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M. François Legault, j’ai mal à ma profession d’éducatrice par votre faute

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M. Legault. (En temps normal, je me serais adressée au premier ministre en vous. Je n’ai pas l’habitude d’une telle familiarité avec les gens que je ne connais pas, surtout vu votre statut. Permettez-moi donc, M. Legault, cette simple familiarité entre nous. Comme je vous ai entendu discriminer ma profession sans même me connaître, ni entendre mon point de vue ni l’opinion de celles qui œuvrent auprès de la petite enfance, et ce, avec un ton plutôt condescendant envers notre métier, je ne peux faire autrement que d’utiliser le même ton.)

Par vos propos tenus à l’Assemblée nationale, vous nous avez discréditées, mes collègues éducatrices et moi, aux yeux de la population. Par votre adresse, vous nous avez reléguées à un rôle de second plan. Comme s’il y avait des secondes places pour ceux qui accompagnent les enfants. Les enfants sont notre priorité. Permettez-moi de vous ramener à ma réalité, notre réalité à nous, les « techniciennes » en petite enfance. Que dis je, nous, les « professionnelles » de la petite enfance, car j’ai envers mon métier un immense respect et la conviction que nous offrons des services de qualité. Les enfants ne méritent rien de moins. Ils méritent mieux, ce que vous ne semblez pas voir ni vouloir entendre.

Le 14 février dernier, vous vous êtes permis de sous-entendre et de faire miroiter aux Québécois l’idée suivante : « Vous avez le choix entre une garderie avec deux tiers d’employés qui sont des techniciens de garde, ou une maternelle 4 ans avec des enseignants et toute une équipe de spécialistes de l’école primaire ». Comme si cette comparaison donnait la définition de ce qu’il y a de mieux pour nos enfants.

Votre façon de nous rabaisser et de juger notre professionnalisme a été un coup aussi douloureux que si vous nous aviez appelées des « gardiennes ». Des années d’efforts à valoriser notre profession. Des années que vous avez balayées du revers de la main en quelques instants. Des années que vous avez diminuées par vos simples paroles non réfléchies.

Je sais bien que notre manque de ressources en petite enfance nous vient d’un ancien gouvernement. Mais les propos énoncés viennent de vous. Ils dénigrent et indignent des femmes qui travaillent du mieux qu’elles peuvent, avec ce qu’elles ont. Vous faites de vos « ressources offertes » dans les écoles votre cheval de bataille.

Les ressources offertes, comme vous dites, DOIVENT RESTER cette unique bataille. Mais il faudrait que cette lutte ne s’invite pas qu’au niveau scolaire. Pour donner du pouvoir à votre cause, vous avez cru bon de soumettre à la population DEUX CHOIX : un excellent et un moins bon. C’est ce que les gens retiennent. Malheureusement, le message transmis nous donne aussi l’impression que faire des études universitaires, c’est EXCELLENT. Faire une technique, c’est moins bon. C’est acceptable, passable. Vous avez cru bon d’établir une clôture entre deux mondes qui devraient, bien au contraire, s’allier. Vous priorisez ce que vous croyez être le mieux au détriment de l’autre option. Vous restez fermé face à nos paroles en supposant que nos propos ne nous servent que d’excuses. Comme si nous manquions d’ambitions, d’aspirations et d’idéaux. C’est vous qui coupez nos rêves à force de vouloir créer ce qu’il y a de mieux : soutenir les enfants, accompagner les parents.

Vous êtes littéralement « obsédé » par votre projet, comme si l’état d’urgence était d’avoir des classes pour accueillir votre idéal. Je ne suis pas contre l’idée de pouvoir mieux cibler les enfants qui auront besoin de soutien avant leur entrée dans le grand monde scolaire. Comme vous êtes au pouvoir actuellement et que vous ne faites que ce qui vous chante pour y remédier, j’en conclus que vous faites partie de cette équation qui soustrait les ressources que nous avons perdues. Vous êtes, dorénavant, responsable de ne pas faire en sorte que nous ne puissions redonner aux enfants ce que nous avons dû leur soustraire.

Je ne suis pas contre l’idée d’établir un suivi pour que le dossier de l’enfant soit transféré vers le milieu scolaire. L’idée d’établir un suivi n’est toutefois pas une nouveauté. Peut-être pas au goût de VOTRE jour, mais il existe déjà, en CPE, en garderies, en milieux familiaux. Vous semblez incapable de reconnaître ce sur quoi nous avons si longuement travaillé pour accueillir toujours mieux la petite enfance. Vous préférez vous attribuer tous les mérites. Cela nous confirme que vous connaissez peu notre profession, que vous connaissez peu le réseau de la petite enfance. Vous n’êtes pas le premier à vouloir un pont entre les 0-4 ans et l’école. C’est notre travail à nous de guider les enfants et de les amener à devenir des êtres responsables et plus autonomes. Il s’agit d’une obsession qui vous empêche de voir l’ensemble de la situation, l’ensemble du système de la petite enfance et du système scolaire. Votre cheval de bataille a vraiment des œillères.

Pour exercer ma profession, je n’ai effectivement pas de diplôme universitaire puisque je n’ai pas trouvé de doctorat en patience ni en bienveillance. Il n’y a aucune université qui offre le baccalauréat du don de soi. Nous sommes des professionnelles de terrain. Dès les débuts de notre formation, nous avons été plongées dans la pratique. C’est ça, une technique. Embarquer dans des souliers dès le début de notre démarche, de notre cheminement scolaire, sans jamais les quitter. Acquérir toute l’expérience en sautant dedans à pieds joints, corps et âme.

Ces enfants avec qui nous passons du temps de qualité, on finit tellement par les ressentir! On vibre au même diapason qu’eux. On les devine, vous n’avez pas idée. Est ce que cela prend vraiment un diplôme universitaire pour exceller dans notre rôle? Je vous confirme que non. Est ce que cela nous discrédite envers notre profession? Je vous confirme que vous l’avez fait. En plus de 20 ans, j’ai cumulé des perfectionnements, des formations et de l’expérience qu’aucun cours universitaire n’aurait pu m’enseigner.

Nous, les professionnelles en petite enfance, avons goûté à ces multiples coupes budgétaires nous obligeant à rajouter des tâches à notre tâche d’éducatrice. À faire des pirouettes pour offrir encore et toujours la même qualité de service aux enfants et pour répondre aux attentes des parents. Car c’est ce qu’ils méritent. Car c’est notre mandat, nos objectifs de carrière.

Comme bien des Québécois, j’ai fait mon devoir de citoyenne lors des dernières élections. J’ai voté pour un changement. J’ai voté pour être entendue. Vous m’avez laissé croire qu’avec vous, cela serait différent. Vous m’avez laissé croire que vous étiez des nôtres, si près de la population. Cette population que l’on n’écoute que très rarement.

Vous sembliez être l’HOMME de toutes les situations. On vous a donné les rênes en votant pour vous. Mais vous devez maintenant savoir guider votre cheval de bataille dans la bonne direction!

Pour redorer votre titre de premier ministre à l’égard de toute une population féminine (sortez votre calculatrice, vous verrez que nous sommes des milliers), je vous invite donc à vous rétracter. Et pourquoi ne pas vous intéresser à notre profession? Voir de quelle façon les coupures nous ont touchées. Voir combien nous sommes professionnelles. Voir combien notre technique rime avec professionnalisme. Voir combien nous méritons votre reconnaissance.

Et vous, éducatrices qui valent mille fois plus que le simple titre de « techniciennes », avez-vous eu le plaisir de rencontrer de petits êtres pas plus hauts que trois pommes, plus jeunes que 4 ans avec qui une aide spécialisée aurait été d’un grand réconfort pour les accompagner ou pour soutenir leurs parents? Je suis curieuse de lire vos récits, de connaître vos expériences. #EducatriceEtFiereDeLEtre

 

Mylène Groleau

10 raisons pour lesquelles mes enfants n’iront pas dans une maternelle 4 ans

Certains diront que j’ai été éducatrice pendant dix ans et que

Certains diront que j’ai été éducatrice pendant dix ans et que je prêche pour ma paroisse. D’autres diront que j’enseigne en Techniques d’éducation à l’enfance et que je défends les éducatrices. Le fait est que je maîtrise assez bien le sujet et que, certes, mon opinion est faite. Mais je n’écris pas ce texte en tant qu’éducatrice, je l’écris en tant que maman.

Et je précise que si toi, comme parent, tu as fait le choix d’inscrire ton enfant à la maternelle 4 ans, je ne te juge aucunement. Chaque parent prend la meilleure décision pour son propre enfant.

De plus, afin d’alléger le texte, je dirai « CPE » pour illustrer tous les types de services de garde éducatifs, qu’il soit en installation ou en milieu familial. Donc, je vous ouvre mon cœur et je vous explique pourquoi je n’inscrirai jamais mes enfants dans une maternelle 4 ans.

1) « L’enfant apprend par le jeu. » : Il est tout à fait normal, en tant que parent, de ne pas connaître par cœur le programme éducatif en petite enfance proposé par le ministère. Ce qu’il faut en retenir, ce sont cinq grands principes de base. L’un d’eux dit : « L’enfant apprend par le jeu. ». L’enfant, pour pouvoir apprendre réellement, a besoin de jouer, tout simplement. De jouer librement, avec les jeux qu’il choisit et accompagné par une éducatrice qui sait comment soutenir l’enfant dans son jeu. Et c’est en CPE que le jeu de mon enfant sera le mieux stimulé. Pas dans une classe.

2) Apprendre ses lettres et ses chiffres : J’entends tellement de parents me dire qu’ils sont fiers que leur enfant de 4 ans connaisse ses lettres/chiffres/formes/couleurs… Et oui, la maternelle 4 ans va apprendre cela à vos enfants. Mais l’éducatrice en CPE sait que ces apprentissages‑là, ils ne font partie que du développement cognitif de l’enfant. Et qu’en est‑il des quatre autres sphères de son développement ? En CPE, l’éducatrice va stimuler son développement cognitif, certes, mais également son développement moral, social, affectif, moteur, langagier… Je veux que mon enfant soit stimulé dans toutes les sphères de son développement, et pas seulement au niveau cognitif. En CPE, il apprend à s’aimer, à respecter les autres, à prononcer les mots, à demander de l’aide, à être autonome, à agir en société et j’en passe !

3) Être prêt pour l’école : La mission des CPE est de favoriser la réussite éducative des enfants. Cela veut dire que l’éducatrice a pour devoir de s’assurer que l’enfant aime apprendre. Cela veut aussi dire que si elle le bourre d’apprentissages scolaires trop tôt, il aura déjà une écœurantite aigüe avant même sa première année scolaire. Et je veux que mon enfant aime l’école.

4) Le lien affectif : L’un des principes fondamentaux en éducation, c’est que l’enfant doit être vraiment et sincèrement attaché à l’adulte pour pouvoir apprendre avec lui. En le changeant de garderie, en le changeant d’école, en le changeant d’éducatrice, je ne l’aide pas du tout. Parce que le temps qu’il passera à recréer une relation avec une nouvelle enseignante, il aurait pu le passer à apprendre avec une éducatrice passionnée qu’il aime déjà…

5) Le ratio : Peu importe l’école, l’enseignante doit s’occuper d’un plus grand nombre d’enfants de 4 ans à l’école que l’éducatrice en CPE. Mon enfant est en milieu familial, où l’éducatrice a tout son temps pour le stimuler et jouer avec lui, personnellement. Elle le connaît par cœur, elle connaît ses forces et ses faiblesses et sait comment intervenir avec lui. Elle a beaucoup plus de temps pour l’accompagner et l’aider à relever ses petits défis.

6) Le multiâge : À l’école, quoi que fasse mon enfant, il sera toujours dans les plus jeunes. Il a 4 ans. Tous les autres élèves de l’école sont plus grands que lui. Dans sa classe, il n’y a que des enfants de son âge avec lesquels se comparer. Il apprendra alors la compétition et l’anxiété de la performance. En CPE, il voit aussi des plus petits. Dans la cour dehors, il aide un plus jeune à se relever. Il aide un plus petit à apprendre ses couleurs. Il console un bébé qui pleure. Il apprend à s’occuper des autres et à les aider, peu importe leurs difficultés. En CPE, il apprend l’empathie et le respect du rythme d’apprentissage de chacun.

7) L’obligation sociale : Saviez-vous que la maternelle 5 ans n’est même pas obligatoire au Québec ? La majorité des parents l’ignorent et pensent que c’est un passage obligé. Mais non ! La maternelle 5 ans a été créée pour aider les enfants qui n’avaient aucune expérience en garderie à s’intégrer avec les autres. Et le gouvernement veut développer les maternelles 4 ans dans le même but… Le problème, c’est que les parents pensent ensuite à tort qu’il s’agit d’une expérience obligatoire pour leurs enfants, même s’ils ont déjà tout ce qu’il leur faut en CPE…

8) Le dépistage : On vous a fait croire que la maternelle 4 ans permettrait de dépister plus tôt les problèmes de développement des enfants. Encore un mensonge, parce que l’enseignante n’est pas outillée et formée suffisamment pour les enfants de moins de 6 ans et que les spécialistes manquent à l’appel ! Alors que l’éducatrice en CPE a été formée à observer et dépister ces problèmes depuis des années. Elle est encore à ce jour la mieux placée et la mieux formée pour le faire auprès des enfants de 0 à 5 ans.

9) Le Québec et ailleurs : J’entends beaucoup de parents dire : « Mais en France (insérez ici le pays que vous voulez), la maternelle commence à 3 ans ! » C’est vrai. Mais avez-vous visité l’une de ces maternelles ? Si oui, vous savez que c’est un local avec des coins de jeux dans lesquels les enfants s’amusent souvent sans contrainte. Ici, on appelle ça un CPE. C’est uniquement l’appellation qui diffère, mais les autres pays ne scolarisent pas leurs enfants de 4 ans dans des classes !

10) Les besoins de l’enfant : Un enfant de 4 ans a besoin de prendre son temps pour manger, en discutant avec ses amis, dans une ambiance conviviale. À l’école, il doit se dépêcher et le faire en silence. Un enfant de 4 ans a encore besoin de faire la sieste, pas un repos de 15-20 minutes. L’école ne répond pas à ses besoins de sommeil. Un enfant de 4 ans a besoin de bouger. Mais il n’aura pas la place pour le faire en classe. Plusieurs besoins de l’enfant sont comblés en CPE et ils ne le seront plus à la maternelle 4 ans.

Je le répète, vous avez tous les droits d’inscrire votre enfant dans une maternelle 4 ans. Si vous n’avez jamais envoyé votre enfant en CPE, ce sera peut-être sa seule chance de socialiser. Mais personnellement, mon choix est fait. L’enfance, c’est fait pour jouer, pour apprendre en s’amusant, pour chanter, pour avoir des câlins, pour courir et pour rire aux éclats. Nos enfants auront toute la vie pour apprendre les lettres et les chiffres. C’est pourquoi je n’enverrai pas mes enfants en maternelle 4 ans.

Joanie Fournier

 

La perpétuelle quête de l’équilibre

La petite enfance est remplie de défi et est très intense, pour le

La petite enfance est remplie de défi et est très intense, pour les parents, oui, mais surtout pour les minis qui vivent et ressentent mille et une choses.

Évidemment, chéri-mari et moi aimerions, comme tout parent, que notre grand de bientôt trois ans reste assis pendant toute la durée des repas, dise « s’il vous plaît » et merci à chacune de ses demandes, soit propre de jour comme de nuit, ne fasse aucune crise, réussisse à se calmer et à s’apaiser lorsque les émotions sont grandes, n’ait pas de suce ni aucun autre tic de bébé, ait de l’énergie pour les jeux actifs, sache se concentrer sur des tâches plus complexes et rester calme, qu’il s’exprime clairement, écoute les consignes… mais on doit lui enseigner, l’accompagner et, surtout, comprendre que ces demandes sont énormes et impossibles à réaliser toutes en même temps.

Si nous avions fait le choix d’être stricts pour tous les éléments nommés plus haut, nous serions constamment dans les avertissements et la réprimande. Pourtant, l’amour, le réconfort, l’apaisement, l’encouragement sont essentiels pour que nos enfants se développent bien.

Alors, on priorise, on s’ajuste, on choisit nos combats en tentant de rester fidèles à nos valeurs. On se remet en question. Souvent. Pour nous permettre de nous adapter dès que nécessaire. Et à travers tout ça, on aime, on encourage, on cajole, on console.
Nous l’avons vécu particulièrement intensément au début de l’automne. Alors que notre mini avait six mois, notre grand de plus de deux ans et demi a traversé un mois de septembre effervescent. Il a vécu le deuil de ses suces, ces objets de réconfort ultime; rien n’a pu le satisfaire autant. Il s’endormait une suce dans la bouche en se flattant le visage avec une autre. C’est aussi ce qui l’aidait quand ses émotions trop fortes l’envahissaient. Nous le voyions faire de grands pas, malgré la recrudescence des crises de bacon, et étions si fiers. Il devait trouver de nouvelles façons de surmonter ses grandes émotions. Et à deux ans 3/4, c’est un défi énorme. Ce l’est même pour de nombreux adultes.

Période intense parce que nous étions aussi en plein dans l’apprentissage de la propreté. Et que juste ça, c’est gros.

Intense parce qu’une molaire perçait et que ses poussées dentaires ont toujours été accompagnées d’une humeur maussade et d’un grand besoin de réconfort.

Intense parce que ça travaille notre patience de parents et que ça se répercute sur toute la famille. On essayait d’être cohérents et conséquents. Mais nous devions aussi rassurer et réconforter. Quand les crises étaient plus fréquentes, ça demandait plus d’énergie et de créativité pour maintenir qu’il est inacceptable de nous crier après, sans pour autant être toujours dans le négatif et pour garder l’amour au premier plan.

Intense parce qu’on ne voulait pas que mini soit dans une énergie poche, qu’on voulait continuer de le dorloter et de le stimuler comme il y a droit, même si c’était difficile pour son grand frère d’amour qu’il admire déjà.

Alors, comment passer au travers de ces périodes frénétiques? D’abord, on fait des choix; oui, par exemple, il gigotait et se levait pendant les repas et, non, on n’était pas très sévères sur ce point. Ce sera le prochain objectif. Ensuite, plus que tout, on profite doublement de tous les moments doux. On savoure. On nomme le bonheur et la joie. On encourage et on félicite dès qu’on le peut. En espérant très fort que c’est ce qui marquera le plus nos enfants à travers les périodes intenses où nous devons recadrer plus souvent.

Vouloir que nos p’tits gars soient des êtres droits, aimants et aimés : perpétuelle quête de l’équilibre qu’est la parentalité.

 

Jessica Archambault

Réalité d’une mère au foyer

Si l’on m’avait dit quand j’étais jeune qu’un jour, je sera

Si l’on m’avait dit quand j’étais jeune qu’un jour, je serais mère au foyer, j’aurais ri aux éclats. Moi qui carburais à l’adrénaline, me voilà à laver et relaver mes chaudrons sans arrêt. Passer plus de temps qu’il en faut dans ma cuisine, laver et plier les vêtements de quatre autres êtres humains. Vivre pour les autres, voilà ma réalité temporaire.

Mon conjoint et moi en avions discuté préalablement. Il était donc convenu que si nous avions un troisième enfant, je quitterais mon emploi des dix dernières années afin de m’occuper des enfants ainsi que de la maison.

J’avais beau travailler dans un hôpital, mon salaire n’était clairement pas celui d’un chirurgien. La réalité est que je travaillais à peine pour payer la gardienne. Je perdais mon temps dans le trafic, courais à gauche et à droite dès mon réveil, sans oublier la charge mentale d’être mère. J’étais littéralement exténuée et je voyais mes enfants à peine trois heures par jour.

Lorsque j’étais prise dans le trafic, c’était mon break officiel de la journée. Sans enfants, sans patron pour me rappeler que je n’en faisais jamais assez. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de me torturer : « Qu’allais-je faire pour souper ? » « Vais-je arriver en retard pour aller chercher fiston si j’arrête acheter du lait ? » « Est-ce qu’il me reste du savon ? » « Faudrait bien que j’appelle ma mère afin de donner des nouvelles. » « Fiston a-t-il une pratique de hockey cette semaine ou c’est la semaine prochaine ? »

Toute cette charge ne s’est pourtant pas envolée le jour où je suis devenue mère au foyer. Avant, j’avais l’excuse de travailler. Maintenant, si ma maison est à l’envers, si mes enfants ont un retard de langage, s’ils ne sont pas assez développés côté moteur selon les foutus standards, et bien ne cherchez pas la coupable. C’est évidemment, c’est moi.

Parce que maintenant, les gens peuvent se permettre de dire que je ne fais « RIEN ». Que je l’ai facile. Parce que moi, je ne travaille pas. Parce que notre société qualifie maintenant de lâche une femme qui décide de rester auprès de ses enfants. Ce qui était normal il y a de cela quelques années, ne l’est clairement plus aujourd’hui et cela me frustre au plus haut point. Je fais tout et de mon mieux pour mes enfants. Suis-je la mère parfaite ? Certainement pas. Mais je le fais avec cœur et je tente de donner tous les outils possibles à mes enfants afin qu’ils puissent s’épanouir pleinement.

Devenir femme au foyer ne fut pas un choix « facile ». Il faut faire de gros sacrifices côté monétaire et non, ce n’est pas toujours rose. La vie sociale en prend un coup. Vient un temps où on a l’impression que les seules conversations d’adultes que l’on peut avoir, outre celles avec notre conjoint, sont avec les autres parents lors des activités sportives. Et voilà que temporairement, notre cerveau surchauffe à tenir une conversation autre que le classique « gaga gougou ».

J’en suis venue à me poser la question suivante : est-ce que je changerais de place avec une femme de carrière si je le pouvais ? La réponse est évidente : non. Sans aucune hésitation. Bien que j’aie parfois un besoin viscéral de sortir de la maison, je ne changerais de place pour rien au monde. J’ai eu la chance d’être auprès de mes enfants, de les voir grandir, de passer du temps de qualité avec eux et j’en suis reconnaissante. Peu importent les jugements, j’ai su profiter de la petite enfance de mes enfants. Et ça, ça ne reviendra pas.

Plus de deux ans maintenant et ma petite dernière fera son entrée à la maternelle. Ai-je un pincement au cœur ? Évidemment. Mais ce sera simplement la fin d’un chapitre. Que me réserve le prochain chapitre ? Je n’en ai aucune idée, mais je foncerai tête baissée comme j’ai foncé dans mon rôle de mère au foyer. Tout comme ce fut le cas avec la vie de mes enfants, à moi de créer cette nouvelle aventure.

Geneviève Dutrisac

 

De grands enfants

Et si, aujourd’hui, j’agissais encore comme un enfant âgé entre 0 et 5 ans…

Et si, aujourd’hui, j’agissais encore comme un enfant âgé entre 0 et 5 ans…

– Chaque fois que je rencontrerais une nouvelle personne, je ferais une crise de panique avant de finalement l’apprivoiser;

– Je serais vraiment fasciné par un peigne;

– J’approcherais ma face de celle de l’Amoureuse avec la grand’ bouche ouverte pour avoir un bisou… qui serait évidemment beaucoup trop mouillé;

– Je ferais toujours chauffer ma bière avant de la boire;

– J’arracherais parfois des choses des mains de quelqu’un et quand cette personne se mettrait à pleurer, je la fixerais en me disant : « Ben voyons, qu’est-ce qu’elle a à brailler, elle? »

– Je ferais mon épicerie assis dans l’panier.

– Au souper, quand je n’aurais plus faim, je prendrais quand même une dernière bouchée de mon plat pour la cracher dans’ face de celle qui l’a cuisiné;

– Chaque fois que mon nez coulerait, je pleurerais un peu avant de me moucher… pis je passerais mon temps après à regarder mes crottes de nez;

– Ça me prendrait 15 minutes pour attacher ma ceinture de sécurité dans l’auto; pis ça finirait avec une ceinture « twistée »;

– Je mettrais ma main en pointu pour enfiler mes mitaines à fourneau.

– Quand je raconterais l’histoire d’un film que j’ai vu au cinéma à quelqu’un, je m’attarderais beaucoup trop à de menus détails inutiles;

– J’serais ben à l’aise de crier : « J’AI FAIT CACA! »… même quand y’a d’la visite chez nous;

– Aussitôt que je prendrais la route en voiture, j’tomberais endormi;

– Je renverserais au moins un verre sur deux dans une journée;

– J’organiserais de belles promenades familiales en forêt, mais cinq minutes après être parti, j’me mettrais à chigner;

– En conduisant, chaque fois que j’en croiserais un, je hurlerais « CAMION! »

– J’aurais toujours l’impression que ça paraît pas pantoute que je raconte un mensonge… mais en même temps, j’me rendrais jamais compte que quelqu’un m’en raconte un à son tour;

– En partant pour le travail, je prendrais un p’tit « kit » de rechange au cas où j’aurais un pipi surprise;

– Même si c’est moi qui l’ai choisi, je serais quand même très déçu que ma collation soit un yogourt;

– Je voudrais TOUT DE SUITE ce que j’ai vu au magasin, mais cinq minutes après l’avoir reçu en cadeau, je jouerais avec autre chose;

– J’mettrais des autocollants sur mes ti-plats de lunch pour me faire une surprise au dîner et faire l’envie de mes collègues;

– Pendant les réunions au travail, je tracerais le contour de ma main sur l’ordre du jour… pour ensuite me gratter le visage et me mettre discrètement du crayon partout dans’ face;

– À l’épicerie, j’perdrais un bon quinze minutes à regarder les homards qui font absolument rien dans un aquarium sale;

– Même les matins pressés… je regarderais une p’tite émission avec des céréales sèches avant de commencer ma journée;

– Au bureau, j’commencerais plein de choses que je ne finirais jamais;

– Je mangerais pas mal de tout… mais avec beaucoup de ketchup;

– Ça pourrait m’arriver de m’asseoir sur la main de quelqu’un pour péter;

– Des fois, en plein milieu de l’été, j’irais travailler avec une tuque de Noël sur la tête;

– Pour me souvenir de l’endroit où je me suis fait « bobo », il faudrait absolument que j’aie un plaster;

– Pendant le souper, quand je raconterais une anecdote, je serais absolument obligé de me lever pour la mimer;

– Je lirais à haute voix chaque lettre que j’écris au fur et à mesure;

– J’dormirais probablement avec un toutou pis mon marteau;

– J’mettrais souvent ma main dans mes culottes sans raison;

– J’conduirais mon auto en faisant « brrrrrrrrrrrrroum » avec ma bouche;

Si, aujourd’hui, j’agissais encore comme un enfant âgé entre 0 et 5 ans… ce que je ferais surtout, c’est de vivre comme s’il n’y avait pas de lendemain; comme si le passé n’existait pas; comme si « maintenant » était la seule chose importante. Personne juge personne. Comme si tout était à faire; rien n’était impossible. Et pour ça, je nous souhaite tous d’agir de temps à autre comme nos enfants. Essayez-le! … J’AI FAIT CACA!!!!