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Quand la bouteille est plus importante que l’amour – Texte: Claudie Castonguay

Quand tu te lèves au travers des corps morts… Ceux de personnes que tu connais pas, ceux des bout

Quand tu te lèves au travers des corps morts… Ceux de personnes que tu connais pas, ceux des bouteilles vides qui sont au sol et que tu dois esquiver pour te déplacer.

On peut aussi parler des rires et des voix fortes qui te réveillent la nuit parce que le 5@7 s’est étiré après 9, 10, 11, 12, 1, 2… et que les rayons du soleil sont maintenant présents.

Parfois, c’est le jeudi, le vendredi… ou étalé sur sept jours…
Ça teinte ta vie, tes habitudes, tes espoirs… Ça teintera aussi tes choix… Tu auras le choix de suivre ce modèle ou de te remonter.

Si tu choisis de prendre un autre chemin, tu devras vivre avec ses traumatismes. Comprendre qu’une coupe de vin ne deviendra pas nécessairement un party à l’infini pour toi. Ou encore plus pour ton entourage.

À toi qui as vécu dans ce mode alcoolisé, qui en souffre, je te comprends.
À toi qui juges, tu ne peux pas comprendre.
À toi qui bois, je te souhaite de trouver la force pour avoir un mode de vie équilibré.

 

Aide : https://www.quebec.ca/sante/conseils-et-prevention/alcool-drogues-jeu

Claudie Castonguay

La grotte — Texte : Carl Audet

Voilà que j’amorce ma cinquième semaine de thérapie fermée loi

Voilà que j’amorce ma cinquième semaine de thérapie fermée loin de ceux que j’aime. Un revirement s’est fait dans ma tête il y a une semaine. Celui de lâcher prise envers le négatif. Tout simplement arrêter de m’en faire pour des petits riens. Ainsi, j’ai arrêté d’être impulsif et de me mettre en colère. Aucune envie de consommer de l’alcool également depuis trois semaines.

Maintenant, je me sens prêt à retourner chez moi. Mais je persévère dans le programme afin de mettre toutes les chances de mon côté.

Pourquoi ? Je ne veux pas rechuter. Je ne veux plus souffrir. Je veux être moi-même. Cet homme que je suis devenu et qui ne veut pas retourner en arrière. Cet homme que je n’ai jamais connu. Qui maintenant apprécie davantage la vie d’une autre manière.

Comme dans une grotte sur le bord de la mer qui accumule les débris avec les vagues. J’étais paralysé dans celle-ci. Fuyant la réalité et accumulant les sentiments de colère et négatifs. Épuisé émotionnellement et physiquement, je vivais dans l’isolement.

Maintenant que je suis sorti de cette grotte obscure, je suis capable de communiquer complètement. Je suis capable d’admirer la vie qui s’ouvre à moi. Je commence à établir des buts, des plans et des projets. Tout en gardant à l’esprit : un jour à la fois. Afin de ne pas me mettre de pression.

Toi ma femme, ma fille, mon fils ou mon ami(e), je désire te connaître autrement. Mon écoute est différente maintenant. Mes yeux sont plus grands pour mieux te voir et pour admirer la beauté qui m’entoure. Mon cœur est plus grand pour mieux t’apprécier. Pour la première fois, je suis devenu cet homme. Cet homme qui est devenu meilleur.

Comme à toutes les fins de semaine, nous avons des rencontres avec des gens qui sont rétablis. Des personnes qui ont souffert beaucoup. Parfois même, certains ont tout perdu. Très émouvant de voir leur cheminement.

Terrible cette maladie de dépendance. Malheureusement, trop de personnes en souffrent sans demander de l’aide. Pour d’autres, c’est un moyen de mourir tranquillement.

Merci grandement à ma femme qui m’a aidé à sortir de cette grotte. Qui m’a tendu la main à sa façon. Elle aussi qui sera là pour me soutenir si des obstacles se présentent devant moi.

Lorsqu’elle m’a reconduit à la clinique, elle m’a simplement dit : ne t’inquiète pas pour nous, tout ira bien. Pense à toi et prends bien soin de toi.

Carl Audet

C’est terminé ! Texte: Carl Audet

La vie nous réserve parfois des obstacles gigantesques auxquels on

La vie nous réserve parfois des obstacles gigantesques auxquels on ne s’attend pas. Encore moins l’effort requis pour les franchir.

Je n’en pouvais plus de me mentir à moi-même. Voir ma vie en désordre était insupportable. Plus le temps passait, plus mon style de vie s’aggravait. Mon horaire de vie était complètement à l’envers. J’avais de moins en moins d’intérêt pour certaines tâches et activités avec les enfants. Des promesses non tenues envers ma femme à plusieurs reprises. Je devais mettre fin à ce style de vie qui était difficile pour tous.

Donc j’ai laissé ma famille que j’aime tellement pour aller en thérapie fermée. Pour résoudre ce problème quotidien d’alcool qui persistait depuis mon retour de l’Afghanistan, il y a de cela plus de seize ans.

Oui, pas facile d’admettre qu’on a un problème de consommation et qu’on a besoin d’aide. Encore moins facile, le début de la thérapie. Arrivé à la clinique, j’étais placé en confinement pendant trois jours dans une chambre (merci COVID !).

Mes bagages étaient confinés dans une autre pièce. Pas de téléphone et portable pour deux semaines.

J’avais l’impression d’entrer en prison même si j’étais avec mon chien d’assistance. J’étais complètement coupé du monde extérieur.

Je devais vivre avec d’autres personnes ayant des problèmes comme les miens ou similaires. Par contre, nous avions tous une chose en commun : la souffrance.

Un aspect nous réunissait, celui de la volonté d’effectuer un nouveau départ pour de bon. Mettre fin à cette souffrance est le désir de nous tous. Pour ma part, je suis prêt à combattre. Je ne veux pas à avoir à retourner en thérapie fermée. Réapprendre à vivre sans cette dépendance est ma seule option.

Je veux avoir un mode de vie sain pour moi-même et pour ma famille. Je ne veux surtout pas perdre ce qui est le plus important pour moi : ma famille.

Les séances de thérapie sont épuisantes. Je constate un gain d’énergie qui progresse chaque jour. Déjà au début de ma troisième semaine, j’observe une forte amélioration de ma santé physique et mentale.

L’abstinence n’est pas la solution. Seule la sobriété est une option. Je devrai mettre en application les outils appris en thérapie.

Je suis déterminé à être heureux, ne plus souffrir et apprécier la vie. Je me souviendrai toujours d’où j’étais afin de me rappeler cette souffrance. La maladie n’est pas dans la bouteille mais plutôt dans ma tête. Je suis un alcoolique. De plus, ce gène est en moi…

Je veux devenir ce papa toujours disponible pour ses enfants et être leur parfait modèle.

Aujourd’hui, je suis très content d’être ici en thérapie. Je réalise que je suis malade et que mon corps était intoxiqué par l’alcool. Merci à mes thérapeutes et à ma famille pour leur soutien. Merci à la vie !

Carl Audet

Ma vie de statue

Cette année, ça fera seize ans de mariage dans notre couple.

Cette année, ça fera seize ans de mariage dans notre couple.

Parfois à la blague, je dis à nos amis « Seize looooongues années », en sous-entendant que ce n’est pas facile de vivre avec l’autre.

Mais derrière cette blague, une demi-vérité. Ma tendre moitié a un problème d’alcool, une dépendance solide qui l’a amené au fil des années à faire de nombreuses gaffes, parfois quasi irréparables.

Depuis que je suis avec, c’est comme ça.

Au début, ça ne me dérangeait pas, car je viens d’une famille (mère, tantes, beau-père, etc.) de consommateurs d’alcool, drogues ou autres. Alors je pensais pouvoir gérer, car je connaissais ce monde-là, et ce, même si moi, je ne suis pas tombée dans ces dépendances.

Et puis, je l’aimais tellement !

Et effectivement, pendant les premières années de mariage, de couple et de famille, j’ai su gérer.

Gérer le fait que l’autre rentrait souvent tard après la fermeture des bars, alors que notre premier enfant venait tout juste de naître…

J’ai su gérer les problèmes d’argent liés au problème d’alcool, qui ont mené jusqu’à la faillite personnelle.

J’ai su gérer pendant des années et des années un tempérament très instable, colérique, anxieux, susceptible et souvent manipulateur lié à la dépendance. Sans compter les mensonges.

J’ai même su gérer l’infidélité. Deux fois (ou plus, je ne sais plus).

À un moment donné, tu penses que c’est de ta faute parce que c’est ce qu’il te dit à répétition. Pis tu l’aimes, faque tu le crois. Mais une toute petite voix en dedans de toi te souffle que c’est faux. Et tu y crois aussi.

Et tu te dis que ça va aller mieux avec le temps, que ta patience à toi sera récompensée, qu’un jour, ta vie de famille rêvée, ben tu vas l’avoir.

Puis un jour, le dépendant réalise qu’il peut tout perdre, fait une thérapie et arrête pendant quelques merveilleuses années. Des années de calme, de paix et heureuses. Jusqu’à…

La rechute… la rechute de celui qui vit dans le déni solide et qui pense dur comme fer qu’il est capable de se maîtriser, qu’il peut boire un verre comme tout le monde… Et alors, les sorties jusqu’aux petites heures du matin recommencent, les problèmes d’argent liés à la consommation reviennent… Tu paniques.

Ensuite, tu te tannes. Parce que pendant ces années où lui tourne en rond, toi, tu es devenue ta propre personne et tu réalises que tu ne veux peut-être plus de ça dans ta vie. De l’alcool et de tout le stress qui vient avec. Tu t’éloignes. Parce que l’alcool pour toi, ça fait des ravages dans ta famille pis que t’es pu capable, tu n’as plus la force de gérer, de soutenir et de vivre à travers cela.

Alors on en est là. La rechute dure depuis trois ans, avec des moments de grâce, des moments de stress immenses, des moments où je me pose la question « Mais qu’est-ce que je fais là ? ».

Parce qu’il faut réaliser que seize ans de vie commune, c’est beaucoup dans une vie humaine. C’est beaucoup d’histoire et ça ne se fout pas aux poubelles d’un coup même si tu n’en peux plus de voir ta moitié te faire revivre ta vie en boucle, comme si c’était le jour de la marmotte. Comme si tu avais encore vingt-cinq ans, alors que tu en as presque quarante…

Je ne vais pas entrer dans les détails du pourquoi je suis restée pendant toutes ces années avec lui, mais toi qui vis avec un toxicomane, un alcoolique ou un être qui a une dépendance qui peut détruire ta famille, je veux que tu saches que si tu penses que tu l’aimes assez pour vivre avec son problème, fais-le.

Sinon, pars.

Parce que si tu finis par l’aimer de moins en moins et que tu restes avec, c’est à ce moment-là que les regrets commenceront à former une montagne et que le désespoir s’emparera de toi. Que la peur du changement ultime te confrontera tous les jours au point de te rendre inerte comme une statue, incapable de prendre LA bonne décision… c’est à ce moment-là qu’il sera presque trop tard…

Eva Staire

Aveux d’un alcoolique — Je suis allergique à la boisson!

Dès mon jeune

Dès mon jeune âge, la boisson était présente dans ma vie. Quand mes parents festoyaient, je me cachais pour boire la broue des bières vides que mes parents avaient bues. Au secondaire, les partys étant plus fréquents, je me suis mis à consommer drogue et alcool. Malheureusement, ces mauvaises habitudes m’ont suivi tout le long de mon adolescence. C’était un cercle vicieux, car je n’y voyais aucun inconvénient ou problème de dépendance dû au fait que mon entourage consommait tout autant.

La conscience!

En vieillissant, ma consommation en est venue à nuire à mes relations amicales, amoureuses ainsi qu’à mes projets et à ma lucidité. Je n’étais plus moi, j’avais perdu le contrôle! Je ne me rendais pas compte de tout l’impact que cela pouvait engager autour de moi ni de la peine que je pouvais causer aux gens que j’aime. Cela m’a pris de nombreuses années avant de comprendre, de réaliser et d’accepter que l’alcool était ma pire ennemie! Il m’a fallu perdre beaucoup d’amis, de blondes et d’argent avant de frapper le mur. Même encore là plusieurs années se sont écoulées jusqu’à ce que j’aie mon fils. C’était définitif : j’étais allergique à la boisson!

Combien de personnes ai-je pu blesser autour de moi? Il n’était pas question que mon fils le soit à son tour. Je devais changer pour le mieux, pour mon bien à moi et celui de mon fils. Je devais briser cette routine qui durait depuis trop longtemps, depuis mon grand-père, mon père et moi-même qui étions alcooliques.

Aujourd’hui et maintenant, j’ai le contrôle de ma vie!

Maintenant, je peux vous dire que je suis fier, mais que la bataille n’est pas encore gagnée puisque ce sera un éternel combat. Mais je peux vous dire une chose : je suis fier de moi! Je suis fier puisque cela fait six mois que je ne consomme plus une goutte d’alcool. Je continue à croire que consommer nous fait sombrer dans le négatif et nous rend tous malheureux. Avec plus de recul aujourd’hui, je peux vous dire que la boisson, cette allergie incontrôlable où tu ne sais t’arrêter, m’a causé plus de mal que de bien. N’hésitez pas à demander de l’aide et n’ayez pas honte! C’est en parlant que les gens s’ouvrent sur leurs problèmes.

SIGNÉ : d’un père fier d’être sobre!

Voici des ressources d’aide pour dépendants à l’alcool, aux drogues ou aux jeux :

– Centre de réadaptation en dépendance pour obtenir des thérapies : https://www.ciusss-centresudmtl.gouv.qc.ca/nos-installations/centre-de-readaptation-en-dependance/

– Pour les proches, amis, familles de dépendants; Al-Anon ou simplement pour parler à quelqu’un : http://al-anon-montreal.org/

– Alcooliques anonymes : http://aa-quebec.org/AA_Quebec/Templates/

– Maison Jean-Lapointe : http://www.maisonjeanlapointe.org/

Iglou iglou, mais pas chez nous

Du monde saoul, j’en ai vu dans mon enfance! La matante pu capable

Du monde saoul, j’en ai vu dans mon enfance! La matante pu capable de nourrir son enfant dans un party de parenté tellement elle a frenché le goulot… Le mononcle qui cale sa caisse de six pendant un trajet de quarante-cinq minutes, qui arrête trois fois en chemin pour se vider la vessie sur le bord de la 55. Heureusement, son épouse compréhensive avait depuis longtemps pris le relai derrière le volant. Et ce même mononcle de cinquante ans en train de vomir sa vie à odeur de Labatt 50… à peine une heure après le début du réveillon des Fêtes… bel exemple pour la jeunesse. Des cousins ruinés à cause des dettes d’alcool et de drogues, qui ne voient tellement plus clair qu’ils ne voient plus d’espoir, sauf au bout d’une corde… Sans compter ceux qui ont perdu leur emploi et leur famille à cause de la divine bouteille!

Et le grand frère alcoolo avant même de finir son secondaire… jusqu’au jour où le téléphone sonne à huit heures du matin : « Euh… je suis à l’hôpital… Je comprends pas trop ce que je fais ici… le doc m’a dit que j’ai passé la nuit en camisole de force… Il paraît que j’ai calé un 40 onces en trois heures… Je me suis pété la gueule en tombant… Je suis devenu violent… Perdu la carte… Faudrait que m’man vienne me chercher… » Ç’a été la fin de l’abus d’alcool pour lui.

Mais pour d’autres, la dépendance à l’alcool est encore et toujours omniprésente. T’sais, quand en quatre décennies, tu as vu une personne une seule fois à jeun… ça donne une idée qu’elle n’a pas passé beaucoup de journées lucide. Ça donne une idée du nombre de « premières fois » de ses enfants dont elle ne se souvient pas parce que les vapeurs d’alcool étaient trop épaisses. Ça explique aussi pourquoi j’ai longtemps eu peur des effets de l’alcool dans ma vie.

Adolescente, à l’époque des premières rencontres avec la bouteille, mon œsophage se fermait automatiquement après une bière. Comme si j’avais un détecteur de surplus d’alcool intégré. Alors, au lieu de caller l’orignal comme plusieurs expérimentateurs, je flattais le dos de ceux qui se vidaient l’estomac dans le bol de toilette (ou ailleurs). Je téléphonais aux parents des jeunes qui avaient dépassé les bornes, et je lavais les cheveux gluants des filles avant que leurs parents arrivent. Et je ramassais les corps morts et les botchs de cigarettes au petit matin.

Adulte, j’ai eu quelques excès. Une bouteille de Caribou un soir de Carnaval… un enterrement de vie de fille sur la Grande-Allée… mais tout ça de façon plutôt contrôlée. Quand j’ai rencontré mon futur époux, notre première soirée s’est déroulée autour d’un (deux-trois) pichets. Mais rapidement, on a compris qu’on n’était pas dans la gang des alcoolos. On aimait prendre un petit verre en soupant, lui aimait goûter des bières et collectionner les verres qui vont avec, c’est à peu près ça.

Mais ça m’inquiétait tout de même. Chaque verre rempli, chaque verre vidé sonnait une alarme en moi. « Fais attention : alcoolique potentiel! » J’en avais tellement vu… J’en avais trop vu. Quand j’en parlais, ça créait quelques frictions. Il avait l’impression que j’exagérais, que je voyais des bibittes partout. « Voyons donc, je suis loin d’être alcoolo, relaxe un peu! » Mais l’alarme sonnait encore la fois d’après.

À force de vivre ensemble, de discuter, d’analyser ma peur et mon passé, on a compris. J’avais toutes les raisons du monde de craindre l’alcoolisme, mais j’étais tombée sur un gars qui n’avait pas ce problème. Il aimait le goût de l’alcool, il aimait prendre un verre entre amis ou en amoureux, mais pas à n’importe quelle heure, pas dans n’importe quelle occasion, pas au point d’être tout le temps guerlot. Il était bien ancré dans la réalité. Bien loin d’une dépendance.

Il a respecté ma limite, ma crainte. Il m’a écoutée. Il m’a expliqué. Avec douceur. J’ai pris le temps d’observer. D’analyser notre réalité sous l’angle du présent et non du passé. Et j’ai compris que l’alcool pouvait être synonyme de plaisir partagé, de plaisir momentané, de plaisir contrôlé. Je ne regrette pas d’avoir exprimé mes craintes, ça m’a permis de les soigner.

Ce que nos enfants voient, c’est notre relation saine à l’alcool. Ils savent que ça existe, ils savent que ça peut être bon et agréable, ils savent aussi (parce qu’on leur en a parlé) que ça peut faire déraper quelqu’un pendant une soirée ou une vie. Et à mon plus grand bonheur, ils trouvent que ça a l’air dégueulasse!

Faites le test! Mesurez votre niveau de dépendance

http://aa-quebec.org/AA_Quebec/Templates/index.htm

Alcooliques Anonymes Québec

http://aa-quebec.org/AA_Quebec/Templates/index.htm

Dépendances: alcool, drogues, jeu (Portail Santé Mieux-Être du gouvernement du Québec)

http://www.sante.gouv.qc.ca/problemes-de-sante/dependances/

 

Jeunesse J’écoute: Alcool et drogues

http://aa-quebec.org/AA_Quebec/Templates/index.htm

Nathalie Courcy

Le plus fort c’est mon père

Paraît que les odeurs sont ce qu’il y a de plus f

Paraît que les odeurs sont ce qu’il y a de plus fort pour raviver des souvenirs. Pourtant cette semaine, en voyant défiler une nouvelle sur mon fil d’actualités Facebook, c’est une image qui m’a ramenée très loin dans le temps… Au temps où j’adorais que ma maman me fasse des lulus et où je dormais dans un lit en fer forgé rose bonbon.

Cette image m’a transportée dans un des moments les moins glorieux de mon enfance. La seule chose qui n’est pas embrouillée de ce souvenir, c’est cette image : le fameux coq jaune et rouge sur l’étiquette bleue de la Laurentide…

D’aussi loin que je me souvienne, mon père a toujours été aimant. J’étais sa précieuse, son véritable miracle inséminé artificiellement au beau milieu des années 80. Mais d’aussi loin que je me souvienne, malgré que je sois enfant unique, nous étions quatre à la maison. Mon père avait une relation malsaine avec l’alcool, une relation d’amour/haine qu’il ne contrôlait pas.

Le souvenir que j’ai du célèbre coq est lié directement à la première fois où j’ai compris que quelque chose clochait avec cette dépendance qu’avait mon père.

Assise à ses côtés dans la voiture, j’avais entre les mains un sac de friandises, et lui, entre les cuisses, sa canette de Laurentide. On était là tous les deux, stationnés sur le quai à regarder les bateaux de pêche rentrer du large. Il me faisait rire, je le faisais sourire, un de nos nombreux beaux moments père/fille.

Quand un policier a cogné contre la vitre de la voiture, le visage de mon père s’est assombri. Je me rappelle que tous les deux chuchotaient. Je me rappelle de mon père suppliant le policier de le laisser me ramener à la maison. Tout à coup, plus rien n’était beau dans ce moment. Mon père a refermé sa fenêtre, a posé sa main sur ma jambe et avant de m’embrasser sur le front, m’a fait un grand sourire : « Papa va te ramener à la maison. »

Nous sommes sortis de l’auto, je suis entrée dans la maison, mais pas lui.

Les années ont passé et nous étions toujours quatre à la maison, mais maintenant, je le savais, je comprenais. Même si ma vie était belle et joyeuse, pleine d’amour et de bons moments, même si j’étais toujours tenue à l’abri des conséquences de cette maladie qu’avait mon père, je savais. Le début de l’adolescence, les hormones en ébullition et le désir de vouloir être traitée en adulte face à ce problème m’ont apporté leur lot de frustration. Jusqu’au point de tout lui balancer en plein visage : « Tu es dégueulasse, t’es tout le temps saoul, tu m’écœures! »

Je lui ai fait tellement de peine… et tellement de bien à la fois. Il avait finalement compris toute la haine que j’avais envers cette maudite étiquette bleue ornée d’un coq.

Nous sommes devenus une famille de trois, non pas sans embûches, mais avec beaucoup de patience, d’aide et de résilience. Il a été le plus fort, il a combattu et gagné beaucoup de batailles, il en a aussi perdu quelques-unes. J’imagine que tous ces combats étaient en fait les préliminaires du plus grand combat qui l’attendait à l’aube de ses soixante ans.

Quand le cancer s’est amené dans notre famille, je savais que ce serait sa dernière bataille. Que tous les combats de sa vie l’avaient affaibli malgré son caractère de cochon (digne héritage que je chéris), son désir de vaincre et de vivre.

Mais je savais aussi qu’il avait été, qu’il était et qu’il serait toujours pour moi, le plus fort.

 

 

Karine Arseneault