cachera pas, même si on oublie, enfanter, c’est pas c

On ne se le cachera pas, même si on oublie, enfanter, c’est pas comme dans les films.

Je me souviens quand une ancienne amie à moi a accouché d’une belle pitoune de 7,4 lb. Un peu plus de 20 pouces de bonheur. Une petite miraculée. Cette petite-là, je l’ai aimée comme si c’était ma nièce. J’ai aucune idée pourquoi, mais ça s’est fait comme ça, tout seul, comme si elle venait de mon propre ventre. Et dans ce temps-là, j’étais en processus de fertilité pour avoir mes jumelles. Imaginez mes hormones quand je l’ai vue.

La journée de la venue au monde de Chouchoune, j’ai fait partie du Club Élite à qui on permet les visites. Je ne tenais plus en place et après avoir donné de la chnoute à mon chum du temps parce que j’étais trop nerveuse, je suis rentrée dans la chambre comme on entre probablement dans la caverne d’Ali Baba : un peu trop vite, mais le pas hésitant. Mixed emotions. Oh, ceux qui me connaissent savent déjà que j’ai pleuré. C’était clairement la plus belle chose que j’ai vue au monde. Ce n’est pas une chose, c’est un être. Et ça, c’était un couple d’amis qui l’avaient fait. Après des tentatives et des échecs en fertilité, le + s’était transformé en chair et en os mous.

On parle souvent de la maman, de la beauté de la maman enceinte, des premiers contacts, etc. Mais moi, même si cette amie a CLAIREMENT fait tout le travail, j’ai envie de vous parler de ce que j’ai vécu à travers l’émotion du papa.

Le papa. Un homme extraordinaire, doté d’un cœur immense. Un homme, un vrai. Des mains couvertes de corne bien travaillée, des ongles taillés courts, croches et le bord des doigts rude. Un papa qui passe ses journées à construire des maisons, et ses soirées à s’occuper de sa famille.

Il nous racontait quand il a vu sa petite pour la première fois, la première seconde. Il cherchait ses mots, perdus dans des souvenirs encore trop frais, pour nous expliquer son expérience. Si vous aviez vu ses yeux, ses traits, son émotion ! Il y a quelque chose d’extrêmement surprenant à voir combien un homme vit différemment les choses. Lui, la naissance de sa fille, il l’a vécue avec une émotion si complète que son corps entier transpirait le bonheur. Ses cernes de j’ai-passé-la-nuit-debout n’étaient que la preuve de sa création. Une fierté de paon. C’était magnifique. On était dans le corridor et il mimait même les premiers gestes qu’il a faits : sa petite sur le chest, une main en haut, l’autre en bas. Il nous le racontait avec tellement d’intensité que j’avais envie de crier : POUSSE POUSSE RESPIRE RESPIRE ! J’y étais clairement, je sentais l’odeur de placenta.

Ce soir-là, il y avait un autre papa dans la salle (on dirait qu’il y avait foule mais c’est vrai, on était plusieurs aux côtés de ma chum en jaquette laite, et c’était avant la COVID) et lui aussi nous racontait l’arrivée de sa petite. Mononcle Frank, qui s’appelle. Et Mononcle Frank aussi parlait de sa petite princesse avec tellement d’amour que j’en ai été bouleversée. C’était trop pour moi, mes yeux se sont mouillés.

On oublie souvent les papas, je trouve. Mais j’aimerais dire que ce que j’ai vu dans les yeux de ces deux papas‑là a fendu mon cœur. C’est beau, un papa. Et ce n’est pas vrai que c’est toujours les mamans qui sont présentes, touchées, émotives et bouleversées.

Je me souviendrai toujours du bonheur que j’ai vu dans les yeux des parents. Et de ma chum qui m’a achalée aux cinq minutes pendant neuf mois parce qu’elle avait mal au vagin. Eh bien croyez-moi que leur bonheur est clairement plus grand que son mal de vagin.

Kim Boisvert

La fin du nous

J’ai porté au creux de mon ventre mes enfa

J’ai porté au creux de mon ventre mes enfants. Je les ai aimés, dès le premier instant. Je les ai mis au monde, avec une force insoupçonnée jusque-là. J’ai tenté chaque jour d’être la meilleure mère possible pour eux. J’ai joué à la maman-pieuvre, entre les tâches à faire, le travail qui me passionne et ces petits humains qui ont toujours besoin de moi. J’ai fait la maman-kangourou en emmaillotant mes bébés contre mon cœur aussi souvent qu’ils en ont eu besoin. Je leur ai donné mon cœur de mère, mais aussi mon corps. Mon corps pour les porter, pour les accoucher, et encore pour les allaiter.

Et c’est officiel, cette semaine, j’ai allaité mon tout dernier bébé pour la toute dernière fois… À la fin de chacun de mes allaitements, j’ai ressenti beaucoup de nostalgie. Je revoyais mon bébé si petit, si dépendant de mon corps. Je me sentais à la fois coupable de le laisser, de m’éloigner un peu de lui. Et dans ce cocktail d’émotions, je me sentais aussi bien triste de me sentir aussi facilement remplaçable en fait…

Ce sevrage est différent des autres. Sûrement parce que c’est le dernier. Je ne me sens pas coupable du tout cette fois. Au contraire, une grande fierté m’envahit. Je regarde mon parcours de maman-allaitante derrière moi et je suis fière en titi. Et cette fois‑ci, je me sens même libérée. Oui, oui. Parce que je retrouve mon corps. Mon corps à moi. Et juste à moi.

Je ne serai plus jamais enceinte. Je ne ferai plus jamais de portage. Je n’allaiterai plus jamais. Je n’aurai plus à partager mon corps avec un petit être. Je dois me réapproprier ce nouveau corps de maman. Il a changé, c’est certain. Mais je lui dois tellement… Il m’a permis d’accomplir ce que j’ai fait de plus beau sur la Terre. C’est correct que ces petits humains y aient laissé leurs traces…

Je réalise que ce sevrage, c’est aussi la fin du « Nous ». La fin de notre fusion maman-bébé. Parce que maintenant, tu te nourris sans moi. Que je sois là ou non. Tu explores sans moi. Tu joues sans moi. Et honnêtement, je trouve ça beau, la fin du « Nous ». Parce que ça veut aussi dire que c’est le commencement du « Toi ». Un « Toi » qui aura ses propres rêves, ses propres chemins à suivre dans la vie. Un « Toi », jamais tout à fait sans moi. Parce que je marcherai toujours à tes côtés. Juste pour te regarder être un « Toi » aussi merveilleux que celui que tu peux devenir.

Bonne route, mon bébé.

Joanie Fournier

 

Lettre à ma fille

Ma fille, mon amour, mon joyau, sache que maman

Ma fille, mon amour, mon joyau, sache que maman t’aime depuis la première fois qu’elle t’a vue. Tu es tout pour moi. Ma raison de vivre, ma fierté, mon phare… C’est pourquoi je te souhaite toutes ces choses, plus belles les unes que les autres.

Ma fille, je te souhaite de t’aimer et de t’apprécier pour ce que tu es. Ne te laisse pas influencer par qui que ce soit et bats-toi pour toi. Prends-soin de toi et aime-toi. Vois-toi comme je te vois, si forte, si belle et si intelligente. Tu as l’avenir devant toi. Ne te laisse pas dévaloriser et surtout, ne laisse personne avoir raison de toi. Crois en tes capacités et sache que je serai présente pour te les rappeler.

Ma fille, je te souhaite d’apprendre de tes erreurs. La vie est remplie d’épreuves, tu l’apprendras en grandissant, mais sache que nous en sortons toujours plus forts. Ne baisse jamais les bras. Après chaque tempête, tu finiras par voir les rayons du soleil surgir. Rien n’est éternel, toute chose a une fin, autant les bonnes que les mauvaises, ne l’oublie jamais. Ne laisse rien effacer ton sourire de façon permanente.

Ma fille, je te souhaite d’aimer. De vivre ce sentiment qui est l’un des plus beaux qui existent. De te permettre d’avoir confiance en quelqu’un et de pouvoir compter sur lui. De vivre et de grandir avec lui, et d’apprendre l’un de l’autre. Laisse la chance à ton cœur d’y laisser entrer une personne de confiance et profite de chaque moment.

Ma fille, je te souhaite des moments de folies. Ils sont essentiels. La vie est souvent trop sérieuse. Ris d’un rien, chante à tue-tête dans la douche ou danse sur ton morceau préféré en passant le balai. Ne suis pas toutes les règles, enfreints-en en quelques-unes sans impact majeur. Sors de la routine du quotidien. Pars sur un coup de tête quelque part pendant une fin de semaine ou en voyage à l’étranger.

Ma fille, quels qu’ils soient, je te souhaite de réaliser tes rêves. Crois en eux. Fais tout en ton pouvoir pour qu’ils deviennent réalité. Ils sont une de tes raisons de vivre. Je ferai tout ce que je pourrai pour te permettre d’y arriver, peu importe si je suis d’accord ou non avec ton choix. Je ne te jugerai jamais. Je t’épaulerai du mieux que je le peux.

Sur ce, merci de m’avoir choisie comme maman. Merci de rendre mes journées maussades plus lumineuses. Sache que je serai toujours là pour toi, dans les moments les plus pénibles de ta vie comme dans les plus beaux. Je ne t’abandonnerai jamais, ma puce.

 

Cynthia Bourget

L’autre côté de moi

Avez-vous déjà eu l’impression de n’être qu’une moitié de

Avez-vous déjà eu l’impression de n’être qu’une moitié de vous ? C’est un sentiment que j’ai souvent et qui est difficile à expliquer.

Il y a celle que je suis devenue et celle que j’aimerais être… comme si ces deux entités ne pouvaient pas faire une seule et unique personne. Comme si ces deux personnalités remplies de rêves différents ne pouvaient cohabiter dans le même corps.

Je me relis et me dis que plusieurs vont se demander si je suis devenue folle… et j’espère que d’autres, comme moi, se reconnaîtront.

Il y a des jours où je me sens forte et bien où je suis. J’avance en tant que maman louve prête à cajoler ses enfants. Je fonce en tant que maman lionne, qui est prête à rugir face à quiconque oserait ne serait-ce qu’un instant essayer de s’approcher de mes enfants.

Je suis aussi une maman solitaire qui se concentre sur le bien‑être de ces enfants bien avant le sien, parce qu’un jour, j’aurai le temps d’être et de faire ce que je veux. Pour l’instant, ils sont là et comme le disent si bien toutes les personnes qui ont des enfants adultes : « Profites-en, le temps passe vite ». Le temps passe vite, c’est vrai !

Avez-vous remarqué combien de fois je me suis décrite en tant que maman ? Plusieurs.

Et combien de fois me suis-je décrite en tant qu’être humain, en tant que femme ? Aucune.

Parce que dans mon cas, c’est pas mal ça ma vie.

Je travaille et je m’occupe de mes enfants. Je fais aussi des activités… avec mes enfants.

J’écoute de longs films… que mes enfants ont choisis.

Combien d’entre vous êtes comme ça ?

Je tiens à préciser que je ne me plains pas. Au contraire, j’adore ma vie.

Mais j’aimerais parfois que cette vie rencontre mon autre vie.

Celle où je me permettrais de sortir manger le soir une fois de temps en temps, sans enfants et sans me sentir coupable de ne pas être avec eux.

La vie où je prendrais une fin de semaine de vacances en amoureux pour prendre du temps pour mon couple.

La vie où j’oserais porter des talons hauts et de beaux vêtements pour aller chercher les enfants à l’école, sans fabuler que tout le monde me juge et se dit que je suis une pimbêche.

Pour vrai, si tu avais dit à la moi d’avant mes enfants que je serais plus à l’aise d’aller mener ma fille à l’école à pied et en pyjama que de m’arranger… j’aurais sûrement eu honte !

C’est ça que je veux dire par « deux côtés de moi ».

Comme si être une maman m’empêchait d’être une femme à part entière. En fait, c’est pas mon rôle de maman qui m’en empêche, c’est le rôle dans lequel je me suis moi-même mise.

Être une bonne mère, c’est l’opposé de tout ce que j’ai toujours pensé. Ce n’est pas de mettre ses enfants en priorité et de se laisser derrière. C’est de mettre ses enfants en priorité AVEC soi-même, au même pied d’égalité.

Et dites‑moi, qu’est‑ce qui se passerait si je permettais à l’autre partie de moi de venir se greffer avec celle que je suis?

Et que se passerait‑il si vous faisiez pareil ?

Bonne réflexion !

xxx

Maman est là

Maman est là…

Mes a

Maman est là…

Mes amours, il ne se passe pas une heure sans que maman pense à vous. Depuis que vous êtes tout petits, ma mission première est de vous protéger. Vous protéger de la méchanceté, vous protéger de ceux et celles qui voudraient vous blesser.

Mes amours, dans votre parcours de vie, vous allez en rencontrer des gens qui voudront vous rabaisser. Des personnes qui auront pour mission de vous blesser simplement pour pouvoir eux-mêmes réussir à se remonter. Vous allez probablement connaître la peine, la colère et la frustration. Vous allez certainement rencontrer et combattre de multiples émotions.

Mes amours, maman voudrait tellement vous protéger. La vie est belle et grandiose, cette même vie qui amène son lot de bonheur dans nos cœurs. Toutefois, sur votre chemin vous allez immanquablement rencontrer l’autre côté de cette médaille, c’est-à-dire l’animosité. Maman cherche comment vous y préparer. Maman aimerait tellement que cela ne soit jamais votre réalité.

Depuis que vous êtes petits, maman vous enseigne l’acceptation des autres, l’acceptation des différences et l’acceptation de soi. Depuis que vous êtes petits, maman cherche à vous donner le meilleur pour que vous puissiez avancer, sans vous faire dénigrer. Mes enfants, maman aimerait vous promettre de toujours vous épauler, vous conseiller, vous guider. Les amis viendront et partiront. Les vrais amis resteront et vous apprécieront.

Mes amours, à votre tour de me promettre de ne jamais changer pour qui que ce soit. Mes amours, n’oubliez jamais que maman est là et sera toujours là.

Véronique Daigle

Encore plus près

Depuis que je suis née, cette journée t’était réservée.

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Depuis que je suis née, cette journée t’était réservée.

Cette année pour la première fois, nous allons la partager.

Ça me fait tout drôle ce nouveau rôle

Et j’ai la chance que tu m’épaules

Je ne pensais pas pouvoir être plus proche de toi

Que nous le sommes déjà

Pourtant un nouveau lien nous unit

Et je ne pourrais en être plus ravie.

Je sais que tu trouves difficile

Que 650 km séparent nos domiciles.

Ça me brise autant le cœur de savoir

Que ma fille ne pourra pas souvent te voir.

Heureusement que Facetime existe

Pour que les beaux moments persistent

Tu as fait de moi la maman que je suis aujourd’hui

Et pour ça, jamais je ne te dirai assez merci

Tu m’as transmis toutes tes valeurs

Grâce à toi je vois avec les yeux du cœur

Je sais que je peux compter sur toi

Peu importe l’heure, le jour, le mois

Je sais que tu répondras présente

Quelle que soit la raison pour laquelle je me lamente

Merci maman d’être celle que tu as été

Celle que tu es et celle que tu seras

J’ai tellement hâte qu’on soit tous déconfinés

Pour enfin pouvoir te prendre dans mes bras

Je t’aime

Anouk Carmel-Pelosse

Je me suis perdue

Je me suis perdue, et j’en ai conscience. Chaque jour, je retrouve devant

Je me suis perdue, et j’en ai conscience. Chaque jour, je retrouve devant le miroir une personne que je ne reconnais pas. Chaque jour, je retrouve ce que j’ai toujours jugé.

Je l’admets, je t’ai jugée, toi qui as passé la trentaine à ne pas prendre soin de ton apparence et de ton âme. Je t’ai jugée avec tes joggings sales, ton chignon défait, ta trâlée d’enfants habillés de vêtements dépareillés. Je t’ai jugée avec tes cernes, ton mascara inexistant et ton peu d’estime de toi. Faut se l’avouer, tu étais à la fois tout ce que je voulais et tout ce qui me rebutait. Tu étais une mère à la tête de ta famille, tu étais importante, mais tu n’étais plus que l’ombre de toi‑même.

En fait, c’est ce que je me disais. Je m’expliquais mal tout ça. 

Parce que hey… MOI, j’avais deux enfants, un chum incroyable, un travail, un poids idéal et pas encore l’ombre d’une ride. J’avais 27 ans et j’étais fière de moi… mais je t’ai secrètement jugée. Je l’avoue. L’espace d’un instant, je t’ai regardée et je me suis dit… jamais je ne serai comme toi. Puis, j’ai continué mon chemin, avec mes enfants, mon mascara, ma toque juste assez défaite pour qu’elle soit belle et avec mes rondeurs inexistantes. 

Toute ma vie, j’ai su que le karma existait. En fait, pour moi il est toujours là. Tout près. 

En fait, je ne sais pas si je peux appeler ça le karma, ou tout simplement la vie. 

Depuis toujours, la vie se charge de me faire vivre les situations que j’ai jugées, pour que je puisse apprendre et comprendre.

Aujourd’hui, j’ai trois enfants. Je les aime. Mais je suis parfois/souvent épuisée.

Aujourd’hui, j’ai un travail que j’adore, mais j’ai pris la décision de ne plus vouloir atteindre les étoiles pour réussir. Je suis bonne dans mon travail, je pense même être excellente. Par contre, je prends ce qui passe. Je me dis qu’un jour, mes enfants seront grands et je travaillerai des 60 heures par semaine pour atteindre mes buts. J’ai choisi de les faire passer avant moi et avant mes rêves.

Aujourd’hui, j’ai 40 livres de plus qu’il y a deux ans. Je porte les mêmes leggings depuis neuf mois. J’ai quatre chandails qui me font dans ma garde-robe beaucoup trop pleine de vêtements qui représentent qui j’étais avant. J’aime bien en rire. Ça rend le tout si normal… Rendre les choses normales, les banaliser… ça aide à ne pas faire face à la réalité, non ?

Aujourd’hui, j’ai réalisé que je n’ai pas fait mes sourcils depuis… beaucoup trop longtemps. Ç’a l’air de rien, mais avant… ça ne serait pas arrivé.

J’ai aussi réalisé que je ne mets plus de mascara ni de cache‑cerne. Que mes cheveux sont remontés négligemment en toque parce que je n’ai pas le temps de les placer.

Aujourd’hui, j’ai reçu des vêtements que j’ai achetés en ligne. Je m’imaginais déjà dedans. J’avais hâte. Je les ai enfilés avec empressement et je n’ai pas reconnu la personne devant le miroir. 

Je me suis perdue…

Je n’ai jamais osé parler aussi ouvertement parce que j’avais peur du jugement. 

Je sais très bien que parmi vous, plusieurs se diront que je chiale pour rien. Certaines d’entre vous ont un poids plus élevé que le mien, d’autres rêvent d’engraisser. 

J’entends déjà les soupirs et les pleurs de celles qui ne peuvent avoir d’enfants et qui donneraient tout pour ne pas avoir les sourcils faits et pour tenir un petit être dans leurs bras. 

Secrètement, je vous entends… et je sais que vous avez toutes, à votre façon, raison.

Je sais aussi que des femmes comme moi, il y en a beaucoup. Et j’avais envie de leur dire qu’elles ne sont pas seules. 

J’ai envie de dire qu’il est temps que nous reprenions le contrôle de notre vie et de notre corps. 

Je ne veux pas être celle que je deviens, et je ne veux surtout pas dire à mes filles que c’est correct de s’oublier.

J’étais et je suis encore une femme de carrière. Une femme fière. Je serai toujours celle que je veux être. Je dois seulement apprendre à m’aimer assez fort pour me respecter. 

Ça ne veut pas dire de mettre mes enfants de côté… JAMAIS !!! Je serai toujours un pilier pour eux. Mais je veux devenir un pilier pour moi‑même d’abord et avant tout. Je veux être forte pour moi, et pour eux.

Je pense qu’aujourd’hui… il est temps que je me retrouve.

Pour toi, maman

Bonjour Maman,

Il y a

Bonjour Maman,

Il y a 48 ans, tu me donnais naissance. J’étais tout petit. Je pesais moins de 4 livres. J’avais hâte de sortir ! Non pas parce que je n’étais pas bien dans ton ventre, mais peut-être que j’avais hâte de vivre ma vie ! Tu as bien su prendre soin de moi, même si j’étais un grand prématuré. J’étais aussi ton premier enfant. Toute une surprise !

Malgré tout le travail que tu avais à faire, tu en as fait des choses avec moi ! Toutes les fois où tu as joué avec moi, toutes les petites attentions, juste pour me faire plaisir et réjouir mon cœur d’enfant, tous les vêtements que tu prenais le temps de me confectionner, tout le temps nécessaire à ma réussite scolaire ne sont que quelques exemples. Tu étais toujours là pour t’assurer que je ne manque de rien. Même si papa était parti pendant des mois, tu avais le don de me rendre heureux et de me faire plaisir avec de petites choses simples de la vie. Eh bien, sache qu’aujourd’hui, je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi.

Tu sais maman, si je me suis très bien débrouillé dans la vie, c’est en grande partie grâce à toi. Tu m’as élevé seule et tu as toujours été là pour moi quand j’avais besoin de toi. Même si tu avais un travail à temps plein, même si tu devais effectuer toutes les tâches de la maison, je pouvais toujours compter sur toi. Surtout lorsque je n’allais pas bien. Je me suis aussi toujours senti plus ouvert avec toi parce que tu étais présente.

J’ai tout appris de toi : la cuisine, la couture, comment entretenir une maison ou même travailler avec des outils. J’ai tout appris dans le respect et dans la joie. Je me rappelle qu’en troisième année, nous devions réaliser un projet de notre choix. Moi, comme d’habitude, j’avais des idées de grandeur ! J’avais décidé de faire un gros coffre en bois avec un tiroir dans le bas et un couvercle sur le dessus. C’était mon choix et au lieu de me décourager, tu as relevé tes manches et tu m’as tout enseigné : comment manipuler la scie sauteuse électrique et tous les autres outils. Je l’ai fait mon projet et j’en étais très fier ! Quand je l’ai apporté à l’école, j’ai impressionné mes amis. Même le professeur était impressionné ! À travers ce projet, tu m’avais aussi appris la détermination et la fierté. J’ai plein de beaux souvenirs comme ça, ma belle maman. Je ne peux pas oublier ces moments de joie parce qu’ils sont gravés dans mon cœur.

Malheureusement, je me souviens aussi de toutes les fois où tu étais triste et où j’aurais voulu intervenir. J’avais peur moi aussi, maman… Je n’étais pas grand et costaud comme papa, mais je te jure que si j’en avais été capable, je serais intervenu. Tu ne le sais pas mais à l’adolescence, quand j’entendais les disputes interminables de papa, j’étais assis sur le bord de mon lit et je me regardais dans le miroir. J’étais enragé. J’aurais voulu l’attraper pour qu’il arrête, mais il était deux fois plus gros que moi. Ses mains étaient trois fois plus grosses que les miennes. Une de ces fois‑là, maman, je me suis juré une chose : lorsque j’allais avoir une femme, j’allais en prendre soin et je lui ferais vivre totalement le contraire de ce que toi tu as vécu.

Je te remercie. Pour toutes les fois où tu as pris ma défense et toutes celles où tu m’as évité des coups. Je voyais la peur en toi, mais tu faisais le nécessaire pour me rendre la vie plus facile.

Aujourd’hui, à l’âge de 48 ans, je peux te dire que je n’ai jamais maltraité aucune femme. Ma femme, je prends soin d’elle et je l’aime. J’aurais aimé que toi aussi, tu puisses vivre une vie comme cela.

Mais laisse‑moi te dire une chose : tu es une femme forte. Malgré toute cette violence dans la maison et le suicide d’un de tes fils, tu as survécu. Tu m’as donné l’exemple. Tu as été un modèle pour moi, une combattante.

Regarde-moi aujourd’hui… Avec le temps, je suis devenu un homme de bonne carrure. Je suis allé à l’étranger à trois reprises dans des conditions extrêmement difficiles. J’ai servi mon pays pendant plus de 21 ans. J’ai des blessures physiques et mentales reliées à mon service. Mais je tiens encore debout. Je suis un papa et un mari respectueux.

J’aurais pu écrire un livre sur tout ce que tu as fait pour moi. Cette année, comme l’écriture est ma nouvelle passion, je voulais au moins t’écrire cette lettre pour la fête des Mères.

Je te l’ai déjà dit, je te le redis encore : je t’aime ma belle maman d’amour.

Tu es mon modèle, mon exemple, ma super maman.

Bonne fête des Mères, car pour moi, tu es la meilleure !

XXXXX

Carl Audet

Je ne veux pas que ça finisse!

Ne me lancez pas des roches (de toute façon, je suis à plus de deu

Ne me lancez pas des roches (de toute façon, je suis à plus de deux mètres). Pas tout de suite, en tout cas. Attendez au moins d’avoir lu jusqu’au bout.

Le confinement, je ne veux pas que ça finisse (à quelques détails près).

Le coronavirus, oust. DÉGAGE! Tu nous fais mal, tu déjoues nos efforts et nos lavages de mains.

Les questionnements angoissants : Jusqu’à quand le compte en banque résistera‑t­‑il à la perte d’emploi? Le test, il est positif ou négatif? Qui nous appelle au milieu de la nuit?… Tout ça, on le jette aux poubelles, que dis-je, au déchiqueteur.

Les humains qui tombent comme des mouches, comme dans la chanson « Plus rien » des Cowboys fringants : on fait un reset, on arrête le carnage!

Les mourants que personne ne veille parce qu’ils ne peuvent pas être les bienvenus, les funérailles où seul le mort est invité, c’est trop. C’est inhumain, insupportable.

Les statistiques qui roulent en boucle aux nouvelles : la courbe, on ne veut pas l’aplatir, on veut l’écrapoutir.

À tous ceux qui vivent les contrecoups de la pandémie (bref, tout le monde, genre, tout humain qui habite sur la planète Terre en ce moment), sachez que je suis de tout cœur avec vous en pensées, en ondes et en tout ce que vous voudrez.

 

Mais pour le reste? J’ose dire que j’en prendrais encore longtemps :

Des tonnes de câlins matin, midi et soir avec mes cocos, n’importe quand!

Des journées en famille, en pyjama ou pas, go! User mes pantoufles, j’adore ça!

Aucune obligation sociale, même pas celle de se maquiller…

Pas de centres commerciaux pour aller dépenser (désolée pour l’économie mise à mal ; ce n’est rien contre les entrepreneurs ni les employés… c’est juste que je suis mieux dans mon cocon que coincée dans le capitalisme)…

Pas de parades de conducteurs stressés deux fois par jour, pas de nervosité à l’idée d’arriver en retard à un rendez-vous ou à l’école, pas de « dépêche‑toi », pas de « tabarouette, l’essence a encore monté »…

La chance de télétravailler aux côtés de mon amoureux (et de créer des stratégies pour rester concentrés)…

Pas de taxi-mom, pas de papou-taxi…

Des repas partagés, des recettes inventées, mille occasions de s’entraider…

La permission de vivre et d’apprendre au rythme de chacun, pas de pression, pas d’évaluations…

Pas d’appels de l’école pour discuter d’un comportent dérangeant ou d’un devoir non remis (un soulagement, je vous dis!)…

Mon rêve d’enseigner à mes enfants, même si dans ma tête, ça ne se passait pas comme ça…

Du temps en quantité pour écouter mes enfants, les entendre rire, accueillir leurs plaintes (« C’est long, maman! Quand est-ce qu’on retourne à l’école? ») et trouver des solutions, pour observer leurs défis, leurs progrès, pour combler leurs besoins et les convaincre que les autres aussi en ont…

Des semaines intensives de maternage pour analyser l’impact de mes interventions parentales, pour admirer les fleurs qui poussent et ajouter un tuteur là où la tige a poussé croche…

Du soleil pour jouer, de la pluie pour danser, de la neige pour se blottir au chaud avec un bon roman…

Le ciel qui se dégage, les rivières qui retrouvent leur transparence, la planète qui arrête de trembler de peur…

Le temps de prendre le temps…

Tout ça, j’en prendrais encore longtemps. Plus la permission d’aller voir ma maman.

Nathalie Courcy

J’essaie fort, maman

En revenant de l’école, tu m’as annoncé que le monde allait s

En revenant de l’école, tu m’as annoncé que le monde allait s’arrêter pour deux semaines.

Que l’école était fermée, la garderie aussi. Tout simplement à cause d’un virus.

J’étais contente, mais je ne savais pas toute la charge que ça impliquait.

J’essaie fort, maman, je te promets.

Tu m’as dit que ton travail, par contre, n’allait pas changer. Que tes patients avaient toujours besoin de toi. Que tu devais continuer à travailler, que tu étais devenue un ange à présent.

Papa, aussi, est un ange. Son travail ne lui permet pas de rester à la maison avec nous quatre et le chien.

J’essaie fort, maman.

Puisque vous êtes des anges de la société, vous ne pouvez être nos anges et rester à la maison. S’occuper de nous, vous êtes incapables.

C’est donc à moi, la grande sœur de maintenant dix-huit ans, de m’occuper du troupeau.

Ce n’est pas la première fois que tu me demandes cette faveur. Loin de là.

Ça me fait toujours plaisir d’aider.

Mais cette fois, je crois que c’est trop.

J’essaie maman, je te le jure.

Lorsque tu m’as demandé, j’ai accepté avec plaisir, pour aider, comme d’habitude.

Je ne m’attendais pas à autant.

Tu m’as donc annoncé que nous partions au chalet.

Ça faisait plus de deux mois que je n’y étais pas allée. J’étais très heureuse de passer du temps avec vous en famille pour la dernière fois avant je ne sais combien de temps.

Mais lorsque la fin de semaine s’est terminée, papa et toi deviez retourner au travail, servir la population et être des anges.

C’est donc avec un congélateur rempli et du wifi piètrement fonctionnel que tu m’as laissée avec trois enfants de douze, neuf et quatre ans.

Deux semaines, ça va bien aller, pensais-je.

La plus jeune veut jouer. C’est normal, je la comprends. À la garderie, elle est over stimulée avec plein de jeunes de son âge. Les deux autres ne veulent pas aider pour aucune tâche.

Je te jure, maman, que j’essaie fort.

Je dois jongler avec les repas, surveiller pour qu’ils arrêtent de grignoter entre les repas et qu’ils mangent assez de légumes pour avoir du dessert.

Je dois surveiller leur santé. La plus vieille est asthmatique, c’est elle qui est le plus à risque.

Je dois veiller à ce que tout le monde se brosse les dents, prennent sa douche, joue assez dehors et à ce que personne ne s’entre-tue.

C’est vrai qu’il serait facile de les planter devant leur tablette à longueur de journée, mais notre wifi ne le permet pas. Et éthiquement non plus, ça ne se fait pas.

Être pris au fin fond des bois ne sert qu’à nous isoler. Du dangereux virus qui nous empêche de voir notre famille et qui pourrait mettre en danger la vie de ma sœur.

Je dois donc jouer à la mère 24/7.

J’essaie fort, maman, je te le jure.

Mais là, c’est trop.

Nous avons terminé la deuxième semaine et j’ai craqué.

Devant les enfants en plus. La voiture a brisé. Elle n’avance plus.

J’angoisse comme ça ne se peut pas. Je sais que j’ai un super talent pour le cacher, mais ce matin, c’était trop. Comment je vais faire s’il y a une urgence?

En plus, le cégep recommence. Comment vont se dérouler les cours? En ligne? Non, mon wifi ne me le permet pas. Des vidéos capsules, ça non plus. Comment je vais faire?

J’ai trois enfants à ma charge et un chien.

La jeune de quatre ans retient toute mon attention : je joue aux Playmobil, aux Barbie, aux casse-têtes et plus encore…

Celui du milieu doit être stimulé : être sur sa tablette le rendra légume d’ici la fin du mois. Donc j’organise des activités pour lui : maths, jardinage, tours de magie, quiz géographique. Je veux qu’il continue à apprendre.

Et la plus vieille, elle a terminé son année scolaire, mais son anglais… Elle l’a à peine pratiqué. J’essaie somme je peux d’écouter des films en anglais, de lui parler en anglais.

Je dois prendre aussi des marches, m’occuper du chien, lui apprendre des tours pour qu’il ne s’ennuie pas.

Je dois faire à manger, le ménage, le lavage, l’éducation et les activités. Parce que toujours des exercices, je comprends que ça peut être ennuyant à la longue. J’organise des repas thématiques, des chasses au trésor, des rallyes photo…

Où sera mon temps alloué pour mes études?

Quand vais‑je rédiger ma dissertation de 500 mots sur l’idéologie de Platon? Quand vais‑je avoir le temps de regarder un vidéo de trois heures sur la dissolution du cuivre en chimie? Quand vais‑je pouvoir lire mon livre d’anglais?

Ça fait déjà deux semaines et je suis épuisée. Je tourne en rond, j’angoisse quand je reçois un nouveau courriel de mes professeurs.

Je n’en peux plus.

Mais je dois rester, c’est la vie de ma sœur asthmatique qui est en jeu. Je ne peux pas l’abandonner.

On dit que c’est en situation de crise que nous voyons la vraie personne qui se cache en nous.

Eh bien, la voilà la vraie moi : épuisée, angoissée et incapable.

J’ai vraiment hâte que tout ça finisse et que vous reveniez à la maison.

Pouvez‑vous être mes anges au lieu d’être ceux de la société?

Ta fille qui vous aime et qui a besoin de vous.

Clara