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Toxicité

J’ai quitté une relation toxique. Aux yeux de tout le monde, nous

J’ai quitté une relation toxique. Aux yeux de tout le monde, nous étions le couple parfait. En public, on riait ensemble, on passait notre temps à s’obstiner, pour tout et pour rien. On avait une belle complicité, ça oui. Mais en privé, je vivais constamment de l’insécurité. L’alcool tuait notre couple à petit feu.

–         Si t’es pas contente, tu sais quoi faire. On a juste une vie à vivre pis moi j’ai du fun.

C’était sa réplique depuis plusieurs années. J’étais toujours stressée quand je le voyais prendre une bière parce que je savais qu’il n’arrêterait pas avant de toucher le sol. Il y a eu quelques épisodes d’agressivité au fil de ces années où on semblait vivre le bonheur aux yeux des autres. Des fois, il me réveillait pendant la nuit pour me menacer de me frapper. D’autres fois, il m’accotait dans le mur pour me menacer de m’arracher la tête en me disant que j’avais un sale caractère et qu’il n’était plus capable de m’endurer parce que c’était moi qui le rendais agressif et qu’à ce moment‑là, ce trop-plein devait sortir. Mais aux yeux des autres, on était le couple parfait. Personne n’a vu venir notre séparation, on était si « parfaits ».

Mais moi, de l’intérieur, je mourais à petit feu. J’avais toujours peur lorsqu’il levait le coude.

Bien sûr, je lui en avais parlé. Il me disait qu’il avait changé, que ça n’arriverait plus. En effet, quelques années ont passé sans violence mais ma crainte, elle, n’est jamais partie. Sa consommation d’alcool n’a jamais diminué par contre, au contraire. Et ma crainte augmentait sans cesse. Je me disais qu’un jour, ça finirait encore par éclater.

Lorsqu’il buvait trop, je feignais de dormir pour éviter de lui parler. Parce que selon lui, je provoquais toujours la chicane. De cette façon, je n’endurais plus ses excès d’alcool. Mais j’angoissais. Beaucoup. J’avais toujours peur qu’il essaie de me parler même si j’étais censée dormir et j’attendais. J’attendais qu’il finisse, lui, par s’endormir. Parfois, ça prenait presque la nuit au complet. Il était tenace. Il buvait beaucoup, même la semaine. Donc, j’attendais toujours qu’il s’endorme avant moi pour que je puisse finalement dormir… en paix. Avoir la paix, ça n’a pas de prix.

Des fois, avec à peine trois heures de sommeil, j’allais travailler. C’était comme ça plusieurs fois par semaine. Je n’en pouvais plus mais en public, je souriais.

–         Vous êtes tellement beaux ensemble ! Vous allez faire votre vie ensemble, c’est impossible que vous vous sépariez, vous êtes un modèle !
Je l’ai entendu souvent et à chaque fois, c’était un coup de couteau de plus dans le cœur. « Si seulement tu savais ».

Les mois passent, j’ai encore cette insécurité et pourtant, il n’est plus là. Est‑ce qu’il va venir cogner à ma porte, un soir, à cause de l’alcool ? J’ose espérer que non, mais c’est plus fort que moi, j’y repense souvent et j’en fais parfois des cauchemars.

Un jour, je retrouverai pleine confiance et je n’y penserai plus.

Eva Staire

 

N’hésitez pas à demander de l’aide

SOS violence conjugale  –  1 800 363-9010 (24/7)

Pour toi, maman

Bonjour Maman,

Il y a

Bonjour Maman,

Il y a 48 ans, tu me donnais naissance. J’étais tout petit. Je pesais moins de 4 livres. J’avais hâte de sortir ! Non pas parce que je n’étais pas bien dans ton ventre, mais peut-être que j’avais hâte de vivre ma vie ! Tu as bien su prendre soin de moi, même si j’étais un grand prématuré. J’étais aussi ton premier enfant. Toute une surprise !

Malgré tout le travail que tu avais à faire, tu en as fait des choses avec moi ! Toutes les fois où tu as joué avec moi, toutes les petites attentions, juste pour me faire plaisir et réjouir mon cœur d’enfant, tous les vêtements que tu prenais le temps de me confectionner, tout le temps nécessaire à ma réussite scolaire ne sont que quelques exemples. Tu étais toujours là pour t’assurer que je ne manque de rien. Même si papa était parti pendant des mois, tu avais le don de me rendre heureux et de me faire plaisir avec de petites choses simples de la vie. Eh bien, sache qu’aujourd’hui, je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi.

Tu sais maman, si je me suis très bien débrouillé dans la vie, c’est en grande partie grâce à toi. Tu m’as élevé seule et tu as toujours été là pour moi quand j’avais besoin de toi. Même si tu avais un travail à temps plein, même si tu devais effectuer toutes les tâches de la maison, je pouvais toujours compter sur toi. Surtout lorsque je n’allais pas bien. Je me suis aussi toujours senti plus ouvert avec toi parce que tu étais présente.

J’ai tout appris de toi : la cuisine, la couture, comment entretenir une maison ou même travailler avec des outils. J’ai tout appris dans le respect et dans la joie. Je me rappelle qu’en troisième année, nous devions réaliser un projet de notre choix. Moi, comme d’habitude, j’avais des idées de grandeur ! J’avais décidé de faire un gros coffre en bois avec un tiroir dans le bas et un couvercle sur le dessus. C’était mon choix et au lieu de me décourager, tu as relevé tes manches et tu m’as tout enseigné : comment manipuler la scie sauteuse électrique et tous les autres outils. Je l’ai fait mon projet et j’en étais très fier ! Quand je l’ai apporté à l’école, j’ai impressionné mes amis. Même le professeur était impressionné ! À travers ce projet, tu m’avais aussi appris la détermination et la fierté. J’ai plein de beaux souvenirs comme ça, ma belle maman. Je ne peux pas oublier ces moments de joie parce qu’ils sont gravés dans mon cœur.

Malheureusement, je me souviens aussi de toutes les fois où tu étais triste et où j’aurais voulu intervenir. J’avais peur moi aussi, maman… Je n’étais pas grand et costaud comme papa, mais je te jure que si j’en avais été capable, je serais intervenu. Tu ne le sais pas mais à l’adolescence, quand j’entendais les disputes interminables de papa, j’étais assis sur le bord de mon lit et je me regardais dans le miroir. J’étais enragé. J’aurais voulu l’attraper pour qu’il arrête, mais il était deux fois plus gros que moi. Ses mains étaient trois fois plus grosses que les miennes. Une de ces fois‑là, maman, je me suis juré une chose : lorsque j’allais avoir une femme, j’allais en prendre soin et je lui ferais vivre totalement le contraire de ce que toi tu as vécu.

Je te remercie. Pour toutes les fois où tu as pris ma défense et toutes celles où tu m’as évité des coups. Je voyais la peur en toi, mais tu faisais le nécessaire pour me rendre la vie plus facile.

Aujourd’hui, à l’âge de 48 ans, je peux te dire que je n’ai jamais maltraité aucune femme. Ma femme, je prends soin d’elle et je l’aime. J’aurais aimé que toi aussi, tu puisses vivre une vie comme cela.

Mais laisse‑moi te dire une chose : tu es une femme forte. Malgré toute cette violence dans la maison et le suicide d’un de tes fils, tu as survécu. Tu m’as donné l’exemple. Tu as été un modèle pour moi, une combattante.

Regarde-moi aujourd’hui… Avec le temps, je suis devenu un homme de bonne carrure. Je suis allé à l’étranger à trois reprises dans des conditions extrêmement difficiles. J’ai servi mon pays pendant plus de 21 ans. J’ai des blessures physiques et mentales reliées à mon service. Mais je tiens encore debout. Je suis un papa et un mari respectueux.

J’aurais pu écrire un livre sur tout ce que tu as fait pour moi. Cette année, comme l’écriture est ma nouvelle passion, je voulais au moins t’écrire cette lettre pour la fête des Mères.

Je te l’ai déjà dit, je te le redis encore : je t’aime ma belle maman d’amour.

Tu es mon modèle, mon exemple, ma super maman.

Bonne fête des Mères, car pour moi, tu es la meilleure !

XXXXX

Carl Audet

Quand le « Monstre » n’est pas violent

Je lui avais dit qu’un jour, tout cesserait mais qu’il fallait q

Je lui avais dit qu’un jour, tout cesserait mais qu’il fallait qu’elle nous fasse confiance. Ce n’est pas facile de faire comprendre à quelqu’un qu’une autre personne a une emprise sur elle. Comment rester délicat mais ferme?

– Je l’ai dans la peau! Ensemble on se brûle, séparés on se perd.

Elle se séparait mais retournait avec lui à chaque menace ou à chacune de ses belles paroles!

Il lui disait qu’il l’aimait donc. Elle voulait lui « laisser une chance ». Encore.

Un an après être partie et libérée, il continuait à lui écrire, à lui envoyer des mots doux. Mais ce qu’elle ne comprenait pas, c’est qu’au travers de ses mots doux, il y avait des menaces. Des menaces bien inoffensives qu’elle disait parce qu’elle aussi, elle lui en envoyait. La manipulation est traître. Elle est invisible aux yeux de celle qui la subit, mais aussitôt qu’une personne doit user de violence psychologique, c’est un Monstre.

Aussitôt que quelqu’un se sauve d’une maison pour se libérer, il y a une raison. Quand le « Monstre » en question vous rappelle en disant qu’il a changé mais qu’au travers de ses paroles, il y a encore de la manipulation : il n’a pas changé. Quand la roue qui tourne est la même depuis dix ans, pourquoi soudainement la personne changerait-elle mais en conservant ses menaces? Il n’a pas changé.

Elle est retournée. Je dois respecter son choix, qu’elle me dit. Eh bien, elle devra accepter le mien qui est que moi, je ne l’accepte pas. Ma porte sera toujours grande ouverte pour elle mais lui, il ne me manipulera pas. Je dois la regarder couler, encore une fois, parce qu’une personne qui ne veut pas s’aider, on ne peut pas l’aider de force. J’ai tout essayé, je le jure.

Et chaque fois, elle me dit : « c’est la bonne ».

Je n’y crois plus.

Qu’est‑ce qui se passe dans la tête d’un manipulateur? Est‑ce une victoire pour lui? Est‑ce qu’il est fier d’avoir encore gagné? Ou est‑ce que quelqu’un peut vraiment changer?

Seul le temps me le dira. Encore.

Eva Staire

 

Un autre drame conjugal

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Il y a quelques jours, un autre drame familial s’est joué. Nous connaissons le résultat : six enfants orphelins et marqués à vie ainsi que deux familles et plusieurs amis et collègues changés à jamais. Lorsque ces drames arrivent, nous nous posons la question : pourquoi? Moi, cette fois-ci, j’ai angoissé. J’ai eu peur, car je me demande si nous n’allons pas développer une fausse résilience, une forme d’insensibilité face à ces drames parce que ça va en quelque sorte faire partie du quotidien. Il ne faut absolument pas que nous développions ce réflexe.

 

En participant à diverses discussions sur les médias sociaux et avec des collègues de travail, deux points m’ont marquée. En premier lieu, je sens que les hommes en général ont une certaine forme de gêne. Ils sont frustrés, oui, mais aussi gênés. Ils se sentent mal pour le geste qu’un autre homme dans les mêmes passages de vie peut faire. Quoi vous dire, messieurs? On comprend que ce n’est pas vous, que c’est un cas (oui, il y en a eu beaucoup dans les derniers mois).

 

L’autre point qui me frappe, c’est qu’il y en a beaucoup, mais alors beaucoup de femmes avec des bagages de violence conjugale. Ça me frappe, me fait retomber sur terre et j’ai mal. Des femmes qui doivent faire des choix de vie, changer de ville, avoir peur d’aller à l’épicerie seules… Bref, un gros choc pour moi de réaliser tout ce que leur vie comprend comme obstacles.

 

L’autre point auquel j’adhère entièrement, c’est celui de certains médias concernant leur façon de véhiculer la nouvelle. Au lendemain du drame, un célèbre animateur de radio expliquait qu’il faut arrêter d’aller interviewer les familles au lendemain de ces drames, car c’est certain que ce sont des familles modèles, des familles parfaites.

 

La vérité, c’est qu’une famille parfaite, ça n’existe pas, de la même façon qu’une vie parfaite n’existe pas. Il y a peut-être un point de départ dans tout ça. Si on regarde les derniers drames, on le sait qu’il y a de la souffrance, il y a de la non-acceptation de certains passages de vie. La vie, c’est loin d’être un long fleuve tranquille. La vie est constituée de victoires et de joies, mais aussi de peine et d’échecs. C’est le mélange de tout cela qui nous fait avancer.

 

Un constat que je fais, c’est la relation d’aide. Il est à mon avis impératif que tout être humain ait une base de formation et de connaissances des relations humaines. Je ne sais pas comment y arriver, mais il faut valoriser cet aspect à l’aide du système scolaire, des milieux de travail, etc.

 

Dans quelques jours, ce sera la fameuse journée pour la santé mentale. Il est de mon point de vue que cette journée a encore davantage d’importance cette année : nous devons causer, nous devons porter attention à autrui.

 

S’accepter, accepter que nous ne sommes pas parfaits, mais jamais, alors JAMAIS tomber dans une fausse résilience sur la violence conjugale. C’est notre devoir pour ces six enfants changés à jamais. Donnons-nous de la douceur et de l’amour.

 

Evelyne Blanchette

 

 

Des jeux qui n’en sont pas

Chaque année apporte son lot de nouveaux jeux et défis questionnab

Chaque année apporte son lot de nouveaux jeux et défis questionnables dans les écoles secondaires et dans les parcs. Dans mon temps, on jouait à la bouteille et on s’embrassait sur la main parce que « ark, la bouche! ». Mais maintenant, c’est autrement plus sérieux. Et dangereux.

Parents (et intervenants auprès des jeunes), je vous invite à ouvrir la discussion avec les adolescents de votre entourage. Sont-ils témoins de jeux qui semblent drôles jusqu’à ce qu’ils dérapent? L’école est-elle au courant? Ils font peut-être partie d’un groupe qui pratique ces jeux, ou peut-être en sont-ils des victimes collatérales.

Autobus surpeuplé d’une école surpeuplée (2000 ados remplis d’hormones, des petits timides de secondaire 1 et des grands fouets de dernière année, crinqués de leur journée et gonflés d’un orgueil malsain pour certains). Dans l’autobus, il y a trois fois plus de personnes debout que de personnes assises. Le manque d’oxygène explique peut-être la suite des choses.

Un groupe d’amis (oui, des amis) s’emballe, crie. Un des jeunes commence à taper l’autre (je rappelle, ce sont des amis). Sans arrêt. Puis, c’est l’autre. Toujours sous les encouragements nourris du reste de la troupe. Ça rit, ça filme sûrement. La compétition de celui qui mettra la vidéo le premier sur les médias sociaux.

Dans l’échauffourée, ils tombent sur leurs voisins d’autobus, les bousculent, les écrasent contre les barres de métal ou contre la fenêtre. Le coup de poing (destiné à l’ami, on s’en souvient) passe tout droit et atterrit sur une épaule, une joue, un ventre. Tout le monde perd l’équilibre, c’est le chaos des cris « Go t’es capable! Continue! » et des « Outch, tasse-toi, tu me fais mal », suivis de « Check l’autre qui braille encore! ». Vous voyez le portrait.

Monsieur le conducteur, où êtes-vous? Le conducteur fait son travail, c’est-à-dire ramener tous ces jeunes à la maison après leur journée d’école. Il intervient mollement (c’est peut-être la centième bagarre du genre qu’il essuie cette année) : « Calmez-vous, les jeunes ». Bien sûr, il pourrait arrêter l’autobus sur le bord de la rue. Débarquer les jeunes fautifs? Peut-être, s’ils lui obéissent. Prendre leurs noms pour une suspension éventuelle, sûrement. Il aurait le droit (le devoir?) d’appeler le superviseur de la compagnie de transport, faire venir un agent de sécurité. (Je vole le punch : c’est fait depuis que nous avons rapporté la situation aux autorités concernées). Mais comme les autres jeunes de l’autobus, il est pris au piège d’une violence trop habituelle. Habituelle, point.

Retournons à cet autobus. Fermez vos yeux. Imaginez-vous, fatigué de votre journée, tanné d’être entouré d’une foule bruyante qui ne vous a laissé aucun répit depuis 7 h le matin. Vous essayez de vous recentrer en écoutant de la musique ou en lisant un livre. Pas facile avec ces sacs à dos qui vous accrochent, ces odeurs, le brouhaha des conversations à volume élevé. Vous vous tenez debout tant bien que mal, accroché sur le poteau de métal. Vous sentez l’ambiance qui s’échauffe, les coups tombent soudainement de tous les côtés. Quelqu’un vous écrase la jambe contre un siège, puis le bras contre la barre de métal. Votre tête frappe la fenêtre. Le fil de vos écouteurs reste coincé et se brise. C’était tout ce qui vous permettait de rester un peu zen… Vous vous étiez pourtant placé près du conducteur pour être en sécurité.

Vous sentez-vous bien? Vous sentez-vous en sécurité? Avez-vous hâte de reprendre le même autobus le lendemain, avec les mêmes personnes et les mêmes cris? Avez-vous-même le goût de retourner à l’école le lendemain?

Cette situation n’est pas une fiction. Ça arrive ici, ça arrive sûrement ailleurs aussi. Ça s’appelle de la violence. Ré-pé-ti-ti-ve.

On a informé l’école, la commission scolaire et la compagnie de transport. On a posé des questions. On a ressorti leurs politiques « Tolérance 0 » concernant la violence. Tous les intervenants contactés ont réagi rapidement et concrètement. Il y a eu enquête. L’enquête a prouvé que les « amis » qui se tapaient dessus étaient bel et bien des « amis », consentant à toute cette violence très gratuite (gratuite dans ses causes, mais pas dans ses conséquences).

Ces jeunes participaient à un jeu populaire dans certains coins de la province, qui consiste à frapper quelqu’un pendant deux minutes sans que cette personne ne puisse se défendre, puis à inverser les rôles. Une autre version n’a pas de limite de temps : une personne peut tout faire à l’autre (le frapper, l’étrangler, lui arracher son linge…) jusqu’à ce que la personne tape par terre ou dise « stop ».

Mais vous savez ce que fait l’orgueil dans le cerveau pas tout à fait développé des ados? Ça empêche souvent de dire « stop ». C’est là que les risques deviennent énormes. Faut-il attendre une commotion cérébrale, un décès, une poursuite en justice? Faut-il attendre que les parents dénoncent pour agir?

Je disais donc… parents et intervenants auprès des jeunes, je vous invite à ouvrir la discussion avec vos ados. À propos de la violence, de l’esprit de compétition, de l’orgueil, de la pression du groupe, de l’influence des autres, de la nécessité de dénoncer, du droit de chacun d’être et de se sentir en sécurité. À propos de ces jeux qui n’en sont pas. À propos de ces amitiés qui n’ont rien d’amical.

Cette année, c’est le 2 minutes challenge, l’an prochain, on sera rendus à une version encore plus hard core. Si vous entendez parler d’autres types de jeux ou de défis du genre, parlez-en ici! Ça pourrait sauver quelqu’un.

Nathalie Courcy

Passer de l’ombre à la lumière

Une personne victime de violence amoureuse n’en parle pas. Elle se sent incomprise et jugée. Elle

Une personne victime de violence amoureuse n’en parle pas. Elle se sent incomprise et jugée. Elle a honte. Ne jouons pas avec les mots : elle se sent conne. Surtout d’y avoir cru si longtemps et d’être revenue auprès de lui à maintes reprises. Elle va garder ça pour elle dans l’espoir que tout finisse par s’arranger, revenir comme au début. Il arrive à faire sortir la partie la plus sombre, la plus noire d’elle-même. Elle croit mériter ce qui lui arrive.

Puis, un jour, elle finit par abdiquer. Il ne changera pas. Maintenant, elle sait. Mais maintenant, elle est détruite par dehors parfois, mais surtout par en dedans. Elle est terrorisée. Et si ça ne s’arrêtait jamais même après la rupture? Elle n’a plus l’énergie de s’en sortir. C’est exténuant de se chicaner jour et nuit et d’être en hyper vigilance constamment. Elle a de la difficulté à réfléchir. Elle ne sait même plus qui elle est ni vers qui se tourner. Elle est isolée. La dernière chose qu’elle a besoin d’entendre, c’est que l’homme qu’elle s’est entêtée à aimer, le père de ses enfants, est un salaud. Elle a juste besoin d’être écoutée et comprise sans jugement. De savoir qu’elle peut compter pour et sur quelqu’un, parce qu’elle a sincèrement l’impression d’être seule au monde à vivre ce qu’elle vit.

Maintenant, toi qui t’es reconnue dans ce texte : débarrasse-toi de cette culpabilité qui te ronge. Ce n’est pas à toi d’avoir honte. Tu n’es pas conne. Cette violence ne t’appartient pas, tu ne la mérites pas. Ce n’est pas de ta faute. Tu n’es pas responsable. Les hommes ne sont pas tous pareils. Tu vas mettre beaucoup de temps à t’y habituer, mais ton homme à toi, celui qui va t’aimer à ta juste valeur, même quand vous allez être en colère, il ne lèvera jamais la main sur toi, ne cherchera pas à t’humilier. Il te fera confiance, sera doux et attentionné. Promis, il existe. Tu mérites de marcher sur un nuage et non sur des œufs.

Tu n’es pas seule. Fais-toi confiance. Sors de l’ombre.

 

SOS Violence conjugale

1 800 363-9010

 

Krystal Cameron

Cette confidence…

Il y a un an, tu as quitté le quartier. Dans le tumulte, dans le ch

Il y a un an, tu as quitté le quartier. Dans le tumulte, dans le chaos.

J’ai entendu des voisins parler des voitures de police. J’avoue, j’étais sous le choc.

Cela t’a pris quelques jours à répondre à nos messages, à nous rassurer. Nous avons tous eu peur pour toi. En fait, nous avions peur en ignorant pourquoi. Que s’était‑il passé cette fameuse nuit?

Les hypothèses les plus sombres ont émergé. Et si mon amie faisait partie de ces femmes? Non, impossible. Elle est si énergique, si fière, si sûre d’elle…

Et lui… se pourrait-il qu’il se soit laissé emporter? Qu’il ait fait une gaffe, un soir? Lui, si solide, confiant…

Nous avons été patientes. Il aura fallu un an pour que tu te sentes prête. Prête à nous revoir, prête à nous dévoiler pourquoi, cette nuit‑là, tu avais quitté le quartier avec tes deux enfants. Ta confidence, je la redoutais.

Si toi, tu étais prête, je crois que moi, je ne l’étais pas. Au lendemain de cette confidence, je me demande si j’ai manqué à un moment ou à un autre. Aurais‑je dû voir ce qui se tramait? Quelque chose en moi me disait que ça n’allait pas, mais jamais je n’aurais imaginé pareil dénouement. Jamais.

Ton histoire nous rappelle que la violence, c’est insidieux, ça ne se mesure pas au nombre d’ecchymoses, que les blessures au cœur laissent des cicatrices bien plus grandes.

Il t’en aura fallu du courage pour tout quitter, pour te reconstruire, pour renaître.

Accepter de jongler avec un budget serré. Devoir rebâtir son nid. Fournir à tes enfants un milieu accueillant, réconfortant. Avouer tout cela à tes copines, un an plus tard.

Mon amie, je te souhaite des douceurs à l’infini…

Rappelle-toi que nous sommes toutes là pour toi. ❤️

Rappelle-toi combien tu es une femme exceptionnelle. 🌸

Merci d’être revenue… Je t’aime xxx

Eva Staire

La faute à qui?

- Allez-vous vraiment attendre qu’elle tue quelqu’un?

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– Allez-vous vraiment attendre qu’elle tue quelqu’un?

– Allez-vous vraiment attendre qu’il mette le feu à l’école?

– Allez-vous vraiment attendre qu’elle la pousse encore dans l’escalier?

– Allez-vous vraiment attendre qu’il la mette enceinte?

 

Ben non, madame…

 

Zéro convaincue. Quand on l’entend, ce « Ben non, madame », que nous reste-t-il à part notre frustration et nos inquiétudes? Vers qui se tourne-t-on? On ne peut tout de même pas devenir criminel à notre tour en kidnappant l’enfant pour le protéger…

Que le « Ben non, madame » vienne d’un médecin, d’une travailleuse sociale, d’un représentant de la DPJ ou d’un témoin, on a tendance à rejeter la faute sur le messager au lieu de remonter jusqu’au vrai coupable. Même les médias s’en mêlent en protégeant l’identité des accusés et en dénonçant le système, avant même que le procès et les preuves remontent à la surface.

Je ne dis pas là que ce système est efficace et qu’il protège vraiment les droits humains. Ce que je dis, c’est que si on cherche les fautifs à la suite d’un drame familial ou social, il ne faudrait pas oublier l’identité des coupables.

Avant même que l’histoire se rende (ou non) aux oreilles de la DPJ, il y a un ou des humains qui ont choisi de vivre dans le déni au lieu de régler leurs problèmes. Eux aussi, ils (se) disent et répètent « Ben non, voyons ». Il n’y a rien là, les autres exagèrent, personne n’est en danger, ça n’arrivera plus, ce n’est pas eux, c’est l’autre. L’autre? La drogue? La fatigue? Le manque d’expérience? L’enfance terrible? Come on. Les fautifs, ce sont ceux qui transforment des innocents en victimes. Ce sont ceux qui réinventent la vérité, la maquillent, la cachent, jusqu’au jour où ils n’ont plus le choix :

– 911? Ma fille ne respire plus.

La petite partira en ambulance ou en corbillard. Les autres avec des menottes aux poignets.

À qui la faute, alors? Ce n’est tout de même pas le médecin, la travailleuse sociale, le représentant de la DPJ ou le témoin qui a tenu l’arme tueuse ou qui a ouvert son pantalon. Ce n’est pas le voisin qui a vu et qui n’a rien dit, ni l’enseignant à qui l’enfant s’est confié et qui n’a pas rempli son devoir citoyen. Ils ont peut-être commis une faute, ou plusieurs. Peut-être aussi avaient-ils, comme vous et moi, une version partielle de l’histoire. C’est si facile de diminuer le drame avant qu’il n’éclate pour vrai! Si facile pour les manipulateurs de faire comme si et de passer pour les gentils de l’histoire. Si facile pour les victime de ne rien dire parce qu’elles ont peur.

Peut-être aussi que le médecin, la travailleuse sociale, le représentant de la DPJ ou le témoin avait les mains liées par un système social duquel nous faisons tous partie. Vous votez comme moi, n’est-ce pas? Vous avez le droit de signer des pétitions, de manifester, de contacter votre député, de vous présenter aux élections pour défendre vos idées, de faire du bénévolat auprès des familles. Alors vous avez le pouvoir de faire une différence. La faites-vous? Chialer contre les institutions règle rarement les problèmes et sauve rarement des vies si l’action s’éteint après le commentaire hargneux sur Facebook.

Donc, à qui la faute? À lui, à elle, à eux. À ceux qui refusent d’admettre leur faute et leur rôle dans l’histoire, que ce soit le père qui tue, l’oncle qui agresse, la belle-mère qui frappe ou le frère qui menace. Même le jeune qui refuse l’aide dont il a besoin pour se reprendre en main a sa part de responsabilités. S’ils avaient osé dire « coupables », le dénouement de l’histoire aurait sûrement été différent.

À qui la faute? À ceux qui ne se regardent pas dans le miroir. À ceux qui ne se font pas aider avant que ça dérape. À ceux qui mentent, qui brassent, qui agressent, qui frappent, qui violent, qui tuent. À ceux qui enlèvent aux victimes leur pouvoir et leur bonheur. Et trop souvent leur vie. Point.

Nathalie Courcy

 

Le secret maudit (version soft de « Le maudit secret »)

- Chut! Mamie arrive demain pour la fête de ta sœur. Il ne faut pas le dire, c’est une surprise!

– Chut! Mamie arrive demain pour la fête de ta sœur. Il ne faut pas le dire, c’est une surprise!

Ça, c’est un beau secret. Un secret qui fait du bien. Un secret qui fait sourire le cœur. L’enfant qui le reçoit aura toute la misère du monde à le garder pour lui tout seul parce qu’il sait que les personnes concernées adoreraient vivre cette surprise tout de suite. Une telle bonne nouvelle, ça se partage!

Ça, c’est un secret qui donne le goût de danser et de courir vers l’autre.

– Chut! Ne dis jamais à personne ce qui vient de se passer. Si tu le dis…

Ça, c’est un secret maudit. Un maudit secret rempli de caca qui pue. C’est un secret qui traumatise le cœur, qui le fait brailler en cachette jusqu’à la fin des temps, que le secret trouve son chemin ou non vers une oreille accueillante.

L’enfant qui le reçoit aura toute la misère du monde à décider s’il doit le cacher de tous ou s’il peut oser le déposer dans le cœur d’une personne aimante et protectrice. La honte, la peur de trahir l’initiateur du secret ou de trahir sa propre personne. C’est un secret qui donne le goût de mourir par en dedans, de s’enfuir de soi, de s’isoler. C’est un secret qui donne la nausée.

Chaque enfant (chaque adolescent aussi… une petite piqûre de rappel est nécessaire à l’occasion) devrait apprendre la différence entre les secrets qui font du bien et ceux qui tuent. La main qui touche les fesses innocentes et la main qui s’élève sous le coup de l’alcool et de la colère ne doivent pas être protégées par le silence et la solitude. La menace n’a pas sa place, qu’elle existe en mots ou en gestes.

Chaque parent, chaque adulte de confiance devrait trouver les mots et le moment pour faire comprendre aux enfants qu’ils doivent apprendre à connaître et à écouter la petite voix en eux. Celle qui leur dit de crier, de refuser le secret, de trouver LA personne de confiance qui prendra soin de l’enfant et du secret qu’il s’est fait imposer. Celle qui leur dit « Non, ce n’est pas ta faute. » Et chaque adulte qui reçoit la confidence d’un maudit secret devrait croire l’enfant qui a osé vivre dans la vérité et défier le manipulateur.

Nathalie Courcy

Les loups ne sont pas toujours ceux qu’on pense

Hésitation. Peur. Et pourtant, conviction.

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Hésitation. Peur. Et pourtant, conviction.

J’ai peur du torrent de jugements et de reproches que pourrait susciter ce texte. J’ai peur de me faire dire, encore, que j’exagère. Que j’invente. Que je capote pour rien. Et pourtant. Je sais.

La DPJ a mauvaise réputation. Certains d’entre vous ont vécu des histoires tristes ou bouleversantes liées à la Direction de la Protection de la Jeunesse. C’est sûr que les représentants de cet organisme se pointent rarement dans notre vie quand tout est rose.

Je ne dirai pas qu’il n’y a jamais d’abus ou de mauvaises décisions de leur part. L’affaire est gérée par des humains, comme vous, comme moi. Donc, l’erreur est possible. Il y a tout un système derrière les décisions prises, derrière le retrait d’un enfant de sa famille, derrière un signalement non retenu. Et comme tout système, il y a des failles, des principes qui s’appliquent par défaut à des situations qui auraient dû être traitées de façon particulière.

Soit.

Ce texte vous racontera une histoire qui se finit bien mieux que celle du Petit Chaperon rouge. Personne ne finit dans le ventre d’un loup, le panier de petits gâteaux n’est pas renversé au milieu de la forêt, le grand méchant loup ne finit pas éventré par le chasseur.

Ce texte vous racontera aussi une histoire qui aurait pu se terminer beaucoup plus tôt si j’avais osé faire appel à la DPJ avant. Si j’avais osé parler sans hésitation, sans peur et avec conviction.

Des menaces ont mené à des événements qui ont mené à des craintes, à des promesses de changer et à des événements répétés. Progressivement, ça va de soi. Une violence subtile, en mots, en gestes, mais rien qui laisse des marques visibles. Ou si peu.

Des enfants qui s’embarrent dans une pièce parce qu’ils ont peur. Un enfant qui tremble dans le noir en position fœtale. Des cris toujours plus durs et plus fréquents. Et moi qui veux à la fois protéger mes enfants et celui que j’aime. Moi qui veux comprendre, nuancer, croire que ça va changer. « Il n’a jamais été violent… » Moi qui me sens impuissante, presque complice parce que je n’impose pas de pancarte « Stop ».

Moi qui me promets que la prochaine fois, je prends mes petits sous le bras et je quitte. Moi qui jure de dénoncer. Moi qui hésite, encore. Moi qui ai peur, encore. Pas des représailles, non. Du jugement. Des reproches de ceux qui croiraient que je manipule, que j’exagère, que j’invente. C’est puissant, la peur.

Jusqu’à cette nuit où j’ai fait le saut vers la vérité. J’ai dénoncé. J’ai appelé la DPJ. J’ai crié à l’aide. J’étais convaincue que rien n’arrêterait sans ça. Le déni de violence était trop grand.

La travailleuse sociale de la DPJ a rencontré mon enfant à l’école. Elle m’a fait venir d’urgence dans ses bureaux. Elle est débarquée chez lui, sans avertissement. Elle a rencontré les autres membres de la famille. Connaître l’ampleur du mal, limiter la menace, protéger les enfants. Empêcher le mal de se reproduire et de tuer l’enfance. Assurer le développement et la sécurité.

Il n’y a pas eu d’accusation. Pas d’arrestation. Un retrait volontaire. Une promesse de garder la paix. Un engagement à s’instruire à propos de la pédagogie positive et de faire une thérapie familiale.

La plainte a été retenue, puis le dossier a été fermé. La suite nous appartient. La DPJ n’a pas tout réglé. Son travail n’est pas de faire un suivi une fois que les engagements ont été respectés, mais bien de protéger les enfants et les familles.

Quand j’ai signalé le numéro de la DPJ, j’ai ressenti un stress gigantesque. Une nervosité comme si je jouais ma vie. C’était un peu ça. Mais j’ai surtout ressenti un soutien sincère. J’ai constaté des méthodes d’enquête compétentes, un désir réel d’aider ceux qui en ont besoin, en gardant en tout temps l’enfant au cœur des préoccupations.

J’ai senti que je n’étais plus seule devant l’urgence de protéger mes petits.

Eva Staire

Il faut que tu partes

Belle amie,

Tu es tombée amour

Belle amie,

Tu es tombée amoureuse, pis d’aplomb. Qui peut t’en vouloir? Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe en amour.

Même si ton instinct t’envoyait des signes à ce moment‑là, tu as foncé. Qui peut t’en vouloir? Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe en amour.

Peu à peu, ton sourire s’est effacé.

Peu à peu, ta joie de vivre s’est effacée.

Peu à peu, tu t’es effacée.

D’un œil intérieur, il n’y a rien d’évident, alors tu t’es abandonnée et ça lui rend service.

D’un œil extérieur, tout est si évident, alors je ne t’abandonne pas, parce que ce serait de lui rendre service.

Je sais que je peux te faire du mal avec ma vérité toute crue, mais je continue. Ça fait son bout de chemin dans ton esprit, et c’est la seule chose que je peux réellement faire pour t’aider. Je ne veux pas te faire de mal, mais je n’ai pas le choix parce que j’ai peur pour toi.

Je ne me pardonnerais jamais de voir ta p’tite face aux nouvelles avec, en dessous, écrit : drame conjugal. Alors je persiste…

Il s’est assuré d’être ton oxygène pour que sans lui, tu aies l’impression de ne plus pouvoir respirer. N’oublie jamais que la fille que j’ai connue respirait toute seule, alors je sais que tu n’as pas besoin de lui pour ça.

Tu ne peux le sauver, arrête d’essayer. Mets cette énergie‑là pour te sauver toi‑même.

Tu ne peux l’excuser, arrête d’essayer. Mets cette énergie‑là à être plus douce envers toi‑même.

Alors je te le répète :

Quand tu seras prête, pour ton toi, ton bonheur, ton bien‑être, ta santé mentale et ta sécurité… il faudra que tu partes.

Ce ne sera pas facile, mais je serai là, ta famille sera là et tous les autres qui tiennent à toi aussi. Peu importe le temps que ça te prendra, je serai là.

Surtout, souviens-toi : la lune de miel ne dure jamais bien longtemps.

Je t’aime.

Pour toutes les femmes vivant cette situation, peu importe la forme, vous n’êtes pas seules.

Appelez : Ligne S.O.S. Violence conjugale : 1 800 363-9010

http://www.scf.gouv.qc.ca/violences/violence-conjugale/

 

Eva Staire