Tag inquiétudes

Ton p’tit homme

Tu as connu des moments dans ta vie qui t’ont parfois amenée aux

Tu as connu des moments dans ta vie qui t’ont parfois amenée aux portes du désespoir, tu t’es sentie détruite. Tu as connu des enfers qui t’appartiennent. Ceux qui ne seront jamais miens. Mais c’est ton histoire, beauté. Celle qui fait que tu es toi. Cette jeune femme pleine de ressources et qui les ignore parfois. Mais tu es forte, même dans tes faiblesses. Car vois-tu, ma belle ? Lorsque tu te sens défaillir, tu demandes de l’aide et ÇA, c’est une victoire, c’est une immense force que tu as.

Ton p’tit homme te manque et avec raison ! Mais il te reviendra. Tu fais tout pour ça. Sois confiante et crois en toi. En vous. Tu m’as dit : « Dieu donne ses plus durs combats à ses meilleurs soldats ». Je le crois aussi. Aussi ésotérique que cela puisse paraître, je crois qu’il n’arrive jamais rien pour rien.

Tu es une soldate de la vie dans tes combats, dans tes réussites. Alors, relève la tête encore une fois. Le coup est dur à prendre, ils le sont tous. Mais tu es CAPABLE. Je crois en toi et je ne suis pas la seule. Tu sortiras de ce combat de titans plus forte, plus solide que jamais !

Ton p’tit homme t’attend. Il te questionne souvent et tu te sens démunie. Mais dis‑lui combien tu l’aimes, dis‑lui d’être patient. Du haut de son jeune âge, il comprend bien plus qu’il n’y paraît. Il a surtout besoin de voir que toi, tu y crois, que tu te bats pour lui, pour toi, pour vous tous. Tu as la meilleure arme qui soit : tu l’as !

L’amour de ton p’tit homme est acquis, il est indéniable et filial. Il t’aime pour ce que tu es dans ses yeux d’innocence. Il voit sa super maman comme elle est : une auréole d’amour pur.

Beaucoup de femmes vivent des combats, des hommes aussi. Les parents se battent chaque jour selon leurs démons. Ce qui fait qu’ils gagnent et que cet amour sera toujours.

À toi, à vous tous et toutes qui me lisez, ayez confiance en vous. Nos enfants n’ont pas de réelles grandes demandes, ils veulent que leurs parents soient heureux et disponibles. Nous forgeons les adultes de demain et c’est dans nos adversités que nous leur démontrons comment faire face à leurs futurs combats.

La vie est dure, certes, mais elle est belle.

Elle est remplie de petits riens, de grands touts qui expliquent si bien sa raison d’être. Nous n’en avons qu’une, alors protégeons‑la et vivons !

Ton p’tit homme sera un jour un grand homme, élevé par des parents qui auront tout fait pour cela. Il changera le monde à sa façon en appliquant les préceptes et les valeurs que vous lui offrez aujourd’hui et ceux qui viendront demain.

Continuez le combat qui est le vôtre en gardant toujours la tête haute. Vous avez failli le temps d’une minute ? Qu’à cela ne tienne, vous gagnerez la lutte.

Ton p’tit homme, il va revenir. Plus heureux que jamais malgré ses sautes d’humeur et ses moments réactifs qui t’inquiètent parfois. C’est son âge aussi qui s’affirme, ne crains pas. Il t’aime et c’est tout ce qui compte.

Simplement Ghislaine

Légalisation

Le 17 octobre 2018, partout dans le Canada, le cannabis a été l

Le 17 octobre 2018, partout dans le Canada, le cannabis a été légalisé.

Comment vous sentez-vous avec ça en tant que parents ? Comment en parlez-vous avec vos enfants ? Trouvez-vous que vous avez accès à assez d’informations pour être capable de suivre ce qui se passe autour de cette légalisation ? Savez-vous ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas ? Seriez-vous capable de reconnaître un produit acheté légalement d’un produit illégal ?

Qu’en pensent vos adolescents ?

Avez-vous peur ?

Pourquoi tant de questions ? Parce que j’estime que nous avons eu un manque d’informations total de la part de notre gouvernement.

Ce serait plus facile, en tant que parent, de ne pas en parler, parce que je ne connais pas tant le sujet ! Ai-je déjà consommé ? Oui ! Ai-je aimé ça ? Oui ! Pourquoi je ne consomme plus depuis de très longues années ? Parce que c’était illégal ! Vais-je consommer maintenant que c’est légalisé ? Je ne sais pas ! Mes enfants ont-ils l’intention de consommer ? Oui !

Alors je me suis mise à fouiller, à essayer de commander en ligne, à m’informer sur les différents produits distribués et sur leurs différents effets. Je me suis sentie aussi perdue que si je devais choisir un bon vin, pour accompagner un plat précis. Je n’y connais rien ! Tout est dit sans être vraiment développé. Comme parent, je me sens ignorante et abandonnée !

Nous avons reçu un courriel de l’école des enfants, quelques lignes explicatives sur les effets du cannabis et l’interdiction de sa consommation avant 18 ans. C’est tout. Débrouillez-vous avec ça…

On dirait que c’est arrivé trop vite et pourtant, nous le savions que le 17 octobre, ce serait là. Pourquoi ne nous sommes-nous pas préparés ? Pourquoi le gouvernement nous a‑t‑il parachuté ça sans nous éduquer ?

Dans ma ville, où puis-je consommer ? Est-ce clair ? Où trouver l’information ? J’ai tant de questions… Pourquoi à Montréal, je peux fumer du cannabis dans la rue tranquillement et légalement, mais je ne peux pas déguster une bière, au risque d’avoir de sérieux problèmes et une amende salée ? Elle est où, la logique ?

Je me sens dépassée.

Alors, que répondre aux dizaines de questions de mes adolescents ? Comment vais‑je réagir quand ils vont consommer ? Comment dois‑je réagir ? Je tolère bien qu’ils consomment de l’alcool… c’est culturel, vous allez me dire… mais concernant le cannabis, la culture a‑t‑elle changé sans que je m’en aperçoive ? Maintenant, au lieu de prendre l’apéro autour d’une table, on prendra de la marijuana ? Quand on ira à un party, on apportera nos fleurs séchées et notre vin ?

Le gouvernement a‑t‑il besoin que nous consommions pour recevoir plus d’argent ? Cet argent va‑t‑il être réinvesti dans l’information et la prévention ?

Qu’en pensez-vous, parents ? Comment gérez-vous ça avec vos enfants ?

Gwendoline Duchaine

 

La vie change quand on a des enfants.

Le jour où on a des enfants, notre vie change. Attention ! Je ne

Le jour où on a des enfants, notre vie change. Attention ! Je ne parle pas ici du cliché des nouveaux parents qui voient leur vie basculer. Non, non. Je vous parle de notre vision des petites choses et des petits bobos qui prend une toute nouvelle tournure !

Avant d’avoir des enfants, tu pensais que tu connaissais bien la fatigue. Pfff ! Tu en avais passé, des nuits blanches à jaser, chanter, danser et boire. C’est ça, la fatigue, non ? Non. Les enfants, eux, connaissent une méthode de torture qui te garde éveillée des jours, des semaines et des mois durant. Sans aucun répit. Je te jure, ils ont mis des détecteurs de mouvements sur ton oreiller, et si tu y poses la tête, ils se remettent à hurler ! Alors tu as aussi développé des réflexes pour t’adapter, pour survivre. Comme boire trois cafés le matin, froids bien sûr. Comme profiter de la sieste pour t’étendre. Ha, quelle bonne blague ! Il ne fera pas de sieste finalement aujourd’hui… #cestluileboss

Avant d’avoir des enfants, tu allais voir une partie de football pour encourager ton ami ou ton cousin, simplement. Si un joueur se blessait, tu envisageais les répercussions sur la possible victoire. Maintenant que tu as des enfants, oublie ça. Tu vas passer plus de temps à regarder les parents des joueurs dans les estrades que la partie elle-même. Parce que maintenant, quand tu vois un papa avec les yeux remplis de fierté, tu ressens une boule infinie de joie dans l’estomac. Si un joueur se blesse, tu tournes immédiatement ton regard vers sa maman… et tu penses à ce que tu vivrais si ton propre enfant se blessait… et là le cœur t’arrête. Une vraie dinde. Parce que ce n’est même pas vraiment ton enfant. Mais tu ne peux pas t’empêcher d’angoisser quand même.

Avant d’avoir des enfants, tu embrassais tout le monde à Noël sans te soucier d’attraper un vulgaire microbe. Au pire, tu « callais malade » pour écouter des films dans ton lit pendant deux jours. Maintenant que tu as des enfants, tu visites les foules avec un œil de Colombo pour éviter de toucher à quelqu’un de contaminé. Et si par malheur, quelqu’un te dit qu’il a la G.A.S.T.R.O., tu cours. Vite. Parce que tu le sais, astheure, que la gastro, tout le monde va y passer. Pas en même temps-là, nenon, ça serait trop facile ! Pis en plus, tu as développé des réflexes vraiment étranges, comme mettre tes propres mains devant la bouche de ton enfant pour attraper un projectile de vomi. Tu ne faisais pas ça, avant !

Avant d’avoir des enfants, tu voyageais, tu courais les manèges les plus rapides et les plus hauts et tu cherchais les nouvelles sensations fortes. Maintenant que tu es maman, même plus besoin de sortir de la maison pour ressentir de l’adrénaline ! Prises de courant, escaliers, divans, couteaux, p’tit bout de sac de lait, raisin pas coupé… ça n’en prend pas plus à la portée de ton petit pour que ton cœur ne cesse de battre une minute !

Faque oui, maintenant que tu as des enfants, ta vision des petites choses a changé. Tu fuis les microbes, tu dors moins, tu paniques plus et surtout, tu te remets constamment en question… Mais tu as aussi appris ce que c’est que d’aimer pour vrai. Aimer à en avoir mal dans la poitrine. Aimer à vouloir croquer un petit humain beaucoup trop fort. Et quand bébé va (enfin) te permettre de dormir, tu vas préférer passer ce temps à le regarder dormir paisiblement en lui promettant que tu es là pour le protéger. Quoiqu’il advienne. Tu te répéteras que tu as créé un petit humain qui vivra de grandes choses.

Et quand tu vis ça, tu sais que ta vie a changé. Mais pour le mieux.

Joanie Fournier

Ta deuxième vie débuta un 1er juillet

À toi qui rêves de liberté. Qui aspires à te propulser dans le v

À toi qui rêves de liberté. Qui aspires à te propulser dans le vaste monde des adultes à la vitesse grand V. Toi qui crois en toi et en ta vie.

Nous y voici. À ce grand jour dont tu trépignais tellement d’envie et où nous nous questionnions à savoir si nous avions failli à notre tâche à un certain moment donné… Si nous avions omis de t’inculquer des choses qui te seront importantes pour affronter seule les aléas de la vie, de TA propre vie.

Le jour où la fille de mon conjoint nous a annoncé qu’elle avait déniché LE coin de paradis pour aller compléter ses études, j’ai versé des larmes. Une fois de plus. Comme quatorze ans auparavant lors de son entrée en maternelle. Ma voix s’est éteinte au bout du fil et je marmonnais sans cesse des « Je suis contente pour toi ! Tu sembles si heureuse ! ». Mes balbutiements m’empêchaient en fait de sombrer dans les questions existentielles.

Elle a grandi. Je sais qu’elle a su lire à travers ma voix éteinte toutes mes inquiétudes. Mais elle n’a pas l’expérience de pouvoir les comprendre. Puis, à son arrivée à la maison, elle nous a déroulé sous le nez son billet pour sa liberté… Ce bail avec ces milles signatures et initiales, ses annexes et alinéas. Plus les pages tournaient, plus notre cœur battait la chamade… Et si nous avions omis de lui enseigner quelques choses d’ultra important !?

Puis, pendant les semaines qui nous séparaient du jour J, on s’était fait des plans afin de lui permettre de vivre ses nouvelles responsabilités. De petites suggestions ici et là qui, dites autrefois, n’auraient pas eu le même impact. Lui permettre de devenir l’adulte qu’elle voulait devenir avant son grand départ. On acceptait un tant soit peu qu’elle en soit rendue là… et que c’est grâce à nous tous qui avions gravité autour d’elle qu’elle s’y était si bien rendue.

Le contexte de son départ ne se fait pas dans la cohue ou dans la discorde, mais plutôt dans son affirmation de jeune adulte qui clame haut et fort : « Faites-moi confiance ! »

Depuis qu’elle a l’âge de marcher que son papa et sa maman choisissent ce qui est le mieux pour elle. Lors de leur séparation, leurs choix ont toujours été faits dans l’intérêt de leur enfant. Qu’elle obtienne les meilleures chances afin de se développer et de vivre de belles occasions.

Un peu à la manière de la maman canne, nous lui permettons de déployer vigoureusement ses ailes en tentant de garder pour nous-mêmes nos inquiétudes afin de ne pas les lui transmettre. L’important réside dans le fait qu’elle sache que peu importe ce qui va se passer, nous serons là pour l’accompagner. Il y a toutefois une large marge entre « la sauver de toutes les situations qu’elle rencontrera en faisant tout et en payant tout à sa place », et l’accompagner dans la quête de ses responsabilités.

Le rôle de parent consiste en gros à s’assurer d’offrir à l’enfant un brin d’estime de soi, à lui permettre d’acquérir l’autonomie et le sens des responsabilités nécessaires une fois rendu à l’âge adulte. À cela s’ajoute l’équilibre émotionnel et un niveau de développement social, tout en assurant les besoins de base. C’est tout un contrat ! Le bail d’une vie qui nous appartient jusqu’au jour où nos enfants veulent s’émanciper, se libérer de nous, de notre autorité.

Mais il n’y a rien de plus beau que de voir un enfant déployer ses ailes et foncer tête première dans sa plus belle aventure : devenir responsable. Chaque réussite lui appartient à part entière. À chaque embûche rencontrée, nous serons là pour la soutenir et l’épauler. Mais nous ne ferons rien à sa place.

Lorsque ce jour est arrivé, je me suis sentie comme la première fois où je l’avais laissée seule dans l’immense cour de récréation avec pour seule référence sa nouvelle enseignante rencontrée cinq grosses minutes auparavant. Seule avec son immense sac à dos pour la protéger de tout, de tous et pour s’y lover. Elle tenait fermement les bretelles de son sac comme elle avait tenu ma main lorsque nous avions franchi la clôture d’accès à la cour quelques minutes avant. Mes yeux remplis de larmes et le cœur en miettes, mais remplis de fierté, je la laissais plantée là, en l’observant au loin.

Puis, la même émotion de séparation m’est revenue deux autres fois, à trois ans d’intervalles. J’ai toujours eu le même cœur serré et les mêmes yeux dans l’eau. J’ai pleuré de la voir si grande, pleuré d’être incertaine de mes tâches de maman que j’avais accomplies, pleuré pour tout et pour rien. Chacune des larmes laissaient couler une émotion différente. Mais les retours étaient tellement agréables. Tellement remplis de joies. Je passais du vide en moi et je me sentais à nouveau remplie par cette présence.

La semaine dernière, nous étions tous là pour déménager sa petite vie emballée dans des boîtes de carton. Nous étions tous là, pour souligner cette étape. J’ai eu du mal, une fois de plus, à la laisser plantée là, seule… au cas où elle aurait encore besoin de nous. Mais son amoureux était là. Ses colocataires seront là. Et nous resterons là, à l’attendre pour qu’elle nous raconte sa vie. Sa vie où nous resterons, quelque part.

Et cette étape se répètera. Deux fois encore où je revivrai la même sensation de vide en moi. Où il y aura les mêmes incertitudes, les mêmes inquiétudes. Mais aussi la même immense satisfaction du devoir accompli. Et les retrouvailles de toute ma famille qui se réunira le plus souvent possible autour de la table pour que chacun me raconte sa vie. Des retrouvailles qui me feront oublier ces étapes d’affranchissement.

Bonne chance ! La vie te sera belle !

Et si… si jamais il y a des si… sache que notre porte te sera toujours ouverte.

Mylène Groleau

Fuir ou frapper : pas les seules options

Mes filles arrivent à l’âge où j’ai fait subir à ma mère l

Mes filles arrivent à l’âge où j’ai fait subir à ma mère l’inquiétude aiguë de ne pas savoir où j’étais, mais de savoir que j’allais mal. En deuxième année du secondaire, je me suis sauvée deux fois de l’école privée. J’ai fugué. Pas longtemps, pas loin, mais assez pour semer la panique. Et je ne voudrais tellement pas que mes enfants fassent la même chose! (Je m’excuse encore, maman…)

La Nathalie de l’époque était malheureuse. Elle avait le goût de mourir. Elle avait des amis, elle réussissait très bien à l’école, elle avait des buts dans la vie (gagner les compétitions de fanfare avec les cadets, gagner le concours de dessins et la dictée annuelle), elle avait un toit pour se couvrir et une famille aimante. Tout pour être heureuse et bien dans sa peau, mais apparemment, quelque chose manquait.

Il manquait un père, qui me manquait terriblement depuis son décès cinq ans plus tôt. Le deuil s’étirait, et l’expression du deuil n’était pas toujours bien accueillie. À l’âge où je vivais mon trip d’Œdipe, lui apprenait qu’il avait un cancer incurable. Alors à l’âge où j’aurais eu besoin de mon papa policier pour me policer et m’aimer, il me manquait. Un manque dans le sens de sevrage. Avec des souffrances et des séquelles.

Je ne manquais pas de confiance en moi, je connaissais mes forces et j’étais capable de répliquer aux terreurs de cinquième secondaire qui essayaient de terroriser la classe de petites bollées que nous étions. Mais derrière l’ado frondeuse que j’étais, derrière la mi-rebelle, mi-nerd, il y avait une fillette terrorisée, jammée à l’âge où son papa était parti et où elle subissait des abus de la part de jeunes garçons en rut. Pas facile de se définir comme jeune fille, quand nos repères masculins sont aussi biaisés.

Et puis, j’avais deux frères, eux aussi premiers de classes et rebelles à leurs heures. Ils étaient passés maîtres dans l’expérimentation des mauvais coups de la vie. Alcool, drogues, découchages, tests d’explosifs, violence… Je me rappelle avoir eu cette conversation avec moi-même : « Tu dois faire quelque chose qu’eux, ils n’ont pas fait. » Ils n’avaient jamais fugué, alors c’est ce que j’ai fait. Probablement par manque d’attention, aussi pour exprimer un mal-être.

Quand on habite dans un petit village de campagne perdu entre Montréal et Québec, le choix des destinations est limité. La première fois, j’avais planifié l’expédition. J’avais apporté un deuxième manteau pour éviter d’être repérée grâce à mon manteau rose bonbon. J’avais calculé le temps que je devais niaiser à ma case pour que les autres élèves partent à leur cours avant moi. J’avais choisi la journée où notre première période avait lieu dans un autre pavillon. Ça me donnait une raison pour sortir de l’école. Il ne me restait qu’à passer par un chemin où je ne serais aperçue par personne et ce serait tiguidou.

J’ai marché, marché, marché. Et encore marché. Le long de la rivière gelée en contemplant l’idée très attirante de me pitcher dedans. Deux visions m’en ont empêchée : la panique que je ressentirais avant que mon corps s’endorme, et l’impact que ce suicide aurait sur les compétitions de fanfare. Je ne voulais pas, bien sûr, que ma famille et mes amis aient de la peine, mais au bout du compte, c’est bel et bien mon appartenance aux cadets qui m’a retenue sur la rive.

J’ai marché dans le froid hivernal jusqu’à une forêt. Et là, je me suis couchée en boule sous une chaloupe qui y avait échoué. Comme moi. Je ne sais pas combien de temps j’y suis restée, mais je sais que j’ai marché dans le sens inverse tout l’après-midi. À 3 h 45, je montais dans l’autobus jaune comme si de rien n’était. Pendant que moi, j’étais dans ma tête, en plein débat sur ma volonté d’en finir, de continuer à marcher ou de revenir, ma mère, mes profs, la direction de l’école étaient en mode panique : où est Nathalie?

Il n’y a pas vraiment eu de conséquences, peu de discussions à la suite de cette fugue. J’ai perdu des points de bon comportement à l’école parce que je m’étais absentée sans permission. Dossier clos.

La deuxième fois, ce n’était pas prévu. Mais bien sûr, comme rien n’avait été réglé, la répétition était prévisible. Je ne me souviens même plus de ce qui a déclenché mon départ, mais je suis partie de l’école encore une fois. Et j’y suis revenue quelques heures plus tard. Le soir, ma prof titulaire m’a téléphoné, inquiète. Elle a été très présente toute l’année et son écoute m’a soulagée d’une grande tristesse. Plusieurs années plus tard, je l’ai croisée par hasard et j’ai pu la remercier. Mais maintenant qu’elle est décédée, je reste avec le regret de ne pas l’avoir remerciée assez.

Le lendemain de ma fuite, la directrice générale a demandé à me rencontrer dans le corridor : « Nathalie, normalement, on devrait te mettre à la porte du collège. Tu as perdu tous tes points à cause de tes absences non autorisées et aussi parce qu’il t’arrive d’insulter des profs (vous savez, ceux qui m’appelaient “Poison” ou “Microbe” parce que je parlais trop et que je dessinais en classe…). Mais tu es une de nos meilleures élèves. J’ai l’impression que c’est juste une mauvaise passe. Acceptes-tu de rester avec nous? »

J’ai eu un samedi de retenue (pendant lequel j’ai pratiqué mes pièces au cor français en vue des compétitions, et aussi mangé du sucre à la crème préparé par la surveillante) et j’ai dû promettre de ne plus m’enfuir. Promesse tenue, je ne suis plus partie de l’école ni de la maison.

Quand on pense aux « si » (si ç’avait été dans une grande ville, si je n’étais pas revenue la journée même, si j’avais sauté dans la rivière, si quelqu’un m’avait embarquée, si la police avait été lancée à mes trousses, si j’avais reçu plus d’aide dès la première fois, si j’avais été mise à la porte du collège, si, si, si…), on angoisse facilement. Dans mon cas, ces « si » ne se sont pas produits. J’ai été chanceuse et j’ai aussi fait ma chance en revenant chez moi, en acceptant le compromis avec l’école et en apprenant de cette leçon.

Et maintenant que c’est à mon tour d’être maman d’ados, j’espère que je ne serai jamais confrontée aux « si » d’une fugue. J’essaie d’être à l’écoute des signes et d’enseigner à mes enfants d’autres options afin que fuir et frapper ne leur apparaissent pas comme des solutions. On verra si ce sera suffisant.

Nathalie Courcy

Le bonheur éphémère

Au moins une fois par jour, j’embrasse mes enfants sur le front, e

Au moins une fois par jour, j’embrasse mes enfants sur le front, en me disant que tout va beaucoup trop vite. Parfois, j’ai même peur qu’un malheur frappe et que mon précieux bonheur me soit cruellement arraché. Vous savez lorsque vous êtes comblé, que tout va pour le mieux et que soudainement vous vous dites : « C’est trop beau pour durer, quelque chose va certainement arriver…»

 

Je ne suis pas pessimiste de nature, au contraire, je vois toujours le positif de chaque situation, de chaque personne. Mais lorsqu’il est question de mes enfants, malheureusement, c’est tout le contraire.

Vous savez lorsque votre enfant est malade, qu’il tousse la nuit et que vous vous retenez d’aller mettre votre grosse face de maman inquiète (ou de papa inquiet) au-dessus de la bassinette ? Juste pour voir si tout va bien. Et voilà qu’une idée tel un éclair vous traverse la boîte crânienne… Et si votre précieuse progéniture ne se réveillait pas? Et du revers de la main vous balayez cette macabre pensée de peur qu’elle n’arrive pour de vrai.

Est-il possible de trop aimer ses enfants? Parce que sous toute logique, si je les aimais moins, je ne serais pas aussi craintive face à leur destin! Faudrait sérieusement penser à inventer une «Switch à off» pour tous les « Et si… ? » Et s’il ne revenait pas à la maison? Et s’il tombait du gros module de jeux? Et si j’avais un accident d’auto? Et si… Et si… Et si… ????

Une Switch à off s’il-vous-plaît!!! Je parais anxieuse, mais en réalité, je ne le suis pas. Sauf encore une fois, s’il s’agit de mes enfants. Mais pourquoi? Pourquoi je n’arrive pas à faire confiance à la vie comme je l’ai fait pour la mienne? Je m’en sors très bien! Bon ok, j’ai été égratignée, je dirais même écorchée en cours de route, mais résultat : je me suis relevée et je suis plus forte que jamais.

Le problème est exactement dans ces dernières lignes. Quelque chose arriverait à mes enfants que je ne serais pas capable de me relever. Je serais vide, détruite, anéantie.

Moi qui n’étais même pas sûr de vouloir des enfants, me voilà transformée en vraie maman poule! Je couve mes petits poulets avec une telle passion qu’ils se transformeront peut-être en œuf brouillé!

Mais vous savez quoi? Même si j’ai souvent envie de dire “non” à leur demande, je réponds “oui”. Parce que je les aime trop pour les étouffer. Parce que je pense à leur bien-être avant le mien. Ce sont les combats silencieux d’une mère aimante.

 

Nos jeunes enfants, notre santé, notre jeunesse, tout est éphémère! Alors, profitons-en comme si c’était toujours la dernière fois. Parce que viendra le jour où vous pourrez vous dire : j’en ai profité au maximum et j’ai fait de mon mieux! Tout simplement. Sans vous dire : « Et si… »

 

 

Ce matin-là

Il est tôt. Le soleil emplit la chambre et j’y suis bien. Mes bra

Il est tôt. Le soleil emplit la chambre et j’y suis bien. Mes bras entourent mon amoureux et je me réveille doucement. Une autre belle journée de printemps qui s’annonce. Jusqu’à ce que j’entende quelque chose. Mon amoureux, dos à moi, vient de parler. Je ne comprends pas bien ce qu’il dit. Je saute par-dessus lui et à deux pouces de son nez lui dis :

-Tu as dit quoi ?

Nouveau grommellement de sa part. Je ris. Des fois mon chum est trop con.

– Je ne sens plus ma jambe Isabelle.

Je ne ris plus. Qu’est ce qu’il raconte le chum ce matin.

-De quoi tu ne sens plus ta jambe ?

-Je ne sens plus mon côté gauche Isabelle.

J’ai de la difficulté à l’entendre, à comprendre. Le mode “panique” embarque. Sa voix est faible, à peine audible. Ses mots manquent de clarté. Ses yeux ne brillent pas. Il ne va pas bien. Ce ne sera pas une belle journée de printemps.

Il y a soudain urgence d’agir, de déplacer l’air rapidement et d’arrêter le temps contre je ne sais pas quoi. Être dans l’action m’a toujours donné le sentiment illusoire de reprendre le contrôle. Je l’ai mis sur mon dos, l’ai aidé à se déplacer jusqu’à l’entrée de la maison, j’ai mis la voiture dans la plate bande d’en avant et j’ai foncé jusqu’à l’hôpital.

Et là, encore le film. Les agents de sécurité, la civière, les médecins et les infirmières qui s’affolent. J’ai l’impression d’être dans le jour de la marmotte. On me dit de laisser passer, de les suivre, d’attendre. Et c’est ce que je fais n’ayant pas d’autres choix. J’attends. Le temps, ça n’avance pas pour vrai des fois.

Accident vasculaire cérébral (AVC). « Heureusement, vous êtes arrivés à temps » qu’ils me disent. J’entends à peine leurs mots, leurs phrases qui ne font aucun sens pour moi. Je me sens sous l’eau et eux me parlent de la surface de la Terre ou d’ailleurs. Rush d’adrénaline, je suppose. Je cherche du regard mon amoureux, mon chum, mon ami. Je le retrouve; il est conscient, branché de partout. Je me glisse contre lui et je lui prends la main. Pour cette fois-ci; on est sauvés.

Il en fera deux autres dans les mois qui suivront. Deux autres AVC. Mes cheveux blanchiront, je n’aurai plus faim et je serai aux aguets nuit et jour. J’aurai tout lu ce qui fait peur sur le web et j’aurai peur longtemps que quelque chose de bien plus grand que moi m’enlève celui que j’aime. Je recommencerai même à prier. Il détestera que je m’inquiète tant. Il me dira : « profitons de la journée d’aujourd’hui et qu’importe ce qui arrive, sois heureuse Isabelle ».

Heu non champion. Pas « peu importe ce qui arrive, sois heureuse ». Parce que je t’aime. Parce que j’ai besoin de toi, parce que j’ai des rêves à accomplir avec toi et des projets pleins la tête et le cœur. Parce que quarante ans, c’est bien trop jeune pour mourir. Parce que c’est toujours trop jeune de toute façon. Parce que je te veux là, avec moi de manière bien égoïste. Parce qu’il y aura un autre printemps à vivre tous les deux.

 

 

 

 

 

 

 

Mamie, il est brun comme moi

<img class="size-medium wp-image-5380 alignleft" src="http://www.maf

malikmfmcJamais, depuis sa naissance, mon petit-fils Malik n’avait fait allusion à sa couleur de peau! De l’union de son papa haïtien né au Québec et de sa maman québécoise (ma fille, Alice) sont nés trois superbes petits-enfants. Tous avec une couleur de peau laissant présager un couple mixte.

 

PAPA est noir, MAMAN est jaune et MOI, je suis marron! »*



Dans Caillou, émission que Malik regardait avec grand intérêt plus jeune, on y voyait des personnages de nationalités différentes, mais Malik ne semblait pas le remarquer.

Un jour, à une fête d’enfants, il s’est fait poser la question : « Est-ce que ta peau redevient blanche quand tu prends ton bain? ». Il n’a pas répondu, ne comprenant pas tout à fait la portée de cette question.

Jamais Malik, âgé de 2 ½ ans, n’a semblé perturbé, interpellé, concerné par cette réalité. Or, cette année, à l’occasion d’une sortie familiale, il me dit « Mamie, regarde c’est la première fois que je vois quelqu’un qui est brun comme moi et qui fume ».

On entend tellement d’histoires d’horreur émanant de la vie quotidienne des enfants à l’école, que je m’en fais d’avance pour eux. Quoi faire pour que des altercations de cour d’école ne viennent pas perturber leur belle dynamique intérieure, leur naïveté si naturelle ?

Souvent, en partageant mon appréhension de les voir souffrir de racisme à l’école, leur père me dit: « Claire, cela les rendra plus fort ». Oui, c’est vrai, mais à quel prix ? Comment ne pas souffrir de se faire dire qu’on n’est pas comme les autres ? Comment un enfant peut-il comprendre ces remarques désobligeantes alors qu’il n’a aucun moyen pour se défendre ?

Mes enfants me rappellent souvent qu’en vieillissant, je souffre de plus en plus d’anxiété. Je tente de leur faire comprendre que le jour où mon premier enfant est né, c’est le jour où j’ai commencé à m’en faire. C’est cela être maman! C’est aussi le cas lorsque nous sommes grands-parents! Évidemment, je m’en fais aussi pour mes trois petits-enfants! J’aimerais tant leur éviter de souffrir dans la vie.

 

 Au fond, peut-être que leur père a raison de dire que « cela les rendra plus fort »!

 

 

*Slogan d’une publicité pour United Colors of Benetton, si je ne me trompe pas!

Les réseaux antisociaux

Aujourd’hui, j’m’inquiète pour l’avenir de mes héritiers. Un peu. Philosophi

Aujourd’hui, j’m’inquiète pour l’avenir de mes héritiers. Un peu. Philosophiquement parlant, on s’entend. Disons que c’est difficile pour moi, comme pour beaucoup d’entre vous, d’imaginer le monde dans lequel nos enfants vont évoluer plus tard.

Aujourd’hui, j’m’inquiète pour l’avenir de mes héritiers. Mais d’une chose en particulier : le futur du contact humain. De nos jours, on texte, on « courrielle », on gazouille, on achète en ligne, on « guichet-automatique », on commande à l’auto…on fait tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter l’autre. En fait, j’me rends compte que dans une journée type, je parle avec beaucoup de monde sans jamais les voir en personne. Tout ça, soit disant pour aller plus vite. Est-ce dire que rencontrer des gens et échanger avec eux est synonyme de perte de temps?

Si, aujourd’hui je m’inquiète de ça, c’est que toute cette technologie si souhaitée à l’époque s’est développée très rapidement et pourrit nos vies depuis environs vingt ans. Vingt ans, c’est très court. Et si ça continue d’avancer à cette vitesse-là, si on continue de se refermer sur soi-même, j’ai peine à croire que mes enfants vont vivre dans un milieu sain où l’entraide et la compassion feront partie de leurs valeurs profondes.

Je m’inquiète parce que j’ai l’impression qu’aujourd’hui plus tu comptes d’amis Facebook, plus t’es seul au fond. Parce qu’on est tellement branché sur nos réseaux antisociaux qu’on ne différencie plus la vraie vie de la vie virtuelle. Est-ce que celui qui flashe son 5 km de course sur Facebook est plus performant que celui qui n’en dit pas mot? Est-ce que ton repas goûte meilleur que le mien parce que tu le montres à tout le monde sur Instagram? Est-ce que tes enfants sont plus « cutes » que les miens parce que tu les exposes sans arrêt (et sans leur consentement!) sur le web? Et que dire de ceux qui se plaignent publiquement sur Internet dans le but qu’on s’intéresse à eux et qu’on les rassure?

Aujourd’hui, j’m’inquiète pour l’avenir de mes héritiers. Parce qu’aujourd’hui ce qui importe, c’est le nombre de clics, le nombre de « j’aime », le nombre d’amis. Et ça devient notre fierté; on essaie même de battre le compte de l’autre. Le but des jeunes c’est d’être connus, d’être lus, d’être vus par le plus d’inconnus possible. Et pour ça, ils sont prêts à tout. Des plus grands exploits aux plus grandes bassesses.

La vie n’est pas un concours de popularité. La vraie richesse n’est pas monétaire et n’est pas virtuelle non plus. Elle est humaine. Des amis, ça ne se cache pas derrière un clavier et des émoticônes pour prendre soin de toi. Ça se déplace, ça prend un verre, ça prépare un souper, ça écoute. Ça vit! Je sais qu’en fin de compte, c’est un problème terminologique; on ne devrait pas utiliser les mots « sociaux » et « amis » mais plutôt « virtuels » et « suiveux ». Moi, j’ai 721 suiveux sur Facebook, le réseau virtuel. On dirait que ça replace les choses. Non?

Je ne vous balance pas tout ça pour vous faire la morale; je fais exactement tous les comportements que je dénonce. Et j’en suis bien triste. Si j’en étais capable, je me débrancherais complètement de tout ça. Je suis nostalgique des répondeurs à cassette, des fax et des cartes postales. Je reviendrais avec joie aux temps où l’on n’était pas toujours disponible partout en tout temps. On n’avait pas peur de manquer quelque chose et quand on voulait prendre des nouvelles de quelqu’un, on l’appelait ou on allait le voir. Mais la vie tourne et on doit suivre la parade si on souhaite avancer avec elle. Mais où va-t-elle? C’est ce qui, parfois, m’inquiète. Mais ce que nous pouvons faire pour nos enfants, chers parents-lecteurs, c’est d’au moins leur montrer qu’ils sont plus importants que la dernière vidéo de chat diffusée sur YouTube; que leur demande d’amitié passera toujours devant celles de gens qu’on croise une fois aux années bissextiles. Quand vous rentrez à la maison, le soir, fermez donc vos téléphones et consacrez-vous entièrement à vos flos; ce sera bien plus bénéfique qu’être le premier à cliquer « j’aime » sur la photo de vacances de votre ami d’enfance que vous ne voyez plus depuis le secondaire.

Maintenant, je vous invite à partager ce texte sur vos réseaux; je serais ravi qu’il soit lu par un plus grand nombre de personnes que le plus récent billet d’Étienne Boulay. 😉