Tag premier amour

Oublier un premier amour

Comment on fait pour oublier? Oublier un amour si sincère, si vrai,

Comment on fait pour oublier? Oublier un amour si sincère, si vrai, si pur?

La première fois que j’ai compris ce qu’était l’amour, c’est toi qui étais à mes côtés.
Des papillons dans le ventre simplement à l’idée de croiser ton regard,
Le pouls qui s’accélère au frôlement de ta peau,
Un sourire qu’il s’élargit à entendre tes compliments,
Le feu dans le ventre qui s’intensifie avec tes baisers.

Comment on peut aimer si fort, en étant si jeune, mais en se sentant à la fois assez « vieux » pour vivre quelque chose du genre?

Comment on peut aimer si fort, que plus rien autour n’existe, et que le seul fait de penser que tout pourrait s’arrêter nous rende malade?

Je me rappelle chacune des nuits où nous étions séparés, c’était comme si mon monde s’arrêtait. Comme si j’avais peur que le lendemain, tu m’aimes moins, que tu me désires moins.

Je me rappelle que le seul endroit où j’étais bien, c’était là où tu étais, le reste ne m’importait peu, voire pas du tout.

Toutes ces années à se créer une vie future, des projets, des rêves. Parce que oui, nous avions le droit de rêver et on y croyait dur comme fer. On aurait une maison, un chien, même des enfants, on voyagerait, on s’aimerait toujours comme au premier jour. On resterait jeunes, fous, complices, pas comme ces vieux couples plates. Toute ma vie, je la voyais avec toi à mes côtés.

Comment un amour peut-il être aussi fort, si fort que tu le sens battre en dedans, que tu le ressens couler dans tes veines? Qu’est-ce que cette chose qui fait tellement de bien, mais tellement de mal en même temps?

La peine lorsqu’on perd son premier amour est tellement douloureuse, que même ce mot n’est pas assez fort pour la décrire. Pas seulement toi, mon amour, qui s’en allait, mais tout ce que tu avais bâti en moi s’en allait. Ma confiance, ma bonne humeur, mes rêves, mes projets, les papillons dans mon ventre, tout s’en allait, en arrachant une partie de moi à l’intérieur. Mais une partie de moi qui n’était plus importante, si tu n’y étais pas.

Sentir le déchirement en soi, que la douleur soit tellement vive que rien ne puisse l’apaiser. Pleurer toutes les larmes de son corps et que rien ne puisse les arrêter, sauf peut-être le sommeil, si on arrive à l’apprivoiser. La vie entière perd tout son sens. Le goût de se lever le matin disparaît, l’envie de rire ne vient plus sonner à la porte. Tu te dis que c’est impossible, pas après toutes les promesses, pas après toutes ces premières fois, pas après tous ces secrets, tout cet amour.

Comment continuer à avancer quand la seule personne avec qui tu veux le faire n’est plus à tes côtés?

Comment continuer à cheminer, quand la seule main qui nous poussait à le faire n’est plus là?

Comment continuer à sourire, alors que le seul visage qui rendait cela possible n’est plus là?

Comment on continue à s’aimer, alors que son amour ne ressent plus rien?

Le premier amour, rien ne vient à bout de ça. Même le temps n’y change rien. On m’a souvent dit que ce n’était pas la dernière peine d’amour que je vivrais. On m’a souvent dit que ce n’était pas la fin du monde. On m’a souvent dit que je m’en remettrais bien plus vite que je ne le pensais.

Mais on ne m’a jamais dit que de toi, je me souviendrais toute ma vie. Que de toi, j’aurais des souvenirs frais toute ma vie. On ne m’a jamais dit que ta famille me manquerait presque autant que toi. On ne m’a jamais dit que le deuil de toi était aussi celui de ta famille. On ne m’a jamais prévenu qu’en perdant mon grand amour, je perdrais ma deuxième famille.

Les années finissent par passer, non pas sans pleurs et sans rechutes de toi, mais les années passent et les saisons changent. On se reconstruit peu à peu. Je me suis rebâti une confiance, un sourire, un semblant de vie. Chaque jour me rappelait ton absence, mais petit à petit, je devenais plus forte (force que j’ignorais qui se trouvait en moi).

J’aurais voulu être celle à tes côtés lorsque tu as relevé des défis. J’aurais voulu être celle à tes côtés lorsque tu réalises tes plus grands rêves. J’aurais voulu être celle qui essuie tes larmes, qui écoute tes peines. J’aurais voulu être celle qui te sourit chaque matin et qui t’embrasse chaque soir. J’aurais voulu être celle qui t’encourage, être celle qui allait devenir la mère de tes enfants.

Un jour, mon amour, j’ai même rencontré quelqu’un qui m’a fait un peu oublier que tu étais ancré en moi.

Un jour, je me suis même surprise à sourire à un autre homme.

Un jour, j’ai même pris la main de ce même homme pour marcher, pour avancer.

Un jour, j’ai même eu envie de cet homme.

Un jour, j’ai même ressenti des papillons pour lui. Et à cause de toi, j’ai eu peur. Peur d’avoir mal, de souffrir. Mais tu sais, j’ai aussi eu peur de ne pas être à la hauteur de ce nouvel homme. Peur de ne jamais aimer comme je t’ai aimé. Peur de ne pas ressentir quelque chose d’aussi fort que ce que nous avions jadis bâti.

Puis, j’ai décidé de me laisser aller, de me laisser aimer, chérir, apprécier, complimenter. Et dieu que ça fait du bien! De vivre ça à nouveau. De se sentir en vie, belle et appréciée.

Les années continuent de passer, il y a parfois des moments où tu refais surface dans ma tête, et même dans mon ventre. Les rêves qu’on s’était inventés et les buts qu’on s’était fixés, de les vivre avec un autre, ça fait drôle. Des fois, je me surprends à me dire : « Ah oui, on s’était dit qu’on ferait ça ensemble », mais maintenant, on n’est plus ensemble, et c’est avec cette idée que je dois poursuivre mon chemin.

Cela ne changera jamais l’amour que j’ai eu pour toi ni le fait que je t’aimerai toujours. Non je ne pourrai jamais aimer comme je t’ai aimé, mais je sais que je pourrai aimer quelqu’un à sa juste valeur. Je sais que je pourrai accepter les mains d’un autre homme sur moi. Je sais qu’un autre regard pourra apaiser mes angoisses et mes doutes. Je sais qu’un autre homme pourra m’encourager à me surpasser. Je sais qu’un autre homme pourra devenir le père de mes enfants.

Mais je sais aussi que tu resteras en moi à tout jamais, et qu’un amour si fort, ça ne se contrôle pas.

Je te souhaite de réaliser tous tes rêves et tes ambitions, car même si ce n’est pas moi qui te tiens la main, j’ai toujours cru en toi et je ne te souhaite que le meilleur.

À tout jamais xx.

Vanessa Lamoureux

L’été de mes seize ans

J’avais seize ans, lui dix-sept.

<p style="text-align: justif

J’avais seize ans, lui dix-sept.

J’étais caissière et lui, emballeur, dans une épicerie. On n’habitait pas la même ville, on n’allait pas à la même école secondaire, mais on travaillait ensemble et on se parlait à peine. Je le trouvais cute, pis ça a l’air que lui aussi, il me trouvait cute, malgré mes broches et mon uniforme trop grand aux couleurs douteuses, à l’effigie de l’épicerie en question.

Un soir de juin, en finissant mon quart de travail, je suis allée le rejoindre dans le back-store du magasin, pour lui remettre courageusement mon numéro de téléphone que j’avais écrit simplement, de mes mains moites, sur un papier de facture de caisse. En fait, ça n’avait rien de courageux, je lui ai presque lancé le papier en plein visage en me sauvant. Je me rappelle qu’il m’avait dit : « Veux-tu que je te donne le mien ? » J’avais répondu, en parlant trop vite : « Non ! Comme ça tu n’auras pas le choix de m’appeler ! »

Il m’a appelée. J’avais seize ans, lui dix-sept. Je suis devenue sa première blonde.

Aujourd’hui, en ce soir de juin, j’ai trente-et-un ans. Je me rappelle ces doux moments-là vécus en juin, il y a quinze ans.

Ce soir, je suis en pyjama. Je porte mon pyjama le plus laid et j’ai les cheveux gras. L’homme avec qui je partage ma vie a eu une grosse journée. Il regarde le soccer à la télé pendant que je travaille à la table de cuisine. Le chien à chaud. Les enfants dorment enfin. Le dernier, aka Monsieur-j’ai-deux-ans, a fait des crises toute la soirée. Ça fait des nuits qu’on dort mal. L’aînée de six ans a fait un cauchemar cette nuit et est venue dormir avec moi tandis que l’homme est allé se coucher dans la chambre d’amis. La vie, quoi !

L’homme se lève, lâche un pet, va préparer son lunch. Pis moi, j’arrête de travailler pour penser à l’été de mes seize ans.

On a frenché en masse cet été-là, mon emballeur et moi. C’est aussi avec lui que j’ai fait l’amour pour la première fois…

Oups, l’aînée de mes enfants me sort de mes pensées, son p’tit rhume la fait tousser. Elle s’étouffe, pleure et a besoin d’être consolée. Bon, elle se rendort. L’homme va prendre sa douche, la partie de soccer est terminée.

L’été de mes seize ans, c’était un bel été. Comme celui de mes dix‑sept, dix‑huit, dix‑neuf… Bref, comme ceux des quinze dernières années.

On va se le dire, y’en a eu des plus tough que d’autres. Y a eu des périodes moins roses que d’autres. Mais demain, ça fera quinze ans que j’ai frenché mon bel emballeur pour la première fois. On s’est vus terminer nos études secondaires. Il m’a encouragée à aller étudier ma passion première et à en faire mon métier. Je l’ai vu bûcher à l’université. On s’est mariés. On s’est vus devenir parents (et il est le meilleur des papas). On s’est vus rénover. On s’est vus devenirs « grands ». Il m’a vue tenir la main de sa maman malade, je l’ai vu devoir la laisser aller. On s’est vus pleurer. On s’est vus rire.

En quinze ans, on a créé pleins de souvenirs. En quinze ans, on a toujours été amis, mais surtout amoureux. Notre amour a grandi, pour le mieux.

Ouais, ce soir, je porte mon pyjama le plus laid, j’ai les cheveux gras et l’homme pète allègrement.

Mais aussi, on frenche le dimanche matin pendant que les enfants mangent et que le blender prépare nos smoothies.

On danse ensemble en mettant des tounes quétaines beaucoup trop fort et les enfants nous disent d’arrêter, mais on ne les écoute pas.

On rit des mêmes jokes plates. Généralement. (Des fois, les siennes sont VRAIMENT plates.)

On n’est pas parfaits, mais on s’aime ben. Une grosse coche au-dessus de ça, même.

C’est ça la vie.

C’est pas toujours rose, c’est pas toujours drôle. Ce n’est jamais parfait et c’est correct comme ça.

Reste que quand je pense à l’été de mes seize ans, je souris. Je nous trouve chanceux d’avoir ensuite évolué au même rythme, d’avoir voulu prendre les mêmes chemins.

Quand je vois un jeune couple d’environ seize ans, les yeux pleins d’étoiles, je souris. Je me dis que peut-être un jour, ils frencheront devant le blender, en attendant leurs smoothies, pendant que leurs enfants auront le dos tourné.

En tous cas, je leur souhaite !

P.S. L’homme a encore, dans son portefeuille, le papier de caisse sur lequel j’avais inscrit mon numéro de téléphone. Il pète, mais il est cute, non ? 😉

Caroline Gauthier

Le premier amour

Ah ! Ce premier amour ! Celui qui fait battre ton cœur comme s

Ah ! Ce premier amour ! Celui qui fait battre ton cœur comme s’il allait sortir de ta poitrine, qui te donne des papillons dans le ventre comme si tu venais de manger trois repas en un, qui te fait sourire sans aucune raison, qui te soulève jusqu’au septième ciel tellement tu te sens légère, mais qui peut aussi te faire redescendre aussi vite que tu es montée.

Un premier regard, un premier sourire, un ajout sur Facebook parce que tu es trop gênée d’aller lui parler en vrai. Quand tu vois qu’il a accepté ta demande d’amitié sur Facebook, et que tu vois qu’il est en ligne, tu ne veux pas aller lui parler, de peur d’avoir l’air désespérée et trop fatigante. Finalement, tu te dis « Bon je fonce, qui ne risque rien n’a rien » (à ce qu’ils disent). Et il s’avère que c’est le meilleur geste que tu n’aurais pas pu poser ! Et finalement, tu vois sur son profil qu’il est célibataire (le jackpot, quoi) ! Et c’est là que tu fonces !

Première rencontre, aussi timides l’un que l’autre. Vous écoutes un film (activité typique pour un premier rendez-vous), vous essayez de vous coller subtilement, tu tasses ta main jusqu’à temps de frôler la sienne, puis tu l’enlèves (je sais, c’est nono. Ha ! Ha !) Et puis là, arrive le premier baiser ! Là où les papillons se réveillent et se mettent à danser dans votre estomac et qu’ils sont incontrôlables. Un effet jamais ressenti, tout est nouveau, épeurant mais agréable. Puis, vous vous dites « Au revoir » et vous avez déjà hâte à la prochaine rencontre.

Puis, tu le revois à l’école et tu fais comme si de rien n’était pour ne pas éveiller de soupçons tant que ce n’est pas « officiel », mais en même temps, tu as envie de crier au monde entier à quel point tu l’aimes déjà (tu t’attaches vite, petite fille, mais un cœur, ça ne se contrôle pas). Tu ne peux pas non plus lui dire que tu l’aimes déjà, sinon il risque de te trouver trop intense et il va fuir, alors tu fais mine de rien.

Puis, il y a la deuxième rencontre. Ton cœur fabule comme la première fois, et même encore pire ! Tu sais déjà que c’est le bon, l’amour de ta vie, celui avec qui tu as envie de tout vivre, y compris tes premières fois. Quand il est près de toi, tout s’accélère en toi, et tu perds le contrôle. Il faut que tu lui dises, sinon tu vas exploser ! Tu te retiens, c’est quand même seulement la deuxième fois que tu le vois !

Puis les jours avancent, et finalement ça devient du sérieux. Tu le présentes à tes parents, ta famille, tes amis. Il fait de même, car il sait que toi aussi, tu es la bonne (comme c’est bon d’aimer et d’être aimée !) Un sentiment inconnu jusqu’à maintenant (mis à part l’amour de tes parents, mais on s’entend que c’est différent), mais tellement agréable à ressentir.

Les mois passent et tout se concrétise, et il y a des rapprochements pour la première fois. Tu es apeurée, mais énervée, triste mais heureuse, gênée mais tu sais que c’est réciproque !

Et puis, la première relation arrive, et tu l’aimes encore plus ! Il a tellement pris soin de toi, il s’est assuré que tu te sentais bien et que tu étais heureuse avec tes choix. Au fil des mois et des années, tu réalises qu’effectivement, c’est l’homme de ta vie, que vous êtes plus forts ensemble, et que vous pouvez vaincre n’importe quels obstacles et défis. Que c’est avec lui que tu veux « devenir adulte », que tu veux une maison, des enfants, bref ta vie rêvée de jeune fille.

Ce sentiment de légèreté, d’amour, de sourire pour rien, que tout te fait penser à lui, que la vie ne pourrait pas être plus belle et plus parfaite. Mais en vain, tu sais qu’il n’y a jamais rien de parfait… Et puis soudainement, il est temps de commencer quelque chose de nouveau, et tu fais confiance à la magie d’un nouveau départ.

Vanessa Lamoureux

Ces petits gestes tout doux

Chaque jour, je reçois des tonnes de câlins de la part de mes enfa

Chaque jour, je reçois des tonnes de câlins de la part de mes enfants. Des câlins coupe-en-deux tellement ils sont forts. Des câlins chatouilles. Des câlins effleurés à l’heure du départ pour le travail. Des câlins ressourçants, qui font monter mon niveau d’énergie en flèche. Des câlins désespérés, qui cherchent à réparer une grosse peine ou à calmer une peur incontrôlable. Même chose pour les bisous. Soufflés, papillon, beaux-rêves, sur-une-joue-et-sur-l’autre-pour-pas-que-l’autre-joue-soit-jalouse. De l’affection à la pelle mécanique, autant de la part de mes plus jeunes encore à moitié dans mes jupes que de la part de mes grandes qui ont un pied et quart dans l’adolescence.

Et bien sûr, l’affection est à double sens : j’en donne tout autant que j’en reçois! Ils ont appris ces gestes quelque part, n’est-ce pas?

Quand je vois mes enfants se donner mutuellement de l’affection, se dire des mots d’amour, se voler un câlin au passage, je trouve ça magnifique. Lumineux. C’est comme mon diplôme de bon parent, parce que c’est ce que je voulais qui arrive. Quand j’imaginais ma famille avant de lui donner naissance, je visualisais un groupe d’êtres humains uniques, différents, mais qui partageaient souvent des petits gestes tout doux et des paroles d’amour.

Et là, c’est le moment où l’affection se répand en dehors de notre cocon. Je ne parle pas de mon coco de maternelle qui saute dans les bras de ses amis dès qu’il les voit le matin. Je ne parle pas de ma grande peanut qui appuie sa tête sur l’épaule de sa grand-maman pour lui dire qu’elle est bien près d’elle. Ni de mon mini qui donne tellement de colleux à la seconde qu’il comblerait les besoins d’affection de n’importe qui pour les douze prochaines années.

Non. Je parle plutôt de cette petite main que j’ai surprise dans la main d’un « ami » promu au rang d’amoureux. Des doigts de ma fille de onze ans qui s’entrelaçaient avec ceux de son amoureux. Je parle de la caresse dans le dos que j’ai cru voir au moment des au revoir. Je parle de la petite tête blondinette qui a trouvé son nid dans le creux de cou de ce jeune garçon si gentil et si doux.

Depuis le début de l’année scolaire, ma cocotte multipliait les noms d’amoureux, jusqu’à en avoir cinq en même temps. C’était plutôt innocent, c’étaient plutôt des amis. Mais elle me disait ressentir les premiers papillons. Elle ramenait à la maison ses yeux remplis d’étincelles et son manque de courage de donner son numéro de téléphone à un de ses chevaliers. Elle rapportait beaucoup d’hésitation accompagnée d’un désir exprimé de vivre l’amour.

Et c’est arrivé. La demande. Veux-tu être mon amoureuse? Oui, bien sûr!

Ils s’entendent bien. Ils jouent beaucoup. Ils rient beaucoup. Ils étudient parfois ensemble. Ils passent plusieurs heures par jour ensemble, parfois seuls, souvent avec d’autres amis. Ou avec mes garçons comme chaperons. Ils font tous partie de la même « gang » malgré la différence d’âge. Déjà un bon signe que c’est un petit gars respectueux! En plus, quand ils finissent de jouer, c’est lui qui rappelle à ma fille qu’il faut ranger. Quel gendre!

Calmons-nous la belle-mèrite… Je vois bien que pour ma fille, c’est une relation importante. Est-ce que ça continuera jusqu’à la fin de l’année scolaire, jusqu’à la fin des vacances? Peut-être, probablement. Il y aura certainement un premier baiser, s’il n’est pas déjà arrivé. Mon œil de maman les trouve mignons dans leur bulle de tendresse. Mon œil de mère veille tout de même. Entre la caresse tendre dans le dos et la main qui descend sur les fesses, il n’y a que quelques centimètres…

Je suis rassurée par le fait que ma fille me dit la vérité ouvertement, sans que j’aie besoin d’enquêter. Je vois bien le papa qui s’inquiète un peu plus, et je crois que c’est bien normal. Notre cocotte est passée de petite fille à jeune ado amoureuse en quelques semaines. Ayant perdu mon papa quand j’étais petite, je n’ai comme référence adulte de ma propre adolescence que le regard de ma mère. Alors j’apprends au même moment mon propre rôle de mère devant la mutation des petits gestes tout doux et mon rôle de partenaire d’un papa qui vit les choses différemment de moi.

Et dans tout ça, je veux surtout laisser à ma fille un espace sain (et tout de même surveillé!) pour vivre ces petits gestes tout doux. En espérant que la tendresse ne cède pas le pas trop rapidement à ce qui suivra. Inévitablement.

Nathalie Courcy

Nous n’avions pas la même définition du mot amour

Recroquevillée sur moi-même, à laisser couler les larmes sur mes joues, je me vois encore en trai

Recroquevillée sur moi-même, à laisser couler les larmes sur mes joues, je me vois encore en train de mourir à petit feu. Quinze années   se sont écoulées depuis ma première histoire d’amour d’horreur.

J’avais tout juste 15 ans, j’étais une adolescente d’une bonne famille; je performais à l’école, j’avais un réseau social très fort. C’est alors que j’ai fait la rencontre d’un jeune homme de 21 ans, charmant, attentionné, respectueux. Du moins, c’est ce qu’il m’a fait croire.

Je l’aimais, c’était mon premier amour. J’étais prête à tout pour lui, je voulais cheminer avec lui. Les papillons dans mon ventre m’assuraient qu’il était mon grand amour, le vrai. J’y croyais.

 

“J’ai vite compris que lui et moi, n’avions pas la même définition du mot amour.”

 

Pourquoi disait-il m’aimer si c’était pour me blesser constamment ? Me blesser… Oui. Mais pas juste avec ses poings, pas juste avec ses pieds et pas juste avec des couteaux. Non. Me blesser avec les mots.

Onze ans plus tard, malgré mes cicatrices, c’est ma tête qui a encore mal. C’est avec elle que je dois dealer jour après jour pour vaincre mon anxiété, ma peur constante de tout. Ma peur de la mort principalement.

 

“Je vais te faire souffrir, petite pute.”

 

À tous les soirs lorsque je me couche, j’ai encore les images de la petite fille de 16 ans ligotée sur la voie ferrée. Je sens encore mon corps trembler, mon cœur battre à tout rompre et pensant vraiment être arrivée au chemin de non-retour. Je vois mes parents pleurer ma mort. Je te revois, toi et ton visage de satisfaction, me fixer droit dans mes yeux gorgés d’eau et de peur. Tes mots résonnent dans ma tête telles les cloches d’une église : « Je vais te faire souffrir, petite pute. » Puis j’entends le son du train qui approche. Je n’ai d’autres solutions que de fermer mes yeux et attendre. La bouche masquée d’un ruban, je ne peux crier.

Je ne sais pas si c’est la peur qui t’a gagné cette journée-là ou si c’est la raison, mais tu m’as détachée. J’ai eu peine à me tenir sur mes deux jambes pour regagner la voiture; j’étais complètement épuisée. Cette scène-là, elle me suit jour après jour. Une plaie comme ça, ça ne se referme pas aussi vite qu’une plaie physique.

Pourtant, j’en ai eu des plaies. J’en avais les bras remplis. Les jambes aussi. Tu te souviens ? Tu prenais un malin plaisir à aiguiser tes couteaux de chef en me fixant dans les yeux. J’en ai tellement esquivé des esties de couteaux pendant quatre ans. J’étais ton jeu humain de fléchettes. Heureusement pour moi, tu n’as jamais pogné le bull’s eye.

Quand j’essayais de partir, tu me retenais en me disant que t’allais changer. Puis moi bien, je te croyais. Je restais. J’y croyais parce que tu étais capable d’être si gentil, si doux… Mais ça, c’est quand que tu le voulais.

Des coups de poings, des coups de pieds, des couteaux plantés sur le bord de ma gorge, des menaces de mort, des abus sexuels… c’est tout ce que j’ai connu. En plus d’avoir perdu la majorité de mes amies qui voyaient bien que quelque chose ne tournait pas rond, je me suis isolée de ma famille. J’étais seule dans un appartement avec un gars instable, dans une autre ville, loin de tout. J’étais rendue à 17 ans. Je n’avais plus aucun repère. Je me sentais sale. Même si je partais, personne ne voudrait de moi. J’étais si affreuse, si maigre, si peu importante aux yeux de tous. En fait, c’était la vision que tu avais de moi et que tu réussissais à me faire croire.

Quand un petit être s’est installé dans mon ventre, tout s’est amplifié. Évidemment, ce bébé n’était pas planifié; je prenais religieusement ma pilule. J’étais dans une relation toxique, instable et dangereuse autant pour moi que pour le bébé.

 

“Je me sentais prête, enfin.”

 

Étrangement, je m’étais attachée très rapidement à cet enfant. Nous étions deux maintenant. C’était la meilleure raison pour moi de te quitter, de retourner dans ma ville près de mes proches et commencer une nouvelle vie avec un nouvel humain. Je me sentais prête, enfin. J’imagine que tu le sentais que je me détachais, je voyais à mon tour la peur dans tes yeux. Puis, tu as pris rendez-vous dans un hôpital d’une autre région, pour céduler mon avortement.

C’est à reculons que je me suis présentée au rendez-vous. J’étais accompagné de ma mère, avec qui j’avais repris contact à l’annonce de ma grossesse. Tu n’as même pas eu les couilles de m’accompagner. Dans ma tête, je comptais garder le bébé suite à l’échographie dating. Finalement, la drogue que tu as mise dans mes verres pour me rendre malade à ne plus en finir, et ce en espérant que j’élimine le bébé naturellement, aura eu son effet. Ça et tous les coups, tous les objets que mon ventre a rencontrés en si peu de temps. Mon bébé était mort. Rien ne bougeait dans mon ventre, il n’y avait plus aucune vie. C’était de ta faute. Tu as tué mon bébé. Tu m’as tué en même temps. Je n’avais plus aucun espoir et tout s’est effondré autour de moi.

Suite à ces évènements, je suis retournée chercher mes effets personnels à l’appartement. Tu pleurais, je m’en souviens comme si c’était hier. Tu voulais que je revienne. Tu m’as même promis de me faire un bébé, que tu regrettais l’avortement. Je n’ai pas cédé. J’ai pacté mon linge et j’ai voulu franchir la porte. Un pas de trop… Encore. Tu t’es mis à me frapper au visage, tirer sur mon linge… pendant plusieurs longues minutes. Tu as réussi à me violer pour la dernière fois, même si je me suis débattue tout le long.

Je te détestais. Je voulais juste partir. Aurais-tu pu s’il-vous plait, juste me laisser PARTIR ? Jamais, j’ai fait allusion à te dénoncer, je voulais juste faire ça tranquille pour une fois. Puis comme tu voulais avoir le contrôle pour une dernière fois, tu m’as fait sortir. Je n’ai même pas touché à une marche du deuxième étage au rez-de-chaussée. Tu m’as jetée comme on lance un vilain sac de poubelle. Côtes fracturées, contusions multiples, coupures multiples et traumatisme crânien. Même le médecin n’y allait pas de main morte pour te nommer de tous les noms. Ça aura été long et pénible, mais je m’en suis sortie.

Aujourd’hui, je m’aime. J’ai un conjoint plus que compréhensif qui m’aime, mes enfants m’aiment et j’ai une famille extraordinaire. Je vis dans un cocon rempli d’amour, le vrai. Je vis dans un climat de tendresse, d’acceptation, de joie. Je travaille fort sur moi-même à chasser des démons, mais j’accepte de demander de l’aide. Je me suis choisie. Je me respecte. C’est possible de s’en sortir, même lorsqu’on n’y croit plus.

 

À toi mon enfant,

Merci.

Merci de m’avoir choisie. Merci de m’avoir sauvé la vie. Merci d’avoir compris que cette vie n’était pas saine, ni pour toi ni pour moi. Merci d’être mon ange depuis onze ans maintenant et de me protéger.

Je t’aime,

Maman