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Tu m’as agressée sexuellement

J’ai 33 ans et tu m’as agressée sexuellement. Oh, et on se con

J’ai 33 ans et tu m’as agressée sexuellement. Oh, et on se connaît, en plus. J’suis donc capable de donner ton nom et de bien voir ta face dans mes cauchemars. Au cas où tu te le demandais, j’fais un peu de cauchemars. Pas mal, en fait. Mais j’pense pas que toi t’en fasses. T’as même dit que tavais été con, que tu texcusais, de me faire passer le message. J’pas ben ben certaine que c’est suffisant, comme excuse pour une agression sexuelle, sì ?

À cause de toi, j’suis allée à l’hôpital et au poste de police, toute honteuse de ce qu’il m’était arrivé. Nerveuse. Angoissée. Avec le sentiment que c’était ma faute. Tout ça a pris un beau 4 heures. Je ne sais pas si tu te souviens, mais toi, ça ne t’a pris que 10 minutes pour m’agresser. Mais t’sais, on ne s’obstinera pas sur qui a le plus de séquelles, dans quel laps de temps, hein ? On n’est plus des enfants.

À l’hôpital, je ne savais pas dans quoi je m’embarquais jusqu’à ce que l’infirmière pose sa main sèche comme mon compte en banque sur mon avant-bras en me disant qu’à partir de maintenant, tout irait bien. Ces mots ne se rendaient comme pas à mon cerveau. J’essayais à la place de lui trouver la meilleure crème à main dans mes souvenirs de produits préf’ pour palier à son over utilisation de Purell. Et en même temps, j’pensais à mon compte en banque à sec. J’vais m’crémer le Desjardins. Anyway, j’ai pu faim depuis que tu m’as remplie de honte et d’horreur. Pis j’arrive au bout d’ma corde.

Elle a dit que je n’étais plus seule. Viol-Secours et toute la gang du CAVAC allaient être là. Pourtant, je ne l’ai jamais été, seule. T’étais là, pendant ces 10 minutes terrifiantes.

C’est à ce moment précis, dans la petite salle de l’urgence, que j’ai compris qu’il m’était arrivé quelque chose, que ma vie avait changé. Que tu venais de laisser une trace. Que ce n’était pas que dans ma tête que ça brassait. Mais bien aussi dans mon corps. Dans mon corps de jeune fille, qu’ils disent, Les Trois Accords.

C’était clair et laid : tu venais de m’agresser sexuellement.

On allait alors devoir vérifier tout mon corps. En passant par des orifices qui ne voulaient clairement plus voir personne. J’étais le centre d’attention de deux infirmières, une femme médecin, une travailleuse sociale et une visiteuse du campus, une stagiaire adorable. Ça en fait du monde pour un évènement qui n’a duré que 10 malheureuses mais interminables minutes. J’quand même chanceuse, j’ai eu un giga colleux d’une copine qui était de garde ce soir‑là dans un autre département. Comme quoi y’a quand même du doux.

On parle toujours de minutes qui changent notre vie. J’ai essayé d’y repenser (anyway j’pense juste à ça) et ce sont des minutes plutôt longues. 10 minutes où tu m’as terrorisée, parce que t’sais, j’sais pas si t’avais remarqué, mais t’es vachement plus grand et fort que moi. Pis j’te connais. Ou je croyais te connaître. J’suis restée là, figée, décontenancée, le chandail à moitié tiré, en ayant peur de faire quoi que ce soit. J’essayais de te faire comprendre ce que tu faisais. Parce que déjà là, je ne pouvais pas l’croire. J’voulais pas l’croire. J’avais simplement voulu t’offrir un transport sécuritaire pour aller manger une patate du McDo pas loin. T’sais, quand je te dis que je ne comprends pas, ben je comprends sweet fuck all de ce qui s’est passé. Je ne sais pas si je vais finir par comprendre un jour. J’ai aucune idée même s’il y a quelque chose à comprendre. Pourquoi tu t’es donné le droit de me toucher ? De me mettre un doigt dans la bouche en te caressant le membre excité au travers tes jeans. Tu te frottais tellement fort que je pensais qu’il allait prendre en feu, ton p’tit bâton. Au moins d’même, on aurait été blessés tous les deux.

Je te l’ai dit le NON, le seul qui a l’air valable pour refuser son consentement. J’aurais dû me traîner des feuilles de consentement pis cocher que je n’étais pas consentante ? Je te l’ai dit que t’étais con de faire ça. Je te le demandais, à répétition, pourquoi tu faisais ça. J’étais surprise parce qu’à chacune de mes questions, t’avais une réponse.

Je ne t’aurais pas repoussé si c’était ça que je voulais. Je ne serais pas allée me cacher dans la salle de bain d’un vieux McDo de la 1re avenue dans Limoilou un vendredi soir où les gens un peu weird sortent. J’aurais choisi l’Pur pour la vue. Pas un stationnement louche.

Je me sens comme un déchet. Veux-tu bien me dire pourquoi c’est moi qui me sens comme un déchet, alors que c’est toi qui a mis tes mains de force sur mes seins, mon corps, me tâtant comme de la viande, en me regardant dans les yeux, en pinçant mes mamelons alors que je conduisais d’une main et que je tentais de te repousser de l’autre. Mes mamelons, ils ont nourri mes enfants. Pis t’as mis tes mains dégueulasses dessus.

J’étais terrorisée. Parce que je savais que si j’avais eu plus long à faire comme trajet, tu serais arrivé à tes fins. Parce que je savais que tu aurais mis tes mains sales là où on a déjà trop forcé. Que tu m’aurais prise de force. Mais ça, tu l’as déjà un peu fait, hein ? C’est comme trop tard. Tu m’as juste pris les seins et touché le vagin à travers mes jeans en forçant le bouton et le zipper. En fait, t’as pas réussi à te rendre à mon vagin, justement. Ça fait qu’on n’en parle pas ? Tu m’as juste tiré par le cou pour que mon visage se rapproche de ton pénis. Parce que tu voulais donc que je le touche. Parce que tu voulais donc me montrer que t’étais bandé. Tu m’as juste forcé la main vers tes jeans en me disant que c’est ce que je voulais.

Moi ce que je voulais, c’était une patate du McDo. Pis que tu sois safe parce que t’avais bu. C’t’un fail, hein ?

Eva Staire

Abus de pouvoir

Ce n’est pas dur à comprendre, t’es partout. Tu n’as juste pa

Ce n’est pas dur à comprendre, t’es partout. Tu n’as juste pas le même nom, mais tu as le même visage à deux faces. Depuis des années, j’observe, j’écoute et c’est inquiétant de constater que tu n’es pas le seul : tu te trouves dans tous milieux confondus.

Petite parenthèse, je ne te parle pas d’un boss qui se trouve devant de vraies problématiques avec un employé. Ça, c’est le bon boss, apprécié par la majorité de ses employés. Je parle de toi, apprécié par la minorité de tes employés, à qui tu tapes sur la tête comme tu changes de bobettes. Heureusement pour toi et malheureusement pour eux, cela signifie très souvent.

Faire de tes employés tes souffre-douleurs, c’est immonde, boss. Des avis, mesures, sanctions disciplinaires à tout le monde pour des raisons tout aussi farfelues les unes que les autres, leur parler comme s’ils étaient imbéciles et qu’ils ignoraient que t’es en train de leur manquer de respect ou encore de les manipuler… Faire du harcèlement psychologique, ça te donne l’impression d’être supérieur, j’imagine ?

Tu penses peut-être que tes employés sont des êtres inférieurs, mais sache qu’ils sont intelligents et voient clair dans ton jeu. Leur silence ne signifie pas qu’ils sont niais, cela signifie seulement qu’ils te laissent vivre ton power trip en essayant de se protéger le plus possible. On va se dire les vraies affaires, lorsqu’il y en a un d’un petit peu trop téméraire qui ose te tenir tête, tu le lapides sur la place publique. Cette démonstration de force te donne l’impression que tu vas replacer tes petites brebis sur le droit chemin et que ton règne va pouvoir continuer puisque plus personne n’osera te confronter. La réalité, c’est qu’ils vont continuer de se taire par la peur. Par la peur ! C’est inquiétant quand même en 2019 d’en être encore là. J’sais ben pas ce qu’il y a de trippant à inspirer la peur à ses employés. Je trouve ça plutôt déviant.

Ce n’est pas avec de l’abus de pouvoir que tu vas obtenir ni loyauté, ni mobilisation, ni stabilité, ni tout ce qu’il y a de beau à avoir une équipe solide. Tu veux l’avoir à tout prix, mais tu n’en es pas digne. Si tout le monde quitte le navire, ce n’est pas de la faute à Pierre-Jean-Jacques ou encore parce que tout le monde a de nouveaux défis. Ça, c’est juste la formule polie pour partir en douce, afin d’éviter de se faire déchiqueter l’estime. C’est de ta faute à toi, tout ça.

Ce n’est pas avec l’abus de pouvoir que tu vas combler ce vide en toi. Parce qu’on aura beau dire ce qu’on voudra, ce qui fait de toi ce bourreau‑là, c’est clairement quelque chose de plus profond que tu tentes de camoufler en faisant souffrir les autres. Encore une fois, ce n’est pas de leur faute à eux, si personne n’arrive à te satisfaire.

J’te souhaite d’être heureux pour vrai, boss. Mais ce serait bien que tu arrêtes de pourrir l’existence des autres en justifiant « que c’est ça être boss ». Non ce n’est pas ça, pis il y a de sacrés beaux modèles dont tu devrais t’inspirer. L’affaire, c’est que tu ne te remets jamais en question, t’es au‑dessus de ça toi, l’introspection.

Mais je te le dis, ce n’est pas vrai qu’avec l’abus de pouvoir et le règne de la peur, ton équipe va être en santé. Tu les prends pour des numéros et tu te dis que tout le monde est remplaçable, et tu as raison. Mais ta réputation, elle, se fait et personne ne veut travailler pour un tyran. Sans eux pour ramer, tu vas couler. Tu as la chance de jouer un beau rôle dans le quotidien de ces gens‑là, c’est vraiment ce que tu veux, être ce qu’on appelle un boss narcissique ?

Penses‑y, boss !

Eva Staire

Quelle évolution?

Aujourd’hui, j’ai lu un article qu’une amie et collaboratrice

Aujourd’hui, j’ai lu un article qu’une amie et collaboratrice a partagé sur son mur Facebook. L’article parlait d’une personne travaillant comme massothérapeute et qui a eu un client… particulier. Un client qui a posé des gestes sur sa propre personne. En fait, il complétait le massage qu’il recevait avec la main sous la couverture, sous la ceinture. Le tout en regardant tout sourire le témoin silencieux de ses frasques.

La personne qui le massait en était consciente, mais n’a rien dit. N’a rien fait. Pourquoi? À cause du malaise, à cause de cette honte qui nous envahit lorsque nous sommes confrontés à ce genre de situation et qu’on se croit «responsable » d’avoir fait, dit ou pas quelque chose qui l’aurait provoquée.

Encore aujourd’hui, en 2018, le malaise face à de tels agissements est toujours aussi présent. La fille sexy qui était fière de son look du vendredi soir a probablement causé consciemment l’abus dont elle n’est plus la victime, mais l’instigatrice. L’homme qui s’est donné le temps de choisir son habillement a bien entendu mis un écriteau sur son pantalon invitant les autres à lui « ramasser » une fesse au passage. Il fait des histoires s’il réagit. Il ne serait forcément pas « homme » s’il venait à s’en plaindre.

Pourquoi l’intrusion d’une tierce personne dans notre intimité nous rend-elle si mal au point où on se tait?

La femme avec un joli décolleté se sent belle et même si oui, elle fait étalage de sa beauté, même si sa chaire est un peu plus exposée, elle ne recherche pas assurément un plongeur pour s’y engouffrer. Nous sommes des êtres humains qui aimons les jolies choses.

Mot clé de ma phrase : «choses». Tout ce que les victimes d’attouchements et plus ne sont PAS.

Arracher un regard approbateur est flatteur. Se faire arracher ce qui nous couvre, ne serait-ce que notre assurance, est un abus. Dans cette ère de body fitness parfait (à mon humble avis un peu excessif), RIEN ne justifie qu’une main s’approprie le bien-être d’autrui.

Un abus est souvent physique, mais parfois, comme ce client qui n’a pas «abusé physiquement» de sa victime (OUI, VICTIME), c’est aussi malaisant et souffrant.

Cette personne dans l’article s’est, pour emprunter ses propres mots, auto-jugée et critiquée :

« J’suis pathétique ».

NON, tu ne l’es pas!

Le pathétique, c’est l’autre. Celui qui s’est permis de te faire sentir «comme une marde». Je comprends ce sentiment pour l’avoir vécu plusieurs fois dans ma vie. Cette culpabilité d’avoir « provoqué». Assurément, l’abuseur n’est pas responsable! Il/elle n’a aucun contrôle sur ses actions, perd complètement tout jugement et son contrôle de lui ou d’elle-même! Ne sommes-nous pas des animaux sans réflexion? (Ironie).

Toi, toi qui as été cette personne qui n’a pas été capable de parler. Ne te sens pas comme si tu n’étais rien. Comme si tu étais coupable d’être la belle personne que tu es. Tu as le DROIT de t’aimer et de te défendre. Ce pouvoir, garde-le, ne le laisse pas à quiconque voulant te l’enlever.

Il peut sembler démesuré d’avoir des réactions spontanées, mais non.

« Bah c’était juste pour rire! »

Qui a ri? Pas toi. Alors, n’oublie pas que tu es digne de respect. Tu n’es pas, et ce, peu importe ce que tu portes, RESPONSABLE. Avec les récentes « sorties» d’abus de toutes sortes dans le monde artistique, il est notoire de dénoncer ses agissements. Mais tu n’as pas besoin d’être connu pour te défendre et pour attaquer ton agresseur/e.

Je suis mère de trois jeunes enfants, dont une fille. Voyez-vous à quel point sont ancrés les principes de « fais pas exprès! »? Depuis sa naissance, j’ai toujours refusé et évité que ma fille porte des vêtements trop «sexués». En contrepartie, j’ai contribué sans m’en apercevoir à lui inculquer inconsciemment que son habillement était directement responsable si, un jour, elle se faisait abuser ou pas.

Pardonne-moi ma puce.

En écrivant ces mots, un frisson me parcourt à l’idée que malgré mon bon vouloir, je SAIS que je vais toujours l’encourager à rester prudente, à respecter certaines limites vestimentaires. Les mêmes que je m’impose parfois, ou pas. Je porte des décolletés, j’aime cela. Comme toute femme, j’aime recevoir des regards approbateurs. Ne nous mentons pas mesdames, nous en sommes toujours flattées et en quelque sorte… fières. Tout comme nous sommes fières d’avoir une coiffure qui nous sied bien. Pourquoi le faisons-nous? Pour nous-mêmes? Pour nous sentir bien? Quel est le réel «bien» dans cette façon de se sentir?

Je me questionne, mais en même temps, je sais. Nous sommes ainsi faites, nous aimons plaire, simplement. Mais réfléchissons quand même de temps en temps à la nécessité de nous dévêtir parfois un peu trop. Pas pour éviter les abus, car même vêtus en habit cravate, certains peuvent nous agresser malgré tout. Mais pour nous-mêmes. Que recherchons-nous réellement?

Notre regard plongé dans le miroir de ceux des autres a-t-il réellement tant d’importance? Je réfléchis ce matin, à partir d’un petit rien qui revêt un aspect de grand tout. Je vais quand même continuer à apprécier de l’être. Mais à vous, les énergumènes qui se croient tout permis. Sachez que vos gestes sont agressants, déstabilisants et surtout, qu’ils laissent une saveur amère en nous, un sentiment lourd à porter et qui est malheureusement bien trop présent dans notre société soi-disant évoluée.

Avoir un regard ou un sourire approbateur n’a rien du regard et du sourire du prédateur. Apprenez à faire la différence. Mais surtout, les victimes, ne vous taisez plus.

Simplement, Ghislaine.

 

À toi qui as volé ma vie

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Toi qui as volé ma vie alors que je n’avais même pas commencé à la vivre,

Toi qui as posé tes mains sur moi sans même avoir la permission,

Toi qui t’es servi d’une autorité parentale comme excuse,

Toi qui t’es permis de me salir sans que je ne puisse rien dire

 

Tu m’as entendue crier,

Tu m’as vue pleurer,

Tu m’as entendue te supplier de me lâcher,

Tu m’as vue me renfermer sur moi‑même

 

Pourquoi m’as-tu fait ça?

Pourquoi as-tu voulu me détruire?

Pourquoi as-tu volé ma jeunesse?

Pourquoi as-tu préféré me détruire plutôt que d’aller chercher de l’aide?

 

Comment as-tu pu recommencer presque tous les soirs?

Comment as-tu pu faire ça à des gens qui t’ont accueilli chez eux à bras ouverts?

Comment as-tu pu continuer de me regarder comme si de rien n’était lorsque nous étions en famille?

Comment as-tu pu continuer à faire des blagues déplacées alors que tu savais très bien ce que tu faisais?

 

Et toi maman, pourquoi l’as-tu laissé faire?

Pourquoi ne m’as-tu pas crue quand je t’ai tout avoué?

Pourquoi, maman, croyais-tu que j’inventais tout?

Pourquoi n’as-tu pas fait confiance à ton enfant?

 

Pourquoi, maman, ne m’as-tu pas sortie de cet enfer?

Pourquoi, maman, m’as-tu crié de m’excuser à celui qui m’effrayait le plus?

Pourquoi, maman, as-tu décidé de rester avec mon agresseur?

Pourquoi, maman, étais-tu fâchée contre moi?

 

Tu sais, ce jour où je t’ai tout avoué, tu ne m’as pas crue

Tu m’as même fait douter de moi

Pourquoi ne m’as-tu pas protégée?

Pourquoi n’as-tu pas rempli ton rôle de mère comme il se devait?

 

Je t’ai toujours prise comme idole

Je t’ai toujours vue comme une femme forte

Je t’ai toujours considérée comme la meilleure mère au monde

Celle qui donnerait tout pour ses enfants

 

Mais ce jour où tu ne m’as pas crue, tu es devenue pour moi un monstre

Le même genre de monstre que celui qui a volé mon enfance, ma vie

J’ai dû faire deux deuils, celui de voir à tout jamais ma vie s’envoler

Et celui de perdre ma mère, car pour moi tu ne méritais plus ce titre

 

C’est moi, maman, qui ai dû grandir avec ces blessures, cette rage

C’est moi qui ai dû réapprendre à faire confiance aux hommes

C’est moi, maman, qui a dit réapprendre à sourire, à vivre avec les rechutes

C’est moi, maman, qui vis maintenant avec une partie de moi en moins.

 

Aujourd’hui, tu es toujours avec cet homme

Je me demande ce qui est le plus douloureux : avoir subi ces agressions ou que ma mère ne m’ait pas crue et qu’elle continue à coucher, embrasser cet homme

Aujourd’hui, je ne suis pas capable de te renier, mais aujourd’hui, j’ai décidé de me choisir

De prendre soin de moi et d’imposer mes limites.

 

Tu as choisi de briser notre famille, et longtemps vous avez essayé de me faire sentir coupable, et tu sais quoi, jusqu’à tout récemment, ça a fonctionné

 

Mais maintenant, c’est fini, je ne suis plus une victime, je suis une battante, une survivante!

 

Eva Staire

 

Parce que toi, t’es ce gars-là

Parce que toi, t’es ce gars-là:

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Parce que toi, t’es ce gars-là:

T’es celui qui est entré dans sa vie, avec tes airs de bon gars. Même moi, j’y ai presque cru. Je dis presque, parce que pour une raison que j’ignore, j’ai été mise au monde avec un sixième sens assez puissant. T’avais l’air d’un bon gars, mais tout en moi me disait de faire attention.

Ça a commencé de manière insidieuse, on a même eu de bons moments nous deux. Mais rapidement, j’ai vu les changements en elle. Sa liberté, tu te l’es appropriée. Son sourire sincère, tu l’as effacé. Son regard, tu l’as aveuglé. Son bonheur, tu t’es assuré qu’il n’est accessible qu’à toi, tu l’as mis dans ta petite poche arrière.

Outre ma présence, je ne pouvais faire plus. Tu sais, tu es quand même celui qu’elle a choisi et qu’elle aime, alors je devais te tolérer pour ne pas la perdre.

Sauf que vois-tu, avec le temps, c’est allé trop loin et tu es devenu son cerveau. On aurait dit qu’elle ne pouvait plus réfléchir par elle-même. En plus d’oublier toutes les paroles blessantes que tu pouvais lui dire, elle a fini par oublier qui elle était, aussi merveilleuse soit-elle. Je le sais que pour toi, j’étais menaçante simplement parce que j’étais sa confidente et que je voyais ta game.

Toi, t’es ce gars-là,

alors tu ne t’es pas arrêté là. Après lui avoir enlevé tout ce qu’il y avait en elle, tu t’es mis à éliminer tout ce qu’il y avait autour d’elle. Chaque fois qu’elle perdait un lien, toi, tu t’assurais d’être à ton meilleur à ce moment-là. Tu voulais lui montrer à quel point tu étais indispensable à sa vie, le seul à la comprendre. J’ai fini par faire partie des dommages collatéraux et malheureusement, ça, je ne te le pardonnerai jamais.

J’ai longtemps souffert de sa perte et je vais longtemps en souffrir. J’ai dû lâcher prise, pour elle. Ça m’a demandé tout l’amour du monde de la laisser partir. Sauf qu’à un moment donné, j’ai dû le faire parce que tu lui as demandé de choisir. Pour moi, c’était inadmissible de lui imposer ça, alors j’ai fait la seule chose qui devait être faite pour elle et pour mon intégrité. Si je lui avais demandé de faire ce choix, ça aurait été comme me rabaisser à ton niveau. Elle avait bien assez de toi, elle ne méritait pas que son amie lui fasse ça.

Toi t’es ce gars-là,

t’as jamais été capable de la laisser partir, même quand elle t’en suppliait. Tu refuses d’envisager qu’elle puisse être heureuse sans toi, alors tu l’emprisonnes dans votre relation. J’espère qu’un jour, elle trouvera la force nécessaire pour se libérer de ton emprise, parce que ça, personne ne peut le faire à sa place.

Toi t’es ce gars-là,

celui qui va détruire tellement de relations, de liens et d’humains sur ton passage pour une seule raison : tu n’as jamais appris à t’aimer toi-même.

Eva Staire

Même si ce texte s’adresse à ce gars-là, il pourrait aussi s’adresser à cette femme-là. La violence psychologique touche les hommes et les femmes.

Les valeurs à la bonne place

Je suis fière de ma fille. Je suis tout le temps fière de mes enfa

Je suis fière de ma fille. Je suis tout le temps fière de mes enfants, mais là, je suis encore plus fière. Ma fille aînée a les valeurs à la bonne place et elle est capable de défendre ses convictions. Je vous explique.

Ma Peanut est dans un programme spécialisé en arts au secondaire. Elle tripe sur l’art, elle en mange, elle en rêve. Elle veut devenir prof d’arts au cégep et fait tout pour y parvenir. Elle consacre 80 % de son temps d’éveil à la pratique artistique. En congé, ça monte à 98 %. C’est à se demander si elle n’apporte pas ses pinceaux dans la douche.

Depuis quelques semaines, elle travaille sur un projet d’arts pour un cours : un calligramme, c’est-à-dire qu’elle utilise les mots et diverses calligraphies pour créer une image. Elle avait choisi de représenter une de ses chanteuses préférées. Elle a traduit les paroles d’une chanson, pratiqué différentes calligraphies, dessiné les esquisses, fait les calques… Bref, elle y a mis des heures et des heures, est même allée aux périodes de récupération en arts pour améliorer le produit fini.

Elle en était à la dernière étape du projet quand une bombe lui est tombée sur le cœur. Un peu par hasard, elle a appris que la chanteuse qui lui servait de modèle (pour son projet et dans sa vie) était accusée d’avoir violé une autre chanteuse dans le passé.

On avait déjà discuté de la vague de dénonciations qui ramasse plusieurs personnalités publiques dans le tsunami #MoiAussi. Mais elle ne connaissait pas vraiment les personnes dont il était question. Là, ça la touchait en plein cœur, dans son âme de jeune adolescente qui admire une vedette et qui écoute ses chansons vingt heures par jour, qui lit tout sur elle et qui la place au centre de ses conversations avec ses copines et ses parents.

Quand elle a su, elle a pleuré. Beaucoup. Elle a confronté la nouvelle de la dénonciation avec d’autres sources. Toutes rapportaient la même histoire. La chanteuse elle-même ne niait pas le geste même si elle en minimisait l’impact. Ma fille a discuté avec sa meilleure amie, tout aussi admiratrice et donc, tout aussi choquée. Elles ont failli effacer tous ses albums de leurs appareils électroniques, mais elles se sont retenues. « On se donne quelques jours pour y penser. » La distinction entre l’œuvre produite par un artiste, la personne elle-même et les actions d’une personne peut être difficile à faire, même pour un adulte.

Puis, ma belle Peanut m’a annoncé qu’elle ne pouvait pas continuer le calligramme représentant cette chanteuse. Qu’elle refusait d’exposer ce projet au vernissage de fin d’année. Qu’elle ne pouvait pas contribuer à faire connaître quelqu’un qui avait abusé d’une autre personne. Elle a pris l’initiative de contacter son enseignante, lui a expliqué la situation, a demandé la permission de refaire le travail au complet.

En fin de semaine, ma Peanut passera encore plus d’heures que d’habitude à pratiquer son talent artistique. Elle traduira la chanson d’un autre chanteur (en gardant en tête que l’image projetée par les personnes [connues ou non] n’est qu’une partie de la réalité). Elle dessinera des esquisses, fera les calques. Elle s’assurera de pouvoir remettre son projet d’arts dans les délais prévus au départ. Et elle sera fière, parce qu’elle aura su défendre ses valeurs et ses convictions.

Bravo, ma Peanut ! Tu es un modèle à suivre.

Nathalie Courcy

#MeToo

Vous avez sûrement remarqué les nombreux #MeToo (#MoiAussi

Vous avez sûrement remarqué les nombreux #MeToo (#MoiAussi) qui inondent les réseaux sociaux actuellement… Il s’agit d’une campagne dénonciatrice pour toutes celles qui ont été victimes d’agression sexuelle, et une vague immense de solidarité de la part de tous ceux qui soutiennent les victimes.

Pourquoi écrire « moi aussi » ? Et bien parce que ces deux petits mots, mis ensemble, en révèlent déjà beaucoup… Je ne peux pas parler pour toutes les victimes, et je n’ose pas imaginer toutes les atrocités dont l’homme peut être capable… Si cela fait encore de lui un homme. Mais je peux raconter l’histoire d’une adolescente qui s’est tue pendant presque quinze ans.

Aujourd’hui, je suis forte, assumée et articulée. Je défends mes droits, je m’assume et je crie haut et fort ce en quoi je crois. Je pense que je fais jaillir cette force dans tout ce que je fais aujourd’hui, parce que je n’ai pas su être forte ce jour-là.

Cet homme… je n’aurais pas dû lui faire confiance. Je n’aurais pas dû le suivre. Je n’aurais pas dû l’écouter, et encore moins le croire. Je me suis répété pendant des années que JE n’aurais pas dû… Ironique, non ? Parce que oui, c’est peut-être cliché, mais c’est atrocement vrai à quel point on se sent coupable en tant que victime.

Une seule fois, j’ai tenté de raconter à ma mère ce qu’il m’avait fait, dans ce coin sombre d’un pays étranger. Elle a vite conclu que comme j’avais su m’enfuir, et qu’il n’avait pas « été jusqu’au bout », c’était à moi de me relever la tête haute, de sourire et d’oublier. C’est textuellement ce qu’elle m’a dit ce jour-là.

J’aurais aimé, maman, pouvoir mieux t’expliquer. J’aurais aimé savoir trouver les mots pour te montrer ce qu’il avait brisé en moi. Parce que du haut de mes quatorze ans, je n’ai pas trouvé les mots… JE n’avais pas su me protéger, et JE n’arrivais pas à me justifier…

J’ai encore le souvenir de ses mains immenses qui me tiennent les poignets. J’aurai toujours la sensation de ses doigts sur mon corps, quand il a détaché mon soutien-gorge et passé ses horribles mains partout sur moi. J’écris ces lignes et je sens encore sa langue sale et gluante forcer mes lèvres. J’ai fait des cauchemars, toutes les nuits, imaginant qu’il pouvait traverser l’océan et forcer ma chambre. Je l’ai vu, devant moi, chaque matin où j’ai ouvert les yeux en sursautant. J’ai senti son odeur immonde sur chaque homme qui m’approchait. Je me suis empêchée de manger parce que tout avait un goût d’amertume et de honte.

Je me suis aussi ouverte à plusieurs hommes ensuite, parce qu’en fait, je n’avais plus rien à perdre… ni dignité ni valeur.

Puis un jour, un homme est entré dans ma vie. Il a été doux, compréhensif et patient par-dessus tout… Les semaines, les mois et les années ont passé. Ça m’a pris trois ans avant de recommencer à manger normalement… Ça m’a pris trois ans avant de pouvoir regarder dehors et trouver qu’un paysage était beau, tout simplement. Ça m’a pris trois ans avant de sentir à nouveau l’odeur des fleurs, sans arrière-goût âcre ni amertume.

Maman, j’ai tenté de sourire, je te le promets. Mais je n’ai pas réussi à oublier. Je suis désolée, ça doit être de ma faute, ça aussi.

Aujourd’hui, j’ai aussi tapé un « #MeToo » sur un petit écran. Et ces deux petits mots que je vois défiler partout me font me sentir moins seule… Un jour, je pourrai marcher dehors, dans le noir, sans me sentir totalement affolée. Sans avoir l’impression que le monde entier peut faire ce qu’il veut de moi… Une autre partie de moi a encore peur. Peur de voir que si les partages et les #metoo sont si nombreux, c’est que cette société a encore beaucoup à apprendre.

Montrons à nos filles à dénoncer, à crier et à se battre. Apprenons à nos futurs hommes l’égalité, le respect et la dignité. Enseignons à cette société que le combat n’est pas fini.

Eva Staire

La femme oubliée

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Nous sommes début juin et je suis incapable de dormir. Je me tourne et retourne sans cesse en n’ayant qu’une seule chose en tête : Noël. Parce que s’il y a une chose à laquelle on ne peut échapper, c’est bien le temps des fêtes.

Plus je vieillis et plus ce temps de l’année me fait souffrir. Je suis pourtant une femme, une mère et une conjointe épanouie. Le mal de mon passé vient parfois me hanter la nuit tout au long de l’année, mais quand vient le temps des fêtes, c’est immanquable. Malgré tous les bonheurs et les épanouissements vécus, dans mes moments de solitude, je réalise à quel point mes blessures internes ne seront jamais vraiment pansées.

Les obligations familiales me ramènent quinze ans en arrière, lorsque j’étais obligée d’aller aux fêtes familiales. Lorsque j’étais obligée de faire bonne impression et d’affronter ce membre de la famille qui profitait de moi. Qui profitait de mon innocence d’adolescente pour assouvir ses sombres désirs, m’entraînant par le fait même dans son tourbillon malsain.

Je faisais alors semblant que j’étais à l’aise et heureuse de me retrouver en famille, quand tous et chacun savaient très bien ce qui se passait, mais ne faisait rien. J’étais la plus jeune de la famille et lui, l’aîné. J’étais le mouton noir de la famille et lui, celui à qui on pardonnait tous les déboires.

Je me rappelle à quel point la jeune adulte a pleuré en position fœtale à l’approche de Noël. Seule, en silence. Dans mon trois et demie qui devenait si grand et vide. Parce que tout était une question d’apparence. Peu importe la raison du rassemblement, j’affichais mon plus beau sourire pour ne pas décevoir mes parents.

Maintenant que je suis mère, j’ai enseveli cette partie de moi bien loin dans un petit coin sombre de mon cerveau. Certains disent avoir droit à leur petit jardin secret et bien moi, c’est une plantation de mauvaises herbes. J’ai beau y avoir planté les plus magnifiques fleurs jamais trouvées, la racine de mes mauvaises herbes est trop tenace.

À l’approche des fêtes, je tente de mettre de la magie dans la vie de mes enfants. Pour leur bonheur bien sûr, non le mien. Mais l’année dernière, j’ai éclaté. En essayant de les coucher pour une simple sieste, je me suis mise à pleurer. Sans raison précise. Mon grand de sept ans me regardait avec tant de peine. Il voulait clairement m’aider. Mais j’étais incontrôlable, fallait que ce trop-plein de moisissure sorte. J’ai pris un oreiller afin de hurler et de pleurer le plus fort et le plus vite possible afin de redevenir la mère rationnelle et heureuse que je suis.

Je me suis juré de ne plus jamais faire de scène devant mes enfants. Pour leur bien. Ces petits anges ne méritent pas une mère tourmentée, pire encore, ils ne méritent pas de connaître la tristesse durant le temps des fêtes.

Cette femme que j’ai oubliée tente sauvagement de refaire surface dès qu’elle en a l’occasion. Mais une chose est certaine, elle ne parviendra jamais à détruire ces fleurs que j’ai plantées dans mon jardin de bonheur.

 

Eva Staire

 

 

Iglou iglou, mais pas chez nous

Du monde saoul, j’en ai vu dans mon enfance! La matante pu capable

Du monde saoul, j’en ai vu dans mon enfance! La matante pu capable de nourrir son enfant dans un party de parenté tellement elle a frenché le goulot… Le mononcle qui cale sa caisse de six pendant un trajet de quarante-cinq minutes, qui arrête trois fois en chemin pour se vider la vessie sur le bord de la 55. Heureusement, son épouse compréhensive avait depuis longtemps pris le relai derrière le volant. Et ce même mononcle de cinquante ans en train de vomir sa vie à odeur de Labatt 50… à peine une heure après le début du réveillon des Fêtes… bel exemple pour la jeunesse. Des cousins ruinés à cause des dettes d’alcool et de drogues, qui ne voient tellement plus clair qu’ils ne voient plus d’espoir, sauf au bout d’une corde… Sans compter ceux qui ont perdu leur emploi et leur famille à cause de la divine bouteille!

Et le grand frère alcoolo avant même de finir son secondaire… jusqu’au jour où le téléphone sonne à huit heures du matin : « Euh… je suis à l’hôpital… Je comprends pas trop ce que je fais ici… le doc m’a dit que j’ai passé la nuit en camisole de force… Il paraît que j’ai calé un 40 onces en trois heures… Je me suis pété la gueule en tombant… Je suis devenu violent… Perdu la carte… Faudrait que m’man vienne me chercher… » Ç’a été la fin de l’abus d’alcool pour lui.

Mais pour d’autres, la dépendance à l’alcool est encore et toujours omniprésente. T’sais, quand en quatre décennies, tu as vu une personne une seule fois à jeun… ça donne une idée qu’elle n’a pas passé beaucoup de journées lucide. Ça donne une idée du nombre de « premières fois » de ses enfants dont elle ne se souvient pas parce que les vapeurs d’alcool étaient trop épaisses. Ça explique aussi pourquoi j’ai longtemps eu peur des effets de l’alcool dans ma vie.

Adolescente, à l’époque des premières rencontres avec la bouteille, mon œsophage se fermait automatiquement après une bière. Comme si j’avais un détecteur de surplus d’alcool intégré. Alors, au lieu de caller l’orignal comme plusieurs expérimentateurs, je flattais le dos de ceux qui se vidaient l’estomac dans le bol de toilette (ou ailleurs). Je téléphonais aux parents des jeunes qui avaient dépassé les bornes, et je lavais les cheveux gluants des filles avant que leurs parents arrivent. Et je ramassais les corps morts et les botchs de cigarettes au petit matin.

Adulte, j’ai eu quelques excès. Une bouteille de Caribou un soir de Carnaval… un enterrement de vie de fille sur la Grande-Allée… mais tout ça de façon plutôt contrôlée. Quand j’ai rencontré mon futur époux, notre première soirée s’est déroulée autour d’un (deux-trois) pichets. Mais rapidement, on a compris qu’on n’était pas dans la gang des alcoolos. On aimait prendre un petit verre en soupant, lui aimait goûter des bières et collectionner les verres qui vont avec, c’est à peu près ça.

Mais ça m’inquiétait tout de même. Chaque verre rempli, chaque verre vidé sonnait une alarme en moi. « Fais attention : alcoolique potentiel! » J’en avais tellement vu… J’en avais trop vu. Quand j’en parlais, ça créait quelques frictions. Il avait l’impression que j’exagérais, que je voyais des bibittes partout. « Voyons donc, je suis loin d’être alcoolo, relaxe un peu! » Mais l’alarme sonnait encore la fois d’après.

À force de vivre ensemble, de discuter, d’analyser ma peur et mon passé, on a compris. J’avais toutes les raisons du monde de craindre l’alcoolisme, mais j’étais tombée sur un gars qui n’avait pas ce problème. Il aimait le goût de l’alcool, il aimait prendre un verre entre amis ou en amoureux, mais pas à n’importe quelle heure, pas dans n’importe quelle occasion, pas au point d’être tout le temps guerlot. Il était bien ancré dans la réalité. Bien loin d’une dépendance.

Il a respecté ma limite, ma crainte. Il m’a écoutée. Il m’a expliqué. Avec douceur. J’ai pris le temps d’observer. D’analyser notre réalité sous l’angle du présent et non du passé. Et j’ai compris que l’alcool pouvait être synonyme de plaisir partagé, de plaisir momentané, de plaisir contrôlé. Je ne regrette pas d’avoir exprimé mes craintes, ça m’a permis de les soigner.

Ce que nos enfants voient, c’est notre relation saine à l’alcool. Ils savent que ça existe, ils savent que ça peut être bon et agréable, ils savent aussi (parce qu’on leur en a parlé) que ça peut faire déraper quelqu’un pendant une soirée ou une vie. Et à mon plus grand bonheur, ils trouvent que ça a l’air dégueulasse!

Faites le test! Mesurez votre niveau de dépendance

http://aa-quebec.org/AA_Quebec/Templates/index.htm

Alcooliques Anonymes Québec

http://aa-quebec.org/AA_Quebec/Templates/index.htm

Dépendances: alcool, drogues, jeu (Portail Santé Mieux-Être du gouvernement du Québec)

http://www.sante.gouv.qc.ca/problemes-de-sante/dependances/

 

Jeunesse J’écoute: Alcool et drogues

http://aa-quebec.org/AA_Quebec/Templates/index.htm

Nathalie Courcy

Pourquoi encore revenir sur les droits des femmes?

Ouin, pourquoi, hein? Pourquoi chaque année, doit-on revenir sur le

Ouin, pourquoi, hein? Pourquoi chaque année, doit-on revenir sur les droits des femmes, sur l’égalité des sexes, la lutte contre la violence faite aux filles et aux femmes? Depuis le temps, il me semble que le message a dû passer?…

Eh! Bien… non. Dans la loterie de la vie, j’ai tiré le bon numéro. Je suis née dans un pays qui traite les filles et les femmes à peu près de la même manière qu’il traite les garçons et les hommes. Bien sûr, on n’est pas tout le temps payées autant pour un travail équivalent; plusieurs petites filles grandissent avec l’idée que leur vagin leur interdit de viser les postes de pouvoir politique ou économique ou même les jobs « de gars ». Et pourtant, je connais des soudeuses passionnées, des mécaniciennes hyper compétentes, des opératrices de grue qui battraient n’importe quel opérateur dans n’importe quelle compétition professionnelle.

Mais tout de même, ici, dans notre coin du monde, on naît « égales » aux détenteurs de pénis. On peut jouer au ballon, aller à l’école, graduer de l’université ou apprendre un métier, faire du fric, devenir première ministre. On peut rester célibataire, se marier, divorcer; si on devient veuve, notre vie n’est pas finie et on n’est plus obligée de marier le frère de l’autre pour survivre. On EST, qu’on soit femme ou homme. Et je suis reconnaissante d’être née dans un pays et dans une famille qui prônent l’humanité avant tout, d’avoir rencontré des hommes qui ont pris soin de moi, qui m’ont traitée comme un être humain et non comme un punching bag.

Mais autour de moi, il y en a qui n’ont pas eu ma chance.

Des amies qui se sont fait battre par leur chum. Le couteau sur la gorge, la menace dans l’œil, le nouveau-né dans les bras. Elles ont dû se sauver de chez elle comme si c’était de leur faute. Elles ont dû se cacher comme si elles étaient les coupables. Elles ont dû payer pour pouvoir garder et protéger leurs enfants. Elles ont dû se reconstruire, comme si elles avaient donné le droit à leur ancien amoureux de les détruire à grands coups de mots et de claques.

La fille d’un ami qui a été tuée en 1989, parce qu’elle voulait devenir ingénieure. Et parce que le tueur en voulait à toutes celles qu’il pensait féministes. Il se trompait entre femme et féministe, entre droit de s’exprimer et droit de tuer.

Des amies à qui on a réussi à faire croire que la vie se déroulait en rose ou bleu, à qui on a coupé les ailes : « Tu veux apprendre à jouer au hockey? Ben non, c’est pour les gars. Toi, tu peux jouer à la ringuette. Ou à la Barbie. »; « Toi, ta place, c’est à la maison. Tu as voulu des enfants? C’est à toi de les élever. Pis ça te sert à rien d’essayer de me contacter, je pars pour la semaine. »

Des amies qui ont dû frencher ou se laisser pognasser pour monter les échelons. Dans un monde où la Journée internationale des femmes serait devenue inutile, on n’aurait pas besoin de se laisser toucher et de faire semblant de jouir pour obtenir une promotion. La compétence devrait suffire. Le salaire ne devrait pas être proportionnel au décolleté. La violence et l’abus ne devraient pas être tolérés, ne devraient pas exister. Les chromosomes XX qui nous font femmes, ne devraient pas être synonymes de XXX.

Des fillettes burkinabé qui ont été affamées et forcées de se promener nues pendant des jours devant tout le quartier parce qu’elles avaient volé quelques dollars. Et quand toi, la Blanche occidentale choquée par tant de cruauté, tu essaies de dire ton mot, on te répond de te la fermer. Toi, tu n’existes pas. Ta blancheur te donne le droit de parole si et seulement si tu es d’accord avec les hommes du clan. Et si tu acceptes de te faire vendre contre des dromadaires ou des chèvres.

Une jeune femme rencontrée en Égypte, qui devait cacher à son père que son futur époux était catholique, au risque de se voir interdire de se marier avec celui qu’elle aimait. Sans compter ces trop nombreux endroits dans le monde où les filles n’ont aucune chance de recevoir une éducation scolaire ou un diplôme, où le clitoris des filles se fait charcuter et où le droit de vote est assassiné avant même d’avoir existé. On considère les femmes comme amputées de cerveau et de volonté, simplement du fait qu’elles sont nées avec deux chromosomes X.

Alors, en ce 8 mars, je choisis de rappeler à mes filles qu’elles ont les mêmes droits que les garçons, qu’elles ont le devoir de se respecter (et de respecter les autres), qu’elles ont une histoire à honorer et un avenir à faire briller. En ce 8 mars, je choisis de rappeler à mes garçons que les filles ont les mêmes droits qu’eux, qu’ils ont le devoir de les respecter (et de se faire respecter), qu’ils ont une histoire à connaître et à changer.

En ce 8 mars, je suis fille, femme, sœur, épouse, mère, tante, cousine, amie, marraine, entrepreneure, auteure, fonctionnaire, rêveuse, fière… Je SUIS.

Nathalie Courcy

Nous n’avions pas la même définition du mot amour

Recroquevillée sur moi-même, à laisser couler les larmes sur mes joues, je me vois encore en trai

Recroquevillée sur moi-même, à laisser couler les larmes sur mes joues, je me vois encore en train de mourir à petit feu. Quinze années   se sont écoulées depuis ma première histoire d’amour d’horreur.

J’avais tout juste 15 ans, j’étais une adolescente d’une bonne famille; je performais à l’école, j’avais un réseau social très fort. C’est alors que j’ai fait la rencontre d’un jeune homme de 21 ans, charmant, attentionné, respectueux. Du moins, c’est ce qu’il m’a fait croire.

Je l’aimais, c’était mon premier amour. J’étais prête à tout pour lui, je voulais cheminer avec lui. Les papillons dans mon ventre m’assuraient qu’il était mon grand amour, le vrai. J’y croyais.

 

“J’ai vite compris que lui et moi, n’avions pas la même définition du mot amour.”

 

Pourquoi disait-il m’aimer si c’était pour me blesser constamment ? Me blesser… Oui. Mais pas juste avec ses poings, pas juste avec ses pieds et pas juste avec des couteaux. Non. Me blesser avec les mots.

Onze ans plus tard, malgré mes cicatrices, c’est ma tête qui a encore mal. C’est avec elle que je dois dealer jour après jour pour vaincre mon anxiété, ma peur constante de tout. Ma peur de la mort principalement.

 

“Je vais te faire souffrir, petite pute.”

 

À tous les soirs lorsque je me couche, j’ai encore les images de la petite fille de 16 ans ligotée sur la voie ferrée. Je sens encore mon corps trembler, mon cœur battre à tout rompre et pensant vraiment être arrivée au chemin de non-retour. Je vois mes parents pleurer ma mort. Je te revois, toi et ton visage de satisfaction, me fixer droit dans mes yeux gorgés d’eau et de peur. Tes mots résonnent dans ma tête telles les cloches d’une église : « Je vais te faire souffrir, petite pute. » Puis j’entends le son du train qui approche. Je n’ai d’autres solutions que de fermer mes yeux et attendre. La bouche masquée d’un ruban, je ne peux crier.

Je ne sais pas si c’est la peur qui t’a gagné cette journée-là ou si c’est la raison, mais tu m’as détachée. J’ai eu peine à me tenir sur mes deux jambes pour regagner la voiture; j’étais complètement épuisée. Cette scène-là, elle me suit jour après jour. Une plaie comme ça, ça ne se referme pas aussi vite qu’une plaie physique.

Pourtant, j’en ai eu des plaies. J’en avais les bras remplis. Les jambes aussi. Tu te souviens ? Tu prenais un malin plaisir à aiguiser tes couteaux de chef en me fixant dans les yeux. J’en ai tellement esquivé des esties de couteaux pendant quatre ans. J’étais ton jeu humain de fléchettes. Heureusement pour moi, tu n’as jamais pogné le bull’s eye.

Quand j’essayais de partir, tu me retenais en me disant que t’allais changer. Puis moi bien, je te croyais. Je restais. J’y croyais parce que tu étais capable d’être si gentil, si doux… Mais ça, c’est quand que tu le voulais.

Des coups de poings, des coups de pieds, des couteaux plantés sur le bord de ma gorge, des menaces de mort, des abus sexuels… c’est tout ce que j’ai connu. En plus d’avoir perdu la majorité de mes amies qui voyaient bien que quelque chose ne tournait pas rond, je me suis isolée de ma famille. J’étais seule dans un appartement avec un gars instable, dans une autre ville, loin de tout. J’étais rendue à 17 ans. Je n’avais plus aucun repère. Je me sentais sale. Même si je partais, personne ne voudrait de moi. J’étais si affreuse, si maigre, si peu importante aux yeux de tous. En fait, c’était la vision que tu avais de moi et que tu réussissais à me faire croire.

Quand un petit être s’est installé dans mon ventre, tout s’est amplifié. Évidemment, ce bébé n’était pas planifié; je prenais religieusement ma pilule. J’étais dans une relation toxique, instable et dangereuse autant pour moi que pour le bébé.

 

“Je me sentais prête, enfin.”

 

Étrangement, je m’étais attachée très rapidement à cet enfant. Nous étions deux maintenant. C’était la meilleure raison pour moi de te quitter, de retourner dans ma ville près de mes proches et commencer une nouvelle vie avec un nouvel humain. Je me sentais prête, enfin. J’imagine que tu le sentais que je me détachais, je voyais à mon tour la peur dans tes yeux. Puis, tu as pris rendez-vous dans un hôpital d’une autre région, pour céduler mon avortement.

C’est à reculons que je me suis présentée au rendez-vous. J’étais accompagné de ma mère, avec qui j’avais repris contact à l’annonce de ma grossesse. Tu n’as même pas eu les couilles de m’accompagner. Dans ma tête, je comptais garder le bébé suite à l’échographie dating. Finalement, la drogue que tu as mise dans mes verres pour me rendre malade à ne plus en finir, et ce en espérant que j’élimine le bébé naturellement, aura eu son effet. Ça et tous les coups, tous les objets que mon ventre a rencontrés en si peu de temps. Mon bébé était mort. Rien ne bougeait dans mon ventre, il n’y avait plus aucune vie. C’était de ta faute. Tu as tué mon bébé. Tu m’as tué en même temps. Je n’avais plus aucun espoir et tout s’est effondré autour de moi.

Suite à ces évènements, je suis retournée chercher mes effets personnels à l’appartement. Tu pleurais, je m’en souviens comme si c’était hier. Tu voulais que je revienne. Tu m’as même promis de me faire un bébé, que tu regrettais l’avortement. Je n’ai pas cédé. J’ai pacté mon linge et j’ai voulu franchir la porte. Un pas de trop… Encore. Tu t’es mis à me frapper au visage, tirer sur mon linge… pendant plusieurs longues minutes. Tu as réussi à me violer pour la dernière fois, même si je me suis débattue tout le long.

Je te détestais. Je voulais juste partir. Aurais-tu pu s’il-vous plait, juste me laisser PARTIR ? Jamais, j’ai fait allusion à te dénoncer, je voulais juste faire ça tranquille pour une fois. Puis comme tu voulais avoir le contrôle pour une dernière fois, tu m’as fait sortir. Je n’ai même pas touché à une marche du deuxième étage au rez-de-chaussée. Tu m’as jetée comme on lance un vilain sac de poubelle. Côtes fracturées, contusions multiples, coupures multiples et traumatisme crânien. Même le médecin n’y allait pas de main morte pour te nommer de tous les noms. Ça aura été long et pénible, mais je m’en suis sortie.

Aujourd’hui, je m’aime. J’ai un conjoint plus que compréhensif qui m’aime, mes enfants m’aiment et j’ai une famille extraordinaire. Je vis dans un cocon rempli d’amour, le vrai. Je vis dans un climat de tendresse, d’acceptation, de joie. Je travaille fort sur moi-même à chasser des démons, mais j’accepte de demander de l’aide. Je me suis choisie. Je me respecte. C’est possible de s’en sortir, même lorsqu’on n’y croit plus.

 

À toi mon enfant,

Merci.

Merci de m’avoir choisie. Merci de m’avoir sauvé la vie. Merci d’avoir compris que cette vie n’était pas saine, ni pour toi ni pour moi. Merci d’être mon ange depuis onze ans maintenant et de me protéger.

Je t’aime,

Maman