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Diagnostic tombé ? Fuck les préjugés — Texte : Audrey Boissonneault

Tu es là, dans ta chambre, à essayer de dormir, mais la seule chose que tu fais, c’est de tourne

Tu es là, dans ta chambre, à essayer de dormir, mais la seule chose que tu fais, c’est de tourner d’un bord pis de l’autre en t’imaginant mille et une situations dans lesquelles tu pourrais te retrouver. Tu décides d’en parler à tes parents, tu es juste pu capable de faire de l’insomnie pis d’avoir des cernes qui descendent jusqu’au milieu de tes joues. La semaine d’après, tu as ton rendez-vous chez ton médecin, elle te pose quatre, cinq questions et bang !

Ton diagnostic est tombé : un trouble d’anxiété généralisée associé à une légère dépression.

Tu es là, choquée, le regard dans le vide pendant qu’on t’explique les conséquences de ces deux maladies mentales. On te dit que tout va bien aller, que tu peux en guérir, que tu dois travailler sur toi. Ils te disent qu’ils vont te recommander des personnes pour t’aider, qui ne seront pas là pour te juger. Mais ce n’est pas eux le problème, c’est la vie que tu as. Ce sont les personnes qui t’entourent, c’est toutes ses personnes qui sauront que t’es malade de l’intérieur.

On le sait bien que dans le fond, l’anxiété c’est dans notre « tête ».
On le sait qu’avoir une dépression signifie être sur le bord de se tuer.
On le sait qu’être bipolaire, c’est qu’on n’assume pas notre caractère.
On le sait qu’avoir une attaque de panique signifie qu’on n’est pas capable de se gérer.
On le sait que lorsqu’on a des idées noires, c’est parce qu’on n’est pas normal.
On le sait que pour vous, avoir une maladie mentale veut dire qu’on est fou, qu’on est bon pour aller dans une aile psychiatrique.
On le sait nous, qu’au fond, vous êtes juste bons pour cacher la vérité derrière des préjugés.
On le sait que dans notre génération, le monde a peur de tout ce qui peut se trouver dans notre tête pis que dans le fond, c’est eux le réel problème.
Fille, lâche prise, tu as le droit de vivre ta douleur.

Je le sais que t’aimerais tout détruire ce qui se trouve autour de toi, je le sais que t’aimerais crier sur tous les toits que toi aussi, t’es normale. Je comprends le sentiment qui te ronge de l’intérieur, tu as l’impression que ça brûle, que tout va exploser. Mais tout ce que t’es capable de faire, c’est de te renfermer sur toi-même et de pleurer chacune des larmes de ton corps. Je le sais que tu es épuisée pis tout ce que tu veux, c’est disparaître pendant un moment, le temps que tout le monde t’oublie. Je le sais que tu veux abandonner, que t’es pu capable d’avancer d’un pas et de voir ton monde s’écrouler autour de toi. Je le sais que tu es à boute, je le sais que tu te sens délaissée pis que t’as l’impression que le ciel va te tomber sur la tête, mais je te promets que tu n’es pas seule dans ce tourbillon de problèmes.

Je peux te garantir qu’y’en a pleins avec des maladies mentales pis qu’y’ont juste peur de s’assumer. Au fond, ce n’est pas du futur que t’as peur ; ce qui te rend anxieux, c’est de répéter tes erreurs du passé. N’oublie pas que ça, c’est le petit quelque chose qui te rend unique, ça je peux te le promettre, y’en a pas deux comme toi. Je sais que c’est de la marde, mais c’est le temps de prouver à tout le monde que tu es mieux qu’eux, que toi au moins, tu te distingues de chacun d’eux, que t’arrives à surpasser leur idée préconçue. J’aimerais tout simplement te dire que je comprends le désordre qui se passe dans ton monde. Bien évidemment, je ne peux pas te promettre que tout se réglera du jour au lendemain, mais chaque chose en son temps, n’est-ce pas ?

Oublie pas que ne tu n’es pas folle, okay ?
Ne laisse personne te dire le contraire, parce que fille, tu es incroyable pis t’es unique en ton genre.

Audrey Boissonneault

Tu as juste à te parler…

J’ouvre les yeux, je jette un regard au cadran : 3 h 36. L

J’ouvre les yeux, je jette un regard au cadran : 3 h 36. Le silence de la nuit est encore bien présent. Je referme les yeux, souhaitant me rendormir rapidement. Il est trop tard, mon cerveau s’est mis en marche.

Les idées se bousculent dans ma tête. Des scénarios épouvantables prennent vie. Je sens cette brûlure caractéristique dans mon ventre. Elle monte en moi graduellement. Ma respiration s’accélère de plus en plus.

J’ai envie de crier, de pleurer. Je tremble de tout mon corps. J’ai chaud, je transpire abondamment. La crise de panique m’envahit tranquillement.

Je choisis une lettre : C. Allez Mélanie, trouve tous les mots qui commencent par C. Concentre‑toi. Tu dois focaliser sur autre chose : cadran, cabane, cadeau, chien, chat. Je n’y arrive pas, je me projette au chevet de ma fille intubée qui lutte pour sa vie. Je me maudis de l’avoir envoyée à l’école. Elle a attrapé ce truc par ma faute.

Je ne contrôle plus ma respiration, je respire tellement vite. La poitrine me serre, j’ai peur de mourir. J’ai un déluge de larmes qui roulent sur mes joues. Je tremble tellement que mes dents claquent ensemble. Je veux que ça finisse. La crise de panique a gagné. J’ai perdu tout contrôle.

Respire ! La respiration, c’est la clé de tout. Je peux surmonter ça. J’y suis déjà arrivée. Je dois être plus forte que mon anxiété. Je ne suis pas cette anxiété.

Lentement, la crise s’en va. C’est plus facile pour moi de respirer. Je ne vais pas mourir. Lentement, ma respiration reprend un rythme plus normal. Cheval, cuillère, chaudière, crème, crème glacée. Ça va mieux, 3 h 59. Le sommeil me gagne enfin. Les larmes roulent encore sur mes joues.

Je vis avec mon anxiété depuis l’âge de neuf ans. Je me souviens parfaitement de ma première crise. Je me souviens de ma mère couchée avec moi et qui me dit : « Respire, ça va passer, tu peux y arriver. Allez, trouve des mots avec moi. »

J’allais bien depuis un bout de temps. Ma médication m’aidait énormément. Mais depuis que la COVID est apparue, mes crises d’anxiété sont revenues en force. J’ai repris mon suivi psychologique, ma médication a été augmentée. Je gère mal, très mal. Je vis une anxiété généralisée. C’est un problème de santé mentale, pas une anxiété normale que la population vit.

Alors à toi qui me dis « Tu as juste à te parler » : je sais que tu n’as jamais vécu ça, parce que tu saurais. Ne me dis surtout pas qu’on est tous dans le même bateau, parce que ce n’est pas le cas. Mon bateau à moi, il est plein de trous. J’essaie tant bien que mal de le patcher pour affronter la tempête et les vagues qui me frappent les unes après les autres sans répit. Mon bateau prend l’eau et j’ai vraiment peur de couler.

Mélanie Paradis

Quand l’anxiété vient s’installer dans ta vie

Quand tu penses que tu ne peux pas y arriver. Que tu n’as pas les

Quand tu penses que tu ne peux pas y arriver. Que tu n’as pas les capacités de surmonter les épreuves. Ça teinte ta vie de peur. Tu as peur de perdre tout ce que tu as. Non, pas le côté matériel, mais émotif. Tu as peur de voir tes parents partir, tu as peur que ton chum te quitte, tu imagines souvent le pire pour tes enfants. Tu as peur de mourir, donc tu as également peur de la maladie. L’anxiété qui est dans ta vie grimpe sans prévenir.

J’ai toujours pensé que j’étais une fille tout simplement peureuse. Peut-être un peu trop, mais je n’en ai jamais fait de cas. Je disais très souvent que j’étais moumoune. Un jour, après avoir consommé un mélange de hasch et de cannabis, j’ai fait un bad trip. Pourtant, ce n’était que la troisième fois de ma vie que je prenais de la drogue. J’avais 24 ans. Je ne considère pas que j’avais une dépendance, j’étais plus dans l’essai et l’expérimentation. Mais ces expériences ont déclenché quelque chose en moi.

À partir de ce jour‑là, les crises d’angoisse sont nées. Je dirais plutôt qu’un monstre est débarqué dans ma vie. Probablement que ce monstre était bien caché en moi, qu’il était prêt à surgir à tout moment. Il a attendu que je joue avec mes cellules pour exploser. Je n’aurai jamais la certitude que c’est la drogue qui a déclenché le tout, mais je la tiens tout de même responsable de cette explosion.

 

Si tu vis des crises toi aussi, tu vas comprendre le sentiment que l’on ressent. C’était épouvantable. J’avais l’impression de perdre mes repères quand une crise débarquait à la maison. J’avais l’impression qu’on m’étouffait. Qu’on venait prendre tout mon air et qu’on me le retirait, sans me le remettre. Mon cœur battait tellement fort! J’étais étourdie et engourdie. J’avais peur. Je croyais sincèrement mourir. Plus je croyais mourir, pires étaient les symptômes. Une nuit, j’ai réveillé mon chum en allumant la lumière à minuit et demi. Je lui disais que je faisais une crise de cœur. Heureusement, il m’a calmée et j’ai compris que c’était une crise d’angoisse.

Elle s’est présentée à ma porte plus d’une fois. Souvent, elle choisissait l’heure du dodo pour y cogner. J’ai commencé à reconnaitre les symptômes de sa présence : tête qui tourne, membres qui s’engourdissent, respiration accélérée. Grâce à mon détecteur de crise, je pouvais la colmater avant qu’elle produise un ravage.

Mes trucs étaient simples, mais ils fonctionnaient. J’ouvrais mon cellulaire, j’allais sur YouTube et je commençais à regarder des vidéos d’humour. Jérémy Demay n’est peut-être pas au courant, mais il a souvent assommé la crise d’angoisse. Je le remercie, sincèrement! Mais, ne croyez pas que c’était toujours aussi simple.

J’ai développé une peur d’avoir peur. La peur de la voir me regarder par la fenêtre. La peur d’être incapable de l’arrêter et qu’elle produise encore son effet dévastateur sur moi. J’ai pensé, pendant un long moment, que j’étais folle. Que ça empirerait et que je serais prise, en permanence, avec un cerveau qui délire. Que je serais celle qu’on fait interner. Si tu vis d’angoisse, tu comprends probablement tous les scénarios que je pouvais imaginer. J’aurais pu en écrire des films tellement il y avait des idées qui mijotaient dans ma tête.

Puis, petit à petit, j’ai compris que je faisais de l’angoisse. Que non, je ne suis pas folle. Que non, je ne suis pas juste une moumoune, mais que j’avais bel et bien une maladie mentale. Ok, ça fait big dit comme ça, mais l’angoisse fait partie de ce qu’on appelle un problème de santé mentale.

Récemment, j’ai commencé à consulter une psychothérapeute. Pas surprenant, elle m’a diagnostiqué un TAG. Qu’est-ce qu’un TAG? C’est un trouble d’anxiété généralisée. Pour le dire plus simplement, c’est avoir peur de tout ou presque. Heureusement, j’ai la chance d’avoir en moi ce besoin de foncer. C’est probablement ce qui me permet de vivre une vie plus « normale».

Avec la psychothérapeute, je réalise que je ne me crois pas assez forte pour affronter tout ce qui pourrait arriver de grave. Donc, je mêle anxiété et manque de confiance en mes capacités. Un beau petit cocktail! C’est ce qui fait en sorte que j’ai toujours peur que mon chum me quitte pour toutes sortes de raisons, que le jour où mes enfants font de la fièvre je m’imagine automatiquement qu’ils ont une maladie grave. Qu’un matin où les enfants dorment plus longtemps, je ne relaxe pas, mais j’imagine qu’ils ne respirent plus. Je pourrais remplir des tonnes de pages avec des exemples.

Quand je fouille dans mes souvenirs, je comprends un peu mieux pourquoi j’avais si peur la nuit, pourquoi je pensais toujours qu’il y aurait des voleurs. Je comprends aussi pourquoi je voulais toujours dormir avec mes parents. Dison que j’ai compris bien des comportements. Je suis contente, aujourd’hui, de mieux comprendre le pourquoi du pourquoi. Ça me permet d’améliorer les situations. Ça m’aide à relativiser la situation. À savoir que c’est juste l’angoisse qui parle et que NON, ce n’est pas un mauvais pressentiment que j’ai. Je sais maintenant que je ne suis pas folle et que je ne le deviendrai probablement pas. Je fais seulement de l’anxiété. J’ai saisi pourquoi je commence beaucoup de projets, mais que je lâche tout, dès que mon niveau de stress augmente. Je pars quand je n’en peux plus, quand l’anxiété est trop forte. C’est un cercle vicieux, mais maintenant, la roue est brisée et je saurai la faire tourner autrement.

Je suis contente d’avoir fait le choix de soigner ma santé mentale. C’est la meilleure chose que j’ai pu faire. Ça m’a sauvé la vie. Pourquoi j’ai choisi de consulter? C’est parce qu’un jour, j’ai eu la certitude que mon cerveau allait venir à bout de moi, qu’il allait me tuer.

Je ne suis plus seule ; ma psychothérapeute m’apporte des outils, des points de vue différents. Elle m’aide à voir dans mes angles morts des choses que je n’aurais jamais vues sans elle. Je sais que je devrai probablement côtoyer l’anxiété toute ma vie, mais je ne serai pas obligée de lui laisser toute la place. Elle ne prendra plus le contrôle de ma vie. Maintenant, je pourrai l’accueillir plus légèrement quand elle frappera à ma porte.

On pense parfois que l’anxiété est banale, mais elle ne l’est pas du tout. C’est un problème présent chez beaucoup de gens. L’anxiété apporte son lot de pensées noires, elle nous fait croire qu’on est fou, elle nous empêche d’être bien avec soi-même. Parfois, elle nous confine à la maison, car on a peur de sortir, on a peur de ce que les gens penseront de nous, on a peur de déplaire, peur de ne pas faire la bonne chose, alors on s’isole.

Si tu côtoies une personne qui, selon toi, est juste trop peureuse. Que tu crois qu’elle exagère, que ses pensées n’ont pas d’allure, s.v.p. ne lui dit pas de se calmer. Offre-lui tout simplement ton écoute, sans jugement. Dis-lui que tu seras là pour elle. Car, crois-moi, cette personne qui doit vivre chaque jour avec l’anxiété échangerait volontiers son cerveau contre celui d’une personne qui n’est pas comme elle.

Ne restez pas seule avec l’anxiété, consultez quelqu’un qui saura t’aider, te donner des trucs pour mieux vivre conjointement elle et toi.

Karine Larouche

Mon point Z

Il y a plusieurs années, j’ai reçu un diagnostic auquel je ne m

Il y a plusieurs années, j’ai reçu un diagnostic auquel je ne m’attendais pas. TAG : trouble d’anxiété généralisée. Je ne m’étais jamais perçue comme stressée de nature. J’avais toujours navigué au milieu des sessions d’examens de fin d’année, des compétitions provinciales, des entrevues d’embauche. Une solide préparation a toujours été ma clé. Ça n’évitait pas les papillons dans le ventre, mais je vivais plus l’excitation enthousiasmante que la nervosité malsaine.

Puis comme adulte, j’ai subi des attaques de panique. Pas le fun du tout. Mais temporaire. Et gérable.

Ce qui m’a tuée (ben… pas littéralement, puisque je vous écris), c’est le stress continu. Le métro-boulot-pas-de-dodo auquel on ajoute plusieurs crises d’enfants par jour, des rendez-vous de suivi, des échecs relationnels, des inquiétudes parentales normales (les coliques, la molaire qui fait souffrir, la première rentrée scolaire…) et les hors normes (celles qui font consulter, qui poussent à l’insomnie chronique et à la remise en question systématique).

Le corps et le cerveau sont bien faits, ils peuvent surmonter beaucoup de stress avant de péter au frette (s’cusez l’expression). Mais quand l’élastique lâche, on a beau le rattacher, c’est juste plus tendu et plus fragile.

Jusqu’à ce que.

Ma tolérance ne sera plus jamais la même. J’aurai toujours une sensibilité, un drapeau rouge qui lève plus rapidement que si j’avais vécu sur une île paradisiaque sans obligations financières, parentales ou professionnelles (euh… ça existe, ça pour le commun des mortels?). Mais je crois bien que j’ai trouvé mon point Z (vous êtes déçus, hein? Vous pensiez que le point G était rendu avec un jumeau?!).

Mon point Z, c’est mon point Zen. Ma zone centrée. L’espace mental dans lequel je me sens en sécurité. Ma conviction que je peux redevenir sereine même au milieu d’un tsunami émotif.

Après avoir frappé mon mur (celui de béton armé) et atteint le fond (du gouffre, parce que le baril n’était pas assez profond), j’ai trouvé la force de retendre mon élastique de stress pour qu’il devienne tendre au lieu d’être tendu. Ma méthode n’est pas infaillible, je suis encore bourrée de failles qui font mon charme (ou mon humanité), mais je profite de chaque occasion pour m’exercer à la zénitude et pour reconnaître mes progrès.

La semaine passée, par exemple. J’embarque dans l’autobus pour me rendre au travail à Gatineau, donc du côté québécois de la rive. Je lis, parce que c’est mon moment à moi de moi avec tout plein d’amour. Quand je lève les yeux de mon livre, on est rendus sur la rive ontarienne, à Ottawa… Oups! L’ancienne moi aurait paniqué, se serait traitée de tous les noms (imbécile, tarte, méchante épaisse, y’a ben juste toi pour être perdue de même… vous voyez? Beaucoup d’amour dirigé vers mon moi-même). Mais pas cette fois-là.

J’ai posé mon livre, je me suis demandé ce qui se passait (j’ai pris le 58 au lieu du 59), j’ai examiné mes possibilités pendant cinq secondes et je suis allée voir le conducteur. Puis, j’ai profité du fait qu’il devait me ramener au Québec pour continuer à lire en souriant. Résultat? Je suis quand même arrivée en avance au travail, avec ma fierté d’avoir une preuve que mon TAG va se promener de plus en plus loin de moi, de plus en plus souvent. En réalité, c’est moi qui l’envoie (se) promener.

Aujourd’hui, un autre exemple. Appel du camp de jour juste avant un rendez-vous important. Ça dérape chez les fistons. Montée d’adrénaline soudaine, le mal de tête de tension qui s’installe automatiquement. Au lieu de me flageller ou de tomber dans mes questionnements existentiels, je suis allée quelques minutes dans une salle de sérénité qu’on a fait installer au bureau. J’ai respiré au son d’une musique pour équilibrer les chakras. Puis je suis sortie, j’ai trouvé un arbre et je lui ai demandé de me donner sa force pour faire le reste de ma journée. Apaisement immédiat.

L’ancienne stressée que j’étais aurait rapporté tout son stress et sa fatigue mentale à la maison, aurait coléré contre ses enfants, en aurait voulu à Pierre-Jean-Jacques et à la vie. Mais non, pas ce soir. Régénérée, j’ai vécu une soirée apaisante et apaisée avec mes cocos. On a ri, on a joué, on s’est collés. Ça sentait la complicité à plein nez!

Je ne suis pas à l’abri d’un pétage d’élastique. Par contre, je repère les signes d’usure plus facilement et je m’autosoigne. Et par le fait même, j’enseigne à mes enfants qu’ils sont capables de gérer leur propre anxiété. Qu’ils peuvent l’accepter parce qu’elle existe, mais qu’ils ont surtout le pouvoir de refuser qu’elle prenne toute la place.

 

Nathalie Courcy

On arrête tout !

La vie de parents d’un enfant anxieux est faite de beaucoup de pau

La vie de parents d’un enfant anxieux est faite de beaucoup de pauses. Oui, oui : des millions de pauses ! Pas qu’on a plus de temps pour relaxer que les autres parents. Mais chaque fois que le service de garde, l’école, le camp de jour, la petite gardienne appellent, on entend : « PAUSE ! On arrête tout ! Vous devez venir chercher votre fille, elle est verte, a la nausée, mal au ventre, est étourdie, ne sent plus ses pieds. »

Bien sûr, devant la menace du vomissement tant redouté ou de l’évanouissement, j’accours ! C’est mon rôle de parent, n’est‑ce pas, de protéger mon enfant (et les autres de l’école en cas de gastro en devenir) ? C’est normal, hein, de quitter mon travail en trombe pour aller chercher mon enfant malade ? Ça fait partie de la définition de tâches de tout parent qui se respecte. Ma mère l’a fait pour moi (bon, j’avais la moitié du visage en sang et je vomissais partout…), je le fais pour mes enfants, ils le feront pour les leurs s’ils en ont. On s’entend, c’est juste normal.

Mais le bogue de l’histoire apparaît quand les maux de ventre, de cœur, etc. reviennent chaque semaine, parfois plusieurs fois par semaine. Quand ils se pointent le nez après ou avant une situation stressante (qui peut varier d’un exposé oral à un examen mal étudié jusqu’à l’idée de voir des gens ou de devoir prendre l’autobus), un petit drapeau rouge se profile à l’horizon.

Rapidement, l’équation s’est faite dans mon esprit. Une fois que la santé physique de mon enfant eut été vérifiée (bedon souple, bonne alimentation, aucun manque de nutriment), j’ai su que c’était le côté émotif qui était touché. Sans pointer du doigt une anxiété généralisée dès ce moment, je savais quand même que la gestion du stress était déficiente. Mais comment sécuriser mon enfant (alors que je pensais déjà le faire) et détecter les « vrais » et les « faux » maux de ventre ? Évidemment, les « faux » sont tout aussi vrais que les vrais, mais leur cause ne met pas en danger ma fille ni la santé communautaire. Ils sont un signe qu’on doit gérer une cause plus subtile qu’un morceau de kiwi mal digéré ou qu’un virus.

Une travailleuse sociale avait établi un plan d’action avec l’école. Quand ma fille demandait à partir à cause des mêmes symptômes typiques, la secrétaire devait la garder pendant vingt minutes dans un endroit tranquille, lui proposer de boire de l’eau, de parler avec un intervenant, de se reposer, de faire ses exercices de respiration. La secrétaire pouvait m’appeler pour m’avertir, mais on devait tous donner du temps à ma fille. Il fallait casser le pattern :

L’apprentissage a été souffrant autant pour ma fille qui se sentait délaissée que pour moi qui m’inquiétais (et si cette fois‑ci, c’était un vrai bobo ?), qui me sentais mauvaise mère (qu’est-ce que le personnel de l’école va dire ?), qui avais l’impression que ses agissements étaient ma faute (j’aurais dû dire non bien avant !)

Toutefois, le plan d’action a donné des résultats positifs. Les appels sont passés d’un par semaine à un par mois. Ils ont continué à se faire de plus en plus rares, permettant à ma fille de reprendre confiance en sa propre capacité de gérer son stress, à l’école d’élaborer des stratégies aidantes et à moi de passer un temps plus normal au travail (physiquement et mentalement).

Par bout, ça revient, ça repart. Tout changement apporte son lot de stress. Chaque minute de la vie de ma fille est une source potentielle d’anxiété multipliée par mille. Chaque stress est aussi une occasion d’apprentissage (ça, c’est l’optimiste en moi qui le dit).

Mais quand je dois tout mettre sur pause, tout arrêter, quitter ce que je faisais et les personnes avec qui j’étais pour voler au secours de mon adolescente de presque quinze ans alors que je sais très, très bien que c’est son stress qui s’exprime, une petite partie de moi est fâchée et inquiète. Je voudrais qu’elle apprenne plus vite à naviguer à travers ses émotions, surtout que les mêmes reviennent souvent ! Je me demande si un jour (mettons, avant ses cinquante ans), elle y arrivera. Je me demande ce qu’elle fera quand elle n’habitera plus chez moi. Je me demande si je fais le mauvais choix en allant la chercher, et si je ferais le mauvais choix si je n’y allais pas. Il n’y a pas de bonne réponse, apparemment.

Dans ce temps‑là, j’applique la stratégie de la travailleuse sociale : je me mets en time‑out pendant vingt minutes, je respire, je bois de l’eau, j’essaie de voir quelles sont mes sources de stress dans cette situation, et je dédramatise. Ben oui, elle apprend de tout ça, et moi aussi. Ben oui, elle pourra gérer son stress quand elle partira de la maison, sinon, elle partira un peu plus tard. Et ben oui, je fais les meilleurs choix parentaux que je peux faire, avec ce que je suis, avec ce qu’elle est.

Nathalie Courcy

 

Chanter, ça fait du bien!

J’ai toujours aimé chanter. Déjà toute petite, j’attirais l

J’ai toujours aimé chanter. Déjà toute petite, j’attirais l’attention de ma famille et je leur demandais de m’écouter chanter. À la maternelle, j’adorais le moment où l’on devait apprendre une nouvelle chanson.

Je me rappelle qu’à l’adolescence, lorsque j’attendais l’autobus, je m’improvisais chanteuse et je chantais à tue-tête dans l’abribus. Je trouvais que ça sonnait bien! Je l’ai même fait à quelques reprises à l’âge adulte. Hi! Hi! Hi!

Oui. Ça m’est aussi arrivé de faire quelques fausses notes dans la doucheeeeeeeee!

Plus tard, dans mon rôle d’éducatrice, j’ai pu continuer d’exercer ma voix à différents moments de la journée. Je chantais pour animer les moments de routine, je chantais lors de la sieste. Mes collègues venaient me voir pour retrouver un air de chanson ou pour des paroles oubliées.

Je trouve cela très libérateur de pouvoir s’exprimer en chantant. Chanter tout bas, en chuchotant quelques phrases en anglais, pas toujours avec les bons mots, mais bon! Chanter sa toune préférée lors d’une peine d’amour, la faire jouer en boucle, encore et encore. Chanter fort lorsque la colère gronde. Chanter à tue-tête lorsqu’on est heureux.

Que de beaux moments j’ai passés dans ma voiture, le volume dans le tapis. Et parfois, pour ne plus entendre mes enfants chialer, je montais le son. Ils arrêtaient immédiatement. Le message était clair, c’était la fin du chialage.

Parfois, je me fais surprendre par mes adolescents, les écouteurs sur les oreilles, la musique à fond et moi qui chante comme une déchaînée. Pour faire la vaisselle, c’est un bon stimulant.

Lorsqu’ils étaient bébés, je chantais pour qu’ils se calment. La douce voix d’une maman ou d’un papa est bénéfique pour l’enfant. Cela le rassure, le sécurise.

J’aurais aussi pu m’inscrire dans une chorale, suivre des cours de chants, mais je n’ai jamais osé! Chanter avec des adultes pour des adultes, ouf! Beaucoup trop d’anxiété à gérer.

Puis un beau jour, lors d’une thérapie de groupe, on m’a proposé de participer à une activité de rétablissement par le chant. Lorsqu’on m’a parlé de ce type d’activité, j’ai embarqué sans me poser de question. Le moment était venu de foncer et d’oser.

J’allais pouvoir chanter dans une chorale et côtoyer des gens qui, tout comme moi, ont eu à traverser des problèmes de santé mentale. J’ai osé! Jamais je n’aurais fait de démarche en ce sens auparavant. J’avais trop peur du jugement des autres. Mais là! Les autres étaient tous comme moi.

Pendant six mois, deux fois par semaine pour un total de six heures, je me rendais à la salle de pratique avec enthousiasme. Ce temps passé à chanter, à rire, me faisait un bien énorme.   Pendant six heures, j’étais une chanteuse et non pas une femme de 51 ans avec un trouble d’anxiété généralisée et en dépression. (Je vais très bien maintenant.)

J’ai eu droit à une chanson écrite par mon professeur sur le thème OSER. Il m’a proposé de chanter en solo lors du spectacle de fin d’année. Oser chanter devant des centaines de personnes était tout un défi. Et je l’ai fait. J’ai tripé fort! Nous avons même enregistré un CD.

Mon estime de moi a grandi, j’ai repris confiance en moi et en mes capacités. Je n’ai presque plus peur du jugement des autres (c’est un travail à vie!) En fin de compte, j’ai de l’oreille et je chante juste. Mon groupe et moi sommes allés chanter pour des gens dans les CHSLD de la Montérégie. Une façon de redonner au suivant. J’ai adoré mon expérience.

Cela fait maintenant six mois que ma participation à la chorale est terminée. Mais je n’ai pas arrêté de chanter pour autant. C’est maintenant au tour d’autres personnes de bénéficier de cette activité. Une belle façon de briser l’isolement et de faire taire les préjugés face à la santé mentale.

Cette activité de rétablissement a été organisée, planifiée, pensée par Serge Vincent Raymond, auteur, compositeur et interprète. Depuis plus de dix ans, il s’est associé au CSSS de la Montérégie pour offrir aux personnes ayant à traverser des problèmes de santé mentale cette thérapie de rétablissement par le chant. Il a aussi créé l’association Ces Voix oubliées. 

Chanter pour votre santé, c’est super pour votre bien-être!

Line Ferraro

Mon anxiété, merci de m’avoir rendue au bout !

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C’était un lundi, le 21 août 2017. Une autre journée à me lever avec le sentiment que l’on m’étrangle, le sentiment de manquer d’air, le cœur qui veut sortir de mon corps ! T’sais ce genre de matins que j’endure tant bien que mal depuis maintenant six ans. L’âge de ma fille !

 

Y a-t-il un lien entre cette anxiété qui s’est ancrée en moi et la naissance de l’amour de ma vie ?! Bien évidemment. J’étais une personne somme toute très calme avant sa naissance ! Je gérais mes émotions de façon autonome et je chassais les petites bibittes de mon esprit assez rapidement. Et BOOM, tu es arrivée dans ma vie après trente‑six heures de contractions, une césarienne d’urgence et plus de petit pouls. Non mais t’sais, t’as fait ça en grand !

 

Heureusement, tu es bien vivante, sans séquelles et magnifique.

 

Il y a donc six ans, j’ai expérimenté ma première crise de panique. La sensation que j’allais tout simplement mourir, que je perdais le contrôle, que je ne respirais plus, la sensation de perdre conscience ! Et depuis six ans, j’expérimente de façon plus ou moins intense, mais ce de façon quotidienne, l’anxiété généralisée. Le fameux TAG !

 

Pendant ces six dernières années, j’ai essayé de gérer cet état de mal-être et de sensation constante de ne pas avoir le contrôle de mon corps et esprit, comme une superwoman ! T’sais, celle que la société nous impose d’être, celle que les revues, les blogues et les pages Facebook de mamans extraordinaires, jamais brûlées et toujours souriantes nous montrent.

 

J’ai essayé, mais derrière tous ces efforts, une petite voix appelée « anxiété généralisée » nuisait à ma vie. Avez-vous déjà amené votre enfant à la garderie en pensant : « Est-ce que la gardienne va bien clôturer ses escaliers, est-ce qu’elle va couper ses raisins en quatre comme je le fais pour éviter les étouffements, est-ce qu’elle sait quoi fait si elle s’étouffe ?! » Non mais, est-ce épuisant d’avoir ce genre de pensées quotidiennes, et ce depuis six ans ?!

 

Alors voilà, le 21 août 2017, mon anxiété, celle que je pensais être en mesure de finalement affronter seule, m’a mise au sol. BANG ! K.O. !

 

Je me suis rendue par moi-même dans le centre hospitalier où je travaille, à l’urgence…

 

Je me suis assise devant une collègue au triage et je lui ai lancé en pleurs : « Je suis ici parce que je suis plus capable de me sentir comme je me sens présentement, en panique constante. Je suis malade et si je ne me présentais pas ici, j’ai aucune idée où j’allais me retrouver ! Je suis à bout, aide-moi ! »

 

J’ai été hospitalisée un mois en psychiatrie ! Ohhhhh la psychiatrie ! L’étage de mon hôpital que j’avais un vilain plaisir à regarder à travers ces portes barrées et en me demandant quel genre de fous il y avait là (quel jugement merdique au final !)

 

Eh bien moi, Isabelle, trente-quatre ans, maman infaillible d’une magnifique petite fille de six ans et travaillant dans le domaine de la santé… je me suis retrouvée derrière ces portes et vous savez quoi ?! C’est ce qu’il me fallait pour maintenant me sentir libre… libre de cette maladie mentale qui s’appelle « anxiété généralisée » !

 

On m’a écoutée, on m’a soignée, on m’a confrontée et voilà ! Ce mois d’hospitalisation m’a fait comprendre quelque chose d’important : personne n’est à l’abri ! Surtout pas toi, super maman forte et inépuisable, travaillant à temps plein et veillant à ce que la famille se porte bien !

 

Oui, la maladie mentale est encore taboue ; oui, nous sommes quelques-uns à avoir honte de nous sentir ainsi mais, vous savez quoi ? J’aime maintenant l’idée de savoir qu’il y a une sortie de secours, qu’il y a des gens pour nous aider et que même si on a honte de ne pas se sentir assez « fort », il n’y a pas plus grande force que de demander de l’aide !

 

Mon anxiété, mon mal-être m’a sauvé la vie ! On peut s’en sortir !

 

Merci à toi, mon anxiété, de m’avoir rendue au bout… Sans toi, je ne serais pas la maman pleine d’espoir et de vie que je suis aujourd’hui !

 

Isabelle Nadeau