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Ce drame si près – Texte : Nathalie Courcy

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande

J’habite à deux heures de Montréal, épicentre des crimes au Québec. J’habite dans une grande ville somme toute pas mal tranquille. Dans un quartier sécuritaire. Et pourtant, bang ! Ce qui a tous les airs d’un drame familial (lire : le meurtre de deux enfants innocents suivi d’un suicide) a eu lieu à cinq minutes de chez moi. Cinq. Petites. Minutes. Allons-y avec un cliché : ça n’arrive pas qu’aux autres. Ça n’arrive pas qu’ailleurs. Ça arrive dans notre cour, dans notre quartier, dans notre communauté.

Les détails liés aux décès seront révélés avec le temps et l’enquête. Tout porte à croire que des signes clairs avaient été vus et rapportés aux autorités. Les services et les soins arrivent toujours trop tard quand il y a des morts, de la violence, des menaces. Tout simplement parce que dès qu’il y a une menace, un geste ou une parole de violence, un meurtre, il y a déjà des dégâts. Il y a déjà une demande d’aide qui n’a pas été faite ou entendue.

Le résultat aujourd’hui est permanent : une maman, des grands-parents, des voisins, des amis ont perdu des humains qui leur étaient précieux. Des vies ne se poursuivront pas. Tout un quartier est choqué. Une province soupire : « Encore ? Quand ça va arrêter ? »

Une humanité pleure.

Est-ce qu’on peut laisser les enfants en dehors de ça ? Est-ce qu’on peut préserver la vie et même l’honorer ?

On ne peut pas tout mettre sur le dos de la pandémie. La violence existait avant, elle existera après. Mais est-ce possible que l’isolement, le stress, les difficultés économiques, les dépendances aient rendu une partie de la population à ce point désespérée que la vengeance et la mort leur apparaissent comme des solutions ?

Je remarque que plusieurs sont plus extrémistes qu’avant dans leurs opinions et leur façon de s’exprimer. N’y a-t-il plus de place pour les nuances ? Pour la bienveillance ? Pour la patience ?

Time-out d’adulte. La méthode du retrait, ce n’est pas que pour les enfants. On s’éloigne de la situation, on respire, on cherche des solutions, on va chercher de l’aide et on revient dans la société seulement quand on est capable de s’exprimer avec respect.

Afuuu ! Afuuu ! Inspire, expire, repeat.

 

Nathalie Courcy

Promets-toi de t’aimer en premier… Texte : Sophie Barnabé

Ma fille, t’as l’droit d’avoir peur quand t’écoutes les nou

Ma fille, t’as l’droit d’avoir peur quand t’écoutes les nouvelles… parce que c’est vrai que c’est souvent épeurant. On frissonne chaque fois qu’on entend des mots définissant trop de maux qui n’ont malheureusement rien de nouveau. Les mots marquants prononcés trop souvent : abus, violence, féminicide… Des amours qui ont mal viré, des souffrances jamais avouées, une détresse insoupçonnée. J’aimerais savoir exactement quoi t’dire pour t’éviter de tomber dans les bras d’un homme qui aime mal. J’me sens parfois dépassée et maladroite pour t’en jaser… Je remercie le ciel. Ça ne m’est jamais arrivé.

J’imagine que pour en arriver là, c’est souvent sournois… Tranquillement, il y a des rires jaunes, des petites insultes ici et là, puis un « pardonne-moi »… Du mépris écrasant, des cris à 2 pouces du nez, une main trop serrée sur un bras menacé, puis un « je t’aime tellement ». T’sais ma fille, l’amour qui t’rabaisse, l’amour qui t’fait mal, l’amour qui te draine, l’amour qui t’culpabilise, c’est pas d’l’amour ça, ma fille. J’te jure, c’est pas ça l’amour.

On manque de doigts pour compter les féminicides des quatre derniers mois. Dix, crisse ! Le même nombre qu’on compte normalement trop de fois en une année. Ça me serre en dedans en pensant à tout ce qui peut se passer derrière les portes closes et qu’on n’entend pas aux nouvelles.

Mais quand on aime, c’est tellement fort ! Quand il décide qu’il t’emprisonne, il est tellement fort… On te sensibilise, on te crie tes droits, mais au-delà des paroles, on l’sait toutes que l’amour enivre, l’amour rend aveugle. J’ai envie de t’dire : « Ouvre les yeux avant qu’ils n’aient le réflexe de se fermer devant le poing que tu penseras mérité ».

Je regarde ce qui te valorise, les modèles que tu admires, ce qui te fait rire, les rêves auxquels tu aspires… Entre ma coolitude et ma bienveillance, je ne sais parfois plus quoi penser. Entre ce qu’on te dit et ce qu’on te montre, il y a un monde… J’ai peur que la pression sociale et les messages que ta génération t’envoie t’aspirent comme une vague de fond. Quand on parle d’amour, de couple et de respect, c’est censé être beau, c’est censé te gonfler le cœur et te décrocher un sourire. Pourtant, on te dit quelque chose, mais on t’en présente une autre. J’te comprendrais si t’étais mélangée…

T’es de cette génération où les meilleures danseuses sur TikTok sont celles qui se penchent par en avant, les fesses dans les airs et qui zignent comme le fait ton chien. Quand ce sont elles, tu trouves ça bien, mais quand c’est ton chien, tu interviens. T’es de cette génération où le bestial semble normal et où la pudeur est synonyme d’ennui. Rappelle-toi qu’une relation saine est consentante. Ma fille, promets-toi de dire non quand t’as envie de te fermer les yeux parce que ce que tu fais juste pour lui plaire ne te rend pas fière…

T’es de cette génération qui envoie des photos explicites à des gars qui les montrent allègrement à leurs chums qui s’excitent. Comme si la notion d’intimité s’était évaporée. C’est pourtant tellement beau cette complicité… T’es de cette génération exposée à tant de vulgarités qu’elles en deviennent des banalités. Ces « c’est pas grave » et ces « y’a rien là » imprégnés comme l’encre d’un tatouage dans ton cerveau se traduiront comment dans ta maison une fois la porte fermée ? Rappelle-toi qu’une relation saine est riche de moments complices. Ma fille, promets-toi de ne pas tout partager ce qui est normalement réservé à l’amoureuse intimité !

Tu es de cette génération qui absorbe des infos et des images à la chaîne, sans rien remettre en question. Ta vie défile à vitesse grand V, un rythme qui t’empêche de te déposer. Tu suis la parade parce qu’elle te dicte ce que tu crois être la normalité. T’as beau te faire répéter combien l’amour c’est fort, combien les caresses sont douces, combien le respect est primordial, mais j’avoue que quand tu m’entends rire avec mes copines en disant qu’on rêve toutes d’un Christian Grey, ça s’peut que, faute de discernement, tu penses que c’est le modèle de relation convoité… Mea Culpa… Rappelle-toi qu’une relation saine est stimulante. Jamais contrôlante. Ma fille, promets-toi de te questionner quand tu sentiras ta liberté emprisonnée !

Tu es de cette génération pour qui l’image parfaite est plus importante que la souffrance que tu pourrais garder secrète. Quand je regarde les réseaux sociaux, tout le monde y met de belles photos… Y’a pas une femme qui s’affichera avec des doigts tracés sur ses bras. La fille qui s’est fait crier qu’elle était une ostie d’conne ou une salope par son chum n’en parlera pas sur le bord d’la machine à café. Elle passera pourtant ses moments de silence à se demander ce qu’elle a fait pour le provoquer… Ma fille, promets-toi de te confier quand t’auras envie de mentir pour embellir ta vie par peur que ça empire.

Ma fille, t’es à l’âge où tu rêves d’avoir un chum comme si sans ça, t’étais rien… T’es à l’âge où t’es prête à tout pour te faire aimer, où t’es prête à tout pour ne pas être rejetée… T’es à l’âge où tu passes des heures devant le miroir pour plaire plus aux autres qu’à toi… Rappelle-toi qu’une relation saine, ma fille, ça part de l’amour que tu as en premier pour toi.

Sophie Barnabé

Mes parents volés — Texte : Nathalie Courcy

Papa ? Maman ? Où êtes-vous ? Je ne vous vois plus…

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Papa ? Maman ? Où êtes-vous ? Je ne vous vois plus…

D’habitude, j’aime ça les autos de police et les ambulances, je trouve ça cool… mais là, il y en a partout devant la maison. Je ne comprends pas ! Les gyrophares sont allumés, il y a trop de bruits partout. Plein de gens en uniforme qui entrent et sortent sans arrêt de la maison. Et vous, vous êtes où ?

Papa, je t’ai vu sortir de la maison tantôt… Tu avais les mains derrière le dos. La tête penchée. Cachée dans quelque chose qui ressemble à de la honte. J’ai aperçu tes yeux sortis des orbites, mi-enragés et mi-affolés. Tu avais peur de quoi ? De toi ?

Maman, je t’ai vue sortir de la maison tantôt… Tu étais couchée sur un genre de lit avec des roues. Tu étais escortée par deux personnes en uniforme, comme une princesse. C’est peut-être pour ça qu’une lueur blanche te survolait. Mais maman, tu me dis toujours de ne pas mettre mes couvertures sur ma tête, tu as peur que ça m’empêche de respirer. Des draps blancs te recouvraient des pieds à la tête. Je voyais juste tes doigts dépasser, figés dans le temps. Qu’est‑ce qui va t’arriver si tu arrêtes de respirer ? Qu’est-ce qui va m’arriver, à moi ? Maman ? Tes protecteurs m’ont empêché de m’approcher de toi même si je leur ai crié que je voulais juste enlever le drap de ton visage. Ils ne le savaient pas, eux, que tu étais en danger.

Papa, maman, je suis tellement habitué d’entendre vos cris, vos insultes, les assiettes se casser sur les murs. Je suis tellement habitué de me cacher derrière le divan pour ne pas voir le couteau pointé et le fusil prêt à tirer. Je suis tellement habitué d’avoir peur… mais là, j’ai peur de ne plus vous revoir. Où êtes-vous ? Je ne vous vois plus…

J’ai vu le noir de la rage sur un visage et le blanc de l’effroi sur l’autre. J’ai vu du rouge sur les murs, sur le tapis, sur ta robe, maman. Et sur tes mains, papa. J’ai vu la couleur de mon vomi qui sortait en jet tellement mon corps a accusé le choc durement. Ne me chicanez pas, je n’ai pas pu me retenir. Toi non plus, papa, mais ce n’est pas pareil. Je vais ramasser et tout nettoyer. Je vais même ramasser vos éclats de verre, à défaut de pouvoir ramasser vos éclats de voix. Et ton crâne éclaté, maman.

Papa, maman, il y a une dame ici. Elle dit qu’elle me veut du bien. Elle veut m’amener ailleurs, mais je ne veux pas. Vous m’avez toujours dit de ne pas parler aux inconnus et surtout de ne pas les suivre. Alors je ne parlerai pas tant que vous ne serez pas revenus, et je ne la suivrai pas. Jamais. Nulle part. Ils ne sauront rien de moi tant qu’ils ne vous ramèneront pas.

La madame m’a apporté un toutou, vous imaginez ? Comme si elle n’était pas au courant que tous les kidnappeurs ont des bonbons et des toutous pour attirer les enfants. Je ne me ferai pas prendre par ses ruses. Je vais me cacher, comme vous me l’avez appris et s’il le faut, je vais me sauver. Déjà que des gens vous ont volés, ils ne me voleront pas. Je serai le fort familial et je vous attendrai ici. Jusqu’à ce que vous reveniez. Vous ne pouvez pas m’abandonner, n’est-ce pas ? Je suis votre enfant, après tout. Vous êtes mes seuls parents, j’ai besoin de vous. Où êtes-vous ?

Je vois des rubans jaunes partout. Je ne sais pas lire, mais les lettres noires sur les rubans racontent un cauchemar d’enfant, j’en suis sûr. À côté de toute cette action autour de la maison, vos chicanes de couple, comme vous les appeliez, étaient presque tranquilles. Presque sécurisantes. Ou peut-être pas ? Au moins, je savais à quoi m’attendre. Ça criait, ça frappait, ça pleurait, puis ça se calmait, ça s’excusait et ça m’envoyait dans ma chambre plus tôt que d’habitude. Toute la nuit, je vous entendais respirer, c’était rassurant. Je savais que vous étiez là. Et au matin, il y avait des fleurs sur la table. Si je pars de la maison, je ne verrai pas papa déposer le bouquet de fleurs, et je ne verrai pas si maman a pu dissimuler tous ses bleus et toutes ses plaies. Peut-être que tu ne pourras pas sortir de la maison pour longtemps, hein? Papa m’a déjà expliqué que les voisins pourraient jaser, s’ils voyaient ta peau arc-en-ciel.

Papa, maman, mamie et papi viennent d’arriver. Je les vois par la fenêtre, mais je ne vous vois pas, vous. Ça m’inquiète : l’ambulance est partie, mais il y a encore plein d’autos de police. Je ne sais pas où ils vous ont amenés. Je ne sais pas pourquoi ils vous ont amenés. Loin de moi. Et j’ai peur qu’ils amènent aussi papi et mamie. La dame me dit qu’ils sont là pour moi. Mais vous, vous êtes où ?

Je vais aller dormir chez papi et mamie pour la nuit. Je reviendrai demain pour ne pas vous inquiéter. Je suis allé les rejoindre devant la maison, ils ne voulaient pas entrer. Je pense qu’ils avaient peur que le ménage ne soit pas fait. C’est vrai qu’avec tout ce rouge, le plancher n’est pas très invitant. La dame m’a pris dans ses bras pour me sortir de la maison, je n’ai pas eu à marcher dans les flaques rouges ni à ramasser mon vomi. J’espère qu’elle tiendra sa promesse et qu’elle le nettoiera. Sinon, papa, tu seras en colère contre moi. Je n’aime pas quand tu te fâches contre moi. Mais j’aime encore moins quand tu te fâches contre maman. Je n’aime pas l’entendre pleurer toute la nuit et toute la journée. Toi papa, tu ne le sais pas, parce qu’elle se tait dès qu’elle entend tes pas dans la maison. Je pense qu’elle ne veut pas que tu t’inquiètes pour elle. Elle sait que tu l’aimes, tu le lui répètes tellement souvent ! Sinon, pourquoi tu voudrais toujours savoir où elle va et avec qui ? Tu la veux pour toi tout seul parce qu’elle est comme ton trésor le plus précieux, c’est ça? Elle est si belle, ma maman ! Tu ne veux pas la partager, tu ne voudrais pas qu’on te la vole.

Mais papa, moi non plus, je ne voulais pas que tu me la voles. Dans quelques années, je comprendrai que toi, tu as volé ma mère, ma seule maman, ma maman que j’aimais tant. Dans quelques années, j’entendrai des discussions murmurées, je surprendrai des regards de pitié. On m’expliquera ce qui s’est passé ce jour-là. Je comprendrai que toi, tu as été amené dans un endroit pour les voleurs de mamans. Je lirai dans les nouvelles des mots que j’aurais voulu ne jamais lire à propos de toi, à propos de ma maman. Meurtrier, assassin, violence conjugale, tuée, poignardée à plusieurs reprises, laisse derrière elle un enfant orphelin. Prison à vie. Prison pour qui ?

Papa, tu m’as volé ma maman, mais tu m’as aussi volé mes parents. Avais-tu pensé que toi aussi, tu disparaîtrais de ma vie en faisant disparaître la vie de ma maman? Moi, j’étais trop petit pour comprendre ce qui se passait. Mais les gens en uniforme, le voisin qui a alerté la police, la dame qui m’a apporté le toutou, eux, ils le comprenaient. Je pense même que papi et mamie l’avaient compris depuis longtemps, mais ils n’ont rien dit. Ils avaient peur, eux aussi.

Monsieur, tu m’as volé mon enfance, ma naïveté, ma joie. Tu m’as emprisonné loin de vous.

Mais tu n’as pas réussi à me voler ma vie. D’accord, ça ne sera pas facile de quitter ma maison, mon école, mon quartier, ma ville, de changer de famille plusieurs fois, de me départir de mon identité de fils de meurtrier, d’enfant orphelin, de laisser aller ma culpabilité : et si j’avais crié, j’aurais pu t’arrêter, j’aurais pu la sauver… Pas facile de me défaire de ce que j’ai vu, entendu, ressenti, pendant toutes ces années de silence et de violence.

Ça ne sera pas facile d’aller au cimetière pour enterrer ma maman et tout en continuant de te chercher. On me dira que tu as fait quelque chose de très méchant et que tu es en punition. Si tu avais su à quel point j’allais passer ma vie à tout faire pour éviter de faire des choses méchantes ! J’avais si peur des punitions… mais j’avais surtout peur d’être comme toi.

 

Urgence 9-1-1

Tel-Jeunes

Cycle de la violence conjugale

SOS Violence conjugale

Violence conjugale, Gouvernement du Québec

Centre d’aide aux victimes d’actes criminels

Educaloi – Violence conjugale

 

Les gars, faut que ça arrête! – Texte : Etienne Boulay

Je pense qu’après 7 féminicides en 6 semaines, y’est temps qu

Je pense qu’après 7 féminicides en 6 semaines, y’est temps qu’on ait cette discussion-là, entre gars. Évidemment, ce message-ci ne s’adresse pas à tous les hommes. Mais si :

Ça t’arrive de prendre du temps dans ta journée pour essayer de rentrer dans le compte Facebook de ta blonde pour savoir à qui elle parle, c’t’à toi que je m’adresse.

Si aussitôt qu’elle a le dos tourné, tu fouilles dans son téléphone cellulaire pour savoir si elle te trompe, c’t’à toi que je parle.

Si t’es le genre de gars qui lui demande de se changer parce que tu trouves que son kit est trop révélateur… c’t’à toi que je parle.

Si tu lui dis que sa famille pis ses amis, c’est de la marde pis qu’elle est chanceuse en maudit de t’avoir toi… parce que t’sais sans toi, elle en arracherait pas mal. Qu’elle serait rien. Si tu tasses tout le monde autour d’elle petit peu par petit peu… c’t’à toi que je parle.

Si quand t’es pas d’accord avec elle, tu hurles ou tu fesses dans le mur pour lui faire peur, pour qu’elle te donne raison… c’t’à toi que je parle.

La violence physique c’est une chose. Mais faut pas oublier sa petite sœur, la violence psychologique. Elle est sournoise. T’as peut-être même l’impression qu’est pas si pire que ça. Mais si tu ne fais rien pour la combattre, cette petite sœur-là, elle finit par grandir pis éventuellement, elle rejoint l’autre.

Pis j’en entends déjà me dire qu’il y a des femmes aussi qui agissent comme ça. Ben oui, c’est vrai. Mais y’a un rapport de force ici, on se contera pas de menteries. C’est quand la dernière fois que t’as entendu dire qu’un homme a été tué dans une histoire de violence conjugale ? C’est sûr que c’est déjà arrivé, mais si on sort les statistiques, je pense pas que ça va être proche. On se comprend, hein ?

Gère tes insécurités mon gars. Gère ta dépendance affective. Gère ton estime de toi. Tu mérites d’être fier de toi quand tu te regardes dans le miroir. T’as un problème. Pis y’a juste toi qui peux le régler. Y’a pas une femme au monde qui va pouvoir le faire à ta place.

Des fois, on va se le dire aussi, c’est que tu projettes sur ta blonde ton propre comportement. C’est pas parce que toi tu fais des trucs par en arrière qu’elle fait comme toi. On se comprend ?

Si quand tu parles à tes chums, tu te plains que ta blonde, c’t’une folle. Pis que ton ex aussi c’t’une folle. Pis que l’autre d’avant aussi, c’était une folle, devine quoi ? Y’a un dénominateur commun ici. C’est toi le problème. Pis tant que t’en auras pas conscience et que tu l’auras pas réglé, ta prochaine blonde pis l’autre d’après aussi, tu vas trouver qu’elles sont folles.

Tu peux pas traiter ta blonde d’une façon devant les gens pis à porte fermée, la traiter autrement. Ou être cool avec elle 95 % du temps pis l’autre 5 %, la traiter comme d’la marde. C’est sérieux ces comportements-là : même si ça arrive pas souvent. Même si c’est juste une fois de temps en temps : « Ah… c’est parce que j’étais fatigué. Ah… c’est parce qu’elle a dit quelque chose qu’il fallait pas. C’est parce que je vivais du stress ». Non mon gars, c’est parce que tu sais pas comment gérer tes émotions.

Je le sais, on est mal faits des fois, les gars. C’est peut-être le bagage qu’on traîne des générations passées : toutes les émotions négatives, on les vit toutes sous forme de colère.

T’es triste ? « Je suis en tabarn* ». Non t’es pas en tabarn*, t’es triste.

T’es déçu ? « Je suis en maudit ».

T’es insécure ? « Je suis en maudit ».

Être tough, c’est pas de lever le ton pis de lui imposer tes désirs pis ta vision. C’est pas de la blâmer pour tes insécurités pis le bagage que tu traînes. Être tough, c’est admettre que ça va pas. Admettre que t’es pas bien. Ça se peut que tu sois pas heureux avec elle. J’ai été dans une relation ultra toxique, vécu toutes sortes de frustrations, de déceptions et d’injustices. Après un bout à me faire vivre ça pis à pas être fier de moi après des chicanes, j’ai décidé de me choisir. J’ai décidé de me respecter. Ça se peut que tu ressentes toutes sortes d’émotions négatives pis que tu sois malheureux quand t’es avec elle. Y’a rien ni personne qui t’empêche de la laisser pis de sacrer ton camp.

Être tough, c’est pas facile. Parce qu’être tough, c’est se responsabiliser. Arrêter de la blâmer pour TES problèmes. T’es responsable de tes actions. T’es responsable de tes réactions. Pis t’es responsable de la gestion de tes émotions.

Des gars tough, avec des backgrounds pas faciles, qui ont été élevés dans des environnements malsains, j’en connais. C’est aussi des gars qui ont brisé le cycle de violence dans lequel ils ont grandi. Pis ils sont devenus des hommes : des maris, des chums, des papas encore plus extraordinaires grâce à leur vécu.

Pour tous les bons gars qui écoutent, je peux pas vous blâmer de ne pas vous sentir concernés. Mais voici où et comment on a besoin de vous. Si vous soupçonnez un de vos chums d’agir de la sorte, faut que vous lui parliez. Le message, le changement, y vont arriver pour vrai quand on n’acceptera pas qu’un autre gars agisse comme ça. Vous ne le laisseriez jamais parler de même à ses enfants hein ? Ben c’est la même chose pour sa blonde. Si quelqu’un traitait votre mère comme ça ? Ou votre sœur ? Ou votre fille ?

Regardez-vous dans le miroir ce soir, pis soyez francs avec vous-mêmes.

Parlez à vos chums

Parlez à vos garçons.

Aux Alouettes, on avait une règle : « If it’s one of us, it’s all of us. » Si c’est un de nous, c’est chacun de nous. Si on sortait un soir et qu’un des nôtres se mettait dans la marde, peu importe la situation ou l’attitude de marde d’un gars, c’était la faute de tout le monde. Parce que c’était notre job de se protéger mutuellement. Ben là, c’est le temps de faire la même chose comme société.

Va chercher de l’aide si t’en as besoin, ça presse.

Des ressources, il y en a à travers la province au complet. Suffit d’une petite recherche Google et le tour est joué.

Urgence  9-1-1

SOS violence conjugale 1 800 363‑9010

À cœur d’homme 1 877 660‑7799

Fédération des maisons d’hébergement pour femmes

Dans la région de Montréal :

Centre de ressources pour hommes de Montréal 514-355-8300

Faut que ça arrête.

Toi, ce poison insidieux – Texte : Annick Gosselin

Il m’aura fallu des années pour comprendre ce qui m’arrivait. J

Il m’aura fallu des années pour comprendre ce qui m’arrivait. Jamais je ne me serais doutée que j’en serais victime. Pendant si longtemps, j’ai cru à tort que je n’étais pas tolérante, que j’avais mauvais caractère et que c’est ce qui faisait en sorte que je me sentais constamment en colère contre toi.

Chaque fois que tu buvais, c’était le même manège. Tu te transformais en un vrai monstre.  Les insultes et les remarques destructrices étaient régulières, tu prenais même plaisir à me ridiculiser devant tes amis, comme si ça te donnait un super pouvoir.

Mais le jour où tu as commencé à avoir ce comportement avec nos enfants, que tu les rabaissais et les dénigrais, j’ai su que c’était inacceptable et je suis devenue une vraie lionne pour les protéger de toi. Malgré tout, j’ai supporté tes insultes encore et encore, en espérant que tu allais changer et que j’arriverais à sauver notre famille. Même si au fond, je savais que cela n’arriverait pas. Trop de colère et de méchanceté t’habitaient.

C’est mon entourage qui m’a fait comprendre quel manipulateur tu étais et que toutes ces années, j’avais été victime de violence psychologique de ta part.

La révélation a été un choc. Comment MOI, j’ai pu être aveugle à ce point? Comment j’ai pu en arriver à accepter de vivre cela? Néanmoins, je devais continuer pour nos enfants et surtout ne pas te laisser gagner, malgré le fait que j’étais pas mal abimée psychologiquement, je devais me reconstruire.

Je pensais bien qu’avec la séparation, le pouvoir que tu avais de me faire du mal cesserait enfin, mais je me suis grandement trompée. Tu te servais de ce que j’avais de plus précieux pour me faire mal, nos enfants. Je devais toujours tout accepter, car sinon, c’est sur eux que ton venin retombait. Et comme je ne voulais pas qu’ils souffrent, j’acceptais tout en me fermant et en encaissant, encore et encore.

Ça a été long pour que j’aie le courage de te faire face, que j’arrête d’accepter l’inacceptable.  Et un jour, j’ai trouvé la force. Certes, j’étais fière d’avoir tenu mon bout et de m’être respectée. Mais chaque combat que je te livrais me laissait dans un état de colère et de détresse psychologique incroyable, car tes attaques étaient profondes. Il me fallait, chaque fois, quelques jours pour m’en remettre.

Nos enfants ont grandi, ils sont devenus adultes. Mais comme nos obligations subsistent tant que les études ne sont pas finies, c’est long, très long avant de ne plus t’avoir dans ma vie. J’ai dû constamment supporter tes excès de colère et tes attaques gratuites quand tu ne voulais pas t’impliquer ou payer une facture. La discussion avec toi est impossible. Confrontation et attaques, c’est tout ce que tu connais.

Évidemment, c’est toujours quand je m’y attends le moins que tu frappes le plus fort. Me libérer de ton emprise m’aura pris de nombreuses années, mais maintenant c’est fini. Je prends la décision de me respecter en me libérant de ta présence toxique dans ma vie.

J’ai dû en venir à te bloquer comme contact dans mes courriels, mes SMS et sur les réseaux sociaux. Cette violence psychologique, même ponctuelle, fait mal et est inacceptable. La semaine dernière, c’est la dernière fois de ta vie que tu me traitais de connasse.

Annick Gosselin

Gros dégueux ! Texte : Nathalie Courcy

Avertissement : Si vous n’êtes pas prêts à lire ma hargne prof

Avertissement : Si vous n’êtes pas prêts à lire ma hargne profonde envers les gros dégueux, arrêtez tout de suite, parce que ce texte est un déversement assumé de fiel.

Mais qui sont les gros dégueux ? Les abuseurs, les agresseurs, les harceleurs, les violeurs. Ceux (et celles, parce que ça se conjugue aussi au féminin ! Ça fait « grosses dégueuses…) qui s’en prennent aux enfants, aux bébés, aux ados, aux femmes, aux hommes, aux personnes âgées. Parfois même aux chiens, aux chèvres… J’ai même déjà entendu des hommes dire qu’ils se faisaient… par des veaux. Je vous jure.

Vous commencez à comprendre, hein, de quoi je parle? Ça n’a rien à voir avec la grosseur physique du gros dégueux. C’est juste qu’il faut être immensément colons et plein de m… pour faire des choses aussi dégoûtantes et horribles.

Que tu sois militaire, pauvre, curé, femme au foyer, père de famille, vedette, grand frère, ado frustré ou vieillard emmerdé, tu n’as pas d’affaires à toucher les autres sans leur consentement clair. Tu n’as pas le droit de mettre ta main ou ta bite sur eux ou en eux. Tu n’as pas le droit de cruiser avec insistance, de suivre une personne avec tes pieds, ton regard ou une application sur un cellulaire. Tu n’as pas le droit de dénigrer, de détruire l’estime de l’autre et les liens avec son entourage pour devenir son seul porc d’attache. Tu n’as pas le droit de menacer, de forcer, de frapper, d’étrangler, de brûler, d’assassiner. Tu n’as pas le droit de forcer à la prostitution pour faire du cash sur le c… des autres.

C’est interdit, illégal. Tu te retrouveras devant un juge, dans une cellule de prison, peut-être. Tu perdras ton emploi et ta crédibilité, peut-être. Mais chose certaine, ta victime, tes victimes, se retrouveront piégées dans tes griffes et dans un mal-être immense et pénible à guérir. Tu auras beau leur offrir des fleurs, des bijoux ou de la drogue pour leur prouver que tu les aimes les manipuler, ça ne réparera pas les plaies que tu leur fais au corps et à l’âme. Et on le sait, si tu leur offres des fleurs, c’est juste pour leur casser le vase sur la tête par la suite.

Gros dégueux, tu me dégoûtes. Tu m’écœures. Tu me répugnes. Chaque fois que j’entends parler de toi aux nouvelles, j’ai le goût de vomir. Mon corps te rejette. Je ne comprends pas que tu ne sois pas capable de garder tes mains dans tes poches et ta queue dans tes jeans. C’est simple pourtant :

– Veux-tu ?

– Non.

– OK.

That’s it.

Pas d’ostinage, pas de niaisage. Pas de « Envoye donc ! ». Pas de « Je le sais que tu veux… ». Pas de « Si tu me suces pas, ton patron va recevoir des photos de toi et tu vas perdre ta job ». Non. NON ! Si tu n’entends pas OUI, tu ne fais rien, tu t’éclipses et tu laisses tranquille.

Je ne comprends pas non plus pourquoi tu ne te fais pas soigner. La honte, j’imagine. Le manque de conscience ? De lucidité ? Quelque part en dedans de toi, il doit bien y avoir une petite partie qui te dit que c’est mal et malsain de forcer quelqu’un à avoir des contacts sexuels. Il doit bien y avoir une tite lumière rouge sang qui allume quand tu cognes, quand tu étampes dans le mur, quand tu cries. Les vois-tu, les yeux apeurés qui te regardent faire ton power trip ? Le vois-tu, le corps qui se vide de toute présence pendant que tu assouvis tes pulsions animales ? Ça t’excite, de défoncer une poupée de chiffon sans âme ? Vraiment ?

Je vous avais dit, hein, que mon texte serait sans compassion ? En réalité, j’ai de la peine pour ces hommes, ces femmes, qui sont si malheureux et mal dans leur peau qu’ils cherchent désespérément la peau des autres pour se l’approprier. Mais j’ai surtout de la colère et du dégoût envers eux. Envers le système aussi, qui les innocente trop souvent, faute de « preuves hors de tout doute raisonnable ». La parole de l’un contre la parole de l’autre. Les souvenirs brouillés d’une victime traumatisée contre des années de pratique en manipulation de la part du bourreau. Combien de victimes aura-t-il le temps de faire avant d’être forcé à l’introspection ?

Je sais bien que des gros dégueux, il y en a toujours eu, il y en aura toujours (ça m’écœure juste de l’écrire). Je sais aussi qu’on en entend plus parler dans les médias parce que les médias sont partout. Merci #MeToo et autres mouvements de dénonciation. Merci aux victimes qui dénoncent et affrontent ce long parcours du combattant que sont la mise en accusation et le procès. Vous tracez la voie pour d’autres, vous montrez l’exemple, vous aidez à  sensibiliser la population. Peut-être que grâce à vous, quelques gros dégueux sauront aller chercher de l’aide avant de s’en prendre à des personnes innocentes et souvent vulnérables.

On a tous un rôle dans la lutte contre les abus sexuels et la violence. Mon rôle aujourd’hui, c’était d’écrire ce texte et de le signer.

Nathalie Courcy

Toxicité

J’ai quitté une relation toxique. Aux yeux de tout le monde, nous

J’ai quitté une relation toxique. Aux yeux de tout le monde, nous étions le couple parfait. En public, on riait ensemble, on passait notre temps à s’obstiner, pour tout et pour rien. On avait une belle complicité, ça oui. Mais en privé, je vivais constamment de l’insécurité. L’alcool tuait notre couple à petit feu.

–         Si t’es pas contente, tu sais quoi faire. On a juste une vie à vivre pis moi j’ai du fun.

C’était sa réplique depuis plusieurs années. J’étais toujours stressée quand je le voyais prendre une bière parce que je savais qu’il n’arrêterait pas avant de toucher le sol. Il y a eu quelques épisodes d’agressivité au fil de ces années où on semblait vivre le bonheur aux yeux des autres. Des fois, il me réveillait pendant la nuit pour me menacer de me frapper. D’autres fois, il m’accotait dans le mur pour me menacer de m’arracher la tête en me disant que j’avais un sale caractère et qu’il n’était plus capable de m’endurer parce que c’était moi qui le rendais agressif et qu’à ce moment‑là, ce trop-plein devait sortir. Mais aux yeux des autres, on était le couple parfait. Personne n’a vu venir notre séparation, on était si « parfaits ».

Mais moi, de l’intérieur, je mourais à petit feu. J’avais toujours peur lorsqu’il levait le coude.

Bien sûr, je lui en avais parlé. Il me disait qu’il avait changé, que ça n’arriverait plus. En effet, quelques années ont passé sans violence mais ma crainte, elle, n’est jamais partie. Sa consommation d’alcool n’a jamais diminué par contre, au contraire. Et ma crainte augmentait sans cesse. Je me disais qu’un jour, ça finirait encore par éclater.

Lorsqu’il buvait trop, je feignais de dormir pour éviter de lui parler. Parce que selon lui, je provoquais toujours la chicane. De cette façon, je n’endurais plus ses excès d’alcool. Mais j’angoissais. Beaucoup. J’avais toujours peur qu’il essaie de me parler même si j’étais censée dormir et j’attendais. J’attendais qu’il finisse, lui, par s’endormir. Parfois, ça prenait presque la nuit au complet. Il était tenace. Il buvait beaucoup, même la semaine. Donc, j’attendais toujours qu’il s’endorme avant moi pour que je puisse finalement dormir… en paix. Avoir la paix, ça n’a pas de prix.

Des fois, avec à peine trois heures de sommeil, j’allais travailler. C’était comme ça plusieurs fois par semaine. Je n’en pouvais plus mais en public, je souriais.

–         Vous êtes tellement beaux ensemble ! Vous allez faire votre vie ensemble, c’est impossible que vous vous sépariez, vous êtes un modèle !
Je l’ai entendu souvent et à chaque fois, c’était un coup de couteau de plus dans le cœur. « Si seulement tu savais ».

Les mois passent, j’ai encore cette insécurité et pourtant, il n’est plus là. Est‑ce qu’il va venir cogner à ma porte, un soir, à cause de l’alcool ? J’ose espérer que non, mais c’est plus fort que moi, j’y repense souvent et j’en fais parfois des cauchemars.

Un jour, je retrouverai pleine confiance et je n’y penserai plus.

Eva Staire

 

N’hésitez pas à demander de l’aide

SOS violence conjugale  –  1 800 363-9010 (24/7)

Pour toi, maman

Bonjour Maman,

Il y a

Bonjour Maman,

Il y a 48 ans, tu me donnais naissance. J’étais tout petit. Je pesais moins de 4 livres. J’avais hâte de sortir ! Non pas parce que je n’étais pas bien dans ton ventre, mais peut-être que j’avais hâte de vivre ma vie ! Tu as bien su prendre soin de moi, même si j’étais un grand prématuré. J’étais aussi ton premier enfant. Toute une surprise !

Malgré tout le travail que tu avais à faire, tu en as fait des choses avec moi ! Toutes les fois où tu as joué avec moi, toutes les petites attentions, juste pour me faire plaisir et réjouir mon cœur d’enfant, tous les vêtements que tu prenais le temps de me confectionner, tout le temps nécessaire à ma réussite scolaire ne sont que quelques exemples. Tu étais toujours là pour t’assurer que je ne manque de rien. Même si papa était parti pendant des mois, tu avais le don de me rendre heureux et de me faire plaisir avec de petites choses simples de la vie. Eh bien, sache qu’aujourd’hui, je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi.

Tu sais maman, si je me suis très bien débrouillé dans la vie, c’est en grande partie grâce à toi. Tu m’as élevé seule et tu as toujours été là pour moi quand j’avais besoin de toi. Même si tu avais un travail à temps plein, même si tu devais effectuer toutes les tâches de la maison, je pouvais toujours compter sur toi. Surtout lorsque je n’allais pas bien. Je me suis aussi toujours senti plus ouvert avec toi parce que tu étais présente.

J’ai tout appris de toi : la cuisine, la couture, comment entretenir une maison ou même travailler avec des outils. J’ai tout appris dans le respect et dans la joie. Je me rappelle qu’en troisième année, nous devions réaliser un projet de notre choix. Moi, comme d’habitude, j’avais des idées de grandeur ! J’avais décidé de faire un gros coffre en bois avec un tiroir dans le bas et un couvercle sur le dessus. C’était mon choix et au lieu de me décourager, tu as relevé tes manches et tu m’as tout enseigné : comment manipuler la scie sauteuse électrique et tous les autres outils. Je l’ai fait mon projet et j’en étais très fier ! Quand je l’ai apporté à l’école, j’ai impressionné mes amis. Même le professeur était impressionné ! À travers ce projet, tu m’avais aussi appris la détermination et la fierté. J’ai plein de beaux souvenirs comme ça, ma belle maman. Je ne peux pas oublier ces moments de joie parce qu’ils sont gravés dans mon cœur.

Malheureusement, je me souviens aussi de toutes les fois où tu étais triste et où j’aurais voulu intervenir. J’avais peur moi aussi, maman… Je n’étais pas grand et costaud comme papa, mais je te jure que si j’en avais été capable, je serais intervenu. Tu ne le sais pas mais à l’adolescence, quand j’entendais les disputes interminables de papa, j’étais assis sur le bord de mon lit et je me regardais dans le miroir. J’étais enragé. J’aurais voulu l’attraper pour qu’il arrête, mais il était deux fois plus gros que moi. Ses mains étaient trois fois plus grosses que les miennes. Une de ces fois‑là, maman, je me suis juré une chose : lorsque j’allais avoir une femme, j’allais en prendre soin et je lui ferais vivre totalement le contraire de ce que toi tu as vécu.

Je te remercie. Pour toutes les fois où tu as pris ma défense et toutes celles où tu m’as évité des coups. Je voyais la peur en toi, mais tu faisais le nécessaire pour me rendre la vie plus facile.

Aujourd’hui, à l’âge de 48 ans, je peux te dire que je n’ai jamais maltraité aucune femme. Ma femme, je prends soin d’elle et je l’aime. J’aurais aimé que toi aussi, tu puisses vivre une vie comme cela.

Mais laisse‑moi te dire une chose : tu es une femme forte. Malgré toute cette violence dans la maison et le suicide d’un de tes fils, tu as survécu. Tu m’as donné l’exemple. Tu as été un modèle pour moi, une combattante.

Regarde-moi aujourd’hui… Avec le temps, je suis devenu un homme de bonne carrure. Je suis allé à l’étranger à trois reprises dans des conditions extrêmement difficiles. J’ai servi mon pays pendant plus de 21 ans. J’ai des blessures physiques et mentales reliées à mon service. Mais je tiens encore debout. Je suis un papa et un mari respectueux.

J’aurais pu écrire un livre sur tout ce que tu as fait pour moi. Cette année, comme l’écriture est ma nouvelle passion, je voulais au moins t’écrire cette lettre pour la fête des Mères.

Je te l’ai déjà dit, je te le redis encore : je t’aime ma belle maman d’amour.

Tu es mon modèle, mon exemple, ma super maman.

Bonne fête des Mères, car pour moi, tu es la meilleure !

XXXXX

Carl Audet

Quand le « Monstre » n’est pas violent

Je lui avais dit qu’un jour, tout cesserait mais qu’il fallait q

Je lui avais dit qu’un jour, tout cesserait mais qu’il fallait qu’elle nous fasse confiance. Ce n’est pas facile de faire comprendre à quelqu’un qu’une autre personne a une emprise sur elle. Comment rester délicat mais ferme?

– Je l’ai dans la peau! Ensemble on se brûle, séparés on se perd.

Elle se séparait mais retournait avec lui à chaque menace ou à chacune de ses belles paroles!

Il lui disait qu’il l’aimait donc. Elle voulait lui « laisser une chance ». Encore.

Un an après être partie et libérée, il continuait à lui écrire, à lui envoyer des mots doux. Mais ce qu’elle ne comprenait pas, c’est qu’au travers de ses mots doux, il y avait des menaces. Des menaces bien inoffensives qu’elle disait parce qu’elle aussi, elle lui en envoyait. La manipulation est traître. Elle est invisible aux yeux de celle qui la subit, mais aussitôt qu’une personne doit user de violence psychologique, c’est un Monstre.

Aussitôt que quelqu’un se sauve d’une maison pour se libérer, il y a une raison. Quand le « Monstre » en question vous rappelle en disant qu’il a changé mais qu’au travers de ses paroles, il y a encore de la manipulation : il n’a pas changé. Quand la roue qui tourne est la même depuis dix ans, pourquoi soudainement la personne changerait-elle mais en conservant ses menaces? Il n’a pas changé.

Elle est retournée. Je dois respecter son choix, qu’elle me dit. Eh bien, elle devra accepter le mien qui est que moi, je ne l’accepte pas. Ma porte sera toujours grande ouverte pour elle mais lui, il ne me manipulera pas. Je dois la regarder couler, encore une fois, parce qu’une personne qui ne veut pas s’aider, on ne peut pas l’aider de force. J’ai tout essayé, je le jure.

Et chaque fois, elle me dit : « c’est la bonne ».

Je n’y crois plus.

Qu’est‑ce qui se passe dans la tête d’un manipulateur? Est‑ce une victoire pour lui? Est‑ce qu’il est fier d’avoir encore gagné? Ou est‑ce que quelqu’un peut vraiment changer?

Seul le temps me le dira. Encore.

Eva Staire

 

Un autre drame conjugal

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Il y a quelques jours, un autre drame familial s’est joué. Nous connaissons le résultat : six enfants orphelins et marqués à vie ainsi que deux familles et plusieurs amis et collègues changés à jamais. Lorsque ces drames arrivent, nous nous posons la question : pourquoi? Moi, cette fois-ci, j’ai angoissé. J’ai eu peur, car je me demande si nous n’allons pas développer une fausse résilience, une forme d’insensibilité face à ces drames parce que ça va en quelque sorte faire partie du quotidien. Il ne faut absolument pas que nous développions ce réflexe.

 

En participant à diverses discussions sur les médias sociaux et avec des collègues de travail, deux points m’ont marquée. En premier lieu, je sens que les hommes en général ont une certaine forme de gêne. Ils sont frustrés, oui, mais aussi gênés. Ils se sentent mal pour le geste qu’un autre homme dans les mêmes passages de vie peut faire. Quoi vous dire, messieurs? On comprend que ce n’est pas vous, que c’est un cas (oui, il y en a eu beaucoup dans les derniers mois).

 

L’autre point qui me frappe, c’est qu’il y en a beaucoup, mais alors beaucoup de femmes avec des bagages de violence conjugale. Ça me frappe, me fait retomber sur terre et j’ai mal. Des femmes qui doivent faire des choix de vie, changer de ville, avoir peur d’aller à l’épicerie seules… Bref, un gros choc pour moi de réaliser tout ce que leur vie comprend comme obstacles.

 

L’autre point auquel j’adhère entièrement, c’est celui de certains médias concernant leur façon de véhiculer la nouvelle. Au lendemain du drame, un célèbre animateur de radio expliquait qu’il faut arrêter d’aller interviewer les familles au lendemain de ces drames, car c’est certain que ce sont des familles modèles, des familles parfaites.

 

La vérité, c’est qu’une famille parfaite, ça n’existe pas, de la même façon qu’une vie parfaite n’existe pas. Il y a peut-être un point de départ dans tout ça. Si on regarde les derniers drames, on le sait qu’il y a de la souffrance, il y a de la non-acceptation de certains passages de vie. La vie, c’est loin d’être un long fleuve tranquille. La vie est constituée de victoires et de joies, mais aussi de peine et d’échecs. C’est le mélange de tout cela qui nous fait avancer.

 

Un constat que je fais, c’est la relation d’aide. Il est à mon avis impératif que tout être humain ait une base de formation et de connaissances des relations humaines. Je ne sais pas comment y arriver, mais il faut valoriser cet aspect à l’aide du système scolaire, des milieux de travail, etc.

 

Dans quelques jours, ce sera la fameuse journée pour la santé mentale. Il est de mon point de vue que cette journée a encore davantage d’importance cette année : nous devons causer, nous devons porter attention à autrui.

 

S’accepter, accepter que nous ne sommes pas parfaits, mais jamais, alors JAMAIS tomber dans une fausse résilience sur la violence conjugale. C’est notre devoir pour ces six enfants changés à jamais. Donnons-nous de la douceur et de l’amour.

 

Evelyne Blanchette

 

 

Des jeux qui n’en sont pas

Chaque année apporte son lot de nouveaux jeux et défis questionnab

Chaque année apporte son lot de nouveaux jeux et défis questionnables dans les écoles secondaires et dans les parcs. Dans mon temps, on jouait à la bouteille et on s’embrassait sur la main parce que « ark, la bouche! ». Mais maintenant, c’est autrement plus sérieux. Et dangereux.

Parents (et intervenants auprès des jeunes), je vous invite à ouvrir la discussion avec les adolescents de votre entourage. Sont-ils témoins de jeux qui semblent drôles jusqu’à ce qu’ils dérapent? L’école est-elle au courant? Ils font peut-être partie d’un groupe qui pratique ces jeux, ou peut-être en sont-ils des victimes collatérales.

Autobus surpeuplé d’une école surpeuplée (2000 ados remplis d’hormones, des petits timides de secondaire 1 et des grands fouets de dernière année, crinqués de leur journée et gonflés d’un orgueil malsain pour certains). Dans l’autobus, il y a trois fois plus de personnes debout que de personnes assises. Le manque d’oxygène explique peut-être la suite des choses.

Un groupe d’amis (oui, des amis) s’emballe, crie. Un des jeunes commence à taper l’autre (je rappelle, ce sont des amis). Sans arrêt. Puis, c’est l’autre. Toujours sous les encouragements nourris du reste de la troupe. Ça rit, ça filme sûrement. La compétition de celui qui mettra la vidéo le premier sur les médias sociaux.

Dans l’échauffourée, ils tombent sur leurs voisins d’autobus, les bousculent, les écrasent contre les barres de métal ou contre la fenêtre. Le coup de poing (destiné à l’ami, on s’en souvient) passe tout droit et atterrit sur une épaule, une joue, un ventre. Tout le monde perd l’équilibre, c’est le chaos des cris « Go t’es capable! Continue! » et des « Outch, tasse-toi, tu me fais mal », suivis de « Check l’autre qui braille encore! ». Vous voyez le portrait.

Monsieur le conducteur, où êtes-vous? Le conducteur fait son travail, c’est-à-dire ramener tous ces jeunes à la maison après leur journée d’école. Il intervient mollement (c’est peut-être la centième bagarre du genre qu’il essuie cette année) : « Calmez-vous, les jeunes ». Bien sûr, il pourrait arrêter l’autobus sur le bord de la rue. Débarquer les jeunes fautifs? Peut-être, s’ils lui obéissent. Prendre leurs noms pour une suspension éventuelle, sûrement. Il aurait le droit (le devoir?) d’appeler le superviseur de la compagnie de transport, faire venir un agent de sécurité. (Je vole le punch : c’est fait depuis que nous avons rapporté la situation aux autorités concernées). Mais comme les autres jeunes de l’autobus, il est pris au piège d’une violence trop habituelle. Habituelle, point.

Retournons à cet autobus. Fermez vos yeux. Imaginez-vous, fatigué de votre journée, tanné d’être entouré d’une foule bruyante qui ne vous a laissé aucun répit depuis 7 h le matin. Vous essayez de vous recentrer en écoutant de la musique ou en lisant un livre. Pas facile avec ces sacs à dos qui vous accrochent, ces odeurs, le brouhaha des conversations à volume élevé. Vous vous tenez debout tant bien que mal, accroché sur le poteau de métal. Vous sentez l’ambiance qui s’échauffe, les coups tombent soudainement de tous les côtés. Quelqu’un vous écrase la jambe contre un siège, puis le bras contre la barre de métal. Votre tête frappe la fenêtre. Le fil de vos écouteurs reste coincé et se brise. C’était tout ce qui vous permettait de rester un peu zen… Vous vous étiez pourtant placé près du conducteur pour être en sécurité.

Vous sentez-vous bien? Vous sentez-vous en sécurité? Avez-vous hâte de reprendre le même autobus le lendemain, avec les mêmes personnes et les mêmes cris? Avez-vous-même le goût de retourner à l’école le lendemain?

Cette situation n’est pas une fiction. Ça arrive ici, ça arrive sûrement ailleurs aussi. Ça s’appelle de la violence. Ré-pé-ti-ti-ve.

On a informé l’école, la commission scolaire et la compagnie de transport. On a posé des questions. On a ressorti leurs politiques « Tolérance 0 » concernant la violence. Tous les intervenants contactés ont réagi rapidement et concrètement. Il y a eu enquête. L’enquête a prouvé que les « amis » qui se tapaient dessus étaient bel et bien des « amis », consentant à toute cette violence très gratuite (gratuite dans ses causes, mais pas dans ses conséquences).

Ces jeunes participaient à un jeu populaire dans certains coins de la province, qui consiste à frapper quelqu’un pendant deux minutes sans que cette personne ne puisse se défendre, puis à inverser les rôles. Une autre version n’a pas de limite de temps : une personne peut tout faire à l’autre (le frapper, l’étrangler, lui arracher son linge…) jusqu’à ce que la personne tape par terre ou dise « stop ».

Mais vous savez ce que fait l’orgueil dans le cerveau pas tout à fait développé des ados? Ça empêche souvent de dire « stop ». C’est là que les risques deviennent énormes. Faut-il attendre une commotion cérébrale, un décès, une poursuite en justice? Faut-il attendre que les parents dénoncent pour agir?

Je disais donc… parents et intervenants auprès des jeunes, je vous invite à ouvrir la discussion avec vos ados. À propos de la violence, de l’esprit de compétition, de l’orgueil, de la pression du groupe, de l’influence des autres, de la nécessité de dénoncer, du droit de chacun d’être et de se sentir en sécurité. À propos de ces jeux qui n’en sont pas. À propos de ces amitiés qui n’ont rien d’amical.

Cette année, c’est le 2 minutes challenge, l’an prochain, on sera rendus à une version encore plus hard core. Si vous entendez parler d’autres types de jeux ou de défis du genre, parlez-en ici! Ça pourrait sauver quelqu’un.

Nathalie Courcy