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Dans le silence de ta mémoire ; prisonnière de la maladie — Texte : Maude Pilon-Gauthier

La vérité c’est que j’ai peur. J’ai peur parce que tu t’éloignes de plus en plus. Tu es a

La vérité c’est que j’ai peur. J’ai peur parce que tu t’éloignes de plus en plus. Tu es aspirée dans ce tourbillon sans le vouloir qui crée des trous dans ta mémoire. Personne n’est préparé à ça : la maladie. Ici, dans ton cas, c’est l’Alzheimer.

Je te regarde, avec tes yeux tristes et se vidant de plus en plus de souvenirs. Plusieurs sentiments s’entremêlent en moi : tristesse, colère et incompréhension. Pourquoi toi ? Pourquoi cette maladie ? Terriblement impuissante, parce qu’à mon grand désarroi, rien ne peut changer.

Je te regarde te raconter des histoires, sûrement des bouts de souvenirs en tourbillonnés que tu t’efforces à rapiécer ensemble. Je te regarde impuissante supplier ta mère de venir te chercher dans tes moments de mélancolie. Tu es si triste, si triste et en colère ! Tu te répètes en boucle que tu en as eu de la marde dans ta vie. Tu te souviens sans doute des moments moins glorieux, mais sache que je t’en fais la promesse, tu as eu une « belle vie ». Si seulement tu pouvais te souvenir de tous les moments que nous avons partagés, de nos petites réussites, des étapes importantes de notre vie, de tous nos fous rires échangés et de nos petits sourires complices, de nos soirées pyjama chez toi.

Il t’arrive encore de rire, dans des moments de lucidité où, pour un court moment, nous avons l’impression de te retrouver doucement au travers de ces yeux tristes. Avant, ton regard n’était jamais triste. D’aussi loin que je me souvienne, tu ne te laissais pas abattre facilement et c’est une des choses qui me brise le plus.

Grand-maman, toute ta vie durant, tu t’es occupée de ton mari qui souffrait de cette même maladie. Tu te faisais une mission d’aller le voir quotidiennement. Même quand tu étais fatiguée, même quand il ne se souvenait plus vraiment de toi, tu étais là. Le plus triste dans tout ça, c’est que, lorsque tu étais enfin délivrée de cette charge, c’est toi qui as sombré dans cette triste maladie qui, selon moi, ne devrait pas exister.

La vérité c’est que je ne suis pas prête. Je sais qu’inévitablement, ce moment va arriver : tu ne te souviendras plus de moi, de tes autres petits-enfants, de tes propres enfants. Ce qui me brise le plus le cœur, c’est que sans doute, tu oublieras tes arrière-petits-enfants que tu surnommes « tes petits bébés ». Je ne sais pas comment je ferai pour l’affronter, mais je te promets d’y arriver. Je te promets d’être présente autant que toi tu l’as été pour nous. Je continuerai à te raconter tous nos souvenirs même si tu ne t’en souviendras plus (au fond de moi, j’espère qu’à force de te les raconter, ils reviendront dans ta mémoire). Je me fais la promesse de continuer à te faire rire, à te faire chanter, danser autant que la vie me le permettra. Je te fais la promesse de te tenir la main quand tu en auras besoin et de te soutenir quand tes pauvres jambes prises de ce fardeau auront peine à avancer.

Je t’aime de tout mon cœur,

Ta petite fille

Maude Pilon-Gauthier

La mémoire du coeur – Texte : Marie-Ève Massé

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Je suis préposée aux bénéficiaires dans un CHSLD. Une institution comme les autres qu’on appelle « milieu de vie » mais qui a, malgré tous nos efforts, malheureusement la froideur d’un hôpital. Nous nous efforçons, jour après jour, d’y répandre toute la douceur et tout l’amour du monde, mais la solitude et l’odeur des médicaments sont difficiles à chasser quand elles résonnent entre les murs. Parfois, certains résidents ont l’immesurable chance d’avoir la visite de gens qu’ils aiment. Ils les aiment au travers de la maladie et de la souffrance. C’est tellement touchant de voir leur sourire s’éveiller comme d’un long sommeil, leurs yeux briller silencieusement. Je sais que la démence est difficile à affronter pour l’entourage, la mémoire s’effrite lentement jusqu’à ce que la personne n’arrive plus à se rappeler votre nom ou le rôle que vous avez occupé dans sa vie. Mais la présence de ces personnes aimées reste tellement importante… plus qu’elles ne peuvent l’imaginer. Silencieux témoin des miracles qu’a sur eux cette présence, je suis toujours touchée, souvent émue, de voir leur amour percer leur regard.

Je travaille justement avec un résident que j’aime particulièrement. Un peu perdu à cause de la démence, il reconnait de plus en plus difficilement ce qui se passe autour de lui et il entre en communication de moins en moins. Ses enfants vivent loin et sa femme prend également de l’âge. Les visites se font rares pour lui. Sa conjointe lui a offert un chien en peluche récemment. Ce matin, à son réveil, il était vraiment fier de me le présenter et tentait de m’expliquer qu’il l’a nommé Gustave et qu’il le place toujours dans le coin de son lit, comme ça il ne dort plus seul, que sa conjointe est comme un peu là. Il a de moins en moins de mots dans lesquels piger pour construire ses phrases, mais il y mettait toute la passion possible pour arriver à m’expliquer la place de Gustave dans son quotidien. Une fois le repas du midi achevé, sa belle est justement venue le visiter. Il était tellement heureux de la voir, c’était bouleversant. Je me suis arrêtée un instant pour la saluer, pour souligner l’importance de sa présence et à quel point il était heureux de la voir. Je sais qu’il a de la difficulté à exprimer ce qu’il ressent et je trouve important d’essayer de le transmettre un peu pour lui. Elle me raconte comment elle s’ennuie et trouve la maison vide depuis qu’il ne vit plus avec elle. Elle me raconte la monotonie de son quotidien et le vide de sa solitude. Mon boulot est de m’occuper de mes résidents, mais il n’est pas rare que ce soit aussi de tendre la main à leur entourage l’espace d’un instant. Je l’écoute, n’ayant que ça à lui offrir pour alléger sa souffrance, de l’empathie. Au travers de la brume de ses idées qui s’est éclaircie en voyant sa conjointe arriver, il m’a soufflé :

— 66 ans de mariage, ma petite. Je suis tellement chanceux…

Cet homme dort généralement beaucoup, parfois je me demande s’il est vraiment fatigué à ce point. Avant la covid, il passait une partie de ces nuits debout avec moi, on regardait la télé ou il lisait un grand livre sur l’histoire. On jasait un peu, il me parlait, les yeux brillants, des trains qu’il conduisait quand il était plus jeune, des enfants, de l’anglais qu’il avait appris sur le tas à force de voyager. Il me racontait la langue amérindienne qu’il avait regretté ne pas avoir pris le temps d’apprendre quand il travaillait près de la réserve. Mais depuis quelque temps, je le croise aux repas ou lors des soins mais sinon, il dort tout le temps. Aujourd’hui, il est resté éveillé. Tout l’après-midi, il l’a passé avec elle. Le cœur un peu lourd, j’ai réalisé qu’il dort constamment peut-être juste par ennui. On fait notre possible, mais on n’arrivera jamais à remplacer leurs êtres aimés.

Au moment de partir, je les vois du coin de l’œil se dire au revoir près de l’ascenseur. Moi, je m’affaire auprès d’un autre résident, puis mon regard revient à lui. Il est là, la marchette devant lui, fixant son reflet dans la porte de l’ascenseur fermée.

Je m’approche de lui et mets doucement ma main sur son épaule.

— Qu’est-ce que vous faites ?

— Je suis allée reconduire ma femme.

— Oh ! Vous êtes galant !

— Oui.

— Venez, on va retourner dans la salle commune.

Il acquiesce et on marche lentement et en silence en écoutant le claquement de sa marchette qui accompagne ses pas. Je vois une grosse larme couler sur sa joue. Je m’arrête, passe un bras derrière ses épaules.

— Vous pleurez ? Ça ne va pas ?

— …

— Qu’est-ce qu’il y a, mon homme ?

— Je l’aime tellement…

Quoi répondre à ça…

Nous sommes allés la saluer dans la fenêtre donnant sur le stationnement. Il a attendu longtemps, trop pour ses jambes tremblantes. Posté là, debout entre deux fauteuils vides, il a attendu jusqu’à voir la belle tête blanche qu’il aime tant marcher vers le véhicule d’un pas assuré. Et il a attendu qu’elle trouve ses clés au fond de sa sacoche. J’ai espéré fort qu’elle se retourne, mais en voyant la voiture démarrer, j’ai lâché prise.

— Venez.

— Attends.

On regarde la voiture s’éloigner, puis je vois une main délicate saluer par la vitre du côté conducteur. Il a renvoyé le salut, un sourire fier au visage. De la fierté de l’homme qui ne pleure pas, celui à qui on a appris à se tenir droit malgré les remous. Puis, en marchant vers la salle commune, il a pleuré dans mes bras un bon moment. Laissant enfin place à toute la peine du monde…

« Je l’aime tellement. »

Ces moments-là sont tellement importants, mais parfois, la séparation est déchirante…

L’âge et la maladie font que la mémoire s’effrite comme un arbre à l’automne perd ses feuilles au gré du vent. Mais saviez-vous que la mémoire émotive, elle, ne meurt jamais ? Que même si, un jour, les personnes que vous aimez n’arrivent plus à se souvenir de votre nom ou du rôle que vous avez, elles se rappellent l’amour que leur inspire votre présence ?

La mémoire se dissipe telle une cuillère de sucre dans un verre d’eau, mais l’amour reste fleurissant et éclatant à jamais.

Marie-Ève Massé

L’âme se souvient – Texte: Isabelle Fournier

Pour tous ces hommes, toutes ces femmes et toutes ces familles qui vivent avec la maladie… celle d

Pour tous ces hommes, toutes ces femmes et toutes ces familles qui vivent avec la maladie… celle de l’oubli.

 

« Une vie entière à cumuler les souvenirs, les rires, les joies et les peines…

À cueillir tous ces moments et ces émotions qui font de nous des êtres unis et empreints de compassion…

 

Puis, au fil du temps, le seau dans lequel tous ces souvenirs étaient déposés commence à s’effriter… laissant ainsi quelques brides s’échapper… quelques mots, quelques moments, quelques visages…

 

Sache que ce n’est pas de ma faute si tous ces souvenirs m’échappent…

 

Je tente de les retenir, mais je n’y peux rien…

 

Ma tête a décidé de se dissocier de ma vie, de mon cœur, de mon âme…

 

Chaque fois que tu me regardes, ne te soucie pas de ma réaction d’ignorance…

Ma tête ne te reconnaît plus mais mon âme, oui…

 

Chaque fois que je te répète ces histoires où j’étais enfant… Écoute-moi comme si c’était la première fois, mon âme en a besoin.

 

Chaque fois que tu me dis que tu m’aimes…

Mon âme acquiesce même si ma tête ne réagit nullement…

 

Chaque fois que je t’ignore en disant que je ne te connais pas…

Pardonne-moi, je ne veux pas te blesser, ma tête a oublié…

 

Chaque fois que tu me quittes, les yeux pleins d’eau…

Sache que mon âme souhaite te garder auprès d’elle et te dire qu’elle t’aime…

 

Mais surtout, malgré toute cette douleur que tu ressens, promets-moi de ne pas m’abandonner…

 

Parce que même si ma tête a oublié, mon âme se souvient de tout… et elle a besoin d’être aimée et acceptée… »

 

– Isabelle Fournier –

Si : Un monde de possibilités 

 

 

Se souvenir et espérer – Texte : Nathalie Courcy

Aujourd’hui, 1er juillet 2021, nous fêtons le Canada. C’est la fête de notre grand

Aujourd’hui, 1er juillet 2021, nous fêtons le Canada. C’est la fête de notre grand pays. Nous célébrons le fait d’être Canadiens et Canadiennes.

Le drapeau unifolié sera à mi-mât cette année. Notre drapeau en deuil de nos enfants.

Un peu partout sur notre immense territoire, des tombes de bébés et d’enfants des Premières Nations ont été et seront découvertes, après avoir été recouvertes par la terre et le secret pendant des décennies.

Ce jour de fête se transforme en jour de deuil national. Les chandails rouges et blancs qui envahissaient habituellement la Colline parlementaire d’Ottawa prendront des teintes orangées cette année. Les visages maquillés en rouge et blanc seront tristes. Des manifestations de peine et d’appel à la justice seront sûrement entendues, aujourd’hui et dans les années à venir.

Appelons à la mémoire. Appelons à l’harmonie. Appelons au pardon, mais pas un pardon naïf qui se retourne et oublie. Appelons à l’humanité et à la diversité. La vraie, pas juste la politique ou la « pour faire beau ».

Appelons à la Vérité ; pas celle enseignée dans les cours d’histoire, qui donne juste une version, juste une partie. Ouvrons la discussion. Répondons aux questions de nos enfants. Osons une prière ou une pensée sincère pour ces enfants, pour ces familles. Pour nos enfants, pour nos familles.

On ne peut pas changer le passé. D’autres générations, motivées par d’autres croyances et d’autres principes, ont commis des crimes odieux. Le Canada a changé, mais le racisme existe encore. Le racisme blesse et tue encore. La discrimination fait des victimes chaque jour, malgré la bonne volonté des citoyens et des dirigeants. Mais ça ne sert à rien de se sentir coupable et de continuer notre chemin. Il faut agir, même à hauteur individuelle.

Pourquoi ne pas profiter de ce jour de commémoration pour regarder des reportages en ligne sur l’histoire des pensionnats autochtones ou pour lire le livre d’un auteur des Premières Nations ? Combien d’artistes autochtones connaissez-vous ? Elisapie Isaac, Norval (Oiseau-Tonnerre de cuivre) Morrisseau, Kathia Rock, Alanis Obomsawin, Q052, Hannah Claus, Ayimach, Kent Monkman, Jemmy Echaquan Dubé, Natasha Kanapé-Fontaine… Ça vaut franchement la peine de s’intéresser à eux et à leur travail. La sensibilisation passe souvent par l’art, c’est une occasion à ne pas manquer de jouer notre rôle dans la construction d’un meilleur monde, d’un pays plus juste. On ne veut surtout pas que l’histoire se répète, peu importe la couleur de la peau, les croyances, l’origine, la langue.

Cette année, on peut utiliser le 1er juillet pour plus grand qu’un congé ou un déménagement. On peut l’utiliser pour se souvenir et espérer. Espérer que ça n’arrivera plus jamais, à aucune nation.

Si vous êtes un membre des Premières Nations ou si vous êtes bouleversés par l’actualité, vous êtes invités à contacter la Ligne d’écoute d’espoir (sac-isc.gc.ca) (1-855-242-3310 ou clavardage à https://www.espoirpourlemieuxetre.ca/).

Nathalie Courcy

Le temps qui passe…

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Il survient un moment dans notre vie où on réalise qu’on en a fait du chemin… Pour moi, c’est arrivé au début de la quarantaine.

 

Ce sentiment de croire que notre vie d’étudiant, par exemple, ne nous appartient plus, qu’elle est survenue dans un monde parallèle, que nous n’avons pas vécu cette partie de notre vie. Me suivez‑vous toujours? 

 

C’est aussi le sentiment de croiser quelqu’un, un ancien collègue, un vieil ami d’université, l’ami d’un ami, et de ne pas se souvenir de son nom ni même en quelles circonstances on s’est connus… C’est étrange! Comme si ce passé appartenait à une époque si lointaine… Je comprendrais si vous ne me suiviez plus! 😉

 

En ce dernier matin de vacances, je repense à mes Noëls d’enfance. Ils demeurent si frais et si loin à la fois. Des odeurs me reviennent; celle de mes poupées Fraisinette, celle du ragoût de ma mère, du parfum de mon père…

 

Je suis certaine que vous me suivez!

 

Le temps qui passe efface parfois des bribes de notre existence. Il m’arrive souvent d’être nostalgique, entre autres quand je repense aux amitiés perdues en chemin. Je trouve difficile d’accepter que le rythme effréné de nos vies nous limite, nous empêche d’entretenir ces liens.

 

J’aurais souhaité conserver tous les amis que j’ai croisés sur ma route, pour des raisons différentes, parce que la vie a fait qu’à des moments précis, nous nous sommes retrouvés ensemble et parce qu’on s’est aimés si fort…

 

Quand je repense à tous ces amis, à toutes les épreuves que plusieurs d’entre eux m’ont aidée à traverser, notamment le décès de ma mère, je suis triste de réaliser que je n’ai rien fait pour maintenir ces liens.

 

Le temps passe, mais sachez, chers amis, qu’il n’effacera jamais la trace que vous avez laissée dans mon cœur.

 

Vous reconnaissez‑vous?

 

xxx

 

Karine Lamarche

 

Je ne t’aime pas, Alzheimer

Je ne t’aime pas, Alzheimer! Tu as décidé d’ériger domicile d

Je ne t’aime pas, Alzheimer! Tu as décidé d’ériger domicile dans la tête de mon père, dans son être. Plus tu prends domicile, plus tu enlèves de la place pour sa mémoire. Sans être invité, tu t’es installé… Sans cogner, sans demander si tu pouvais t’ingérer dans nos vies.

Depuis bientôt deux ans, tu es présent

Dans nos conversations, à travers nos activités, à nos soupers

Et surtout, Alzheimer, tu es là, tu prends toute la place quand mon père se retire de nos échanges;

Comme s’il était trop occupé à te gérer.

Quelquefois tu n’es pas là, Alzheimer, tu t’estompes;

Et mon père revit, fait des liens qui n’étaient plus

Pendant ce bref instant, aussi petit soit-il

On s’accroche à la moindre seconde

Une seconde qui crée un immense espoir.

L’espoir que tu n’es plus, que tu es parti en un claquement de doigts;

Qu’il y a eu erreur de diagnostic et que tout se replace.

Mais toujours tu reviens, Alzheimer

Tu reprends possession de quelques neurones parfois même de quelques-uns de plus. Je ne t’aime pas, Alzheimer! Je ne t’aimais pas quand je te côtoyais à travers mon travail

Je ne t’aimais pas non plus quand je te voyais à travers mes yeux d’intervenante

Je te trouvais impitoyable quand je te voyais à travers les yeux de la conjointe, du conjoint, de la fille, du fils, de la sœur ou du frère

Je t’aime encore moins depuis que tu es dans la vie de mon père, dans nos vies Je ne t’aime pas d’avoir osé t’infiltrer dans son cerveau à peine dépassé ses 68 ans. Je voudrais que tu disparaisses comme ce que tu fais avec chacun des souvenirs de mon père Tranquillement, sournoisement : tu les fais disparaître;

Alors, pourquoi ne pas faire la même chose pour toi, Alzheimer?

Disparais tranquillement si tu veux, mais va-t’en. J’aimerais tant te faire disparaître petit à petit dans l’optique que tu n’existes plus

Que tu arrêtes de briser des vies Je n’étais pas prête à partager notre quotidien avec toi, Alzheimer Non, je n’étais pas prête à 26 ans à faire le deuil de la présence rassurante de mon père Comme nous ne sommes pas prêts à bien des épreuves

Je n’étais pas prête à vivre avec le fait que mon père a parfois de la difficulté à me reconnaître, qu’il oublie le nom de mon conjoint

Je n’étais pas prête à l’aider à se retrouver dans ma maison

Je n’étais pas prête à voir mon père qui doit partager sa vie avec toi, Alzheimer

Je ne t’aime pas, Alzheimer! Mais sache, Alzheimer, que tu ne nous auras pas Tu auras peut‑être le contrôle des souvenirs de mon père, mais on sera plus forts que toi Non! Tu n’auras pas mon père, Alzheimer!

Car même si tu es là Mon père aussi demeure Et il est bien plus que juste l’Alzheimer Il est l’homme le plus important dans ma vie, dans nos vies Il EST, tout simplement Peu importe l’espace que tu occuperas, mon père est là Nous n’allons pas te laisser prendre sa place Il demeure présent, vivant chaque instant de bonheur Il demeure le plus important, bien plus important que ces oublis ou sa confusion Alzheimer, je ne t’aime pas! Je te hais même parfois! Mais j’aime mon père

Et tu ne gagneras pas Alzheimer, tu es une maladie impitoyable

Une des pires maladies que j’ai côtoyée Mais TU n’es pas mon père Tu resteras toujours en second plan derrière le bonheur de mon père

Derrière son bien‑être

Derrière tout ce qu’il a parcouru

Derrière toutes ses qualités et aussi un peu de ses défauts!

Alzheimer, sois assuré que tu resteras TOUJOURS en second plan, derrière mon père.

AL

Je suis une éducatrice

Je suis une éducatrice. À travers les années qui ont fil

Je suis une éducatrice. À travers les années qui ont filé plus vite que les étoiles filantes, j’ai croisé le chemin de centaines d’enfants… J’ai été passionnée et motivée, plus souvent qu’à mon tour. Je suis celle qui déborde d’énergie, qui a des idées plein la tête et des projets toujours aussi créatifs. Ces enfants, tous ceux que j’ai croisés, ont marqué mon cœur d’une façon ou d’une autre.

J’ai été celle à qui on confie les groupes plus difficiles et les enfants plus turbulents. J’ai été celle à qui on a répété : « Mais comment tu fais avec celui-là? » C’est si simple… Pour moi, un enfant est un livre rempli de pages blanches. C’est à nous, adultes responsables et aimants, de lui montrer comment écrire son histoire. Un enfant qui a eu un départ difficile dans la vie ou qui a fait de mauvais choix ne doit surtout pas cesser d’écrire son histoire. Le livre de sa vie sera plein de rebondissements et il est toujours temps d’en changer le dénouement.

J’ai rencontré des enfants attachants, des enfants pour qui j’ai eu des coups de foudre. Ceux-là m’ont marquée au fer et dans mon cœur, le temps s’arrête quand je pense à eux. Rose a encore trois ans et me tient la main dans la cour du CPE… Zyad arbore toujours son sourire vainqueur quand je le maquille… Alice a encore 18 mois et me saute dans les bras quand sa maman part… Dans mon cœur, ces souvenirs sont impérissables et j’ai peine à croire que les années ont passé…

J’ai travaillé dans tous les types de milieux et j’en ai vu de toutes les couleurs. J’ai fait des projets impensables avec des enfants de 9-10 ans et j’en ai bercé des bébés. Je pense que je me souviens de l’odeur de chaque bébé que j’ai bécoté dans le cou…

J’ai tourné aujourd’hui une page importante de ma carrière. Mais je n’oublie pas. Je n’oublierai jamais vos enfants. Et à vous, chers parents, je dois vous dire merci. Merci de m’avoir permis d’aimer vos enfants. Merci de m’avoir confié ce que vous avez de plus cher. Merci pour votre confiance, jour après jour. Merci.

Et à mes chers enfants… aux vôtres en réalité… Merci mille fois. Merci Hubert de me regarder avec tant d’amour et d’admiration. Merci Violette pour tes mille câlins volés dans une journée. Merci Elliot de m’avoir appris le nom de chacun des dinosaures. Merci Leila de t’être ouverte et épanouie à mes côtés. Merci Edouard de m’avoir permis de te regarder grandir. Merci Florence pour ta vivacité d’esprit. Merci Lily de m’avoir offert tes premiers pas. Merci d’avoir fait de moi l’éducatrice passionnée que je suis. Merci de m’avoir donné le droit de vous aimer, pour de vrai.

J’ai eu une chance inouïe de voir s’épanouir ces enfants, ces frères, ces sœurs et ces familles. Et oui, notre travail est parfois ingrat, parce que ces petites âmes peuvent nous oublier avec le temps… Mais j’espère encore me rappeler de tous ces visages. Et si ma mémoire faillit, je sais que j’ai reçu assez d’amour pour toute une vie.

L’éducatrice de vos enfants se dévoue pour eux. Demain matin, prenez-la dans vos bras. Donnez-lui une autre dose d’amour, pour l’aider à se rappeler toute sa vie…

Joanie Fournier

 

Ne te fâche pas, on est là pour toi.

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Du haut de tes quatre-vingts ans, tu es fière. Tu as vécu une vie remplie de rire et de plaisir. Mais depuis quelque temps, tout te paraît lourd. Tu fronces les sourcils plus souvent qu’avant. Je sens les nuages gris passer dans tes beaux yeux bruns. Grand‑maman, fâche-toi pas, je suis là pour toi.

Le plaisir a toujours été une priorité dans ta vie

Dans ta jeunesse, tu as travaillé de soir comme garde-malade, tu avais ton propre compte en banque et ta propre voiture. À ton époque, c’était remarquable. Tu aimais les arts, la musique classique et les grandes histoires d’amour du répertoire cinématographique. Ma mère m’a souvent raconté les soirées que tu organisais dans ton sous-sol avec tes amis. Les grandes robes, la musique de bal et le plaisir étaient de mise. Que j’aurais aimé t’y voir !

La culpabilité s’est installée dans ton cœur en novembre 1956.

Ayant eu ta première fille deux ans auparavant, tu rêvais d’avoir un beau petit garçon à cajoler. Le 13 novembre 1956, ton souhait le plus cher s’est enfin réalisé. Tu as accouché d’un petit garçon au sourire charmeur. Mais ce sourire, tu n’auras pas eu le temps de le voir tout de suite. Les médecins ont quitté rapidement la chambre sans te montrer ton bébé. Quelle inquiétude ! Les infirmières ont mis des jours à te dire la vérité. Ton petit bonhomme ne serait jamais celui que tu attendais. Le verdict est tombé : le Spina Bifida. « Madame, votre enfant ne vivra que quelques années ! Il ne marchera jamais et aura un retard intellectuel important. » Bang ! Soixante ans plus tard, tu n’as pas oublié ce moment. La culpabilité est aussi présente dans ton cœur qu’à ce moment. Mais mamie, ce n’est pas ta faute. C’est la vie. Pardonne-toi.

La solitude

Grand-papa est un homme fort et travaillant. Il était pompier et avait une compagnie de planchers de bois franc. Souvent, tu ne le croisais que le matin lorsqu’il revenait de son poste et qu’il repartait pour son deuxième chiffre. La solitude pesait sur tes épaules comme un gros nuage avant les orages. Mais tu avais la vie que tu avais toujours rêvée. On t’enviait tellement. Mais toi, tu aurais bien aimé qu’il soit présent. Il te manquait terriblement. Un jour, il t’a promis que lorsqu’il serait à retraite, il serait enfin là pour toi. Depuis trente-deux ans, ton homme prend soin de toi. L’attente en a valu la chandelle non ? Vous êtes si beaux.

Le changement s’est fait de façon insidieuse.

J’ai toujours été extrêmement proche de toi. Je t’ai aimée comme ma deuxième mère. Ton opinion comptait comme de l’or. Je me faisais un devoir de ne jamais te décevoir. Je voulais tant lire la fierté dans ton regard. Mais depuis quelque temps, tu m’inquiètes. Les pertes de mémoire se font de plus en plus fréquentes. Les colères de plus en plus grandes. Mon cœur a beaucoup de peine de te voir ainsi… Je me suis renseignée et je crois que la démence commence à cogner à ta porte. Je sais que c’est inévitable, mais s’il te plaît, ne te précipite pas trop vite pour ouvrir le passage. Nous avons encore beaucoup de bons moments à passer ensemble. Je sais que lorsque tu te mets en colère, c’est ta façon de combattre. Sache que je te comprends. Je t’aime et tu peux compter sur moi, je serai toujours là !

 

Alexandra Loiselle-Goulet

 

Gauche-Droite, le Manoir

Cet automne, j’ai eu le privilège de participer à un focus group

Cet automne, j’ai eu le privilège de participer à un focus group et de tester un jeu vidéo très intéressant : Gauche-Droite, le Manoir. Ce jeu de mémoire est maintenant disponible sur l’Apple Store et arrivera sur Android dans les prochains jours.

Gauche-Droite, le Manoir est né d’une idée originale de Karl Tremblay (chanteur des Cowboys Fringants). Il a travaillé avec la gang de Triple Boris (un studio de développement indépendant spécialisé en jeux vidéo et en applications mobiles, basé à Varennes).

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Dans ce jeu, le personnage principal Billy doit retrouver son chien Gigi qui s’est enfui dans un mystérieux Manoir. Il doit choisir entre deux portes : gauche ou droite. C’est simple, basique et vraiment difficile, car ça fait travailler la mémoire ! Il faut se souvenir de la séquence des portes. Quand il se trompe de porte, Billy voit toutes sortes de personnages, que ni les enfants ni les chiens n’apprécient (des légumes, un bain, un dentiste, des monstres…)

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Les décors, magnifiques, ont été créés sous la direction artistique de Valérie Dupras et nous aident au fur et à mesure des tableaux à nous souvenir des séquences. La musique est signée par Karl Tremblay, Marie-Annick Lépine (multi-instrumentaliste) Jérôme Dupuis-Cloutier (trompettiste). Ce jeu est une œuvre d’art de poche. C’est très agréable d’y jouer et c’est addictif ! On veut aller plus loin et trouver Gigi !

Gauche-Droite, le Manoir me rappelle les jeux simples de mon enfance, dont on se souvenait des séquences longtemps ! Il est, à mon sens, un excellent outil pour travailler sa mémoire.

Lancez-vous ! Allez-vous oser tester votre mémoire et mettre votre famille et vos amis au défi ?

Ouvrez grand vos yeux et vos oreilles, vous allez adorer Billy et son univers !

Gauche-Droite : Le Manoir par Triple Boris inc.

http://apple.co/2msHO1M

https://play.google.com/store/apps/details?id=com.tripleboris.leftright

Gwendoline Duchaine

Je me souviens… de qui je suis

Il y a des dates qu’on aimerait oublier. Le 22 décembre en est u

Il y a des dates qu’on aimerait oublier. Le 22 décembre en est une pour moi. Aujourd’hui, cela fait un an que j’ai reçu mon diagnostic de cancer. Un an que la vie telle que je l’ai connue n’existe plus. Un an que j’ai entamé un parcours miné de deuils et de lâcher-prises.

Aujourd’hui, cela fait un an que je survis à mon quotidien avec le cancer. Et même si c’est une date que parfois j’aimerais oublier, je m’en souviens comme si c’était hier : chaque instant est tatoué dans ma mémoire corporelle.

Mais, aujourd’hui, je ne suis pas la maladie. Je ne l’ai jamais été…

Aujourd’hui, je me souviens… de qui je suis.

Je suis la femme qui a toujours cru que la féminité était une philosophie de vie et non une question de maquillage, de tour de taille, de longueur de cheveux, de profondeur de décolleté ou de sexualité. Ma féminité, je la porte souvent avec des pantalons, même quand je suis en couple. Ma féminité, je l’assume chaque fois qu’on me dit que je suis « one of the boys » parce que je sais faire les choses à l’égal d’un homme. Ma féminité, je l’affiche dans chacune de mes cicatrices. Et surtout ma féminité, je l’épanouie chaque fois que je fais l’amour.

Je suis la mère qui a toujours su que la maternité était une confession de soi et non une vocation à renoncer à soi. Ma maternité, j’ai choisi de la vivre « bon an, mal an » à partir du moment où je suis tombée enceinte. Ma maternité, je la conjugue à l’imparfait dans la conciliation travail-famille, au présent dans tous ces petits riens qui font la magie de l’instant, au futur malgré la maladie. Ma maternité, je la partage avec la femme et l’amoureuse que je suis.

Je suis l’amoureuse qui en a toujours fait qu’à son cœur et non sans s’entêter parfois à s’impliquer dans des causes qui n’en valaient pas la peine. Mon amour, je ne l’ai pas toujours offert au meilleur, mais même au pire, il a toujours défendu ses valeurs. Mon amour, je le multiplie chaque fois que j’inspire la vie. Mon amour, je le guéris à chaque éclat de rire.

Aujourd’hui, je ne suis pas la maladie. Je ne l’ai jamais été…

Alors, en cette date d’anniversaire que je ne peux oublier, j’ai décidé de célébrer ce que je suis : une survivante!

Pour en lire plus sur mon quotidien avec le cancer, visitez www.laviecontinuemalgretout.com

 

Déficit d’attention, sautes d’humeur, obésité…et si votre enfant manquait de sommeil?

Les enfants qui ne dorment pas suffisamment sont plus à risques de souffrir de problèmes de mémoi

Les enfants qui ne dorment pas suffisamment sont plus à risques de souffrir de problèmes de mémoire et d’attention, d’obésité et même de dépression.

C’est ce que conclut une recherche publiée, à la mi-juin, par l’American Academy of Sleep Medicine (AASM). Une équipe de 13 médecins spécialistes du sommeil a analysé 864 articles scientifiques établissant un lien entre le nombre d’heures de sommeil et la santé chez les enfants. Pour la première fois de son histoire, la prestigieuse AASM y va de recommandations quant à la quantité de sommeil dont les enfants et adolescents ont besoin pour demeurer en santé.

Selon cette méta-analyse, voici donc le nombre d’heures de sommeil recommandé par tranche d’âge :

  • 4 à 12 mois : de 12 à 16 heures
  • 1 à 2 ans : de 11 à 14 heures
  • 3 à 5 ans : 10 à 13 heures
  • 6 à 12 ans : 9 à 12 heures
  • 13 à 18 ans : 8 à 10 heures

Sur le plan de la santé mentale, les enfants qui respectent ces recommandations auraient une meilleure mémoire, moins de problèmes de comportement, de régulation de leurs émotions et de difficultés d’apprentissage. Ils auraient aussi moins de risques de souffrir de dépression. Les adolescents qui dorment de huit à dix heures par jour auraient aussi moins tendance à s’automutiler ou à avoir des pensées suicidaires.

Les enfants et adolescents qui ne dorment pas assez risquent aussi d’être en moins bonne santé physique. Ils se blesseraient davantage et souffriraient en plus grand nombre d’obésité, de diabète et d’hypertension.

Ce qui ne veut pas dire qu’il faut laisser votre ado dormir jusqu’au milieu de l’après-midi sous prétexte que c’est bon pour lui. Les chercheurs en arrivent à la conclusion que dormir au-delà des recommandations est aussi néfaste pour la santé.

Afin d’arriver à instaurer une bonne hygiène de sommeil chez votre enfant, les médecins recommandent aux parents :

  • D’instaurer une routine avant l’heure du coucher;
  • De bannir les téléphones cellulaires, ordinateurs et consoles de jeux de la chambre à coucher;
  • D’empêcher l’exposition aux écrans des téléphones cellulaires, tablettes et autres gadgets électroniques avant le coucher. Ces appareils produisent une lumière bleue qui nuit à la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil.

Besoin d’un coup de pouce… Cliquer sur le lien pour obtenir la liste de nos suggestions de lecture pour que vos enfants, petits et grands, fassent leur nuit.

Bon sommeil à tous!