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La brassée à l’eau de Javel : l’inévitable… Texte: Solène Dussault

Elle ressemble à la journée de la marmotte. Sauf qu’elle peut s

Elle ressemble à la journée de la marmotte. Sauf qu’elle peut s’inviter plus longtemps que prévu.

 

Étape 1 : une montagne de vêtements puants et sales se dresse devant nous. Hop, dans la machine à laver.

Je parle ici de l’épreuve qui est devant soi, peu importe sa teneur. Le parent à placer en CHSLD, une séparation, un accident de voiture, name it. On doit faire face à nos vents contraires, que ça nous plaise ou non. C’est là et on doit s’en occuper. Comment allons-nous nous en sortir? Avec quelles séquelles?  Éclopés, brûlés, meurtris ? Le doute s’insinue en nous…

 

Étape 2 : une grande quantité de javellisant.

À cette étape, on pleure, on crie, on boude, on refuse ce qui est… Nos pensées obscures nous bousculent et semblent vouloir régner. Mais il faudra bien se l’admettre, il faut décrasser ce qui doit l’être et ne conserver que les outils utiles pour continuer d’avancer. Ne rien renier mais vouloir que tout redevienne plus blanc que blanc. Parce que l’eau javellisée, ça désinfecte en profondeur. Oui, mais parfois la tache de sauce à spag reste imprégnée, comme notre épreuve, le défi, qui laisseront des traces en nous…

 

Étape 3 : remplir d’eau jusqu’au bord.

Se noyer dans tous nos efforts et trouver que les gorgées sont grosses. Ne jamais, jamais regretter ce par quoi nous passons. Ce passage aride, choisi ou non, souhaité ou non, nous permettra de trouver des ressources insoupçonnées. Non, on ne les voit pas pour le moment et c’est interminable. À quand la fin du déluge? 

 

Étape 4 : essorage à spin.

La tête nous tourne et nous n’avons plus d’énergie. Chaque nouvelle journée qui passe amène son lot de découragement. Les efforts ne portent pas fruit? Nous ne sommes pas seuls… Il y a des membres de notre entourage (bien intentionnés et pensant bien faire) qui ajouteront à nos tourments avec des commentaires tels que « est-ce que ça va mieux, as-tu essayé telle démarche, ben voyons c’est donc ben long !!! ». La traversée et son rythme nous appartiennent. Remercions nos proches d’être là pour nous, mais nous sommes les maîtres de notre essorage et ça prendra le temps qu’il faudra…

 

Étape 5 : étendre pour sécher.

N’oublions pas de prendre du temps pour soi dans tout cela. Sortir marcher dans la nature, écouter les oiseaux chanter, regarder le soleil se coucher, lire, prendre un bain. Toutes les actions posées pour se régénérer et refaire nos forces sont indispensables. Le cycle de la vie et la brassée à l’eau de Javel, un même objectif : nous rendre plus forts. Bonne année 2023! 

Solène Dussault

 

« Maman, je pense que je suis dépressif » – Texte : Eva Staire

« Maman, je pense que je suis dépressif. » Il m’a sorti ça, comme ça, à 9 h le matin

« Maman, je pense que je suis dépressif. »

Il m’a sorti ça, comme ça, à 9 h le matin, devant ma tasse de café, en mangeant ses céréales.

J’ai senti mon cœur bondir dans ma poitrine, j’avais peur, j’avais envie de crier, de courir.

– Comment ça, dépressif ?

– Tout est « dark »

– Depuis quand ? À cause de la pandémie. tu penses ?

– Je suis comme ça. Depuis toujours, je crois. Je ne suis pas heureux, je ne le serai jamais. Je suis dépressif.

– As-tu des idées noires ?

– Tout est noir.

(Ne pas paniquer, ne pas paniquer…)

– As-tu envisagé de mettre fin à tes jours ?

(Je ne peux pas croire que je pose cette question à mon enfant !!!!)

– Je sais pas trop, mais mourir n’est pas quelque chose qui me dérange parce que je ne suis pas heureux.

– Merci de m’en parler, mon fils. Veux-tu de l’aide ?

– Je crois que j’aimerais bien de l’aide. Comme toi.

Je ne sais pas où j’ai trouvé en moi la force de ne pas hurler. Il m’a tendu la main et je l’ai prise.

Quelques mois plus tôt, j’ai frappé le mur pandémique et j’ai perdu mon étincelle. J’ai eu la chance d’être très bien entourée et accompagnée par des gens incroyables. J’ai investi dans ma santé mentale. Je me suis arrêtée, et je suis allée chercher de l’aide. Petit à petit j’ai rallumé mon étincelle et elle brille encore plus fort qu’avant.

Je suis devenue un exemple pour mon enfant.

« Maman n’allait pas bien, elle a reçu de l’aide, elle va mieux. Ça peut m’arriver à moi aussi. »

Je suis devenue de l’espoir pour mon enfant.

En quelques heures, avec des professionnels de santé très réactifs, nous avons tissé un filet d’urgence et de sécurité autour de mon gars.

Oui j’ai eu peur. Nous avons eu peur.

On peut mourir de ce mal-là. Je le sais.

Mais crois-moi, autour de toi, il y a des humains, qui sont là pour toi, et qui vont te redonner ce souffle, cet espoir et cette joie de vivre.

Même si tu trouves tout ça trop… trop noir… crois-moi, c’est beau après.

Parles-en. Tu n’es pas seul. Je suis là. On est là.

Eva Staire

 

Je suis née dans un monde libre – Texte: Joanie Fournier

Je suis née dans un monde libre. Je suis née en sécurité, dans une fam

Je suis née dans un monde libre. Je suis née en sécurité, dans une famille aimante. J’ai tenu pour acquis qu’être en sécurité, aimée, respectée et stimulée, c’était normal. Et plus je côtoie des gens formidables, ouverts d’esprit, qui viennent de partout sur Terre… plus je suis reconnaissante. Je suis reconnaissante pour toutes ces petites choses, qui pendant des décennies m’ont semblé normales et acquises. Toutes ces petites choses, qui font partie du quotidien depuis tellement longtemps, qu’on en oublie la chance qu’on a de les avoir.

Je sais nager parce que j’ai de la chance. L’endroit où je vis m’a permis d’apprendre à nager dans une eau calme, cristalline et saine. J’ai appris à nager dans le calme et le plaisir, pas dans la panique et la survie.

Dès mes 5 ans, j’ai pu aller à l’école. Presque gratuitement. Aussi longtemps que j’en ai eu envie. Un autobus est passé me chercher au coin de ma rue, tous les jours, pour m’amener à l’école en sécurité, gratuitement. J’ai appris à lire, à écrire, à penser par moi-même. On m’a autorisée à avoir mes propres pensées, à les développer, à les exprimer et à les assumer.

J’ai des vêtements adaptés pour toutes les saisons. Un toit sur ma tête et un lit pour dormir. Les restants dans le frigo ne me tentent pas toujours… mais il y a toujours quelque chose à manger à l’intérieur.

J’ai commencé à travailler très jeune, pour avoir mes propres sous, pour me payer ce dont j’avais envie, quand j’en avais envie. Personne n’a jamais contrôlé mon argent ou choisi à ma place comment j’allais le dépenser.

Je marche dans la rue et je me sens en sécurité. Si je ne me sens pas en sécurité, j’appelle la police et je me re-sens en sécurité. Personne n’a le droit de me faire du mal impunément. Je n’ai jamais été témoin d’une fusillade ni vu de bombe éclater sous mes yeux. J’ai de la chance.

J’ai choisi la personne avec qui je voulais partager ma vie. J’ai choisi si c’était un homme ou une femme. J’ai choisi quelqu’un que j’aimais. J’ai choisi quelqu’un qui me respecte et qui me traite bien. Et j’ai le droit d’arrêter cette relation quand je le veux. J’ai le droit de changer d’avis, j’ai le droit de continuer, j’ai le droit d’écouter mon corps et mon cœur.

J’ai des relations sexuelles quand j’en ai envie. J’ai le droit de dire non. J’ai des orgasmes. J’ai le droit d’avoir du plaisir et de décider de la manière de m’y prendre pour l’obtenir. J’ai le droit d’avoir des enfants, autant que j’en veux. J’ai le droit de ne pas avoir d’enfant. Je peux me faire avorter. Peu importe la raison.

J’ai le droit de choisir le gouvernement qui me représente. J’ai le droit de dire que je ne suis pas d’accord. Je peux écrire ce que je veux sur Internet. Je peux dire ce que je pense et je me sens en sécurité.

J’ai toujours le choix. Personne ne peut me forcer à quoi que ce soit. Je peux devenir qui je veux. Je peux choisir mon métier. Je peux choisir mes amis. Je peux choisir ma vie.

Tout cela me semblait tellement banal jusqu’à récemment. Tout cela me semblait automatique, acquis, non négociable. Plus je côtoie des personnes qui arrivent d’ailleurs, plus je les respecte et plus je remercie la vie d’être née ici. Il faut prendre le temps de se rappeler que tout cela n’est jamais acquis pour toujours. Il faut savoir dire merci et être reconnaissant pour ce que l’on a. Il faut savoir se battre pour conserver nos droits. Rien n’est acquis. Tout peut changer. Il faut continuer cette bataille, menée par nos ancêtres. Elle ne sera jamais terminée. Tant que des humains sur Terre n’auront pas tous ces droits, cette bataille ne sera jamais terminée. Et si vous vivez ici et que vous croyez ne pas avoir tous ces droits, vous avez tort. Levez-vous, parlez, allez chercher de l’aide. Il y a des gens prêts à vous accompagner. Reprenez vos vies en main, vous avez le droit.

Joanie Fournier

La vie reprend son cours…Texte: Joanie Fournier

La rentrée approche à grands pas. À pas de géant. Elle nous rattrape,

La rentrée approche à grands pas. À pas de géant. Elle nous rattrape, court d’une case à l’autre du calendrier pour nous rejoindre. On termine nos achats scolaires, on profite de nos derniers jours de l’été. On essaie de cocher toutes les cases de notre To-do List estivale. On veut pouvoir se dire que l’on a fait toutes les sorties qui nous plaisent, qu’on a visité nos amis, qu’on a arrêté le temps aussi longtemps que possible, avant qu’il ne nous rattrape. On essaie de trouver le temps de se reposer, mais souvent, l’approche de la rentrée nous donne des fourmis d’excitation. On a envie de tout faire et d’en profiter au maximum. Quel privilège immense nous avons de pouvoir côtoyer nos enfants, les regarder grandir, apprendre à les connaître, juste eux et nous.

Cette fois, pour la première fois depuis deux ans et demi, j’ai enfin l’impression que la vie reprend son cours. Autour de moi, je n’entends plus parler de masques, de microbes, de maladies… Aux nouvelles, les scientifiques nous disent que les gens sont inconscients du mal qui nous côtoie encore. Mais moi, je pense juste que nous avons un besoin vital de reprendre nos vies. Ce n’est pas de la méconnaissance, ni de l’inconscience, ni de l’insouciance. C’est juste qu’on a besoin de se retrouver, et de reprendre nos vies en main. On a besoin de se convaincre que tout cela est bien derrière nous, juste parce que notre santé mentale a besoin d’un avenir plus prometteur. Les dernières années ont été si rudes… On a besoin de se dire que la vie reprend son cours.

Je pense que rendus là où nous en sommes, nous savons tous et chacun que nous avons fait le maximum de ce qui était possible pour se défendre et pour protéger les plus vulnérables de la société. On a écouté la science et on lui a fait confiance. Des années plus tard, on a besoin de faire confiance à la vie maintenant. On a envie de remettre nos destins entre ses mains.
Je vois les enfants dans les rues courir, crier, bouger, se mélanger. Je vois des amis qui prennent une sangria sur une terrasse. Je vois des grands-parents se joindre aux sorties de leurs petits-enfants. Je vois des sourires et des gens heureux. Je vois des enfants se faire des câlins et des adultes qui se rapprochent. Je vois la vie, la vie d’avant. Pis c’est beau à regarder. Juste beau. Pour la première fois depuis trop longtemps, rien de tout cela n’est menaçant. L’angoisse a fait place à la confiance. Ça fait un bien fou de se sentir serein.

Alors la rentrée nous rattrape à la vitesse grand V. Les enfants se demandent qui seront les amis dans leurs classes et qui seront leurs professeurs devant le tableau. Ils ne se demandent plus s’ils auront à respecter des bulles, s’ils pourront aller jouer partout dans la cour extérieure, s’ils devront porter un masque ou avoir des places obligatoires dans le transport scolaire… Ils ne parlent que de leur nouveau sac, de leurs amis, de leur hâte de les retrouver en classe. Je leur souhaite de garder cette excitation et leurs cœurs légers encore un peu. Ils le méritent.

Je ne dis pas qu’il faut ne plus s’en faire et laisser tomber toute logique scientifique. Je dis juste que cette pause, où la vie reprend son cours, ça fait vraiment du bien. Ça fait du bien aux cœurs esseulés et aux esprits angoissés. Ça fait du bien de respirer, à pleins poumons. Ça fait du bien de ne pas toujours regarder derrière son épaule dans la file d’attente. Ça fait du bien de se prendre dans nos bras. Je n’ai jamais été super confortable dans une grande foule, pourtant je réalise que les gens me manquaient.

Profitez bien de vos dernières semaines de l’été. Continuez d’arrêter le temps, aussi souvent et longtemps que vous le pouvez. Continuez de respirer, le cœur léger. Continuez de rire et de profiter de la vie. En mémoire à tous ceux qui ne le peuvent plus, vivez. Pleinement et sereinement. Laissons la vie reprendre son cours.

Joanie Fournier

Viens que j’te serre dans mes bras, ti-gars ! Texte : Sophie Barnabé

J’suis assise devant ta copie d’examen, crayon rouge à la main. J’essaie de me concentrer, ma

J’suis assise devant ta copie d’examen, crayon rouge à la main. J’essaie de me concentrer, mais dans ma tête, ta voix retentit. Cette question que tu m’as posée à la fin du cours de mercredi… « Madame, depuis que j’suis plus sur le bord adulte, c’est tough… la pandémie, la guerre… y’a-tu toujours quelque chose du genre qui se passe, mais je ne le réalisais tout simplement pas avant aujourd’hui parce que j’étais trop petit pour m’en rendre compte ? »

Ti-gars, depuis dix-huit ans, tu grimpes l’échelle un barreau à la fois, sans jamais regarder en bas ni derrière toi. Il y a deux ans, on t’a obligé à ralentir la cadence. T’avais pas ton permis, jamais pris de brosse ni fait l’amour… Bon… peut-être que oui, mais ces aventures d’adolescence ne sont qu’un sursis sans souci… Il te restait encore un bout de pied dans l’enfance et tu vivais tout ça avec insouciance.

Pendant ces deux ans, encabané, t’as vieilli. T’as pris conscience que la vie ne se limite pas à ton nombril. Il y a deux ans à peine, pour l’ado invincible que tu étais, un virus était un simple prétexte pour manquer une journée d’école. Tu réalises maintenant que l’ennemi est parfois sournois. Qu’il y a plus fort que toi. À l’école, on t’apprend à écrire des textes pour partager ton opinion et pourtant, même bien exprimée, elle amène à la division. Tu réalises qu’il y a deux ans à peine, tu rêvais de vieillir pour gagner en liberté, mais que parfois, plus t’es vieux, plus le déploiement de tes ailes devient périlleux. Et puis, comme si ce n’était pas assez, à l’aube du retour à la liberté, tu découvres que « poutine », ça donne des brûlements d’estomac, ça goûte moins le bonheur qu’avant… Le jaune et le bleu ne te font plus simplement penser aux couleurs de la marque de tes jouets Pokemon, non… tu les perçois différemment maintenant…

Ti-gars, depuis deux ans, t’es passé de l’adolescent insouciant au jeune adulte de plus en plus conscient. Entre l’actualité fracassante, les réseaux sociaux et leurs images choquantes, tu te demandes aujourd’hui si c’est toujours comme ça la vie. Tu réalises que lorsqu’on est petit, on enrobe les mauvaises nouvelles de sucre d’orge, on nous rassure en nous berçant tendrement… Plus tu vieillis, plus tu deviens conscient… Tu te poses des questions à répétition.

Et là, t’es venu me voir… Habituellement, à la fin d’un cours, tu me demandes à quand la remise de tel ou tel travail, si je suis dispo pour une période de récup… J’ai toujours réponse à tes questions… Pourtant, même si habituellement, je suis bonne pour t’expliquer les choses, je ne trouve pas les mots pour t’en convaincre. Le secret d’une belle vie ? Qu’elle soit remplie, je crois. Juste de beau ? La vie c’est comme un gâteau… Il y a de bons ingrédients et de très mauvais. Parfois, on le savoure et parfois il nous écœure… Peu importe, c’est ça un gâteau ! Pareil pour la vie. Parfois elle est bonne, parfois elle nous écœure. Peu importe, c’est ça la vie ! La vraie vie, c’est rempli de beau et de laid, c’est doux et c’est rough. C’est triste et c’est heureux… C’est tout ça, une vie !

La vie c’est parfois s’attendrir devant le rire d’un bébé, c’est avoir le goût de vomir devant certaines injustices. La vie, c’est aussi se sentir bien après avoir fait le ménage de sa chambre, se sentir beau après s’être fait couper les cheveux et pogner les nerfs après ces p’tits cheveux qui restent collés et nous piquent dans le cou. La vie, c’est se questionner à savoir si on mange des toasts ou des céréales le matin, c’est rêver de se marier même après la rupture qui nous a tant fait pleurer. La vie, c’est perdre son temps sur TikTok et c’est goûter à des huîtres pour la première fois. La vie c’est perdre espoir à la vue d’un hôpital bombardé pour ensuite se raccrocher au masque qu’on pourra bientôt enlever. La vie, c’est se faire friend zone par la p’tite brunette d’à côté et choisir un prof pour se confier…

La vie, c’est accueillir chaque événement, chaque émotion et se coucher le soir en disant que t’as appris quelque chose, que t’as été choqué devant une nouvelle, que t’as vibré au son d’une chanson. Si tu te couches le soir heureux, c’est que tu vis. Si tu te réveilles anxieux, c’est que tu vis. Si tu pognes un fou rire dans un salon funéraire, c’est que tu vis. Si tu trembles en faisant l’amour, c’est que tu vis. C’est comme ça la vie !

Je n’ai peut-être pas les bons mots pour te rassurer, j’aurais envie de te serrer dans mes bras, mais j’peux pas. Si je te dessine un bonhomme sourire à l’encre rouge, tu comprendras… Assure-toi que ta vie soit remplie et fais-lui confiance comme tu l’as fait avec moi mercredi… Merci de me faire confiance ti-gars, tu contribues à ma belle vie remplie…

Sophie Barnabé

Ma crise existentielle — Texte : Audrey Léger

Il aura fallu une crise planétaire pour me faire réaliser qui j’étais, mais surtout qui je n’

Il aura fallu une crise planétaire pour me faire réaliser qui j’étais, mais surtout qui je n’étais pas. Je ne suis pas la fille gênée et hypocondriaque que je croyais. Je suis une fille solide, fière, qui veut vivre sans crainte et sans retenue. Une fille sociable qui carbure à l’émotion. Une fille qui peut shiner dans le noir et qui peut réunir une foule avec conviction. Je suis la mère de, la blonde de, la fille de et la sœur de, mais je suis surtout une fille dans la trentaine qui veut vivre à tout prix, peu importe ce qu’il en coûte. Si je veux quelque chose, je l’obtiens. Si je désire le changement, je l’exprime et si je pense le contraire j’argumente !

J’ai envie de m’ouvrir à plus et à plus grand. Je ne peux plus me contenter d’aussi peu. À quel point on vit sur les brakes par peur de se tromper ou de déplaire ? À quel point on est remplis de préjugés et de tabous ? Ça sert à quoi ? Ça sert à qui ? Quand il y a un problème, il y a une solution. Je veux devenir la personne qui fait une différence dans la vie d’une autre personne. Il est plus que temps de contaminer les autres d’un sourire, d’un fou rire, d’une douce folie.

La vie est un cycle. Les oiseaux ont recommencé à chanter. Chaque fibre, chaque cellule de mon corps me crie GO ! C’est le moment où jamais de vivre ! C’est urgent, vital et nécessaire. Ça fait deux ans que j’étouffe moi-même mes cris, ma douleur. On m’a volé du temps, je vais le récupérer sans peur et sans reproche. Tassez-vous, j’arrive !

Qui m’aime me suive… On s’en va changer le monde, c’est trop important, pour nous, pour nos enfants. Nous sommes notre dernière chance et on va la saisir.

GO. FOR. IT! Be the change you need!

Audrey Léger

La chaise vide — Texte : Nancy Pedneault

On y est. Le moment que je redoutais est arrivé. Décembre, le mois que j’aime tant, avec sa joie

On y est. Le moment que je redoutais est arrivé. Décembre, le mois que j’aime tant, avec sa joie et sa féerie, est un peu triste cette année. Pour la première fois, ta chaise sera vide lors de notre traditionnel souper de Noël. Pourtant, mon cœur, lui, est rempli : il déborde d’émotions contradictoires.

Je suis confuse. Je ne sais pas comment vivre ce moment. Comment m’habituer à ce manque ? On n’a jamais appris à vivre avec l’ennui et la perte d’un être cher. C’est un moment auquel on ne se sent jamais prêt.

Pourtant, je me sens soulagée que tu sois enfin libéré du mal qui te torturait. Je sais que tu es bien maintenant. La souffrance est chose du passé. J’aurais tant voulu te garder avec nous encore quelques années. C’est toujours trop tôt pour vivre avec une chaise vide.

En même temps, je suis si triste de ne plus entendre ton rire, ta bonne humeur. J’entends encore ta voix dans ma tête, mais elle ne résonne plus dans mes oreilles. Je répète malgré moi tes blagues et tes expressions. Elles sortent comme ça, sans prévenir. Elles me font penser à toi. On en rit et parfois, on en pleure.

Je suis nostalgique de notre sortie à la messe de Noël où tu mangeais un bonbon pour réprimer les larmes qui montaient quand tu entendais chanter les enfants. Tous ces bons moments passés ensemble restent gravés dans ma mémoire. Je les chéris et j’en prends soin tel un cadeau précieux.

Malgré tout, je me sens heureuse de pouvoir être avec notre famille, celle que tu as bâtie. Ta chaise sera vide, mais je ne serai pas seule. Je suis bien entourée de gens qui m’aiment. Tu as laissé derrière toi des gens qui se soutiennent, s’apprécient et s’aiment.

Je me sens privilégiée de t’avoir eu comme modèle et de poursuivre ce que tu m’as enseigné : la bienveillance et la générosité. Plusieurs de mes décisions sont teintées de tout ce que tu m’as appris. En ce temps des Fêtes, je pense encore plus à toi qui donnais sans compter.

Avant de partir, tu nous as répété : ne vous inquiétez pas pour moi, amusez-vous ! J’essaierai donc très fort de m’amuser et de célébrer la vie qui continue, tout en pensant souvent à toi.

Alors, pour tous ceux qui, comme moi, auront une chaise vide autour de leur table cette année, je vous souhaite de trouver la paix et de réussir à célébrer la vie.

Nancy Pedneault

Ce drame si près – Texte : Nathalie Courcy

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande ville somme toute pas mal tranquille. Dans un quartier sécuritaire. Et pourtant, bang ! Ce qui a tous les airs d’un drame familial (lire : le meurtre de deux enfants innocents suivi d’un suicide) a eu lieu à cinq minutes de chez moi. Cinq. Petites. Minutes. Allons-y avec un cliché : ça n’arrive pas qu’aux autres. Ça n’arrive pas qu’ailleurs. Ça arrive dans notre cour, dans notre quartier, dans notre communauté.

Les détails liés aux décès seront révélés avec le temps et l’enquête. Tout porte à croire que des signes clairs avaient été vus et rapportés aux autorités. Les services et les soins arrivent toujours trop tard quand il y a des morts, de la violence, des menaces. Tout simplement parce que dès qu’il y a une menace, un geste ou une parole de violence, un meurtre, il y a déjà des dégâts. Il y a déjà une demande d’aide qui n’a pas été faite ou entendue.

Le résultat aujourd’hui est permanent : une maman, des grands-parents, des voisins, des amis ont perdu des humains qui leur étaient précieux. Des vies ne se poursuivront pas. Tout un quartier est choqué. Une province soupire : « Encore ? Quand ça va arrêter ? »

Une humanité pleure.

Est-ce qu’on peut laisser les enfants en dehors de ça ? Est-ce qu’on peut préserver la vie et même l’honorer ?

On ne peut pas tout mettre sur le dos de la pandémie. La violence existait avant, elle existera après. Mais est-ce possible que l’isolement, le stress, les difficultés économiques, les dépendances aient rendu une partie de la population à ce point désespérée que la vengeance et la mort leur apparaissent comme des solutions ?

Je remarque que plusieurs sont plus extrémistes qu’avant dans leurs opinions et leur façon de s’exprimer. N’y a-t-il plus de place pour les nuances ? Pour la bienveillance ? Pour la patience ?

Time-out d’adulte. La méthode du retrait, ce n’est pas que pour les enfants. On s’éloigne de la situation, on respire, on cherche des solutions, on va chercher de l’aide et on revient dans la société seulement quand on est capable de s’exprimer avec respect.

Afuuu ! Afuuu ! Inspire, expire, repeat.

 

Nathalie Courcy

Une autre journée ! Texte: Nathalie Courcy

10 septembre, Journée mondiale de prévention du

10 septembre, Journée mondiale de prévention du suicide. Eh oui, une autre journée mondiale ! La 19e pour cette cause. Je ne sais pas si un jour, les humains décideront d’annuler cette journée de sensibilisation en se disant « C’est beau, les gens ont compris. Les taux de suicide sont presque nuls, on peut arrêter d’en parler ». Je ne pense pas, hein ?!

Je ne pense pas parce que même un suicide, c’est un suicide de trop. C’est une personne qui a tellement souffert à l’intérieur qu’elle a pensé que la mort était un moindre mal. Il faut que ça fasse mal en dedans en titi pour en venir là.

Le SUI-cide, ça veut dire se tuer soi-même. Non seulement décider de se tuer (avec ou sans l’esprit clair), mais le faire. Faire le geste qui nous tuera. Avoir cette violence envers soi qui prendra notre vie. Pour toujours.

J’ai souvent déposé le pied dans la mince marge entre le désespoir total et la décision de me tuer. Mais chaque fois, je l’ai retiré. Ce n’est pas tant la douleur qu’aurait créée le geste fatidique qui me retenait, mais le geste lui-même. Cet éclair d’une seconde dans lequel je devrais retourner un geste contre ma propre personne. C’était trop.

Puis, l’image des gens autour de moi dans l’après-suicide me ramenait à la réalité. Je ne voulais pas qu’ils souffrent. Plusieurs personnes dans mon entourage se sont suicidées et je nous vois, humains qui restons derrière, nous demander ce qui s’est passé, si on aurait pu faire quelque chose. Pour ceux qui restent, la culpabilité n’a d’égal que le vide. Je ne voulais pas faire subir cette vie restante à mes proches.

Je suis longtemps restée dans la twilight zone du désespoir. L’espoir, la joie de vivre, la raison de vivre manquaient à l’appel. Je les croyais morts, pas juste portés disparus. On parle d’années, on and off. Par bout, c’était une obsession. Je voyais des possibilités de mourir partout et chaque fois, je me disais d’attendre un peu, qu’il y avait sûrement une solution (pas une autre solution, parce que le suicide n’est pas une solution, mais bien une solution tout court). Même quand je réussissais à passer quelques jours un peu plus légers, l’idée n’était jamais très loin derrière. Il suffisait d’une mauvaise nuit, d’un conflit, d’une journée de pluie ou d’une hausse d’hormones pour que l’idée du suicide refasse surface. Et encore, chaque fois, je choisissais la vie, même si c’était en attendant. Je ne savais pas ce que j’attendais, j’étais incapable de m’imaginer une vie autrement ou plus heureuse, mais j’attendais. C’est l’attente et la patience qui m’ont sauvé la vie.

Le thème de cette année est « Créer l’espoir par l’action ». C’est-ti pas beau ? On pourrait croire qu’attendre, simplement, n’est pas une action. C’est plutôt passif, en effet. Mais ça me demandait tellement d’efforts ! Me retenir de passer à l’acte, comme si j’étais en combat contre moi-même. Comme si une partie de moi me retenait physiquement de me lancer en bas du précipice en criant « Ne fais pas ça ! ».

Puis, il y a eu des actions bien concrètes : thérapieS, discussions, formations, lectures, activité physique, tests génétiques, médication, changements dans mon alimentation et dans ma routine quotidienne, fin de relations malsaines. J’en ai fait, des pas ! De recul, pour avancer, pour remonter la pente, pour escalader ce qui ressemblait à l’Everest. Chaque action était un geste anti-suicide. Un geste d’espoir.

Et maintenant, je me donne comme mission de partager mon espoir avec ceux qui me lisent et avec mon entourage. Je ne suis pas dans le « Ça va bien aller » genre début de pandémie. Je suis plutôt dans le « Ça va être difficile, mais ça se peut ». Ça se peut que tu sois heureux, que tes relations soient remplies de lumière, que tu te lèves le matin avec des projets et le sourire aux lèvres, que le brouillard se dissipe dans ta tête et que les solutions deviennent de plus en plus évidentes. Ça se peut tellement, mais ça commence par un choix, même quand on n’y croit pas vraiment. C’est un choix quotidien. Un choix de chaque minute, parfois. Un choix qui sauve une vie.

Et un jour, tu te réveilles, comme moi, en te disant : « Hum, c’est à ça que ça goûte, le bonheur ? »

Nathalie Courcy

Ta dernière photo – Texte : Kim Boisvert

Quand t’as pris cette photo, le savais-tu que c’était ta derni

Quand t’as pris cette photo, le savais-tu que c’était ta dernière ?

En voyant tes joues pleines de rosacée et tes cheveux trop blancs apparaître sur le mur Facebook d’une amie, suivis du lien vers la chronique nécrologique, la tienne, mon cœur a vraiment fendu en deux. Deux beaux morceaux. Tu m’en partageais tout le temps de tes morceaux, d’ailleurs.

Et la première chose qui m’est venue en tête, après les condoléances et pensées pour ta famille, c’est vraiment de savoir si au moment précis où tu as pris cette photo, tu savais que c’était presque la fin.

Un peu plus d’un an après ta retraite. Ça m’a fait réfléchir, Coco. Tu me disais tout le temps que t’en profiterais de ta retraite pour gâter ton petit-fils et passer du temps avec ta fille. Que c’était ça, le plaisir d’être grand-maman. Tu pouvais garder, jouer et ensuite, tu le « shippais » à sa mère. La belle vie ! Ta belle vie de retraitée n’aura duré qu’un peu plus d’un an.

Ça m’a fait réfléchir, Coco. On passe notre vie à planifier notre retraite et le temps où on sera plus lousse, plus tranquille. Mais dis donc, le savais-tu que c’était pour être aussi court ? As-tu eu le temps de profiter de tes belles armoires de cuisine dans ton condo ? Ce soir, en regardant les miennes, je penserai à toi. Parce que mes armoires, je les aime pas tant que ça. Je devrais bien penser à les mettre à mon goût avant ma dernière photo.

Ça m’a fait réfléchir, Coco. Parce que tu me disais tout le temps : « Ben y vont attendre ». Toi, y’ont pas attendu ben ben, je trouve. Me semble que douce comme t’étais, y’auraient pu t’en laisser un plus gros boutte et venir chercher des gens pour qui ça vaut pas la peine d’attendre. Je peux même « name dropper » du monde, si tu veux.

Ça m’a fait réfléchir, Coco. Je me souviens que tu m’avais dit que j’étais mieux de partir heureuse que de rester malheureuse. Toi, es-tu partie heureuse ?

Kim Boisvert

La vie, c’est comme le tricot – Texte: Nancy Pedneault

Une maille à l’endroit, une à l’envers.

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Une maille à l’endroit, une à l’envers.

Ça y est, c’est MON moment. Je suis confortablement installée près du feu, mon thé est chaud, je suis prête.

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers. Comme c’est relaxant le tricot ! La laine est douce entre mes doigts. Le son des aiguilles qui s’entrechoquent, à un rythme régulier, me calme.

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers. J’ai tellement hâte de terminer ce projet. Il m’ira à ravir. En plus, je serai au chaud pour contrer la froidure de février.

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers. Oups ! J’étais perdue dans mes pensées, j’ai oublié de suivre mon patron. Je défais quelques rangs. Ce n’est pas très grave. J’ai envie que le produit final soit parfait.

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers. J’aime beaucoup le rendu de cette laine. Elle vient d’où déjà ? Oups ! J’ai échappé une maille au rang précédent. Je recommence.

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers. Que je suis bien ! « Maman ! Où est mon pyjama préféré ? », 27, 28, 29. « Il est dans ton tiroir du haut. » J’en étais où déjà ? Je défais…

Une maille à l’endroit… une maille à l’env… une mail… Voyons, je ne finirai jamais !

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers. Ça y est ! J’y suis arrivée. J’ai tellement hâte de porter fièrement le résultat de mon dur labeur. Je suis prête à commencer un nouveau projet maintenant.

La vie, c’est comme le tricot : elle semble bien simple et agréable, mais on finit souvent par détricoter des petits bouts pour mieux avancer.

Nancy Pedneault