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Nos jeunes diversifiés — Texte : Nathalie Courcy

Mon fils est blanc, blond, aux yeux bleus. Il est la minorité visible de son groupe d’amis et je

Mon fils est blanc, blond, aux yeux bleus. Il est la minorité visible de son groupe d’amis et je trouve ça parfait. Il a un prénom et un nom francophones parmi les prénoms et les noms afghans, africains, asiatiques, russes et haïtiens de ses amis. Et personne ne s’en formalise. Ça aussi, c’est parfait.

Dans son groupe d’amis, il n’y a pas de filles (c’est l’âge, vous savez comment ça se passe… ça viendra un jour, peut-être, ou peut-être pas), mais il y a des grands, des petits, des gros, des minces, des moyens, des bollés, des jeunes qui ont plus de difficultés, des allergiques, des asthmatiques. Il y a des intellos, des sportifs, des artistes, des musiciens, des scientifiques, des passionnés de robotique et de cuisine. Des joueurs de soccer, de basket, de volley, de baseball. Leurs rêves d’avenir sont tout aussi diversifiés, et c’est parfait. Tant qu’ils peuvent passer du temps ensemble. Le reste, ce n’est pas si important.

Cette semaine, ils ont célébré la fin de leur parcours scolaire à l’école primaire. Les parents étaient invités à la cérémonie seulement (parce que vous savez ce que c’est… out, les parents, pour le party !) J’ai vu défiler des jeunes habillés en mou et en chic, en paillettes, en veston et en espadrilles. Toutes sortes de corps et d’esprits. Des sourires gênés et des faces d’énervés. Dès que le OK a été donné, tous ces jeunes se sont retrouvés en motton au milieu de la salle pour être, tout simplement. J’ai été émue de voir à quel point chacun peut être lui, chacune peut être elle.

Ils avaient tous le même papier dans la main : un diplôme qui leur sert de passeport pour leur prochaine étape, celle qu’ils ont choisie. École privée ou publique, programme sportif ou artistique, éducation à domicile ou traditionnelle, programme international ou adaptation scolaire : tout a sa place, et tout mérite la même fierté. C’est le message très clair qui se dégageait du regard de tous ces humains et du personnel de l’école.

Il est vrai que les jeunes ont beaucoup à apprendre des adultes. Mais il est tout aussi vrai que nous, les adultes, avons beaucoup à apprendre de nos jeunes.

Nathalie Courcy

 

Creuser le fossé des inégalités en services de garde éducatifs – Texte: Eva Staire

Pour ne pas identifier qui je suis, ni mettre mon employeur dans l’eau c

Pour ne pas identifier qui je suis, ni mettre mon employeur dans l’eau chaude, je vous dirai seulement que j’ai la chance, dans le cadre de mon travail, de visiter plusieurs types de services de garde dans la région de Montréal. Je vois tous les types de milieux. Des milieux familiaux. Des garderies privées en installation, qu’elles soient subventionnées ou non. Des milieux scolaires. Des Centres de la petite enfance. Et aujourd’hui, j’ai choisi d’écrire sur ce que j’y vois, tous les jours, depuis des années.

Je vois des éducatrices formées, motivées, passionnées. Je vois des milieux éducatifs formidables. Des milieux de vie dans lesquels les enfants sont libres de jouer, d’explorer, de choisir, de s’épanouir… où ils peuvent être des enfants. Je vois des milieux chaleureux dans lesquels on se sent tout de suite bien. Parfois même, j’ai envie de laisser mes carnets de notes sur une chaise et aller jouer avec eux. Dans ces milieux-là, les éducateurs observent les enfants, les connaissent par cœur et les stimulent constamment. Dans ces milieux-là, je vois des enfants rire et déborder de bonheur.

Est-ce que ça existe un milieu de garde parfait en tous points? Non. Comme il n’existe aucune éducatrice parfaite, ni aucune maman d’ailleurs. Il n’existe pas non plus de groupes d’enfants parfaits. Tout le monde a des forces et des défis à travailler, on est tous humains et c’est parfaitement parfait que ça soit imparfait. Parce que dans ces milieux-là, les adultes essaient, chaque jour, de s’améliorer. Ils se remettent en question et ouvrent grand leur cœur pour tenter d’accompagner ces enfants-là.

Ces milieux-là sont nombreux, rassurez-vous. Oui, la grande majorité d’entre eux sont des Centres de la petite enfance. Il existe aussi de bonnes garderies privées et des milieux familiaux formidables, mais le fait est que toutes les statistiques le prouvent : elles se font plus rares. Et aujourd’hui, je veux vous parler de ce que j’ai observé dans plusieurs milieux de garde privés, pas plus tard que la semaine dernière.

Des milieux où les parents n’ont pas le droit d’entrer ou de rester pour voir leurs enfants jouer. Sans aucun rapport à la pandémie. Des milieux de garde où les « Chuteuses » sont plus nombreuses que les éducatrices… C’est quoi une « Chuteuse »? C’est une personne qui se dit éducatrice, avec ou sans formation, qui n’a pour seule réponse aux enfants : « Chut! ». L’enfant veut parler de ce qu’il a fait avec maman hier. « Chut! » L’enfant aimerait dire qu’il a de la peine parce qu’il s’ennuie de son papa. « Chut! » L’enfant voudrait le carton rouge et non pas le noir. « Chut! » L’enfant aurait envie d’aller jouer dehors. « Chut! » L’enfant n’aime pas manger ce repas-là… « Chut! » …Les Chuteuses me mettent hors de moi… Pourquoi travailler avec des enfants si tu n’as pas envie de les accompagner dans leur développement langagier?

Dans ces mêmes milieux, je vois des locaux immenses où s’entassent beaucoup trop d’enfants et où les jouets sont extrêmement rares. Quatre petits bacs de jouets pour vingt enfants de quatre ans… Du bruit infernal parce qu’il y a tout simplement trop d’enfants dans ce grand espace qui raisonne. Des enfants qui n’ont pas la chance de pouvoir s’épanouir, qui n’ont rien pour explorer, faire des choix, jouer… Je vois des adultes qui les forcent à rester assis pendant des heures. Ces milieux de garde se défendent en disant que c’est ce que veulent les parents. C’est faux. Et c’est l’excuse la plus pitoyable à mon sens. Parce que je suis une maman. Et si un de ces enfants était le mien, j’aurais envie de tout casser.

Dans ces locaux, on demande aux enfants de rester assis pour chanter les chansons du jour. On leur demande de rester assis pour faire le bricolage exigé, dix bricolages identiques, qu’ils en aient envie ou non. On leur demande de tracer des lettres et des chiffres, toujours assis. On les force à mémoriser et à réciter des mots dans différentes langues. Et ensuite, ces adultes disent aux parents que leurs enfants ont de la chance de fréquenter un milieu « éducatif » dans lequel on offre des cours de musique, d’anglais, d’espagnol, etc.

Je vois ces enfants-là souvent. Ils ont le regard brisé. Ils n’osent plus poser de questions. Ils savent que les câlins sont interdits. Ils n’ont aucun respect pour leurs éducatrices, ils en ont une peur bleue. Et chaque soir, quand le parent arrive, on lui tend son enfant, on lui remet son « bricolage » et on lui répète qu’il a passé « une belle journée ».

Tu penses probablement que j’exagère. Tu vas avoir envie de défendre telle ou telle garderie en me disant que les services offerts sont de qualité. Alors tant mieux pour toi. Mais ce que j’observe tous les jours, depuis des années, ne semblent qu’empirer. Des milieux de garde qui devraient être fermés le jour même et qui sont encore en opération des années plus tard, j’en connais des dizaines…

Ces enfants-là sont brisés. On déchiquette leur petite âme un peu plus chaque jour. J’ai envie de hurler. Mais je dois continuer mes visites, avec le sourire, et continuer de prendre des notes, qui n’auront jamais de conséquence….

Mais le gouvernement actuel continue de promettre l’ouverture de places, malgré le manque criant de personnel éducateur. Il continue de vouloir ouvrir plus de services de garde, alors que ceux-là continuent de maltraiter nos enfants.

Hier, j’ai eu deux visites à faire. L’une dans un Centre de la petite enfance, et l’autre sur la même rue, dans une garderie privée en installation. Dans les deux cas, on retrouve 80 enfants. Dans les deux cas, la directrice déclarent qu’elle offre un milieu éducatif de qualité. Dans le premier milieu, j’ai trouvé une éducatrice chaleureuse, à l’écoute, ouverte. Des enfants pleins de vie, épanouis, dégourdis et curieux. Dans l’autre, j’ai trouvé une « chuteuse ». Des enfants forcés à rester assis pendant des heures, le regard vide. Une « chuteuse » qui prend leurs mains dans la sienne pour les forcer à tracer leurs chiffres du jour. Pas de jouets dans le local, qu’ils appellent « la classe ». Une peinture défraîchie, un froid glacial dans le local et des tuiles de plancher qui se décollent.

J’aimerais tellement pouvoir vous dire que ce n’est qu’un cas isolé. Mais je vous mentirais. Parce que je vois de ces milieux encore trop souvent… Et dans les milieux privés, on retrouve le plus souvent les enfants qui sont issus des milieux socio-économiques plus défavorisés, qui sont immigrants, ou encore qui ont des défis particuliers. Et dans ces milieux-là, ils sont condamnés. Condamnés à entrer dans le moule du stéréotype. Condamnés à avoir des retards de développement importants et des problèmes de comportements, à entrer à l’école dans quelques années avec une longueur de retard incroyable sur les autres… Ça m’enrage.

Parfois, je m’assois dans ma voiture, après avoir visité l’un de ces trop nombreux milieux qui se prétend « éducatif » et je pleure. Je pleure en pensant à ces enfants. Je me retiens tellement fort pour ne pas y retourner, juste pour prendre ces enfants brisés dans mes bras et leur dire qu’ils sont formidables… Je pleure en pensant à ces parents qui confient ce qu’ils ont de plus précieux à quelqu’un sans se douter une seule seconde du calvaire que vivent leurs enfants là-bas…

Je ne comprends pas que ces inégalités continuent de creuser le fossé entre les classes sociales, entre les quartiers, entre les cultures. Je ne comprends pas que nous acceptions cela, comme société. Je ne comprends pas que le gouvernement laisse cela arriver encore aujourd’hui. Les actions doivent être posées, immédiatement. Tous les parents devraient avoir accès à une place de qualité et de confiance pour ses enfants. Et par-dessus tout, tous les enfants devraient avoir le droit d’être des enfants…

P.S. Si une éducatrice trouve normal de laisser un bébé pleurer pour s’endormir, de forcer un enfant de quatre ans à tracer des chiffres, d’exiger un bricolage identique pour tous les enfants ou d’interdire les câlins… je lui recommande fortement de relire son programme éducatif ou de carrément changer de profession.

 

Eva Staire

Mon prof d’histoire – Texte : Véronique Daigle

Il y a de cela un peu plus de 20 ans, assise sur une chaise orange

Il y a de cela un peu plus de 20 ans, assise sur une chaise orange au secondaire, je tombais sous le charme de mon prof d’histoire. Il était de ceux qui dégageaient une telle prestance et un savoir à couper le souffle. Assise sur ma chaise orange, j’aurais pu l’écouter me parler de guerre et de politique pendant des heures et des heures. Il était captivant, intéressant et surtout, il savait motiver les élèves devant lui. Il y a de cela un peu plus de 20 ans, assise sur cette même chaise orange, j’ai compris que je voulais être comme lui.

Devenir enseignante n’est pas une décision que j’ai prise à la légère. Mon amour pour les enfants et ma passion pour l’éducation ont toujours été au centre de ce choix de carrière. Depuis des années que je me lève chaque matin avec l’envie de changer le monde à ma façon, un enfant à la fois. Je me souviens de cette première étincelle dans les yeux d’un élève. Je me rappelle cette fierté que j’ai dignement pavanée. Apprendre à la génération de demain est certainement une vocation, mais pour moi cela était une passion.

Les années ont passé et avec un immense regret, j’ai vu le métier d’enseignant perdre son blason doré. La charge de travail ne cesse d’augmenter et les groupes classes ne cessent de s’agrandir au détriment du bien-être des enfants. Les mêmes enfants qui, un jour, deviendront les adultes de demain. Je n’avais jamais pensé voir mon métier d’un œil différent. Malheureusement, je ne peux plus me mettre la tête dans le sable telle une autruche. L’éducation va mal, l’éducation a mal.

J’ai toujours dit qu’il faut investir dans ce qui nous tient à cœur. Investir pour développer, investir pour bâtir. Cependant, les hauts dirigeants ne semblent pas voir la réalité. Les yeux fermés, ils continuent de dire que tout va bien quand tout s’écroule. Comment est-ce possible de continuer d’ignorer quand autant de gens pointent la situation ? Une question qui reste malheureusement sans réponse. J’entends déjà les gérants d’estrade nous traiter nous, les enseignants, de bébés gâtés. Nous remettre sur le nez nos vacances d’été que nous payons à même notre propre salaire. Toi, le gérant d’estrade, as-tu déjà regardé pourquoi moi, l’enseignante, je milite ?

 

J’ai à cœur la réussite de mes élèves. J’ai le souci du bien-être de ceux-ci. J’ai la conviction qu’avec mes demandes, ils seront plus heureux, plus entendus et mieux soutenus. Les enfants sont des êtres humains avec des forces et des faiblesses. Ils ont besoin de cheminer à leur propre rythme dans un milieu adapté à leurs besoins. Ils ont besoin d’une enseignante présente qui peut passer du temps un à un avec eux. Ils ont besoin de différenciation et non de globalité. Ils ont besoin de moi et avec la réalité d’aujourd’hui, je sens que je n’y arrive plus. Qu’allons-nous faire ?

Assise sur cette chaise orange il y a de cela quelques années, en regardant mon prof d’histoire enseigner, j’y croyais.

Ma flamme pour l’enseignement n’est pas éteinte. Elle vacille doucement, mais fragilement. Il est temps d’investir dans l’avenir des enfants. Il est temps de redonner au mot ÉDUCATION son blason doré.

Une enseignante de cœur qui aime son métier.

Véronique Daigle

Les #@?%* de parents

Avant toute chose, je tiens à mentionner que j’ai œuvré dans le

Avant toute chose, je tiens à mentionner que j’ai œuvré dans le domaine où j’ai eu à en côtoyer une panoplie. Je sais que ce n’est pas toujours facile. Je le sais…

La pandémie aura su exposer au grand jour le phénomène des #@?%* de parents. Bon, peut-être que vous les connaissez mieux sous l’appellation des parents rois.

Au début, les publications étaient principalement liées au fait que nous allions être « pognés » avec nos petits, qu’on allait enfin goûter à notre incompétence. Bon, je ne comprenais pas trop cette hargne, mais je me disais que c’était de l’humour. Cependant, ces publications se sont multipliées, elles ont été partagées sur mon fil d’actualité à un point tel que j’ai fini par comprendre que ce n’était pas que pour rire. À la lecture des commentaires et des déclarations d’enseignants dans les publications, j’ai compris que l’aversion face aux parents est plutôt problématique. Peu importe la façon de transmettre le message, peu importe la formule utilisée, le mépris qui se cache derrière a le même effet. Même quand c’est de l’humour.

C’est un peu comme si nous, les parents, étions les cancres de la société. On pose problème quand on s’investit et on pose problème quand on ne le fait pas. La façon dont le message est reçu est que l’on pose problème, peu importe la façon dont on se positionne. La fameuse phrase « Tu voulais des enfants, occupe-toi s’en ! » me laisse toujours un peu perplexe. Bon, disons‑le, ça m’est passé par la tête à un moment ou un autre dans ma carrière, là. Seulement, pas de là à l’exprimer haut et fort sur les réseaux sociaux ; ça, ça me rend mal à l’aise.

Permettez‑moi une analogie. Si vous avez un problème de santé et que vous allez à l’hôpital, il serait tout à fait inacceptable qu’un médecin vous attende en vous disant que c’est votre santé et que c’est à vous de vous en occuper. Tout le monde serait en colère et avec raison puisque c’est lui le professionnel de la santé !

À mes yeux, il s’agit de la même chose pour l’éducation. Les enfants ont devant eux des professionnels de l’éducation qui sont là pour les accompagner dans leur cheminement scolaire. En toute humilité, en tant que parent, je ne peux compétitionner avec ce niveau. Nous avons besoin de votre expertise, comme on a besoin de celle du médecin. Il serait utopique de croire que je peux donner ne serait‑ce que l’équivalent en termes de qualité. Ce n’est pas pour me débarrasser de mes enfants qu’ils vont à l’école, c’est parce que l’éducation est essentielle. Oui, pendant ce temps, je vais travailler et faire mon métier à moi, métier qui est bien utile à la société aussi.

Quand une phrase commence par « Les profs… », la majorité se sent concernée. Quand ça commence par « Les parents », ça a le même effet. On a besoin de vous, avec nous, pas contre nous ! Je ne le dirai jamais assez, j’apprécie réellement votre travail !

On dit qu’il ne faut pas généraliser. Je sais pertinemment que ce ne sont pas tous les enseignants qui tiennent ce discours passif-agressif. Tout comme ce ne sont pas tous les parents qui méritent de porter le chapeau des #@?%* de parents et le jugement qui l’accompagne.

Eva Staire

« For gentleman only »

Quand on a des enfants, chaque petit détail

Quand on a des enfants, chaque petit détail du quotidien devient un prétexte pour avoir une discussion philosophique et essentielle sur le sens de la vie. Dès qu’ils se mettent à poser des questions, on tente de notre mieux de leur apporter des réponses simples. Mais parfois, on comprend qu’on est en train de leur expliquer des concepts super importants aussi…

Un matin, mes filles de 7 et 9 ans étaient assises à côté de leur petit frère et s’amusaient à lui faire des coucous. Sur le cache-couche de mon bébé, il était écrit « For gentlemen only ». Ça a attiré leur attention et elles m’ont demandé ce que ça voulait dire. Sur le coup, j’ai failli leur répondre une mauvaise traduction maison, du genre « Pour les gentils garçons seulement ». Puis, je me suis ravisée et je me suis lancée dans l’explication à plus grande échelle…

Je leur ai expliqué qu’un « gentleman » était une expression utilisée pour décrire un type d’homme en particulier. Un gentil garçon, certes, mais qui répond à plusieurs règles d’un code bien précis. Ça a vite piqué leur curiosité et elles m’ont demandé d’aller chercher les règles pour poursuivre la discussion.

J’ai réalisé qu’il existe réellement des règles écrites, un genre de code de conduite pour les « gentlemen ». Quoique les règles semblent varier un peu d’une source à l’autre, l’essentiel reste sensiblement le même. J’ai donc tenté de mon mieux de vulgariser ces règles pour les expliquer à mes enfants…

Un « gentleman » surveille son intonation, son ton reste raisonnable et il ne fait pas de crises de colère. Il essaie de toujours être à l’écoute des autres quand ils parlent et s’intéresse à ce qu’ils disent. D’ailleurs, il évite les sujets délicats et reste poli. Il regarde les gens dans les yeux quand il leur parle et a une bonne poignée de main. Il se tient droit, toujours. Il marche la tête haute, le dos droit et ne s’évache pas en s’assoyant. Il connaît bien les bonnes manières à table. Il ouvre la porte aux femmes, ne porte jamais de chapeau à l’intérieur et marche toujours à gauche sur le trottoir. Un « gentleman » aime rendre service et respecte les autres. Il s’habille soigneusement et il aime les beaux vêtements chics.

Une fois la liste des règles passée, j’avais deux grandes filles devant moi qui restaient impassibles. Elles me regardaient avec leurs grands yeux ronds. Ma plus vieille m’a dit : « O.K… Faque dans le fond, c’est juste des règles de base de politesse. Comme genre les règles qu’on doit suivre tous les jours. Non ? » J’ai relu les règles et j’ai pris conscience qu’en effet, ce sont des consignes qui sont exigées chez nous, sans égard au sexe ni aux circonstances. Ce ne sont pas des règles particulières… juste la façon dont nous avons éduqué nos enfants, parce que ça allait de soi avec nos valeurs…

Ma grande fille de 9 ans m’a dit : « Moi, je souhaite que mon petit frère devienne un “gentleman”. Parce que je veux qu’il soit bien élevé ». Et ma fille de 7 ans, avec toute la franchise dont elle sait faire preuve, a dit : « Ben moi, j’veux être une “gentlegirl” d’abord ! ». Pis j’ai trouvé ces paroles remplies de sagesse. Parce qu’au fond, être poli et agir avec respect n’a aucun lien avec notre sexe ou notre rang social. C’est juste une question de bon sens et d’éducation.

Oh et en passant. Il y avait aussi une règle concernant l’alcool précisant qu’un « vrai gentleman » préfèrerait toujours siroter et déguster un bon whisky que de caler des bières. Mais bon, je me suis dit qu’on reparlerait de cette règle‑là dans quelques années seulement… Pour l’instant, je me contente d’élever mes « gentlegirls » et mon « mini‑gentleman » de mon mieux.

Joanie Fournier

 

Saute, saute, saute !

J’ai tendance à personnaliser l’éducation de mes enfants. Peut-être

J’ai tendance à personnaliser l’éducation de mes enfants. Peut-être à outrance, mais certainement pas avec de malhonnêtes intentions. Je crois en la différence, en l’humanité, au potentiel de chacun. Ce n’est pas que le moule n’est pas fait pour tous, c’est surtout qu’il y a plusieurs moules, et plusieurs façons de rentrer dedans.

Le système scolaire est un moule. Tout comme le système social, la famille, le gouvernement, l’économie, name it. Les rebelles entrent dans un moule. Les manifestants aussi. Les criminels, les non-conventionnels, tout le monde. Mais. Mais le moule peut être adapté, modifié, élargi, cassé, ramolli. Et l’humain peut aussi s’adapter au moule, jusqu’à un certain point.

Long préambule pour en venir à mes petites grenouilles. Ils sont nés différents, tout autant que tous les autres enfants. Une de leurs différences, c’est leur façon de penser et de comprendre le monde, de le ressentir et d’y réagir. Ils ont le défi (oui, oui, je ne parle pas de chance, même si c’est un coup de pouce génétique) de comprendre vite et autrement. Ils ont appris à lire, à écrire, à compter par eux-mêmes. Ils divisaient des milliers à trois ans ou lisaient des briques à sept ans. Certains ont une mémoire phénoménale, d’autres ont une intuition qui dépasse toute logique. Une est autodidacte chronique, l’autre pourrait jaser de sciences avec Einstein. Si au moins j’exagérais…

Donc, mes petites grenouilles ont tendance à se sentir coincées dans le moule scolaire. Il y a tant à apprendre… et le cadre se veut restrictif, veux, veux pas ! La force et la faiblesse du groupe. Que fait une grenouille qui se sent à l’étroit dans son étang ? Elle essaie d’aller voir ailleurs, elle fait des vagues, elle saute sur les nénuphars et énerve tout le monde… ça la tient occupée. Ça lui donne l’espoir que quelqu’un la remarque et lui dise : « Eille, p’tite grenouille, me semble que tu serais mieux dans un étang plus grand. » Si elle n’est pas entendue, elle déprime, elle détruit les autres ou elle-même.

L’étang plus grand, ça peut être un endroit où il y a une plus grande diversité écologique. Ou un espace plus élevé d’où on voit mieux l’horizon. Ou un étang qui permet de sauter dans une rivière et sur un rivage et sur une plage. Ça peut être le même étang, mais avec des possibilités de jouer aux touristes une fois de temps en temps pour faire l’école buissonnière. Certaines grenouilles sont même très heureuses dans leur étang, sans plus, sans moins. Ça peut être un étang qui n’a même pas l’air d’un étang. La beauté de la chose, c’est que les petites grenouilles n’ont pas toutes besoin du même genre d’étang. Sinon, ce serait plate, hein ! Tout le monde pareil, arkeuh !

Alors mes petites grenouilles ont vécu dans différents étangs scolaires, en y faisant souvent beaucoup (trop) de vagues. Ça énerve, les batraciens qui font des vagues. Pour les parents, c’est tout un art de choisir le bon étang pour la bonne grenouille au bon moment. Sans compter les contraintes, les programmes offerts ou non, la surpopulation, les déménagements, les politiques des institutions, les croyances de tout un chacun, la désinformation. Et chaque année, c’est à recommencer.

En septembre, deux de nos grenouilles sauteront une année et vivront leur année scolaire avec des élèves plus vieux. Les nombreuses évaluations, les nombreuses opinions de spécialistes, les nombreuses rencontres avec l’équipe-étang suggèrent que c’est une bonne idée. Que ça correspond à leurs besoins. Que pour eux, ça semble faire partie de la solution. Ça ne résout pas tout, mais ça pourrait les aider à moins s’ennuyer, à se sentir moins différents, à se sentir stimulés, à avoir le goût de trouver leur place dans un moule. Ça semble être une façon de casser le moule sans tout casser. Ils sont prêts à rencontrer de nouveaux défis et de nouveaux amis, même si l’inconnu fait des « coucou ».

Et comme le disaient savamment Passe-Montagne et son nœud papillon : Saute, saute, saute, petite grenouille… tu n’as pas peur de l’eau…

Nathalie Courcy

Éducatrices en voie de disparition ?

Je ne serais pas surprise de voir une pub du ministère de la Faune, pour n

Je ne serais pas surprise de voir une pub du ministère de la Faune, pour nous dire à quel point nous sommes en voie de disparaître. Tu sais, comme celle que nous avions dans le temps (ceux et celles qui sont dans la quarantaine comprendront lol).

Les listes d’éducatrices remplaçantes fondent à vue d’œil. Il est difficile de se faire remplacer et encore plus d’avoir des vacances. Les bancs des cégeps se vident, il n’y a plus que quelques inscriptions à la technique. Seulement quelques courageuses terminent les trois ans et gardent la flamme de la passion allumée, malgré la réalité à laquelle elles sont confrontées en stage.

Cette réalité de faire plus avec beaucoup moins, parce que nous subissons chaque année des coupures considérables du gouvernement. Celui‑là même qui a louangé notre présence en mots en temps de pandémie, mais pas vraiment en actions.

Cette réalité de non-reconnaissance de notre métier. Parce que c’est vrai, nous ne sommes pas reconnues. Il y a de l’amélioration, mais encore tellement de chemin à faire. Trop souvent encore, je me fais appeler gardienne. Non, je ne suis pas une gardienne, je suis une éducatrice. J’ai trois ans d’études pour le prouver. Ma table de chevet est remplie de livres sur le développement de l’enfant, sur les nouvelles approches parce que je me tiens à jour. 

Parce que je me fais encore dire que ce que je fais n’est pas un travail, parce que selon certains, je garde des enfants. Oui, j’ai la chance de m’accomplir en présence d’enfants et oui, en jouant. Pourtant, je connais le développement de l’enfant sur le bout des doigts. Je connais les différentes sphères du développement et ce qu’elles comportent. Je sais ce qu’est la zone proximale de développement et comment je dois y arriver pour chacun des enfants de mon groupe. Parce que oui, elle diffère pour chacun. Pour y arriver, j’observe, je note. Je monte des activités, je choisis des jeux pour chacun. 

Parce que je travaille chaque jour, je mets tout en œuvre pour appliquer le programme éducatif « Accueillir la petite enfance ». Parce que je veux offrir un service de qualité à chacun de mes petits trésors. Parce que je les aime tellement fort. J’essaie de toujours être sur la coche, je suis en constante adaptation. On favorise le jeu libre ! Ha non ! Là, c’est le jeu actif en nature. Finalement, tu devrais favoriser l’imagination avec le « loose part ». Ah pis tant qu’à faire, mélange donc tout ça. N’oublie pas d’aménager ta salle pour qu’elle ressemble le plus à leur environnement naturel (maison). Mais on (le gouvernement) ne vous donne pas plus de budget. 

Ça fait que je suis devenue une pro des ventes de garages et du design d’intérieur. Ah oui ! N’oublie pas que même si on (le gouvernement) met de superbes photos de grandes salles bien aménagées, ben toi, tu dois faire pareil, mais dans un espace trois fois moins grand.

Ça, c’est mon quotidien. Oui, je l’ai choisi, mais il n’en demeure pas moins de plus en plus difficile. 

C’est pourquoi nous clamons haut et fort, nous éducatrices, de meilleures conditions de travail, ce qui veut aussi dire un meilleur salaire. Parce que OUI, on mérite un meilleur salaire (et oui, je suis prête à me faire lancer des roches).

C’est triste de voir que la passion de la petite enfance s’en va. C’est tellement le plus beau métier du monde.

Mais à la suite de l’écriture de ce texte, je comprends que l’adolescente de 16-17 ans ne soit pas attirée par mon travail.

Moi, ça fait près de vingt ans que la petite enfance, c’est ma vie… C’est le plus beau métier du monde.

Il faut être passionnée pour tenir le coup.


Mélanie Paradis, éducatrice survivante.

Rectifications d’une nouvelle génération

Quand nous étions enfants, nos parents nous répétaient sans cesse les ph

Quand nous étions enfants, nos parents nous répétaient sans cesse les phrases clés de la réussite. Comme si à l’époque, il n’existait qu’une seule formule pour réussir dans la vie. Je sais que quelques parents sortaient déjà du lot, mais il fut un temps où la majorité des parents souhaitaient ce chemin tout tracé pour leurs enfants. Aujourd’hui, j’ai envie de comparer… Alors voici le Top 5 des phrases que ma génération s’est fait répéter toute son enfance, et en contrepartie, ce que je dis aujourd’hui à mes propres enfants, trente ans plus tard.

1- « Tu vas te marier avec ton prince charmant. Et quand tu seras mariée, tu auras le droit de faire l’amour. »

Notre génération est celle qui a le plus rêvé à ce fameux prince charmant… Et tellement de ces petites filles ont été déçues en vieillissant! Aujourd’hui, je répète à mes filles qu’elles pourront choisir la personne avec qui elles ont envie de partager chaque journée de leur vie. La seule condition, c’est que la personne choisie les respecte et les rende heureuses.

Je m’en fiche que ce soit une fille ou un garçon. Je m’en fiche qu’il/elle soit riche comme un prince, ou vive une vie plus modeste. Je m’en fiche de savoir d’où il/elle vient et qui sont ses parents. Si cette personne fait ton bonheur, alors partage ta vie avec elle. Et pour le sexe… Je te souhaite surtout de ne pas être vierge quand et si tu te marieras. Parce que pour choisir la personne qui te convient, il faut savoir ce que tu veux et ce que tu aimes. Partager sa vie avec une personne qui connaît notre corps par cœur et avec qui ça clique physiquement, ça vaut de l’or.

2- « Si tu as plus de 80 % de moyenne générale, tu auras une grosse récompense. »

Notre génération aura été de loin celle qui vit aujourd’hui avec une méga anxiété de performance. On veut tellement être parfaits partout et réussir dans tout. Aujourd’hui, à chaque bulletin reçu, je m’assois avec mon enfant pour discuter avant même d’ouvrir le bulletin. Tu as fait de ton mieux? Tu as relevé des défis? Tu as fait de gros efforts? Tu as appris? Oui, alors c’est tout ce qui compte. Je m’en fiche de connaître les chiffres écrits sur ce bout de papier. Ça ne détermine pas qui tu es. Ça ne déterminera jamais combien tu vaux.

Tu as le droit de détester une matière. Tu as le devoir de faire de ton mieux. Tu as le devoir d’apprendre. Pour le reste, tout est relatif. J’ai toujours eu plus de 80 % de moyenne, sans étudier et sans faire de devoirs. Je ne suis pas plus intelligente ni plus riche aujourd’hui que les autres. Je n’ai jamais eu le sentiment de mériter ces méritas. Ma collègue qui étudiait tous les soirs, qui noircissait de notes ses feuilles en classe, qui mettait les bouchées doubles dans chaque matière, et qui finissait avec 65 % de moyenne générale, a toujours mérité toute mon admiration. Elle a beaucoup plus de mérite que je n’en aurai jamais. Et au final, on a fini avec le même diplôme en poche. Alors non, je ne regarde pas les bulletins de mes enfants, tant qu’ils sont en réussite. Et non, je ne les récompense pas en fonction d’un chiffre écrit sur un examen. Quelle ironie du sort pour une enseignante, non?

3- « Tu dois aller à l’université pour réussir dans la vie. »

Nos parents ont tout donné pour que nous puissions étudier à l’université. La plupart d’entre nous sont les premiers à avoir obtenu un diplôme universitaire dans leurs familles respectives. Sommes-nous plus heureux? Non. Sommes-nous plus riches? Encore moins. Alors oui, je répète à mes enfants qu’il existe des milliers de possibilités pour eux. Peut-être que l’un de mes enfants va choisir de faire un DEP. Peut-être que l’un de mes enfants va aller à l’université. Peut-être que l’un de mes enfants va changer trois fois de branche au cégep. Peut-être que l’un de mes enfants va se contenter d’un DES, aller voyager et finira par travailler sur un bateau de pêche dans les Antilles. Il n’y a pas de recette parfaite. Il n’y a pas de chemin à suivre. Et l’université n’est pas garante de bonheur si tu finis par décrocher un travail qui te rend malheureux. La vie est simple. Tu es heureux? Oui, alors continue. Non? Alors, cherche ta voie.

4- « Qu’est-ce que tu veux faire dans la vie? Combien d’enfants auras-tu plus tard? »

Je n’ai jamais compris pourquoi les adultes posaient ce genre de question aux enfants dès qu’ils sont en mesure de parler… Mon enfant, vis ta vie d’enfant. Profite de ton enfance. La vie s’occupera de mettre sur ton chemin tout ce qu’il te faudra pour décider. Tu n’as pas à te casser la tête avec ça. Tu n’as pas à décider de ton métier futur à 4 ans ni à 12 ans.

Tu n’as pas à choisir parmi les 5-6 métiers que tu connais à peine déjà. La vie te montrera qu’il existe autant de métiers qu’il existe de personnes sur Terre… Ne choisis pas maintenant et ne choisis pas avec ta tête. Laisse la vie te porter et ton cœur saura faire les bons choix. Tu n’as pas à décider à 10 ans si tu veux avoir des enfants et combien tu en veux. Il ne sert à rien de faire ces plans alors qu’il peut encore se passer mille choses avant que tu ne sois rendu là… Et sache que la vie est imprévisible et surprenante, mais elle sait ce qu’elle fait.

5- « Inscris-toi en Sciences/Sports/Piano/,etc. Ça t’ouvrira plein de portes plus tard! »

Quelles portes? À quoi ça sert d’ouvrir des portes si ce ne sont pas les bonnes pour toi? À quoi ça te servira de bûcher pendant des heures sur des cours enrichis en chimie ou en physique si tu décides de devenir policier? À quoi ça te servira de savoir jouer du piano si tu choisis plus tard de devenir biologiste? Je pourrais continuer de citer des exemples pendant des heures, mais vous avez saisi le concept. Ouvrir plus de portes ne mènera pas au bonheur. Cher enfant, ouvre tes portes. Cherche, débarre une porte et bifurque vers une autre. C’est correct de tracer sa propre voie.

Je sais que comme parents, « on veut ce qu’il y a de meilleur pour nos enfants ». Mais ce qu’il y a de meilleur pour eux, c’est justement à eux de nous le montrer. Le système qui nous a éduqués avait de grandes lacunes. J’espère que nos enfants poseront plus de questions. J’espère que nos enfants briseront les moules établis et feront évoluer ce système. J’espère qu’ils deviendront des adultes épanouis, heureux, et surtout, libres.

Joanie Fournier



Défi relevé !

En cette fin d’année scolaire, nous pouvons enfin souffler, respirer et

En cette fin d’année scolaire, nous pouvons enfin souffler, respirer et mettre toute cette période derrière nous. Les quatre derniers mois furent particuliers, exceptionnels, différents, éreintants… Je pourrais trouver une centaine d’adjectifs pour décrire cette période qui restera à jamais gravée dans nos mémoires. Depuis la grippe espagnole, nous n’avions jamais eu à apprendre à vivre avec un virus aussi virulent et dangereux. Tout le monde a dû s’adapter. Le milieu de la santé, le milieu de l’éducation, les familles, les commerces, l’économie. Bref, tous ont dû apprendre à vivre avec la Covid-19.

Travaillant dans le milieu de l’éducation, j’ai envie de lever mon chapeau à tous les acteurs qui gravitent autour de nos enfants.

Bravo à tout le personnel des écoles pour leur dévouement, leur patience, leur implication et leur facilité à se tourner de bord sur un 10 cents ! Que ce soit les directions, les enseignants, les éducatrices spécialisées, les éducatrices en service de garde, les concierges, les secrétaires ou les professionnels, tous se sont impliqués jusqu’à la fin pour que nos jeunes vivent des réussites et continuent de garder le lien avec leur école.

Certains enseignants ont dû développer leur côté informatique et ont relevé ce défi avec brio. D’autres ont dû s’adapter à travailler de la maison et à consolider le boulot et la famille. J’ai vu des enseignants organiser des rencontres virtuelles avec des minis de six ans afin de leur faire vivre un dîner chic ! J’ai vu des enseignants stressés d’enseigner de façon virtuelle, ce qui est tout à fait justifié. Le lien avec les humains était maintenant disparu et parler à un ordinateur ne fait pas partie de la réalité d’un enseignant ! J’ai vu des enseignants créer des capsules vidéos en se faisant filmer et ainsi passer par-dessus leur orgueil pour les présenter à leurs élèves.

J’aurais bien aimé que vous soyez là pour voir tout ce que j’ai vu. C’est tellement beau et inspirant ! Le travail d’équipe s’est développé à vitesse grand V. Tout le monde s’entraidait ! Bravo à tout le personnel œuvrant au sein des écoles. Je suis fière d’en faire partie et je suis fière de nos métiers.

Il ne faut surtout pas oublier les parents. Ces parents qui ne sont pas des enseignants et qui, du jour au lendemain, ont dû travailler de la maison et enseigner à leurs enfants. Ils ont dû faire un horaire pour leurs enfants pour pouvoir les garder motivés. Ils ont dû improviser leur nouveau quotidien et vivre avec les conséquences que cette crise a apportées. Les parents de nos élèves sont maintenant les champions des rencontres virtuelles. Ils sont maintenant capables de « plugger » deux enfants en même temps sur des rencontres virtuelles, tout en travaillant de la maison et en faisant une ou deux brassées ! Ouffff, cela n’a pas dû être évident pour tout le monde, chacun vivant cette crise à sa façon.

Un immense bravo, aussi, aux parents qui ont des enfants différents ! Par expérience, ce n’est pas reposant de voir son enfant vivre ce stress, cette anxiété et courir partout pour évacuer son trop-plein !

Les vacances, à la maison, arrivent à grands pas. Ce sera un bon moment pour se reposer et refaire le plein d’énergie. Ainsi, nous espérons tous revoir nos cocos en présentiel en septembre. Le monde de l’éducation, c’est un milieu humain où nous sommes constamment remplis d’amour et d’affection. Nous voulons revoir nos élèves et jaser avec eux face à face ! Gageons que les premières causeries de l’année seront assez remplies d’anecdotes. 🙂

Karine Filiatrault

Cheminement interrompu

J’ai fait appel à la mémoire de ma sœur…

J’ai fait appel à la mémoire de ma sœur…

En gros, aucun sujet réellement au cœur de mes préoccupations d’élève au secondaire. Honnêtement, j’étais plutôt heureux de l’occasion « légitime » de faire autre chose de mon temps. Certains étaient contre, valorisés par leurs études. Mais nous devions être solidaires. Un véritable mouvement étudiant. La grève.

Cette première vague dès 1973.

Bien des réunions dans l’amphithéâtre. Max, le président de l’association étudiante, était un des « vieux » de secondaire V. Il savait très bien diriger les troupes. Expliquer, orienter le débat. Obtenir les votes. Si je vous dis que vous le voyez, parfois, éminent journaliste de la chaîne publique nationale. Beaucoup moins de poils qu’à l’époque et un prénom désormais toujours bien complet.

Nous avions un slogan, qui reprenait le nom de l’école. Entonné avec fierté, dans la manifestation de notre exubérance. En fait, je me souviens de très peu de choses. Le temps file. Mais je revois ce bulletin de fin d’année. Une étape complète n’avait pas été considérée. Nos résultats finaux ne tenaient compte que des autres étapes. Pour tous.

Ce contenu absent, fait-il une différence aujourd’hui? Même, à l’époque?

Je vous laisse en juger. Mais ça n’a fait aucune différence dans mon cheminement scolaire. Aucun retard, aucune reprise. Bien évidemment, déjà, c’était une des menaces des autorités. Le message du ministre de l’Éducation, pour nous faire entrer rapidement dans les rangs. La peur espérée.

Ou, comme l’a verbalisé notre vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, nous rendre « dociles ».

Cet épisode oublié m’est revenu. Avec cette volte-face de notre savant ministre de l’Éducation. Celui qui a annoncé à tous les adolescents qu’avec la pandémie, le reste de l’année scolaire serait facultatif. Là, qui tente de leur faire peur. Pour forcer une participation. En ligne.

Docile.

Ce mot résonne et je me dis qu’il serait opportun que le mouvement se manifeste. Dans le respect, bien sûr, des règles de santé publique (la distanciation, ça prend encore plus de place dans les rues). Peu importe la raison. Le sort de la planète, pouvoir gazouiller sans intervention du capitalisme de droite ou, simplement, l’avenir. Leur avenir. Leur droit fondamental d’être respectés.

De ne pas être dociles…

michel

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Inégalités et éducation

Je fais partie des personnes immensément chanceuses, car nous recev

Je fais partie des personnes immensément chanceuses, car nous recevons notre salaire en ces temps de confinement. Je suis enseignante. Je lis beaucoup de choses. Certains profs offrent des cours à distance, des travaux en ligne, font preuve de beaucoup de créativité. Je trouve ça génial, vraiment ! Tous les jeunes méritent d’être stimulés, d’apprendre et de continuer à se dépasser malgré la crise que nous traversons.

Par contre, bien que j’en étais déjà bien consciente, ça me fait voir d’un autre œil les énormes inégalités sociales entre les jeunes Québécois. J’enseigne dans un milieu dit « difficile ». Pour plusieurs de nos élèves, l’école est le seul endroit où ils mangent un repas complet, où ils sont écoutés, considérés et estimés. Ils n’ont pas tous accès à un ordinateur et à Internet (oui, oui, en 2020, c’est le cas, pour une minorité, mais on ne peut pas encore dire que c’est exceptionnel). Plusieurs, aussi, ont des parents aimants qui leur donnent tout ce qu’ils peuvent, mais leur réalité socioéconomique fait qu’ils doivent, à 13 ou 14 ans, prendre soin de leurs jeunes frères et sœurs, cuisiner, faire des courses, etc. Pour de nombreux élèves de notre école, les conditions à la maison ne leur permettent pas de poursuivre leurs apprentissages. Et je dis ça sans aucun jugement pour leurs parents. Ça fait des années que j’observe ces familles et je sais que ces parents font de leur mieux pour leurs enfants, pour leur offrir le meilleur. Aux yeux de plusieurs, le meilleur signifie « mieux que ce qu’ils ont eu et vécu ».

Les idées que j’ai lues concernant l’enseignement à distance et tout ce qui s’en approche sont remarquables, mais elles nécessitent des moyens technologiques qui semblent de base pour beaucoup, alors qu’ils ne le sont pas pour certains. Ces moyens exigent aussi un environnement propice aux apprentissages ; un environnement calme, un endroit où les jeunes peuvent se concentrer. Idéalement, la famille y joue un rôle en accordant de l’importance aux apprentissages, en soutenant les enfants de manière plus ou moins active. En fait, il est indéniable que dans la situation actuelle la situation familiale a un gros impact sur les apprentissages des jeunes.

J’aime le milieu dans lequel j’enseigne. Le lien humain y est très important et c’est en grande partie pourquoi je m’y épanouis. Nous devons travailler fort pour rendre nos élèves disponibles aux apprentissages, que ce soit en leur donnant confiance en les adultes desquels ils se méfient, en les aidant à calmer leur anxiété ou à mettre de côté, pour quelques heures, les soucis qui les envahissent à la maison, en leur permettant de reprendre confiance en eux et en leurs capacités, pour ne nommer que ces exemples.

Alors, j’avoue vivre des émotions contradictoires lorsque je lis sur le sujet, lorsque je vois des commentaires insinuant, subtilement ou non, que les profs qui ne se donnent pas la peine de faire de l’enseignement à distance ne sont pas créatifs ou même paresseux, alors que le bien-être de mes élèves me préoccupe tellement. Je suis partagée entre trouver ça merveilleux pour les élèves pouvant en bénéficier et être triste que ce ne soit pas réaliste pour notre clientèle qui paiera beaucoup plus cher ces semaines sans école. Ces semaines sans nourriture saine pour certains, sans douceur pour d’autres, sans stimulation intellectuelle ou même sans tenir un crayon pour plusieurs.

Et quand j’écris que je trouve ça génial, c’est sans ironie. Priver ceux qui en bénéficient ne rendrait pas plus accessible et réaliste l’enseignement à distance pour mes élèves. Je me réjouis donc sincèrement pour ceux qui reçoivent ce service.

Je me considère comme très chanceuse, cette année tout particulièrement. J’ai des groupes que j’adore, vraiment ! Les meilleurs depuis un bout de temps. Je travaille avec des ados éveillés, curieux, drôles, généreux et empathiques. Oui, ils nous donnent des défis ; oui, ils ne sont pas toujours matures, mais n’est‑ce pas ça, être ado ? Je m’ennuie d’eux, sincèrement. Je pense à eux tous les jours. J’espère vraiment les revoir avant l’été, que notre année n’est pas déjà terminée, que nos chemins ne se sont pas croisés si brièvement. Ce n’était pas assez. Je n’ai pas fini avec eux, j’ai encore beaucoup à leur apprendre, à leur apporter. Et, surtout, je n’avais pas fini d’apprendre d’eux.

Si quelques‑uns d’entre vous me lisent, je vous aime. Vous êtes géniaux et vous irez loin. N’en doutez pas. On ne sait pas combien de temps cette crise durera, mais nous serons là pour vous après. Nous vous accueillerons et continuerons à vous accompagner dans vos apprentissages et dans cette phase si intense qu’est votre adolescence.

À bientôt j’espère ! (Restez chez vous !)

Jessica Archambault