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Une autre journée ! Texte: Nathalie Courcy

10 septembre, Journée mondiale de prévention du

10 septembre, Journée mondiale de prévention du suicide. Eh oui, une autre journée mondiale ! La 19e pour cette cause. Je ne sais pas si un jour, les humains décideront d’annuler cette journée de sensibilisation en se disant « C’est beau, les gens ont compris. Les taux de suicide sont presque nuls, on peut arrêter d’en parler ». Je ne pense pas, hein ?!

Je ne pense pas parce que même un suicide, c’est un suicide de trop. C’est une personne qui a tellement souffert à l’intérieur qu’elle a pensé que la mort était un moindre mal. Il faut que ça fasse mal en dedans en titi pour en venir là.

Le SUI-cide, ça veut dire se tuer soi-même. Non seulement décider de se tuer (avec ou sans l’esprit clair), mais le faire. Faire le geste qui nous tuera. Avoir cette violence envers soi qui prendra notre vie. Pour toujours.

J’ai souvent déposé le pied dans la mince marge entre le désespoir total et la décision de me tuer. Mais chaque fois, je l’ai retiré. Ce n’est pas tant la douleur qu’aurait créée le geste fatidique qui me retenait, mais le geste lui-même. Cet éclair d’une seconde dans lequel je devrais retourner un geste contre ma propre personne. C’était trop.

Puis, l’image des gens autour de moi dans l’après-suicide me ramenait à la réalité. Je ne voulais pas qu’ils souffrent. Plusieurs personnes dans mon entourage se sont suicidées et je nous vois, humains qui restons derrière, nous demander ce qui s’est passé, si on aurait pu faire quelque chose. Pour ceux qui restent, la culpabilité n’a d’égal que le vide. Je ne voulais pas faire subir cette vie restante à mes proches.

Je suis longtemps restée dans la twilight zone du désespoir. L’espoir, la joie de vivre, la raison de vivre manquaient à l’appel. Je les croyais morts, pas juste portés disparus. On parle d’années, on and off. Par bout, c’était une obsession. Je voyais des possibilités de mourir partout et chaque fois, je me disais d’attendre un peu, qu’il y avait sûrement une solution (pas une autre solution, parce que le suicide n’est pas une solution, mais bien une solution tout court). Même quand je réussissais à passer quelques jours un peu plus légers, l’idée n’était jamais très loin derrière. Il suffisait d’une mauvaise nuit, d’un conflit, d’une journée de pluie ou d’une hausse d’hormones pour que l’idée du suicide refasse surface. Et encore, chaque fois, je choisissais la vie, même si c’était en attendant. Je ne savais pas ce que j’attendais, j’étais incapable de m’imaginer une vie autrement ou plus heureuse, mais j’attendais. C’est l’attente et la patience qui m’ont sauvé la vie.

Le thème de cette année est « Créer l’espoir par l’action ». C’est-ti pas beau ? On pourrait croire qu’attendre, simplement, n’est pas une action. C’est plutôt passif, en effet. Mais ça me demandait tellement d’efforts ! Me retenir de passer à l’acte, comme si j’étais en combat contre moi-même. Comme si une partie de moi me retenait physiquement de me lancer en bas du précipice en criant « Ne fais pas ça ! ».

Puis, il y a eu des actions bien concrètes : thérapieS, discussions, formations, lectures, activité physique, tests génétiques, médication, changements dans mon alimentation et dans ma routine quotidienne, fin de relations malsaines. J’en ai fait, des pas ! De recul, pour avancer, pour remonter la pente, pour escalader ce qui ressemblait à l’Everest. Chaque action était un geste anti-suicide. Un geste d’espoir.

Et maintenant, je me donne comme mission de partager mon espoir avec ceux qui me lisent et avec mon entourage. Je ne suis pas dans le « Ça va bien aller » genre début de pandémie. Je suis plutôt dans le « Ça va être difficile, mais ça se peut ». Ça se peut que tu sois heureux, que tes relations soient remplies de lumière, que tu te lèves le matin avec des projets et le sourire aux lèvres, que le brouillard se dissipe dans ta tête et que les solutions deviennent de plus en plus évidentes. Ça se peut tellement, mais ça commence par un choix, même quand on n’y croit pas vraiment. C’est un choix quotidien. Un choix de chaque minute, parfois. Un choix qui sauve une vie.

Et un jour, tu te réveilles, comme moi, en te disant : « Hum, c’est à ça que ça goûte, le bonheur ? »

Nathalie Courcy

Le temps qui rend tout croche en dedans- Texte : Sophie Barnabé

Depuis la dernière année, je les ai vus mes jeunes, perdre trop so

Depuis la dernière année, je les ai vus mes jeunes, perdre trop souvent leur sourire. S’isoler en attendant que le temps revienne comme avant. Je les ai encouragés tant bien que mal, je leur ai fait leur déjeuner préféré, je leur ai flatté les cheveux en regardant la télé, je leur ai ouvert mes bras pour qu’ils viennent y pleurer tout bas. Bien sûr, on a eu de bons fous rires, tout n’est pas noir, mais l’étincelle dans leurs yeux a parfois du mal à m’éblouir.

Après une année éprouvante sur tous les plans, je côtoie trop de jeunes qui sont à boutte ! Trois fois plus de jeunes du secondaire disent que leur santé mentale s’est grandement détériorée depuis un an. La détresse fait mal. Très mal. Au Québec, dans les dernières années, le taux de suicide a doublé chez les jeunes de 15 à 19 ans. Doublé ! La détresse fait peur.

 

Toi et moi, on l’sait bien que les mauvaises passes, ça finit toujours par finir. Que tout reviendra comme avant dans quelque temps… Quelque temps… Ce soir, bien calée sous mes couvertures, j’essaie de comprendre. Quand nos jeunes ont le moral dans les talons, qu’ils vivent des défis ou des épisodes de dépression, on leur dit que les choses vont finir par s’arranger, qu’il faut laisser le temps au temps… Et si c’était ça, le temps qui les rendait tout croches en dedans ?

Penses-y un instant… pas longtemps…

Qu’y avait-il de différent quand j’étais jeune ? Internet… Facile de mettre le blâme sur la technologie. Elle a le dos large, la pauvre. Le petit sablier qui marque le temps sur l’écran n’est pas si anodin qu’il en a l’air… Et si la technologie avait donné une nouvelle dimension au temps ? Cette ressource précieuse qui laisse retomber la poussière et qui guérit les blessures. Ce temps qu’on voudrait parfois arrêter pour savourer le moment…

Je ne sais pas si c’était comme ça pour toi, mais au secondaire, je passais des heures à la bibliothèque à chercher l’information, à photocopier, à séparer le mauvais du bon, à surligner. C’était long ! Baptême que c’était long ! Depuis qu’ils sont tout petits, mes jeunes tapent un mot-clé sur Google pour recevoir, en quelques secondes, une tonne d’informations déjà prémâchées. Ils font l’effort de chercher avec les outils à leur disposition. J’aurais fait pareil si j’avais pu. Faire une recherche en quelques minutes plutôt qu’en trois jours… Je ne peux leur en vouloir de s’impatienter quand le petit sablier sur l’écran tourne un peu trop carré.

Quand je voulais parler à mes amis, c’était parfois long. Je savais ce qu’était l’ennui. Ce feeling qui crée l’urgence en dedans quand t’as besoin d’un câlin qui arrête le temps. Mes ados communiquent par vidéo à la minute où ils en ont envie. Pourquoi attendre quand on peut le faire tout de suite ? À l’époque, suivre une série demandait une saison, une vraie… Aujourd’hui, une saison peut se résumer en une nuit. Pourquoi attendre quand ça peut se faire si vite ?

Nos jeunes sont nés à l’ère de l’efficacité, de la rapidité, des résultats immédiats… Habitués de comparer le temps au sablier qui tourne sur l’écran, nos jeunes sont probablement dépassés quand on leur dit que ça prendra six mois, une année ou cinq ans pour guérir un mal à l’âme, pour obtenir un diplôme ou avant de revoir grand-papa. Pour eux, c’est une éternité ! À leur place, je serais découragée. Bien trop long pour persévérer. Une montagne qui leur semble impossible à gravir. Ce doit être pour ça que certains pensent même à en finir.

Quand le mal-être fait trop de dommages, quand laisser le temps au temps demande trop de courage, certains jeunes lancent un ultime crime du cœur. Celui qui me fait si peur. Le suicide, c’est la mort qu’on a décidé de précipiter sans avoir donné le temps à la vie de nous prouver que ça vaut la peine de s’accrocher. Parce que toutes les émotions sont temporaires, parce que les nuages finissent toujours par passer. Parce qu’il n’y a jamais personne qui a dit que la vie était facile, mais il y a toujours un p’tit quelque chose qui fait qu’elle est belle.

Si tu connais quelqu’un qui t’inquiète, rends-lui visite. Impossible ? Prends le temps de lui téléphoner parce que les choses anodines entrent par texto. Quand on téléphone, c’est pour jaser de ce que les pouces ne peuvent communiquer. Ose en parler, ne passe pas par quatre chemins. Demande-lui : « Comment vas-tu ? Vraiment ? ». En cas de doute, prends une grande respiration et lance-lui : « As-tu des idées noires ? » BAM ! Direct de même ! Et si tu as besoin d’aide, compose le 1-866-appelle.

Sophie Barnabé

Mes chéries, Maman est en psychiatrie

Des mots trop lourds à écrire sur une feuille de papier recyclé.

Des mots trop lourds à écrire sur une feuille de papier recyclé. Des mots trop lourds à entendre pour vos petites oreilles. Même aligner les lettres transperce mon cœur tellement ça me semble irréel.

Mais ce soir, Maman ne sera pas à la maison.

Maman a trempé son doigt et touché la dernière goutte d’un vase déjà trop plein. Une sensation de vide a envahi Maman et même vos rires rebondissent sur ma chair. L’envie de me sentir saoulée par les notes aiguës qui sortent de vos petits corps a toutefois donné l’arme secrète dont Maman avait besoin pour aller demander de l’aide, alors qu’elle tenait une fine lame entre ses doigts, prête à commettre l’irréparable.

Maman est à bout de souffle. Maman ne se comprend plus. Maman n’entend plus le bonheur vibrer autour d’elle. Il n’existe qu’une vague tonalité neutre qui la guide pour avancer, un pas après l’autre, comme un zombie. Juste assez de puissance pour se rendre à l’hôpital. Juste assez d’amour pour savoir que ça va passer. Juste assez de force pour accepter qu’il faille recommencer.

Chéries, maman est en psychiatrie. Pour que vous sachiez que ça peut arriver, un breakdown. Que c’est humain. Que vous allez certes perdre des plumes au passage, mais vous en aurez d’autres qui pousseront doucement. Parce que Maman sait qu’elle est une battante.

Mais surtout, parce que Maman sait qu’elle n’est pas une personne horrible. Mais bien une bonne personne qui a vécu des horreurs.

Kim Boisvert

Je ne veux plus mourir – Texte: Nathalie Courcy

J’ai passé la moitié de ma vie à vouloir mourir. À trouver que

J’ai passé la moitié de ma vie à vouloir mourir. À trouver que la vie ne valait pas la peine. Je souffrais trop. Je ne voyais pas le but de me lever tous les matins. Je me rivais le nez sur des échecs répétitifs qui cachaient les succès que je vivais sans les vivre. Ma génétique et les trop nombreux suicides dans ma parenté m’avaient convaincue que j’étais née pour être déprimée.

Médicamentée ou pas, en thérapie ou pas, ça allait downhill de toute façon. J’avais la tête dans une gelée de cumulonimbus sombre et grandissante. Vous dire la lourdeur de l’enclume qui pesait sur mes épaules, à force de porter tout ce malheur.

Et pourtant. J’avais des diplômes avec mention honorable. J’avais une maison, un mari. J’avais des enfants en santé, une famille, des amis. J’avais un bon emploi. J’avais suffisamment d’argent.
Mais. Mais je ne me sentais pas adéquate. Je ne me sentais pas à l’abri ni aimée. Je ne me sentais pas entourée. Je ne me sentais pas à ma place. Je ne me sentais pas en sécurité, financière et morale. Je n’étais pas la maman que je voulais être : calme, drôle, énergique, en santé mentale et physique. Je n’étais pas celle que je voulais être : heureuse, équilibrée, libre, amoureuse.

J’étais une habituée des thérapies. Psy, masso, chiro, t.s., art-thérapeute, acupuncteur… je les avais tous essayés. Même chose pour les médicaments. Anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères, antidouleurs… toujours avec un suivi adéquat, merci de demander. Mais je restais enfermée dans mon gros nuage noir. C’est frustrant, rester prise dans un gros nuage noir mélasse quand tu patauges sans arrêt pour t’en sortir.

Un jour, j’ai supplié d’avoir un médecin de famille. Que j’ai eu. Miracle, de nos jours. Et j’ai été honnête. Elle s’est étonnée que je tienne debout. Quand je dormais deux heures, je me trouvais chanceuse. Je ne pleurais pas, oh non ! J’étais gelée. Pas de drogue (merci à moi, je ne suis pas attirée par les drogues ni l’alcool [comme dit ma fille, l’alcool, ça goûte les pieds !]). Juste le cerveau embourbé, engourdi, comme si ma boîte crânienne était envahie par une glue visqueuse, pas de glitters. Mon corps était devenu immobile, toute mon énergie étant réservée à passer à travers mes journées de travail et mes soirées avec les enfants. Auto, boulot, dodo. Repeat. On repassera dans vingt ans pour le plaisir.

On a travaillé ensemble pour d’abord régler mon problème de sommeil. Ajuster la chimie du cerveau, mais aussi mon rapport à mon lit, à la nuit, à mon mari. J’ai mis des limites, je suis partie, je suis revenue vers moi, peu à peu. Le plus petit pas possible. PPPP. Quatre lettres qui m’ont sauvée, parce que si je m’étais fiée à la hauteur de la montagne à escalader, je n’aurais jamais osé. Elle m’aurait écrasée. Kapout.

Je me suis construit un nouveau nid, j’ai récupéré mon corps, je me suis activée. Je me suis pardonné plein de choses, et je me suis félicitée pour plein d’autres. D’abord de m’être choisie. D’avoir cessé d’attendre que d’autres le fassent à ma place. J’ai remis au centre de ma vie ce qui était important pour moi. Mes enfants, l’art, la créativité, l’écriture, la spiritualité, la famille, les amis, la santé. Puis l’amour.

Mais en premier, au tout début du parcours et ensuite à chaque jour, à chaque instant, je ME suis mise en premier. Égoïste ? Non, je ne crois pas. Si moi, je ne vais pas, rien ne va autour de moi. Si j’ai mes lunettes noires avec les verres salis par la glaise qui me sort du cerveau, je ne peux pas voir la beauté. Je ne peux pas percevoir l’amour, les bonnes intentions, la chance d’être en vie. Je ne porte pas de lunettes roses pailletées, ne vous en faites pas. J’ai les deux pieds sur terre, et c’est clairement mieux que s’ils étaient sous terre. Mais j’ai remisé mes perceptions erronées pour voir la vie comme elle est : variée, grande, lumineuse même dans ses bouts de noirceur.

Depuis l’adolescence, je restais en vie pour ne pas faire de peine à ceux qui restent. Je ne voulais pas déranger par mon départ. Je ne voulais pas laisser un vide dans la vie de ceux qui m’aiment. Je ne voulais pas générer de la culpabilité. Je ne voulais pas laisser comme héritage un gros sac de questions sans réponses.

Maintenant, si je reste, c’est pour moi. C’est parce que je vaux ce que je vaux et que je trouve que la vie est belle, même quand un nuage passe. Justement parce qu’il passe.

Si je reste, c’est aussi pour encourager les autres à rester. Un jour à la fois. S’il le faut, une heure à la fois. PPPP.

Nathalie Courcy

#BellCause

Faites-vous partie du 10 % ?

3 décembre, journée internationale des personnes handicap

3 décembre, journée internationale des personnes handicapées.

Levez la main (ou sifflez, si vous ne pouvez pas lever la main), ceux qui se considèrent handicapés ou qui ont un proche handicapé.

Combien de Québécoises et de Québécois souffrent d’une incapacité handicapante, selon vous ?

Qui est considéré comme handicapé ? Si tu as tes deux yeux, tes deux oreilles, tes deux bras et tes deux jambes, ça roule, n’est-ce pas ? Mais le handicap peut être divers, il peut même être invisible. Il peut être temporaire, permanent, périodique… Chose certaine, s’il vous dérange, imaginez à quel point les personnes qui le portent tous les jours doivent se sentir dérangées par leur handicap !

Pour assouvir votre soif immense de connaissances, près de 10 % de la population québécoise de 15 ans et plus serait atteinte d’au moins une incapacité. Parce que comme plusieurs désagréments de la vie, ça vient souvent accompagné. Un diagnostic en annonce souvent un autre.

Dans mon jeune temps, une personne handicapée se déplaçait en fauteuil roulant ou en planche à roulettes (je ne parle pas des ados qui roulent pour aller au dépanneur du coin, mais bien de cet homme sympathique qui sillonnait les rues du village sur sa planche parce que la vie avait oublié de lui donner des jambes). Une personne handicapée pouvait aussi avoir un retard mental ou se promener avec une canne blanche. C’était limité comme vision, mais c’était l’époque.

Avec le temps, la vision s’est élargie. On comprend maintenant qu’un handicap est une incapacité partielle ou totale à accomplir certaines activités de base comme se nourrir, aller à l’école, travailler, se déplacer, apprendre, etc. Votre collègue qui souffre de douleurs chroniques à cause d’une fibromyalgie, votre enfant qui a un déficit d’attention ou une dyslexie, votre mère qui n’entend plus grand-chose ou votre oncle qui entend des voix, votre ami qui a vu trop d’explosions en terrains minés et qui est revenu changé, traumatisé… ils ont tous un certain degré de handicap. Ces situations ne mènent pas nécessairement à une déclaration officielle au gouvernement ou à des subventions, mais elles ont toutes un impact sur la vie de la personne atteinte et sur son entourage.

Donc, quelqu’un qui a ses deux yeux, ses deux oreilles, ses deux bras et ses deux jambes peut être handicapé, à ses propres yeux et peut-être aussi aux yeux du gouvernement. Ça peut sembler banal, mais dans certains cas, le soutien financier s’avère essentiel parce qu’être dans l’incapacité de cuisiner, de marcher, d’apprendre, de parler, de gérer ses émotions ou de faire son budget, ça peut coûter cher et ça peut même être dangereux si on ne reçoit pas les soins appropriés.

Certains handicaps sont invisibles et même silencieux. Ils prennent du temps à être diagnostiqués et traités. Ils peuvent générer de la gêne, de la honte, des non-dits. La personne qui en souffre a le droit de révéler sa condition ou non à son employeur par exemple. Le silence peut malheureusement limiter l’aide et l’adaptation de l’environnement de travail. Même chose pour l’école et la famille. On veut à tout prix que nos enfants en difficulté d’apprentissage aient un plan d’intervention solide avec des moyens d’adaptation béton. Comme adultes, ne devrait-on pas aussi demander que des moyens (souvent gratuits ou peu dispendieux) soient mis en place pour qu’on puisse s’accomplir dans notre milieu de vie et de travail ? Une chaise adaptée, un lecteur d’écran, un preneur de notes pour les réunions, un poste de travail plus silencieux ou exempt de parfums, un horaire adapté… ce n’est pas juste pour les moins de 18 ans ! Encore faut-il en parler et proposer des pistes de solutions.

Dans tout ça, la clé, c’est toujours la sensibilisation et l’information. Communication is the key.

Si on avait plus entendu parler des handicaps invisibles quand j’étais petite, peut-être qu’on aurait moins potiné à propos du gars qui était parti en ambulance après une tentative de suicide. Ou qu’on aurait moins jugé la fille qui avait donc de la misère à mémoriser ses tables de calcul mental. Ou qu’on aurait pu nommer avec les vrais mots ce qui rendait madame Unetelle un peu coucou.

Les personnes handicapées, officiellement ou pas, ouvertement ou en silence, se seraient sûrement senties portées par tout un village, au lieu d’avoir honte de se promener dans le village.

3 décembre : n’est-ce pas une belle journée pour poser un regard différent sur une personne handicapée, pour lui poser la question : « Qu’est-ce qui te ferait du bien ? », et pour poser un geste concret et simplement gentil ?

Go, vous avez la capacité de le faire !

Nathalie Courcy

Les troubles alimentaires

Les troubles alimentaires : tous connaissent la signification, mais

Les troubles alimentaires : tous connaissent la signification, mais personne ne connaît le nom de ces maladies. Nous connaissons l’anorexie et la boulimie, les plus populaires malheureusement, mais il existe d’autres types de troubles alimentaires. Nous avons presque tous connu ou entendu une rumeur sur telle ou telle fille qui est anorexique ou qui passe son temps à se faire vomir dans les toilettes.

Pourquoi se retrouver dans ce genre de situation ? Disons simplement que l’image que l’industrie du divertissement nous donne est simple : une femme ou une jeune fille doit porter du 1 ou 3 ans en pantalon, doit avoir un ventre plat avec des abdominaux, mais pas trop, elle doit avoir des gros seins, un visage angélique, des lèvres pulpeuses, des grosses fesses, des petites jambes, des bras minces, un teint bronzé à la perfection, des dents blanches et droites, etc. Ce n’est pas mieux pour les hommes : être grand, un corps bien défini, pas obligé d’être super musclé, mais nous devons voir les muscles, pas un poil sur le corps (wtf!), une barbe c’est sexy et les cheveux longs aussi (seuls endroits où le poil peut pousser… n’importe quoi !), une mâchoire carrée, des dents blanches et droites, etc. Ces hommes et femmes parfaites doivent maintenant, en plus, être intelligents. Fini les cruches sans cervelle et les gars avec un neurone. C’est lourd et difficile pour une ou un jeune de vouloir ressembler à son idole.

Je suis heureuse d’avoir grandi sans la technologie d’aujourd’hui qui est dans les mains de tout le monde. J’ai longtemps été obsédée par mon corps. J’ai été chanceuse : jusqu’à mes 20 ans, j’ai été mince. Oui, j’avais des bonnes fesses, des cuisses et des gros seins, mais je ne m’en faisais pas avec ça. Malgré mon poids santé, j’étais complexée par ces mannequins dans les magazines Cool !. Je voulais être plus mince. Pourtant, je sais maintenant que les photos sont retouchées et qu’elles ne sont aucunement naturelles. J’ai déjà essayé de me faire vomir, jamais été capable. J’ai essayé de jeûner, incapable. J’étais gourmande, j’aime la nourriture.

En 2005, quand j’avais 19 ans, mon père est décédé à 45 ans. Ce fut traumatisant. Je me suis réfugiée dans la nourriture. Je mangeais sans cesse. En 8 mois, j’avais dû prendre une quarantaine de livres. À partir de ce moment, mon poids a commencé à jouer au yoyo. Durant la grossesse de ma fille, j’ai pris 23 livres. Je ne les ai pas perdues. Treize mois après sa naissance, j’étais enceinte de son frère, j’ai pris 8 livres. J’étais tellement malade ! Après sa naissance, ça s’est gâté. J’ai été diagnostiquée avec une dépression post-partum majeure. En plus de manger sans arrêt à en avoir mal au ventre et au cœur, les médicaments me donnaient faim. Alors je mangeais tout le temps. Je prenais du poids, beaucoup.

Durant une séance avec mon psychiatre, je lui ai parlé de mon problème. « Je mange sans arrêt. J’ai pas de fond. Je passe à travers de boîtes de biscuits, de gâteaux complets, de sacs de chips, je me fais 4 crêpes. Ce n’est jamais assez. » Il m’a demandé si ça m’apportait un sentiment de bonheur, de réconfort. La réponse était OUI. « Tu es hyperphagique boulimique ». Moi de répondre : « De quoi ? Ça mange quoi en hiver ça ? » Bah oui, j’ai fait ce genre de jeux de mots poche. Il a ri au moins. Il a expliqué les différentes maladies des troubles alimentaires. Les voici.

ANOREXIE

Une personne qui se prive d’aliments pour maigrir. Se sent toujours en surpoids. Cette personne peut utiliser des moyens pharmaceutiques pour éliminer le plus de déchets possible de son corps. Cette personne est très maigre.

BOULIMIE

Une personne qui fait une orgie de nourriture, ce qui veut dire qu’elle consomme une quantité astronomique de nourriture. Ensuite, elle se fait vomir. Il peut y avoir ou non présence de crise alimentaire. Ça peut être après chaque repas aussi.

L’ORTHOREXIE

Une personne qui est obsédée par la qualité de la nourriture. L’aliment doit être parfait. La personne peut s’isoler par peur de ne pas être capable de s’alimenter avec de la nourriture considérée comme parfaite.

HYPERPHAGIE BOULIMIQUE

Une personne qui fait des orgies de nourriture, ce qui veut dire qu’elle consomme une quantité astronomique de nourriture. Par contre, à la différence de la boulimie, la personne ne se fait pas vomir.

Il y a d’autres troubles alimentaires qui sont reliés à des problèmes d’ordre physique.

Je n’aurais jamais pensé souffrir d’un trouble alimentaire, j’ai simplement pensé que j’étais gourmande. Mais maintenant que je connais mon trouble, je peux mieux contrôler mes crises. J’ai aussi des médicaments qui aident mon trouble déficitaire de l’attention (TDA) et qui coupent la faim. Il existe des traitements autres que la médication, il est certain que d’entreprendre une thérapie va aider à découvrir la raison du trouble.

Aujourd’hui, je suis guérie de ma dépression post-partum majeure et j’ai perdu les 40 livres prises durant ma dépression. Je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau. J’ai encore du travail à faire pour me rendre à un poids santé, mais je vais y arriver, car ma santé mentale est en pleine forme.

C’est normal d’envier le corps d’une ou d’un autre, mais votre corps est le plus beau, car c’est le vôtre. Prenez‑en soin.

Cindy LB

Ce qui m’a sauvée de ma dépression

Après un mois de suivi avec ma psychologue, mon psychiatre et la tr

Après un mois de suivi avec ma psychologue, mon psychiatre et la travailleuse sociale, j’ai appris qu’une dépression est, très souvent, liée au fait que nous avons cessé de penser à nous, à nos besoins, à notre bien-être. Alors j’ai dû réapprendre à me connaître. Je me suis remise à faire du dessin, ce que j’adorais faire plus jeune. J’ai recommencé à chanter.

J’ai essayé l’entraînement, mais ce n’était pas pour moi, j’avais besoin de calme et d’équilibre. J’avais de l’anxiété généralisée, je devais trouver un moyen de calmer mon esprit. Alors, une annonce de yoga est passée et je me suis inscrite. Le cours était dans une maison au coin de ma rue. J’ai adoré, un coup de foudre. En plus, ma mère m’accompagnait. Nous faisions une activité ensemble. J’étais tellement heureuse. Le yoga m’aidait à connaître mon nouveau corps, celui qui a fait deux magnifiques enfants et qui n’a pas perdu son poids. Ça m’a permis d’apprendre à aimer ce nouveau corps. Mais durant mes cours de yoga, au lieu de me concentrer sur ma respiration, je pensais aux tâches à faire, à l’épicerie. J’étais incapable de mettre mon cerveau à off.

La professeure nous a proposé un atelier sur la méditation. J’étais sceptique. Mon cerveau n’arrête jamais. Même la nuit, je ne dormais pas parce que j’avais mille choses en tête. Après l’atelier, j’ai compris que ça pourrait fonctionner. J’ai téléchargé les applications Petit Bambou et Namatata. J’ai adoré les deux, mais j’ai un gros coup de cœur pour Petit Bambou. Une application facile, qui montre comment débuter la méditation, autant pour les débutants que pour les personnes plus expérimentées. Maintenant, il y a des listes de lectures de méditation sur Spotify qui sont incroyables. Donc aujourd’hui, je suis capable de méditer avec de la musique, mais dans le silence, je n’y arrive pas encore. Puis, je fais du yoga chaud chez Idolem, une seconde maison pour moi.

Durant mon rétablissement, j’ai découvert que l’écriture était libératrice pour moi. Ça me permettait de sortir mes pensées, mes émotions. J’ai même écrit 2 livres et 2 autres sont en construction.

J’ai aussi essayé la lithothérapie. C’est croire en la puissance des pierres guérisseuses. Ça m’a aidée pendant un bout de temps. Je méditais avec mes pierres.

Ensuite, les huiles essentielles. J’ai appris lesquelles étaient bonnes pour combattre la dépression et l’anxiété et pour favoriser le sommeil. J’ai porté longtemps un collier diffuseur, qui avait de la bergamote, de l’eucalyptus ou de la sauge à l’intérieur.

Il y a plusieurs façons de guérir d’une dépression, mais le plus important est de se laisser du temps et de se battre. Ce n’est pas le psychologue ou le psychiatre ou les médicaments qui vont nous guérir, mais les efforts que nous allons mettre pour guérir. Ces gens et les médicaments ne sont que des outils pour nous aider à nous battre. Quand j’ai eu mon diagnostic en octobre 2016, j’étais convaincue qu’un an après, je serais guérie. Mais c’est seulement en février 2020 que j’ai eu la confirmation que j’étais guérie. 4 ans. Ça m’a pris 4 ans. Je sais que je ne suis pas à l’abri d’une rechute, mais je suis salement plus équipée aujourd’hui pour affronter cette maladie. Il faut essayer des choses pour nous aider, il faut essayer de se trouver une chose qui nous fait du bien et s’y accrocher.

Il y a beaucoup de mères qui souffrent de cette maladie. C’est un fléau, je dirais. En plus d’être tabou. Une mère avec une dépression post-partum est une mère qui est lâche. C’est ce qui est dit. Qui ne se donne pas un coup de pied au derrière alors qu’elle a toutes les raisons du monde d’être heureuse. Oui, c’est vrai, mais quand la noirceur envahit ton esprit, quand les hormones te jouent des tours, la maman ne voit plus correctement. Toute personne suicidaire pense être un fardeau, un boulet que ses proches traînent. Elle ne voit pas l’amour de ces derniers, elle ne voit pas leur inquiétude. Elle ne ressent que sa douleur. Intense. Mais une main qui est tendue lorsqu’on s’y attend le moins peut sauver des vies. Dont la mienne.

Voici un texte que j’ai écrit lorsque je suis sortie de l’hôpital après ma crise psychotique.

La dépression

Un trou noir sans fond.

Une douleur saisissante.

De l’amour et de la haine.

Un bonheur et une détresse.

Une envie de disparaître.

Un désir de rester.

Se sentir seule même entourée de gens.

Se battre avec des soldats blessés.

Se battre sans une armée.

Avoir envie de se battre.

Parfois vouloir tout abandonner.

Croire que la vie serait mieux sans moi.

Voir ses enfants et la vie devient belle.

Lentement le trou grossit.

Des émotions nouvelles surgissent.

La colère, la haine, l’agressivité se sont invitées.

Impatience, irritabilité, tristesse.

Ont envahi ma forteresse.

Le besoin de guérir, d’aller mieux.

Devient un cercle vicieux.

Sourire, rire, être heureuse.

Ne sont que des facettes piteuses.

Est-ce que je vais vraiment bien ?

Je me sens comme une bombe sans lendemain.

À quand l’explosion ?

Ce fut durant un moment de sentiment d’abandon.

Le choc, la bombe explose.

Le cerveau lâche, le corps surchauffe.

Le cœur veut succomber.

L’esprit et l’âme crient à l’aide.

Une main est tendue

Je m’accroche à elle.

Un faible rayon de soleil

Dans les ténèbres.

Un sentiment que je croyais perdu à jamais surgit.

Voilà l’espoir.

Cindy LB

Ma dépression post-partum majeure qui a failli me coûter la vie : Texte : Cindy LB

En 2002, j’ai été abusée sexuellement par un copain. En 2005, m

En 2002, j’ai été abusée sexuellement par un copain. En 2005, mon père est décédé du cœur à 45 ans et c’est moi qui ai téléphoné au 911, tout s’est déroulé devant moi. En 2013, j’ai fait une fausse couche horriblement traumatisante. En 2014, j’ai accouché de ma fille et ce fut tout aussi traumatisant. Ça s’est terminé en césarienne d’urgence, j’étais endormie. Ma fille et moi avons failli mourir. En 2015, j’ai fait une seconde fausse couche. Je suis tombée enceinte de mon fils plus tard dans l’année. Cette grossesse fut extrêmement difficile, j’ai été malade tout le long et j’ai subi du harcèlement psychologique au travail. J’ai été arrêtée pendant toute ma grossesse, car j’en pouvais plus d’être malade et d’avoir une ambiance toxique au travail. Heureusement, ma césarienne avec mon fils s’est déroulée paisiblement et dans le bonheur.

Les premières semaines après la naissance de mon fils, tout se déroulait merveilleusement bien. Puis, mon fils est tombé malade à un mois et demi (bronchiolite) et il a été hospitalisé 4 jours. Ensuite, ce fut mon tour d’être malade. Les médecins ont découvert des pierres à la vésicule biliaire. Après plusieurs visites à l’urgence, je me suis enfin fait opérer pour la retirer. La convalescence fut difficile, je me remettais tout juste de celle de ma césarienne et je retombais en convalescence, à être incapable de soulever quoi que ce soit. Difficile avec 2 enfants, une de 2 ans et un de 4 mois.

Mon humeur avait commencé à changer après l’hospitalisation de mon fils, j’étais facilement frustrée, mais après ma chirurgie, c’est devenu pire. J’avais de très grosses sautes d’humeur, toujours en colère contre mon conjoint, incapable de rien faire, toujours fatiguée, jamais envie de sortir ou de voir des amis. Les disputes avec mon conjoint étaient intenses. Je n’ai jamais été une personne colérique ni agressive, mais à ce moment, j’aurais pu le devenir. Je ne sais pas pourquoi, mais c’était toujours contre mon conjoint.

Quand mon fils a eu 9 mois, mon conjoint nous a payé un séjour en amoureux à l’Esterel. J’étais tellement heureuse et soulagée. Le séjour s’est déroulé à merveille, je n’avais même pas envie de retourner à la maison. J’avais l’impression de ne pas m’ennuyer de mes enfants et c’est là que j’ai commencé à penser que je faisais peut-être une dépression post-partum. À notre retour à la maison, la situation est revenue comme avant le séjour.

Un soir où nous nous étions disputés vraiment fort, mon amoureux m’a dit : « Sérieusement, tu n’es plus pareille. Tu as changé. Peut-être que tu devrais prendre un rendez-vous avec ton médecin. » Le fait que lui me le dise m’a insulté ; pourtant je le savais que quelque chose clochait. J’ai pris le téléphone et j’ai appelé à la clinique, un soir de semaine à 17 h 45. Quelles étaient les chances que quelqu’un réponde ? Eh bien, une secrétaire a répondu. Je lui ai expliqué la situation et elle m’a dit qu’elle allait en parler avec mon médecin et me rappeler. À 19 h 30, la secrétaire me rappelait pour me donner un rendez-vous le surlendemain. J’étais sous le choc.

Quand je suis arrivée à la clinique, j’étais convaincue que c’était seulement de la fatigue. J’allaitais mon fils de 9 mois et demi aux deux heures jour et nuit. Mais lorsque je suis entrée dans le bureau et qu’elle m’a demandé comment j’allais, j’ai éclaté en sanglots. Elle m’a regardée et m’a dit : « Je n’ai même pas besoin de te passer le questionnaire, tu es en dépression post-partum modérée. » Elle m’a obligée à arrêter l’allaitement, j’ai débuté la médication et je devais trouver une psychologue.

Je suis sortie de la clinique et j’ai téléphoné à mon conjoint pour lui dire la bombe. Il a été rassurant, même si je savais qu’il ne croyait pas tant à la dépression, mais il devait admettre que je n’allais pas bien. Pendant le chemin du retour, je me rappelais que plusieurs personnes m’avaient dit que d’avoir 30 ans les avait affectées énormément. Et là, me voilà à 2 jours de ma fête de 30 ans, nouvellement diagnostiquée avec une dépression post-partum modérée. Je me disais que ça ne pouvait pas me rentrer dedans plus que ça. Hum… j’avais tout faux.

J’ai rapidement trouvé une psychologue en qui j’avais confiance et à qui je me suis livrée comme jamais. Je savais que j’avais une chance en or de pouvoir me payer une psychologue au privé et d’en avoir trouvé une qui fit avec moi. Mais malgré la thérapie, la médication et le repos, je m’enfonçais dans un gouffre sans fin. La noirceur était partout. J’ai donc décidé de me lancer dans mille projets et d’aider n’importe qui dans le besoin. Mais 9 mois après mon diagnostic et avec une thérapie qui avançait très bien, ça n’allait pas du tout. Mes amies s’éloignaient de moi, je me sentais plus seule de jour en jour. Puis, mes idées suicidaires sont devenues de plus en plus convaincantes.

Un matin, je suis allée porter mes enfants à la garderie. J’avais décidé que c’était cette journée-là que ça se passerait. Que j’allais passer à l’acte. J’étais convaincue que mes enfants et mon conjoint seraient mieux sans moi, que je les ferais moins souffrir si je n’étais plus là à traîner ma noirceur. Je ne me sentais pas à la hauteur comme mère, j’avais l’impression d’avoir échoué, car mes enfants voyaient une maman triste, en colère et qui ne jouait pas avec eux, qui n’avait pas d’énergie. J’avais une séance avec ma psychologue en matinée, je n’avais pas envie d’y aller, mais une force ou une petite voix m’a poussée à y aller.

Lorsque je suis entrée dans son bureau, elle m’a regardée et l’expression sur son visage a changé. Je me suis installée sur le divan en face d’elle. Elle me posait des questions et je répondais le minimum. Puis, elle a commencé à me piquer, à me chercher, à me faire sortir de mon état de silence. Et ça marchait, elle me gossait royalement. Elle s’est mise à me répéter une question : « Qu’est‑ce que tu veux ? » Je ne répondais pas. Mais elle répétait sans arrêt, de plus en plus fort, de plus en plus comme un ordre. Et d’un coup, j’ai explosé. « JE VEUX MOURIR, JE VEUX DISPARAÎTRE, JE VEUX PLUS ÊTRE UN FARDEAU, JE VEUX M’OUVRIR LES VEINES AVEC TON OUVRE-ENVELOPPE, JE VEUX SAUTER EN BAS DE TA FENÊTRE, JE VAIS ALLER M’ÉCRASER CONTRE UN MUR DE BÉTON AVEC MON AUTO. » Et là, je tremblais, je me berçais, je criais des sons ou des mots incompréhensibles. Elle m’a demandé si elle pouvait contacter mon conjoint, j’ai dit non, d’appeler ma mère. Puis c’est flou. Ma mère est venue me chercher au bureau de ma psychologue et elle m’a amenée à l’hôpital. Je n’ai aucun souvenir du chemin, je ne faisais que pleurer. Ma mère me parlait, mais aucun souvenir de ce qu’elle m’a dit.

Arrivée à l’hôpital, on m’a prise en charge très rapidement, en moins de 30 minutes, j’étais assise dans le bureau du psychiatre et un plan était établi. Thérapie plus intensive alternée entre ma psychologue et lui. Il ne prenait plus de patients, mais il a décidé de me suivre en externe. Puis, changement dans ma médication et suivi avec une travailleuse sociale. Je ne faisais plus une dépression post-partum modérée, mais une majeure.

Si ma psychologue, en qui j’avais totalement confiance, n’avait pas remarqué mon changement d’attitude, je ne serais probablement pas là à vous écrire. Mes enfants n’auraient plus de maman et mon conjoint n’aurait plus sa petite femme.

Cindy LB

T’es ben autiste !

La rentrée scolaire est un temps difficile pour la plupart des gens

La rentrée scolaire est un temps difficile pour la plupart des gens neurodivergents ou atteints de troubles mentaux ou neurologiques. C’est entre autres le moment où on recommence à entendre des mots liés à nos troubles et à nos particularités utilisés de façon ignorante, comme insultes ou bien comme simples adjectifs à chaque coin de corridor.

Eh oui, ce n’est pas assez de se faire intimider pour nos différences. Il faut aussi que le nom de nos troubles serve à décrire des gens dont le moindre comportement rejoint la définition erronée de nos troubles.

 L’insulte la plus répandue dans mon école secondaire ?

« T’es ben autiste ! »

Moi, je ne suis pas autiste. Toutefois, à cause d’une combinaison d’autres troubles et particularités, j’ai plusieurs traits en commun avec les gens qui ont un trouble du spectre de l’autisme. Donc forcément, entendre ce mot utilisé comme insulte à tout bout de champ est incroyablement insécurisant. Cela nous enseigne à avoir honte de nos différences et à vouloir les cacher. Alors que ça ne devrait pas être le cas…

Lors de ma dernière évaluation neuropsychologique, le TSA a été mentionné au début comme hypothèse diagnostique. Même si je suis éduquée sur le sujet, que je sais en quoi le TSA consiste et que je suis consciente d’avoir plusieurs traits en commun avec le TSA, après avoir passé des années à entendre le mot « autiste » utilisé comme insulte, ce mot a développé une connotation négative dans mon subconscient. Entendre cette hypothèse, alors que je comprenais parfaitement pourquoi c’était une hypothèse, m’a fait peur pendant un moment. Si ça a eu cet effet sur moi qui connais bien les troubles mentaux, imaginez à quel point les insultes semblables contribuent à stigmatiser le trouble du spectre de l’autisme dans la tête de ceux qui sont moins éduqués à ce sujet.

Les troubles mentaux ou neurologiques utilisés comme adjectifs participent aussi énormément à la stigmatisation de troubles déjà stigmatisés. Ça, je ne l’entends pas juste à l’école ; je l’entends au travail, dans l’autobus, quand je vais m’acheter un beigne, et même parfois dans ma propre maison.

Les gens atteints de troubles mentaux ont déjà assez de difficulté à avoir de l’aide et à se faire comprendre parce que la plupart des gens construisent leur image des troubles mentaux d’après ce qu’ils voient dans les médias comme la télévision et le cinéma. Les troubles sont soit démonisés et vus comme quelque chose dont seulement les tueurs et les « fous » sont atteints, soit vus comme vraiment moins graves et handicapants qu’ils le sont vraiment. Tout cela rend très difficile de parler de nos difficultés de santé mentale à notre entourage.

Arrêtez de dire que vous êtes OCD quand vous voulez que quelque chose soit bien placé ou propre. Le trouble obsessionnel compulsif est un trouble complexe qui ne se résume pas au fait d’être perfectionniste ou germophobe. Le principal symptôme de ce trouble est de vivre constamment avec des pensées comme « touche 4 fois cette poignée de porte d’une certaine façon précise, sinon, toute ta famille va mourir ».

Arrêtez de dire que vous avez une attaque de panique pour dire que vous êtes stressés. Une attaque de panique, c’est être sûr qu’on est en train de mourir, c’est être incapable de respirer, c’est avoir de la difficulté à tenir debout, ce sont des pensées catastrophes et terrifiantes qui défilent dans notre tête à la vitesse de la lumière.

Arrêtez de dire que vous êtes en dépression pour dire que vous êtes tristes ou déprimés. Un trouble mental n’est pas une émotion. La plupart du temps, les gens en dépression ne se sentent même pas tristes. Être en dépression ou dans un épisode dépressif, c’est se sentir vide, être incapable de fonctionner, de se motiver à faire quoi que ce soit, même les choses qu’on aime le plus faire. Ce sont aussi des pensées suicidaires terrifiantes.

Arrêtez d’utiliser le mot bipolaire pour décrire une personne qui a changé d’humeur ou d’idée rapidement. Si la température a changé plusieurs fois en une journée, arrêtez de dire « mère Nature est ben bipolaire aujourd’hui ! ». La bipolarité, c’est l’alternance d’épisodes dépressifs et d’épisodes de manie ou d’hypomanie, et un des critères diagnostiques est que les épisodes s’étendent sur une certaine période. Donc non seulement utiliser à la légère un trouble mental comme adjectif est insultant, mais en plus, ça associe « sautes d’humeur et changements d’humeur rapides et fréquents » avec le trouble bipolaire, ce qui est une fausseté.

N’oubliez pas que les maladies mentales sont tout aussi graves que les maladies physiques. On peut mourir d’une maladie mentale tout comme on peut mourir d’une maladie physique. C’est tout aussi sérieux. Au Canada, le suicide est la 2e cause de décès chez les gens de 15 à 24 ans. En 2018, c’était la principale cause de décès chez les jeunes de 10 à 14 ans. Et c’est la 9e cause de décès pour tous les âges confondus. C’est le temps de s’éduquer et de prendre cela au sérieux.

Est-ce que vous diriez « OMG! Je suis tellement asthmatique » quand vous toussez ? Ou alors « J’ai le cancer dans le piton aujourd’hui ! » lorsque vous avez mal quelque part ? Ben non. Alors, pourquoi dire des choses comme ça avec les troubles mentaux ?

Vivre avec un trouble mental ou neurologique, c’est déjà assez difficile comme ça, alors s’il vous plaît, arrêtez d’utiliser ces mots comme insultes ou adjectifs. Renseignez‑vous sur le sujet au lieu de croire tout ce que vous entendez autour de vous. Travaillons ensemble pour arrêter la stigmatisation des troubles mentaux.

Alexane Bellemare

La ligne ou l’humeur ?

Il y a des choses pires dans la vie qu’un bourrelet mal placé. Entre une

Il y a des choses pires dans la vie qu’un bourrelet mal placé. Entre une santé mentale défaillante et un IMC trop élevé, le choix peut sembler évident. Mais non.

Imaginez : vous souffrez d’anxiété généralisée. Ou de dépression. Ou d’un trouble mental qui nécessite la prise d’un médicament sur une base régulière, en plus d’un suivi thérapeutique. Votre moral est à plat. Vous dépensez beaucoup (trop) d’énergie à essayer de vous lever le matin, ou de continuer votre journée, ou de dormir la nuit. Suivre les recommandations pour atteindre l’équilibre et le bonheur (bien manger sans vous empiffrer, boire assez d’eau et pas trop d’alcool, bouger tous les jours et pas seulement pour vous rendre au frigo, avoir une vie sociale satisfaisante [vous essaierez ça en temps de pandémie !], vous coucher tôt et dormir paisiblement, sourire, respirer par le nez et expirer par la bouche…) vous apparaît aussi possible que d’escalader l’Everest en gougounes en vous tenant sur la tête et en traînant un camion de douze tonnes derrière vous. Ça semble exagéré, mais pas tant. Vous en parlerez à ceux qui sont passés par les bas‑fonds de la déprime.

Donc, imaginez que vous êtes cette personne au bout du rouleau de la santé mentale.

Et là, vous lisez dans la notice remise par le pharmacien en même temps que votre nouvelle prescription qu’un effet secondaire possible est qu’il stimule l’appétit et prédispose à la prise de poids. Non, mais, ça donne le goût de le prendre, hein ?!

Vous vous raisonnez en vous disant que les effets secondaires, ça n’arrive pas à tout le monde. Que ces effets sont souvent temporaires. Que les avantages de prendre le médicament surpasseront grandement les effets poches… quand le médicament fonctionnera comme du monde (lire ici : quand la bonne molécule sera trouvée pour votre cas, que vous aurez augmenté le nombre de milligrammes jusqu’au bon dosage, lorsque ça fera plusieurs semaines que votre cerveau recevra l’agent stabilisateur). Mais ça doit vraiment passer par un risque de prendre de la bedaine ?

L’effet contraire est aussi possible. Par exemple, plusieurs médicaments qui contrecarrent les effets du TDAH diminuent l’appétit, entraînant parfois des pertes de poids importantes. Quand ma fille a commencé son traitement, elle se situait sous le 5e rang par centile sur la courbe de poids des enfants de son âge. Vous comprendrez qu’elle n’avait pas intérêt à perdre de poids. Le médecin a failli ne pas la médicamenter pour cette raison. Toutefois, les effets positifs du médicament s’annonçaient majeurs et on avait essayé plusieurs stratégies auparavant, toutes plus infructueuses les unes que les autres. Médicament il y a eu, avec surveillance médicale de très près. On a ajouté des protéines au menu, des collations, un gros déjeuner avant que le médicament ait le temps de faire croire à son système qu’elle n’avait pas faim. La méthode a fonctionné et l’appétit s’est finalement stabilisé. La concentration aussi.

De la même façon, les bonnes habitudes de vie peuvent permettre de ne pas (trop) prendre de poids même si un médicament risque de stimuler l’appétit. Ça, c’est si on a réglé l’habitude habituelle de compenser avec de la nourriture du chocolat et des chips. Si le défi de santé (mentale ou physique) pour lequel on est traité rend plus difficile le maintien de l’équilibre, un coaching familial ou spécialisé peut faire une grande différence. L’équation est acceptable si les quelques kilos équivalent à une humeur plus stable ou à une vision du monde plus harmonieuse, ou encore si les phobies et l’envie de mourir disparaissent. L’équation devrait être revue avec le médecin si le médicament (et le soutien psychologique) ne nous aident pas à remonter la pente après quelques semaines ou si les kilos s’emmagasinent jusqu’à l’obésité. Un cœur embourbé dans le gras, ce n’est pas mieux qu’un cœur embourbé dans les émotions négatives. On ne veut pas créer un problème en essayant d’en régler un autre…

Même chose si les livres s’accumulent (ou disparaissent) au point où notre estime personnelle tombe dans le troisième sous-sol et nous empêche de faire du sport ou de voir des amis. Si c’est le cas, direction pharmacie et clinique médicale pour demander conseil. Surtout, n’arrêtez pas un traitement sans être accompagné par une personne compétente (non, votre voisine-qui-a-une-opinion-sur-tout-et-dont-le-petit-cousin-de-la-fesse-gauche-a-déjà-pris-un-antidépresseur-en-1982 n’est pas une personne compétente dans cette situation). Ces médicaments jouent dans les neurones, et les arrêter brusquement risque de vous jouer de mauvais tours.

Donc à la question « La ligne ou l’humeur? », je répondrais, comme souvent quand on parle de santé mentale : c’est du cas par cas et tout est dans l’équilibre. Chose certaine, ne restez pas seul avec ça. Et ne laissez pas les dictats de la mode ou du bien-paraître vous convaincre que votre bonheur ne passe pas en premier.

Nathalie Courcy

Ze journée pour en parler

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Un jour, on n’en aura plus besoin de cette journée-là. Un jour, on en parlera tous les jours, ou pas. Un jour, on répondra sans gêne aux « comment ça va » en disant « je me sens joyeuse », « j’ai de la tristesse au cœur », « c’est une période pénible, mais je vois un thérapeute pour aller mieux ».

Déjà, j’entends dans les cours d’école et les garderies des enfants qui nomment leur ressenti. Qui disent « j’ai mal au ventre, je pense que je suis stressée, je vais aller respirer ». C’est beau, hein? Pas le stress à un si jeune âge, mais cette capacité de nommer la sensation et de l’associer à l’émotion.

Il y a dix ans, je me faisais juger par plusieurs parce que je disais que j’avais vécu une dépression. Si on se rend au bout du semi-marathon pour lequel on s’est entraîné, ou si on décroche notre diplôme tant espéré, ou si on survit à la première année de bébé (colique, nuits écourtées, nez qui coule et autres agréments de la parentalité), on a le droit, hein, de dire qu’on est fier de soi?

Alors si on remonte la pente après avoir touché le fond, on a le droit d’être fier de soi et de le dire. Si on réussit à passer toute une semaine sans vouloir se pendre alors qu’on combattait cette pensée quotidienne depuis des mois, on a le droit de se féliciter et de célébrer. Sans se faire juger, sans se faire regarder comme si on était un extraterrestre violet avec des pustules au bout des antennes.

En dix ans, les choses ont changé (mais pas encore assez). Dans notre monde super-méga-full évolué, on se fait encore juger, mais par moins de gens, et pas tout le temps. Il y a même des personnes et des groupes qui nous questionnent, qui veulent entendre notre témoignage d’ancien poqué de la santé mentale. Ils veulent comprendre par où on est passé, tout d’un coup que notre cheminement en inspirerait d’autres.

On était tellement habitué de se faire regarder comme des pas bons… et là, on se fait dire qu’on peut enseigner des stratégies aidantes, qu’on peut donner de l’espoir, qu’on peut être le modèle de quelqu’un. Bref, on se fait dire : « T’as tellement bien fait de ne pas te tuer, parce que tu améliores notre vie ». Et on le croit.

En cette journée dédiée à la santé mentale et à la prévention du suicide, croyez en vous, croyez en la vie. Parce que la vie croit en vous. Et dites à quelqu’un que vous l’aimez, qu’il est précieux pour vous. Demandez « Comment ça va? », avec l’intention sincère d’écouter. Et si la réponse ressemble à « Ça ne va pas bien », soyez présent, pour vrai. Ça peut changer la suite des choses.

 

Nathalie Courcy