Tag parler

Ze journée pour en parler

<span style="font-size: 12.0pt; line-height: 107%; font-family: 'Tim

Un jour, on n’en aura plus besoin de cette journée-là. Un jour, on en parlera tous les jours, ou pas. Un jour, on répondra sans gêne aux « comment ça va » en disant « je me sens joyeuse », « j’ai de la tristesse au cœur », « c’est une période pénible, mais je vois un thérapeute pour aller mieux ».

Déjà, j’entends dans les cours d’école et les garderies des enfants qui nomment leur ressenti. Qui disent « j’ai mal au ventre, je pense que je suis stressée, je vais aller respirer ». C’est beau, hein? Pas le stress à un si jeune âge, mais cette capacité de nommer la sensation et de l’associer à l’émotion.

Il y a dix ans, je me faisais juger par plusieurs parce que je disais que j’avais vécu une dépression. Si on se rend au bout du semi-marathon pour lequel on s’est entraîné, ou si on décroche notre diplôme tant espéré, ou si on survit à la première année de bébé (colique, nuits écourtées, nez qui coule et autres agréments de la parentalité), on a le droit, hein, de dire qu’on est fier de soi?

Alors si on remonte la pente après avoir touché le fond, on a le droit d’être fier de soi et de le dire. Si on réussit à passer toute une semaine sans vouloir se pendre alors qu’on combattait cette pensée quotidienne depuis des mois, on a le droit de se féliciter et de célébrer. Sans se faire juger, sans se faire regarder comme si on était un extraterrestre violet avec des pustules au bout des antennes.

En dix ans, les choses ont changé (mais pas encore assez). Dans notre monde super-méga-full évolué, on se fait encore juger, mais par moins de gens, et pas tout le temps. Il y a même des personnes et des groupes qui nous questionnent, qui veulent entendre notre témoignage d’ancien poqué de la santé mentale. Ils veulent comprendre par où on est passé, tout d’un coup que notre cheminement en inspirerait d’autres.

On était tellement habitué de se faire regarder comme des pas bons… et là, on se fait dire qu’on peut enseigner des stratégies aidantes, qu’on peut donner de l’espoir, qu’on peut être le modèle de quelqu’un. Bref, on se fait dire : « T’as tellement bien fait de ne pas te tuer, parce que tu améliores notre vie ». Et on le croit.

En cette journée dédiée à la santé mentale et à la prévention du suicide, croyez en vous, croyez en la vie. Parce que la vie croit en vous. Et dites à quelqu’un que vous l’aimez, qu’il est précieux pour vous. Demandez « Comment ça va? », avec l’intention sincère d’écouter. Et si la réponse ressemble à « Ça ne va pas bien », soyez présent, pour vrai. Ça peut changer la suite des choses.

 

Nathalie Courcy

 

Zippe ta bouche

Je m’excuse à tous ceux qui doivent endurer ma parlotite aiguë.

Je m’excuse à tous ceux qui doivent endurer ma parlotite aiguë. Je parle trop, trop vite. Je suis ainsi, depuis l’enfance. Même à l’adolescence, ma mère n’a pas eu de pause. Je n’étais pas de ces ados qui s’enferment dans le mutisme et en ressortent une fois la puberté passée. Même quand je suis déprimée, stressée, maganée, sur le bord du coma, je parle. Tout. Le. Temps. Mes frères ont eu droit à 24 heures de silence quand je me suis fait opérer pour les amygdales. Après : merci bonsoir, c’est reparti! Je m’étourdis moi‑même.

Et pourtant, j’essaie! J’essaie de zipper ma bouche, de contenir les mots qui forcent la porte pour se faufiler dans vos oreilles. Avertissement de filtre défectueux dont la garantie est échue depuis longtemps. J’essaie de limiter le nombre de mots par phrase et le nombre de phrases par minute. J’ai passé ma vie d’étudiante à couper plus de la moitié de mes textes pour atteindre l’impossible limite de mots maximale. La longueur permise pour ma thèse m’a quelque peu contentée. J’ai remis 350 pages au lieu de 300. Mais quand même, on voit l’effort de concision.

Je lis des livres pour apprendre l’art d’écouter au lieu de radoter. J’observe ceux qui ont cette capacité de ne pas parler pour rien dire et je prends des notes. Je me pratique très fort… Je vous utilise même comme cobayes! Mais ce n’est jamais assez. Vous ne vous en rendez même pas compte. On a beau soustraire 300 mots à trois millions… une demi-goutte d’eau dans un océan. Ça ne paraît pas, ça énerve toujours autant. Une migraine est si vite arrivée!

Je vous jure, j’essaie de contenir mon enthousiasme, mais ma passion déborde de tous les côtés, et le plus souvent dans mes paroles. J’ai même déjà assommé quelqu’un à force de gesticuler. Mon deuxième prénom sur mon certificat de naissance, c’est Intensité.

J’essaie de ne pas passer par l’alphabet au complet quand il faut aller de A jusqu’à B. Je souffre à devoir sacrifier toutes ces lettres! Ce que vous percevez comme un roman (que dis-je! La recherche du temps perdu de Proust!) m’apparaît comme un faible résumé. Je sais trop bien que votre patience se raréfie au fur et à mesure que ma pensée se ramifie. Je suis moi-même étourdie quand ma fille me sert ma propre médecine! (À deux, on fait tout un show! Auquel nous seules sommes capables de survivre).

La version courte n’est pas dans ma nature. Même quand je force ma nature à devenir autrement. La concision me fait mal, et ça me cause des problèmes. Et des maux de gorge.

Si je suis ainsi, c’est que je voudrais tant que chaque nuance ait sa place dans l’histoire. Qu’on n’oublie pas la cause de la cause de l’effet. Qu’on ne néglige pas l’impact sur Pierre et Pierrette, Jean et Jeanne, Jacques et… Jacquette? Un mot en entraîne un autre, qui en entraîne dix autres, qui en font naître cent autres chacun… La multiplication miraculeuse des mots. L’arborescence dans toute sa splendeur.

Et pendant que je vous parle, pendant que je vous écris, j’over-analyse vos réactions, les miennes, les siennes, celles d’hier et du mois prochain, les tues et les masquées, les exprimées par vos mots et par vos mimiques. Les yeux au ciel, le soupir, le sourire, l’angle du sourire, par en bas, par en haut, dans l’oblique du désespoir : « Va-t-elle se la fermer un jour? » Et je me demande pourquoi je suis incapable de me la fermer.

Oui, oui, j’y arrive. La nuit entre 1 h et 3 h du matin. Et même là. Parfois, je m’inventerais un ami imaginaire pour jaser. Parce que voyez‑vous, les émotions et les idées, elles, ne somnolent pas. Elles courent avec la tribu de gerboises hyperactives qui s’agitent dans mon ciboulot. Et plus elles courent, plus elles engraissent, s’encrassent, m’écrasent. Alors au petit matin, quand tout le monde est encore en train de se dire « Mais quand est-ce que le café fera‑t‑il finalement effet? », moi, je ressens déjà un besoin pressant de m’exprimer. D’être en relation. D’être.

Parce que c’est ça l’affaire : parler, discuter, écouter, partager, ça me donne l’impression d’ÊTRE. D’être tout court, d’exister, mais aussi d’être quelqu’un dans vos yeux. De mériter d’être.

J’arrête ici. J’en ai déjà trop dit.

Nathalie-Verbomotrice-Courcy

Si tu disais ce qu’il faut?

Dans la vie, il y a autant de personnes qu’il y a de façons de di

Dans la vie, il y a autant de personnes qu’il y a de façons de dire les choses. Certains crient, certains parlent si vite que c’est une gymnastique auditive que de les suivre! Ou alors il y a les mâcheurs de mots que l’on peine à décoder. D’autres encore s’éparpillent, étirent ou encore superposent les sujets et informations, tant que nous devenons étourdis à essayer de comprendre où en est le locuteur ou la locutrice!

Il y a ceux qui étalent leurs sentiments, leur vie, leurs envies. Ceux qui se répètent inlassablement, nous donnant l’impression qu’ils nous prennent pour des étourdis ou des sourds qui n’auraient pas compris la première explication d’une dizaine racontant exactement aux mots près la même et ultime chose!

Puis, il y a ceux qui grognent, qui marmonnent, ou encore il y a cette personne qui ne parle pas, mais qui fixe.

Ses regards assassins ne lui rendent pas justice! Ils n’expriment que sa frustration, et non pas sa raison d’être. Ses airs farouches ne laissent qu’entendre une idée : oups, ça ne va pas! Mais, on ne sait pas pourquoi, on devrait le savoir… mais non, on ne devine pas toujours.

Alors enfin, il y a ces personnes qui ne disent rien, ne laissent rien voir sauf leur mutisme jusqu’au moment où la frustration, la colère s’exposent.

Ne pas dire ce que l’on ressent, ce que l’on pense lui donne cette importance qui ne vaut pas grand-chose. Il est primordial de dire ce que nous avons à dire.

LA DISCUSSION, LA COMMUNICATION

Alors que nous sommes à l’ère des communications où tout semble si facile à partager, que ce soit virtuellement ou pas, voilà que l’être humain n’a jamais aussi PEU communiqué!

À toi qui es comme cela, comme cette personne qui sait des choses, voudrait les faire savoir, mais n’ose pas. Cette personne qui reste avec ses sentiments, sa frustration et ses interrogations, mais qui ne les exprime pas tant qu’elle n’est pas submergée.

Moi, je pense que TOUT SE DIT, alors raconte!

Il s’agit de doser, tout simplement.

PARLE! Dis ce que tu as à dire poliment, calmement, mais sûrement!

Ne pas dire ce que l’on ressent en brime l’importance. Ce que nous avons en nous est très important. Si je ressens une injustice, mais que je reste avec celle-ci, inexprimée, et que je la rumine, elle prend de l’ampleur. Elle grossit et crée en moi un mal‑être.

Si je garde pour moi un sentiment amoureux, le croyant à sens unique ou pas, mais n’osant l’exprimer, je me brime possiblement de vivre une nouvelle histoire. Je crée aussi cette insatisfaction d’attachement et parfois, je vais jusqu’à dénigrer la personne que je suis sans m’en rendre compte, simplement pour justifier mon silence.

Il est important de s’exprimer. Il est important de se respecter suffisamment pour admettre que ce que l’on a à dire, ce que l’on porte et ce que l’on ressent EST IMPORTANT!

Lorsque nous ne parlons pas, nous ne faisons pas savoir ce que nous avons à dire et ce que nous ressentons. Comment la situation pourrait-elle se répéter ou changer si rien n’est dit?

Lorsque nous nous taisons, nous disons à notre sentiment qu’il n’est pas important.

Nous devons nous respecter et parler.

Que ce soit dans notre couple, en famille, entre amis et même au travail. Lorsqu’une situation demande à être exprimée, nous nous devons de nous respecter suffisamment pour en faire part à qui de droit. Je suis persuadée que les trois quarts des frustrations de notre vie seraient inexistantes si seulement nous partagions ce que nous avons à dire. Le tout, dans le respect.

N’oublions jamais que la liberté des uns se termine là où la liberté des autres commence.

Prenez le temps d’y réfléchir et dites-moi de quel sujet avez-vous de la difficulté à discuter…

Simplement, Ghislaine

Le langage des signes avec bébé, une belle façon de communiquer!

C’est bien connu, la communication avec bébé commence dès sa vi

C’est bien connu, la communication avec bébé commence dès sa vie intra-utérine. Plusieurs parents parlent fréquemment au bébé dans le ventre tout chaud qui le porte. Ils lui chantent des chansons, racontent des histoires, touchent le ventre qui l’abrite. Bébé le leur rend bien en donnant un petit coup de pied, en se calmant ou encore en s’agitant. Cette communication se façonnera tout au long de la vie de bébé. Dès son arrivée dans le monde, il communiquera ses besoins. D’abord par ses pleurs, puis par ses réactions faciales, ses sourires et ses babillements. Comme parents, nous apprenons à comprendre ses besoins et à y répondre afin d’assurer son bon développement. Bien que cela se passe généralement bien, il est parfois difficile pour bébé de bien nous communiquer ce qu’il ressent, surtout quand les mois ont passé et que ses besoins sont plus clairs pour lui, mais qu’il n’a pas encore à accès à la parole pour s’exprimer.

Le langage des signes peut alors être une bonne option pour optimiser la communication avec bébé. C’est un principe simple : on associe un mot à un geste simple. Il s’agit d’un langage de transition qui permet au bébé de dire ses envies par des gestes jusqu’à ce qu’il puisse les dire en mots par la suite. Comme bébé peut faire des gestes bien avant de parler, il arrive donc plus rapidement à exprimer ce qui se passe pour lui. On évite ainsi les crises de pleurs et les confusions sur les désirs de bébé.

En Amérique de Nord, spontanément, on a déjà tendance à enseigner le « bye-bye » avec la main qui se promène de gauche à droite ou de haut en bas, le bisou soufflé avec la main sur la bouche, puis vers la personne à qui on l’envoie, ainsi que le « oui » et le « non » avec la tête qui hoche. Le principe est exactement le même, avec un peu plus de vocabulaire. En fait, on enseigne à bébé les mots courants de son vécu : encore, terminé, pipi, caca, j’ai froid, j’ai faim, besoin d’aide, etc. À partir d’environ six mois, chaque fois que le parent prononce le mot à son enfant, il fait le geste en même temps. Bébé fait l’association et quand il sera prêt, il pourra lui-même l’utiliser. La transition des signes à la parole se fera alors naturellement, comme quand bébé apprend à nommer ce qu’il veut plutôt que de le pointer.

Pour les gestes, il est recommandé d’utiliser les signes déjà standardisés. Au Québec, il s’agit de ceux de la Langue des Signes Québécois (LSQ). Pour connaître les signes associés à chaque mot, il existe quelques possibilités : se rendre sur le site de la Fondation des sourds du Québec, suivre un cours dans un organisme de votre région, acheter un livre sur le sujet, faire des recherches sur Internet via Google image puisqu’il existe de belles affiches résumées.

Personnellement, c’est ma belle-sœur qui m’avait offert un livre sur le sujet à la naissance de bébé. J’ai tout de suite aimé l’idée et j’ai commencé à enseigner très tôt quelques signes à bébé. Au début, je trouvais ça un peu étrange, et comme bébé n’avait aucune réaction, je me demandais si cela allait fonctionner. J’ai bien fait de continuer, car au courant de son dixième mois, bébé nous a fait son premier signe. Notre chat a quitté la pièce et mon bébé m’a regardée en signant « parti », comme je le lui montrais quand son papa ou quelqu’un qu’il aimait partait. J’ai été tellement étonnée et tellement émue de le voir s’exprimer ainsi si jeune. Bébé a continué à nous signifier qu’il avait froid, qu’il voulait encore quelque chose, qu’il voulait manger, etc. Ses grands-parents ont aussi appris à reconnaître ses signes et cela lui permettait de bien s’exprimer avec eux aussi. À l’occasion au parc, il y avait même quelques autres enfants qui, comme lui, utilisaient le langage des signes. Ce n’est pas magique, il y a quand même des bouts où je ne comprenais pas ce qu’il voulait, mais c’était vraiment rare. Lorsqu’il a commencé à parler, il a lui-même cessé de faire les gestes.

Alors voilà, c’est un petit outil de plus pour se faciliter la vie côté communication. Le langage des signes avec bébé prend quand même de la patience et de la constance, mais je crois que ça vaut le coup, ne serait-ce que pour s’émerveiller de tout le potentiel de nos enfants.

Roxane Larocque

J’ai huit ans, et je fais pipi au lit.

<span lang="FR" style="margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Ge

Chaque matin, quand je me réveille, j’ai froid. Je frotte mes yeux. Je suis tout mouillé. Je grelotte. Ça sent fort l’ammoniaque. J’ai huit ans.
Et chaque nuit, je fais pipi dans mon lit.

J’ai honte. Même si papa et maman disent que ce n’est pas grave. Car je me sens comme un gros bébé. Je dors avec une énorme couche. Et pourtant, ça déborde. Je dors tellement profondément que ni l’envie d’aller uriner ni les draps qui se remplissent de liquide ne me réveillent.

Je ne vais pas dormir chez mes amis. Je ne veux pas qu’ils voient ma couche. Je refuse qu’ils sentent cette odeur si nauséabonde le matin. Ils savent, car je leur ai expliqué et je crois qu’ils comprennent. J’en parle sans problèmes parce que ça fait partie de moi.

Ça avait arrêté quelque temps, mais depuis que mon ami est à l’hôpital car le cancer est revenu dans son corps, mes pipis sont revenus eux aussi. Maman dit que ça a peut-être un lien. Moi je ne pense pas. Je crois que ce sera toujours ainsi.

Je frotte mes yeux à nouveau et je soupire. Je me lève et je mets des vêtements secs. Je défais mon lit, je garroche les draps, les peluches et mon pyjama dans la laveuse.
Je monte doucement l’escalier et je pousse la porte de la chambre de mes parents.
– Maman?
– Bon matin, ça va?
– J’ai mis les draps à laver, tu partiras la machine?
– Oui, merci mon lapin.

Je rajoute du travail à mes parents qui semblent pourtant si occupés et ça me stresse. Car il faut laver mes draps TOUS LES JOURS.

Un jour, une dame est venue à la maison avec une machine qui sonne. On a commencé à utiliser cet appareil. Quand je faisais pipi la nuit, la machine sonnait très fort et ça réveillait toute la maison… sauf moi… Ça sonnait quatre ou cinq fois chaque nuit. Je dormais vraiment dur. Mes frères et sœurs ne la trouvaient pas drôle, cette machine. Même le chien se levait!

Alors, je n’ai pas beaucoup d’espoir que ça passe un jour.
Pour l’instant, j’ai 8 ans.
Je vais grandir…
J’espère que ma femme m’aimera quand même. Mais je ne suis pas certain qu’elle voudra dormir dans mon lit. Et mes enfants? Ils auront honte de leur père! Ça m’inquiète parfois.

Papa dit de ne pas m’en faire, que tout finit par se placer dans la vie. Il a un ami qui était comme moi et maintenant, c’est un adulte grand et fort. Il ne porte plus de couche!

Grand-maman aussi parfois, elle se réveille dans le pipi à sa maison médicalisée. Je me demande si c’est possible que j’aie également cette maladie de la mémoire au nom bizarre.

Je suis content de pouvoir en parler sans me faire juger.
J’ai huit ans.
Et je fais pipi au lit.

 

Gwendoline Duchaine

Elle se suicidait

<span lang="FR" style="margin: 0px; color: #333333; font-family: 'Ge

Depuis quelque temps, nous parlons beaucoup de maladies mentales. Quand j’étais enfant, j’aurais tellement aimé que l’on m’explique, qu’on arrête de me cacher la vérité et de me dire que tout allait bien. Car non, tout n’allait pas bien. Maman se suicidait…

Je me souviens de l’avoir trouvée si pâle, la respiration si rapide, les lèvres si bleues, les yeux si vides. Je me souviens d’avoir crié : «Maman! Maman!» Je me souviens de l’avoir secouée si fort.


─ Ma maman est morte.
J’avais sept ans.
Mon petit frère de quatre ans pleurait.
─ Ma maman est morte et je ne sais pas quoi faire.
La voix rassurante dans le téléphone me disait de ne pas m’en faire, que les secours étaient en route.
Quand ils sont arrivés, ils l’ont branchée à plein de fils. Puis ils l’ont emmenée.
Maman est partie.

Je me souviens de ce soir-là, quand mon père est venu m’embrasser.
─ Qu’est-ce qu’elle a, maman?
─ Elle est juste un peu fatiguée, ce n’est rien du tout, ça va aller.
Il a refermé la porte de ma chambre.
J’avais envie de hurler.
Ça ne va pas du tout! Menteur! Menteur! Maman veut mourir! Et ce n’est pas la première fois! Menteur!

Je me suis promis, ce soir-là, de ne plus jamais croire les grands. Jamais. Et je me suis promis de ne jamais mentir à mes enfants.
Car un enfant imagine le pire… Dans ma tête à moi, ma maman ne voulait plus vivre à cause de moi.

─ Je ne suis pas assez gentille. Je pense que je ne l’intéresse pas. Je ne suis pas assez bien pour que maman ait envie de vivre. Elle n’aime pas la vie avec moi.

Je me sentais abandonnée. Sans savoir poser des mots sur ces sentiments-là. J’ai grandi tout croche à cause de ces non-dits.
L’angoisse d’abandon ne m’a plus jamais quittée.

Ma maman souffrait d’une sévère dépression. Un sujet tabou. Alors. On n’en parlait pas. Alors, enfant, j’ai avancé avec ce vide. J’ai toujours pensé qu’elle pleurait par ma faute. J’ai longtemps eu une image de moi catastrophique.

La maladie mentale est terriblement difficile pour les proches (je sais combien mon papa s’est inquiété si souvent). Elle est dévastatrice pour les enfants.

J’ai eu longtemps très peu de compassion pour les gens qui tentaient de mettre fin à leur jour. Je les trouvais égoïstes. J’en ai longtemps voulu à ma maman.

Si quelqu’un, juste une personne, s’était assis à côté de moi et m’avait expliqué. Si on avait pris le temps de m’en parler, de parler… J’aurai eu de la peine, mais j’aurais compris. Que son mal-être était si grand et que je n’en étais aucunement responsable…

Parlez à vos enfants. Expliquez-leur. Pleurez avec eux s’il le faut. Mettez les vrais mots sur les maux. Soyez honnêtes. Ils en seront plus forts et plus sereins.

 

Eva Staire