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Aimer trop – Texte: Klaude Laflamme

J’ai besoin de m’adresser à toi, je veux que tu saches que je t’ai vue aller. Tu te penses di

J’ai besoin de m’adresser à toi, je veux que tu saches que je t’ai vue aller. Tu te penses discret et parfait, mais je te vois en fluorescent. Tu es agile, tu tends tes fils, tu enrobes de doux et de magie. Elle se laisse envoûter, elle s’abandonne à toi. Elle rayonne, elle se passionne, elle se dévoue par amour.

Je me méfie, la protège, mais elle te suit. Tu es jaloux, elle est tellement belle, c’est pour ça. Elle a de l’opinion, de l’intelligence et de l’aplomb. Elle ne se voit qu’à travers toi… belle, compétente et déterminée. Puis, doucement, elle doute, elle a peur de te perdre, de ne plus être à la hauteur. Ses mots, ses idées et son regard sur elle t’appartiennent.

Elle s’éloigne, je ne l’atteins plus. Je veux la protéger, j’essaie de lui dire que pour moi, elle est formidable. Elle ne m’entend plus, ne me croit plus. Tous les autres, tes amis la trouvent intense, ils la voient eux aussi à travers tes mots. Tu lui répètes des conversations que personne ne tient. Tu lui donnes des défauts qui ne la définissent pas. Mais elle, elle te croit.

Lentement, je la vois sombrer, elle s’effondre mentalement. Par chance, tu es là, personne ne la soutient et ne la comprend comme toi. Du moins, c’est ce qu’elle pense. Tu es si bon, si compréhensif, bien des gens n’auraient pas ta compassion. Elle se le répète sans cesse, sans toi elle n’existe pas.

Quand la tête reprend le dessus, son corps l’abandonne, elle souffre de tout son être. Aux yeux des autres, tu es le pilier, mais moi je le sais, tu ne fais que l’enliser dans sa noirceur. Elle ne s’aime plus, elle n’aime que toi.

Un jour, elle décide de prendre soin d’elle, son intelligence lui dicte de se guérir. Elle renaît tranquillement, petit à petit, la femme épanouie refait surface. Quand la lumière brille à nouveau, tu prends la fuite.

Son monde s’écroule, celle qu’elle est vraiment n’a pas su te plaire. Puis, elle reprend le contrôle de sa vie, elle renaît et s’apprivoise à nouveau. Ses défauts sont en fait de grandes qualités qui lui permettent d’avancer à travers les débris de son passé. Elle se construit un univers à son image, flamboyant, lumineux et léger.

Je te remercie de l’avoir quittée, toi qui l’as mal aimée.

 

Klaude Laflamme

 

Mon amie l’anxiété — Texte : Marie-Nancy T.

Est-ce que tu as déjà ressenti cette espèce de sentiment « d’envahissement psychologique 

Est-ce que tu as déjà ressenti cette espèce de sentiment « d’envahissement psychologique » ? Cette sensation que ton cerveau n’a plus la capacité de rien gérer, qu’il est saturé ? Ou encore, cette impression qu’il va survenir quelque chose de grave et que le ciel va te tomber sur la tête, sans raison apparente ? Tu sais, ce sentiment désagréable qui te fait anticiper le pire quand ton enfant tombe malade ? Ou cette espèce de sensation de serrement au niveau de la poitrine, qui te donne peur ? Moi oui !

Mon amie l’anxiété est apparue soudainement dans ma vie, sans invitation. Je l’ai rencontrée il y a une dizaine d’années, suite à un évènement traumatique que j’ai vécu. Avant cette épreuve, je connaissais le mot « anxiété » et je connaissais aussi les symptômes, puisque mon métier l’exige, mais sans plus.

Les années qui ont suivi les évènements n’ont pas été de tout repos. J’ai continué ma vie en prenant garde de ne pas trop impacter ma famille, mes enfants. Je crois bien avoir réussi sur cet aspect. C’est fou, ce qu’une maman est capable de faire quand elle veut préserver ses enfants. Avec le temps, mes blessures se sont pansées et elles se sont atténuées. Je me suis apaisée, peu à peu. Mais l’anxiété, ELLE, est restée bien accrochée à moi comme une mauvaise herbe qu’on arrache et qui revient. J’ai mis du temps à comprendre que l’anxiété allait faire partie de ma vie et qu’il était mieux de négocier avec elle, plutôt que d’essayer de faire comme si elle n’existait pas.

J’ai réussi, pendant plusieurs années, à voguer avec l’impression de guérison ou le sentiment de victoire. J’ai réussi, par périodes, à croire que j’avais enfin réussi à botter l’anxiété par la fenêtre. Oh mais ne vous y m’éprenez pas ! L’anxiété est tenace. Elle s’est vite chargée de me faire savoir, lors de moments plus difficiles, qu’elle n’était jamais bien loin.

On dit souvent que les épreuves difficiles nous font grandir ou qu’elles forgent notre « carapace ». Qu’elles nous aident à affronter les prochaines tempêtes avec plus de force et de courage. C’est vrai, en quelque sorte, qu’il faut vivre des expériences difficiles et des inconforts pour évoluer et pour apprendre en tant qu’humain. Par ailleurs, certaines épreuves de la vie peuvent nous fragiliser à jamais, nous transformer et laisser des traces. Dans mon cas, j’ai reçu en héritage mon amie l’anxiété. Par moment, l’anxiété est en dormance et elle disparaît pendant plusieurs mois. À certaines occasions, elle me rend visite et elle me met au défi. Quand elle revient, elle est toujours inconfortable, mais elle est de plus en plus timide avec les années.

J’accepte maintenant de vivre avec mon anxiété. Elle fait partie de qui je suis, de mon histoire de vie. J’aime à penser que depuis que je la connais, je suis une meilleure version de moi-même, une amie plus sensible, une meilleure intervenante et même une meilleure maman. L’anxiété m’a fait grandir en quelque sorte. Cette acceptation ne se fait pas en un claquement de doigts. Il faut vouloir affronter le problème mais surtout, le comprendre. Évidemment, je parle ici d’anxiété situationnelle, celle reliée à des « stresseurs » du quotidien. Je ne parle pas d’un trouble d’anxiété généralisée, diagnostiqué par un médecin. Le traitement est différent.

Mon amie l’anxiété, aussi inconfortable et désagréable que tu puisses être, tu fais partie de moi et j’accepte de vivre avec toi maintenant, pour mieux t’affronter.

Marie-Nancy T.

Ta vie c’est de la marde

À toi, ma chère et tendre amie,

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À toi, ma chère et tendre amie,

Je le vois bien que tu feeles pas depuis un boutte. Tu files un mauvais coton. T’as le trou-du-cul en d’sous du bras. Bref, ta vie c’est de la marde.

Je te dirai pas que t’es belle parce qu’entre toi et moi, quand tu feeles pas, ce n’est pas te faire dire que t’es belle dont t’as envie. C’est de te faire dire que t’as raison, que de A à Z, ta vie, c’est la pire du monde. Digne d’une tragédie grecque ou d’une série québécoise. C’est selon.

Je ne te dirai pas non plus que ça va passer, parce qu’en ce moment, t’as l’impression que ton calvaire va durer aussi longtemps que la trilogie du Seigneur des anneaux et qu’en plus, tu vas te taper une autre trilogie racontant les débuts de ton enfer. Tout ça te donne follement envie d’introduire ton doigt dans un endroit qui te ferait disparaître. Donc non, t’y crois pas que ça va passer.

Je comprends ça. Mais laisse-moi te parler dans le fond de tes beaux yeux bruns. T’as raison, parfois c’est de la marde, la vie. Plus souvent qu’autrement.

C’est de même, la vie. Ça nous ramasse par le collet pis ça nous sort un crochet d’une troisième main qu’on n’a jamais vue venir. Pourquoi donc, dis-tu ? Simplement parce que sinon, on n’existerait pas. On n’évoluerait pas. On ne ressentirait rien mais surtout, on ne guérirait rien.

Mais des fois pour éviter une baffe, on se ramasse un POW.

T’es de même, toi. Une girouette. Oh, prends‑le pas mal. On t’aime de même, toutes nous autres autour de toi qui bourdonnent sans cesse. Mais on le sait que des fois, tu dis des mensonges avec ta bouche. Tu dis que ça va, mais on le voit dans le fond de ton iris que c’est pas vrai. Pas vrai pantoute. C’est ça le fuck. T’as l’impression que le monde t’écoute pas quand tu dis que ça va pas, donc t’as juste arrêté de le dire. Les gens sur qui tu mets toute ton énergie font partie du problème et non de ta solution. Tu veux tellement être forte que t’as oublié que personne ne te demande de l’être. C’est toi qui t’imposes ça. Donc tu cours partout pour être certaine de bien t’étourdir, mais là, t’es dans un combat que t’as pas pris le temps de préparer. T’es nu-pieds pour jouer au soccer. Tu pars à la guerre avec un cure-pipe. Tu vas combattre un dragon à dos de poney.

The thing about pain is that it demands to be felt.

Tu m’as déjà dit que j’étais forte. Ouais. Ma solution, c’est juste ça. Les mauvais bouttes, faut pas les éviter ni les repousser. Faut leur varger dedans à grands coups de sacres bien placés, de crises de dents et de pleurs de crocodile. S’avouer un peu plus triste qu’on l’aurait souhaité face à une situation, it sucks. A lot. I know. Been there, done that. Mais ce qui est bien, c’est que le réaliser, c’est la première étape vers un monde d’arc-en-ciel. Parce que dans le fond, le fait que tu sois capable de te rendre compte que ta vie c’est de la marde, c’est que t’es encore capable de savoir qu’il y a des bouts où c’est pas comme ça.

T’as raison, ta vie c’est de la marde. Présentement. Pas tout le temps. Sinon les gens ne resteraient pas près de toi. T’es une personne exceptionnelle et t’as juste oublié pourquoi. Je te l’ai déjà dit, t’es fucking AWESOME !

T’es belle, pis ça va passer. J’avais dit que je te le dirais pas. Mais ce sont deux faits qui sont indiscutables. Pis anyway, tout le monde le sait que de la marde, ça fait des maudites belles fleurs.

T’es magnifique et ce bout‑là va faire son temps et apporter plein d’autres trucs. T’as le temps de te trouver des runnings, une épée et un étalon.
Je t’aime. Lâche pas.

Kim Boisvert

Vivivante

Fin juin. C’était un matin parfait pour partir à la plage entre amis. L

Fin juin. C’était un matin parfait pour partir à la plage entre amis. La bière était au frais dans la glacière et le sac de plage déjà dans le coffre de la voiture. Alors que j’avais le pied dans la porte, prête à quitter, j’ai décidé de prendre cet appel. On m’avait demandé de m’asseoir. Puis, j’ai reçu la nouvelle. Un coup de pelle en pleine face. Ta perte. Accidentellement, trop jeune pour partir, pour quitter ta famille, ton chum, tes enfants. Je me tiens le ventre. J’ai tellement mal, j’essaie de protéger mon bébé de peur de l’écorcher tant je souffre. La plage a été grise, orageuse, inondée de mes sanglots.

Pendant quarante semaines, j’ai soigné mon cœur, fabriqué mon bébé et j’ai réfléchi. J’avais décidé de me réaliser, de vivre des succès, de me dépasser parce que toi, tu ne pouvais plus et que moi, j’y avais droit. Cette injustice de la vie, je me la faisais payer. J’avais choisi la course à pied. À chaque moment de souffrance, je me répétais que moi j’étais vivante, que tu n’avais pas cette chance alors, il fallait endurer, suer et poursuivre. Cette pensée‑là, c’est le moteur qui m’a fait franchir plusieurs lignes d’arrivée. La course m’a permis d’affronter les épreuves qui se sont accumulées durant trois ans. C’était devenu un besoin comme manger et dormir. Je courais sans musique ; je m’entendais mieux réfléchir et respirer. Je prenais de grandes décisions et stabilisais ma santé mentale. Je me sentais connectée avec moi-même. Il m’en fallait plus pour ressentir la souffrance maintenant. J’augmentais les défis. Je partageais des moments magiques avec de précieuses amies. Je me sentais apaisée, vivante, rayonnante. L’euphorie après course était ma drogue. 

Puis, septembre, ce demi sous la pluie. J’étais moins bien entraînée. Je l’ai détesté. J’ai souffert et mes pensées te suppliant de m’aider ne suffisaient plus. Mon temps m’a déçue. J’ai été écœurée ; j’ai arrêté un long moment. Ensuite, j’ai recommencé intensivement, puis diminué; j’ai été blessée longtemps, j’ai poursuivi, puis j’ai ralenti.

Je reprends l’entraînement encore une fois parce que je suis déterminée, tenace et que j’ai absolument besoin de me connecter avec moi-même, de prendre du temps pour moi et de briller. J’ai envie de me répéter dans ma tête cette phrase qui me fait penser à toi, qui me permet d’avancer et de réaliser la chance que j’ai. Cette fois, c’est la bonne. J’ai absolument besoin de me sentir « Vivivante ».

À ta douce mémoire, Vivianne

Julie De Pessemier

Pour toi ma belle amie

Il y a quelques semaines, tu me faisais une annonce importante. Un g

Il y a quelques semaines, tu me faisais une annonce importante. Un grand changement s’opérait dans ta vie et ce changement, je savais depuis notre première rencontre qu’il était pour arriver un jour. Lors d’un brunch, tu m’as annoncé que tu partais outre-mer avec ton mari et ta fille, car ton mari avait enfin obtenu un poste à l’international.

J’écris ce texte alors que tu vis tes dernières heures ici au Québec, mais lorsqu’il sera publié, tu seras en Allemagne en train d’entamer ton nouveau chapitre de vie. Te dire que tu ne me manqueras pas serait faux, mais j’ai simplement compris que notre relation sera différente. Notre amitié a commencé il y a quatre ans lorsqu’une super directrice générale a eu le réflexe de m’engager. Nous avons commencé à travailler en équipe et tu as fait la découverte d’un gros morceau de ma vie, ma fille.

À ce moment dans ta vie, tu disais que tu ne voulais pas d’enfant et que c’était assumé. Cependant, tu n’étais pas complètement insensible à la maternité que je vivais. Je sentais que toi qui avais le même âge que moi, tu voyais qu’il se passait quelque chose d’important lorsque notre enfant vieillissait ; on devenait partenaires de vie dans une relation mère-fille.

Les choses ont évolué et les montagnes russes dans notre relation sont apparues, mais notre lien s’est toujours maintenu. J’en suis plus que reconnaissante, surtout aujourd’hui. J’ai ensuite fait un move plus qu’important il y a un peu plus de deux ans : j’ai quitté le travail où nous nous étions connues pour de nouveaux défis. Quelques semaines plus tard, tu me faisais l’une des plus belles annonces lors d’un lunch, sans verre de Kim : tu attendais un bébé. Je me souviens, j’étais sans mots et surtout plus qu’émerveillée par ce nouveau projet. Nous avons ensuite entamé un nouveau chapitre de notre amitié en développant notre lien d’amitié sous le signe de la maternité. J’ai été là pour t’écouter et te dire que oui, c’est correct de ne pas toujours trouver ça si épanouissant que ça être maman, car au fond, être maman, c’est confrontant.

Ta fille, tout comme la mienne, des traits distincts des autres enfants, mais aussi très similaires pour mademoiselle O et mademoiselle E. Elles sont vives d’esprit, agiles et très éveillées. Les derniers mois furent intenses pour moi et pendant ce temps, cette opportunité de séjour à l’étranger est arrivée dans ta vie.

Quelques heures après notre brunch avec la fameuse annonce, nous nous sommes texté et tu m’as offert d’aller luncher une dernière fois ensemble avant ton départ. J’ai encore les larmes aux yeux de ce temps de qualité que nous avons pris ensemble en plein jeudi midi enneigé. Nous avons eu une conversation puissante et surtout tellement inspirante.

Avant le départ, tu m’as dit une phrase marquante pour moi : je suis inspirante alors que toi, tu m’inspirais tellement depuis longtemps. Tu m’as confirmé que malgré le tourbillon dans lequel ma vie est présentement, je suis sur un bon chemin et que j’ai développé cette capacité d’inspirer.

Nous allons continuer notre relation grâce à la panoplie d’outils technologiques à notre disposition et nous revoir lors de tes vacances au pays. Ceci sans compter la nouvelle possibilité d’aller faire un tour dans ton nouveau coin de pays.

Vivre et entretenir notre amitié à distance en 2020 : voilà notre nouveau défi que j’ai envie de vivre et je t’enverrai des photos de mes verres de Kim que je prendrai à ta santé.

Evelyne Blanchette

Chère amie, pleine de grâce

C’était un soir d’hiver où la pleine lune débordait de confia

C’était un soir d’hiver où la pleine lune débordait de confiance et éclairait même ce qui était caché. J’étais en quête de chaleur pour dégivrer toute cette grisaille dans ma tête. L’aiguille de ma fidèle boussole pointait vers ton sud. J’ai cogné à ta porte car je la savais ouverte comme ton esprit et grande comme ton cœur. Tu m’as reçu sans jugement, deux verres déjà prêts comme si tu anticipais ma venue.

On se comprenait sans se parler. Nos regards suffisaient. Tu connaissais mon état et les frustrations qui me dénaturaient. Que j’arrivais à peine à joindre les deux bouts, cassé comme un clou rouillé torsadé. Sans me juger, tu m’as changé les idées. Tu m’as aidé sans rien demander en retour. Tu m’as permis de ne penser à rien et ça m’a fait du bien. De la bonté 100 % bio récoltée de ton jardin intérieur.

Tu m’as si bien reçu et j’ai pu faire le plein de réconfort. J’enfilais mes bottes et je m’apprêtais à partir. Et sans le remarquer, tu m’avais préparé une boîte de nourriture. Discrètement. Tu me l’as tendue, pleine de grâce. Et je l’ai acceptée sans qu’on se parle. Mes pensées envahies de mercis ébahis.

Je savais dès ce moment que quelque chose de nouveau venait de se passer. Je ressentais pour la première fois, du haut de ma trentaine fièrement scolarisée, l’humilité à son plus fort qui rappelait mes pieds d’argile. Pour ton geste, je t’en devais une, deux et même trois. Je sais que les dettes n’existent pas dans ce domaine. Ma seule obligation est de ne jamais oublier. Un jour, je redonnerai au suivant en pensant à ton geste solide comme un diamant. Ce jour viendra puisque je me souviens et que mes pensées sont verbes d’action.

Je suis parti avec le cœur réchauffé. La lune avait retrouvé son espace et offrait une nouvelle lumière à mon chemin du retour. Mon dedans avait déjà moins d’écho, tout comme mon garde-manger et mon frigo. J’ai compris que tu venais de m’offrir ce qu’il y a de plus beau chez l’humain : la générosité qui croise la dignité un soir de compassion. Je venais d’apprendre la gratitude à l’école de la vie. Je me suis promis de la reconnaître à jamais et de l’utiliser humblement.

Quand ce jour viendra, je vous raconterai, mes enfants. De l’importance de reconnaître la gratitude qui expose nos limites intérieures avec candeur. De voir toute la richesse de celui ou de celle qui prend soin de l’autre. De la grandeur des petits gestes simples qui sommeillent en vous et qui n’attendent que leur réveil. De la beauté de libérer le papillon et de sentir qu’il fait du bien, qu’il fait son bout de chemin. Je me souviendrai aussi de ce jour.

Marc-André Bergeron

Ce jour où j’ai accompagné mon ami

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Ce matin, j’ai tenu la main de mon ami afin de lui faire franchir le premier pas vers la réadaptation. Il y a plusieurs années, il avait choisi insidieusement, le chemin de la dépendance et du mensonge. Des mensonges envers lui-même, envers ses ami(e)s et envers sa famille. Je l’ai accompagné dans sa plus grande vulnérabilité et dans une profonde tristesse.

 

Il s’est ouvert, il s’est libéré d’une partie de sa souffrance, mais ce n’était que le début de ce grand voyage. Chaque pas franchi le faisait reculer de deux. Il y a eu le moment où il a tenté de me convaincre, une fois de plus, qu’il n’avait pas de problème, qu’il n’était pas comme ces « ivrognes » ou ces « junkies » au sens péjoratif. La route était longue et le silence était lourd… Il avait encore ce doute qui planait, qui lui faisait encore croire que ce n’était pas sa place. Cette petite lueur d’espoir de s’en sortir par lui-même…

 

Puis, il y avait toute cette histoire des derniers jours… Il avait laissé tomber le voile et avoué sa double vie à sa blonde… mon amie… Ce fut pour lui son élément déclencheur, cette claque en plein visage. Il était temps que quelque chose se passe, qu’il songe à arrêter de sombrer dans sa dépression. Être dépressif et prendre un dépresseur comme l’alcool en prime, c’était loin d’être la solution gagnante pour se débarrasser de ses démons.

 

J’aidais donc mon ami vulnérable à tenter de se libérer de sa dépendance alcoolique, mais aussi de l’emprise du mensonge. J’avais toute cette pression sur les épaules de réussir cette mission, de le motiver à débuter sa démarche vers la réadaptation. Je voulais réussir pour lui et pour sa famille… Même si au fond, je savais bien que la motivation première devait venir de lui‑même. Ne jamais vouloir plus que la personne qu’on aide… Je devais me détacher de toute implication émotionnelle.

 

Nous avons discuté de longues heures. Il était ce grand livre ouvert et je me devais de le mettre en confiance et de garder ses confidences. Ma tête voulait exploser, mais je tenais le fort. Je recevais toute cette souffrance, ce mal de vivre et cette incapacité à accéder au bonheur. Et, en même temps, je pensais à sa conjointe qui avait appris le mensonge de la trahison quelques jours avant. J’avais mal pour elle. Je devais être neutre, car l’histoire ne m’appartenait pas.

 

Puis enfin, il a physiquement franchi ce pas vers la thérapie. Un dernier texto et tout était fini pour ma part… Il faut être courageux pour faire ce qu’il a fait ; il ne doit pas lâcher! Encore bravo à lui! La porte s’est refermée et j’ai eu ce sentiment de soulagement et d’accomplissement.

 

Amélie Roy

 

 

À toi, ma chum qui n’est pas une statistique

Le début de l’été 2018 a été un moment marquant dans ta vie.

Le début de l’été 2018 a été un moment marquant dans ta vie. Je me souviens, on t’attendait avec impatience à l’extérieur. Il faisait beau et chaud, les enfants s’amusaient à l’extérieur dans la cour. Ils riaient, ils criaient. Je me souviens m’être dit à cet instant précis que cette journée ne pouvait qu’être magnifique, que nous ne pouvions qu’avoir de belles nouvelles concernant ton état de santé. ​

Je me souviens avoir vu dans tes yeux larmoyants cette détresse, cette peur. Tu as raison mon amie, l’inconnu est épeurant, mais surtout, le mot « cancer » est effrayant. Plus le cri des enfants se faisait entendre, plus tes larmes avaient peine à se retenir de couler.​

On t’a serrée dans nos bras, on n’a pas su quoi dire, on a eu des moments de silence. J’ai quand même réussi à te faire sourire — tu es quand même mon meilleur public pour mes blagues parfois inappropriées. Je t’ai dit que j’allais être à tes côtés pour entreprendre cette lutte et j’y suis encore aujourd’hui. ​

Tu as entrepris toute une bataille mon amie, et ce, avec l’ultime conviction que tu n’allais pas être une « stat ». Que tu allais être LA fille de 36 ans, avec deux magnifiques petites filles et un conjoint à tes côtés, qui allait s’en sortir malgré le pronostic important. C’est la première chose que tu as dite à ton oncologue : « Je vous le dis tout de suite Docteur, je ne ferai pas partie de vos études et de vos statistiques ». Et jusqu’à maintenant, tu tiens ta promesse. ​

Tu t’es embarquée tête première, avec une droiture féroce, dans cette aventure qui n’était pas dans tes plans. La chimio, les examens, les scans, les prises de sang… ​

Ton corps apprend à assimiler tous ces intrus, sortis de nulle part. Et chaque fois, tu fonces. Tu te dis que c’est pour te guérir et tu sais quoi?! J’y crois.​

Je te vois aller, tu vis dans ce monde qui n’est pas le tien. Par contre mon amie, tu t’adaptes à ce monde de façon exceptionnelle. Tu m’as dit dernièrement : « Oui, mais c’est pas comme si j’avais le choix ». Je te le dis et te le répète… Ohhh ouiiii, tu as le choix. Et ton choix a été d’affronter cette tempête avec humour, sourire, positivisme et surtout, avec assurance. ​

Je te regarde et je suis fière de toi. Je pense que la façon que tu as de voir la vie va te guérir. Je suis persuadée que tes filles, du haut de leur bas âge et de la compréhension qu’elles peuvent avoir de la vie, voient à quel point leur mère est forte. Tu leur enseignes malgré toi qu’il est important d’affronter la vie et ses menaces avec aplomb, et surtout avec un brin d’humour. ​

Tu as encore de la route à faire sur ce chemin inconnu. Je serai là à tes côtés, principalement parce que je t’aime, mais surtout parce que je veux faire partie de la statistique avec toi. Je veux aller à ton éventuel dernier rendez-vous et être là lorsque tu vas dire haut et fort : « Tu vois doc?! J’avais raison ». Je veux être présente lorsqu’on te dira que tu as réussi contre toute attente. Je veux continuer d’être à tes côtés parce que te voir avancer me fascine. Je veux continuer à te voir grandir dans cette aventure parce que ça me donne envie de croire que tout est possible lorsqu’on a la volonté d’y croire. ​

Chère amie qui ne sera pas une statistique, continue de nous impressionner.​

Isabelle Nadeau

 

Entre les deux

Il y a quelques mois, mon amie est partie. Elle a tout quitté pour

Il y a quelques mois, mon amie est partie. Elle a tout quitté pour se refaire une vie. Loin de lui, de moi, de presque tout. Des kilomètres se sont accumulés entre nous à mesure qu’elle construisait sa nouvelle vie. Des kilomètres que j’ai laissés nous distancer. J’aurais voulu être là, mais on ne peut pas être partout à la fois et ce n’est pas elle qui avait besoin de moi. Mon amie est partie, et notre amitié l’a suivie.

Il y a quelques mois, mon ami a été anéanti. Il s’est retrouvé dans une maison vide une semaine sur deux, dans une vie qu’il ne voulait pas. J’ai été là, parce que c’est lui qui avait besoin de moi. En choisissant d’être son soldat dans ce combat‑là, j’ai perdu une guerre qui n’existait pas. Je lui ai donné mon épaule pour pleurer, et j’aurais peut‑être dû offrir l’autre à mon amie au cas où. Mais ça faisait beaucoup de poids pour la force que j’avais. Ça faisait beaucoup de poids pour moi, prise entre l’arbre et l’écorce.

Il y a quelques mois, mes amis se sont quittés. J’ai été virée à l’envers, étourdie, comme prise dans une montagne russe, et dieu sait que je déteste les manèges. J’ai vécu une peine d’amour sous un angle que je ne croyais même pas possible. J’en ai voulu à la vie de m’enlever quelque chose d’aussi précieux, puis je m’en suis voulu de n’avoir rien vu venir. J’ai même fini par m’en vouloir de simplement m’en vouloir. Pourquoi je me sentais autant impliquée dans une histoire d’amour et de peine qui n’était même pas la mienne ?

Il y a quelques mois, ma vie a changé. J’ai dû prendre du recul, faire un pas derrière et me réapproprier mes épaules pour arriver à rester droite et forte. J’ai dû apprendre à vivre loin de mon amie, le rayon de soleil dans mes journées sombres. Je me suis habituée à ne plus l’entendre cogner à ma porte avec sa façon bien à elle de le faire. J’ai su qu’à l’intérieur de ce qu’elle voulait bien me montrer, il y avait beaucoup de peine, de p’tits coins sombres et de non-dits. Finalement, je ne la connaissais pas aussi bien que je le croyais. Je lui en ai voulu de ne pas s’être confiée à moi, et puis j’ai réalisé tout ce que je ne lui avais pas confié non plus. Et j’ai compris qu’au fond, ces plus lourds secrets, trop souvent, on les garde pour soi.

Il y a quelques mois, j’ai dû me choisir. Être égoïste et me concentrer sur ma vie qui filait à toute allure. Me concentrer sur mon couple à moi qui avait une grosse montagne à gravir. J’ai pris mes peines et mes blessures et je les ai soignées toute seule. J’ai ravalé mes rancunes, mes rancœurs et j’ai mis un pied devant l’autre pour avancer parce qu’eux le faisaient, et ils le faisaient bien.

Aujourd’hui, mes amis sont heureux. La vie a pris une tournure qu’ils n’avaient peut-être pas planifiée, mais qui s’avère être ce dont ils avaient besoin tous les deux. Finalement, ce qu’on dit est vrai : il faut lui faire confiance à la vie, elle nous connaît parfois mieux qu’on ne se connaît soi-même.

Karine Arseneault

Mon amie, tu es merveilleuse

Tu as fait beaucoup de changements dans ta vie. Ta vie personnelle,

Tu as fait beaucoup de changements dans ta vie. Ta vie personnelle, ta vie relationnelle et ta vie professionnelle. Depuis des mois, tu te débats. Avec tes pensées, tes émotions, tes sentiments. Les peurs te minent. LA peur, celle d’avoir peur, te brime.

Mon amie, tu es merveilleuse!

Tu as refait ta vie. Tu t’es ouverte à nouveau malgré tes angoisses et tes craintes de souffrir encore une fois, tu t’es permis de vivre pleinement. Mais mon amie, tu t’es essoufflée. Te voilà submergée. Prends le temps de souffler!

Mon amie, tu es merveilleuse!

Tu es une mère fantastique. Tes enfants t’adorent, même si tu crois que parfois, tu n’en fais pas suffisamment, même si certains jours, tu culpabilises devant tes sentiments et tes remises en question. Même si le regard de ceux qui ne te connaissent pas t’atteint plus qu’ils ne devraient. Tu sais au fond de toi ce qui est vrai. Tu es une mère exemplaire.

Mon amie, tu es merveilleuse!

Tu es une amoureuse de premier ordre, pensant toujours à l’autre avant toi‑même. Mais tu veux plus, tu as peur de ne pas donner suffisamment et ça, c’est un problème. Car tu ES merveilleuse… oui tu es belle, tu es forte, tu es exceptionnelle. Il t’aime pour ce que tu es. Il n’attend pas plus de toi que ce que tu lui offres déjà.

Mon amie, tu es merveilleuse!

Comprends‑le une bonne fois pour toutes, oublie tes peurs de déroutes. Tu connais ta valeur, même si tu l’oublies à certaines heures. Tu es une amie d’une qualité supérieure. Toujours là, toujours présente lorsque l’on te demande. Mais apprends à te reposer, à refuser. À remettre le flambeau lorsque tu es fatiguée.

Mon amie, tu es merveilleuse!

J’aimerais que tu te voies que moi, je te vois.

J’aimerais que tu saches tout ce qui à la vie te rattache.

J’aimerais te dire aujourd’hui à quel point je suis fière de toi, mon amie!

Tu es merveilleuse!

Complètement, simplement.

Je crois en toi autant que tu crois en moi. Je sais que toutes les deux, nous avons connu des temps malheureux. MAIS notre force est justement de continuer à y croire, à combattre le noir.

Nous y arriverons, au Diable tous ces cons qui croient à tort que nous sommes faibles.

Nous sommes plus fortes que jamais en nous arrêtant, en respirant.

Nous allons prendre cette pause et nous relever le bras, brandissant une main ouverte sur un seul doigt…

Tout en caressant notre petit moi pour l’encourager de l’autre main de bonté.

Mon amie, tu es merveilleuse, ne l’oublie jamais, mais surtout ce soir, ferme ta veilleuse, repose‑toi.

Simplement Ghislaine.

 

Mon amie l’insomnie

Mon amie,

Depuis plusieurs ann

Mon amie,

Depuis plusieurs années, j’ai une amie qui me rend visite au moins deux fois par semaine et plus je vieillis, plus ses visites sont fréquentes. Pourquoi? Il me semble que j’ai assez donné. Elle le fait toujours la nuit, autour de 2 h. Elle arrive sournoisement, sans crier gare, sans prendre le temps de m’aviser de sa visite ni du nombre d’heures qu’elle passera chez moi. Parfois, ses visites sont de courtes durées, mais à d’autres moments, elle me fait royalement suer, elle s’incruste dans ma vie, dans mes nuits.

Mon conjoint n’est plus du tout dérangé par ma visiteuse, car depuis quelque temps, il dort ailleurs. En fait, il dort ailleurs depuis la venue de cette nouvelle amie. Elle prend beaucoup trop de place.

Parfois, je quitte ma visiteuse pour me réfugier dans les bras de mon homme en espérant qu’elle me laissera enfin tranquille.

Elle me réveille toujours et m’empêche de dormir; pourtant, elle le sait que j’en ai besoin. J’ai des tonnes d’heures de sommeil à récupérer! J’ai quand même eu trois enfants qui m’ont tenue en éveil des nuits et des nuits.

Aujourd’hui, ils ont dix‑huit et vingt ans et il leur arrive encore de me tenir réveillée, soit par leurs entrées et sorties tardives ou parce qu’ils ne sont pas rentrés du tout. Ou tout simplement parce que je m’inquiète pour eux.

Cette généreuse et aimable amie (grrrr) provoque souvent en moi des réflexions, des questionnements lors de ses visites inattendues et cela réveille mon hamster. Alors là, ils s’amusent comme des petits fous tous les deux.

Moi, pendant ce temps, j’essaie de relaxer, de me rendormir. Tourne sur un bord, tourne sur l’autre. J’ai chaud! J’ai froid! J’ai soif! Je me lève pour faire pipi! Je prends un livre, mais je n’arrive pas à me concentrer. J’écoute de la musique douce, j’essaie de méditer, mais en vain.

Au début, je me fâchais. J’étais vraiment en colère contre elle. J’avais beau lui dire de me laisser tranquille, de revenir plus tard vers 5 h 30 ou 6 h, mais rien à faire.

Elle s’entête! Elle aime bien venir me déranger au beau milieu de la nuit. Plus je m’impatiente, plus elle rit de moi et ses visites s’éternisent dans le temps.

Alors, j’ai décidé de la jouer cool! Je ne m’en occupe plus. Je la laisse seule. Je ne l’écoute plus et je ne me fâche plus. Ça ne donne rien. Mon hamster s’apaise aussi lorsque je l’ignore.

Cette nuit, elle s’est présente vers 1 h 30. J’ai pris le temps de jaser avec mon hamster pour savoir si je n’avais pas oublié de mettre mon linge dans la sécheuse, ce que j’allais porter lors de ma sortie, pourquoi la télé était encore allumée. Pourquoi ma fille n’arrête pas d’aller aux toilettes, est-elle malade? Ah ben! Elle ne s’est pas lavé les mains, pourtant elle le sait! Je lui ai quand même souvent répété l’importance du lavage de mains! Ouin! Décroche, la bonne femme. Ta fille est presque une adulte.

Mon fils est venu me demander pourquoi je ne dormais pas encore à 3 h 30. Tu te couches tard, qu’il me dit! Ben non! Je suis couchée depuis 21 h 30. Ben tu travailles demain… Ben oui, stie, je le sais mon grand!

Bon! Mon hamster s’est endormi, mon amie cligne des yeux et baille. Je crois que je vais pouvoir retourner au pays des rêves. Allez! Ouste! Dégage!

Shit! Il est déjà 4 h! Il ne me reste plus beaucoup de temps avant que sonne l’alarme de mon réveil-matin.

Maudite insomnie! Merci quand même pour ta précieuse collaboration!

Line Ferraro