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Tirer sur la plug

Mon corps a tiré sur la plug. Tout seul. Sans prévenir. J

Mon corps a tiré sur la plug. Tout seul. Sans prévenir. J’enchaînais les patients, les appels, les requêtes, les messages, les enfants, les activités, les concerts, les sorties, les corvées, les chiens, la maison, les kilomètres, les entraînements… Il a dit STOP, d’un coup. Mon corps a tiré sur la plug. Et je me suis effondrée…

J’aurais pu m’en douter. J’aurais dû écouter les signes… Mais la fatigue, à force de la cumuler, on ne la sent même plus… Tu dis « oui » à tout parce que ton cœur est trop grand et tu t’uses… Mon trop-plein d’énergie est anéanti. Mon corps a tiré sur la plug.

Ce matin-là, ma salle d’attente était pleine. J’ai voulu me lever. Je ne voyais que des éclairs lumineux. J’ai frotté mes yeux, avalé une gorgée d’eau, passé un appel… ma vue empirait. Je ne voyais plus rien, tout scintillait. Je sentais mon esprit s’en aller. J’ai pris ma pression. Rien n’allait bien.

Mon corps a tiré sur la plug. Il m’a lâchée. Il m’avait prévenue, pourtant…

Je ne voyais plus, j’entendais mal, tout tournait et tanguait. J’avais de la difficulté à respirer, mes signes vitaux partaient dans tous les sens, rien n’était logique. Le médecin essayait de me rassurer. J’ai cru que j’allais mourir là. Que c’était fini. Mon corps a tiré sur la plug.

J’ai pensé à mes enfants, j’ai appelé mon amoureux, j’ai eu peur. On a eu peur. Je continue de trembler… parce que nous n’avons pas encore trouvé ce qui s’est réellement passé…

Je me suis relevée tout doucement, les jours ont passé, mais je n’arrive pas à me retrouver complètement. Chaque fois, mon organisme trouve un moyen de me ralentir encore. Je l’ai trop poussé. Je lui ai demandé l’impossible pendant presque quarante ans et il n’en peut plus. C’est ça, vieillir ? Je me sens abandonnée par moi-même… et depuis je suis… lente. J’ai peur que ça recommence. J’ai peur que ma santé me lâche. Je ne peux plus faire de sport. Je suis au ralenti. Tout le monde se demande où est passée la femme dynamique et hyperactive.

Son corps a tiré sur la plug.

C’est quand tu perds un morceau de ta forme que tu réalises à quel point c’est un luxe d’être en santé, que c’est si précieux et si beau.

Comme mon corps m’a débranchée, j’ai décidé de lever le pied. C’est un signal que je ne peux me permettre d’ignorer. Ce corps qui a porté trois enfants, qui les a nourris et élevés, n’est même plus capable de les accompagner. Ce corps qui n’arrive plus à aimer son amoureux comme je le souhaiterais… Ce corps qui n’a plus la productivité attendue au travail et dans la société… Il a tiré sur la plug.

Alors, il se peut que j’écrive un peu moins et que je lise plus. Il se peut que je coure moins et que je marche plus. Il se peut que je m’entraîne moins et que je me repose plus. Il se peut que je sorte moins et que je dorme plus. Il se peut que je donne moins et que je prenne plus. Il se peut que je travaille moins et que je relaxe plus. Il se peut que je réponde moins et que j’ignore plus. Chers enfants, amis, collègues, lecteurs, voisins, soyez indulgents… Soyez patients…

Mon corps a tiré sur la plug. Et moi, j’essaie de le rebrancher sans faire sauter les plombs…

Gwendoline Duchaine

 

J’avais quinze ans

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J’avais quinze ans et je suis partie. J’avais dit oui à ma première relation, à ma première bière, à ma rébellion. J’avais une quête inconnue en moi, celle de trouver qui j’étais, ce que j’étais et surtout, comment aimer l’image que le miroir me renvoyait.

 

Pour les uns, j’étais celle qui s’impliquait dans les sports, en littérature, dans les activités et à la bibliothèque scolaire. Pour les autres, ceux qui étaient majoritaires, j’étais simplement, personne.

 

Heureusement, pour quelques rares, j’étais l’amie, importante et surtout forte à leurs yeux. Cela contrebalançait ces années où j’avais été celle que les plus populaires avaient prise en grippe.

 

Des insultes, des rires et des moqueries. Des injures et des coups.

 

Toi qui me lis, si tu savais comme j’avais mal. En dedans, pleine de douleur prisonnière. Je me sentais parfois brûler comme si j’allais céder à une auto-combustion. Mon masque était parfait, tous n’y voyaient que du feu, personne ne regardait au fond de mes yeux.

 

Le feu qui couvait semblait parfois sur le point de me consumer. Alors je courais. Je frappais de mes poings ce sac suspendu qui recevait ma hargne. Ma colère, ma peur de moi-même, mon enfer.

 

Alors je courais encore.

 

Les années précédentes, lorsque le feu frôlait mes lèvres, je courais vers cette amie qui m’est toujours aussi importante aujourd’hui. Mais au moment où mes quinze ans ont sonné, elle n’était pour un temps pas accessible. Je ne savais plus où courir. Vers qui me tourner. Alors j’ai bravé.

 

Résistant aux règles, je me suis débrouillée pour me perdre. J’ai dormi sous des bancs, dans des lieux que beaucoup ignorent et que moi-même, je préfère oublier. Puisque mon âme avait si mal, je forçais mon corps à endurer plus fort. Je ne comprenais pas toute cette rage, ce vide. J’avais envie de crier autant que de pleurer à la fois. J’aimais et je détestais autant en quelques instants.

 

Je refusais de lier avec quiconque plus qu’un semblant de sentiments. J’avais un toit qui m’attendait et malgré tout, j’y revenais. Je devais avoir envie de ce que je niais. Un certain après-midi, après avoir reposé le téléphone et retiré cette lame rougie de mon bras, je me suis dit, non, je ne peux pas.

 

Je ne peux pas laisser ce mal en moi prendre autant de place. Comment accepter de me blesser moi-même de cette façon? Je suis allée me faire refermer comme si je souhaitais coudre à mon âme une envie de vivre. Je suis revenue et j’ai confronté.

 

Les années ont passé, où la poudre aux yeux je me suis moi-même lancée. Car je continuais de souffrir. Un vide, un mal que je ne comprenais pas. Même aujourd’hui, en totalité, je n’y arrive toujours pas. J’ai eu longtemps cette envie de trépas.

 

Pourquoi je ne l’ai pas fait ultimement, alors que d’autres s’y ressoudent?

Pourquoi n’ont-ils pas réussi à résister à l’envie d’y rester?

 

C’est qu’on se résigne, soit à vivre, soit à mourir. Je sais que c’est un choix. Que la destination, qu’importe de quel côté elle va, est difficile à trancher. Je sais que la douleur réussit parfois à effacer toutes les peurs. Mais à d’autres moments, ce sont les peurs qui nous dirigent.

 

Peur d’échouer

Peur de réussir

Peur de se réveiller

Peur de dormir

 

La peur est parfois vectrice et à d’autres moments, elle rouvre les cicatrices.

 

Alors plus que la peur de la mort, s’installe la peur de vivre.

Je crois, pour ma part, que l’envie de mourir n’a jamais été une solution, je la voyais plutôt comme une issue, la seule qui m’attendait. J’ai consulté, un peu. Très peu.

 

J’ai lu, j’ai écouté. Je me suis vue et enfin acceptée. Mais je sais que pour toujours, je porterai en moi la cicatrice que ses vautours m’ont laissée comme un vice. Je ne flancherai plus, je ne croirai plus en cette issue. Mais je comprends que parfois, certains s’y précipitent. Ceux qui restent en souffrent. L’incompréhension est ce qu’il y a de pire. Le sentiment de culpabilité est profond et destructeur.

 

Égoïstement, je ne suis pas restée pour eux. Humblement, je vous avouerai ce soir que si je ne suis pas passée de l’autre côté du miroir, ça n’a été que de peu. Mais pour le mieux. J’ai choisi la vie, ma vie. Je vous souhaite tout autant de toujours avoir envie de vivre pleinement. Dans le doute, souvenez-vous : il n’y a pas dans notre vie plus important… que nous.

 

 

Simplement, Ghislaine

Mes bébés aux funérailles

Un cercueil. Plein de personnes qui pleurent. Certaines qui fument l

Un cercueil. Plein de personnes qui pleurent. Certaines qui fument leur millième cigarette sur le bord des escaliers extérieurs pour passer leur stress. Une gang d’ados qui se soutiennent dans leur malaise et leur peine d’avoir perdu leur ami, leur voisin de pupitre. Des bouquets de fleurs trop grands pour la pièce sombre, mais trop petits pour exprimer tout l’amour ressenti pour ce jeune homme qui venait de nous quitter. À l’entrée de la salle, la photo d’un jeune sans rides et sans sourire.

C’était il y a plusieurs années. Mon petit-cousin venait de s’enlever la vie. Il avait presque mon âge. Mon premier amour, mon premier kick. Impossible, pour moi, de ne pas être présente à sa dernière envolée, à son dernier adieu à notre monde terrestre. J’avais accouché de ma fille aînée quelques semaines auparavant. J’allaitais aux deux heures, ma fille était scotchée sur moi jour et nuit, les funérailles avaient lieu à quelques heures de route. Inutile de même penser à faire garder ma cocotte le temps de me rendre à cette réunion de parenté callée par le désespoir d’un des nôtres.

Au salon funéraire, la traditionnelle file de poignées de mains et de quête du mot qui apaise. « Mes condoléances, matante. J’ai vraiment hésité à venir, je ne voulais pas que ma petite dérange… t’sais, un nouveau-né dans des funérailles… »

« Ah ben là! Si tu savais comment je suis contente que tu sois venue et que tu aies amené ta petite poupée avec toi! Elle met de la joie dans la famille. Les événements tristes, il faut les vivre, mais il faut aussi regarder ce qui est beau dans la vie! »

Malgré toute sa peine d’avoir perdu un de ses petits-enfants, cette grand-maman était bien sage. Tout comme mon cousin, le papa de mon petit-cousin décédé : « Merci d’être ici. Tu amènes la vie qui continue. »

Moi qui m’étais demandé comment les personnes présentes réagiraient, j’ai été apaisée par leur apaisement à la vue de ma fille. Pour certains, leur réconfort est passé par un câlin qu’ils ont pu lui donner, par la joie de voir un si petit bébé, par le souvenir recréé de mon petit-cousin qui, dix-neuf ans auparavant, était aussi petit et rempli de vie que ma fille.

Pendant les funérailles, ma fille « jasait ». Elle a assurément dérangé l’assemblée réunie. Mais elle les a dérangés positivement, en déplaçant un peu de leur attention vers le gazouillement d’un enfant qui boit au sein de sa mère (et qui fait son rot bruyamment… quand on a quelques semaines, on n’a rien à cirer de la politesse et de la classe!).

Quelques années plus tard, j’ai amené mon autre fille à des funérailles. En route vers le cimetière, je me suis arrêtée avec elle dans un parc pour qu’elle puisse lâcher son fou. Parce qu’entre vous et moi, c’est beau de leur dire de se tenir tranquilles et de ne pas courir partout, ils sont des enfants et ont besoin qu’on pense à eux! En arrivant au cimetière, ma fille tenait dans sa main un magnifique bouquet de marguerites cueillies innocemment. Elle transportait avec elle la fraîcheur de la vie qui s’épanouit.

La beauté est partout, tout le temps. Surtout dans le cœur d’un enfant.

Nathalie Courcy

Merci la vie!

Il y a six ans, j’arrivais avec un petit bébé d’à peine une s

Il y a six ans, j’arrivais avec un petit bébé d’à peine une semaine dans mes bras pour commencer ma nouvelle vie de maman. Dans une place inconnue, loin de mes repères et dans une langue non familière. Ma grande, tu as fait tes premiers pas là-bas, dans notre premier appartement, et tu y a dit tes premiers mots. Puis, nous sommes déménagés pour plus grand, car un autre petit bébé arrivait au printemps.

Ton petit frère a grandi et pleuré, et je l’ai consolé à plusieurs reprises dans cette maison. Toi, ma grande, tu as fait trois rentrées scolaires là-bas, en anglais. Faut dire qu’après seulement quelques mois, tu te débrouillais très bien. Avec toi, petit homme, nous avons passé tellement de midis au patin pour que tu apprennes à te tenir debout! Tu as, toi aussi, fait une première rentrée scolaire.

Et maintenant, six ans plus tard, nous revoilà. De retour à mes racines, près de nos familles. Mais on laisse derrière nous des amitiés merveilleuses, une plage unique, des paysages magnifiques et un service de santé avec beaucoup de rapidité. J’en reviens avec la tête remplie de souvenirs heureux, de peine, mais tellement grandie, que ce soit dans ma débrouillardise ou mon rôle de maman. J’ai été confrontée à des situations qui ne seraient pas arrivées ici. Loin de la famille, nos amies deviennent nos repères quand on est loin. On ne se voisine pas beaucoup, mais on sait que si une bad luck nous arrive, elles seront là, prêtes à nous aider, peu importent l’heure et la raison. Et Dieu sait qu’il y en a eu, des péripéties et des mésaventures durant ces années.

La longue route à faire et les valises ne me manqueront pas. Fini les naissances, décès et toute autre occasion manquée. Nous serons là, en chair et en os dorénavant. C’était définitivement les moments les plus difficiles. Par contre, il faut dire que nous avons eu la chance de recevoir de la visite. Eh! Oui, quelle gang de fous de vouloir faire plusieurs heures de voiture pour voir nos jolies faces! Je ressortirai à mon tour valises et patience pour retourner voir nos amis merveilleux.

La vie nous apporte des moments joyeux et par moment, elle nous écorche un peu. Mais une chose est sûre, nous en sortons grandis à chaque fois. Je suis fière d’être passée par ce chemin non traditionnel de jeune maman et de conjointe de militaire. Avoir été déracinée quelques années me démontre aujourd’hui à quel point on est bien chez nous. Merci la vie!

La vie est comme une boîte de chocolats

La mère de Forrest Gump disait que la vie est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais su

La mère de Forrest Gump disait que la vie est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber…

 

Je suis plutôt de cet avis. Alors, en cette période des Fêtes, où tout le monde s’offre des boîtes de chocolats de toutes sortes, j’aimerais faire mon coming out : JE N’AIME PAS LE CHOCOLAT!!! Excepté le chocolat au lait avec ben, ben des noisettes, et les Kinder Surprise…

 

Sauf que quand c’est ton oncologue qui t’offre ce Kinder Surprise de la vie, ben, le chocolat est plutôt amer, et ta surprise… elle est de taille. Et elle est tout aussi inutile que n’importe quelle bébelle pondue dans ces œufs qui incarnent à eux seuls les tares de notre société de consommation.

 

Alors voilà, c’est dit. Depuis le 22 décembre de l’an passé, mon aversion pour le chocolat inclut les Kinder Surprise.

 

Malgré le mauvais goût que ce diagnostic m’a laissé dans la bouche, il n’était, cependant, pas question que j’en fasse une crise de foi (oui, de foi!). Surtout pas avant la bûche de Noël. Surtout pas devant mes enfants.

 

Et puis, comme les fêtes de fin d’année, c’est le temps où l’on prône l’amour et l’entraide, je me suis, bien entendu, empressée de partager la nouvelle avec mes enfants et mon entourage. Oui, oui, il y a un an, à trois jours de Noël, j’annonçais à mes enfants que j’avais un cancer.

 

J’en entends déjà certains sonner les cloches : pourquoi n’as-tu pas attendu après les Fêtes pour annoncer la nouvelle, vu le risque de gâcher la magie de Noël?

Parce qu’il est vrai que l’on est moins SONNÉ d’entendre le mot cancer APRÈS avoir trinqué tous ensemble « À notre santé » au Nouvel An?!

 

Bon, je vous l’accorde : recevoir un diagnostic de cancer à trois jours de Noël, c’est comme croquer dans une fève de cacao, ça manque de raffinement. Mais même si cette nouvelle avait été enrobée de caramel mou, elle n’aurait pas été plus digeste…

 

Alors, voilà comment, il y a un an, pour Noël, j’ai offert à mes enfants LA VIE en cadeau. La vie telle qu’elle est. Emballée d’un ruban rose.

 

Et vous savez quoi? On a passé un merveilleux Noël tous les trois.

Dans la joie, la gaieté, l’amour et la vie…

 

Parce qu’au fond, c’est quoi la magie de Noël… si ce n’est un état d’esprit?

 

Pour moi, l’esprit de Noël, c’est les rituels que l’on s’invente, qui nous ressemblent et nous rassemblent. Toutes ces intentions et ces attentions que l’on déploie pour préserver la féérie dans les yeux de ceux qu’on aime.

 

Et sincèrement, je crois que j’ai réussi ce défi, malgré une année à vivre le cancer.

Car mes enfants croient encore au Père Noël. Mais surtout, ils ont réalisé que c’est Noël tous les jours dans les bras de leur mère.

 

Puis moi, j’ai compris que je n’ai pas besoin d’aimer le chocolat pour aimer la vie.

 

P.S. Si ça vous fait plaisir de m’offrir du chocolat malgré tout, ne vous en faites pas, mes enfants se feront une joie de TOUS les manger!

 

Pour en lire plus sur mon quotidien avec le cancer, visitez www.laviecontinuemalgretout.com

 

 

Je me souviens… de qui je suis

Il y a des dates qu’on aimerait oublier. Le 22 décembre en est u

Il y a des dates qu’on aimerait oublier. Le 22 décembre en est une pour moi. Aujourd’hui, cela fait un an que j’ai reçu mon diagnostic de cancer. Un an que la vie telle que je l’ai connue n’existe plus. Un an que j’ai entamé un parcours miné de deuils et de lâcher-prises.

Aujourd’hui, cela fait un an que je survis à mon quotidien avec le cancer. Et même si c’est une date que parfois j’aimerais oublier, je m’en souviens comme si c’était hier : chaque instant est tatoué dans ma mémoire corporelle.

Mais, aujourd’hui, je ne suis pas la maladie. Je ne l’ai jamais été…

Aujourd’hui, je me souviens… de qui je suis.

Je suis la femme qui a toujours cru que la féminité était une philosophie de vie et non une question de maquillage, de tour de taille, de longueur de cheveux, de profondeur de décolleté ou de sexualité. Ma féminité, je la porte souvent avec des pantalons, même quand je suis en couple. Ma féminité, je l’assume chaque fois qu’on me dit que je suis « one of the boys » parce que je sais faire les choses à l’égal d’un homme. Ma féminité, je l’affiche dans chacune de mes cicatrices. Et surtout ma féminité, je l’épanouie chaque fois que je fais l’amour.

Je suis la mère qui a toujours su que la maternité était une confession de soi et non une vocation à renoncer à soi. Ma maternité, j’ai choisi de la vivre « bon an, mal an » à partir du moment où je suis tombée enceinte. Ma maternité, je la conjugue à l’imparfait dans la conciliation travail-famille, au présent dans tous ces petits riens qui font la magie de l’instant, au futur malgré la maladie. Ma maternité, je la partage avec la femme et l’amoureuse que je suis.

Je suis l’amoureuse qui en a toujours fait qu’à son cœur et non sans s’entêter parfois à s’impliquer dans des causes qui n’en valaient pas la peine. Mon amour, je ne l’ai pas toujours offert au meilleur, mais même au pire, il a toujours défendu ses valeurs. Mon amour, je le multiplie chaque fois que j’inspire la vie. Mon amour, je le guéris à chaque éclat de rire.

Aujourd’hui, je ne suis pas la maladie. Je ne l’ai jamais été…

Alors, en cette date d’anniversaire que je ne peux oublier, j’ai décidé de célébrer ce que je suis : une survivante!

Pour en lire plus sur mon quotidien avec le cancer, visitez www.laviecontinuemalgretout.com

 

Grandir

Texte de Mathilde Godde, 15 ans

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Texte de Mathilde Godde, 15 ans

 

L’eau martelait mon corps, ruisselait sur ma peau rougie et venait diluer l’encre de mes pensées noires. Brûlante, elle m’embuait l’esprit et s’évaporait contre les parois translucides de la douche. Assise sur le sol détrempé, les genoux repliés contre la poitrine, je fermai les yeux et laissais l’eau parcourir les plis de mon visage, creuser mes traits, adoucis par la chaleur de la pièce. J’entendais le piano jouer, les notes s’envoler et venir s’échouer sur mon cœur.

J’étais comme une enfant qui, repliée sur elle-même, se murait dans l’attente plutôt que d’affronter le monstre qu’est la vie. Une enfant qui refusait de grandir, car cela fait trop mal, car une fois qu’on a commencé, on ne peut revenir en arrière.

Lorsqu’on grandit, on aime. On s’affronte du regard jusqu’à se noyer dans les yeux de l’autre. On s’aime à en mourir, on s’aime trop, on se quitte, le cœur à vif, l’âme sanguinolente. On se brise, puis on tente de recoller les morceaux, mais chaque fois, on finit par tout balayer du revers de la main, les yeux bouffis de peine. Et on recommence.

Lorsqu’on grandit, on recommence. Encore et encore. On tombe et on s’accroche à la première main tendue pour se relever, cette même main qui nous avait poussés hier et qui tentera de nous achever demain. On voudrait apprendre de nos erreurs sur lesquelles on gît, mais on oublie trop vite.

Lorsqu’on grandit, on oublie. On promet, on ne tarde pas à ne plus se rappeler et on déçoit. Alors, on est déçu à notre tour, on pardonne, mais on n’oublie point. On joue au jeu de la vie. On joue pour gagner et la défaite nous lasse vite, mais comme pour tout, il suffit de persister pour réussir un jour.

Lorsqu’on grandit, on n’a pas peur. On frôle les dangers, on les laisse nous enivrer. On laisse les mensonges caresser nos lèvres et se répandre dans nos mots. On ne distingue plus le bien du mal, le vrai du faux. On se perd et on tente en vain de se retrouver.

Grandir, c’est mourir un peu, mais c’est aussi vivre plus.

 

Ma peau était toute froissée désormais, ravagée par ces longues minutes passées sous l’eau brûlante. Mes lèvres me faisaient mal, tant elles étaient gorgées d’eau et je sentais mes muscles endoloris. Je tendis la main pour fermer le robinet et entrepris de me relever, la tête haute, le menton en l’air.

 

Peut-être n’est-ce que cela, grandir ?

Être capable de se relever et plonger tête première dans ce qui nous fait peur.

Ton premier Noël vide. Le deuil dans le temps des Fêtes

Cette année, Noël goûte bizarre pour toi. Une saveur flat qui manque d’assaisonnement.

Cette année, Noël goûte bizarre pour toi. Une saveur flat qui manque d’assaisonnement. Des Fêtes qui sentent la mort et la place vide.

Cette personne qui embellissait ta vie depuis tellement d’années est partie en 2016. Ton conjoint, ton épouse, ta mamie ou ton père adoré, ton petit frère ou ta princesse, ton chum de gars ou ta best est décédé. Celui pour qui tu as cuisiné tes meilleures tourtières ou que tu as observé dormir chaque soir en cachette t’a dit adieu. Et ça fait mal.

Depuis que l’annonce de la mort est tombée, tu as mal au cœur. La nausée de la vie sans lui, sans elle. Mais là, Noël approche et les Ho! Ho! Ho! du gros bonhomme rouge te donnent des frissons. Sans parler des tounes de Noël omniprésentes à la radio (je t’avertis, à partir du 26, les rigodons seront encore pires pour ton moral! Une vraie masse qui massacrera le bout de deuil que tu avais fait. Tu ferais peut-être mieux de barrer toutes tes radios à double tour, histoire de t’empêcher de les garrocher de rage).

Tu as bien eu quelques jours de congé pour faire ton deuil (comme si ça se faisait en si peu de temps!). Tu t’es peut-être même senti(e) soulagé(e) (et coupable!) si la personne aimée est morte au bout d’une interminable maladie. Tu t’es tapé le supplice de la file de monde qui te serre la main au salon funéraire. Tu as reçu des tonnes de courriels et quelques cartes de condoléances. Il t’est arrivé de ressentir l’amour et la tendresse qui t’entouraient. Mais toi, tu aurais voulu garder l’amour que tu as cessé de recevoir le jour où la faux a frappé.

Quand tu t’es rendu compte que tu faisais grimper les revenus de Scotties à force de remplir tes poubelles de mouchoirs, tu t’es ressaisi(e). Tu t’es presque convaincu(e) que tu étais plus fort, plus forte que ça. Mais en ce décembre 2016, le Monsieur Muscle du moral ou la Madame Hop-la-Vie est en train de s’émietter et hibernerait s’il s’en donnait le droit. L’avouer ressemble trop à un échec, à une rechute. Un cancer émotif qui prend toute la place.

Alors tu dis oui aux invitations (« Viens donc! Ça va te changer les idées! »). Mais pendant que tu mets ta petite robe noire ou ta cravate de Snoopy de Noël, tu te demandes pourquoi tu fais ça. Tu te rappelles que la dernière fois que tu t’es habillé(e) chic, c’était aux funérailles. Tu te demandes ce que cette personne que tu aimais/aimes tant penserait de toi qui oses essayer de t’amuser. Quand est-ce qu’on revit malgré le vide?

Laisse-moi te dire que devant l’assiette vide à la table familiale, tu vis. Devant la place vide dans le lit, tu vis. Devant le siège vide dans l’auto, au bureau ou au bar, tu vis. Même si tu as l’impression que le vide prend toute la place, tu vis. Et tu le fais de ton mieux et à ton rythme.

Depuis le décès, chaque occasion de célébrer est une obligation de se rappeler et de revivre ton deuil. Une étape à traverser. Et Noël est pour plusieurs endeuillés la pire fête à affronter parce qu’elle signifie tellement, parce qu’elle rassemble tellement de gens. Ça devrait être festif alors que toi, tu as juste le goût de t’enfermer pour écouter « Le Noël au camp » de Tex Lecor en boucle.

Le 26 décembre, tu ne te réveilleras  pas en te disant « Oh! Yes, le deuil est terminé! » Mais tu auras vécu une autre étape de ton deuil. La place à côté de toi sera aussi vide que la veille, mais toi, tu auras avancé d’un pas. Tu lanceras peut-être ta radio bourrée de rigodons dans le mur (tu aurais dû m’écouter et la ranger!), mais sais-tu quoi? 2017 s’en vient. Tu auras tout le temps et tout l’espace dont tu as besoin pour réparer tes murs et soigner ton cœur.

En attendant, laisse les autres t’aimer et te le montrer. Je t’envoie un gros câlin réconfortant comme une doudou en polar sur le bord d’un foyer. Et une épaule si tu as le goût de pleurer.

http://citrac.ca/accompagnement-du-deuil/
http://www.deuil-jeunesse.com
http://www.aqps.info/comprendre/deuil.html

Léane et Pauline, une histoire de femmes fortes (et du cycle de la vie et de la mort)

Tu es entrée dans nos vies samedi, à 22h20. Habituellement à cette heure-là, les gens se prépar

Tu es entrée dans nos vies samedi, à 22h20. Habituellement à cette heure-là, les gens se préparent à dormir. Pas toi. Oh que non ma p’tite dame! Toi, tu entrais tête première dans un monde qui t’était inconnu en éclaboussant tout le monde de ta beauté. T’as choisi une drôle de date pour arriver tu sais, parce que le lendemain, toute la famille était réunie pour saluer une dernière fois ton arrière-grand-mère Pauline. Même que, lorsque Pauline est partie au paradis des arrière-grands-mères, j’ai bien pensé que ta mère accoucherait de toi ce jour-là. Ça m’a fait un peu peur au fait, parce que je voulais que ta fête t’appartienne à toi et à toi seule, je ne voulais pas que ta mère et ta grand-mère soient tristes en te chantant bonne fête pour la première fois.

Le soir de ta naissance, je pense que tout le monde était triste et anxieux à l’idée que le lendemain il nous allait falloir dire au revoir à Pauline. C’est toujours un peu difficile les au revoir, surtout quand tu ne sais pas vraiment quand est-ce que tu vas revoir la personne, et surtout quand la personne tu l’aimais beaucoup.

Elle t’aurait aimé, énormément, ton arrière-mamie Pauline. Elle aimait tellement ça les bébés! Un jour ma belle Léane, quand tu seras assez grande pour lacer tes souliers toi-même et que tu sauras compter jusqu’à cent, je vais te donner mes souvenirs les plus précieux pour que tu les gardes avec toi pour les jours de pluie. Je vais te raconter comment elle aimait cuisiner et combien ses desserts étaient extraordinaires. Je vais tourner les pages des albums photos avec toi assise sur mes genoux et je te regarderai t’éblouir sur la finesse de ses doigts et la fougue qu’elle avait dans le regard. Lorsque tu viendras nous visiter avec ta mère, ma cousine d’amour, je vais te regarder en m’exclamant bien fort “est tu belle cette enfant là!”, en te pointant du doigt, parce que c’est exactement ça que ta mamie aurait fait.

Tu lui ressembles déjà beaucoup, petite merveille! Ta mère aurait voulu que tu sortes la semaine dernière, elle était prête, elle avait hâte de te voir la binette mais toi… Tu n’en fais déjà qu’à ta tête! On m’a dit que tu avais déjà fait tout un remue-ménage du ventre de ta mère jusqu’à la chambre de naissance et que tu ne donnais pas ta place… Ça me rappelle quelqu’un ça! Ta mamie, c’était une femme forte. Pas dans le sens où elle tirait des autobus avec ses dents ou qu’elle cassait des planches à mains nues. Non. Une VRAIE femme forte. Celle qui élève sa marmaille et qui la couve toute sa vie, celle qui aide toujours, partout, tout le temps et qui ne s’arrête jamais pour se reposer. Celle qui a mené une vie plus rough que n’importe qui mais qui ne s’en sert jamais comme excuse et qui ne s’apitoie pas. Droite, forte, fière. Une vraie belle femme que tout le monde aime et qui aime son monde. Une tête de cochon aussi, qui écoute le docteur une fois sur trois et qui mange, boit, rit et fait rire, jusqu’à son dernier souffle. Une femme inspirante, avec le coeur gros comme une maison.

Je vais te raconter tout ça, ma petite cousine d’amour, un peu pour te remercier d’avoir à toi seule rétabli l’ordre des choses et bouclé la boucle du cycle de la vie.

On est tous encore triste parce que c’est jamais facile dire au revoir, mais on est maintenant aussi tous heureux, parce qu’avec toi la vie commence.

Le parfait chaos…en photos!

[gallery bgs_gallery_type="slider" ids="3407,3409,3410,3411,3412,3413,3414"] La vie en famille es

La vie en famille est belle, mais pas toujours facile. Crise par-ci, opposition par-là, à la fin de la journée une bonne petite pause s’impose. Question d’apprécier un peu le silence et de recharger vos batteries, comme plusieurs milliers de parents, vous profitez bien souvent de ce moment pour aller faire un tour sur le web. Et là, c’est le choc! Ce que vous voyez ce sont des photos de famille où tout le monde sourit, dans un beau décor “stagé”, des enfants qui jouent paisiblement, des histoires cutes, bref aucun contenu (ou très peu) qui représente l’intensité du tourbillon de votre journée! Rien qui montre la vie imparfaite des parents autour de vous. Vous savez très bien que ce n’est pas facile pour les autres familles, mais vous constatez tout de même qu’il y a un écart.

Un collectif international de 15 mamans-photographes issues de l’Australie, du Canada, des États-Unis et du Royaume-Uni, a décidé de faire complètement le contraire en partageant sur le web des photos de leur quotidien parfaitement imparfait! Leur projet Sham of the perfect (traduction libre : Honte à la perfection) a pour objectif de révéler la beauté réelle des familles.

Ce type de contenu est particulièrement important. Pourquoi? Parce qu’il répond à notre besoin de validation. Ce désir de recevoir un feedback positif des autres est ancré en nous. C’est pour cette raison, entre autres, que certains parents se mettent une pression de correspondre aux critères de la vie familiale « parfaite » véhiculée un peu partout. Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres à ce besoin d’approbation. Plusieurs même au point de développer des symptômes anxieux. Si c’est votre cas, n’hésitez pas à consulter un professionnel de la santé pour obtenir de l’aide.   

Un projet comme Sham of the perfect permet d’obtenir une validation à partir de la réalité. Ainsi, lors de votre pause en fin de soirée, votre tour sur internet vous permettra de vous sentir compris plutôt que de vous sentir coupable. En voyant la similarité des autres familles avec la vôtre, vous pourrez relaxer avec un petit sourire en coin, plutôt que de remettre en question vos compétences parentales. Ça fait toute une différence non?

Crédit photos : Sham of the perfect

Quand je serai grande, je veux avoir des poules !

C’est quoi la vie aujourd’hui ? Est-ce que c’est vraiment de c

C’est quoi la vie aujourd’hui ? Est-ce que c’est vraiment de courir le matin avec les enfants pour être certains d’être à temps au coin de la rue pour l’autobus ? De passer d’une à deux heures sur la route chaque jour pour se rendre au travail, de gérer les dossiers et le stress au bureau et de vite revenir à la maison à temps, avant la fermeture du service de garde ? De faire le souper en vitesse, de manger, faire les devoirs, les bains et le dodo ? De voir ses enfants seulement deux heures par soir ?

Je suis essoufflé de cette vie-là moi… Je suis à bout de souffle et énormément déçu de ne pas pouvoir profiter du moment présent et des beautés du quotidien autant que je le voudrais. Pour être honnête, j’ai souvent le goût de tout lâcher. Pas que je n’aime pas mon travail, au contraire. J’ai un emploi super stimulant, qui me passionne, je rencontre des gens que j’adore et où j’apprends tous les jours. J’ai un compte Facebook et Instagram et je me promène sur les réseaux sociaux de temps en temps. Mais oui, souvent, j’aurais vraiment le goût de revenir à la base … Je suis probablement une extra-terrestre dans une vie moderne qui n’en peut plus des cellulaires, des tablettes, des écrans … Mais où sont passées les vraies relations humaines ?

On parle beaucoup ces temps-ci dans les médias du stress, de la vie qu’on ne veut pas, de certains changements que l’on pourrait faire. J’étais à l’épicerie hier soir, et en attendant à la caisse, j’ai lu la première page du Journal de Montréal qui racontait qu’une famille avait tout quitté pour aller s’installer en campagne, dans les champs, là où la vie va moins vite et où ils peuvent faire leur élevage de vache comme bon leur semble. Oui,c’est du travail, mais ils n’ont plus d’horaires, plus d’autoroutes à franchir pour aller au boulot et surtout, ils sont dehors ! Ils profitent …  Ils se sont donné le coup de pied que ça prenait pour avoir la vie qu’ils voulaient. Pourquoi on ne ferait pas la même chose ? Pas nécessairement une vie sur une ferme, je suis consciente que ce n’est pas pour tout le monde, mais au moins, se donner le coup de pied nécessaire pour avoir la vie qu’on veut.

Et bien moi, je pense que je ne suis pas née dans la bonne époque ! J’aurais aimé avoir beaucoup d’enfants, rester à la maison pour cuisiner et coudre moi-même le linge de ma famille, aller ramasser les œufs de mes poules, aller cueillir les légumes de mon jardin, accrocher mon linge à l’extérieur, pas de télévision, pas de cellulaire. Juste la nature, juste la vraie vie. Je suis consciente que ça ne devait pas toujours être facile, que c’était beaucoup de travail et que ceux et celles qui ont vécu cette époque vont me dire qu’on est tellement chanceux aujourd’hui d’avoir toutes les commodités qui nous rendent la vie plus facile. Mais est-ce qu’il y aurait une façon d’avoir le juste milieu ? Je pense que oui. Revenons à de vraies conversations, de vraies émotions, de vraies relations, du vrai temps de qualité, la vraie vie finalement ! Prenons les bonnes décisions, celles que nous voulons pour notre bien-être et celui de notre famille.

Ce printemps, je ferai un jardin dans ma cour, je vais m’installer une corde à linge et le projet d’avoir un tout petit poulailler est en train de faire son bout de chemin dans ma tête. Et vous ? Qu’allez-vous faire pour réaliser vos rêves et échapper au stress du quotidien ?