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Miroir, miroir…

On va se le dire, en pleines contractions, on a besoin de motivation

On va se le dire, en pleines contractions, on a besoin de motivation!

Ça peut être les caresses de notre amoureux, les « go, lâche pas! » de l’infirmière ou une musique qui nous crinque la poussée! Peu importe ce qui nous permet de traverser l’Everest de la douleur, on le prend! Et parfois, on peut être surprise par ce qui nous motive jusqu’à la grande révélation.

J’avais prévu des doudous, des biscuits, des Beatles, des respirations zen… mais non! Ce qui m’a apporté le plus de soutien, c’est… un miroir!

Au plus fort des contractions, alors que je souffrais le martyre et que je me demandais depuis trop longtemps si j’allais vraiment m’en sortir (ou si mon bébé allait finir par sortir!)… l’infirmière m’a offert d’utiliser un miroir. Hein??!!

Ma coach d’accouchement a approché un petit miroir à main. Un rond argenté d’une quinzaine de centimètres de diamètre qui allait me donner la force de me rendre jusqu’au bout.

Mais… hein??!! Vraiment? Est-ce que je voulais vraiment me regarder là? Là? Devant tout le personnel? Devant mon conjoint? Ish… pas sûre! Dans les cours prénataux, on nous avait parlé du ballon d’exercice, des massages, de la musique… mais pas du miroir.

« Vous n’êtes pas obligée, madame. Des fois, ça aide à se motiver de voir la tête du bébé qui s’en vient ». Ça nous aide à travailler avec le bébé et avec les contractions.

« Ah, pis pourquoi pas! »

L’infirmière tenait le miroir. L’accouchante (Bibi) observait son propre reflet dans le miroir. En fait, ce n’était pas moi que je voyais, c’était elle, ma fille arrivée à l’orée de mon corps. Le sac amniotique était si bombé qu’il dépassait du col.

Floush!

Bye bye, liquide amniotique! Bonjour, chevelure de mon bébé!

La dernière fois que j’avais vu ma fille, c’était en noir et blanc et en deux dimensions. Et voilà qu’elle était là en vrai, tout près. Toute prête.

Les secondes suivantes ont passé comme des nanosecondes. Voir mon bébé, la regarder progresser vers la grande sortie, pouvoir l’accueillir avec mes mains… une expérience que je n’aurais pas pu espérer vivre. Si j’avais su qu’un miroir s’inviterait à mon accouchement, je ne sais pas si j’aurais osé dire oui. Mais dans le feu d’action, je me suis laissé prendre au jeu et sincèrement, je ne regrette pas du tout.

Pour toutes les fois où le miroir est notre ennemi, cette fois-là, il a été mon ami!

Marina Desrosiers

Le grand jour approche. Ce jour que toutes les femmes enceintes attendent…

Le grand jour approche. Ce jour que toutes les femmes attendent avec

Le grand jour approche. Ce jour que toutes les femmes attendent avec impatience. LA rencontre. Celle qu’on attend pendant 9 mois. 9 mois à désirer un petit être qu’on ne connaît pas, à en rêver.

Le jour où on rencontre pour la première fois ce petit être humain qui logeait au fond de notre utérus et qu’on protégeait.

C’est beau, dit comme ça hein? C’est poétique…

Sauf que c’est pas totalement comme ça que je me sens.

Certaines me jugeront sûrement. D’autres me comprendront, enfin je l’espère.

Ce matin, j’angoisse. En fait, depuis que le fameux 37 semaines de grossesse est arrivé, j’ai une boule au fond de moi.

Ta rencontre me fait peur.

T’sais, c’est pas vrai que c’est toujours magique la première rencontre. C’est pas vrai que c’est toujours l’amour au premier regard.

On entend et on voit tellement de versions parfaites de la naissance des enfants et de l’amour maternel qui prend automatiquement le dessus et qui est si grand et si fort.

Sauf que dans la vraie vie, c’est pas toujours ça.

Dans la vraie vie, il y a… le vrai!

Quand j’ai eu Hayden, j’ai vécu cet amour au premier regard. Je me suis changée en maman lionne dès que mes yeux se sont posés sur lui. C’était intense. C’était mon premier bébé.

Pour Anna, on a appris à s’apprivoiser.

J’ai passé des heures à la regarder. À apprendre à la connaître. Ça ne s’est pas fait du premier coup à l’hôpital. Ç’a été un processus d’apprivoisement entre elle et moi.

Pourtant aujourd’hui, Anna et moi sommes inséparables. Je l’aime à en avoir mal en dedans. Mais ça a quand même pris un peu de temps avant que le BOUM, l’émotion et l’amour maternel prennent le dessus.

Et là, il y a cette cocotte qui arrive sous peu.

Elle n’était pas prévue. Je suis tombée enceinte dans un rush d’immobilier, au début de mon rush de tournage de Vendre ou rénover… tout ça en gérant le blogue Ma Famille Mon Chaos et mes contrats web. Tout ça en m’occupant de mes deux enfants bien présents qui demandaient BEAUCOUP d’attention.

Alors contrairement à mes deux grossesses précédentes, je n’ai pas eu le temps de flatter ma bedaine. Je n’ai pas eu le temps de lui parler.

On m’a souvent dit qu’un troisième, c’est comme ça. Parce qu’il y en a d’autres à gérer, et à aimer.

Comble de malheur, j’ai commencé à la sentir bouger à 30 semaines (merci placenta à l’avant…). Ça n’a pas vraiment aidé à renforcer notre lien.

La chambre est prête, j’ai acheté tellement de vêtements et de doudous, elle ne manquera de rien, c’est certain.

Mais ça, c’est seulement du matériel.

Et si on ne s’aimait pas? Et si j’avais tout préparé ce qui est à l’extérieur de moi, sans préparer l’essentiel… mon cœur et mon esprit?

Et si on ne s’aimait pas?

Comment naissent les étoiles…

C’était une belle journée. Nous étions au parc, dans le soleil

C’était une belle journée. Nous étions au parc, dans le soleil d’un matin de juin. L’insouciance et la candeur nous seyaient à merveille, nos éclats de rire étaient des odes à notre liberté enfantine. Les chemins de nos jeunes vies se croisaient pour la première fois, alors que nous ne savions pas encore épeler nos prénoms composés : nous en partagions d’ailleurs la moitié. Nos mamans bavardaient maternité et grossesse. Un troisième ou pas? Sujet délicat… Absorbées par nos jeux, nous étions à des années-lumière de nous douter que des liens invisibles et définitifs venaient de se tisser. Personne, d’ailleurs, n’aurait cru qu’ils nous réuniraient de la plus incroyable façon qui soit, quelque 25 ans plus tard.

J’étais à peine sortie de l’adolescence quand je l’ai appris de la bouche de ma mère. Je ne me souviens plus très bien de ses paroles, mais je n’oublierai jamais la sensation au creux de mon ventre : un mélange douloureux de vertige, de nausée et de vide. Un coup de poignard dans l’abdomen et dans l’âme. Une nouvelle comme celle-là, ça te fait des grands lambeaux dans tes projets de vie. Les miens avaient beau être intacts, les tiens passaient dans le tordeur. Le tordeur d’entrailles, le tordeur de cœur. La tempête de l’indignation a fait rage, puis le calme s’est installé. Soudainement, je n’ai pas vraiment compris pourquoi, la conviction profonde que tout avait un sens m’a envahie. Tes rêves de famille ne pouvaient pas s’envoler à cause d’un bout manquant. C’était cruel et invraisemblable. Il y avait forcément une solution : il fallait qu’il y en ait une. Tu ne pourrais jamais porter d’enfant, et malgré l’injustice impitoyable de cette réalité, je me doutais bien que le destin était un sacré magicien. Je ne savais simplement pas encore à quel point.

Les années ont filé. Ironiquement, je suis devenue enceinte quatre fois, en l’espace de cinq ans. J’ai donné naissance à deux garçons et à deux filles, au terme de grossesses relativement faciles et d’accouchements sans complications. J’avais la maternité dans le sang et le ventre accueillant, semblait-il. Pas toi. Même si tu connaissais la recette par cœur. Même si tu avais rencontré et épousé LE bon. Même si tu avais tous les ingrédients, toutes les quantités, toutes les qualités. Il n’y avait qu’un morceau qui faisait défaut. Un morceau qu’on ne pouvait pas t’installer. C’était choquant, frustrant et surtout insensé. Ce l’était particulièrement pour moi, chaque fois que je repensais aux petites lignes roses qui s’étaient succédé, dans des circonstances plus invraisemblables les unes que les autres.

Puis, il y a eu l’annonce. Mère porteuse recherchée. Publiée sur les réseaux sociaux, envoyée comme une prière dans les méandres virtuels. Une bouteille d’espérance lancée à LA mère. Il y a eu un écho, une réponse, une joie. Il y a eu un rêve palpable, une attente, un balbutiement de démarche. Puis brusquement, alors que tu te permettais pour la première fois de croire à tout ce possible, le néant. Cette mère qui se retire. Marée basse. Le ressac m’a heurtée moi aussi. Ma peine n’était rien en comparaison à la tienne. Je le savais, et cette idée m’attristait encore plus. Je pense que j’ai lu ton message des dizaines de fois : Notre chemin a croisé une étoile, mais ce fut une étoile filante… Le ciel est plein d’étoiles, j’ai confiance que nous trouverons la nôtre un jour! À 30 ans, forte de mes expériences de vie, je me suis dit que je pourrais probablement changer les choses. J’avais des questions, des inquiétudes, des doutes, mais par-dessus tout, j’avais envie d’essayer. D’aider. De corriger la situation. Et comme il fallait bien commencer quelque part, je me suis attaquée directement à l’infertilité : à « impossible de concevoir », j’ai ajouté « qu’elle n’aura pas d’enfant ». Et je t’ai envoyé un message.

L’histoire était sans doute inscrite dans le ciel depuis la nuit des temps, mais il aura fallu plusieurs rencontres, une quantité incroyable de tests, des rendez-vous par dizaines et une année entière pour que l’idée devienne réalité. L’algorithme de la vie est forcément un peu plus complexe quand on est trois pour faire un bébé. On a beau rassembler tout ce qu’il faut, se faire confiance et se donner corps et âme, la chimie doit opérer, littéralement. C’est presque un tour de magie.

Le premier essai fut le bon, je l’ai su très rapidement. À défaut d’avoir la certitude que je mènerais la grossesse à terme, je savais sans l’ombre d’un doute que la vie tentait de s’accrocher en moi. Les signes de grossesse étaient si nombreux et si évidents que je voyais là une forme d’approbation du destin. Les astres semblaient vouloir s’aligner. J’alternais entre la fatigue des premières semaines, l’euphorie de ce succès tant espéré et l’appréhension que l’aventure prenne fin trop rapidement. Surtout, je vivais avec l’impression constante de porter le plus fabuleux des trésors. Je sentais mon corps lourd et plein, mais mon cœur de cigogne avait des ailes.

Les semaines ont filé, et l’inaccessible rêve est devenu jour après jour plus tangible et plus vrai que nature. J’étais en paix, confiante, sereine. Quand j’ai senti les premiers coups de pied de ma petite passagère, j’ai refoulé une culpabilité et une impuissance que je n’avais pas envisagées. J’aurais tellement voulu partager ce moment. J’aurais tellement voulu que tu vives ces sensations‑là, ces premières‑là… J’aurais tellement voulu t’offrir plus, même si je savais très bien que je donnais déjà beaucoup. Je comprenais désormais que j’allais devoir composer avec un syndrome de l’imposteur des plus étranges. Je marchais en équilibre sur un fil. Une partie de moi avait envie de te raconter chaque petit détail de chaque journée. L’autre me disait de bien vouloir m’abstenir, pour ne pas tourner le fer dans la plaie en te rappelant constamment ce que tu ne pourrais jamais vivre. Heureusement, la complicité, l’ouverture et la confiance que nous partagions nous ont bien servies, et je crois que c’est ce qui nous a permis de trouver un juste milieu.

Mai est arrivé, avec l’odeur de la vie qui renaît. Nous attendions la fin du mois avec des étoiles au fond des yeux. Je regardais parfois les nombreux clichés en noir et blanc avec l’impression de rêver en couleurs. C’était pourtant bien vrai, mon ventre distendu en témoignait avec éloquence, et la fin approchait. Nous avions discuté de plusieurs scénarios, du rôle de chacun, du déroulement souhaité pour les différentes étapes de la naissance. Tout le monde était prêt. Parents, grands-parents, amis, médecins. Moi aussi. Je savourais les dernières semaines et j’anticipais cette arrivée avec fébrilité. Une fébrilité qui s’est muée en impatience, puis en impuissance. Un ventre accueillant qu’on disait, hein? Dix jours après la date prévue, je souhaitais qu’il l’eût été un peu moins! J’avais du mal à contenir ma hâte que ce petit miracle se produise. Je n’osais pas imaginer la tienne…

Finalement, une étoile est née avec le lever du soleil d’un matin de juin, la veille de mon propre anniversaire de naissance. Tout droit sortie du pays des rêves les plus beaux, sa lumière brillait à travers la Voie lactée. Elle s’est pointé le bout du nez en regardant le ciel, pressée de voir le monde et de rencontrer ces bras tendus, les tiens. Ceux de sa maman. Enfin. Il ne nous aura fallu échanger qu’un regard rempli de larmes, un seul, pour prendre la mesure infinitésimale de nos vies devant la magnificence absolue de l’univers. Une fraction de seconde pour reconnaître, dans nos yeux qui débordaient, cette même impression de tenir à bout de bras un bonheur beaucoup trop grand pour être contenu dans nos petits cœurs d’humaines.

Je sais que ta fille grandira et que viendra le jour où elle te demandera de lui raconter l’histoire de sa naissance. Je suis heureuse, et surtout fière, de savoir que tu pourras lui dire, sans mentir : Tu es le fruit d’un merveilleux tour de magie et c’est la cigogne qui t’a portée jusqu’à nous…

 

Marie-Hélène Marleau

Coups de cœur en vue de la naissance

Un sujet qui me tient particulièrement à cœur, c’est l’humani

Un sujet qui me tient particulièrement à cœur, c’est l’humanisation des naissances. Le point de départ de la relation entre un enfant et ses parents.

Nous sommes à une époque où le suivi médical de grossesse est la norme. Malheureusement, je trouve que c’est souvent au détriment du suivi de grossesse psychologique. Pas qu’un soit plus important que l’autre. Loin de moi l’idée de démoniser la médecine moderne. Je pense simplement qu’il manque un volet à l’accompagnement actuel des naissances. Un volet où l’on rappelle aux femmes la puissance de leur corps et de leur instinct ainsi que leur incroyable force. Un espace où l’on pense au petit bébé porté, où l’on apprend à entrer en communication avec lui, à l’écouter.

Je rêve que les familles puissent choisir un suivi qui leur ressemble, faire des choix éclairés et vivre ce moment comme un passage marquant. Parce qu’il y a un avant et un après la première grossesse, peu importe l’issue de celle-ci. Parce qu’il s’agit d’un moment de vie clé pour affronter ses démons, vaincre ses peurs et grandir comme humain. Un état de vulnérabilité, de changement, de perte de contrôle, qui nous confronte et nous offre une belle occasion d’évoluer, de prendre conscience de nos forces internes et de notre pouvoir.

J’avais envie de partager avec vous mes coups de cœur dans le domaine. Des références à suivre sur les médias sociaux en périnatalité pour que ce passage soit à votre image, avec vos choix, et en toute connaissance de cause. Ce n’est pas exhaustif, mais c’est un bon départ. Comme ces ressources sont toutes très solidaires, vous découvrirez assurément d’autres personnes inspirantes par le biais de leur compte.

Jacynthe Maltais

https://www.facebook.com/JacyntheDoula/

Jacynthe est, entre autres, une accompagnante à la naissance. Sa douceur et sa compétence transparaissent dans ses publications Facebook, mais également sur Instagram où elle partage des phrases inspirantes, transmet des connaissances et partage ses réflexions quotidiennes dans sa quête d’authenticité et de développement personnel. Si vous êtes de son coin, vous pourriez avoir la chance de vivre un accompagnement avec elle, peu importe votre lieu d’accouchement et le type d’accouchement que vous aurez. Pour les autres, nous ne sommes pas en reste : ses mots, sa bienveillance et sa croyance profonde en la force de celle qui enfante sauront certainement vous inspirer pour le grand jour. Une grande sensibilité et une grande disponibilité avec sa communauté virtuelle. C’est comme une vieille amie à qui l’on peut tout confier sans peur de se faire juger. Vous savez, les zones de maternité inconfortables, les peurs, les craintes? Elle aborde tout ça sans tabou et avec une authenticité déconcertante.

Fredérique, accompagnante à la naissance et femme

https://www.facebook.com/f.accompagnante/

Frédérique est également accompagnante à la naissance, en plus d’avoir plusieurs expertises dans l’univers périnatal (bain thalassothérapie, massothérapie, etc.). Mon coup de cœur vers la fin de l’année 2018, car elle a choisi de publier un calendrier de l’avent un peu différent. Pendant tous les jours précédant Noël, elle a en effet partagé de l’information concernant la périnatalité. Des mythes déboulonnés, des peurs et de craintes abordées et surtout beaucoup d’informations pratiques, le tout avec son ton bien à elle. Authentique, revendicatrice et bienveillante : vraiment une perle dans le domaine!

Karine La sage femme

https://www.facebook.com/Karinelasagefemme/

Karine est dévouée corps et âme au domaine de la périnatalité. Elle se bat pacifiquement pour changer le paradigme du monde des naissances. Elle offre des cours de préparation virtuelle à la naissance qui ont changé à jamais ma vision de la naissance. Elle décortique en sous-étapes tout le processus de l’accouchement, nous laissant avec une connaissance profonde de ce merveilleux passage psychique et physique. La préparation virtuelle donne également accès à son groupe Facebook fermé. Il s’agit d’un groupe où le soutien et la sororité sont à son meilleur. En plus, Karine prend le temps de répondre aux inquiétudes des futurs parents et alimente les réflexions du groupe. Elle porte le titre de sage-femme, mais la préparation convient à tout le monde, peu importe le type de suivi envisagé. Un univers spirituel qui sort des sentiers battus et qui propose de redonner à l’expérience de l’accouchement toute la noblesse qui lui revient : se faire confiance, faire confiance à son bébé et à son corps. Il ne s’agit pas d’une négation des côtés plus difficiles pouvant survenir, mais plutôt d’une union profonde avec le bébé à venir et ce peu importe l’issu de l’accouchement. Son blogue vaut le détour pour ses textes si justes et percutants. Mes coups de cœur : le quatrième trimestre et le récit de sa fausse couche. Une mine d’or!

Nicolas Maltais

https://www.facebook.com/Nicolaslacroixpepin/

Suivre la page de Nicolas, c’est avoir accès à de l’information de qualité, des outils concrets et aussi des pistes de réflexion sur la période périnatale et les enjeux qui l’entourent. Ça fait changement d’avoir un point de vue masculin sur cet univers souvent très féminin. Son bagage scientifique se mêle à sa sensibilité et il en résulte une page où l’on se sent respectée dans notre intelligence, nos intuitions et notre vécu. Un allié dans le combat contre les violences obstétricales et un passionné de son métier. Chaque publication me donne le goût d’interagir et de commenter, comme quoi il sait très bien faire de la place à l’autre et faire germer nos propres réflexions.

Je vous laisse avec une traduction libre de January Harshe, une référence dans le domaine du côté des États-Unis avec son mouvement Birth Without Fear qui traduit bien ma pensée sur le monde périnatal :

« Peu m’importe la sorte de naissance que tu as vécue… à domicile, césarienne planifiée, sous épidurale à l’hôpital ou seule dans les bois juste à côté d’un bébé chevreuil. Ce qui m’importe, c’est que tu aies eu des options, que tu aies été supportée dans tes choix et que tu te sois sentie respectée ».

Bonne découverte! Et n’hésitez pas à me partager vos coups de cœur en commentaire.

Roxane Larocque

Mon accouchement, un an plus tard

Un an. C’est le temps dont j’aurai eu besoin pour démêler les

Un an. C’est le temps dont j’aurai eu besoin pour démêler les émotions ressenties lors de mon deuxième accouchement. Un an pour en venir à la conclusion que je ne me suis sentie ni écoutée, ni respectée, ni considérée.

Pour vous mettre en contexte, toutes les médecins de mon GMF (groupe de médecine familiale) sont ouvertes aux différentes pratiques, se tiennent à jour sur les nouvelles approches et techniques et sont hyper respectueuses.

Pour ma part, il était hors de question d’accoucher sur le dos pour diverses raisons physiologiques qu’une physiothérapeute périnéale pourrait vous expliquer beaucoup mieux que moi. Je tenais à accoucher sur le côté ou à quatre pattes. J’ai pu le faire pour mon plus vieux. Nous avons eu le temps de nous installer, de discuter avec le médecin qui n’y voyait aucun inconvénient, j’ai pu poser toutes mes questions. Ma sœur était avec chéri-mari et moi pour maintenir ma jambe ; en étant couchée sur le côté, une de mes jambes se retrouve « en l’air » et ma sœur s’assurait que la médecin ou l’infirmière ne recevrait pas de coup de pied. Cela a permis à chéri-mari d’être auprès de moi et de pouvoir sortir bébé, de couper le cordon ombilical, de m’annoncer le sexe et de savourer le moment.

J’espérais un accouchement semblable la deuxième fois. Par contre, plusieurs facteurs en ont fait une expérience tout autre. Tout d’abord, je n’ai pas ressenti de contractions comme à mon accouchement précédent. J’avais une pression dans le bassin, au point de ne pas pouvoir m’asseoir le dos droit parce que ça pesait trop pendant les quelques jours précédents.

La nuit même, la pression est devenue très forte et très douloureuse. Mais comme les sensations étaient vraiment différentes de ce que j’avais connu et que je n’avais jamais entendu parler d’un accouchement sans contractions « qui se calculent » ni perte des eaux… eh bien, je ne pensais pas être en train d’accoucher en tant que tel. C’est la perte du bouchon muqueux qui a donné le signal. Nous avions donc attendu lesdites contractions en vain et j’ai dû en avoir à peine cinq ou six au total.

Ceci étant dit, nous nous sommes rendus à l’hôpital de justesse. Il s’est écoulé 29 minutes entre le moment où nous avons poussé la porte d’entrée et la naissance de notre fils deux étages et une aile plus loin.

De plus, pour diverses raisons, il n’y avait pas de médecin de mon GMF de garde ce jour‑là. Je ne savais donc pas sur qui je tomberais, quelle approche il ou elle aurait…

Quand le médecin m’a annoncé qu’il était trop tard pour la péridurale, j’ai paniqué. Sans perte des eaux ni contractions habituelles, j’étais certaine que j’en avais encore pour quelques heures. La douleur était immense, je ne pensais pas pouvoir la tolérer.

Nous nous sommes installés en catastrophe dans la chambre. Ma mère était présente pour tenir ma jambe et chéri-mari pour me soutenir et accueillir bébé. Mais je n’ai pas pu vivre MON accouchement comme je l’entendais.

Lorsque j’ai mentionné à la médecin que je voulais accoucher sur le côté, elle m’a répondu qu’il n’y avait pas de problème. Par contre, elles m’ont installée avec les deux pieds dans les étriers. Je me rappelle très clairement avoir tenté de me tourner sans en être capable. J’ai réalisé plus tard qu’elles me tenaient les pieds dans les étriers pour que je ne puisse pas me retourner.

J’ai accouché les fesses en l’air parce que je tentais de me positionner sans comprendre qu’on m’en empêchait. Lorsque ma mère a voulu s’installer près de moi comme je le désirais, l’infirmière l’a rabrouée sèchement et l’a écartée du lit. Mon bébé sortait dans sa poche. La médecin a crevé les eaux, la tête est instantanément sortie. J’ai ensuite à peine eu le temps de dire que je ne comprenais pas comment pousser dans la position dans laquelle j’étais (les pieds tenus de force, le bassin en l’air), que mon bébé sortait complètement.

J’ai accouché à toute vitesse, sans aucune intervention médicale nécessaire, pas même un point de suture. Ça aurait dû être une belle expérience, mais j’ai accouché dans la peur et l’incompréhension. Une chance que mon accouchement a été « facile » ; quelles autres décisions auraient été prises sans me consulter sinon?

Quand on a déposé mon enfant sur moi, je tremblais, je ne savais pas comment je me sentais. Je n’arrivais pas à me réjouir, à me calmer. Heureusement, ça s’est passé plutôt rapidement. Par contre, mon corps, mon cerveau, ont refoulé mes émotions bien loin pour que je puisse profiter de ces moments magiques.

Je tiens à préciser ici que ces désirs et convictions faisant partie de mon plan de naissance sont importants pour moi dans la mesure où tout se passe bien. Il est certain que si une complication était survenue, j’aurais tout à fait confiance au médecin et j’aurais suivi ses directives sans rouspéter.

Ce qui me choque ici, c’est qu’aucune raison médicale ne justifiait l’attitude du corps médical autre que la paresse. Les médecins et les infirmières ont bêtement décidé de se simplifier la vie.

Mais ce n’était pas elles qui accouchaient, c’était moi. Elles ont profité du fait que je n’étais pas en mesure d’argumenter et de saisir tout ce qui m’arrivait pour faire à leur tête afin d’être plus confortables.

Nous utilisons souvent la phrase « C’est mon corps, c’est moi qui choisis » avec notre fils de trois ans qui la comprend très bien, mais une médecin et une infirmière n’ont pas su respecter ce concept pourtant si simple et évident : c’est mon corps, mon accouchement, c’est moi qui choisis.

En plus de ne pas me respecter, elles ont acquiescé pour ensuite m’empêcher physiquement de bouger. Je n’étais plus libre de mes mouvements. Comme lorsque les femmes n’avaient aucun droit et que leurs opinions et leurs sensations n’étaient pas considérées. Au cœur même de mon propre accouchement, je n’ai pas été considérée. En 2018. J’en suis outrée.

Et je vois venir les commentaires… Chéri-mari aussi était dans l’urgence et dans l’émotion. Lorsque je lui en ai parlé, il n’avait pas du tout vu ça comme ça et y a été très sensible. Je ne peux malheureusement rien faire. Par contre, j’ai déjà discuté avec ma mère et chéri-mari qui s’imposeront et feront respecter mes choix lorsque viendra le temps du troisième accouchement, en espérant tout de même que ce ne sera pas nécessaire.

Jessica Archambault

 

T’apporter sur terre : un récit de naissance à domicile

Ma belle Clara, voici l’histoire de ta naissance. Notre histoire

Ma belle Clara, voici l’histoire de ta naissance. Notre histoire à nous, de mon point de vue. Cette aventure que nous avons traversée ensemble, accompagnées de ceux qui nous aiment et qui croient en nous. En espérant qu’elle puisse te faire ressentir toute la puissance et la beauté de ce moment.

Je t’ai portée pendant 40 semaines et 2 jours. C’est drôle, le temps. Il file tellement vite parfois et pourtant, en fin de grossesse, j’avais l’impression que chaque jour après la 39e semaine était une éternité qui me séparait de toi. J’avais hâte de te rencontrer ; peut-être que j’étais trop pressée. Un jour, alors que je méditais avec une main sur le cœur et l’autre sur le ventre, j’ai compris, comme si tu venais me le chuchoter à l’oreille, que je devais profiter de ses derniers moments. J’ai lâché prise. Je t’ai remerciée de me laisser le temps de préparer la maison pour ton arrivée, d’avoir le temps de jouer seule avec ton frère pour une dernière fois avant longtemps et de faire une dernière soirée en amoureux avec ton père pour longtemps aussi. Je t’ai fait confiance et tu as choisi un soir de mai pour débuter ton chemin vers nous.

Je n’avais eu aucun signe de ta venue, pas de contractions, rien. Puis, ce soir-là, j’ai commencé à ressentir mon ventre se crisper. J’en ai parlé à ton père et on s’est recouchés après avoir bordé ton frère dans son lit. Une soirée comme tant d’autres qui allait pourtant devenir extraordinaire.

Aux alentours de minuit, je n’arrivais plus à dormir, les contractions étaient plus longues et régulières. Ça y était, ce magnifique travail qui allait nous réunir venait de franchir une autre étape. Ton père s’est occupé d’appeler la sage-femme pour qu’elle vienne nous rejoindre, tes grands-parents pour qu’ils s’occupent de ton frère au besoin et la photographe qui allait immortaliser ce moment si précieux.

Pendant ce temps, de mon côté, je vivais bien les contractions. Contrairement à la naissance de ton frère, je n’ai pas perdu mes eaux en début de travail, les contractions étaient donc plus douces, plus progressives. J’ai quand même eu un petit vertige en les ressentant parce que tout d’un coup, mon corps se souvenait de ce qu’il allait traverser. C’est intense, une naissance. Je n’ai, jamais de ma vie, donné autant d’effort, d’énergie et d’endurance qu’en donnant la vie. C’est une expérience difficilement descriptible que je te souhaite un jour de vivre à ton tour. Comme si le monde tel qu’on le connaît s’arrêtait un instant. Impossible d’être ailleurs que dans le moment présent. Une belle danse entre la mère et son bébé qui les pousse de la plus grande des douleurs au plus grand des bonheurs.

Je tentais de prendre les contractions avec de longs sons graves. Je soufflais sur mon ventre en t’imaginant y descendre. Ton père était toujours près de moi, très présent, rassurant. Il me collait, on dansait doucement debout dans notre chambre sous l’éclairage tamisé. Les gens sont arrivés et se sont installés autour de nous. J’étais rassurée de voir que la sage-femme était à la maison, j’aurais tellement eu de peine si j’avais dû accoucher ailleurs que chez moi. Elle a pris le temps de me parler, de m’écouter puis d’écouter ton petit cœur. Tout allait bien, tu descendais doucement.

Puis, j’ai senti que tout s’accélérait. J’ai demandé à connaître la progression de mon ouverture. Avec étonnement, j’ai appris qu’il y avait un bon bout de chemin de fait. Agréable surprise, car tout devenait plus intense et je commençais à avoir besoin d’encouragement. La deuxième sage-femme a été appelée. Une étape de plus de faite, ça progressait bien.

J’ai poursuivi le travail dans la piscine d’accouchement. Étrangement, ton frère dormait encore. Je croyais que tout ce bruit allait le réveiller. Il faut dire que son pépé était allé le rejoindre, sa présence devait lui permettre de poursuivre son sommeil en sécurité. Ma mère, toujours aussi dévouée, faisait des allers-retours de la cuisine à la piscine. J’ai pris un long bain ce soir-là et on manquait d’eau chaude pour la piscine. Un degré de moins que ce que l’on vise. Alors ta grand-mère travaillait comme une abeille pour que tout se passe bien et faisait bouillir de l’eau qu’elle apportait à la piscine. Ton père était encore tout près de moi. Je mettais de la musique. Plein de pièces choisies parce qu’elles me rappelaient les gens que j’aime ou parce que je les écoutais durant ma grossesse. J’arrivais à fredonner entre les contractions, ça m’aidait à relaxer, ça changeait l’ambiance.

Dans la piscine, j’ai eu un moment de panique. C’était si fort, si intense. La sage-femme venait me parler en me regardant directement dans les yeux. Ça me calmait, ça m’apaisait, je me ressaisissais. Si tu avais vu le regard de ton père! Il était tellement confiant. Il était solide comme un roc sur lesquels toutes les vagues de mes contractions vont se briser. Il le savait, lui, que tout allait bien et que bientôt, tu serais avec nous. J’ai fini par dire : « Je commence vraiment à être tannée, ça doit être bon signe! ». Un petit clin d’œil ici au cours de préparation virtuelle à la naissance de Karine la Sage-Femme. J’y ai appris et compris les étapes de l’accouchement d’une manière tellement simple et authentique. Je savais donc que lorsque je croirais que mon corps allait se fragmenter sous la douleur, que je perdrais mes repères et mes certitudes, que c’est bon signe. Que bientôt, j’aurais fini de m’ouvrir et que tu pourrais descendre pour découvrir la vie avec nous. C’est ce qui est arrivé. Une longue contraction qui ne semblait plus vouloir finir a laissé place à la poche des eaux qui crève. Puis, je me suis dirigée vers la chambre pour la poussée, car tu t’en venais rapidement.

C’est à cet endroit qu’est né ton frère et c’est à cet endroit que je me suis dirigée d’instinct. Je te sentais arriver vers nous, je criais plus fort ; ça a réveillé ton frère. Votre grand-père lui a expliqué ce qui se passait et il est descendu à l’étage pour jouer. Pendant ce temps, j’étais couchée sur le lit, entourée de la présence bienveillante de ton père et des sages-femmes qui me supportait les jambes à ma demande. Comme ça, sur le côté et bien entourée, je sentais ta tête, puis après quelque temps, j’ai senti tout ton corps sortir. Quelle merveilleuse sensation, je flottais de bonheur. Je t’ai prise toute collée contre mon cœur et je pleurais d’amour. Un petit bébé tout chaud, tout gluant, bien collé en peau à peau, il n’y avait rien de mieux pour que toute cette expérience intense devienne soudainement l’un des plus beaux moments de ma vie. Tu allais bien, tu respirais bien et on découvrait que tu étais une petite fille. Quel bonheur!

Après, c’était au tour du placenta. À mon premier accouchement, j’avais un peu peur, je ne voulais pas retourner dans la douleur. La sage-femme m’avait alors dit que c’était tout mou et tout chaud, aucune crainte à avoir. Alors cette fois, je repensais à elle et je n’ai pas eu peur. Bien installé à quatre pattes dans le lit, ça y est, tout était fini, ne restait plus qu’à s’aimer pour toute la vie.

Ton père est allé chercher ton frère. Nous voilà réunis tous les quatre. Ton frère te trouvait drôle, il te regardait et te souriait. La sage-femme lui a expliqué comment couper ton cordon. Parce que ton frère nous avait demandé « de faire ton nombril » et on trouvait sa demande tellement belle qu’on s’est assurés qu’il pourrait le faire. Il est reparti ensuite dire à ses grands-parents : « Eille! Un bébé, ça naît tout nu! Elle n’a même pas de linge, ma sœur ». Puis, il est reparti jouer comme si de rien n’était.

Nous, on s’est collées, je t’ai allaitée. Après quelques heures et une bonne tétée, la sage-femme est venue doucement te mesurer et te peser. C’est vraiment précieux de ne pas être pressée dans les heures suivant une naissance. La sage-femme est repartie plus tard dans la journée, nous laissant dans notre bulle d’amour jusqu’à sa prochaine visite le lendemain. Ne restait plus qu’à te trouver un nom, mais ça, c’est une autre histoire.

Les deux sages-femmes qui ont assuré le suivi durant la grossesse et l’accouchement ont continué de nous voir comme ça, en alternance, jusqu’à tes six semaines. D’abord à la maison, puis dans leurs chaleureux bureaux pour notre première sortie quelques semaines plus tard. Tout était beau, un autre enfant en santé. Nous sommes choyés.

Ma fille, tu es née le poing dans les airs, prête à revendiquer tes besoins et tes droits. Tu n’avais que quelques heures de vie et déjà, on te savait allumée, paisible et belle comme le jour. De cet accouchement, je retiens la force des femmes : la mienne, la tienne, celle de ma mère, des sages-femmes et de la photographe. Cette nuit-là, ensemble, nous avons uni nos forces pour t’apporter sur la terre. Elles nous ont fait confiance et ont veillé sur nous pour que tout se passe bien, nous laissant tout l’espace pour que se déploient nos forces et notre puissance.

De cette nuit-là, je retiens aussi que ton père était aussi là pour nous soutenir, pour nous regarder avec les yeux pleins de confiance et d’émerveillement et nous permettre de vivre ce moment dans la paix d’esprit. Tu pourras toujours compter sur lui pour ça. Aussi, ton grand-père et ton frère, en retrait de l’action, mais présents dans la maison pour que la vie continue simplement et naturellement malgré tout. Ils seront là aussi pour t’aider à cheminer à travers ton quotidien. Et puis, il y a tous ceux qui étaient avec nous en pensées. Tu as de la chance, nous sommes bien entourés et aimés.

Très chère Clara, cette nuit-là suivie de ce doux matin avec toi, je n’ai pas arrêté de te sourire. J’étais fière de moi et heureuse d’avoir pu te mettre au monde dans la dignité et le respect. Je te souhaite que le reste de ta vie soit sous le même signe. Je t’aime.

Photographe : Veronique Verret

Roxane Larocque

Moi : Mère porteuse

Il arrive régulièrement qu’on me pose des questions au sujet de

Il arrive régulièrement qu’on me pose des questions au sujet de mon expérience de mère porteuse. Les gens sont parfois méfiants, souvent intrigués, pratiquement toujours curieux. Pour la majorité d’entre eux, c’est une belle histoire de générosité. Mais certains froncent les sourcils en croyant encore, à tort, que le processus est illégal*, alors que d’autres n’ont en tête qu’un scénario déchirant où une mère en larmes abandonne son enfant à la naissance. Aujourd’hui, c’est mon cœur de cigogne qui aimerait vous partager un petit bout de mon vécu, en toute transparence. Parce que les tabous entourant la gestation pour autrui sont encore bien présents et, surtout, parce que les belles histoires méritent d’être racontées…

En 2015, j’ai fait le choix de devenir mère porteuse pour un couple d’amis. Il existait entre nous un fort lien de confiance et beaucoup de respect. Évidemment, je ne savais pas avec précision ce qui m’attendait. J’avais posé des questions et obtenu des réponses, dans la limite de ce qui pouvait être souhaité, prévu ou planifié. Il restait quand même une bonne part d’inconnu, sur laquelle je n’avais aucun contrôle. Comme pour toutes les grossesses, il y avait des risques. Comme pour n’importe quelle fécondation in vitro et n’importe quel transfert d’embryon aussi d’ailleurs. Mais j’étais préparée. Prête. Dans mon cœur, dans ma tête, dans mon corps. J’avais bien réfléchi — longtemps — j’avais même eu à rencontrer une psychologue. Je voulais que tout soit clair dans mon esprit, parce que c’était bien le seul endroit où je pouvais avoir un minimum de contrôle. J’avais bien fait mes devoirs.

Quand le premier essai s’est avéré une réussite, j’étais vraiment heureuse et excitée. C’était un rêve qui devenait réalité. Un rêve que je partageais, auquel je prenais part, mais qui était surtout celui d’un couple qui désirait un enfant. Les mois ont filé, mon ventre a grossi, plein d’une nouvelle vie. Une vie que je savais fragile, que je me suis surprise à craindre de perdre sans raison, parce que lorsqu’on porte le trésor d’un autre, on dirait qu’il est encore plus précieux. Parce que j’avais presque dix ans de plus qu’à ma première grossesse, et qu’avec le temps, on perd un peu d’innocence et de naïveté. Puisque je suis d’un naturel optimiste, j’ai quand même vécu cette grossesse dans la joie, dans l’espoir.

Avec l’accouchement a pris fin la grossesse. Et avec la naissance de ce petit être, si ardemment désiré, a pris fin notre histoire. Je l’ai racontée souvent, mais on a rarement cru que je disais vrai. Dans la tête de bien des gens, il y avait l’idée que je « donnais mon enfant » et que cette séparation devait être douloureuse, voire déchirante. Rien ne pouvait être plus loin de la réalité…

Il faut comprendre que mon cœur de cigogne n’est pas tout à fait le même que mon cœur de maman. Bien sûr, j’ai accueilli cette vie avec tendresse et amour. J’ai pris toutes les précautions nécessaires pendant la grossesse, j’ai respecté mes engagements à la lettre. J’ai flatté mon ventre et j’ai parlé à ce bébé comme je l’avais fait avec mes propres enfants. J’ai tissé des liens invisibles et partagé mon corps avec cet enfant à venir, mais pendant tout ce temps, j’étais pleinement consciente qu’il n’était pas le mien. Et c’était parfait ainsi.

Au moment de la naissance, cet être que j’avais porté pendant neuf mois arrivait enfin à destination et pouvait rencontrer sa mère, son père. Mon rôle à moi consistait à aider cette famille à devenir, pas à en faire partie. En aucun cas, je n’ai considéré cet enfant comme le mien : je n’ai donc pas eu l’impression de le « donner ».

Pour être honnête, j’ai immédiatement fait une nette distinction entre le bébé vigoureux qu’on a posé sur moi et celui qui donnait des coups de pied dans mon ventre quelques heures plus tôt. La grossesse, c’était le prologue et je jouais un rôle important. Mais la vraie histoire commençait au chapitre 1, après l’accouchement, dans les bras de papa et maman. Je suis reconnaissante d’avoir eu le privilège, d’être témoin d’instants magiques et d’émotions fortes et d’y prendre part. Mais je peux vous assurer que mon cœur de cigogne n’a jamais eu le moindre pincement lorsque, débordante de fierté, de soulagement et du sentiment du devoir accompli, j’ai pris dans mes bras cette petite fille pour lui souhaiter une vie pleine et belle avec ses parents.

Et mon cœur de cigogne ne saignera pas non plus lorsque, dans quelques mois, je mettrai au monde son petit frère ou sa petite sœur…

* « Même si ce n’est pas un crime de faire porter un enfant par une mère porteuse, la payer pour ses services est une infraction, tout comme il est interdit de demander ce service à une personne de moins de 21 ans. En outre, la loi prévoit que l’entente conclue avec une mère porteuse n’a aucune valeur au Québec. » https://www.educaloi.qc.ca/capsules/la-procreation-assistee

Marie-Hélène Marleau

Journée mondiale de la sage-femme

Le 5 mai est la journée mondiale des sages‑femmes. Je veux donc e

Le 5 mai est la journée mondiale des sages‑femmes. Je veux donc en profiter pour faire l’éloge de grandes femmes compétentes et dévouées qui servent humblement le monde de la naissance depuis la nuit des temps. Je le mentionne tout de suite, je suis complètement en amour avec ce service. Bien que je comprenne que c’est encore un choix de suivi qui peut faire peur, intriguer ou même rebuter certaines personnes, aujourd’hui je n’ai pas envie de convaincre qui que ce soit. J’ai juste envie de vous partager ma vision et mon expérience avec les sages‑femmes qui ont marqué ma vie. Celles qui m’ont suivie et celles qui sont passées autrement dans ma vie, mais qui m’ont tout autant influencée.

Il a bien changé, le métier de sage-femme avec les époques. Maintenant, les femmes font quatre ans d’études universitaires spécifiquement liées à la physiologie de l’accouchement, à sa normalité et à ses complications en plus des milliers d’heures de stages cliniques. Il y a également un ordre qui les régit. Elles arrivent formées, outillées, compétentes, mais surtout respectueuses de la femme qui porte la vie. Et ça, c’était présent bien avant leur formation officielle.

Le service

Je n’ai jamais eu un aussi bon service public que celui offert lors de mes grossesses. Je me suis sentie respectée, écoutée, encouragée. Les rencontres, d’au moins une heure, ne couvraient pas seulement l’aspect physique, mais aussi psychologique et la préparation mentale de la naissance. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai partagé mes peurs les plus profondes par rapport à mes grossesses et mes accouchements et toujours, j’ai été reçue avec respect et empathie. Comme un beau mélange d’approches féministes inclusives écosystémiques qui redonnent le pouvoir aux femmes et leur permettent de comprendre toute la force qui les habite. Le plus beau c’est que la place des conjoints/conjointes est très bien définie. Le bébé, la femme, le partenaire, la famille, la famille élargie, tout le monde est pris en considération.

En plus, elles sont accessibles. Elles font de la garde par cellulaire pour les urgences, 24 h sur 24 h, sept jours sur sept. Bien sûr, je n’ai jamais abusé du concept, mais savoir que je pouvais leur parler directement s’il y avait quelque chose, ça me faisait un grand bien. Et puis, les fois où je les ai appelées, elles m’ont tout de suite déculpabilisée. Parfois, j’ai eu peur pour rien, d’autres fois, elles ont préféré faire des tests supplémentaires. Jamais je n’ai senti de panique et elles m’ont toujours prise au sérieux. C’est ce qui est beau des sages-femmes, elles font confiance aux femmes et mélangent leur savoir à notre instinct maternel pour être certaines de ne rien laisser passer. Un service rigoureux, mais pas exagéré.

L’accouchement

Je vivrai bientôt mon deuxième accouchement à la maison et je repense encore au premier avec beaucoup de bonheur. Il y a certainement eu de la douleur oui, on ne s’en sort pas. Mais ce que je retiens, c’est tout le travail fait avec mon bébé vague par vague. Mon conjoint présent et encourageant. Ma mère qui veille à ce que tout le monde soit bien. La sage‑femme en retrait, mais jamais loin, confiante, rassurante, aimante. À un moment donné, j’étais découragée, elle m’a simplement prise dans ses bras et m’a dit que j’allais y arriver. Peu de mots, mais une douceur et une confiance qui m’ont fait continuer.

Elle est repartie quatre heures après la naissance de mon fils. Elle n’a rien précipité, la pesée, les mesures, tout ça a attendu à après le premier boire. Il y a bien sûr eu un examen pour s’assurer que mon bébé et moi allions bien, mais ce n’était pas intrusif. Nous avons collé notre bébé mon mari et moi, je l’ai allaité, il s’est endormi et puis on a fait le reste. Puis tout le monde est reparti et on est restés dans notre bulle d’amour à regarder notre bébé dormir et manger à son rythme sans être dérangé. J’ai mangé ma nourriture, dormi dans mon lit avec mon fils et mon mari, je me suis lavée dans mon bain. Bref, le confort de notre maison pour récupérer, c’était parfait pour nous.

Les six semaines suivantes, c’est encore les sages‑femmes qui assuraient le suivi. Un service personnalisé de la sorte, ça n’a pas de prix, surtout pour une nouvelle maman un peu perdue et sans repère. Savoir que les mêmes deux sages-femmes qui avaient assuré le suivi de ma grossesse suivaient maintenant mon petit bébé sorti du bedon, c’était hyper rassurant pour moi, car elles avaient toute ma confiance.

Le bébé

Finalement, une chose qui m’a beaucoup touchée chez les sages‑femmes outre leur vision si enrichissante de la naissance, c’est toute la place qu’elles font au bébé dès sa conception. Il est reconnu comme un être à part entière. Elles se soucient de son physique, mais de son psychologique aussi et ça, c’est extrêmement rare dans notre société. Avant de toucher ma bedaine, elle s’adresse toujours à mon bébé pour l’avertir, pour se présenter, pour prendre de ses nouvelles. Elle lui reconnaît des traits de caractère ou une humeur à la façon dont il bouge, dont il réagit.

En cette journée mondiale des sages‑femmes, je vous dis merci ! Merci de vos sacrifices, surtout merci de ne pas nous en faire porter le poids. Merci de votre respect, de votre écoute, de votre grande compétence et de votre dévouement. Merci aux sages‑femmes pionnières du Québec qui ont ouvert le chemin pour les nouvelles, et merci aux nouvelles de continuer à se battre pour être reconnues à leur juste valeur. Le Québec a besoin de plus de sages‑femmes accessibles, mais pas à n’importe quelles conditions non plus. Je vous souhaite finalement la reconnaissance que vous méritez.

Roxane Larocque

Je ne savais pas

J’ai toujours su que je voulais être maman. J’étais enfant et

J’ai toujours su que je voulais être maman. J’étais enfant et je le savais. On rit encore, mon amie et moi, de nos discussions au secondaire. Elle, à quinze ans, disait ne pas vouloir de bébé parce qu’elle ne voulait pas accoucher. Et moi, gentiment, je riais d’elle et je lui assurais le contraire. (Elle est d’ailleurs maman, maintenant.)

Avant de faire mon premier test de grossesse, je savais que j’étais enceinte. Quand j’ai vu le +, j’ai eu un petit vertige. J’étais enceinte. C’était vrai : j’allais être maman. J’ai pris le téléphone et j’ai appelé l’amie qui, à quinze ans, ne voulait jamais accoucher. Dire qu’elle est maintenant la marraine de mon troisième, ma p’tite boule d’amour!

Mais là, je ne savais pas ce qui m’attendait.

Je ne savais pas que j’aimerais déjà à la folie, même si mini, ce petit être que je fabriquais de toutes pièces, que je tricotais. Je ne savais pas que je m’inquièterais déjà pour lui et que ce sentiment se répèterait à toutes les grossesses. Que je devinerais déjà les traits de personnalité de mon bébé-bedon, mais que cette petite bibitte finirait toujours par me surprendre.

Je ne savais pas que mon corps serait autant mis à l’épreuve, grossesse après grossesse. (Disons simplement que je n’avais pas des grossesses de rêve.)

Est arrivé le jour de l’accouchement. Lorsqu’on a déposé bébé sur moi, ma poulette adorée, que j’ai pu la tenir et la regarder enfin, ça m’a rentré dedans comme une tonne de briques.

Je ne savais pas. Vraiment pas.

Je ne savais pas que je pouvais aimer autant. Que je pouvais avoir mal en dedans chaque fois que je regarderais mon bébé. Que mon univers serait chamboulé, car ma vie prenait tout à coup un sens complètement différent.

Je ne savais pas que je ne me tannerais jamais et que je serais encore aussi émue de regarder ma fille et mes fils dormir, même à sept ans. Surtout, je pensais m’habituer à toutes ces émotions si complexes qui viennent avec la maternité, mais non. J’ai trois enfants, et les trois me remplissent d’une émotion indescriptible tellement je les aime. L’amour, la fierté, les angoisses, les peurs, la protection, name it… Tout ça, mélangé à beaucoup de fatigue qui occasionne souvent la disparition de la patience, disons‑le. Ce n’est pas toujours simple, hein! D’ailleurs, je ne savais pas que je pourrais être autant à bout, par moment.

Je ne savais pas que « choisir ses batailles » deviendrait ma devise. Que j’aurais un instinct qui deviendrait mon meilleur allié. Qu’une wannabe superwoman ainsi qu’une maman ultra poule cohabiteraient dans mon p’tit corps. Que parfois, ces deux rôles-là me nuiraient. Je ne savais pas que je n’aurais pas toujours réponse à tout. Que je me poserais souvent trop de questions. Même si les p’tits vieillissent, ça n’arrête jamais. Je ne savais pas que je deviendrais ma pire juge.

Je ne savais pas que ma mémoire me lâcherait sans cesse, mais que je me souviendrais du jour de mes accouchements à la seconde près. Je ne savais pas que mes enfants me feraient prendre conscience de moi-même. Que je me verrais en eux, que j’apprendrais à mieux me connaître. Qu’ils m’amèneraient à me dépasser, mais aussi à ME respecter.

Je ne savais pas que devenir parent serait le rôle plus beau, tout en étant le plus difficile de toute ma vie.

Il y a bien d’autres choses que je ne savais pas, et d’autres que je ne sais assurément pas encore.

J’ai peut-être toujours su que j’allais être maman. Sauf que, maintenant, je sais ce que c’est que d’être UNE maman.

Je me souviendrai toujours de ce jour en 2011, quand mon premier enfant est né. Et de ceux de 2012 et de 2014. Je me souviendrai de chaque naissance, pratiquement de chaque minute.

Sept ans déjà que je suis maman…

Je ne savais pas que ça passerait si vite.

Caroline Gauthier

Une mère, c’est essentiel. Une tante, c’est important : lettre à ma nièce

Ma belle niènièce d’amour,

Ma belle niènièce d’amour,

Tu es venue au monde le 28 avril 2017, alors que j’étais déjà maman de deux petites filles et que j’allais l’être une troisième fois à nouveau à peine trois semaines après ta naissance. Il m’a semblé — mais peut-être est‑ce fou — que notre relation était condamnée à l’avance. Que j’aurais ben beau t’aimer avec mon grand cœur de nouvelle tatie, jamais je n’aurais le temps et l’énergie de m’investir dans cet amour, car ma machine maternelle et maternante surchauffait déjà. Il me semblait que t’aimer, je ne pourrais le faire qu’à distance.

Quand tu es née, j’étais une enflure sur deux pattes, une planète qui tourbillonne avec vigueur pour se déplacer dans l’espace. J’étais enceinte de trente‑huit semaines. J’étais fatiguée, ankylosée, courbaturée, mais émerveillée de te voir enfin le bout du nez. Je me souviendrai toujours de la première visite que je t’ai rendue, à la maison de naissance de Blainville, en compagnie de ta grande cousine Lilianne qui te regardait avec les yeux brillants d’étoiles. Par respect pour ma petite sœur qui tenait son petit bébé avec une légère nervosité de petite maman, je n’ai pas osé te tenir dans mes bras, même si je me disais avec tristesse que les occasions de te prendre manqueraient au cours de ta vie, de la mienne. Mes bras, ils serviraient bientôt de hamac et de perchoir pour mon bébé alors encore dans mon ventre.

Pourtant, à peine vingt‑quatre heures après ton retour à la maison, une occasion en or s’est présentée à nous. Une occasion déguisée en haute pression maternelle et en haute fatigue paternelle. Une occasion pour moi de devenir l’héroïne du jour en proposant de venir te bercer une nuit complète. Une occasion pour moi de te tenir longuement dans mes bras, de humer ton parfum naturel sucré que tu portes encore à ce jour, de te couvrir de ma tendresse de tatie. Je me suis dit que ma vie était un beau chaos, et donc qu’entre les cours de théâtre de Lilianne, les crises d’asthme de Mandoline et les tétées d’amour de mon bébé à venir, je n’aurais certainement plus jamais le temps de bercer ma belle niènièce en oubliant que le temps file et que les aiguilles tricotent. Je me suis dit que je serais sûrement tellement occupée à être une maman que jamais je n’aurais le temps d’être un tant soit peu une tatie.

Mais je me suis surtout dit que cette nuit de l’extrême fin-avril, elle nous appartenait, à toi et moi, et nous appartiendrait pour toujours. Que tout l’amour que je porte à mes propres enfants ne pourrait néanmoins pas nous l’enlever. Que ma fonction de mère de tes trois cousines ne pouvait rien contre cette nuit. Qu’elle était là, gravée sur mon cœur comme un tatouage sur Kat Von D. Que je serais ta tatie pour toujours, même si parfois, voire souvent, les circonstances exigeraient que j’exerce ma tatitude de loin, à trois bras de distance.

Je me suis dit que ça prenait un village pour élever un enfant, et que je ferais partie de ton village. Qu’une mère, c’est essentiel; qu’une tante, c’est important.

Que mes enfants sont tout mon univers, et que toi, tu es mon soleil.

 

Véronique Foisy

L’instinct maternel qui avait oublié de se pointer le jour de ta naissance

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42 semaines… 42 semaines à cohabiter. 42 semaines à connecter. 40 semaines, c’est une moyenne, paraît-il. J’avais si hâte de te voir! Te découvrir. Te prendre. Être ta maman. 42 semaines à te bercer au sein de mon ventre. À te chanter une berceuse. Toujours la même. Comme si j’instaurais une routine. En tout cas, cette berceuse me calmait. Alors, je la fredonnais souvent. Tout le temps même.

Un accouchement que je n’avais jamais imaginé. Toute ma grossesse avait été de rêve. Tu valsais en moi. Tes mouvements étaient légers et délicats. C’était si agréable de te porter que t’accoucher serait un véritable conte de fées. Ben non! Rien de tout ça. Un accouchement pour m’ébranler un peu et me montrer que la maternité, c’est parfois autre chose que du bonbon.

On devait me provoquer, car tu semblais trop bien en moi et que tu ne faisais aucun effort pour que le travail débute. Finalement, le travail a commencé son œuvre au lever du jour. Un soleil entrait par la fenêtre de chambre pour créer une ambiance féérique. Et puis… pendant des heures, l’obstétricienne qui n’arrivait pas à crever la poche des eaux. Mal placée, semblait-il. Le col qui ne dilatait pas. Le col qui ne s’effaçait pas. Huit heures d’essais atroces et interminables pour percer cette poche. On provoquait ton arrivée. Mais comme tu as toujours été calme, pourquoi t’en faire? Tu restais là. Attendre que l’on vienne te chercher. On m’annonce finalement que ce sera une venue par césarienne. Il y en a pu de problèmes, rendu là! Je veux te voir et te sentir dans mes bras! Et que cette douleur prenne fin. Je suis légèrement confuse. Je m’abandonne aux décisions de la médecine.

J’étais à la merci d’une équipe de travail qui était bien compréhensive envers mes inquiétudes. Je n’étais plus moi-même. Pleine de médicaments pour amoindrir ma conscience de ce qui se tramait autour de ta venue. J’ai perdu le fil de ce qui se passait. J’ai vu tes pieds passer au-dessus de ma tête. Ton père est parti avec toi. On m’a refait une beauté du bas ventre et je suis montée en salle de réveil. Puis à ma chambre, papa t’a amenée contre moi. J’étais encore sous médication. J’avais mal au cœur. J’ai grommelé un : « Enlève-la de là… je vais lui vomir dessus. » L’infirmière est venue te chercher pour me laisser reprendre mes sens qui avaient assurément pris la fuite dans la salle d’opération. Ta première nuit lui a appartenu. À elle, cette inconnue pour nous deux. Cette infirmière qui t’avait toute à elle et rien pour moi. J’ai passé, tout comme toi, ma nuit sous surveillance.

À mon vrai réveil, un interne t’avait amenée dans ma chambre froide de toutes décorations. Aux murs aussi pâles que mon teint. Je n’arrivais pas à m’asseoir pour mieux te regarder dans ton petit lit de verre. Tu bougeais aussi calmement que dans mon ventre. Je t’ai reconnue, aussitôt. Tes pas de danse, nous les avions chorégraphiés ensemble, au fil des mois.

Nous avons eu quatre jours pour nous apprivoiser à l’hôpital. C’était toi. Rien pour en douter. Mais je ne connaissais rien de toi. C’était rassurant d’avoir quelqu’un à mes côtés pour prendre la relève le cas échéant. Ton papa avait le tour avec toi. Bien lovée dans ses bras, tu y trouvais la sécurité, la chaleur. Moi, frêle d’une forte anémie, je peinais à t’offrir ce dont tu avais besoin.

Nous avons quitté l’hôpital en nouvelle petite famille que nous étions devenus. Papa a dû partir dès notre arrivée à la maison. Une équipe de jeunes athlètes l’attendait sur le terrain de foot. La vie ne pouvait cesser parce que princesse Lauriane était là. Il a quitté, malgré ta peine du moment. Une peine de quoi? Je l’ignorais! J’allais rester là, plantée au beau milieu du salon un bon moment. Toi dans mes bras avec ta peine. Moi, avec mon immense peine de ne pas savoir quoi faire. Anéantie par mon incompétence! Et si je n’y arrivais pas? Et si je n’y arrivais pas? Jamais! Ce ne serait certainement pas ton seul chagrin à vie! Tu avais une couche toute propre, tu venais de boire. J’ignorais ce qui pouvait bien provoquer cette peine. Et puis…

… Alors, je ne sais pour quelle raison, je me suis mise à fredonner cet air que nous connaissions par cœur, toutes les deux. Cette chanson, fredonnée lorsque tu étais au creux de mon moi tout entier, tu l’as reconnue. Comme dans un moment de pure magie, nous nous sommes regardées dans la plus grande profondeur de nos âmes et c’est à ce moment précis que j’ai compris que j’avais en moi tous ces répertoires pour te protéger, t’accompagner au gré de ta vie, de tes embûches, de tes peines et de tes bonheurs. J’avais en moi cet instinct qui me connectait à toi.

Depuis, j’ai encore parfois douté, je douterai encore, mais jamais je ne cesserai de fredonner nos airs à nous. Ceux qui font que nous nous faisons confiance mutuellement.

 

Mylène Groleau